FILE COPY DIFFUSION RESTREINTE Rapport No. AF-63b TRADUCTION NON-OFFICIELLE A TITRE D'INFORMATION Ce rapport a eté preparé 'a titre de document interne. Ni la Banque ni les organismes qui lui sont affiliés n'acceptent aucune responsabilité quant à son exactitude ou son caractère exhaustif. En aucun cas ce rapport ne saurait être publié ou cité comme représentant leurs vues. BANQUE INTERNATIONALE POUR LA RECONSTRUCTION ET LE DEVELOPPEMENT ASSOCIATION INTERNATIONALE DE DEVELOPPEMENT TENDANCES ET PERSPECTIVES ECONOMIQUES EN REPUBLIQUE DE GUINEE (en deux volumes) VOLUME I RAPPORT PRINCIPAL ler septembre 1967 Departement Afrique PARITES MONETAIRES 1 dollar des Etats-Unis = 246, 853 francs guineens 1 franc guinéen = 0, 00405 dollar des Etats-Unis 1 milliard de francs guinéens = 4, 05 millions de dollars des Etats-Unis Le présent rapport a été établi à la suite du séjour en Guinée d'une mission de la Banque, en novembre et d6cembre 1966. Les données recueillies â cette époque ont été complétées par d'autres plus récentes disponibles a Washington au moment de la rédaction finale du rapport, au printemps 1967. Il convient de remarquer, en particulier, que les données utilisées pour évaluer les effets du projet de Boké sur l'économie guinéenne ont dû être largement révisées après ltachèvement même du rapport. Messrs. George Kalmanoff - Chef de mission (BIRD) Alexander Nowicki - Economiste en chef (BIRD) Anthony Churchill - Economiste spécialiste des questions fiscales (BIRD) Joseph Pegues - Economiste spécialiste des questions monétaires (FMI) Claude Bourgin - Agronome (BIRD) Alain arnod - Economiste agricole (FAO) Michael Payson - Econcmiste spécialiste des questions industrielles (conseiller) K. Philip Rahbany - Economiste spécialiste des questions de transports (conseiller) Miss. Doreen Hedley - Spécialiste de la dette extérieure (BIRD) Mrs. Marie-Claude Helman - Secrétaire (BIRD) TABLE DES HATIERES VOLUME I - RAPPORT PRINCIPAL PPage DONNEES FONDAMENTALES ............................................ RESUUE ET CONCLUSIONS ............................................ i - viii I. STRUCTU2E ECONZMIQUE ET POLITIQUE ................................ 1 Territoire et population ........................................ 1 Evolution politique récente .................................... 2 Structure et organisation de ltéconomie ....................... 3 II. PLANIFICATIOU, INVESTISSEIUENTS PUBLICS ET CROISSANCE ............. 6 Investissements publics ........................................ 7 Financement des investissements ................................ 9 Croissance ..................................................... 11l III. PRODUCTION DE BIENS ET DE SERVICES ............................... 1h IV. POLITIQUE MONETAIRE ET FISCALE ................................... 21 Budgets de fonctionnement .................................. 21 Entreprises puibliques ......................................... 25 Aperçu fiscal ................. .......... .. ................ 27 Politique monétaire ..................................... . 28 V. CQXIERCE EXTERIEUR ET FINANCES EXTERIEURES ....................... 32 Ltexportation - Ses tendances .................................. 33 Evolution des importations ..................................... 3h Déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements ... . ............................- 35 Courants connerciaux ............................................ 36 Taux de change réels applicables aux exportations et importations de produits agricoles ........................ 39 VI. AIDE ETRANGERE - DETTE EXTEREEU2E ET PROJECTION DES CGMPTES EXTERIEURS ......................................... 42 Aide et dette extérieure ................................... 42 Le service de la dette ......................................... 45 Examen prospectif des comptes extérieurs de la Guinée .,........ 47 VII. PERSPECTIVES ECONOMIQUES ......................................... 51 CARTES DONNTEES FONDAMENTALES Superficie 246.000 kilomètres carrés Population (milieu de 1965) 3,5 millions Taux de croissance 2,5 à 3,0' Densité 36 habitants au mille carré 13,9 au kilomètre carré Statut politique Etat indépendant depuis octobre 1958 Produit national brut (1964/65), aux prix courants En millions de FG 65.776 En millions de dollars des Etats-Unis 268,5 Taux de croissance (prix constants) 1963/64 - 1964/65: ll,5ï "l " "l (1964/65 -1965/66: probablement négatif) "t " " à long terme: pas d'estimation globable possible; agriculture, taux à peu près égal à celui de la populaticn Par habitant: 75 à 80 dollars des Etats-Unis (1964/65) Origine industrielle du PIB Pourcentages du PIB 1964/65 (aux prix courants) 1. Agriculture, forêts 53,81 2. Mines 8,9- 3. Industrie manufacturière 2,6% 4. Construction l3,3' 5. 3ervices publics 1,0 6. Transports 3,0O 7. Commerce 3,0% 8. Banque 1,81 9. Administration publique 12,6. Total (68 milliards de FG) 100,0' Pourcentages du PNB, aux prix courants (1964/65) PNB Formation brute de capital fixe 2237% Epargne nationale brute (excédents budgétaires courants plus épargne des entreprises d'Etat) 7,81 Déficit de la balance des paiements courants Paiements d'intérêts 0,9% Recettes courantes du gouvernement central et des gouvernements régionaux 2h,8% Paiement de revenus de placements (net) 3,4% (ii) Monnaie, crédit et prix Taux de conversion: 1 dollar E.U. = 246,853 FG Rapport avec une zone monétaire ou douanière étendue: aucun Différence de- Différence de- puis le 30 juin puis le 31 dé- 1965 cembre 1960 Au 30 juin 1966 (MQ (5) lasse monétaire totale 36,81 milliards - 1,3 + 161,6 de FG Dép8ts à terme et dép8ts d'épargne 1,96 milliard 55,6 de FG Crédit des banques com- merciales au secteur privé et aux sociétés coopératives 1,5C milliard - 37,1 de FG Taux d'augmentation des prix 12,6 (de la moyenne de 1963/64 à la moyenne de 1964/55) Opérations du secteur public (aux prix courants) Différence Différence depuis 1963/64 depuis 1960 1964/65 () Recettes courantes (réelles) du gouverne- ment central 13.241 millions + 8,8 + 75,4 de FG Dépenses courantes (réelles) du gouverne- ment central 11.716 millions FG +11,2 + 46,6 Excédent 1.525 million, FG - 7,2 Dépenses d'investisse- ment du gouvernement (dans le budget de fonctionnement) 1.211 million, FG + 7,2 Dépenses d'investissement (ei application du Plan) 13.705 millions FG + 10,3 + 10,3 Aide extérieure totale au secteur public 10.373 millions FG + 6,7 (iii) Dette publique extérieure (en millions de dollars E-U) Dette totaleau 30 juin 1966 Dette otale206,5 Service de la dette (moyenne annuelle 1964-66) 12, Rapport du service de la dette au produit net des exportations (moyenne annuelle 1964-66) bl Rapport du service de la dette au produit brut des exportations (moyenne annuelle 1964-66) 2k3 Balance des paiements En millions de $ -U Différences (en %) 1965/66 1964/65 1963/6 (1) (2) (1965/6 (1) (2) (3)' (2) (3) (1960) Importaticns totales (non compris les importations pour FRIA) 75,2 61,8 56,3 +21,7 +9,8 +41,8 Total des exportations nettes 30,2 30,0 28,7 + 0,7 +4,5 -33,8 Total des exportations brutes 52,3 50,9 49,6 + 2,7 +2,6 +17,3 Produits des exportations conservés par FRIA 22,1 20,9 20,9 + ,7 néant - - dont revenus des place- ments 9,6 9,1 9,1 + 5,7 néant Balance nette des paiements courants manque -39,3 -38,1 manque +3,1 manque Invisibles (non compris le revenu des placements) manque +2,6 manque manque manque manque Principaux produits exportés 1965/66 1 9 6 0 En pourcentage En pourcentage En pourcentage En pourcentage du produit brut du produit net du produit brut du produit net des exortations des exportations des aprtations des expalations Alumine 63,4 36,6 20,7 8,0 Café 10,2 17,7 16,7 19,1 Bananes 8,1 1L,1 9,0 10,5 Réserves en devises 30 juin 1966 30 juin 1965 Différence Réserves brutes en devises (en millions de dollars E-U) 8,é 9,8 - 14,3 en mois d'importations 1,3 1,9 - 31,6 Réserves nettes en devises (en millions de dollars E-U) -16,0 -36,9 - iv - Situation au F.:.I.(en millions de dollars E-U), au 31 juillet 1966 Quote-part 19,0 Tirage 1,0 (pour financer la partie or duh relèvement de la ouote-part, passée de 15 à 19 mil- lions de dollars à% compter du ler juillet 1966) Aide financière extérieure (on millions de dollars E-U) Total cumulé mars 1960 à 1oyenne uin 1966 annuelle Aide aux conditions classiques (estimation) 174,0 27,5 Aide à des conditions de faveur (estimation) 95,0 15,0 Total 269,0 sur lequel il a été déboursé (estimation) 93"" Princiyaux pays ayant fourni une aide En millions do dollars E-U U.s.s. 81,3 Etats -Unis 77,9 Allemagne (R-épublirue f6dérale) 17,9 Chine (continentale) 17,1 Ghana 114,0 Tchécoslovaquie 10,3 Conditions de l'opération de prêt de la I.R.D. Taux d'intérêt 6" Délai de carence 3 ans Délai de remboursement 8 ans Iontant du prêt 1,7 million de $ E-U. R EUME ET CONCLUSIONS £-volution politique récente 1. Pour comprendre les tendances économiques guinéennes, il est bon de se référer à la situation politique exceptionnelle de ce pays. La Guinée a brusquement rompu avec la France en devenant indépendante en 1958. L'aide financière, l'importante assistance technique et le traitement préférentiel en matière d'importations qui lui étaient accor- dés par la France lui furent subitement supprimés. En 1960, la Guinée s'est retirée de la zone franc des paiements internationaux et a créé sa propre monnaie, le franc guinéen, d'une valeur nominale égale à celle du franc CFA. Le commerce du pays s'orienta en grande partie vers les pays du bloc oriental et une aide substantielle a été reçue depuis lors de l'Union soviétique, de la Chine continentale et des pays de l'E3rope orientale. Les Etats-Unis ont également fourni à la Guinée une aide im- portante, mais qui a été récemment réduite dans de fortes proportions. La doctrine économique du parti unique qui détient le pouvoir depuis l'indépendance consiste en une forme de socialisme indigène vaguement défini comme comportant l'organisation de l'activité économique sur des bases communales ("communaucratie"). Exception faite de l'agriculture, dont l'exploitation reste surtout individuelle et qui assure essentiellement la subsistance de la population, et d'importantes opérations d'extraction et de traitement de minerais par des sociétés étrangères, l'activité économique est dominée par des entreprises d'Etat et par des organismes officiels de contrôle. Investissements et croissance 2. On constate un niveau élevé d'investissements, presque entiè- rement publics, depuis 1960 environ. Ces dernières années, le montant des investissements a été égal au quart environ du produit national brut, ce qui aurait pu normalement conduire à un taux de croissance totale avoisinant 6% par an. Autant que l'on en puisse juger en 'absonce d'une comptabilité nationale et avec la très faible quantité de données statistiques fondamentales d'ensemble dont on dispose, la croissance réelle a été très inférieure à ce chiffre. L'agriculture, qui contribue pour plus de la moitié à la production totale et qui est l'activité économique qui occupe de loin le plus de personnes, s'est apparemment développée à un rythme qui ne dépasse pas le taux de croissance de la population de 2,5 à 3% par an. 3. L'épargne nationale réelle s'élève, selon les estimations, à un peu moins de 7,5% du produit national brut. Il apparaît ainsi que près des trois quarts des investissements ont été financés par des sources étrangères. La Guinée a reçu également une assistance technique étran- gère très importante, en liaison pour une grande part avec l'aide fi- nancière. Dans une large mesure, cette assistance technique n'a pas été appliquée à la satisfaction des besoins de première urgence tels que l'amélioration de l'agriculture, des aspects techniques de l'admi- nistration publique, des statistiques fondamentales et de la planifi- cation économique, et elle a manqué en grande partie d'efficacité - ii - par suite d'un soutien local inadéquat. On constate simultanément un grand besoin d'assistance technique pour des études impartiales et ob- jectives sur le préinvestissement dans de nombreux domaines et pour l'établissement de projets pouvant être financés par l'extérieur. Un lourd endettement exterieur s'est accumulé et l'affectation des inves- tissements aux différents secteurs a été jusqu'à un certain point in- fluencée par les préférences des sources étrangères de financement plutôt que par les besoins de croissance de l'économie. 4. Les deux tiers environ des investissements totaux projetés au titre du Plan septennal (196h-1970) sont destinés aux transports et à l'industrie. Une grande partie des investissements dans les transports ont été effectués sans étude économique préalable et l'on a négligé l'entretien et l'exploitation des moyens existants. Dans l'industrie de même, il serait absolument nécessaire d'exploiter au maxinn les im- portants investissements déjà effectués et d'améliorer la gestion des entreprises existantes plutôt que de se hâter de pratiquer un taux élevé de nouveaux investissements sans étude préalable suffisante. D'autre part, les investissements dans l'agriculture ont été faibles par rapport à l'importance de cette branche d'activité, pour laquelle, en tout cas, il convient avant tout de modifier profondément les méthodes d'établis- sement des programmes et la façon dont sont fournis les services techniques et les encouragements aux cultivateurs. lh général, des augnentations de la production pourraient être obtenues, dans la situation actuelle de la Guinée, sans qu'il soit besoin d'effectuer d'importants investissemenÉ supplémentaires, grâce à une meilleure utilisation des capacités de production existantes ou à des investissements d'un montant peu élevé visant à éliminer les goulots d'étranglement; l'emploi judicieux d'une assistance technique étrangère contribuerait à la réalisation de cet objectif. Epargne 5. L'épargne nationale est produite presque entièrement par le secteur public et est transformée en investissement par les pouvoirs publics. Mle provient des excédents apparents du budget de fonction- nement du gouvernement central et des bénéfices (impôts déduits) et des réserves des entreprises du secteur public. Les excédents du budget de fonctionnement résultent d'une politique délibérée et représentent en eux-mêmes un très gros succès, bien qu'un certain doute soit permis en ce qui concerne la comptabilité sur laquelle ils sont fondés. Depuis l'indépendance en 1958, le Gouvernement Guinéen a donc pu apparemment financer ses propres dépenses courantes et les a limitées aux niveaux que permettaient ses rentrées budgétaires. Le pays est fortement tri- butaire des impôts indirects, spécialement des taxes à l'importation, pour ses recettes courantes, mais une proportion atteignant jusqu'au quart du total des recettes provient d'impôts directs sur les bénéfices des entreprises et sur le revenu individuel. Les recettes représentent déjà 20% du produit intérieur brut, et il est peu probable que les ex- cédents du budget de fonctionnement augmentent au cours des prochaines années étant donné ka pression des dépenses courantes. Le Gouvernement - iii - consacre à l'enseignement et à la défense des sommes à peu près égales qui représentent, ensemble, environ 45% du total des dépenses courantes. L'effort fait en faveur de l'enseignement s'est traduit par une élé- vation importante du taux de scolarisation depuis l'indépendance. Le montant très faible des sommes consacrées aux services agricoles sur les dépenses courantes constitue, en revanche, une insuffisance manifeste. 6. Outre qu'elles doivent verser au budget ordinaire de l'Etat un impôt égal au tiers de leurs bénéfices, les entreprises publiques, au nombre d'une cinquantaine, doivent transférer au Plan, pour financer les investissements du secteur public, leurs bénéfices après déduction de l'impSt et leurs réserves d'amortissement. Une certaine amélioration a été enregistrée, au cours des deux dernières années, dans la situation apparente de l'ensemble des entreprises publiques en ce qui concerne leurs bénéfices, mais leur situation financière réelle est en partie masquée. L'amortissement de la partie des investissements financée par des sources étrangères et les achats de matières premières importées sont subventionnés du fait de leur évaluation au taux de change officiel, et la structure financière des entreprises comporte un niveau élevé de créances impayées. La nécessité de transférer au Plan les bénéfices après déduction de l'imp6t et les réserves, conformément à la politique de contrôles centralisés appliquée avec rigueur aux entreprises du secteur public, fait que de nombreuses entreprises souffrent d'un manque aigu de liquidités et ont des difficultés à prévoir les dépenses ap- propriées à consacrer à l'amélioration de leur rendement et au déve- loppement de leurs opérations. Des améliorations des bénéfices réels des entreprises publiques ne peuvent être espérées si des mesures radi- cales ne sont pas prises pour augmenter le rendement, mesures pouvant comprendre la fermeture de certaines de ces entreprises qui ne sont pas viables. Politique monétaire 7. De la fin de 1960 à la fin de 1965, la masse monétaire a augmenté en Guinée à raison d'un peu plus de 20% par an en moyenne. Cette augmentation a été due principalement au financement par la Banque Centrale d'une partie des dépenses du Plan. La politique monétaire restrictive adoptée au milieu de l'année 1965 a consisté essentiellement en la suppression du financement complémentaire des dépenses du Plan par la Banque Centrale et l'effet en a été immédiat; il n'y a pratiquement plus eu de changement dans la masse monétaire au cours de l'exercice budgétaire qui s'est terminé le 30 juin 1966, alors que l'augmentation avait été de 23% au cours de l'exercice précédent. Cependant, il est peu d'indices de l'existence d'une politique sélective du crédit des- tinée à augmenter la quantité de marchandises mises à la disposition de la consommation. - iv - Résultats passés de la balance des paiements 8. La politique qui a consisté à pratiquer un taux élevé d'inves- tissements improductifs au détriment de nombreuses activités économiques fondamentales a conduit à une détérioration continue de la situation éco- nomique du pays sur le plan international, bien que les investissements aient été financés en grande partie par des sources étrangères. Les avoirs nets en devises ont été ramenés de 2 milliards de FG à la fin de 1960 à un chiffre négatif de 8 milliards de FG à la fin du mois de décembre 1965, et à un chiffre négatif de 4 milliards de FG à la fin du mois de juin 1966; l'amélioration apparente entre ces deux dernières dates a pour origine la conversion en dette extérieure à long teme d'engagements extérieurs de la Banque Centrale. Les exportations sont restées stationnaires depuis 1960. Les diminutions de la valeur des ex- portations de produits agricoles ont été compensées par les augmentations de produits minéraux, en particulier de l'alumine fabriquée par l'entre- prise Fria. Les exportations d'alumine procurent maintenant au pays près de 40% de ses recettes nettes en devises. Simultanément s'est produite une forte augmentation des importations qui a été due essentiellement à des importations accrues de biens d'investissement en application des Plans. La valeur des importations d'autres biens est restée stable, les fortes diminutions des importations de biens de consommation non alimen- taires ayant été compensées par des augmentations du côté des impor- tations de produits alimentaires. Les déficits fortement accrus de la balance commerciale qui ont résulté de l'évolution ci-dessus ont été financés en majeure partie par des prêts et des subsides étrangers, par des crédits au titre d'accords bilatéraux de paiement conclus avec les pays du bloc oriental, et par des paiements de pensions militaires par la France. Une partie importante des subsides, reçus en particulier des Etats-Unis, n'a pas été affectée à des projets spécifiques, mais a servi à financer les importations de produits alimentaires et d'autres mar- chandises. Cette aide étrangère sans définition d'affectation a été pratiquement supprimée depuis peu et les paiements de pensions par la France ont cessé à la suite de la rupture des relations diplomatiques avec ce pays en novembre 1965. Perspectives de la balance des paiements 9. Il est prévu que, dans l'hypothèse du maintien du calendrier actuel du service de la dette, la Guinée continuera d'enregistrer au cours des cinq prochaines années, de forts déficits de sa balance des paiements, déficits qui ne pourront être compensés à court terme que par des dons de l'extérieur ou des prêts étrangers à des conditions de faveur, en sus de la couverture des besoins en devises correspondant à des projets dé- terminés. Eh l'absence d'une telle aide, le déficit de la balance des paiaments prévu pour la période 1966/67 - 1969/70 s'élèvera à une moyenne annuelle de 6 milliards de FG (environ 24 millions de dollars). -Ce chiffre est du même ordre de grandeur que le montant de l'aide générale fournie par le Gouvernement des Etats-Unis sous forme de dons et de produits agricoles payés en monnaie locale au cours des quelques années récentes. v- 10. Ainsi qu'il a été indiqué, il n'existe pas de réserves de devises pour servir au financement des déficits futurs. De plus, les sources qui pourraient concourir à améliorer la balance des paiements sont des plus incertaines. Il est impossible de prévoir ce que sera l'aide future des Etats-Unis, étant donné d'une part, les difficultés qui se sont présentées au sujet des arrangements de coopération relatifs à l'administration de l'aide sur place (et dont témoigne l'expulsion de Guinée, en octobre 1966, du groupe de 1'"U.S. Peace Corps", en re- présailles de la responsabilité que les Etats-Unis auraient eue dans un incident ayant entraîné la détention au Ghana du ministre des Affaires étrangères de Guinée), et, d'autre part, le changement qui se dessine dans l'octroi d'une partie de l'aide des Etats-Unis en Afrique, accordée non plus par pays individuellement, mais sur le plan régional. Aucun accord ne prévoit pour le moment la reprise du paiement par la France des pensions aux anciens combattants guinéens de l'armée française, pensions dont le montant est estimé à environ 7,5 millions de dollars par an. Jusqu'à ce que ce paiement soit repris, le déficit indiqué plus haut sera augmenté d'autant. L'aide des pays du bloc oriental s'applique en ma- jeure partie à des projets déterminés et serait à l'avenir, comme par le passé, contrebalancéeprincipalement par des augmentations d'impor- tations de biens d'investissement sans lesquels ces projets ne pourraient 9tre entrepris. Pour qu'elle contribue à combler le déficit de la balance des paiements, l'aide des pays de l'Est ne devrait plus être accordée pour financer des projets déterminés, mais les importations en général et/ou une part plus importante du coût en monnaie locale de projets déterminés. Perspectives du commerce extérieur 11. La mission a tablé, dans ses prévisions, sur une augmentation substantielle, quoique raisonnable, des recettes provenant des exportations au cours des cinq prochaines années, mais cette augmentation ne sera pas suffisante pour combler le déficit. Bien qu'il existe, pour des produits de base tels que le riz, les textiles et le coton, la perspective de subs- tituer jusqu'à un certain point la production locale aux importations, les importations courantes et d'entretien ne peuvent être suffisamment réduites pour éliminer le déficit sans que la croissance soit compromise. Une telle réduction serait cependant la seule alternative à une aide extérieure des- tinée à améliorer la balance des paiements. La diminution prévue des im- portations de certains produits alimentaires de base et de biens de consommation non durables permettrait d'augmenter les importations de car- burants, d'outillage et de produits nécessaires à l'agriculture, d'autres biens intermédiaires et de biens de consommation durables, ces derniers faisant particulièrement défaut. L'importation de tous ces biens est essentielle pour encourager les agriculteurs et leur fournir les moyens d'approvisionner les marchés urbains aussi bien que les marchés d'exportation. - vi - 12. Les exportations sont constituées environ pour moitié par les produits agricoles (bananes, café, ananas, palmistes) et pour moitié par les produits minéraux (alumine, bauxite et diamants, les exportations de minerai de fer ayant cessé au début de cette année et ne devant probablement pas reprendre d'ici cinq ans). D'après une estimation de l'évolution de chacune des principales exportations, un taux d'augmentation annuel légèrement supérieur à 7% a été prévu pour le total des exportations au cours de la période 1965/66 - 1969/70. Il a été calculé dans nos projections que les exportations agricoles augmenteraient à raison d'environ 12% par an. C'est là un taux qui implique une réduction substantielle des objectifs du Plan septennal (par exemle 50.000 tonnes de bananes en 1970 au lieu de 100.000 tonnes; 10.000 tonnes d'ananas au lieu de 20.000; 20.000 tonnes de café au lieu de 43.000). De plus, même si l'on s'en tient aux projections prudentes de la mission, leur réalisation nécessiterait l'augmentation de la rémunération des agriculteurs et la mise à leur disposition de stimulants sous forme d'une plus grande quantité de biens de consomma- tion qu'ils puissent acheter, et dépendrait d'autre part de l'aug- mentation des achats par les pays du bloc oriental. A plus longue échéance, pour que la Guinée puisse soutenir la concurrence sur d'autres marchés internationaux de produits agricoles, il sera nécessaire d'améliorer fondamentalement l'organisation de la production agricole et d'envisager l'association avec des institutions telles que la Com- munauté Economique Européenne et l'Organisation Internationale du Café, afin de surmonter le désavantage de l'octroi à d'autres four- nisseurs d'un traitement préférentiel. Dette extérieure 13. Une partie importante du déficit moyen annuel de 6 milliards de FG prévu pour la balance des paiements a pour cause le niveau élevé de la dette extérieure, qui atteindra en moyenne 3,5 milliards de FG au cours de la période 1966/67 - 1969/70. 