- v.ision Idrr DISCOURS PRONONCE DEVANT LA CONFERENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT PAR M. ROBERT S. McNAMARA PRESIDENT DU GROUPE DE LA BANQUE MONDIALE Santiago du Chili Le 14 avril |972 I. INTRODUCTION Cette session de la Conférence des Nations Unies sur le com- merce et le développement est la première à laquelle j'ai l'occa- sion d'assister depuis que j'ai assumé les fonctions de Président de la Banque Mondiale, et je tiens à vous dire que je suis très heureux d'être parmi vous. Mon intervention sera brève et franche: Elle peut se résumer en quatre points: Dans la plupart des pays du tiers monde, l'état actuel du développement est inacceptable-et l'est de plus en plus. Cet état est inacceptable, non qu'il n'y ait pas eu de pro- grès durant les vingt dernières années-et particulièrement au cours de la dernière décennie-mais parce que les pro- grammes de développement ont été largement orientés vers des objectifs économiques, sans faire la part qui con- venait au souci d'assurer une répartition équitable des avantages acquis parmi toutes les nations et parmi tous les groupes de population qui constituent ces nations. A mesure que progresse la Deuxième décennie du dévelop- pement, les erreurs du passé sont mieux perçues, mais ni les pays en voie de développement, ni les nations indus- trIalisées n'ont encore entrepris résolument de les redresser. Enfin, si l'état actuel du développement est inacceptable- et certes il l'est-nous ne devons pas perdre de temps à en chercher les responsables, ni, ce qui est pire, gaspiller nos forces à des confrontations stériles entre pays riches et pays pauvres. Il convient plutôt que l'ensemble de la commu- nauté internationale du développement-sans exception- se propose rapidement d'appliquer des mesures saines, financièrement réalistes, capables de rallier l'opinion pu- blique. Je tâcherai d'en suggérer quelques-unes aujourd'hui. Il. LES SCANDALEUSES INEGALITES DU DEVELOPPEMENT J'ai dit que l'état actuel du développement dans la plupart des pays du tiers monde était inacceptable. Il est inacceptable, certes, mais non pas faute de progrès. Ce progrès est indéniable. La croissance économique globale des pays en voie de développement, évaluée en fonction du PNB, a été impressionnante durant la Première décennie du dévelop- pement. Pour certains de ces pays, ces dix années ont été, de ce point de vue, les plus prospères de leur histoire. Cependant, ces évaluations économiques, si utiles qu'elles soient, peuvent être très incomplètes. En effet, elles ne nous disent pas grand-chose, à elles seules, sur les changements qui se sont produits dans la vie des indi- vidus qui constituent les masses de la population des pays en voie de développement. C'est pourtant à l'amélioration des con- ditions d'existence de ces individus que tend, en définitive, le développement. Que dire d'un monde dans lequel des centaines de millions de personnes sont non seulement considérées comme pauvres au sens statistique, mais subissent des privations quotidiennes qui portent atteinte à la dignité humaine à un point que les statistiques ne peuvent définir? Que dire des pays dans lesquels les enfants âgés de moins de cinq ans ne représentent que 20% de la population, niais plus de 60% des décès? Que dire de pays dans lesquels les deux tiers des enfants qui survivent voient leur croissance limitée par la malnutri- tion-une malnutrition qui peut atrophier aussi bien les esprits que les corps. Que dire de pays où le nombre d'illettrés adultes a aug- menté de 100 millions depuis 20 ans, où la maladie et la mort sont dévastatrices, l'éducation et l'emploi rares, la misère et la stagnation habituelles, les possibilités de pro- grès et d'épanouissement personnel extrêmement limitées. Telles sont pourtant les conditions dans lesquelles vivent aujourd'hui deux milliards d'êtres humains, habitants de plus de 95 pays en voie de développement membres de la Banque 2 Mondiale. La misère effroyable que connaissent des centaines de millions d'individus est telle que nous ne pouvons guère tirer de satisfaction du simple fait statistique d'avoir atteint, au terme de la Première décennie du développement, l'objectif de croissance