Notes CA Mozambique : Réparation des dommages causés par la guerre Les associations d’initiation et l’éducation communautaire L es méthodes traditionnelles de rétablissement se sont avérées effectives dans le cas communautés rurales fut détruite en grande partie. En particulier, les écoles, généralement peu Notes sur les Connaissances Autochtones notamment des enfants des pays nombreuses, étaient situées dans les africains ayant subi des régions les plus éloignées du traumatismes causés par la guerre. Mozambique. A l’époque coloniale, (Voir Note CA No. 10.) la plupart des efforts de L’expérience récente du développement se concentrèrent Mozambique prouve que d’autres dans les zones urbaines. Durant les aspects de la culture locale peuvent courtes périodes de relative stabilité revêtir une aussi grande importance qui ont suivi l’indépendance lorsqu’il s’agit de stabiliser une durement acquise par le pays en génération déracinée pour des 1975, le nombre d’établissements raisons de guerre et de réparer les scolaires et d’étudiants devait se dommages que des conflits armés multiplier rapidement. L ’offre ne peuvent entraîner. pouvant faire face à la demande, des écoles communautaires Les années de guerre civile au commencèrent à faire leur appari- Mozambique ont affecté à plusieurs tion dans les zones rurales à partir égards les enfants vivant dans les des années 1970, comme ce fut le zones rurales ainsi que leurs cas dans d’autres régions d’Afrique. communautés. Certains de ces Ces écoles étaient pour la plupart enfants ont perdu leurs parents. No. 33 dotées d’un personnel jeune, D’autres ont été séparés de leurs Juin 2001 familles dans leur fuite précipitée Les Notes CA sont des rapports périodiques pour échapper aux combats et se sur les initiatives en matière de sont retrouvés vivant pour de Connaissances Autochtones en Afrique longues périodes avec des familles subsaharienne. Elles sont publiées par le Centre pour la gestion de l’information et adoptives ou dans des camps de la connaissance (Knowledge and militaires. Par ailleurs, nombre de Learning Center) de la Région Afrique, qui représente la Banque mondiale dans le ces jeunes furent blessés tandis que cadre d’un partenariat établi avec des d’autres furent victimes d’abus ou communautés, des ONG, des institutions du développement et des organisations encore se sont vus engagés de force multilatérales. Les opinions exprimées dans dans l’armée rebelle et, donc, cet article sont celles des auteurs et ne Banque mondiale devraient pas être attribuées au Groupe de obligés de commettre des actes de la Banque mondiale ou à ses partenaires violence. dans le cadre de cette initiative. Une page sur les CA est disponible sur l’internet aux Parallèlement, la modeste infra- coordonnées suivantes : http:// www.worldbank.org/aftdr/ik/default.htm structure dont disposaient les 2 bénéficiant d’un niveau de scolarisation faible s’efforçant communautés ont entrepris de reconstruire les écoles de son mieux de respecter le curriculum de cours en communautaires, de développer des programmes de vigueur. socialisation sur une base communautaire et de concevoir et d’implanter des initiatives visant à la Toutefois, les longues années de guerre civile qui fut formation des jeunes. Afin de soutenir cet effort sur le déclenchée par le mouvement rebelle devaient ravager long terme, le C&W fut transformé en une organisation l’infrastructure naissante du pays. En particulier, les mozambicaine non-gouvernementale sous l’appelation centres de santé et les établissements scolaires dans les Children, Family and Development — CFD (Enfants, campagnes furent presque totalement détruits, l’un des Famille et Développement). principaux objectifs du mouvement étant précisément d’affaiblir le tissus social et de démanteler les agences gouvernementales. Les taux d’inscription devaient Un village prend contrôle enregistrer un déclin radical durant la décennie Cet effort a fourni des résultas inattendus au sein de suivante. Ce n’est que lorsque les initiatives de paix division administrative d’Itoculo, un regroupement furent lancées en 1990 que ces taux commencèrent à se éloigné de communautés situé dans la zone nord de la consolider. province Nampulo. Les populations d’Itoculo appartiennent à l’un des principaux groupes ethniques Remise de la situation en ordre du pays, les Macua. L ’accès à Itoculo est difficile et les contacts avec le reste du monde sont rares. Cette région Vers la fin des années 1980, les hostilités devaient attire essentiellement des travailleurs illégaux, tels les graduellement décliner et une multitude d’efforts furent bûcherons qui sont particulièrement intéressés par les déployés pour réunir les enfants avec leurs familles et riches ressources forestières du pays et des acheteurs de promouvoir le recouvrement du pays. La Direction coton, qui, eux, se rendent à Itoculo une fois par an Nationale du Mozambique Chargée de l’Action Sociale durant la saison de marketing des récoltes. (DNAS) parraina, conjointement avec le Projet Children and War-C&W (Enfants et Guerre) — chapeauté par La région centrale d’Itoculo ne possédait qu’une seule l’organisation internationale non-gouvernementale Save école élémentaire desservant une partie seulement des the Children — une première série de programmes. Ces 30,000 personnes vivant dans les environs. Par contre, programmes, néanmoins, en