1/ Les montants annuels du service de la dette prévus par les plans de remboursements ne dimi- nueront pas de façon appréciable avant la fin de 1976. Ils résultent des emprunts importants contractés à l'étranger ces derniares années et des conditions d'octroi de l'aide, ainsi que du fait que les inves- tissements réalisés avec les fonds étrangers ont eu jusqu'ici des effets 1/ Non compris le service de 23,5 millions de dollars d'emprunts pour lesquels il n'a pas été possible d'établir de plans de rembour- sement, dont un emprunt de 1h millions de dollars accordé par le Ghana en 1958. Certains arriérés sont signalés d'autre part sur des emprunts contractés au M,roc et en France. Dans le cas de la France, d'autres aspects des relations financieres non encore réglés sont les paiements de pensions aux Guinéens, qui ont cessé avec la rupture des relations diplomatiques en novembre 1965, et les demandes d'indemnités afférentes à l'expropriation de biens français en Guinée (voir Chapitre VI). - vii - négligeables sur l'aptitude du pays à servir sa dette extérieure. Le service des crédits de fournisseurs semble devoir constituer une charge particulièrement importante pour 1967 et 1968, et le service de l'endet- tement envers l'U.R.S.3. et lcs pays de l'Zuropo orientale, dont les délais de remboursement ne s'étendent pas au delà de 12 ans en général, sera lourd de 1969 à 1976. 14. Nême si on les calcule d'après les niveaux quelque peu opti- mistes prévus pour les exportations, les rapports entre le service de la dette et les exportations sont élevés. Par rapport aux recettes nettes en devises disponibles après déduction des paiements extérieurs effectués en liaison avec les exportations de minerais, le service de la dette représente 37% au cours de la présente année budgétaire 1966/67 et s'élève à h5; en 1969/70.1/ Sur la base de la valeur brute des ex- portations, les rapports sont évidemment plus faibles, mais ils nous renseignent peu sur l'aptitude du pays a effectuer ses paiements. Sur cette base brute, ils sont de 21 en 1966/67 et de 27%' en 1969/70. Projet de Boké 15. Dans un avenir plus lointain, au delà de 1970 au 1971, le projet de Boké pour l'exploitation de la bauxite pourra avoir un effet sensible sur l'économie guinéenne, en particulier en ce qui concerne le niveau des recettes en devises et des revenus du gouvernement, encore qu'il ne doive pas être une panacée oour tous les problèmes économiques. A raison drune production annuelle de 5 millions de tonnes, la valeur brute des exportations de bauxite et le montant net des devises qu'elles apporteraient à l'économie guinéenne seraient respectivement de 9,4 mil- liards et 3,6 milliards de FG, soit 7h des exportations brutes et 50% des recettes nettes en devises d3 l'année 1965/66. Si l'on applique hypothétiquement cette augmentation des exportations à l'année budgé- taire 1969/70, les rapports du service de la dette précédemment cités seraient ainsi modifiés: 33,1-/ au lieu de 4h3 des recettes nettes en devises et 17% au lieu de 27 des exportations brutes. En outre, le projet de Boké donnerait lieu, pendant la période de construction, a un certain gain en devises du fait du financement par l'étranger des coûts en monnaie locale (l0.% des investissements dans la mine, d'un montant de 30 millions de dollars, et 20" des investissements dans l'inrrastructure, d'un montant de 57 nillions de dollars). Cependant, il est probable cue seuls les coûts en monnaie locale des investissements dans la mine seraient financés nar l'étranger. Les recettes directes l/ Si les paiements de pensions par la France, actuellement suspendus, sont ajoutés à la valeur nette des exportations, les rapports deviennent 30% en 1966/67 et 38% en 1969/70. 2_/ 29< si l'on ticut compto des paiomonta de pensions par - France. - viii - que le projet procurerait au gouvernement s'élèveraient à 2,1 milliards de FG, soit environ 15, des recettes réelles de 1964/65, et les recettes totales (directes et indirectes) pourraient atteindre, est-il estim6, h milliards de FG, le chiffre dépendant de l'importance de l'augmenta- tion des importations et, par conséquent, des taxes à l'importation. Outre ces effets, le système de transports construit pour le projet pourrait stimuler le mouvement des marchandises, d'exportation principa- lement, et le projet pourrait offrir des débouchés pour d'autres pro- duits nécessaires à la population qui y participera. Cependant, des études et l'élaboration d'un plan d'action sont nécessaires pour déter- miner, d'une part, les types d'activités qui offrent le plus grand avan- tage et sont le plus susceptibles de se développer et, d'autre part, l'encouragement officiel qu'il faudrait éventuellement accorder à leur développement. Le projet de Boké créerait ainsi les conditions n6ces- saires, mais non suffisantes en elles-mêmes, pour soulager la situation économique de la Guinée et favoriser le développement du pays. L'exploi- tation au maximum des avantages à retirer du supplément de devises, du supplment de recettes du gouvernement, et de l'infrastructure dépendrait de l'application d'une politique 6coeonique générale soigneusement étudiée, remarque qui est valable pour pratiquement tous les secteurs de l'économie. 16. D'autres mesures de politique économique dont le besoin se fait vivement sentir sont celles qui auraient pour effet d'augmenter la pro- duction agricole grâce à des améliorations dans les programmes et Ià des encouragements aux agriculteurs; d'augmenter la production d'après la capacité existante des usines avant d'entreprendre de nouveaux investisse- ments; de limiter les investissements aux activités qui conduiront à l'accroissement de la production et de la distribution de biens de consom- mation; d'augmenter l'accès aux facilités de crédit sur une base sélective pour les activités productives; enfin d'augmenter l'épargne nationale grâce à une amélioration du rendement des entreprises d'Etat. Solvabilité 17. De ce qui précède se d6gage la conclusion que, vu sa politique économique actuelle, la République de Guinée ne peut être considérée comme solvable pour des prêts aux conditions usuelles, et qu'elle ne l serait pas non plus après la réalisation du projet minier de Bok6 si cette poli- tique n'était pas modifiée. Trop d'emprunts grèvent déjà l'économie et il serait extrêmement dangereux d'augmenter encore le niveau actuel très élevé du service de la dette existante. S'il est vrai qu'un remaniement substantiel du plan de service de la dette existante apporterait quelque soulagement dans la situation de la balance des paiements, la solvabilité de la Guinée ne pourrait cependant être r6tablie que s'il apparaissait que la politique économique générale du pays tendait à favoriser la crois- sance économique, en particulier dans le secteur agricole, et que les in- vestissements étaient judicieusement choisis et faisaient l'objet de mesures propres à en assurer l'efficacité. En outre, tant que ne sera pas en vue une telle amélioration des méthodes de développement et de leur mise en oeuvre, le prêt de sommes à la Guinée à des conditions de faveur ne réussira probablement pas à réaliser le développement économique sur des bases saines avec un recours minimum aux ressources futures en devises pour le financement du service de la dette. I. STRUCTURE ECONOMIQUE ET POLITIQUE Territoire et population 1. La Guinée est située sur la côte occidentale d'Afrique et le centre du pays se trouve à environ 10 degrés au nord de l'équateur. Des conditions topographiques et climatiques variées la divisent assez nettement en quatre régions naturelles principales. 2. La Basse-Guinée, ou Guinée côtière, est une plaine cotière basse, au climat chaud et humide, constituée de vastes zones marécageuses et couvertes de palétuviers. La capitale du paCs, Conakr, est située dans cette région, de méme que les gisements de bauxite du projet de Boké et ceux qui sont exploités par l'entreprise Fria. C'est également la région des plantations de bananes et d'ananas. 3. Située à l'est et au nord de la région côtière, la Moyenne- Guinée, ou Fouta-Djalon, est un vaste plateau dont l'altitude varie de 600 à 1.500 mètres et qui jouit d'un climat plus frais et plus sec que la Guinée côtière. L'activité économique consiste surtout en cultures vivrières. h. A l'est du Fouta-Djalon se trouve la Haute-Guinée, zone de transition avec la savane soudanaise. Son climat est caractêrisé par une saison sèche plus longue que la saison des pluies et par des températures plus élevées que dans le reste du pays. 5. La région forestière constitue la partie sud-est du pays, qui touche ê Sierra Leone, au Libéria et à la C5te-d'Ivoire. Elle est en grande partie couverte de forêts tropicales denses, et son éloignement et son relief montagneux font obstacle aux communications. C'est de cette région que provient la majeure partie de la production de café du pays. C'est là que se trouvent aussi les riches gisements inexploités de minerai de fer des rassifs du Nimba et du Simandou et les terrains diamantifères du pays. 6. Selon les estimations du gouvernement, la population de la Guinée était de 3,5 millions vers le milieu de 1965 et s'est accrue à raison de 2,5 à 3% par an ces dernières années. Des calculs raisonnables fixent l'espérance de vie à la naissance à 42,5 ans. on estime que la population ne comprend pas moins de quelque 40 p. 100 d'enfants ayant jusqu'à 1h ans et ue 5% seulc-1cant d- personnes sont âgées de 60 ans ou davantage.1 7. Cone de nombreux autres pays d'Afrique, la Guinée a une population clairsemée. La densité moyenne est, pour l'ensemble du pays, 1/ Direction de la Statistique générale et de la Mécanographie, Bulletin spécial de statistique, p. 6. -2- de 14 habitants au kilomètre carré (Tableau 1).21 Une concentration sensiblement plus forte est relevée en Basse-Guinée, c'est-à-dire dans la région c6tière, tandis que la population est beaucoup plus éparse en Haute-Guinée. 8. Il est probable que la population est rurale à plus de 90% La plus forte concentration urbaine se trouve dans la capitale, Conakry, qui, selon les estimations, comptait avec toute sa région administrative 173,000 habitants au milieu de l'année 1964. Des estimations non-officielles pour les autres principaux centres urbains donnent les chiffres de population suivants en 1965: Kankan, 50.000; Kindia, 30.000; Fria, 15.000; Labé, 12.000; Macenta, 10.500; N'zérékoré, 9.000; Mamou, 5.000. 9. Les principaux groupes ethniques ou linguistiques de Guinée sont les Peuhl, au Fouta-Djalon; les Soussou, dans la région côtière et les Malinké, en Haute-Guinée. Plusieurs groupes (Guerze, Toma, Kissi) habitent la région forestière, aucun d'entre eux ne dominant apparemment. La religion musulmane est la plus pratiquée dans la majeure partie du pays, sauf dans la région forestière, ou l'animisme passe pour être encore largement répandu. Ainsi qu'il est indiqué à la section suivante, relative à l'évolution politique récente, les tendances politiques divergentes existant sur le plan régional, linguistique ou ethnique se sont largement fondues dans l'unité que le pays réalisa dans son insistance pour avoir l'indépendance. Depuis, l'accent a été mis sur l'unification nationale et sur un effort continu pour effacer les différences sur ces divers plans. Evolution politique récente 10. La Guinée est devenue indépendante de la France le 2 octobre 1958 en vertu d'un vote négatif à un référendum concernant l'association avec la Communauté française prévu par la Constitution de la cinquième République française nouvellerent instituée. Elle fut le seul territoire français d'Afrique à rejeter cette proposition. Le 1er mars 1960, la Guinée se retira aussi de la zone franc et créa sa propre monnaie, le franc guinéen, d'une valeur nominale égale à celle du franc CFA (Communauté Française .fricaine) des autres Etats d'Afrique occidentale, c'est-à-dire 50 francs CFA pour un franc français, ou environ 2h7 francs CFA pour un dollar des Etats-Unis. De la sorte, la Guinée ne bénéficie pas du privilège de la convertibilité de sa monnaie en francs français, non plus que du traitement préférentiel en matière de commerce et d'assistance accordé aux autres anciens territoires français d'Afrique occidentale en vertu de leur association avec le Marché Commun iropéen. 11. A la suite du vote négatif exprimé lors du référendum et de la proclamation de l'indépendance, les fonctionnaires français quittèrent 2/ Les tableaux indiqués sont ceux de l'annexe statistique du volume II. -3- brusquement la Guinée, et l'aide ainsi que les préférences commerciales accordées par la France à ce pays cessèrent. Ahmed Sékou Touré, qui avait été vice-président du territoire sous l'administration du gouverneur français (alors président) conformément à un certain degré d'autonomie antérieurement accordé au territoire, devint le premier président de la République de Guinée. 12. Le Parti Démocratique de Guinée (PDG), parti politique unique, est omniprésent dans la vie guinéenne. Le président de la République, Sékou Touré, est également secrétaire général du parti. Le président est élu au suffrage universel pour une durée de 7 ans, et une Assemblée nationale de 75 membres est élue pour 5 ans. L'élection officielle de Sékou Touré pour son mandat de 7 ans a eu lieu le 15 janvier 1961. L'organe suprême du parti est le Bureau politique national (BPN), comprenant 15 membres élus par les membres du parti et ayant à se tête le secrétaire général du parti. Le PDG s'étend en un réseau largement ramifié sur le plan régional, ses subdivisions épousant la structure administrative de l'Etat pour aboutir au niveau du village ou du quartier urbain. Le parti fixe la politique fondamentale dans tous les domaines, et le role du gouvernement est d'appliquer ses directives. 13. Parallèlement au réseau régional du parti politique se déploie un réseau semblable d'organisations féminines et de jeunesse. Ces organisations sont en liaison étroite avec le parti, dont elles appliquent les directives dans les activités sportives, le travail volontaire au profit de l'économie communale, et les activités para- militaires. Les moyens d'information sont entre les mains du gouverne- ment et placés sous l'autorité d'un commissaire a l'information au cabinet du président. Le comissaire à l'information a la haute main sur la seule station de radiodiffusion et sur le seul journal du pays, "Horoya" (mot indigène signifiant "dignité"). 1h. Peu après l'indépendance, la Guinée s'adressa à l'Union soviétique, aux pays de l'Europe orientale et à la Chine continentale pour obtenir une aide économique destinée à remplacer celle qu'elle ne recevait plus de la France. L'aide des Etats-Unis, accordée d'abord de façon limitée en 1959, fut sensiblement augmentée en 1961. Une aide importante a été également obtenue de la République fédérale d'Allemagne. La volonté du pays de ne pas s'identifier exclusivement avec les pays du bloc oriental ou du bloc occidental s'est exprimée par des accords passés avec des sociétés privées des pays occidentaux pour l'exploitation des ressources minières. Structure et organisation de l'économie 15. L'activité économique repose essentiellement sur l'agriculture, qui emploie la majorité de la population en assurant avant tout sa subsistance. L'agriculture a toutefois une très grande importance en tant que source de recettes en devises, bien qu'elle marque un déclin sur ce point depuis l'époque coloniale. Ce déclin a été compensé par l'exploitation de gisements minéraux - principalement de bauxite - en vue de l'exportation. Bien que leur importance soit limitée par rapport au volume total de la production et de l'emploi dans le pays, les produits minéraux tiennent une grande place dans les exportations. La Guinée est fortement tributaire de ses exportations et du volume important d'aide reçue de l'étranger pour financer ses importations de biens de consommation, de matériel agricole, de biens intermédiaires destinés aux quelques industries manufacturières qu'elle a créées, ainsi que de biens d'équipement, aucun des biens en question ou presque ne pouvant être obtenu sur place. 16. Un peu plus de 60% de la production nationale a pour origine le secteur privé, pour la principale raison que l'exploitation agricole reste surtout individuelle et privée. Les essais de col- lectivisation de l'agriculture se sont soldés par des échecs. La production minière est, elle aussi, principalement l'affaire du secteur privé mais, dans ce cas particulier, les intérêts privés sont étrangers. Le secteur privé exerce aussi une activité restreinte dans certaines industries de transformation qui remontent à l'époque coloniale, dans les transports routiers et dans le petit commerce de détail. Du fait de la création d'entreprises publiques dans de nombreux domaines depuis l'indépendance, le secteur public, y compris les fonctions gouvernementales normales, est à l'origine de près de 0% do la production nationale. Une cinquantaine d'entreprises publiques ont été créées au total à ce jour. Elles ont le monopole du commerce extérieur et de gros, de même que de la banque, des assurances et des services publics tels que la distribution de l'énergie électrique et de l'eau. Le seul chemin de fer assurant le trafic public dans le pays appartient à l'Etat, et l'entreprise publique domine dans les transports routiers, aussi bien de voyageurs que de marchandises. Certaines entreprises qui exploitent les gisements de diamants et de bauxite à une faible échelle sont propriété publique également. La plupart des usines créées ces dernières années appartiennent à l'Etat, soit en totalité, soit en partie, l'Etat étant alors associé najoritaire avec des intérêts privés étrangers. 17. Selon la doctrine officielle, les activités économiques doivent être exercées par l'Etat ou étroitement contrôlées par celui-ci. En outre, il est estimê que la production et la consommation doivent être essentiellement influencées par l'action politique et sociale plut6t que par le choix individuel et la réaction à des forces et à des stimulants économiques. L'activité privée, du moins celle qui est d'origine intérieure, n'est pas encouragée. L'exception la plus remarquable à l'exercice des activités économiques par l'Etat est l'exploitation minière, pour laquelle le gouvernement a reconnu qu'il fallait des capitaux, des débouchés et des connaissances techniques excédant les possibilités de l'Etat, et qui est assurée par des com- pagnies privées étrangères concessionnaires en vertu d'accords spéciaux passés avec l'Etat. Les opérations de change sont entièrement con- trôlées par l'Etat en vertu de son monopole du commerce extérieur et de la réglementation sévère appliquée à toutes les opérations non- commerciales avec l'étranger. En isolant des marchés extérieurs, par -5- l'exercice de son monopole, les producteurs de denrées agricoles destinées à l'exportation, l'Etat a mis ces derniers à la merci des prix qu'il est disposé à leur payor, ce qui a entraîné dans certains cas le versement de subventions du fait que le taux de change n'a pas été modifié depuis le retrait du pays de la zone franc en 1960, malgré le déficit permanent de la balance des p'aiements et les pressions qui se sont exercées depuis lors. La répartition des produits importés s'effectue dans tout le pays suivant les décisions de l'Etat, et des contr6les de prix très étendus appliqués aux produits nationaux ont eu pour effet des distorsions de la valeur relative réelle des mar- chandises. Pratiquement, les seuls investissements effectués dans l'économie sont des investissements publics, en exécution d'un "plan" pour la plupart. L'Etat englobe ainsi a peu près toutes les activités dans son contr6le sur le destin économique du pays. - 6 - II. PLAIFICATIOil, INVESTISSIMENTS PUBLICS ET CROISSANCE 18. La planification économique a été appliquée, de nom, en Guinée, au moyen d'un Plan triennal couvrant la période 1960-19631 et d'un Plan septennal couvrant la période 1964.1970. Ces "plans" sont en réalité des listes de montants d'investissements publics à effectuer dans les divers secteurs de l'économie. Ils ne citent pas d'objectifs quantitatifs de croissance pour l'ensemble de l'éco- nomie ni pour aucun des différents secteurs et ils n'ont pas comporté d'analyse rigoureuse de l'interdépendance de ces secteurs. Aucune méthode scientifique nta apparemment été suivie si ce n'est pour dresser les listes de sommes précitées. 