globale du PNB de 5%. Il faut dire d'abord que cette moyenne dissimule le fait que la croissance a été très inégale pour les divers pays en voie de développement, et que l'augmentation du revenu a été la plus faible dans les pays mêmes où elle était la plus nécessaire: les pays les plus pauvres, qui comptent les populations les plus nombreuses. ' L'étude des divers pays montre combien la croissance a été inégale: Les1principaux pays exportateurs de pétrole, qui comptent moins de 4% de la population des pays en voie de dé- veloppement, ont enregistré un taux de croissance du PNB qui s'établit, non à 5%, niais à 8,4%. Les pays en voie de développement dont le PNB par habi- tant dépasse 500 dollars, et qui comptent 9% de la popula- tion, ont enregistré un taux de croissance de 6,2%. Ceux dont le PNB par habitant varie entre 200 et 500 dollars, et qui comptent 20% de la population, ont enregistré un taux de croissance de 5,4%. Enfin, les pays les plus pauvres, dont le PNB par habitant est inférieur à 200 dollars, et qui ne représentent pas moins de 67% de la population du tiers monde, ont enregistré un taux de croissance qui ne dépasse pas 3,9%. Ainsi, la première conclusion qui se dégage avec évidence est qu'en groupant tous les pays en voie de développement et en mesurant leur progrès par le taux de croissance moyenne de leur PNB, nous voilons les différences profondes qui les séparent. Ce qui est plus grave, c'est que nous dissimulons le fossé encore plus large qui les sépare sur le plan de la croissance du revenu par habitanf. Dans les pays les plus pauvres, qui groupent 67% de la population du tiers monde, le revenu par habitant n'a pro- gressé que de 1,5% par an durant la Première décennie du développement. 3 " Dans les deux catégories moyennes de pays, le revenu par habitant s'est élevé beaucoup plus rapidement-à savoir, de 2,4% et 4,2% respectivement. Dans les pays exportateurs de pétrole, il a progressé de 5,2%, c'est-à-dire plus de trois fois plus vite. Cependant, ce qui est particulièrement fallacieux, c'est de supposer qu'après avoir calculé le taux de croissance du PNB d'un pays en voie de développement, et l'avoir exprimé en termes de revenu par habitant, on a dégagé une image réelle du niveau de développement économique de ce pays. Il n'en est rien, car les taux de croissance du PNB et du PNB par habitant ne renseignent pas sur la répartition réelle du revenu à l'intérieur d'un pays. Ill. LA MAUVAISE REPARTITION DU REVENU A L'INTERIEUR DES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT Les renseignements dont nous disposons indiquent que même les pays en voie de développement qui ont enregistré des pro- gressions importantes des taux de croissance du PNB présentent une structure du revenu fortement déformée. Durant la dernière décennie, le PNB par habitant du Brésil a progressé, en valeur réelle, de 2,5% par an, et cependant, la part du revenu national qui est échue à la tranche de 40% la plus pauvre de la popula- tion est tombée de 10% en 1960 à 8% en 1970, tandis que la part du groupe de 5% le plus riche est passée de 29% à 38% durant la même période. Compte tenu du PNB, le pays a en- registré une croissance satisfaisante. La situation économique des riches a été très satisfaisante, mais, tout au long de la décen- nie, les plus pauvres qui représentent 40% de la population n'ont bénéficié du progrès que de façon marginale. Le Mexique offre un exemple analogue. Au cours des vingt dernières années, le revenu moyen par habitant a progressé, en valeur réelle, de 3% par an. La tranche de 10% la plus riche de la population a recueilli environ la moitié du revenu national global au début de cette période et une part encore plus grande au terme de la période (49% pour 1950 et 51% en 1969). Cepen- dant, la part des 40% les plus pauvres des habitants n'a été que 4 de1i4% en 1950 et elle est tombée à 11% en 1969. Celle des 20% les plus pauvres d'entre eux est tombée pendant ce temps de 6% à 4%. En Inde, la croissance globable du PNB s'est accélérée durant la dernière décennie. Cependant, aujourd'hui, environ 40% de la population-c'est-à-dire 200 millions d'habitants-vivent en deçà d'un degré de pauvreté qui est défini comme