raison de leur lourdeur les 20,000 autres résidents des villages les plus éloignés, bureaucratique, ne purent remporter de succès dans les le plus distant se trouvant à 22 km par piste charretière, zones rurales. Conséquemment, le C&W entreprit de ne pouvaient y accéder. lui-même de collaborer avec les communautés Vers le début des années 90, un grand nombre intéressées. A partir de 1992, le programme réussit à d’enfants vivant à Itoculo, soit parce qu’ils étaient créer un réseau de plus de 14,000 volontaires, et près de orphelins, soit parce qu’ils n’avaient pas connu une 12,000 enfants devaient être réunis avec leurs familles enfance normale, étaient entre temps devenus parents respectives. et, donc, chefs de familles. Tous tenaient à éviter par Ces résultats sont principalement attribuables aux tous les moyens possibles que leurs enfants subissent initiatives des communautés locales elles-mêmes. des expériences similaires aux leurs. Par conséquent, ils Cependant après avoir « remis de l’ordre », c’est à dire étaient déterminés à reconstruire leurs communautés. réunir les familles et instaurer un semblant de vie Parallèlement, le Département d’Action Sociale du normal, les agences censées fournir des services sociaux Gouvernement devait approcher les chefs des avaient épuisé leurs fonds. Quant à lui, le communautés d’Itoculo pour discuter des moyens de gouvernement, alourdi par des dettes, fut incapable de répondre aux besoins de développement et d’éducation procurer une aide substantielle. Par conséquent, les des enfants en âge d’être inscrits dans les écoles communautés locales se sont mises au travail. Afin de maternelles. Un accord fut obtenu en vertu duquel trois répondre aux besoins des enfants abandonnés et de ceux escolinhas comunitarias ou écoles maternelles nouvellement réunis avec leurs familles, certaines communautaires furent créées. Cependant, après deux 3 années, ces initiatives devaient échouer : le curriculum serait prodigué une éducation rudimentaire. Trois de cours requis, les conditions strictes d’implantation et escolinhas de ce type furent créées. Bien que l’initiative la dépendance à l’égard d’agences gouvernementales ait réussi, les membres des communautés ont estimé incapables de tenir leurs promesses finirent par qu’elle n’était pas allée suffisamment loin. Entre autres, décourager la participation des communautés locales. il s’est avéré que les plus jeunes enfants avaient L’absentéisme des enfants demeure un grave problème et également besoin d’être sous surveillance et que des représente l’une des principales préoccupations des éléments autres que les trois Rs auraient dû être inclus communautés qui entament des efforts de reconstruction. dans le curriculum de cours. Conséquemment, la communauté sollicita une assistance du CFD afin La première chance de réussite se présenta lorsque d’élargir et de développer le concept. Le personnel du les habitants d’Itoculo qui avaient participé au CFD accepta de former les animadores pour l’école programme C&W durant la guerre choisirent comme communautaire et de fournir une assistance au niveau solution d’emprunter le modèle des sociétés de la gestion et de l’organisation à condition, toutefois, traditionnelles d’initiation et de le greffer au concept des que les résidents d’Itoculo fournissent un soutien escolinhas. Dans la culture Macua, comme dans la matériel et prennent l’opération en charge. Un Comité plupart des cultures africaines, les jeunes sont initiés à fut alors formé et cet effort joint lancé. des rites traditionnels qui sanctionnent leur passage à la vie d’adulte. A l’occasion de ces rites, les enfants sont Le support que procura CFD engendra des alliances regroupés informellement en fonction des liens d’amitié et des recoupements entre l’école communautaire et le ou de parenté qui les unissent. Jusqu’à leur adoles- modèle d’initiation traditionnel sous le contrôle des cence, ces jeunes vivent ensemble au sein de cette autorités locales. Bien que les membres du Comité structure communautaire. Lorsque le groupe atteint un d’Itoculo approuvèrent l’idée d’enseigner le portugais nombre suffisant d’enfants (entre 10 et 15 jeunes aux enfants afin de faciliter leur communication avec le garçons ou filles), il est alors éloigné des communautés. monde extérieur, ils remirent en cause l’approche selon L ’aîné du groupe conduit les jeunes dans une région laquelle cet enseignement donnerait aux enfants les isolée et les introduit au savoir de la vie d’adulte : rôles moyens suffisants pour devenir des membres à part respectifs des hommes et des femmes ; signification de entière de leur communauté. Par conséquent, ils la puberté ; traditions communautaires et aptitudes établirent graduellement un curriculum et revitalisèrent requises. Les garçons apprennent à chasser et pêcher, et l’organisation des escolinhas. A cet effet, ils bâtir des maisons. De même, ils développent les sélectionnèrent parmi les méthodes d’initiations aux capacités indispensables à l’accomplissement de ces rites sociaux les idées et modèles qui leur paraissaient activités. Les filles, quant à elles, apprennent à les plus appropriés en créant éventuellement d’autres comprendre leur corps et sont initiées à leurs futurs au fur et à mesure que le projet progressait. rôles de mère et femme au foyer. On leur apprend Généralement, les débats