19. La responsabilité de l'élaboration du Plan incombe à un Office du Plan qui fait partie du Ministère des Finances et du Plan. Toutefois, cet office est seulement chargê de centraliser les informations relatives au Plan. Les propositions d'investissements publics émanent, est-il indiqué, des niveaux locaux les plus bas - c'est-à-dire des villages ou des quartiers urbains - que ccmporte 1'organisation politique régionale du pays. Ces propositions sont transmises à des niveaux plus élevés de la structure politique et soumises à l'Office du Plan qui en détermine le colat et les incor- pore avec d'autres dans le Plan national d'après une évaluation des ressources internes et externes dont le pays pourra disposer. Les décisions finales concernant le contenu du Plan sont prises par la Commission économique nationale, présidée par le 'Ministre du Développement Economique, et par le Bureau Politique National du parti politique unique. L'exécution du Plan après son approbation relève du Hinistère du Développement Economique. 20. On indique que des études de rentabilité ont été effectuées pour certains investissements, souvent par des tiers intéressés tels que des fournisseurs étrangers d'équipement et de crédit, ou par des sources possibles d'aide gouvernementale étrangère, mais il n'apparaît pas qu'il soit procédé à des analyses macro-économiques permettant une évaluation d'ensemble des effets des investissements futurs ou de leur corrélation. Aucune assistance technique étrangère n'est utilisée à cet effet, puisque le pays conçoit la planification comme un processus purement politique et ne ressent pas le besoin de l'application de techniques d'analyse économique. Il existe ainsi une confusion entre l'élaboration de buts généraux, question d'ordre politique, et les décisions relatives aux moyens permettant d'atteindre ces buts, question d'ordre technique. Les difficultés auxquelles se sont heurtés les projets, en particulier dans le domaine industriel, donnent à penser que l'analyse préliminaire a été insuffisante, égale- ment, au niveau de chacun des projets, en ce qui concerne notamment les facteurs de production dont on peut disposer, les moyens de trans- port, les besoins en cadres dirigeants, l'étude de la demande, et la rentabilité prévue des entreprises. l/ Juillet 1960 à juillet 1963 . -7 - Investissements publics 21 Les investissements publics prévus par les P1ns sont pratiquement les seuls investissements dans l'économie 1. Il suffit d'y ajouter le montant relativement faible de ceux qui sont effectués directement par le gouvernement central et les gouverne- ments régionaux en dehors du Plan pour obtenir le chiffre global des investissements. Pour le Plan triennal, le total a été de 37,3 milliards de FG, soit une moyenne de 12,4 milliards de FG par an. Le Plan septennal, tel qu'il a été initialement formulé, a fixé des chiffres légèrement supérieurs; la somme totale à dépenser était de 108,3 milliards de FG, soit une moyenne de 15,5 milliards par an. L'objectif a depuis été porté, sans qu'il fut tenu compte des réalités, a un total de 141.,6 milliards de FG (y compris 23 milliards de FG pour le service de la dette), soit une moyenne de 20,2 milliards par an. 22. Le niveau annuel de 12,h milliards de FG fixé par le Plan triennal, augmenté de 1,1 milliard de FG d'autres investissements du gouvernement central et des gouvernements régionaux, représentait un montant total d1investisseients estimé égal au quart environ du produit national brut. Pour un coéfficient raisonnable de capital, de h pour 1 par exemple, ce niveau d'investissements amènerait une augmentation effective de la production de plus de 6% par an, ce qui serait, évidemment, un taux tout à fait acceptable. Du taux probablement très inférieur d'augmentation à long terme de la production totale, indiqué plus loin, il ressort en fait que le coéfficient de capital est démesurément élevé, autrement dit que le problème, pour le pays, consiste à effectuer ses investissements de telle manière qu'ils donnent lieu à des augmen- tations acceptables de la production, compte tenu, particulièrement, du faible niveau des ressources disponibles pour lesdits investisse- ments. 23. Jusqu'ici, les dépenses d'investissement faites au titre du Plan septennal ont été beaucoup plus modestes qu'il n'était envisagé sur la base de la durée totale du Plan. Le pays a sagement renoncé, du moins depuis le milieu de l'année 1965, à recourir au système bancaire pour se procurer des moyens supplémentaires de financement national du Plan. Au cours de la première tranche du Plan septennal, allant du ler mai 1964 au 30 septembre 1966, les dépenses totales se sont élevées, est-il indiqué, à 27,4 milliards de FG, soit à quelque 11,3 milliards do FG par an, ce qui est légère- ment infÉérieur au taux annuel du Plan triennal. Zn revanche, les dépenses budgétisées pour 1966/67 sont de 18,9 milliards de FG, c'est- à-dire qu'elles atteignent presque le taux annuel prévu pour toute la période couverte par le Plan. 24. La répartition par secteurs des dépenses prévues par les deux Plans, indiquée ci-après, montre qu'il est attribué un pour- centage élevé des investissements aux transports et que la part de l7 Al'exclusion, principalement, de ceux de l'entreprise d'alumine Fria. - 3 - l'industrie est nettement supérieure à celle de l'agriculture (Tableau 2). La part importante affectée aux transports a été augmentée dans le Plan septennal, de même que celle des télécommunications, les parts des secteurs directement productifs diminuant légèrement. Répartition en pourcentages, par secteurs. des dépenses prévues par les deux Plans a/ Plan triennal Plan septennal Industrie et exploitation minière 17,0 17,2 Agriculture 12,9 10,8 Transports (ferroviaires, maritimes et aériens) 21,0 26,2 Génie civil (ponts, routes, ports) 12,6 21,7 Télécommunications 0,4 4,5 Habitat et enseignement O,7 5,8 Infrastructure administrative (énergie électrique, eau, sports, hygiène) 27,h 13,S a] A l'exclusion d'affectations "divers", consistant principalement dans le remboursement de la dette. 25. L'industrie l'emporte encore davantage sur itagriculture dans les dépenses réellement effectuées au cours de la première tranche du Plan septennal, laquelle a consacré 41% a% l'industrie et seulement h% à liagriculture, d'après une ventilation des dépenses par secteurs identifiables. L'ensemble transports - génie civil, en revanche, a été ramené de 48 à 21%, alors que sa part était d'un tiers dans le Plan triennal. La forte part de l'industrie dans les dépenses réelles reflàte, juaculài n certain degré, l'accas au financement i àtranger, sous forme à la fois de'ci-édits.-de foum-nisseurs et dlaide ;ouver-le.ientalo de la part des pays du bloc. oriental. 26. L'agriculture constitue évidemment l'activité économique la plus importante du pays, contribuant, selon les estimations, pour environ 55 au produit national brut, mais, bien qufétant d'une grande importance pour l'amélioration de la balance des paiements internatio- naux, elle est peu favorisée dans la répartition des prévisions de dépenses. Les produits agricoles s'inscrivent toujours pour plus de la moitié des recettes nettes en devises du pays et ils offrent de larges possibilités de substitution de la production nationale aux importations, notamment de coton et de riz. La part des produits manufacturés dans le produit national brut est, d'autre part, infé- rieure à 3% , et les possibilités de dévelcppem,ient des exportations à partir de ce secteur sont pratiquement inexistantes, tandis que les possibilités de substitution en matière d'importations sont limitées surtout aux cotonnades et aux produits du tabac. Néanmoins, c'est le secteur de production qui a été placé en avant pour la répartition des dépenses prévues et ces investissements ont été effectués au prix - 9 - d'un très fort endettement extérieur accmuulé. Les fortes dépenses consacrées aux transports en application des Plans semblent de même peu justifiées. La construction de nouvelles routes, pour lesquelles un choix judicieux n'a pas été fait, y tient une place exagérée par rapport à la nécessité d'un meilleur entretien, et des sommes dont l'importance est très contestable sont affectées à la remise en état du chemin de fer. Dans les télécormunications, auxquelles le Plan septennal consacre des dépenses en augmentation substantielle par rapport au Plan triennal, on remarque l'affectation d'une somme élevée à la construction d'une station de radiodiffusion, sans aucun doute d'une grande importance du point de vue politique, mais contestable du point de vue économique étant donné les nombreuses demandes qui pèsent sur les ressources. En ce qui concerne l'énergie électrique, il est certain que des investissements supplémentaires sont nécessaires pour que la capacité de production existante puisse être utilisée à plein, mais on procède à ltaugmentation prévue de cette capacité avant que les besoins aient été étudiés à fond et dÉmontrés. L'évolution dans ces principaux secteurs de l'économie est traitée avec plus de détails dans les sections suivantes correspondantes. Pour l'instant, on peut simplement faire remarquer que la répartition par secteurs des dépenses prévues pose d'importantes questions qu'il conviendrait d'examiner, afin que les ressources limitées dont dispose le pays pour ses investissements soiont utilisées de façon à contribuer plus efficacement à la production future. Financement des investissements 27. Le financement des dépenses prévues révèle une tendance à compter de plus en plus sur les sources extérieures. Les sources nationales de financement apparaissent en nette régression tant en valeur absolue qu'en valeur relative (Tableau 3). Le Plan triennal a été financé à 4]% par des sources extérieures et à 59% par des sources nationales. Pour tout le Plan septennal, les autorités guinéennes comptent que les sources extérieures fourniront 66% des capitaux et les sources nationales 34% seulement. De plus, ces parts de financement extérieur et de financement national du Plan septennal ne portent que sur 76,9 milliards de FG de dCépenses pour lesquelles les autorités guinéennes considèrent que des ressources sont disponibles, et non sur le total de 141,6 milliards de FG inscrit au budget du Plan entier. Si l'on suppose que ces dépenses seront eifectuées et que les sommes mentionnées dans le Plan et qui ne sont pas disponibles pour le moment proviendront en totalité de sources extérieures, la part du financement extérieur dans le Plan s'élève à 82% . Un autre facteur a noter est que, même dans les 66% de finan- cement extérieur considérés comme disponibles, figurent 12 points de "fonds de contrepartie", c'est-à-dire la contrepartie en monnaie locale des excédents agricoles mis à la disposition du pays par le Gouvernement des Etats-Unis. Or il est très douteux qu'une aide de cette nature continue d'être fournie à l'avenir. 28. Sur les 34% que doivent fournir les sources nationales de finan- cement, les deux tiers environ sont constitués par les bénéfices et les réserves d'amortissement des entreprises publiques. Une partie appréciable du reste (10 points de pourcentage) proviendra de sources - 10 - "diverses" pour la plupart non définies (une petite partie étant consti- tuée par le produit d'une capitation perçue pour le Plan par les gouvernements régionaux). Sources de financement des Plans (Ioyennes annuelles, en milliards de FG) Sources nationales Sources extérieures Plan triennal 1960-63 (chiffres réels) 7,3 5,1 Plan septennal 1964-70 (prévisions) 8,6 17,0 Plan septennal lère tranche 196h-66 (chiffres réels)a/ 5,2 6,2 Plan septennal 2ame tranche 1966/67(inscription au budget) 6,1 12,B a/ La période stétend du ler mai 1964 au 30 septembre 1966, soit sur 2 ans et 5 mois. 29. Pendant la première tranche du Plan septennal déjà exécutée, le recours aux sources extérieures a été plus grand que pour la réali- sation du Plan triennal, mais inférieur à ce qui a été envisagé pour la période complète de sept ans. Les sources extérieures ont fourni 54% du total au cours de cette première tranche du Plan septennal (y compris 23 points de pourcentage de fonds de contrepartie), tandis que la contribution des sources intérieures a été de h6% . Cependant, une partie importante du financement intérieur au cours de cette période a consisté en avances, de type inflationniste, du. système bancaire, alors que les reports d'exercice antérieur, qui ne sauraient en aucune façon constituer une épargne effectuée pendant la période considérée, ont été une autre forme de financement intérieur. De plus, le gros de l'épargne nationale repose sur des bases des plus instables. Mle comprend les bénéfices d'entreprises publiques fortement tributaires, pour l'impor- tation de leurs facteurs de production, d'un taux de change faible qui constitue en réalité une subvention. Les entreprises commerciales réalisent leurs bénéfices grâce à la marge importante existant entre le coat de leurs importations et le prix auquel elles peuvent vendre celles-ci sur le marché intérieur. De même, les bénéfices des entre- prises industrielles dépendent en grande partie de l'évaluation au taux de change officiel faible des provisions pour amortissement et du coet des facteurs de production. 30. Si l'on considère ce qui a déjà été dépensé pour la première tranche du Plan septennal et les ressources (à la fois nationales et extérieures) que les autorités guinéennes considèrent comme dispo- nibles pour la période entière, une somme de 49,5 milliards de FG est disponible pour la période de quatre ans allant d'octobre 1966 à - il - septembre 1970 (76,9 moins 27,4 milliards de FG). Conformément au Plan, le remboursement de la dette nécessite 18,1 milliards de FG pour la période 1966-1970, ce qui ne laisse que 31,4 milliards de FG pour les autres affectations, soit 7,9 m,illiards par an. Ce chiffre est à rapprocher des taux annuels de 12,4 milliards de FG pour 1960-63 et de 10 milliards pour 1964..66 après défalcation du remboursement de la dette pour ces périodes. Cette somme annuelle de 7,9 milliards de FG est nettement inférieure au niveau annuel des dépenses fixé pour la période entière du Plan (19,4 milliards de FG après déduction du service de la dette) et doit de toute évidence entraîner une révision approfondie de l'ordre d'urgence des dépenses, à moins que des ressources extérieures non prévues actuellement ne deviennent disponibles. 31. Pour éviter des pressions inflationnistes, il conviendrait évidement de continuer à s 'abstenir, comme on 1'a fait depuis le milieu de lannée 1965, de recours complémentaires au système bancaire pour financer les dépenses prévues. DIautre part, on devrait réexa- miner les objectifs auxquels est consacré 1'important financement étranger envisagé dans le Plan, pour considérer les effets du finance- ment sur les augmentations de la production et le rytbme auquel elles peuvent être réalisées. Llamélioration du rendement des entreprises du secteur public est nécessaire pour augmenter la part des sources nationales dans le financement du Plan. Enfin, en général, on devrait réexaminer les buts visés par le Plan afin d'améliorer la qualité des investissements et d'en limiter le montant en fonction des sources internes non inflationnistes et des sources externes non obérantes de financement disponibles. Croissance 32. Il est extrêmement dfficile d'évaluer les effets de cette planification et des investissements publics sur la croissance de l'économie en l'absence de comptes nationaux ou de statistiques fonda- mentales complètes et su^res établies pour l'ensemble du pays. C'est là une des principales lacunes à combler dans la situation actuelle de la Guinée. L'application judicieuse de principes de politique économique n'est pas possible en l'absence de documents permettant d'en évaluer les effets mesurables. On conçoit qu'il faille du temps pour former un personnel suffisant recruté localement pour exécuter ces tâches, mais beaucoup de temps a déjà été perdu et l'on doit s'appliquer aà améliorer de toute urgence le recueil des informations et leur exploitation si l'on veut disposer d'une base adéquate de définition d'une politique. Une assistance technique d'origine internationale, des Nations Unies par exemple, peut âtre facilement obtenue à cette fin. Ce qui a fait apparemment défaut jusqu'ici, ce ne sont pas les moyens pour mener à bien une telle tâche, mais le sentiment que celle-ci était nécessaire et un empressement aà prendre les mesures utiles pour obtenir des améliorations. 33. La mission a pu faire un essai d'établissement de comptes nationaux, ne portant toutefois que sur une période limitée aux deux années budgétaires 1963/-64 et 1964/65 (Tableaux 4, 5 et 6). - 12 - Le produit intérieur brut total aux prix courants est estimé avoir atteint 68 milliards de FG en 1964/65. Convertie au taux de change officiel, cette somme est égale à 277,6 millions de dollars, ce qui donne près de 80 dollars par habitant. 34. Ltagriculture et les activités connexes contribuent pour 54% au produit intérieur brut, tandis que la part de l'exploitation minière est d'environ 9 %. L'industrie du bâtiment, consistant prin- cipalement en la construction de nouvelles usines conformément au Plan, représente 13% du total, soit une part égale à celle de l'administration publique. La fabrication de produits manufacturés représente moins de 3% du total. 35. i 1964/65, le produit intérieur brut a été de 24,5 % supérieur en prix courants aux 54,9 milliards de FG de l'année 1963/64. Aucun indice de prix d'aucune sorte n'est établi dans le pays. Sur la base des augmentations des prix agricoles dont elle a eu connaissance, la mission estime qu'en termes réels le produit intérieur brut s'est accru de 11% en 1964/65 par rapport à 1963/64. Cette augmentation est due en grande partie à l'agriculture, dont les résultats avaient été excep- tionnellement faibles en 1963/64 et qui s'est relevée en 1964/65, à la suite, notarment, d'une augmentation de la rémunération des producteurs de bananes, de café et de riz. Sur ltaugmentation totale du PIB de 6 milliards de FG aux prix de 1963/64, une somme de 3,7 milliards, soit environ 60 %, représentait l'augmentation due à l'agriculture. Le reste de l'augmentation était diû en grande partie à l'administration publique, vraisemblablement corne suite à un accroissement du nombre des emplois dtZtat. La contribution réelle de ce service à la vie économique du pays est problématique. En ce qui concerne l'année la plus récente, 1965/66, le seul indicateur dont on dispose est la pro- duction agricole, qui a été à peu près égale en prix courants à celle de l'année précédente, ce qui peut représenter une régression effective, attendu que les prix agricoles sont estimés avoir augmenté d'environ 5% en 1965/66. De la sorte, la croissance moyenne annuelle sur la période de deux ans a dû être sensiblement inférieure à l'esti- mation de 11% d'augmentation pour la première année . Quoi qu'il en soit, les modifications concernant une période si courte ne fournissent pas une base suffisante d'évaluation des tendances de croissance. 36. Pour une période un peu plus longue, remontant jusqu'à 1960, on ne dispose que de données fragmentaires et éparses. Les seules augmentations sensibles ont été apparemment enregistrées dans la production d'alumine et d'énergie électrique, dans la consommation d'essence et dans le transport des voyageurs par chemin de fer. Ltalu- mine est, évidemient, une nouvelle ressource pour le pays, sa produc- tion, par l'entreprise Fria, ayant commencé en 1960. La production des autres minéraux, c'est-à-dire de la bauxite destinée à l'exportation, du minerai de fer et des diamants est en net déclin depuis 1960. De 1960 à 1966, la production de courant électrique a augmenté à un taux composé annuel d'environ 10,5 % , y compris la production de la centrale de Fria qui représente près des trois quarts du total (en 1965). De 1960 à 1965, le trafic voyageurs/kilomètres du chemin de fer a augmenté - 13 - à raison d'environ 4,7% par an. Cependant, le tonnage des marchandises transportées par chemin de fer s'est apparemment maintenu au même niveau. La consommation d'essence a augmenté dlenviron 5% par an entre 1960 et 1966. D'un autre côté, le secteur de base de l'agriculture a tout juste progressé au même rythIe que la population (Tableau 22). Entre 1960 et 1965/66, on estime que le taux de croissance annue) de l produits constituant la presque totalité de la production agricole!/ n'a été que de 0,7% . Après correction des données de manière à élminer dans une certaine mesure les effets des variations annuelles, le taux de croissance ressort à quelque 2,8% pour la mêLme période approximativement. Sur les dix dernières années environ, le taux a été de quelque 2,4% 37. Dans l'ensemble, il est difficile de se reprêsenter de façon claire les tendances de croissance de l'économie guinéenne. Quelques signes témoignent d'un certain dynamisme dans ltéconomie, mais lraccroisse- ment de la production dans les principales activités productives suit apparemment tout juste le rythme de croissance de la population. 1 l iz, mais, manioc, fonio, patates, sorgho, bananes, café, ananas, palmistes et arachides. - 14 - III. PRODUCTION DE EIS ET DE SERVIJE3 (Note: Les questions examinées dans le présent chapitre sont traitées de façon plus détaillée aux chapitres I à IV du volume II) 38. L'Agriculturo cut, on Guiné, l'activité éconoiiquo tradi- tionnelle et les cultivateurs forment la grande majorité de la popula- tion. "écessaire avant tout à la subsistance, l'agriculture contribue également à plus de la moitié des recettes nettes du pays en devises, surtout grâce à quatre produits d'exportation: bananes, café, ananas et palmistes. Le riz et d'autres céréales constituent la base de l'alinontation et sont les principaux produits cultivés pour la con- sommation intérieure. A la suite de la création récente de plusieurs usines pour la production de textiles, de cigarettes, de thé, et la transformation des fruits et légumes, l'attention s'est portée sur les cultures de produits destinés à être traités industriellement, parmi lesquels le coton, le tabac, les tomates et les agrumes. 