celui auquel se manifeste un état de grave malnutrition. Il apparaît en outre que les 10% les plus pauvres de la nation-50 millions d'habi- tants-non seulement n'ont pas eu part au progrès réalisé du- rant la décennie, mais se sont peut-être même appauvris. Ces exemples ne représentent pas des exceptions. Une étude de la répartition du revenu, établie récemment pour plus de 40 pays en voie de développement, fait ressortir qu'au début de la Première décennie du développement, la part moyenne du revenu national dont bénéficie la tranche de 20% la plus riche de la population est de 56%--mais que celle de la masse de 60% la plus pauvre n'est que de 26 0. Les données comparables se rapportant au début de la Deuxième décennie du développe- ment sont encore trop élémentaires pour permettre de tirer des conclusions détaillées; elles semblent indiquer cependant que le revenu non seulement reste mal réparti, mais que les inéga- lités de sa répartition s'aggravent peut-être dans de nombreux pays. Les pauvres ne reçoivent CLu'une part extrêmement limitée des avantages du progrès. Comment expliquer une telle situation? Les raisons en sont naturellement complexes, Les questions restent beaucoup plus nombreuses que les réponses, mais il me semble que certains points sont clairs. Tout d'abord, la croissance économique est une condition nécessaire du développement dans tout pays pauvre-cepen- dant, elle est loin d'en être la condition suffisante. Si un pays n'évolue pas dans un climat de croissance, il ne peut guère mobiliser l'épargne intérieure et les recettes d'ex- portation qui sont indispensables à l'investissement intérieur. Tout le monde en convient aisément. Ce qui est moins évident, c'est que la croissance économique d'un pays pauvre risque, dans les premiers temps, de pénaliser la fraction la plus pauvre de la population par rapport à la frac- 5 tion la plus riche, à moins que des mesures spéciales ne soient adoptées en vue d'empêcher une telle situation. Ce phénomène caractérise particulièrement les économies agricoles de subsistance, dans lesquelles la croissance écono- mique commence par une exploitation limitée dans l'espace, mais intense, des iches ressources naturelles. L'examen de telles situations montre qu'à moins que les pouvoirs publics ne pren- nert des mesures visant à élargir la base du développement grâce à un réinvestissement rapide des recettes d'exportation provenant de l'exploitation de ces ressources, la part de revenu de la masse de 60% la plus pauvre de la population diminue, tandis que celle du groupe de 5" le plus riche augmente. Même le petit groupe de population qui, au sein de ces so- ciétés, jouit d'un revenu moyen-a pproxîniativement le cin- quième de la population dont la part moyenne du revenu national se situe aux environs immédiats du point médian et qui constitue un embryon de classe moyenne-voit sa part du revenu national diminuer lorsque la croissance est soudaine et trop élémentaire pour englober des activités diversifiées. A mesure que s'élargit, dans un pays pauvre, l'assise du dé- veloppement, la tranche de la population dont le revenu peut étre considéré comme moyen commence à en bénéficier. Elle progresse, largement grâce à son éducatior et aux possibilités d'emploi qui lui sont offertes. Cependant, la tranche de 30 à 40"o de la population, qui groupe les pauvres et les très pauvres, continue à recevoir une part du revenu national réduite à l'excès et souvent décroissante. De plus, c'est cette masse la plus pauvre qui est particulièrement exposée à l'adversité économique (lui revêt les formes connues: natalité élevée, possibilités d'enseigne- nient limitées, inflation croissante, accès difficile au crédit pour le développement de l'exploitation familiale ou des petites entreprises locales, migration d'une campagne sans avenir vers les quartiers misérables des villes où sévit le chômage. Tout cela se traduit, dans la plupart des pays en voie de développement, par une situation désespérée et apparemment 6 sans issue. Quelle solution peut-on y apporter? Le premier devoir qui s'impose est de réduire l'inégalité choquante des chances de progrès qui s'offrent aux divers groupes. Pour ce faire, les