sur le curriculum et également à se protéger et rompre les contacts avec les l’organisation des escolinhas ont impliqué des garçons. représentants des membres des comités, des parents, des animadores et des enfants. Les innovations que Adapter le modèle traditionnel l’Itoculo adopta tout au long du processus furent les Le plan initial consistait simplement à revitaliser suivantes : l’expérience manquée des escolinhas comunitaras tout en • Invitation des aînés à raconter des histoires sur les lui donnant une forme différente et assurant son traditions de la communauté et leurs propres contrôle par les autorités locales. Il était question que expériences ; certain des jeunes scolarisés soient responsables des • Encouragement du Comité afin que la population groupes d’enfants plus âgés. Ces enfants seraient alors contribue jeux, jouets, chansons et poèmes éloignés du village et conduits dans une hutte au toit de susceptibles d’être partagés avec les enfants. Les chaume qui servirait de salle de classe et ou il leur chants traditionnels utilisés pour enseigner le calcul 4 furent redécouverts, adaptées et joints au curriculum. Par ailleurs, l’expérience que le Comité a acquise au De plus, les écoles commencèrent à parrainer ou niveau de la gestion d’initiatives locales telles les participer à des évènements qui offrirent l’occasion escolinhas, a été l’occasion pour ses membres d’acquérir d’échanger leurs ressources culturelles avec les autres des capacités dans le domaine d’entreprise collective qui escolinhas de la région. s’avèrent vitales et hautement transférables. Cette expertise peut d’ailleurs servir à affronter d’autres défis • Prise de contact avec des artisans locaux afin qu’ils en matière de développement, tels par exemple dans le initient les jeunes à leurs formes d’art. Les femmes domaine de la demande en eau et des services de santé. enseignèrent aux enfants comment fabriquer des pots En fait, le groupe a à présent créé deux écoles publiques en argile pour faire la cuisine ou du jardinage. Les prodiguant un enseignement formel. Cette initiative tisserands et les danseurs contribuèrent également s’inscrit dans le cadre de la revitalisation de leur savoir. l’infrastructure éducationnelle locale, visant à offrir une • Le programme de cours fut revu et corrigé prenant en formation approfondie tout au moins aux enfants ayant compte la saison fermière et les activités sociales suivi des cours dans les écoles communautaires. Dans organisées à Itoculo. chaque cas, la formule adoptée par les escolinhas – en • Dans un premier temps, le Comité établit le dehors du support et des ressources assorties et programme de cours des escolinhas sur la base du importantes que celles-ci reçoivent de la communauté, curriculum pré-scolaire développé par le de la nette responsabilisation et du contrôle direct gouvernement. Cependant, par la suite le Comité assuré au niveau local — s’est avérée efficace. Au cours décida d’adopter — et d’adapter — des sections de l’année 2000, le village créa officiellement principales du curriculum national de cours conçu l’Associação dos Amigos da Criança de Itoculo (AMICI) pour les adultes, car il les considéra plus appropriées (Association des Amis des Enfants d‘Itoculo), dotée d’un aux objectifs de l’opération. statut juridique, qui a pour mandat de coordonner ce genre d’initiatives. C’est la première fois dans l’histoire de la communauté qu’une telle association est instituée. Diffusion de l’expérience L ’AMICI offre une occasion unique d’utiliser les Les premières années d’expérience des escolinhas expériences acquises pour façonner le futur dans la communitarias (1995-2000) remportèrent du succès. région de Nampula. Notamment, elle permettra de Itoculo devait voir le nombre de ses écoles s’élever au mobiliser les pratiques traditionnelles les plus nombre de huit, et l’initiative suscita un grand intérêt performantes, susceptibles de préparer les jeunes à tirer dans la région. A partir de 1998, les autres profit des opportunités qu’ils auront de créer un avenir communautés de Nampulo demandèrent l’assistance du viable dans les régions rurales du Mozambique. Comité d’Itoculo afin de lancer des projets similaires. L’infusion de pratiques traditionnelles choisies s’est De ce fait, les capacités des membres du Comité en tant révélée être une démarche salutaire pour la solution des que consultants et formateurs se sont énormément problèmes que confronte une société déchirée par la renforcées. Six autres écoles du même genre sont guerre. opérationnelles dans les régions voisines. Les co-auteurs de cet article sont : Agostinho Mamade, Zuber Ahmed et Peter Easton qui sont respectivement : Directeur Executif, Associacao Crianca, Familia e Desenvolvimento; Consultant en matière de formation et de développement, et Professeur Associé, Département Education pour Adultes, Université de Floride. Des informations supplémentaires peuvent être obtenues auprès de Associacao Crianca, Familia e Desenvolvimento (E-Mail : cfd@tropical.co.mz), ou bien de Agostinho (E-Mail : asmamade@tropical.co.mz)
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Mozambique : repairing the ravages of war - initiation societies and community schooling : Mozambique : Réparation des dommages causés par la guerre
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Страна
Мозамбик
Источник
Всемирный банк