39. Le déclin prolongé de la valeur des exportations agricoles est dû principalement à la régression du volume des exportations de ba- nanes et de café. La diminution du volume des exportations de bananes a eu essentiellement pour cause la cessation partielle de la culture par les planteurs français. La diminution du volume officiel des exportations de café est attribuable dans une certaine mesure aux effets de la mala- die, mais doit surtout provenir de l'augmentation des expéditions clan- destines nar l'intermédiaire des pays voisins. A l'exception du café, les exportations agricoles sont destinées principalement aux pays du bloc oriental, oui paient les bananes et les ananas à des prix largement supé- rieurs à ceux du marché mondial. Cependant, nôme aux prix supérieurs payés pour les bananes, l'équivalent en monnaie locale au taux de change officiel ne suffit pas à couvrir les frais, et des subventions importantes, la plupart du temps sous forme de distributions gratuites de fournitures nécessaires à la production, sont accordées aux planteurs par l'organisme officiel de commercialisation. La production d'ananas n'est pas sub- ventionnée, nais elle devrait l'être si elle était écoulée aux prix du marché mondial. Pour le café, dont le prix sur le marché mondial a aug- menté depuis quelques années, il n'est pas nécessaire de verser aux planteurs des subventions en argent pour leur permettre de couvrir leurs frais; mais les planteurs sont attirés par la satisfaction ou les béné- fices supplémentaires que leur procure l'échange en contrebande du café contre des biens de consommation dans les pays voisins. Des encourage- ments plus importants aux producteurs et des améliorations techniques des méthodes de production sont les conditions nécessaires d'une augmen- tation de la production agricole destinc'e à l'exportation. Les marchés sur lesquels pourra être exportée une produc tion accrue resteront essen- tiellement ceux des pays du bloc oriental. Cette remarque s'applique même au café, par suite des limitations à la cormercialisation imposées par l'Accord International du Café. 40. Au cours de la dernière décennie, la production de riz a aug- menté à un taux annuel moyen très inférieur au taux de croissance de la - 15 - population, et les importations, principalement des 'tats-Unis - aux conditions de la "Public Lai 430" sur les ventes contre paiement en monnaie locale - se sont accrues régulièrement. Au cours des derniè- res années, ces importations ont représenté environ 15, de l'appro- visionnement total et un peu plus de 15l de la valeur des importations totales courantes (à l'exclusion des importations effectuées pour les besoins du Plan). On constate une nette tendance à substituer au riz des plaines côtières la variété de riz de montagne dont le rendement est moindre et qui est cultivé par des méthodes primitives. Des pro- jets d'augmentation de la production sont étudiés depuis quelque temps dans le cadre des programmes d'assistance technique des Iations Unies, des Etats-Unis et de l'URSS. Les programmes de développement des cul- tures industrielles ont été insuffisants. Des erreurs techniques ont été commises, en particulier dans l'important programme d'appro- visionnement en coton de la nouvelle usine de textiles. Rien n'indique qu'il existe des programmes organisés visant à satisfaire aux besoins en tabac de la manufacture de cigarettes, ni pour la fourniture des quantités nécessaires de tomates et d'agrumes aux usines de transfor- mation de fruits et légumes, aussi ces établissements ont-ils à faire face à de graves problèmes d'approvisionnement. 4l. Les activités et les services officiels de planification agricole sont insuffisants. Le Ministère de l'Economie Rurale souffre sérieusement d'un manque de personnel et partage avec d'autres minis- téres et des organismes régicnaux la responsabilité de l'agriculture d'une façon mal coordonnée. Les dépenses prévues pour l'agriculture dans les budgets de fonctionnement et dans le Plan sont faibles. Les activités de recherche et de développement et les facilités de crédit sont très limitées. Les campagnes officielles pour l'augmentation de la production de certains produits ne sont pas fondécs sur uno connaissance suffisante de questions telles que la nature et l'utilisation du sol, le climat ou les aspects économiques des prograrmes. 42. L'exploitation minière et le traitement des minerais ont une importcnoe particulière comme sources de devises. Ces activit6s four- nissent actuellement 70% de la valeur brute des exportations et près de So. des recettes nettes totales en devises. Le produit de loin le plus important est l'alumine, obtenue à partir de la bauxite locale traitée par la grande entreprise Fria, société internationale qui fonc- tionne depuis 1960. Les autres minéraux exportés sont la bauxite elle- même, le minerai de fer et les diamants. 43. Au cours des cinq prochaines années, soit jusqu'à la fin de 1971, le montant net des devises que procureront au pays ses exporta- tions de minéraux - c 'est-à-dire une fois déduits les paiements à l'étranger pour le service de la dette, les importations de matériel, et les bénéfices - se maintiendra, pense-t-on, à peu près au même niveau qu'au cours des années écoulées depuis 1962. Il n'est pas tenu compte dans cette prévision du projet d'exploitation des mines de bauxite de Boké, où la production devrait commencer en 1970 ou 1971 au plus tôt. - 16 - 44. Les recettes en devises provenant de l'alumine augmenteront, mais dans une proportion moindre que l'accroissement prévu du volume des exportations. L'entreprise Fria a établi des plans pour porter sa capacité annuelle, qui est actuellement de 520.000 à 530.000 tonnes, a un chiffre compris entre 600.000 et 700.000 tonnes. Ce faisant, elle espère ramener de 63,50 a 5h dollars la tonne ses coûts unitaires de production. Or ceux-ci servent de base de calcul pour le versement du tiers du montant total des recettes en devises qu'elle verse à la Banque Centrale ccnformément à un accord passé avec le gouvernement. Cette question faisait l'objet de négociations pendant le séjour de la mission. Des augmentations importantes de recettes provenant dee exportations de bauxite (non oompris Boké) sont attendues à la suite d'une nouvelle exploitation qui a débuté récemment en vertu d'une concession officiel- lement obtenue le ler mars 1966 par la Halco Corporation, associée étrangère dans l'entreprise de Boké, qui exploitera dans une fle près de Conakry des réserves de bauxite estimées devoir durer 7 ans environ. Aux plus-values en devises attendues des exportations d'alumine viendra toutefois s'inscrire en contrepartie, principalement, l'arrêt des ren- trées de devises provenant du minerai de fer. Le minerai de fer était exporté depuis 1953 par la Compagnie minière de Conakry, appartenant à des intérêts-étrangers. La production des années récentes étant tombée au-dessous du seuil de rentabilité, l'exploitation a cessé complètement à la fin de 1966. Les difficultés de la compagnie ont eu pour origine la forte teneur en chrome de son minerai et le fait que le commerce mondial s'est tourné vers des minerais plus riches découverts ailleurs. Pour établir ses projections, la mission est partie de l'hypothèse qu'il n'y aura pas d'exportations de minerai de fer d'ici la fin de 1971. A plus longue échéance, il existe des possibilités d'exploitation drimportantes réserves de minerai de fer de haute teneur situées dans la région forestière, semblables aux gisements actuellement exploités au Libéria par la Liberian-American Mining Company. 45. La valeur des exportations de diamants a fortement diminué depuis 1960. Les mines de diamantc sont exploitées par une entreprise d'Etat depuis la nationalisation de deux sociétés étrangères en 1961. De nouveaux équipements ont été obtenus récemment d'U.R.S.S. et de Bolgique. Un léger relèvement du niveau récent très faible des exportations est espéré pour les prochaines années, mais, pour un avenir plus lointain, l'incertitude est très grande quant à l'étendue et à la qualité des réserves, et par conséquent à la viabilité des opérations d'extraction des diamants. h6. Les plans du projet minier de Boké prévoient maintenant une production de bauxite de 5 millions de tonnes par an. Sur la base des hypothèses énoncées en détail à l'annexe par secteurs et statistique du volume II, on estime que, à ce niveau de production, le projet abou- tirait à doubler le montant net actuel des devises provenant des expor- tations de minéraux et a augmenter d'environ 50% les recettes nettes actuelles en devises provenant de toutes les exportations. Pendant la période de construction, les rentrées de devises seraient telles que les - 17 - coûts locaux de la construction seraient financés par l'étranger. L'effet sur les recettes de l'Etat se traduirait par une augmentation estimée à quelque 15 à 30% des recettes actuelles. Il y aurait également des effets indirects du fait de la stimulation de l'activité économique aux alentours de la ville, du port et de la mine, et de l'existence de nouveaux moyens de transport appelés à servir à des fins diverses. 47. La Guinée a fait un très grand effort pour développer l'indus- trie manufacturière au cours des dernières années, mais cet effort n'a profité jusqu'ici que dans une faible mesure a l'économie. On ne dispose pas de séries statistiques permettant de déterminer l'évolution de la production industrielle, mais des enquêtes effectuées directement par la mission ont révélé que la plupart des usines ont de graves difficultés d'exploitation et fonctionnent a de faibles taux de leur capacité produc- tive. La mission estime que l'industrie manufacturière a contribué pour moins de 3% au produit intérieur brut en 1964/65 et que sa part dans le total des emplois rémunérés a été d'environ 6%. 48. La mission a pu identifier 4l usines, dont 23 appartenant à l'Etat ou à des sociétés d'économie mixte avec part majoritaire de l'Etat. La plupart des usines entièrement privées datent de l'époque antérieure a l'indépendance. Les usines produisent principalement des biens de consommation légers et un peu de matériel de construction pour le marché intérieur. Des matières premières locales sont traitées en vue de l'exportation de quelques produits spécialisés tels que la quinine et les essences de parfums. Sur 17 usines visitées par la mission, trois seulement fonctionnaient a de hauts niveaux de capacité productive. Elles étaient toutes trois propriété privée ou exploitées par l'initiati- ve privée. 49. Le Plan septennal affecte la très importante somme de près de 20 milliards de FG â l'industrie manufacturière, par comparaison avec un capital total estimé aà quelque 13 milliards de FG immobilisé actuellement dans cette industrie, ces investissements ayant été surtout réalisés de- puis 1960. Les investissements dans l'industrie manufacturière sont finan- cés en grande partie par des fournisseurs étrangers ou grâce à des cré- dits de gouvernements étrangers et sont la cause principale du lourd endettement extérieur du pays. Les décisions d'investissements ont été largement influencées par les possibilités de financement externes qui s'offraient au gouvernement et n'ont pas fait au préalable l'objet d'études objectives adéquates. De nombreuses entreprises sont fortement tributaires de matières importées pour leurs opérations courantes. Indépendamment de la question des coûts d'exploitation, les économies d'importations réalisées ont été jusqu'ici très limitées. Ce qui est surtout nécessaire actuellement, c'est une évaluation de la viabilité des entreprises existantes, pour en augmenter la productivité, ou dans certain cas pour en suspendre l'activité, avant d'en créer de nouvelles. Cet examen fournirait 19occasion d'améliorer les techniques de planifi- cation et d'évaluation des projets de manière que les décisions d'inves- tissements dans l'industrie manufacturière reposent sur une base plus solide à l'avenir. - 13 - 50. Les récents efforts d'industrialisation par la création d'entreprises dtEtat se sont heurtés au problème du manque de cadres dirigeants. Clest ce facteur qui a été cause, en partie, de la centra- lisation excessive de la direction des entreprises industrielles de l'Etat au niveau national. Les dirigeants dtentreprises manquent de l'autonomie et des stimulants nécessaires àn l'élaboration de programmes combinés de production, d'achats, de ventes et de financement, propres a augmenter la rentabilité. La principale condition qui leur est impo- sée est d'atteindre les objectifs matériels de production. Les bénéfi- ces, qui ont tendance a etre surestimés du fait de l'évaluation au taux de change officiel des facteurs de production importés et des provisions pour amortissement, doivent être mis, avec les réserves, à la disposition du Plan, d'où il résulte que la plupart des entreprises souffrent d'un manque de liquidités. Dans les conditions précitées, la gestion des entre- prises est entravée par l'existence de voies hiérarchiques multiples et leur situation financière réelle n'apparaît pas clairement. 51. Les activités productives s'appuient sur un système de transports qui comprend un réseau routier étendu cu égard à. la super- ficie du pays, mais une petite partie seulement des routes est asphaltée et, d'une manière générale, l8entretien est négligé. .i4anmoins, l'im- portante somme .ffectée par le Plan septennal aux routes et aux ponts (25,1 milliards de FG) et les plans de rev9tement de routes apparaissent trop ambitieux étant donné les estimations des densités de circulation actuelles et futures. Il n'est pas établi de statistiques de la circula- tion ni procédé 'à des études de justification économique destinées à servir de base à la planification des investissements. Les services de camionnage, assurés en grande majorité par de petites entreprises privées, transportent les marchandises A un tarif uniforme et contrôlé par l'Etat dans tout le pays, ce qui a entraîné le dépérissement de l'équipement. Il est signalé que les tarifs effectivement appliqués sont fréquemment beaucoup plus élevés que le tarif officiel. Quoi qu'il en soit, le camionnage s'est développé par corparaison avec le transport de marchandises par le seul chemin de fer public du pays, qui relie Conakry a. lKankan. Le trafic des marchandises par chemin de fer, mais non celui des voyageurs, est en régression depuis plusieurs années. L'exploi- tation du chemin de fer donne lieu à des déficits de plus en plus im- portants ; il est possible que le déficit de 1965 ait atteint 700 A 800 millions de FG. Lcs déponses sont on constante aug- mentation malgré les baisses de trafic. Destiné par le gouvernement colonial 'à être supprimé, le chemin de fer, dont la construction re- monte au début du siècle, a été conbervo conformément a une décision gouverne- mentale contraire prise depuis l'indépendance. Une somme importante (18,6 milliards de FG) est affectée par le Plan septennal à l'amélio- ration du chemin de fer, et une aide à. cette fin a été reçue de la Tchécoslovaquie, de la Chine continentale et de l'Allemagne occiden- tale. L'aide la plus récente a consisté en un prêt de L'Allemagne occidentale équivalent à 1,875 milliard de FG pour l'ar- . lioration de la voie et de sa plate-forme, consenti en janvier 1967. - 19 - Il conviendrait de procéder a un examen des dépenses d'exploitation actuelles et à des études sur la viabilité économique à long terme du chemin de fer. Le principal port du pays, à Conakry, est bien pourvu en postes de mouillage de service public, en installations de charge- ment et de d6chargement- et en entrep8ts, mais son équipement de manu- tention est insuffisant. Il est difficile de comprendre pourquoi le Plan septennal prévoit un investissement de 4,6 milliards de FG pour ce port. Il semble que seuls soient nécessaires des investisse- ments peu importants en équipement de manutention supplémentaire. L'exploitation de l'aviation civile est assurée par Air Guinée, qui appartient à l'Etat, avec de l'équipement et une assistance technique russes. Le service international, non rentable, a été récemment suppriméj et la situation financière de cette entreprise s'est grandement améliorée. Dans les transports en général, on note une dispersion considérable des responsabilités entre plusieurs organismes d'Etat, aussi un-renforcement des pouvoirs du Mi nistère des Transports est-il souhaitable. 52. Plus de la moitié de la capacité de production d'énergie électrique du pays est concentrée dans les centrales des établissements industriels, la plus importante étant de loin celle de l'entreprise d'alumine Fria. Les centrales du service public de distribution d'lec- tricité sont fortement concentrées dans la région de Conakry. De nou- velles centrales électriques sont en cours de construction à Conakry ainsi que dans quelques centres de l'intérieur. Les nouvelles centrales de Conakry pourront apparemment satisfaire à la demande jusque dans les premières années 1970, mais elles nécessitent de nouvelles installations de transport et de distribution dont les plans sont plus ou moins en voie d'achèvement. La plupart des centrales du service public sont exploitées par la Société Nationale d'Electricité (SNE), qui appartient à l'Etat. Les finances de la SINE apparaissent fondamentalement saines, mais l'ad- ministration manque de personnel. Une assistance technique et un pro- gramme de formation professionnelle pour améliorer l'administration de- vraient aller de pair avec les investissements supplémentaires éventuels. 53. Les t6l6cormunications, qui sont exploitées en majeure par- tie par le Ministëre des Postes et Télécommunications (P et T), sont assurées avec des moyens limitbs, mais un très grand développement de ces moyens a été entrepris ces dernières annèes, surtout en ce qui con- cerne les réseaux téléphoniques urbains de Conakry et de Kankan, et à un moindre degré les services téléphoniques et télégraphiques à grande dis- tance. Des'inveýtissements tr:s importants sont éga_lment effectués dans de grandcs installations de.radiodiffusion. Ceà investissements ont êt'e enpartie financés par des crédits de fournisseurs et des crédits gouvernementaux originaires d'Allemagne occidentale, de Tchécoslovaquie et de Hongrie, mais des retards se sont produits dans l'exécution des travaux d'instal- lations financées localement et qui devaient être faits au même moment. On espère que la création récente d'un service de planification dans les P et T contribuera à l'amélioration de la planification et de la mise en oeuvre des programmes d'investissement, grâce à des études sur la demande, à la création de moyens de formation professionnelle et à la coordination des programmes de construction. - 20 - 54. Lgaugmentation du nombre des personnes qui bénéficient de l'enseignement public est une des r6alisations marquantes de la Guinée depuis l'indépendance, bien que l'on ne puisse apprécier exac- tement jusqu'à quel point la nature de l'enseignement secondaire et supérieur est adaptée aux exigences du développement de l'économie. La fréquentation scolaire totale a augmenté depuis 1957/58 à raison d'un peu plus de 20% par an, alors que la croissance de la population du pays a été de 2,5 à 35. On estime qu'un tiers environ des enfants en âge de fréquenter l'école primaire la fréquentent effectivement, Des mesures ont été prises récemment pour donner plus d'importance ' l'en- seignement technique dans le second degré. L'enseignement universitaire est dispensé, dans la limite des possibilités, par un institut poly- technique construit et organisé avec l'assistance de 1'U.R.S.S. et des étu- diants reçoivent des bourses pour poursuivre leurs études dans divers pays étrangers. Le corps enseignant a augmenté à un taux encore plus élevé que la scolarisation, si bien que l'on enregistre les rapports satisfaisants d'un maître pour 4l élèves dans les écoles primaires et pour 33 6lèves dans le seoond degré et l'enseignement supérieur réunis en 1965/66. Dans l'enseignement primaire, un tiers environ des institu- teurs sont des "auxiliaires" dont la formation n'est pas achevée, et aux niveaux du second degré et des études universitaires, le tiers environ du personnel enseignant est étranger. Les maîtres étrangers représentent approximativement le cinquième des quelque 1700 personnes qui travailleraient dans le pays comme personnel technique étranger. On peut déduire des donéos partiollcs que trop pou do co porsonnel étranger est affecté à l'agriculture et aux aspects techniques de l'ad- ministration publique (services de statistiques, par exemple). 55. Les services de la santé publique ont été eux aussi forte- ment développés depuis l'indépendance, rais il subsiste des insuffi- sances notibles, ainsi qu'il ressort de la proportion actuelle d'un médecin pour 37.000 habitants dans l'ensemble du pays, alors que le but fixé par la décennie des Nations Unies pour le développement est d'un médecin pour 10.000 habitants dans les pays peu développés en 1970. - 21 - IV. POLITIQUE HONETAIRE ET FISCALE 56. Le secteur public est alimenté en moyens fina.nciers par diverses voies sur lesquelles le gouvernement central exerce un contr6le rigoureux. Le gouvernement entretient deux budgets; l'un est essentielle- ment un budget de fonctionnement, 11autre un budget d'investissement, ce dernier comprenant la tranche annuelle du "Plan" national. Les res- sources nationales servant à financer le Plan sont fournies par les ex- cédents du budget de fonctionnement et par les contributions des entre- prises publiques. Les gouvernements régionaux ont des budgets séparés et tirent leurs moyens financiers des impfts locaux. Budgets de fonctionnement 57. Les budgets de fonctionnement du gouvernement central ont présenté un excédent au cours de la plupart des années depuis 1961. Toutefois, le niveau de l'excédent a peu varié; il s'est élevé à 1,1 milliard de FG en 1961 et à 1,5 milliard de FG pour l'exercice 1964/65 (Tableau 7). Pour maintenir ces excédents, le gouvernement a eu pour politique de réduire les niveaux élevés d'autorisations de dépenses, compte tenu des recettes réelles ou attendues selon des estimations objectives. 58. De 1961 à l'exercice budgétaire 1966/67, les recettes du gouvernement central se sont accrues a une moyenne annuelle approchant 9 %. Ce pourcentage représente toutefois une croissance en prix courants. Il n'existe pas d'indices de prix permettant de mesurer les variations réelles des recettes, bien que ces variations puissent être déduites de celles de la masse monétaire. De la fin de l'année 1960 à la fin de ltannée 1965, celle-ci s'est accrue à raison de 21% par an en moyenne, ce qui laisse supposer que les prix ont subi des augmentations appré- ciables. On peut donc conclure que les recettes réelles ont diminué de façon presque continue depuis 1961. L'expansion monétaire a cessé depuis le milieu de ltannée 1965 et les recettes de l'Etat se sont également stabilisées en prix courants. 