gouvernements intéressés doivent d'abord mettre en place un régime fiscal plus équitable et efficace, adop- ter une législation de réforme agraire, appliquer des mesures réglementant les loyers et, avant tout, établir des programmes concrets qui visent à accroitre la productivité des petits cultiva- teurs. Il ne s'agit pas du tout de programmes et de mesures qui traînent dans les dossiers des assemblées législatives ou se per- dent dans les complexités juridiques et les cas d'exception au point d'être en définitive plus théoriques que réels. Des ré- formes réalistes s'imposent en matière de fiscalité, de répartition des terres et d'enseignement; elles doivent étre susceptibles d'une application intégrale et équitable. La condilion première d'un tel changement est la volonté de combattre les injustices de la répartition du revenu. Il est bien évident que, du point de 'ue politique, cet objectif est difficile à atteindre. Cependant, lorsque la répartition des terres, des revenus et des chances de progres se détériore au point d'engendrer le désespoir, les dirigeants politiques doivent souvent choisir entre le risque découlant de l'adoption de ré- formes sociales impopulaires, niais necessaires, et le risque d'une révolte sociale. "Trop peu, trop tard", telle est l'epitaphe la plus commune des régimes politiques qui ont perdu le mandat qui leur avait été confié a cause des revendications dle parias désespérés, privés de terres et d'emplois. Je propose que nous cessions de considérer la misère immense des pays en voie ce développe- ment comme un simple symptôme de sous-développement et que nous commencions plutot à la voir comme un mal à com- battre dans le cadre du programme global de développement de chaque nation. Si les pays en voie de développement ne s'appliquent pas eux-mêmes à résoudre ce probleme, les institutions interna- tionales et autres sources extérieures d'assistance ne pourront pas faire grand-chose pour venir en aide aux couches les plus pauvres de leurs populations, à cette fraction de 40%< des habi- 7 tants qui endurent les plus grandes privations et sont le plus désespérément dans le besoin. Cependant, si les pays en voie de développement appliquent des politiques propres à assurer une répartition plus équitable des avantages du progrès parmi leur population, ils mériteront de recevoir l'assistance dont ils auront besoin pour atteindre un taux satisfaisant de croissance globale. L'objectif d'une crois- sance annuelle de 6% du PNB,fixé dans le cadre de la Deuxième décennie du développement, a été établi dans cette perspective. Cet objectif, à mon avis, s'impose et il est à notre portée. Il exige toutefois que soit accrue l'assistance extérieure mise à la dispo- sition des pays en voie de développement, à la fois sous forme d'aide et d'échanges. IV. NECESSITE DE L'AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT En adoptant leur stratégie pour la Deuxième décennie du développement, compte tenu de l'objectif de croissance, les pays développés ont déclaré que, d'ici à 1975, l'aide extérieure à fournir sous forme d'aide publique au dévelr nement devrait atteindre 0,7% de leur PNB. Où en sommes-nous aujourd'hui par rapport à cet objectif? Un certain nombre de pays développés ont fait des efforts considérables, comme l'indique le tableau ci-joint. Cependant, à en juger d'après les indications actuelles, seuls deux d'entre eux (la Norvège et la Suède) atteindront ou dépasseront le but. Six autres (l'Australie, la Belgique, le Canada, le Danemark, la France et les Pays-Bas) en seront proches. Quatre autres aug- menteront sensiblement leur contribution tout en restant nette- ment en deçà de l'objectif (l'Autriche, le Japon, le Royaume-Uni et la Suisse). La contribution des Etats-Unis, qui représente ap- proximativement la moitié du PNB global des pays en voie de développement, diminue constamment; après avoir dépassé 0,5% du PNB dans les premières années de la décennie écoulée, elle est tombée à 0,31% en 1970 et elle semble devoir baisser encore pour s'établir aux environs de 0,24% vers 1975. je me vois obligé, par conséquent, d'en conclure que le total des ressources financières qui seront fournies aux pays en voie de développement au titre de l'aide publique au développe- 8 ment sera en moyenne de l'ordre de 0,35% du PNB des pays riches pour la première moitié de la décennie, soit la moitié seulement de l'objectif fixé pour la Deuxième décennie du développement. Cette conclusion est loin d'être satisfaisante, mais nous devons regarder la réalité en face. Non seulement rien ne nous permet d'affirmer que, d'ici à 1975, l'aide publique au dévelop- pement, exprimée en pourcentage du PNB, dépassera la moitié de l'objectif fixé mais, à moins d'un changement résolu et rapide des attitudes, il semble fort peu probable que des progrès sen- sibles se manifestent pendant la seconde moitié de la décennie. L'objectif de 0,7°0 était-il trop ambitieux? Les pays dévelop- pés connaissent-ils des problèmes économiques intérieurs tels que ce soit manquer de réalisme que de supposer qu'ils puissent contribuer dans cette mesure au développement international? Certainement pas. J'ai souligné la mauvaise répartition du revenu et des richesses que l'on peut constater à l'intérieur des pays en voie de déve- loppernent, et j'ai insisté sur le devoir qui s'impose à ces pays de concevoir leur croissance économique future de manière à remédier à ce déséquilibre. Cependant, une situation analogue caractérise la répartition des richesses et des revenus de l'en- semble du monde; il existe un déséquilibre grave entre les nations riches et les nations pauvres et, si l'on tient compte de ce fait, on aboutit inévitablement à des conclusions analogues. Durant la Première décennie du développement, le PNB glo- bal de l'ensemble du monde s'est accru de 1.100 milliards de dollars. Un tel accroissement du revenu dépasse presque toute compréhension. Il faut cependant se demander comment cet accroissement du revenu s'est réparti à travers le monde? Quatre-vingt pour cent de l'accroissement s'est produit en faveur de pays dont le revenu moyen par habitant dépasse déjà 1.000 dollars et qui ne groupent que le quart de la population mondiale. Les pays où le revenu moyen par habitant est égal ou inférieur à 200 dollars-et qui groupent cependant 60% de la population mondiale-n'ont reçu que 6% de l'accroissement. 9 Aujourd'hui, le revenu moyen par habitant s'établit approxi- mativement à 2.400 dollars dans les pays développés. Pour les pays en voie de développement, le chiffre correspondant est de 180 dollars. Vers 1980, lorsque les 25% de la population du monde qui vivent dans les pays développés auront encore une fois bénéficié de 80% de l'augmentation globale du revenu mondial, leur revenu par habitant se sera accru de quelque 1.200 dollars. Pendant ce temps-même si l'objectif de croissance fixé pour la Deuxième décennie du développement est atteint-le revenu par habitant des 75% de la population mondiale qui vivent dans les pays en voie de développement aura augmenté de moins de 100 dollars. En 1970, ie PNB global des pays développes s'est chiffré ap- proximativement à 2.000 milliards de dollars. Les projections permettent de supposer qu'à prix constants, il atteindra au minimum 3.000 milliards de dollars en 1980. Il ressort de ces chiffres que pour porter à 0,7% de leur PNB l'aide publique au développement, qui n'en représente actuelle- ment que 0,35>%, ces pays n'auront à y consacrer qu'environ 1,5% du montant des ressources supplémentaires qu'ils auront eux-memes accumulées au cours de la décennie. Les 98,5% restants de leur revenu supplémentaire leur suffi- ront pour accomplir leurs tâches nationales prioritaires. Compte tenu cie ces faits, dirons-nous sérieusement que ces pays riches ne peuvent atteindre l'objectif qu'ils se sont fixé et consacrer à l'aide publique au développement une fraction de leur PNB égale à 0,7%? On ne peut manifestement pas dire que cet effort n'est pas à leur portée. Je ne crois pas, non plus, que la profonde insuffisance de l'aide publique au développement résulte d'un manque de générosité des pays développés, ou de leur indifférence pour la justice. J'y verrais plutôt une question d'ignorance: la population de ces pays ne parvient pas à imaginer les conditions inhumaines dans lesquelles vivent des centaines de millions de personnes 10 dans les pays en voie de