59. Les recettes du gouverneiment central proviennent principale- ment des droits de douane et des impfts sur le revenu et sur les béné- fices (Tableau 8). La part des taxes à l'importation a diminué, tandis que celle des impâts directs a augmenté au cours des dernières années. Le tableau ci-après donne la ventilation de ces recettes. - 22 - CoMosition en pourcentages des recettes du gouvernement central en 1963/64 et 1966/67 1963/64 1966/67 Im-p8ts directs 20_2 251 Impft sur les bénéfices industriels et commerciaux 12,8 15,0 Impôt sur le revenu 7,4 10,1 Impfts indirects 63,0 509 Taxes à l'importation h6,3 38.,3 Taxes à l'exportation 2,6 2,2 Taxe sur le chiffre d'affaires 4,3 4,5 Autres taxes 9,8 5,9 Autres recettes l68 2_0 Droits de timbre 7,1 6,5 Sécurité sociale 7,h 8,5 Divers 2,3 9,0 Total 100,0 100,0 60. Les recettes réelles du gouvernement central ont représenté près de 20% du produit intérieur brut estimé en 1964/65, dernière année pour laquelle on dispose de ces données. Les modifications apportées depuis 1961 au régime fiscal ont été principalement d'ordre administratif, leur but étant d'améliorer les méthodes de perception. Toutes les entre- prises, y compris les entreprises publiques, sont assujetties à un impft sur les bénéfices, à un taux dc 33% pour les sociétés anonymes et les sociétés . responsabilité limitée. Le montant de l'impôt sur les béné- fices a progressé rapidement depuis 1963 à la suite de l'anélioration des méthodes administratives et de la création de nouvelles entreprises d'Etat auxquelles est due la majeure partie des recouvrements totaux. L'impôt sur le revenu personnel est perçu sur les traitements et salaires et autres revenus, dans le cas des traitements et salaires sur la base de deux tranches auxquelles sont appliqués des taux de 5% et 10% , dans le cas des autres revenus par application dtun coefficient progressif s'éle- vant jusqu'à 60% . L'imp6t sur les traitements et salaires fournit la plus grande partie des produits de l'impôt sur le revenu personnel. 61. Les impfts indirects proviennent principalement des taxes perçues sur les importations, à ltexception des importations nécessaires au Plan et de celles de Fria qui en sont exemptes. En plus des taxes à ltimportation proprement dites, il est perçu, par la Caisse de Péréqua- tion, des surtaxes dont le produit sert à subventionner les exportations. Le montant des perceptions de taxes à l'importation équivaut probablement - 23 - à 60% de la valeur des importations imposables. Des taxes à l'exportation sont perçues sur certains produits agricoles peu importants et sur les exportations de minerais tels que la bauxite. Les autres impfts indirects comprennent une taxe sur le chiffre dtaffaires ou sur les ventes; une taxe spécifique sur l'essence qui atteint environ 12% du prix de détail; et des taxes sur les produits du tabac et les boissons alcoolisées, qui sont également faibles par rapport au prix de vente. Dfautres sources de recettes sont constituées par des taxes diverses, des droits de timbre, une taxe sur les états de paie, des taxes de service, versées princi- palement par le inistère des Postes et Télécommunications, et par un excédent de recettes du système de sécurité sociale. 62. La composition des dépenses courantes du gouvernement est indiquée dans le tableau ci-après. Peu de modifications ont eu lieu pendant la période considérée, les plus importantes étant la diminution de la part de l'administration générale ainsi que de la santé et des affaires sociales. Les dépenses pour la défense nationale et l'ensei- gnement absorbent des parts à peu près égales du budget et représentent ensemble environ 45% des dépenses totales. Composition en pourcentages des dépenses autorisées du gouvernement central (non compris le service de la dette) en 1961, 1963--et 16/67 1961 1963 1966/67 Sécurité sociale et pensions 0,3 6,8 5,2 Défense nationale et sécurité intérieure 23,8 20,1 21,3 Administration 19,6 21,5 13,5 Enseignement 23,1 23,0 22,3 Santé et affaires sociales 15,5 11,h 7,9 Réglementation de ltéconomie 2,3 h,8 3,7 Travaux publics et transports 3,3 2,3 0,6a/ Postes et télécommunications b] 0,6b/ 3,6 Entretien et menus investissements (routes et aéroports) 5,2 4,2 6,8 Dépenses communes et diverses 4,2 3,7 10,1 Subventions 1,7 1,6 5,0 Total 100,0 100,0 100,0 a/ De nombreuses modifications ont été apportées à cette catégorie de dépenses en 1966/67 et la diminution est probablement due en partie à un reclassement de certains postes maintenant compris dans les menus investissements et les dépenses diverses. b/ Ces dépenses n'ont été comprises dans le budget du gouvernement central que vers la fin de l'année 1963. - 2h - 63. Les dépenses réelles ont été généralement très inférieures aux autorisations, en application de la politique qui a consisté à ramener les dépenses au niveau des recettes réelles, mais on ignore quels postes ont été effectivement touchés par ces réductions. La dernière année pour laquelle on connaisse les dépenses réelles est 1964/65, où elles ont été maintenues à un niveau proche des évaluations de recettes et où, celles-ci ayant été sous-évaluées, un excédent de 1,5 milliard de FG a été réalisé. Au cours des trois dernières années budgétaires, les dépenses autorisées ont excédé de la façon suivante les recettes budgétaires estimées: (millions de FG) 196h/65 1965/66 1966/67 Recettes budgétaires estimées 11.955 13. 6o 13.372 Dépenses autorisées 16.185 17.90 19.8h7 Déficit apparent h.230 h.124 6.h75 6h. Ainsi qu'il ressort du tableau ci-après, les dépenses réelles ont été inférieures aux recettes réelles au cours de la plupart des cinq années qui se sont terminées par l'exercice 1964/65. Recettes et dépenses réelles du budget de fonctionnement du gouvernenent central (en idllions de FG) Déficit (-) Recettes Dépenses ou excédent (+) 1960 7.550 7.993 -4h3 1961 5.713 7.564 +1.149 1962 9.090 7.222 +1.376 1963 10.397 11.131 -734 1963/6Wi/ 12.175 10.531 +1.644 1964/65a/ 13.241 11.716 +1.525 a Année budgétaire octobre - septembre. 65. Il est toutefois permis de douter qu'il se soit agi de véritables excédents. En 1964/65, seule année pour laquelle on ait de telles précisions, les dépenses rêelles correspondant à un poste combinant le service de la dette publique, les pensions et la sécurité sociale figurent dans les comptes de fonctionnement du gouvernement central pour un montant de 532 millions de FG, alors que la somme inscrite au - budget est de 3,7 milliards de FG (Tableau 7). La question se pose donc de savoir si l'excédent a été réalisé au prix d'un défaut d'exécution des paiements prévus au titre de la dette publique. Cependant, ainsi qu'il a été indiqué au chapitre II, le service de la dette publique figure également au nombre des dépenses d'investissement fixées par le Plan. Il est évident qu'il faudrait éclaircir la façon dont est traité le service de la dette dans les comptes du gouvernement, le point important étant qu'il constitue une charge à considérer en premier lieu avant de déterminer le montant de ltépargne publique disponible pour de nouveaux investissements. 66. Depuis 1963, les régions entretiennent un budget indépendant de celui du gouvernement central, des réformes fiscales ayant été mises enapplication de façon à éliminer les transferts de crédits du gouvernement central. Les recettes et dépenses des régions s'élèvent approximativement à 25% de celles du gouvernement central (Tableaux 9 et 10). Toutes les régions perçoivent les mêmes impôts conformément à un code uniforme; il stagit principalement de contributions foncières, d'une capitation, et de divers droits et taxes. Plus de 80% des dépenses totales des régions sont consacrées à l'administration géné- rale. Eitreprises publiques 67. Il existe une cinquantaine d'entreprises publiques qui contri- buent à la majeure partie de l'activité économique en dehors de l'agri- culture de subsistance. 7L1es dominent le commerce intérieur et exté- rieur et exploitent des usines ainsi que les services publics tradition- nels tels que la distribution de l'eau et de l'électricité. Le groupe d'entreprises le plus important est le groupe commercial, dont les recettes et dépenses représentent environ 70% des recettes et dépenses totales du secteur des entreprises publiqus (Tableau 11). Si l'on excepte les bénéfices réalisés par les services publics et la manufacture des tabacs, tous les bénéfices des entreprises publiques proviennent de ce groupe commercial. Le fait que la plupart des entreprises à caractère colmmer- cial soient rentables n'est pas surprenant, attendu qu'elles ont le monopole de la vente des marchandises importées qui sont rares sur le marché. 68. Conformément aux pratiques comptables en vigueur en Guinée, on obtient le bénéfice net des entreprises publiques en déduisant de leur bénéfice brut les réserves d'amortissement et certaines autres réserves. Ainsi qu'il a été indiqué précédemment, le tiers du bénéfice net est versé à titre d'impôt au budget de fonctionnement du gouvernement central et les deux tiers restants, ainsi que les réserves d'amortissement et autres, sont affectés au Plan. Dans les conditions ainsi définies, il - 26 - ressort des comptes consolidés des entreprises publiques que les béné- fices nets, impôt déduit, sont passés de 100 millions de FG en 1963/64 à 1,5 milliard de FG en 1964/65, les réserves d'amortissement et autres passant de 1,2 milliard à 1,5 milliard de FG. Il n'est pas possible de comparer directement les données des deux périodes précitées, car certaines entreprises ont fourni un rapport financier pour une seule année sur les deux. Si l'on ajuste les chiffres pour tenir compte des mênes entreprises pour les deux années, on obtient: bénéfices nets, impft déduit, 400 millions de Fû en 1963/64 et 1,1 milliard de FG en 1964/65, les réserves d'amortissement et autres étant respectivement de 1,2 milliard et 1,1 milliard de FG. Le montant des bénéfices nets s'est ainsi effectivement amélioré dans les entreprises qui se trouvent avoir fourni des rapports financiers pour les deux périodes. Cette amélio- ration a été due pour une large part à la réduction des déficits d'Air Guinée du fait de la suppression du service international, et de Guinex- port du fait d'un besoin moindre en fonds de subvention des exportations. 69. Cependant, la liquidation officielle des bénéfices des entre- prises s'effectue par principe, non pas sur la base d'une consolidation des profits et pertes de toutes les entreprises, mais seulement pour les entreprises qui réalisent un bénéfice (Tableau 12). Il n'est rien prévu pour les entreprises déficitaires et l'on peut admettre que ces déficits sont soit reportés sur l'exercice suivant, soit financés au moyen de crédits bancaires et d'effets impayés. 70. Les établissements bancaires, qui sont, eux aussi, tous publics, mais ne sont pas compris dans les comptes ci-dessus, ont réalisé des bénéfices de 1,1 milliard de FG et 600 millions de FG en 1963/64 et 1964/65, respectivement. Ces bénéfices sont également transférés au Plan. 71. Certaines pratiques financières du secteur public diminuent l'efficacité des opérations des entreprises. lles ont trait princi- palement au traitement des sommes à recevoir aux réserves d'amortisse- ment et a la répartition des bénéfices après déduction de l'impôt. 72. La forte proportion de comptes impayés influe fortement sur la trésorerie des entreprises. Du fait que la plupart des opérations des entreprises sont limitées au secteur public, le redressement de cette situation nécessite l'amélioration du rendement dans tout le secteur public. Une analyse de la comptabilité de 35 entreprises publiques effectuée par la mission a révélé que leurs dettes actives s'élevaient à 22,8 milliards de FG au 30 septembre 1965, équivalant à 80% des ventes annuelles, tandis que leurs dettes passives s'élevaient à 1,5 milliards de FG. 73. Le fait que l'emploi des réserves d'amortissement échappe à l'autorité des entreprises qui les ont constituées est susceptible d'avoir de graves répercussions sur leur efficacité. Pour remplacer leur équipement déprécié ou pour se développer, les entreprises doivent passer par l'organisation du Plan, dont le principal souci est la création de nouveaux projets à financer sur des ressources déjà très limitées. - 27 - En outre, les amortissements autorisés sont calculés sur la base du coit initial des biens d'équipement évalué à un taux de change qui est faible par rapport aux prix intérieurs, et il en résulte que les bénéfices sont surfaits. 74. Le transfert au Plan des bénéfices et/ou des réserves et le - niveau élevé des sommes à recevoirne laissent aux entreprises que des fonds de roulement très insuffisants. lles doivent en conséquence emprunter au système bancaire pour rétablir leurs liquidités ou augmen- ter le montant de leurs dettes passives. Cela stapplique particulière- ment aux nombreuses entreprises qui ne font que peu ou pas de bénéfices. Dans la mesure où elles ne règlent pas les sommes qu'elles doivent à d'autres entreprises publiques en général, une partie de la charge des entreprises déficitaires est supportée par celles qui réalisent des bénéfices. On pourrait se faire une idée plus nette des opérations des entreprises si des subventions étaient accordées directement sur le budget de l'Etat aux entreprises déficitaires. Aperçu fiscal 75. L'épargne publique se compose donc des excédents courants du gouvernement central, d'une part, des bénéfices (impôt déduit) et des réserves des entreprises publiques, d'autre part, l'ordre de grandeur réel de ces deux éléments étant incertain par suite de l'emploi de pratiques comptables discutables. Les ordres de grandeur apparents peuvent être récapitulés ainsi qu'il suit: Eparp.e publique (valeur en milliards de FG) 1963/64 1964/65 Gouvernement central - excédents du budget de fonctionnement 1,6 1,5 Entreprises publiques (y compris les banques): Bénéfices, impft déduit 1,0 2,1 Réserves d'amortissement et autres l,2 115 Total 3,8 5,1 PNB (aux prix du marché) 52,4 65,3 Total en pourcentage du PNB 7,3 7,8 76. En l'absence d'une croissance de liensemble de l'économie ou d'augmentation du volume des importations imposables, on ne peut stattendre à voir augmenter de façon appréciable au cours des prochaines années le montant de 13 milliards de FG de recettes du gouvernement central - 28 - inscrit au budget pour 1966/67. Le chiffre indiqué précédemment de 13,2 milliards de FG de recettes en 1964/65 représentait déjà près de 20% du produit intérieur brut estimé. La seule augmentation importante prévisible serait celle qui résulterait de l'exploitation des gisements de bauxite de Bocé et ne se ferait sentir qu'en 1970 ou 1971 au plus t6t. Comme il a été indiqué à la section concernant le traitement des minerais, des recettes de 2 milliards de FG sous forme d'impts directs sont attendues du projet de Boké sur la base dtune production de 5 millions de tonnes. Les recettes en devises atteindraient, selon les estimations, 3,6 milliards de FG. Si ces recettes en devises donnent lieu a une augmentation correspondante des importations imposables, les taxes à l'importation pourraient rapporter environ 2 milliards de FG supplémen- taires (60% de 3,6 milliards de FG). Ainsi, l'augmentation totale des recettes du gouvernement central due au projet de Boké pourrait être dtenviron 4 milliards de FG, soit environ 30% du montant actuel. Si l'on poursuit une politique prudente pour les dépenses budgétaires courantes, ces recettes devraient permettre dtauginenter le montant de ltépargne et de financer les investissements en recourant dans une moindre mesure à des sources étrangères. 77. En ce qui concerne les entreprises publiques, une aiélioration sensible de leurs bénéfices apparents a été enregistrée entre 1963/64 et 1964/65 par suite de la réduction de certains déficits (par exemple d'Air Guinée) et de la création de nouvelles entreprises rentables telles que la manufacture de tabacs et allumettes. Cependant, les amc'lio- rations ultérieures pourraient être beaucoup plus limitées si des mesures radicales ne sont pas prises pour augmenter le rendement des entreprises, mesures au nombre desquelles devrait figurer la cessation de certaines activités non rentables. En outre, si lton veut faire apparaître la situation véritable de toub le secteur public, il sera nécessaire de mettre en vigueur de nouvelles pratiques financières, parmi lesquelles la compensation entre entreprises gouvernementales du montant élevé de dettes actives et de dettes passives, la retenue par les entreprises elles-mêmes des réserves d'amortissement et autres, les transferts au Plan des seules sommes qui peuvent être considérées comme de véritables bénéfices en sus des besoins en réserves des entreprises, enfin le versement de subventions par prélèvement sur une caisse commune alimentée par ces bénéfices réels pour couvrir les déficits temporaires d'entre- prises dont on attend des résultats ultérieurs satisfaisants. Politique monétaire 78. Le niveau insuffisant de l'épargne publique par rapport à l'effort d'investissement a amené le gouvernement à emprunter des sommes importantes à la Banque Centrale, ce qui a provoqué de forts accroissements de la masse monétaire, du moins jusque vers la fin de l'année 1965. Les crédits de la Banque Centrale ont été accordés directement au gouvernement pour aider au financement des Plans, et indirectement pour faire face aux besoins financiers des entreprises d'Etat, par le moyen de crédits alloués par les banques spécialisées du pays (Tableau 13). Les emprunts contractés auprès de la Banque Centrale pour permettre le financement du Plan ont cess6 au milieu de - 29 - l'année 1965 et c'est à cette mesure que doit être attribuée la stabili- sation de la masse monétaire enregistrée depuis lors (Tableau 20). 79. La Banque Centrale a été créée le ler -ars 1960 lorsque la Guinée opta pour l'indépendance monétaire. A. cette époque, la Guinée se retira de la zone franc, cessa de faire partie de la Banque Centrale et de l'Union Monétaire des Etats de 1'Afrique de l'Ouest et remplaça le franc CFA, qui est librement convertible en francs français, par sa propre monnaie, le franc guinéen. Les banques cormuerciales privées, principalement françaises, furent aussi progressivement éliminées, et au début de l'année 1962, le gouvernement avait achevé de reprendre leurs activites à son compte. En juin 1961 furent créés trois établissements bancaires publics spécialisés étroitement liés à la Banque Centrale: le Crédit National (CN), la Banque Guinéenne du Commerce Extérieur (BGCE), et la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA). 30. Le CZ est le plus important de ces établissements bancaires. A la fin de l'année 1965, son actif représentait près de 70 %des actifs totalisés des trois établissements (Tableaux 1h et 15). C'est la seule banque qui possède des succursales en dehors de la capitale. Son acti- vité consiste principalement à accorder des crédits à court terme aux entreprises d'Etat. Le rendement insuffisant de ces entreprises apparaît a l'examen de la situation des recouvrements du CN. Un sondage effectué par la mission a révélé que, sur onze entreprises, dix étaient en retard pour rembourser leur dette au CN. Sur le montant total des prêts restant à rembourser par les onze entreprises, la part de la seule qui fut à jour dansses paiements était d'environ 10% . La BGCE a été créée pour effectuer tous les paiements ou virements entre la Guinée et l'étranger. Actuellement, son activité consiste surtout à accorder des crédits à court terme aux entreprises d'Etat pour le financement des importations (Tableau 16). La BN'DA a été créée pour fournir des crédits à long terme à l'agriculture, mais en réalité la majeure partie de son activité a consisté à prêter de l'argent à court terme pour financer la camercia- lisation des produits agricoles (Tableau 17). Cependant, le ler octobre 1966, cette fonction a été reprise par le CM et le rôle futur de la BNDA apparaÎt très incertain. 31. Outre ces principales banques spécialisées, il existe deux institutions nationales de moindre importance, le Compte Courant Postal (CCP) et la Caisse Nationale d'Epargne (CNT). Le CCP accepte les dépôts à vue et est utilisé par les banques spécialisées pour les virements à l'intérieur du pays. Il détenait 8% du total des dépôts à vue au 30 septembre 1965. Les documents les concernant étant incomplets ou périmés, il n'a pas été possible d'inclure ces dépôts du CCP dans les analyses que la mission a faites des variations de la masse monétaire au cours des années. Il conviendrait de remédier à cette situation si l'on veut connaître de façon complète et détaillée les variations de la masse monétaire du pays. La CNE accepte les dépôts d'épargne du secteur privé, dont elle met la plus grande partie à la disposition du Trésor. Son avoir a fortement augmenté au cours de l'exercice annuel clos le 30 septembre 1966 et le nombre des comptes qu'elle gère est d'environ 10.000. Cependant, le volume total des dépôts d'épargne n'était que de 46,2 millions de FG (environ 185.000 dollars) à la fin du mois de septembre 1966 (Tableau 18). - 30 - 32. Le financement par la Banque Centrale a consisté, d'une part, dans l'octroi direct de crédits au gouvernement pour les dépenses du Plan, et d'autre part dans les avances consenties aux trois princi- pales banques spécialisécs pour leur permettre de financer principale- ment les entreprises d' Etat. La Banque Centrale contrôle Je volume du crédit accordé par ces trois établissements en fixant des limites aux crédits qu'elle met à leur disposition. Depuis 1961, près de 80% des crédits totaux accordés par ces banques ont été financés par les avances que leur a consenties la Banque Centrale (Tableau 19). Les demandes de crédit présentées aux banques font l'objet d'un examen par un comité de la politique du crédit composé de représentants de la Banque Centrale et des trois banques spécialisées, qui se réunit périodiquement pour les étudier et pour déterminer les grandes lignes des octrois de crédits de la Banque Centrale aux trois banques. Il semble toutefois que l'on n'ait pas réussi par cette méthode à améliorer la qualité des portefeuilles des banques spécialisées, ainsi que l'indique la situation de carence à l'égard du CN dont il a été fait mention plus haut. On ne trouve pas, d'autre part, trace d'un travail d'analyse concernant les tendances de l'ensemble de l'économie, ne serait-ce, par exemple, que les mouvements des prix quela Banque Centrale aurait effectué pour servir à orienter la politique de l'Etat. Ei tant qu'organe adminis- tratif du contrôle des changes, la Banque Centrale n'a commencé que récemment à tenir des comptes de la dette extérieure du pays. 83. De la fin de 1960 à la fin de 1963, soit approxcimativem,ent pendant la période du Plan triennal, la masse monétaire a presque doublé (Tableaux 20 et 21). Ce gonflement a été entièrement du à l'augmentation du crédit intérieur, accordé principalement au g ouvernement pour couvrir les dépenses du Plan et aux entreprises d'Etat. A la fin de la période précitée, les créances du système bancaire sur le secteur privé s'élevaient seulement à 2,4 milliards de FG contre 32,3 milliards de FG de créances sur les entreprises d'Etat. Les avoirs étrangers nets ont diminué pendant cette période, passant d'un total positif de 2,1 milliards de FG à la fin de 1960 à un total négatif de 8,2 milliards de FG à la fin de 1963. 