développement; elle ignore à quel point le revenu est mal réparti entre les pays riches et les pays pauvres, et ne sait pas davantage combien modeste est la proportion du revenu supplémentaire des nations riches clui constituerait pour les pays pauvres un moyen puissant de une croissance minimale. Certains font valoir que dans les pays riches l'assistance exté- rieure n'a pas la faveur des electeurs. le ne crois pas que tel soit vraiment le cas. Je crois plutôt que l'lec torat die la plupai t des pays doit etre mieux informe, mieux mblilisé et mieux oriente. En définitive, ce qui importe c'est 'attitude des dirigeants. En fait, si l'électorat des pays developpes ne manifeste pas a l'avenir plus d'interÎt---et si les gouvernements continuent a refléter cet état d'esprit--laile publiqIue au Leveloppement restera inêvitablement tout au long de la dcecennie a son niveau actuel, qui "st tout a fait insuffisant. Une telle situation serait tragique, en raison cde l'ampleur cie la misère qui opprime l'esprit humain clans des régions aussi étendues de notre planète. Permettez-moi d'analyser pendant un bref moment les consécuences d'un tel échec. L'insuffisance cde l'aide publique au developpement se reper- cutera principalement sur les pays les plus pauvres qlui, vraisem- blablement, ne seront pas en mesure de réaliser leur objectif de croissance. Ce sont ces pays qui ont le plus besoin de l'aide publique au développement et si celle-ci ne dépasse pas son niveau actuel, ils seront les plus gravement touchés. Cependant, méme les pays en voie de développement clui sont un peu moins défavorisés seront forcés, faute d'une aide publique suffisante, de se procurer auprès d'autres sources l'assistance financière dont ils ont besoin, et ne pourrc)it l'obtenir qu'à des conditions moins favorables, qu'il s'agisse clu taux d'intérét ou des délais de remboursement. Le recours excessif à de telles sources présente des dangers bien connus: il se traduit en effet par une augmentation sensible de la dette c court et moyen ternie en hypothéqLIuant une prool)rtion c'rois- sante des recettes d'exportation et, en cas d'une diminution soudaine de ces recettes, engendre des tensions graves au sein de l'économie, 11 V. LE PROBLEME DE LA DETTE La réalité s'impose à nous de la façon suivante: si le montant de l'aide publique au développement reste nettement en deçà de l'objectif fixé pour la décennie, le service ce la dette posera inévitablement des problèmes de plus en plus graves aux pays en voie de développement. Pour atteindre l'objectif ce croissance fixé à 6% du PNB, ils devront augmenter de plus de 7% par an le volume de leurs importations. Pour financer cet accroissement, ils devront au premier chef accroître rapidement leurs recettes d'exportation, comme je l'expliquerai dans un moment. Cependant, même si ces recettes augmentent plus rapidement que les importations, le déficit commercial, qui devra être financé par des dons et des emprunts extérieurs, s'accroîtra d'environ 7,5% par an aux prix courants. Dans ces conditions, si l'aide publique leur fait défaut, les pays en voie de développement deviont ralentir leur crois- sance, ou s'endetter au-delà d'un point raisonnable; ils pren- dront vraisemblablement les deux partis. Depuis une quinzaine d'années, la dette garantie par l'Etat s'est accrue d'environ 14% par an pour l'ensemble des pays en voie de développement. A la fin de 1971, elle dépassait 60 mil- liards de dollars et le service annuel de la dette dépassait 5 mil- liards ce dollars. Pendant la même période, le service de la dette a augmenté au même taux annuel moyen d'environ 14%, soit approxima- tivement deux fois plus rapidement que les recettes d'exporta- tion qui doivent le financer. Un tel rapport ne peut se prolonger indéfiniment. Si l'aide publique au développement se stabilise nettement en deçà de l'objectif fixé, et si elle est partiellement remplacée par des concours financiers plus coûteux, les coefficients de service de la dette s'élèveront fatalement. Sur le plan du déve- loppement, le financement de la dette représente une fonction permanente; cependant, la prudence lui impose des limites que ni les débiteurs, ni les créanciers ne doivent ignorer. VI. LE DEVELOPPEMENT DES ECHANGES 12 Pour pallier l'insuffisance de l'aide publique au développe- ment et maintenir le fardeau de leur dette à un niveau raison- nable, il est manifeste que les pays en voie de développement doivent augmenter considérablement leurs recettes d'exporta- tion. Comment y parviendront-ils? Pourront-ils même y parvenir? Ils le pourront, mais ce sera au prix de difficiles ajustements économiques, de profonds changements de politique et de b: xucoup d'ingéniosité de la part des dirigeants, dans les pays riches tout comme dans les pays pauvres. Le cadre général du problème est bien connu. En ce qui con- cerne les exportations, les pays en voie de développement peuvent se classer en trois grandes catégories: " Les pays exportateurs de pétrole. Les exportations de pétrole fournissent au monde en voie de développement le tiers de ses recettes d'exportation, et augmentent en moyenne de 10% par an. Toutefois, aussi importantes que puissent être ces recettes, ce sont six pays seulement, dont la population correspond à moins de 30/o de la population mondiale, qui en encaissent les trois quarts. Les pays, dont beaucoup ne disposent que de très faibles revenus, dont l'économie repose en grande partie sur l'exportation de produits agricoles. Les pays, dont bon nombre appartiennent au groupe des revenus moyens, qui ont la possibilité d'augmenter leurs recettes par l'exportation de produits manufacturés. En raison de la faible élasticité de la demande de produits agricoles bruts, il est peu probable que l'accroissement des exportations de produits de base-à l'exclusion du pétrole et des minerais-soit supérieur à 3 ou 4% par an. Toutefois, même lorsqu'il s'agit de pays dont l'économie dépend de l'exportation de ces produits, les pays développés peuvent prêter leur as- sistance. S'inspirant de l'Accord international du café, ces pays peu- vent en effet négocier des accords pour la stabilisation des prix du cacao et d'autres produits. Ces accords pourraient prévoir une assistance financière multilatérale. 13 Les pays riches pourraient fort bien se permettre d'ouvrir plus largement leurs marchés aux produits agricoles qu'exportent les pays en voie de développement. Le protectionnisme agricole n'a aucun sens au plan national ni au plan international, surtout si l'on considère la tendance inflationniste qui caractérise ac- tuellement les prix des denrées alimentaires dans les pays riches. Les producteurs de betterave sucrière des pays tempérés, par exemple, ont d'autres moyens de gagner leur vie; les planteurs de canne à sucre des Antilles, de l'île Maurice et de Fidji n'en ont pas-et la même remarque est valable pour bien d'autres produits. Quant aux pays mieux placés pour exporter des produits manufacLurés-et dont la population compte au total plus d'un milliard d'habitants-nous estimons que, pour atteindre l'ob- jectif que constitue un taux d'expansion de 6%, il faudrait que leurs recettes d'exportation, calculées aux prix courants, aug- mentent de près de 10% par an. Il faudrait pour cela que leurs exportations de produits manufacturés augmentent de 15% par an. Ce taux d'accroissement est-il réalisable? C'est dans le secteur des produits manufacturés que la de- mande mondiale augmente le plus vite, et les résultats obtenus dans ce secteur par les pays en voie de développement au cours de la décennie de 1968 sont impressionnants. En fait, leurs exportations de produits manufacturés ont augmenté d'environ 15% par an. Il importe que cet élan soit entretenu pendant la décennie en cours. L'avantage comparatif naturel dont jouissent les pays en voie de développement réside manifestement dans les produits manufacturés qui nécessitent une main-d'oeuvre nombreuse ou des matières premières produites sur place en abondance. C'est le cas des textiles, des vêtements, des chaussures; des huiles végétales, des conserves alimentaires; du contre-plaqué, du mobilier, des produits en verre, en plastique et en bois; des élé- ments destinés aux industries électronique et mécanique. Bien que les pays développés soient acheteurs de ces produits manufacturés, les pays en voie de développement ont eu, dans certain cas, tendance à vivre