84. Le rythme d'expansion de la masse monétaire s'est ralenti en 1964 et 1965. L'augmentation a été de 17a en 1964 et de 10% en 1965. Il est possible que le taux d'investissement dans les entreprises d'Etat ait diminué en 1964. C'est en novembre 1964 que fut prise la décision de limiter les augmentations de crédit dans l'économie en suspendant entièrement les crédits au secteur privé. Cette mesure fut renforcée par la décision, prise au nilieu de l'année 1965, de mettre fin à l'octroi de crédits bancaires pour financer le Plan. L'accroisse- ment -de 10% de la masse monétaire qui s test néanmoins produit au cours de l 'année 1965 a eu pour cause l'augmentation des crédits destinés au Plan avant l'entrée en application de ces décisions. 35. Dans liensemble, l'augmentation de la masse monétaire de la fin de 1960 à la fin de 1965 a atteint en moyenne 21 % par an. Cette augnentation est due surtout au recours au système bancaire pour le financement des dépenses du Plan. A la suite de la décision, prise - 31 - en 1965, de mettre fin à cette pratique, le gonflement de la masse monétaire a cessé. Du 30 juin 1965 au 30 juin 1966, il stest produit en réalité une régression de 1% de la masse monétaire par comparaison avec l'augmentation de 23% enregistrée du 30 juin 1964 au 30 juin 1965. =4 - 32 - V. COERCE EXTERIEUR ET FINANCES EXTERIEURES 86. Le commerce extérieur a une importance considérable pour l'économie guinéenne, et ce à plus d'un titre. La proportion du pro- duit national brut qui est exporté s'élève à 18%; tous les biens d'in- vestissement et les combustibles sont importés; la plupart des pro- duits manufacturés doivent étre importés aussi. Pour ce qui est des biens de consommation, où nous incluons les produits alimentaires, on estime que les importations correspondent en gros à un tiers de la demande effective intérieure l/. Et pourtant les recettes d'exporta- tion sont loin d'équilibrer la valeur des importations. Pour compen- ser le gros excédent de ses importations le pays a recours à des sour- ces extérieures de financement. Depuis environ 1960, il doit de plus en plus compter sur ces sources extérieures pour maintenir les importa- tions au niveau élevé qu'elles ont atteint. 87. Les statistiques officielles sont loin de couvrir la totali- té du commerce extérieur de la Guinée. Pour essayer d'en donner un tableau plus complet, la mission a procédé à certaines corrections. Ainsi, les statistiques douanières relatives aux exportations ont subi certains réajustements fondés sur les résultats d'une analyse de divers secteurs de l'économie. Mais, meême ainsi révisés, les chiffres ne peu- vent tenir compte de la contrebande qui porte sur des produits tels que le café, les diamants et le riz. Pour ce qui est des importations, les statistiques douanières ne font entrer en ligne de compte que celles qui ont été acquittées au moyen des entrées courantes de devises étran- gères. Elles laissent donc de cote les importations des biens d'inves- tissement et autres produits nécessaires à l'exécution du Plan car celles-ci sont financées par l'aide étrangère. Jusques ût y corpris l'année 1964, les statistiques douanières ont fait état des importa- tions réalisées par la Société Fria, mais ce n'est plus le cas depuis lors. De surcroit, pendant les années oÙ les importations de la Fria ont été incluses dans les statistiques douanières, on n'en a pas tenu un compte séparé. Dès lors le tableau du commerce extérieur que pré- sentent ces statistiques est beaucoup trop approximatif pour qu'on puisse l'analyser utilement et donc en tirer des conclusions dont la politique économique pourrait s'inspirer. 1/ Pour 1964/65 on évalue le revenu personnel global (dont on admet qu'il équivaut à la demande de biens de consommation car l'épargne indivi- duelle peut à juste titre etre tenue pour a peu près nulle), à un total de 58 milliards de FG. Or cette année là, la valeur aux prix de dé- tail de la totalité des biens de consommation importés a été d'environ 19,h milliards de FG (le coût au débarquement des biens de consomma- tion importés fut de 8,8 milliards de FG). - 33 - L'Exportatici - Seu t,ndcnccs 88. Depuis 1960, la tendance des exportations, en valeur, a été à la baisse ou à la stagnation (Tableau 51). Le chiffre annuel, en valeur nette, dans lequel est inclus le pourcentage de ses exportations brutes que la Fria verse au Gouvernement (ce pourcentage n'est que d'un tiers) a été évalué à 11,2 milliards de FG pour 1960, 7,2 milliards pour 1963, 7,3 milliards pour 1964/65 et 7,h milliards pour 1965/66. 89. Ces recettes proviennent de l'exportation des produits agrico- les (54% en 1965/66), des produits miniers (9l, y compris les diamants) et de l'alumine (37%, sur la base nette, décrite plus haut). Par rapport à 1960, la valeur des exportations agricoles et minières de 1965/66 a été inférieure de h,8 milliards de FG. Cette baisse n'a été compensée que partiellement par les recettes nettes en devises de l'alumine qui se sont élevées à 2,7 milliards en 1965/66 (l'exportation de l'alumine n'a ccm- mencé qu'en 1960). 90. Les principaux produits agricoles exportés sont le café, les bananes, les ananas et les palmistes, Pour tous ces produits les ex- portations ont, à long terme, tendu à décroître. Cet état de choses tient à la désorganisation des sources d'approvisionnement et des mar- chés consécutive à l'exode des planteurs européens et à la réorientation des courants d'exportation qui se sont détournés des marchés tradition- nels des pays de l'Ouest, tels que la France, en faveur des pays comu- nistes. Le fait que ces produits se vendaient à des prix satisfaisants sur les marchés étrangers n'a pas suffi a enrayer la baisse des recettes. Les marchés orientaux pourraient en absorber des quantités supplémentai- res, en raison meme du traitement préférentiel qu'ils leur accordent. Encore faudrait-il que ces quantités fussent disponibles. Pour que la production puisse augmenter, il faudrait qu'elle soit mieux organisée et que la politique agricole fut modifiée. Il conviendrait en effet de fournir aussi aux agriculteurs des raisons dlaccroitre leur production, non seulement en leur accordant des prix plus rémunérateurs, mais aussi en accroissant l'offre de biens de consommation, de façon qu'ils aient la possibilité d'utiliser les fonds qu'ils retirent de la vente de leur production. 91. Ceux des produits miniers pour lesquels les recettes d'expor- tation ont diminué sont le minerai de fer, la bauxite et les diamants. Pour le minerai de fer, la baisse est due a la piètre qualité du produit, aux difficultés que suscite la concurrence internationale et au fait que la compagnie productrice reçoit des attributions de devises insuffisantes par comparaison avec ses besoins. En ce qui concerne la bauxite et les diamants, la production a décru rapidement à partir de 1961, année où ont été expropriées les sociétés exploitantes dont le capital appartenait à des étrangers. Comme il est dit au chapitre du Volume II consacré aux produits miniers, l'extraction du minerai de fer a cessé au début de cet- te année et il est improbable qu'elle reprenne, à moins que l'on n'en vienne, au cours des ans, a s'intéresser de nouveau aux filons non exploités qui se trouvent près du L.ibéria dans la chaine des M1onts -34 - 1nimba-Simandou. Pour ce qui est des diamants, l'installation réecente d'un nouveau matériel d'exploitation donne à penser aue l'exportation pourra augmenter en valeur; encore est-il très peu sur que cette augmen- tation soit substantielle. Par contre, l'exportation de la bauxite va croître de façon appréciable, même à court terme, du fait que la Société Halco a entrepris d'exploiter les gisements de leile de Tamarra à titre intérimaire, en attendant que le vaste projet de Boke entre en service. 92. En raison de la diminution des diverses exportations du pays, la production d'alumine entreprise par la Fria a vite fourni une part très importante des recettes en devises. En quelque 5 à 6 ans, la Fria en est venue à assurer près de 40% des devises dont le pays dispose pour les besoins généraux de son économie, et ce après déduction de ce qu'elle conserve pour ses propres besoins. Comme nous le disons sous la rubrique de la transformation des minerais, on négocie actuellement une expansion de l'activité de la Fria, ce qui accroîtrait jusqu'à un certain point les ressources en devises. Evolution des importations 93. Alors qu'il y avait baisse ou stagnation des exportations, les importations ont augmenté régulièrement et de façon considérable, au point de croitre de plus de 40 de 1960 à 1965/66, soit de 13 milliards de FG à 18,4 milliards (Tableau 52). Miais ce phénomène est du entièrement aux importations requises en vertu des Plans du pays, importations dont le règlement est assuré par des sources extérieures de financement. Les au- tres importations, celles dont le prix est prélevé sur les ressources pro- pres à la Guinée, y compris même les excédents agricoles américains, que les Etats-Unis financent, et les importations réalisées au titre d'accords bilatéraux, n'ont guère varié (9,h milliards de FG en 1960; 9,7 milliards en 1965/66). Par contre, les importations faites au titre des Plans na- tionaux sont passées de 3,6 milliards en 1960 à 8,7 milliards en 1965/66, d'oi l'augmentation régulière et considérable dont nous avons fait état. En 1965 66, les importations au titre du Plan ont atteint 47% des importa- tions totales. Ces chiffres ne comportent pas les importations réalisées par la Fria pour ses propres besoins, dont le cout atteint près de 3 mil- liards l'an. Il s'agit pour plus des deux tiers de fournitures nécessai- res au fonctionnement de la Fria, à quoi s'ajoutent des sommes moindres consacrées aux investissements (615 millions ces dernières années) et aux produits alimentaires (100 millions ces dernières années). 94. Les importations courantes de la Guinée comportent une grosse proportion de produits alimentaires, de boissons et de tabac (26% en 1965/66) ainsi que de tissus et de vtements (18%). Les biens de consom- mation durables (non compris les véhicules) acquis grace aux ressources en devises du pays, ne constituent qu'une part négligeable des importa- tions (181 millions en 1965/66, soit moins de 2% des importations couran- tes). Le matériel de transport et les combustibles ont ensemble repré- senté 19% des importations acquittées par le pays lui-même en 1965/66. Depuis 1960, les importations d'aliments ont assez nettement augmenté. Alors qu'elles s'élevaient cette année-là, à 1,8 milliard de FG, elles ont atteint 2,6 milliards en 1965/66, et ont même beaucoup dépassé ce - 35 - chiffre en certaines années antérieures récentes. Les sommes consacrées aux autres chefs de dépenses ont diminué (tissus, vêtements, biens de consommation durables) ou n'ont que peu varié (matériel de transport et combustibles). 95. Il est évident que la forte poussée des importations est due surtout à l'achat de biens d'investissement, qu'il s'agisse des inves- tissements réalisés au titre des Plans ou de ceux dont l'origine est dif- férente. La valeur totale de cette catégorie d'importations est passée de 5,3 milliards en 1960 à 9,5 milliards en 1965/66. En cette dernière année, elle représente plus de 50% de la valeur des importations totales. Le fait que l'on ait consacré tant de devises peu abondantes à des biens d'investissement, méme si les achats ont en grande partie été financés de l'étranger, amène à se préoccuper de la qualité des investissements réali- sés. Or, comme nous le montrons dans nos analyses sectorielles (par ex- emple, dans celles qui ont trait à l'industrie de transformation, aux transports et à l'énergie électrique) la politique des investissements ne s'est pas fondée sur le genre d'analyse rigoureuse qui eut été nécessaire eu égard à la pénurie des ressources. Il y a eu tendance à accepter faci- lement des biens d'investissement offerts à crédit par l'étranger, sans se préoccuper de savoir dans quelle mesure le pays pourrait ultérieurement rembourser. L'une des conséquences de cette facilité, c'est la lourde charge qu'impose au pays le service de la dette extérieure ainsi accumulée progressivement. 96. De façon semblable, on stest laissé aller à compter sur les im- portations d'aliments de base, tels que le riz. Le pays pouvait en effet, du moins jusqu'à une date récente, obtenir ces produits des Etats-Unis d'Amérique à des conditions avantageuses (grace à la loi PL 480). Ainsi, de 1960 à 1965/66, les importations de riz ont augmenté de 1 milliard de F0. D'ailleurs, les agriculteurs n'ont pas été suffisamment encouragés à accroftre leur production d'aliments de base. Le controle des prix et la rareté des marchandises qu'ils auraient pu acheter les détournent du mar- ché des centres urbains. La rareté des biens de consommation provient à la fois du volume trop faible des importations et de l'insuffisance de la production intérieure. Dès lors, les agriculteurs vivant en économie de substance n'ont aucune raison de vouloir passer à une économie d'échange. Déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements 97. Le déficit net de la balance commerciale (où l'on inclut ce tiers de la valeur brute de ses exportations que la Fria verse au Gouver- nement, mais non les importations de cette Société) a presque sextuplé de 1960 à 1965/66. Il a en effet passé de 1,9 milliard i 11 milliards de FG (Tableau 53). En fait, depuis 1964, ce déficit annuel a été plus élevé que la totalité des recettes nettes de l'exportation. Et depuis 1963, il s'est accru au taux composé de 20,1 par an. En 1965/66 il a dé- passé de 50% les recettes nettes de l'exportation. 98. Quant au déficit brut de la balance commerciale, qui comporte à la fois la valeur brute des exportations et des importations de la Fria, - 36 - il a augmenté de façon moins spectaculaire, encore que très marquée. Il est passé de 3 milliards en 1960 à 8,5 milliards en 1965/66. Ce déficit brut n'a cependant pas grande signification et n'est ici cité que pour mémoire. En effet les devises que la Fria garde pour elle ne sont pas utilisables pour les besoins généraux du pays, tandis que ses importa- tions ne sont pas imputables aux recettes nettes du pays en devises. 99 Les fortes augmentations progressives du déficit annuel de la b lance commerciale sont dues à la croissance des importations de biens d'investissement, de biens intermédiaires et de produits alimentaires d'une part, et d'autre part, à la stagnation des exportations. En outre, comme le montre le tableau de la balance des paiements (Tableau 54), le déficit de la balance commerciale s'ajoute à un déficit du aux services. Ce second déficit a pour cause les transferts de bénéfices, les verse- ments d'intérâs, les transferts de fonds des professeurs et techniciens étrangers et les voyages à l'étranger 1/. Ce déficit des comptes courants aurait encore été plus élevé si la France n'avait versé des pensions civi- les et militaires à des ressortissants Guinéens; or, ces versements ont cessé depuis la rupture des relations diplomatiques avec la France, qui date de novembre 1965. Par contre, ledit dLficit a été comblU par les subventions du Gouvernement américain, les ventes de surplus agricoles américains payables en monnaie locale, les prts de gouvernements étran- gers, les crédits de fournisseurs, les moyens de financement résultant d'accords de paiement bilatéraux et, semble-t-il, par des moratoires ap- plicables à certaines échéances de dettes 2/. La pénurie de devises est révélée par le fait que la Guinée a du tirer sur le Fonds Monétaire Inter- national à concurrence d'un million de dollars pour s'acquitter du verse- ment en or que comportait l'augmentation de sa quote-part, exigible le 27 juillet 1966. Courants commerciaux 100. Pendant la période qui a suivi son accès à l'indépendance et jusqu'à ce qu'elle quitte la zone franc en 1960, les trois quarts du com- merce extérieur de la Guinée se sont effectués avec les pays de la zone franc et surtout avec la France. Depuis lors elle s'est tournée surtout 1/ Il s'agit en grande partie des pèlerinages à la Mecque. 2/ Le montant des intérts et amortissements versés au titre de la dette extérieure dont la balance des paiements fait état, a été de l'ordre de 10 millions de dollars par an, pendant la période dont nous nous occupons. Ce montant est évidemment inférieur à ce qu'exigerait le service d'une dette extérieure d'environ 200 millions de dollars, com- posée, à concurrence de 15% de crédits de fournisseurs et, à concur- rence de 50% d'emprunts dont l'amortissement s'étend sur une période maximale de 12 ans. - 37 - vers les pays à monnaie non-convertible, principalement les pays comu- nistes. Cette réorientation s'est faite aux dépens des zones à monnaie convertible, et plus spécialement de la zone franc (Tableau 55). En 1965/66, elle n'a reçu que 37% de ses importations de pays à monnaie convertible, dont 9% seulement de la zone franc et 25% de la zone dollar. Encore ce dernier pourcentage n'est-il aussi élevé qu'en raison des li- vraisons faites au titre de la loi PL 480. Cette part des pays à mon- naie convertible ne comprend pas les importations de la Fria qui, si elles y avaient été incluses, l'auraient probablement portée à quelque 50%. Dans le cas des exportations, on constate aussi une diminution des ventes vers les zones à monnaie convertible, mais elle est moindre que pour les importations. En 1965/66, ce sont 67% des exportations qui ont été placées dans les zones à monnaie convertible, en grande partie grace aux exportations d'alumine de la Fria. En effet, 90% de ces exportations d'alumine sont destinés aux compagnies associées à cette entreprise, les- quelles sont de nationalité américaine, française, britannique, suisse et allemande. 101. Cet infléchissement des courants du commerce extérieur semble avoir eu pour effet de rendre excédentaires les échanges commerciaux cou- rants de la Guinée avec les pays à monnaie convertible (non compris donc, les importations faites au titre du Plan). En 1965/66, la Fria a versé à l'Etat une somme nette de 2,7 milliards de FG en devises convertibles. Les ventes d'autres produits à des pays à monnaie convertible ont repré- senté 15% des exportations brutes, soit environ 1,9 milliard de FG (15% de 12,8 milliards). Dès lors la Guinée a reçu quelque 4,6 milliards en monnaies convertibles, tandis que ses importations courantes facturées en monnaies convertibles n'ont atteint qu'un total d'environ 3,6 milliards (37% de 9,7 milliards). Il faut cependant se rappeler que la valeur tota- le des importations courantes englobe les produits livrés au titre de la loi PL 480, dont le cout est d'environ 1,6 milliard de FG (17% de 9,7 milliards). Il en résulte que l'excédent des recettes en monnaies conver- tibles, semble avoir été de l'ordre de 2,6 milliards (4,6 milliards moins 2 milliards). Il est vraisemblable que cet excédent net des opérations commerciales courantes a servi à apurer le déficit afférent aux services pour ce qui concerne les zones à monnaie convertible. 102. Au cours de ces dernières années, les déficits annuels du com- merce courant avec l'U.R.S.S, les pays d'Europe orientale et la Chine conti- nentale, ont été les suivants: MILLIONS DE FRANCS GUINEENS 196 1964/65 196/66 Exportations 2.632 4.613 4.147 Importations - 5.474 - 5.000 - 5.915 Déficit --2.82 - 387 - 1~76 Cette position déficitaire des éechanges courants avec les pays cormunistes devrait en principe permettre à la Guinée d'accroÎtre ses exportations vers des pays qui lui accordent un traitement pré- férentiel. En fait, les principaux produits qu'olle exporte à desti- nation des pays à monnaie inconvertible sont les bananes, les ananas et les palmistes. Voici comment se sont réparties les exportations agricoles principales en 1965/66: Vers l'U.R.S.S. Vers d'autres pays à Vers les pays l'Europe orientale monnaie inconvertible à :monnaie con- et la ( Yougoslavie et vertible Total Chine continentale R.A.U.) Bananes 100 68,2 30,8 1,0 Ananas 100 68,9 22,0 9,1 Palmistes 100 60,2 33,8 6,0 Café 100 23,5 11,0 65,5 103. Pour ce qui est de la banane, la Guinée est le principal four- nisseur des pays du bloc oriental et de la Yougoslavie. Ces pays en ont importé au total 50.700 tonnes en 196h 1/ et la Guinée elle-meme en a ex- porté environ 43.000 tonnes, principalement destinées à eux. Si le ton- nage des bananes qu'importent les pays d'Europe occidentale est beaucoup plus considérable et augmente rapidement, il est de fait que la Guinée s'y heurterait à la concurrence d'autres fournisseurs jouissant d'une préfé- rence (par exemple les Etats associés à la Communauté économique européenne et la Jamaique, dans le cas du Royaume-Uni). Heme en l'absence de cette préférence, la compétition resterait difficile, en raison de la fragilité des espèces de bananes produites en Guinée et de la nécessité d'un condi- tionnement plus onéreux. Il est toutefois certain que la consommation de bananes dans les pays de l'Est en est encore à un niveau assez bas. Il semblerait donc que cette consommation peut s'accroitre beaucoup et que la Guinée pourrait alors tirer parti de sa position privilégiée. 104. Cette position privilégiée, la Guinée en jouit également en ce qui concerne l'exportation des ananas vers les marchés de l'Est. Cepen- dant, les échanges portent de plus en plus sur les conserves d'ananas, en raison surtout des problèMes techniques que pose le transport des fruits frais et parce que le fret est plus avantageux pour les fruits en boites. Il est à noter que la conserverie d'ananas s'est beaucoup développée en Cote d'Ivoire, qui dès 1961 en avait exportés à peu près autant en volume l/ FAO, Situation et perspectives courantes de la banane, CCP/bananes/66/2, 1%6. - 39 - que ce que la Guinée exporte actuellement l/. 105. La Guinée exporte actuellement les paliistes à l'état brut, surtout à destination du Bloc oriental 2/. Leo importations dû matiè- res grasses du Bloc oriental, étant actuellement peu élevées, il y au- rait place pour une expansion des importations en provenance de Guinée. D'ailleurs pour ce groupe de produits, les perspectives du marché inter- national sont bonnes. 106. Le café est le seul des principaux produits agricoles exportés par la Guinée dont la part expédiée vers les pays du Bloc oriental est faible. Ses exportations vont surtout vers les pays importateurs signa- taires de l'Accord International du Café, accord auquel la Guinée n'a pas adhéré. La raison de cet état de choses est d'ordre historique, car, aux termes de l'accord, les pays importateurs dirigent leurs achats par rapport à l'année de référence. En 1965, l'U.Ii.S.S. t les pays d'Burope orientale ont importé au total 1.763.000 sacs de café, dont 39,000 seulement en pro- venance de la Guinée. Alors que ce pays avait exporté une moyenne annuelle de 177.000 sacs de 1960 à 1962, le chiffre des expéditions a baissé à par- tir de 1963 pour remonter à 166.000 sacs en 1965/66. C'est probablement la moyenne précitée de 177.000 sacs qui servirait de référence pour déterminer le contingent d'exportation de la Guinée si ce pays décidait d'adhérer l'Accord du Café. Taux de change rcel: -7pplicables aux exportations et importations dd produits ngricle 107. Pour calculer en francs guinéens le cout de production FOB des denrées agricoles exportées, il faut additionner les paiements aux pro- ducteurs, les subventions que représentent la fourniture de moyens de pro- duction tels que les engrais, et les frais d'exploitation des deux entre- prises nationales qui assurent les exportations, à savoir Guinexport et l'Office de la Banane. Eh 1964/65 et pour six produits (à savoir les ba- nanes, les ananas, le café, les palmistes, les arachides et le sésame) ces différents éléments de dépense ont été les suivants: 1/ "Pineapple Fact Book", publié en 1963 par l'Association des Producteurs d'ananas d'Hawaï. 2/ La Guinée vient de conclure avec un entrepreneur italien un contrat portant sur la construction d'une usine d'extraction de l'huile de palme; la capacité de cette usine équivaut à environ un tiers des ex- portations actuelles de palmistes. - 40 - (en millions de FG) Paiements aux producteurs 2.938,00 Subventions en nature aux producteurs (engrais) 597,00 (évaluation) Guinexport: frais d'exploitation 1.225,00 Offibanane: "18,oo Total 4.908,00 108. D'autre part, l'exportation de ces six produits a rapporté 13.790.000 dollars, soit au taux officiel d'environ 245 francs pour un dollar, pas plus de 3.378 millions de Francs Guinéens. Ces chiffres è- tablissent que, pour chaque dollar encaissé, le cout de production s'est élevé à 355 francs, c'est-à-dire ' 45% de plus que le taux de change of- ficiel. Si l'on admet par hypothèse que les dépenses en monnaie nationa- le correspondent à un niveau de rémunération adéquat, on a là une mesure partielle de la dépréciation de la monnaie par rapport au taux de change officiel. Bien entendu, cette dépréciation serait encore plus grande dans l'hypothèse contraire, c'est-à-dire si les prix officiels et les subven- tions en nature n'étaient pas suffisants pour rémunérer les facteurs de production au niveau de l'exploitation agricole. 109. Par contre, le consommateur des aliments de base importés (riz, sucre et farine) les achète, en monnaie nationale, et par rapport à chaque dollar que coûte l'importation, à un taux très supérieur à celui du cout de production des denrées exportées par rapport à chaque dollar encaissé. En effet, le total des importations de riz, sucre et farine réalisées en 1964/65 a coutè 12.190.000 dollars, soit 2.988 millions de FG au taux offi- ciel de change. Or, sur la base des prix payés par les consommateurs, ces importations ont rapporté 6.015 millions de FG, ce qui correspond à 493 FG par dollar dépensé à l'importation. En 1965/66 on trouve un chiffre encore plus élevé (valeur des importations - 8.280.000 dollars, soit 2.028 millions de Francs Quinéens au taux officiel de change; prix total payé par les con- sommateurs = 4.607 millions de Francs Guinéens, soit 556 francs par dollar d'importation). De surcroft, il faut avoir en l'esprit que les prix de ven- te au détail sont fixés par les autorités, de sorte qu'ils ne tiennent sans doute pas suffisamment compte de la rareté réelle des denrées dont il s'agit. 110. Cet écart entre les prix qui viennent d'etre analysés agit comme un frein sur ceux qui produisent pour l'exportation. Leur situation est considérablement aggravée, d'ailleurs, par la rareté des biens de consomma- tion importés, surtout en dehors de Conakry, ctest-à-dire là où vivent les producteurs des denrées à exporter. Conakry reçoit en effet h0% des biens de consommation importés, alors que les résidents de cette ville ne repré- sentent que 5% de la population totale du pays. Voilà pourquoi il faudrait - 41 - accroitre à la fois la rémunération en monnaie nationale des producteurs et l'offre de biens de consommation à acheter par eux. Il pourrait en résulter une augnentation des recettes en devises, qui faciliterait en- suite l'importation d'un volume plus considérable de biens de consomma- tion. On contribuerait ainsi à porter remède à la grave pénurie de de- vises dont souffre le pays. - h2 - VI. AIDE ETRANGERE - DETTE EXTERIEUMS ET PROJECTION DES COIPTES EXTERIEURS Aide et dette extérieures 111. La Guinée se classe en tête des pays peu développés quant au montant de l'aide qu'elle a reçue de l'(tranger, compte tenu de sa popula- tion, de son produit national et de ses investissements. De son retrait de la zone franc, crest-à-dire du ler mars 1960 au 30 juin 1966, on estime qu'elle a sans doute reçu une moyenne annuelle de h3 millions de dollars (chiffres bruts) ce qui correspond à quelque 12 dollars par habitant, à peu près 20% du produit intérieur brut et environ 80% des investissements fixes bruts réalisés 1/. l/ Faute de données précises quant aux débours effectifs des pays ayant fourni l'aide extérieure, nous avons calculé le chiffre de 43 millions de dollars en partant des renseignements fournis à la mission sur le montant de la dette publique extérieure à la date du 30 juin 1966. Il semble que cette dette extérieure non amortie soit élevée alors à un total de 206,5 millions de dollars, y compris les versements promis mais non encore réalisés (Tableau 56). La dette envers la France, soit 6,9 mil- lions de dollars, en a (té déduite car elle a étý. contractée antérieu- rement au ler mars 1960. Par contre, nous avonis ajouté 69,h millions de dollars, cette somme étant le total de l'aide consentie par le Gouvernment des Etats-Unis sous forme d'assistance technique et de livraisons de produits agricoles et autres. On aboutit ainsi à un total de 269 millions de dollars d'engagements contractés au titre de l'aide extérieure pendant la période envisagée. Il n'a pas été possible d'obtenir de chiffres relatifs aux autres sources d'aide extérieure. Nous avons ensuite essayé de calculer l'aide totale effectivement versée en comparant le montant des engagements contractés aux déficits annuels, en compte courant, de la Guinée. Pendant les quelque h ans qui vont de 1963 à 1965/66, ces déficits ont été en moyenne de 39,7 millions de dollars par an. Das lors, pour la période de 6 ans et h mois à laquelle s'applique le total d'aide extérieure que nous venons de citer, le déficit total peut Ôtre évalué à quelque 250 millions de dollars, de sorte que ce serait environ 93% des contrats d'aide exté- rieure, totalisant 269 millions de dollars à la fin du ler semestre 1966, qui auraient été effectivement versés. Si cette évaluation est exacte, les comparaisons qui nous ont servi à déterminer l'importance du concours apporté au pays par l'aide étrangère sont dans l'ensemble valables. Il est cependant impossible de concilier le montant des engagements contractés, soit 269 millions de dollars, avec les montants de l'aide financière extérieure que citent le Plan triennal et la lère tranche du Plan septennal (qui va jusqu'au 30 septembre 1966). L'addition de ces deux chiffres donne un total de 30,3 milliards de FG, soit (Voir suite au bas de la page suivante) - 43 - 112. Voici comment se répartissent les 206,5 millions de dollars de la dette publique extérieure au 30 juin 1966; c'est à l'U.R.S.S. qu'était dû le montant le plus élevé, 81,3 millions de dollars. Venaient ensuite la République fédérale d'Allemagne, 17,9 millions, et la Chine continentale, 17,1 millions. Les crédits accordés par des fournisseurs privés ressortis- sants de pays occidentaux s'élevaient à 31,6 millions. La dette contractée vis-à-vis du Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique n'était que de 8,5 millions de dollars, pour cette simple raison que l'aide américaine a con- sisté surtout en subventions et quasi-subventions représentées par l'assis- tance technique et les livraisons de produits agricoles et autres (les subventions et quasi-subventions de ce genre se sont élevées à 69,4 millions, l'aide américaine totale ayant été de 77,9 milions de dollars pendant la période dont nous nous occupons). Les montants dus à d'autres pays "occi- dentaux", c'est-à-dire à la France, à la République fédérale d'Allemagne, au Ghana, à l'Indonésie, au 11aroc, à la République Arabe Unie et à la Yougoslavie, donnaient un total de 51 millions de dollars. Enfin, la Guinée devait 15,3 millions de dollars à certains pays "orientaux": 3ulgarie, République démocratique allemande, Hongrie et Tchécoslovaquie. 113. L'aide des Etats-Unis pendant ladite période s'est élevée à une moyenne approximative de 12 millions de dollars par an, soit près d'un tiers du déficit courant. Cette aide n'a que rarement été liée à tel ou tel projet précis. Elle a atteint un chiffre nettement plus élevé en 1963/64 (22 millions) et en 1964/65 (25 millions). Il s'est agi, a concur- rence de 40% du total, de cessions de denrées agricoles au titre de la loi PL 480, les envois de riz dépassant de loin ceux des autres produits: farine de blé, huiles alimentaires et coton. D'autres biens ont également été livrés au titre de l'aide pour un montant égal à 28% du chiffre total: surtout matériels de transport, combustibles, engrais, produits chimiques, matériel industriel et équipement d'exploitation minière. Quant à l'assis- tance technique - 20% du total - elle a soutenu divers programmes d'agri- culture (concernant surtout le riz), d'éducation et formation profession- nelle, de transports et télécommunications, et de santé publique. Cette assistance technique américaine, comme d'ailleurs semble-t-il celle d'autres pays et de l'ONU, s'est heurtée à bien des obstac-les, dont surtout la dif- ficulté d'obtenir dans des délais normaux les décisions incombant aux auto- rités publiques, les restrictions frappant les déplacements des techniciens et le manque de personnel guinéen appelé à travailler avec ces derniers. Les prêts consentis par les Etats-Unis ont eu pour but de financer l'impor- tation des pièces nécessaires à l'assemblage de camions, certains projets destinés à équiper Conakry et quatre villes de l'intérieur en énergie électrique, et de petits programmes d'aviation civile. 1/ 121,2 millions de dollars, soit à peine un peu plus de 45% des engage- ments contractés. Il est probable que les comptes relatifs aux Plans laissent de c8té un montant considérable d'aide étrangère correspondant aux crédits consentis à la Guinée dans le cadre des accords bilatéraux de paiement que ce pays a conclus avec des pays du Bloc oriental. - 4>4 - 114. L'U.R.S.S. a aidé à la réalisation de projets industriels (l'usine de transfonmation de produits alimentaires de Mamou et la scierie de N'Zerekore). Ce pays a aussi financé la construction d'un hâtel, un pro- gramme d'élevage de bétail, la création de l'Institut Polytechnique de Conakry et diverses autres réalisations dont un stade. L'assistance de la Chine a eu pour objet certaines installations industrielles (la manufacture de cigarettes et d'allumettes et l'usine de traitement du thé), une centrale hydraulique et la construction à Conakry d'un vaste bâtiment officiel appelé le Palais du Peuple, qui héberge notamment l'Assemblée Nationale Législative. 115. Les prêts de la République fédérale d'Allemagne ont été consen- tis pour les chemins de fer, pour l'importation de matériel servant à la construction de routes et pour le développement du réseau téléphonique. Ceux de la Yougoslavie ont financé deux manufactures, l'une de briques et l'autre d'ameublement, ainsi que la construction d'un barrage et d'une centrale hydraulique. Les crédits accordés par des fournisseurs privés (de Belgique, de France, d'Italie, de Suisse, du Royaume-Uni et des Etats- Unis d'Amérique) ont servi à la création de diverses installations industrielles et à la construction de routes. 116. La dette envers la France date d'avant l'indépendance. Elle est faite de divers emprunts contractés auprès de la Caisse Centrale de Coopération Economique qui, consolidés en 1965, constituent depuis lors deux emprunts, l'un de 1,3 millions et l'autre de 5,6 millions de dollars. Le service de cette dette devait se faire semestriellement. Nais, si la première échéance a été honorée le 30 juin 1965, il n'en a plus été de même à* la suite de la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Guinée, donc après novembre 1965. Il faut ajouter qu'une commission mixte franco-guinéenne, dont le rôle devait être de négocier les dedomma- gements relatifs 2 l'expropriation des biens français en Guinée, ne s'est jamais réunie, et qu'il en est allé de même des négociations prévues rela- tives à la part allouée à la Guinée des prêts et avances de la France à la Fédération de l'Afrique Occidentale Française. Cette part est de quelque 100 millions de francs français soit environ 20 nillions de dollars. Il faut cependant reconnaÎtre que la répartition a été faite par les membres de la 2édération sans la présence de la Guinée. On évalue enfin à quelque 30 à 40 milliors de francs français (6 à 8 millions de dollars) les arrié- rés dont la Guinée est débitrice, notamment envers les créanciers français privés. D'autre part, les versements que faisait la France au titre des pensions dues aux anciens militaires, versements que l'on évalue à environ 7,5 millions de dollars annuellement, ont cessé depuis novembre 1965. 117. En dernière analyse, les résultats économiques obtenus grace aà cette masse considérable de concours extérieurs ne sont pas très impres- sionnants. La plupart des installations industrielles ainsi créées se débattent dans de graves difficultés, dont nous traitons dans le chapitre consacré aux industries de transformation. Les crédits consentis par des fournisseurs imposent le service d'une dette qui pèse lourd sur les finances du pays. Il est d'ailleurs très douteux que ce genre de financement convien- ne à la construction de routes où, dans la meilleure des hypothèses, il faut une longue période de temps avant de réaliser des profits d'ordre économique. Cependant, l'erreur la plus grave c'est de n'avoir pas étudié comme il se devait les projets retenus. Si cette constatation vaut en général pour tous les projets d'investissement, elle a des conséquences particulièrement fâcheuses lorsqu'il est question d'employer des prêts d'origine étrangère dont le remboursement viendra en déduction des ressour- ces futures du pays. Le service de la dette 118. Le montant élevé des emprunts extérieurs que la Guinée a contractés depuis peu d'années, oblige ce pays à verser un volume d'arrérages auquel il est difficile de pourvoir. A considérer les tableaux d'amortissement, on voit que ce n'est pas avant 1976 que ces arrérages diminueront de façon appréciable. C'est que la dette publique est composée pour une grande part de crédits ouverts par des fournisseurs ainsi que de prêts de l'U.R.S.S. et d'autres pays d'Europe de l'Est, dont le remboursement s'étale sur une période maximale de 12 ans (Tableau 57). Pour 1967, la part des arrérages totaux afférente aux fournisseurs est de 55%, pour 1958 elle est de 52% (Tableau 58). Ce pourcentage baisse ensuite graduelleient jusqu'à zéro. Par contre, le lourd service des emprunts placés auprès des pays d'Zurope de l'Est croit rapidement à partir de 1969 et, pour la période 1969 - 1976, il constituera 63% du total. Il va de soi que le service de cette énorme dette pèserait d'un poids moins lourd sur l'économie guinéenne s'il était possible d'allonger la période d'amortissement desdits emprunts. 119. Il convient de signaler que les arrérages dont nous faisons état ci-après ne s'appliquent pas à la totalité de la dette publique non amortie au 30 juin 1966, mais seulement à un montant de 183 millions de dollars. En effet, le Gouvernement de la Guinée n'ayant communiqué à la mission que des données partielles, il a été impossible de voir clairement comment se faisait le service d'une série d'enprunts totalisant 23,5 millions, dont le détail est le suivant: 4,6 millions de dollars prêtés par la Chine conti- nentale, l millions prêtés par le Ghana, 4,6 millions dus à la République fédérale d'Allemagne et diverses dettes plus petites 1/. Certes, pour une Le prêt du Ghana date de 1958. Or le Ghana a rompu les relations diplo- matiques avec la Guinée en février 1966, à la suite de sa décision de donner asile à Kwame N'Krumaah. Le 4 février 1967 le Gouvernement guinéen a fait connaitre à la Banque Internationale que l'on n'a jamais déter- miné les conditions de remboursement de ce prêt, de sorte que la question est encore en suspens. Le 4 février également, le Gouvernement guinéen a signalé qu'il était en retard dans le service d'emprunts contractés auprès du Maroc et de la France. Dans le cas du Maroc, les arriérés s'é1eiaient à 1.292.000 dollars, et aucune explication n'a été donnée. Pour ce qui est de la France, les arriérés s'élevaient à 380.000 dollars. Hous avons déjà expliqué plus haut de quelles dettes il s'agissait et pourquoi le servi- ce en a été interrompu. bonne part des emprunts dont nous n'avons pu tenir compte, il ne s'ajoute- rait sans doute pas grand chose au montant des arrérages, sinon sur un grand nombre d'années. Le reste ne peut cependant être complètement passé sous silence. De surcroît, aucune provision nla été faite pour le service des dettes contractées Pprès le milieu de 1966. Toutes corrections appor- tées au tableau ci-après pour tenir compte des deux éléments precités accroitraient le montant des arrérages. 120. Dans le tableau ci-après, le montant des arréra.ges a été calculé en pourcentage des recettes nettes d'exportation et de la valeur brute des exportations. Si les taux dont il s'agit ne croissent pas aussi rapidement qu'au cours de ces dernières années, ils sont néanmoins très élevés. Par rapport aux recettes nettes en devises de l'exportation (c'est-à-dire après déduction des dépenses en devises de l'exploitation minière) le taux passe de 37% en 1966/67 à 45% en 1969/70. Par rapport . la valeur brute des exportations le taux est de 21% en 1966/67, de 27% en 1969/70. Encore fUut- il signaler que l'évaluation des exportations futures slinspire d'un certain optimisme. Cette évaluation part de 'l'hypothèse, examin5e dans la partie suivante de ce chapitre, que les exportations pourront augmenter au taux annuel moyen de 7,4% de 1965/66 à 1966 - 1970. Il n'est toutefois pas tenu compte du projet de Ooké. (1) (2) (3) (h) (5) Exportations Exportations Servico Pourcentage Pourcentage (recettes (valeur de la de (3) par de (3) par nettes) brute) dette rapport A (1) rapport à (2) En milliards de francs guinéens Moyenne Annuelle 1963, 19643 1964/65 7.020 12.262 2.332 33,2 19,0 1964/65 7.341 12.h74 3.397 46,3 27,2 1965/66 7.395 12.807 2.662 36,0 20,8 1966/67 7.806 13.825 2.891 37,0 20,9 1967/68 8.539 14.451 2.900 34,0 20,1 1968/69 9.324 16.076 3.713 39,8 23,1 1969/70 9.826 16.578 4.422 45,0 26,7 Moyenne Annuelle 1966/67 - 1969/70 8.873 15.232 3.481 39,2 22,8 121. Ainsi que l'explique la partie de ce rapport traitant des minerais et du traitement des minerais, on calcule qu'en fonction d'un niveau annuel de production égal à 5 millions de tonnes, la valeur brute des exportations du projet de Boké serait de 9,4 miliards de francs et que les recettes nettes en devises atteindraient 3,6 milliards. Si l'on incorpore ces chif- fres dans ceux qui précèdent, on constate que les taux afférents au servi- ce de la dette s'améliorent mais restent néanmoins élevés. En effet, pour l'année 1969/70, le pourcentage des arrérages par rapport aux recettes nettes d'exportation baisse de 45 à 33% et par rapport à la valeur brute des exportations il diminue de 27 à 17%. Examen prospectif des comptes extérieurs de la Guinée 122. La mission a procéd'. à une étude prospective des comptes exté- rieurs de la Guinée jusques et y compris l'année financière 1969/70, la dernière du Plan septennal (Tableau 59). Les hypothèses de départ sont exposées dans une note annexée au tableau. 123. Ces hypothèses prennent en général une vue plutôt optimiste des moyens qui s'offrent à la Guinée de gagner des devises, mais se fondent néanmoins sur une évaluation objective de ce qui peut être accompli, pourvu que l'on s'en tienne à la politique voulue. En matière d'importation, les vues relatives a ce qui peut ftre fait pour remplacer certaines importa- tions par des productions nationales sont également optimistes. Il a, par contre, paru nécessaire de prévoir une augmentation substantielle de l'im- portation de certains biens de consomnation et de produits intermédiaires, car elle paraît indispensable dès l'instant où l'on veut accroitre les productions et les exportations. :ious avons éga1ement fait entrer en ligne de compte la nécessité d'importer un volurie appréciable de biens d'investissement, dont la plus grande partie serait d'ailleurs financée par l'aide étrangère liée à des projets précis. Bien entendu, il a été tenu compte des charges fixes telles que le service de la dette publique. 124. Toutes ces projections aboutissent à un déficit prospectif pour l'ensemble de la balance des paiements. Elles ont cependant inclus un apport moyen de devises, de l'ordre de 6 milliards de FG par an de 1999/67 à 1969/70, au titre des concours étrangers éventuels à certains projets. (Voir les chiffres à la page suivante.) (milliards de francs guinéens) Moyenne Annuelle 1966/67 1967/68 1968/69 1969/70 1966/67 - 1969/70 Exportation do Produits a) + 7.806 + 8.539 + 9.32h + 9.826 + 8.873 Importation do Produits a) -16.h17 -16.h86 -16.760 -17.228 -16.722 dont au titre de l'investissement - 9.152 - 9.468 - 9.831 -10.245 - 9.674 Balance Comrmrnrcialc - 8.611 - 7.947 - 7.436 - 7.402 - 7.849 Servicos at Transfarts Courants nets (non compris le service des int6rêts au - 271 - 366 - 463 - 567 - 417 titre de la dette) Balance des Biens et Services - 8.882 - 8.313 - 7.899 - 7.969 - 8.266 Service de la Dette - 2.891 - 2.900 - 3.713 - 4.422 - 3.481 Balance des Piens et Services ct Dette -11.773 -11.213 -11.612 -12.391 -11.747 Recettes Redevables à la Loi Américaine PL 480 + 245 + 245 + 245 + 184 Prôts Exttorieurs Aff ronts à des Projets +10.279 + 4.017 + 4.017 + 4.017 + 5.583 de D'veloppemnt Solde Dficitaire - 1.h94 - 6.951 - 7.35o - 8.129 - 5.980 a) compte-tenu des résultats nets de la production dtalumine par la Fria. Ctest-à-dire que les chiffres dtexportation incluent un tiers des exportations brutes de la Fria, tandis que les importations de la Fria sont entièrement exclues des èvaluations dtimportation. - 49 - 125. 11 a été admis que les exportations augmenteraient à un taux moyen annuel de 7,4% de 1965/66 à 1969/70. Ce taux moyen a été calculé sur les bases suivantes: les exportations de produits agricoles croîtraient a raison de 11,9% par an, alors que les entrées nettes de devises résultant de l'exportation de produits miniers augmenteraient au taux de 1,3%. La projection des prêts extérieurs a été calculée de façon aà correspondre aux importations afférentes aà des projets prévus par le Plan. De la part des Etats-Unis d'Amérique, nous avons tablé sur l'hypothèse que ce pays n'accor- derait aucun concours financier pendant la période envisagée mais livrerait de faibles quantités de denrées au titre de la loi PL 480 pour aider quel- que peu aà diminuer le déficit de labalance des paiements. Il a d'autre part été admis que la France reprendrait le service des pensions de retraite à concurrence de 1.90 millions do FG pnr an. 126. Du c8té des importations nos hypothèses de départ ont été les suivantes: les importations d'aliments, tabac, textiles et fibres textiles diminueraient par substitution de productions nationales; par contre, il y aurait augmentation substantielle de produits intennédiaires tels que pro- duits chimiques, engrais, papier, combustibles et biens de consommation durables, en vue de stimuler la production de denrées destinées à l'expor- tation. Les importations de biens d'équipement ont été projetées à un niveau voisin des montants élevés atteints récemment, bien que l'on ait supposé que les prêts à l'investissement reçus de l'extérieur se situeraient a un niveau inférieur à celui observé récemment. La différence entre les deux chiffres représente la valeur des biens importés pour le maintien de l'activité économique à. son niveau actuel (véhicules et pièces détachées, matériaux de construction, métaux et machines). Le résultat d' ensemble est une projection des importations à un niveau voisin de celui, très élevé, qui fut atteint en 1965/66. 127. Si la Guinée doit équilibrer ses comptes extérieurs, il parait indispensable qu'elle obtienne une aide étrangère propre à lui fournir des devises dont elle puisse disposer, c'est-à-dire que cette aide ne soit pas liée à des projets précis d'investissement, ou tout au moins soit plus éle- vée que le prix des biens à importer pour la réalisation desdits projets. Cette aide financière doit prendre la forme d'une subvention ou, s'il s'agit dtun prêt, l'intérêt et les conditions de remboursement doivent être tels qu'ils n'accroissent pas de façon appréciable les lourdes charges de la dette publique extérieure du pays. Comme nous l'avons montré, le déficit en devises sera en moyenne de 6 milliards de FG par an pendant les quatre années qui ont fait l'objet de notre étude prospective. Encore faut-il que le tableau des arrérages qui atteignent une moyenne de 3,5 milliards annuel- lement, ne soit pas modifié. 128. Le projet de Boké aiderait a réduire le déficit, mais il ne saurait suffire à lui seul. Pendant la durée des travaux de construction, il y aurait un petit apport de devises du fait que les dépenses en monnaie guinéen- ne feraient l'objet d'un financement extérieur (10% des 30 millions de dollars à investir dans l'exploitation minière et 20% des 57 millions de dollars que coûteraient les travaux d'infrastructure). Il semble cependant raisonnable d'admettre que seules les dépenses locales afférentes à l'exploi- tation minière seraient couvertes par l'aide extérieure car il a été prévu - 50 - d'utiliser les francs guinéens accumulés par les Etats-Unis en tant que contre-partie de ses livraisons, pour payer les frais en monnaie locale des travaux d'infrastructure. L'apport de devises serait par conséquent très faible: peut-être 750 millions de 7G pendant toute la durée des travaux de construction. Au delà de la période soumise à nos projections, ainsi qu'il a déjà été dit, les opéiations courantes da projet de Boké comportant une production annuelle de 5 millions de tonnes, procureraient une entrée nette de devises que l'on a évalué a 3,6 milliards de FG par an. Ce résultat n'équilibrerait pas la balance des paiements et laisserait donc subsister un déficit en devises. - 51 - VII. P.RSPECTIVS ECONOMIQUr 129. Nous constatons donc qu'un grave problème se pose, celui du déficit de la balance des paiements, qui ne peut )as ne -as peser sur l'économie guinéenne, même si l'on envisage avec quelque optimisme les tendances de l'exportation. Jusqu'à la clôture du Plan actuel, c'est- à-dire jusqu'en 1970, et sous réserve que le service de la dette ne soit pas différent de ce qui a été prevu, le déficit ne pourra être comblé que par des apports financiers extérieurs ou par des prêts de longue durée et à faible intérêt, fournissant des moyens de paiement dont le pays puisse disposer, ce qui veut dire que ces prêts ou subventions doivent venir s'ajouter aux ressources en devises liées à l'exccution de projets d'in- vestissement. Si elle peut obtenir une aide de cet ordre, la Guinée serait alors en mesure de preparer les voies à un meilleur équilibre de sa balance des paiements en appliquant les politiques nécessaires pendant les quelques années à venir. Si elle ne l'obtient pas, elle ne pourra. assurer ses paiements extérieurs qu'en associant un réajustement du service de sa dette extérieure à une sérieuse compression de ses importations destinées à la consommation courante et à lentretien de ses immobilisa- tions. Mais cette compression mettrazt en péril son activité économique pràsente et future. A long terme, le projet d exploitation de la bauxite de Boké ne pourra qu'atténuer le déficit et ne saurait se substituer à l'adoption d'une politique adéquate dans les autres secteurs économiques. 130. Ce déficit de la balance des paiements, tel que nous l'avons calculé pour la période qui va de 1966/67 à 1969/70, s'élève à une moyenne annuelle de 6 milliards de FG, soit environ 24 millions de dollars. Il s'agit donc d'une somme équivalant plus ou moins à l'aide fournie par le Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique au cours de ces dernières années sous forme de subventi.ons et de ventes de produits agricoles remboursables en monnaie guinéenne. Depuis 1960, des déficits de plus en plus considé- rables ont ete comblés grâce à cette aide financière, ainsi que par des crédits ouverts au titre des accords de paiement bilatéraux conclus avec des pays du BLoc oriental, par le versement de pensions militaJres par la France et par des prêts alloués de l'étranger pour des projets précis. Encore cette dernière source de devises a-t-elle été compensée en quasi- totalitc !ar une augmentation corrélative des importations de biens d'in- vestissement. Il n'existe pas, d'autre part, de réserves de devises sur quoi compter pour apurer tout ou partie des déficits prévus. Ceux de ces dernières années ont eu pour conséquence une chute des réserves nettes, qui sont passées d'un solde posit:-f de 2 milliards de francs en 1960 à un solde négatif de 4 milliards de FG à fin juin 1966. L'amélioration appa- rente que révèlent les deux derniers chiffres cités est le résultat de la transformation d'engagements contractés par la Banque Centrale en un emprunt à long terme. 131. Il est impossible de dire avec quelque certitude d'où pourrait provenir 1;aide nécessaire à l'équilibre de la balance des paiements. Ce que sera le concours des Etats-Unis à l'avenir est fort difficile à prévoir, eu égard aux difficultés nées dans le cadre de la gestion de l'aide améri- caine. On sait par exemple que les hommes du Peace Corps ont été expulsés en octobre 1966 et qu'il s'agissait là d'une mesure de rétorsion pour ce que la Guinée accusait les Etats-Unis d'avoir joué un r8le dans la déten- tion au Ghana de son Ministre des Affaires Etrangères et qu'elle leur reprochait d'autre part d' avoir apparemment régionalisé une partie de l'aide américaine accordée auparavant à titre individuel aux pays africains. Quant à l'assistance des pays du Bloc communiste, elle est surtout liée aà la réalisation de certains projets de développement et il est probable qu'elle continuera à financer l'importation de biens d'équipement. Pour que ces pays aident à éliminer le déficit de la balance des paiements, il leur faudrait adopter une politique différente, visant à faciliter les importations en général et non plus seulement celles qui résultent de l'exé- cution d'un projet d'investissement; ou aussi qu'ils prennent à leur charge le coÙt en monnaie nationale de projets d'investissement. Encore cette seconde forme d'aide serait-elle de peu de conséquence car, en Guinée, la part des frais d'investissement à acquitter sur place est assez faible. Enfin le service de pensions que la France assurait aux Guinéens ayant servi dans ses armées - évalué à environ 7,5 millions de dollars par an - a été suspendu en novembre 1965, au moment où les relations diplomatiques ont été rompues sous le prétexte que la France aurait cherché à renverser le Gouvernement Guinéen, à la suite de quoi le trésorier-payeur français qui assurait les versements a été chassé du pays. Tant que ces paiements n'auront pas repris, le déficit sera plus élevé d'autant. 132. Nous avons fait état d'une augmentation notable, mais fondée en fait, des recettes de l'exportation au cours des cinq années à venir. Ces ressources supplémentaires ne peuvent nóanmoins suffire à éliminer le défi- cit. D'autre part, les importations peuvent certes être réduites jusqu'à un certain point s'il y a accroissement de la production de denrées telles que le riz, les textiles et le coton. "ais elles ne présentent pas suffi- sannent d'élasticité pour qu'il soit possible de les comprimer jusqu'au point nécessaire pour équilibrer la balance des paiements, sans porter dangereusement atteinte à l'activité économique de la Guinée et à sa crois- sance future. D'ailleurs, la diminution des importations d'aliments de base et autres produits de consommation dont nous avons dressé l'état prospectif, est compensée par la nécessité d'importer plus de combustibles, de produits nécessaires à l'agriculture, d'autres produits intermédiaires et de biens de consommation durables. Il y a une pénurie particulière de ces derniers. Nous estimons essentiel d'accroltre lesdites importations au profit des producteurs agricoles, car ils y trouveront à la fois les moyens et les raisons dont ils ont besoin pour approvisionner les marchés urbains aussi bien que les débouchés extérieurs. Cependant, s'il n'est pas d'autre solution au problème de la balance des paiements, il faudra se résoudre à comprimer les moyennes annuelles d'importation que nous avons projetées, aà savoir celle des importations courantes, qui est de 7 milliards de francs, et celle des importations afférentes à l'entretien des immobi- lisations qui s'élève à 4,1 milliards de FG. 133. Les exportations sont faites pour moitié environ de produits agricoles (bananes, café, ananas, palmistes) et pour moitié de produits miniers (alumine, bauxite et diamants; les exportations de minerai de fer ont cessé au début de cette année et il est improbable qu'elles reprennent - 53 - avant cinq ans). Partant d'une étude de la situation afférente à chacun des principaux produits exportés, nous avons évalué à un peu plus de 7% le taux annuel global de croissance des exportations pendant la période 1965/66 - 1969/70. Pour les seuls produits agricoles le taux est d'environ 12% et nous l'avons calculé en fonction d'une réduction notable des objectifs du Plan Septennal (par exemple 50.000 tonnes de bananes en 1970 au lieu de 100.000, 10.000 tonnes d'ananas au lieu de 20.000, 20.000 tonnes de café au lieu de 43.000). Or si nos projections sont plus prudentes que celles du Plan, elles n'en sont pas moins fondées sur les deux postulats suivants: (1) les mesures nécessaires seront prises pour augmenter la rémunération des producteurs agricoles et leur fournir les biens qu'ils souhaiteront acheter; (2) les pays du Bloc communiste accroitront leur demande de produits dont il s'agit. A plus long terme, pour que les exportations de la Guinée puissent trouver des débouchés sur les autres marchés internationaux, il sera nécessaire d'apporter des améliorations fondamentales à l'organisation de la production agricole et songer à adhérer 'à des institutions telles que la Communauté Economique Européenne et le Conseil International du Café, en vue de béné- ficier des préférences accordées aux pays adhérents. 134. Le déficit de la balance des paiements, évalué dans nos projections a une moyenne annuelle de 6 milliards de FG, est dû en grande partie au ser- vice de la dette extérieure qui s91lèvera, de 1966/67 à. 1969/70, à la moyen- ne annuelle élevée de 3,5 milliards de FG. Selon les tableaux d'amortis- sement, le montant des arrérages dus annuellement ne diminuera sensiblement qu'après 1976. Cette situation est le résultat du haut volume des dettes contractées au cours de ces dernières années, des conditions dont l'aide extérieure a été assortie et du peu d'effet qu'ont eu jusqu'à présent les investissements de fonds d'origine étrangère sur la capacité de la Guinée de produire des biens exportables et acquérir ainsi des devises. En 1967 et 1968 les crédits consentis par des fournisseurs étrangers vont peser d'un poids particulièrement lourd sur la balance des paiements. A partir de 1969 et jusqu'en 1976, ce sera le tour des dettes contractées vis-à-vis de l'U.R.S.S. et des pays d'Europe orientale, car l'amortissement de ces dettes est généralement réparti sur une période maximale de 12 ans. Aussi faudra-t-il que le pays soit beaucoup plus prudent que ce n'a été le cas jusqu'ici, lorsqu'il évaluera les profits économiques à tirer des offres de financement qui lui seront faites à l'avenir ainsi que l'impact de ces offres sur le service de la dette extérieure. 135. Pour les cinq années prochaines, le montant des arrérages de la dette extérieure représentera un pourcentage élevé du montant global des exportations, que nos projections ont d'ailleurs évalué de façon plut8t optimiste. Par rapport aux rentrées nettes de devises (après déduction des dépenses en devises dues aux exportations de minerais), le taux est de 37% en 1966/67 et croitra jusqu'à 45% en 1969/70. Si c'est à la valeur brute des exportations que l'on ccmpare le montant des arrérages de la dette - 54- extérieure, les taux sont évidemment moindres, mais ils ne renseignent guère sur la possibilité pour le pays d'honorer ses engagements. Ces taux sont en fait de 21% en 1966/67 et 27% en 1969/70. 136. Il est difficile d'évaluer de façon quantitative les perspecti- ves de croissance de l'économie guinéenne dans son ensemble, faute de repères globaux sur quoi fonder des projections. Le pays n'est doté d'aucun système de comptes économiques et les statistiques disponibles ne peuvent servir que d'indicateurs partiels. Aussi l'évaluation des perspectives de croissance ne peut-elle être que partielle, et le plus souvent qualitative. 137. La croissance économique semble avoir été plus lente que ne le donnerait à penser le montant élevé des sommes investies. La production agricole, qui constitue plus de la moitié de la production totale et emploie de loin la plus grande partie de la population, semble avoir augmenté à un taux qui est au mieux égal à celui de la croissance démographique. Une grande partie des investissements a eu pour but de développer le secteur, d'importance très mineure, de l'industrie. Des usines ont été créées qui se heurtent à de grosses difficultés et fonctionnent à un faible pourcen- tage de leur capacité. Eu égard à son importance, l'agriculture n'a pas été favorisée sous le rapport des investissements. Mais plus que d'inves- tissements sans doute, ce secteur a besoin d'une révision profonde des méthodes de programmation, de la création de services techniques et d'une politique propre à encourager les agriculteurs à tirer meilleur parti des ressources de la terre. Encore ce dernier facteur n'est-il sans doute pas le principal. Le rendement décevant de l'agriculture est dû plus encore à l'absence de programmes objectifs ayant pour objet de connaltre dé façon précise les ressources potentielles et de fournir les moyens de production nécessaires. L'infrastructure, elle, a bénéficié d'investissements impor- tants. C'est ainsi que des routes ont été faites, sans doute pour stimuler les productions destinées à 9tre commercialisées; mais jusqu'à présent les résultats n'en ont pas été très apparents. Ce genre d'investissement ne fournit guère de raisons d'espérer que le taux de croissance global sera plus fort pendant les cinq années à venir que pendant la dernière période de cinq ans, mgrme si l'on continue à investir au même rythme élevé. 138. Et, d'ailleurs, il aera difficile de maintenir ce rythme élevé d'investissement. L'épargne nationale réelle, qui a été estimée à un peu moins de 7,5% du produit national brut, provient des excédents du budget ordinaire de l'Etat et des bénéfices et réserves d'amortissement des sociétés nationales. Or on ne s'attend à une augmentation des excédents ni du budget ordinaire ni des sociétés nationales. Au stade actuel de développement du pays, il n'est pas de source importante de recettes budgé- taires qui n'ait été mise à. contribution, et le poids des dépenses affé- rentes à la gestion courante des affaires du pays est tel qu'il n'est pas possible d'accroitre l'excédent budgétaire. C'est à la vérité remarquable qu'on ait réussi à obtenir des excédents de cette importance. Quant aux bénéfices des sociétés nationales, ils sont jusqu'à un certain point le résultat de pratiques comptables qui dissimulent la réalité. En tout cas, aucune amélioration de leur position réelle en matière de profits et pertes ne sera possible tant que l'on n'aura pas pris des mesures radicales pour améliorer la gestion de ces sociétés et fermer certaines entreprises non viables. - 55 - 139. L'évaluation officielle des sources de financement, tant inté- rieures qu'extérieures, dont le pays pourra disposer pendant toute la durée du Plan septennal (1964-70) ne prévoit la couverture des dépenses budgé- taires qu'à concurrence de 51%. La conséquence c'est qu'il faudra réduire les dépenses à réaliser au titre du Plan, c'est-à-dire le volume des inves- tissements, à un niveau inférieur a% celui du Plan triennal (juillet 1960 - juillet 1963). Il faudra dès lors revoir la liste des priorités d'inves- tissement qui figure dans le Plan. En tout état de ceuse, les principaux goulots d'étranglement de l'économie guinéenne se trouvent dans des secteurs ou il n'est nul besoin d'investissements supplémentaires pour éliminer ces goulots d'étranglement, ou en tout cas très peu. On peut donc avancer qu'une réduction substantielle des montants à investir n'entrainerait pas une diminution proportionnelle du taux de croissance. Encore faudra-t-il prendre les mesures propres a réaliser l'équilibre de la balance des paiements, tout en tirant le meilleur parti possible du potentiel de crois- sance. Lesdites mesures devraient être les suivantes: - augmenter la production agricole grâce à de meilleures méthodes de programnmation et à des dispositions de nature à stimuler l'activité des agriculteurs; - accroître le rendement des industries existantes avant de procéder à de nouveaux investissements; - accorder les investissements en priorité aux secteurs d'activité économique qui accroîtront la production de biens de consommation et en amélioreront la distri- bution; - mettre à la disposition de ceux qui produisent, des moyens de crédit plus grands et sur une base sélective; - accroître enfin l'épargne nationale en améliorant la gestion des sociétés nationales. 140. Au delà de 1970 ou de 1971, le projet d'exploitation de la bauxite de Boké devrait donner des résultats appréciables, surtout quant à% l'aug- mentation des entrées de devises et des ressources de l'Etat. 1ais cela ne suffira pas à guérir tous les maux économiques. Pour une production s annuelle de 5 millions de tonnes, la valeur brute des exportations du projet de Boké serait de 9,4 milliards de FG, les recettes nettes en devises de 3,6 milliards. Ces chiffres correspondent à 74% des exportations brutes et 50% des entrées nettes de devises en 1965/66. Si, à titre d'hypothèse, on incorpore ces données à celles de l'année 1969/70, les taux que nous avons cités quant à l'importance des arrérages de la dette extérieure dimi- nuent de 45 à 33% dans le cas du rapport entre le service de la dette extérieure et les recettes nettes en devises, et de 27 à 17% lorsqu'il s'agit du pourcentage du montant brut des exportations. En outre, pendant la durée des travaux de construction, il devrait y avoir un petit apport de devises, du fait que les dépenses en monnaie guinéenne feront l'objet d'un financement extérieur (10% des 30 millions de dollars a investir dans - 56 - l'exploitation minière et 20% des 57 millions de dollars qui représentent le coût des travaux d'infrastructure). Quant aux ressources directes que l'Etat tirerait du projet de Boké après 1970, elles peuvent être évaluées à 2.1 milliards de francs par an, ce qui correspond à 15% environ des recet- tes budgétaires effectives de l'exercice 196h/65. Le revenu total (direct et indirect) que le projet rapporterait à l'Etat pourrait s'accroftre jusqu'à quelques 4 milliards de francs, mais ce chiffre dépend de l'augmen- tation des importations dues au project, c'est-à-dire des droits de douane prèlevès sur ces importations. Il y aurait d'autres conséquences indirectes: les moyens nouveaux de communication pourraient accélérer le mouvement des marchandises, notamment de celles destinées à ltexportation; d'autre part, les hommes, et leurs familles, travaillant directement ou indirectement dans le cadre du projet créeraient sans doute un débouché pour d'autres marchan- dises. Tout ceci devrait cependant 6tre étudié afin de déterminer les modes d'activité offrant le maximum d'avantages, ceux qui ouvrent les perspec- tives de développement les plus prometteuses et les dispositions officielles à prendre pour provoquer et stimuler l'action nécessaire. Et il faudrait aussi mettre au point la stratégie de ce développement. Ainsi, le projet de Boké, sans y suffire à lui seul, ouvrirait les voies à une amélioration de la situation économique guinéenne et créerait les conditions nécessaires à la mise en valeur du pays. Mais encore une fois, pour tirer le meilleur parti possible des possibilités de développement qui viennent d'être 9vo- quées, il est indispensable de mettre soigneusement au point les mesures générales de politique économique qui s'imposent. Et il en va de mâme pour la quasi-totalité des autres secteurs économiques. Aptitude à emprunter l4l. De ce qui précède, se dégage la conclusion que la République de Guinde ne saurait être considérée, de façon générale, comme pouvant recevoir des prêts aux conditions usuelles. L'économie guinéenne est déjà gravement obérée par le fardeau des emprunts passés et il serait très dangereux que le Gouvernement accroisse le montant, déjà très élevé, du service de la dette sauf s'il s'agissait de projets apportant une contribution nette appréciable aux ressources du pays en devises étrangères. Un réaménagement important du service de la dette, visant à son plus grand étalement dans le temps, permettrait sans doute d'améliorer la situation de la balance des paiements. Mais pour rétablir vraiment son crédit, il con- viendrait que la Guinée prenne les mesures propres à assurer la croissance de son économie, principalement dans l'agriculture, et qu'elle n'investisse désormais que dans des projets soigneusement conçus et mis en oeuvre avec toute l'efficacité et la compétence voulues. De plus, tant qu'il n'appa- raitra pas que les conceptions et les méthodes de développement ont été infléchies dans le sens indiqué, tout prOt à la Guinée aux conditions usuelles risquerait de ne pas contribuer, comme il le devrait, au développe- ment économique du pays. - E N E G A L E 11 l N E E A L if P ORT 1' 6 .1 I S \ -0 iv LADE 0 N.E-Ec ** - r -~ RE , .S D G U i NLEE 8 ss POPl.AIO ETE - -----3 B E R AVRIL 1 6 [R - a l . - 9t fl l ~ E. 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Guinea - Economic trends and prospects (Vol. 1 of 2) : Rapport principal
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Источник
Всемирный банк