trop longtemps repliés sur eux- 14 mêmes et à pratiquer une politique orientée vers le remplace- ment des produits importés-politique qui se justifiait peut- être lors des tout premiers stades de leur croissance industrielle, mais qui aujourd'hui freine inutilement les efforts visant à pro- mouvoir les exportations. Les pays qui se trouvent dans cette situation ont le choix entre plusieurs types de mesures. lis peuvent réduire les droits de douane protectionnistes qui frappent lourdement les facteurs de production dont ils ont besoin, accorder des crédits en mon- naie nationale à des conditions plus raisonnables aux petites entreprises travaillant pour l'exportation et employant une main-d'oeuvre nombreuse, adopter et conserver des taux de change réalistes. Pour que les pays en voie de développement puissent repen- ser leur politique industrielle et intensifient leurs efforts visant à promouvoir les exportations au lieu de s'en tenir à la production d'articles précédemment importés, il faut que les pays déve- loppés procèdent à une révision non moins profonde de leurs politiques et abandonnent un protectionnisme excessif pour adopter, à l'égard des importations en provenance du tiers monde, une politique plus équitable et moins restrictive. Il est, par exemple, complètement illogique que les pays riches, après avoir aidé pendant 20 ans les pays pauvres à pro- gresser sur la voie du développement, annihilent cet effort en maintenant, à l'égard des produits manufacturés exportés par ces pays, des droits de douane plus élevés que ceux qui frap- pent les produits correspondants, en provenance de pays riches. Or, c'est précisément ce qu'ils font. Les droits de douane perçus sur les importations en provenance des pays riches et des pays pauvres sont respectivement de 7 et 12% en moyenne aux Etats-Unis, de 9 et 14% au Royaume-Uni et de 7 et 9% dans la Communauté économique européenne. L'importance des droits de douane ne constitue pas la seule mesure discriminatoire à l'égard des pays en voie de dévelop- pement. La structure de ces droits en est une autre. Ces droits augmentent en effet avec le degré de transformation. Aux Etats- Unis, les peaux brutes, traitées ou apprêtées, peuvent entrer librement, mais les droits de douane sont de 5% sur les cuirs et de 10% sur les chaussures. De même, dans la Communauté économique européenne, les droits sont de 3% sur les fèves 15 de cacao en provenance de pays non associés, mais de 18% s'il s'agit de produits résultant du traitement du cacao. L'accroisse- ment des prix qui résulte de l'imposition des droits ce douane motivés par la transformation-aussi simple soit-elle-de ces produits risque fort d'interdire aux pays en voie de développe- ment l'accès de marchés qui constitueraient pourtant les dé- bouchés normaux de leur production. Les possibilités d'exportation des pays en voie de développe- ment se voient enfin encore plus limitées par toute une série d'obstacles autres que les barrières tarifaires que les pays riches ont élevés depuis quelques années. Ces obstacles prennent la forme de contingentements, de subventions et de dispositions préférentielles diverses. L'un des éléments les plus importants de la stratégie de la Deuxième décennie du développement devrait consister, pour les pays riches, à accorder un traitement préférentiel aux pro- duits manufacturés exportés par les pays du tiers monde. Le Japon, les pays scandinaves et la Communauté économique européenne ont adopté cette politique, avec diverses limita- tions, et d'autres pays développés envisagent d'en faire autant. Il est indispensable que ce plan soit entièrement réalisé, niais il faut beaucoup plus. La conclusion de ces accords préférentiels ne permettrait aux pays en voie de développement d'augmenter que d'environ 1 milliard de dollars par an le montant de leurs exportations de produits manufacturés. Pour que ces pays puis- sent maintenir à 15% le taux annuel d'accroissement de leurs exportations de produits manufacturés, il faudra que le montant annuel de ces exportations-qui, inférieur à 2 milliards de dol- lars en 1960, est passé à 7 milliards en 1970-quadruple d'ici à 1980 et atteigne alors 28 milliards de dollars. Il est certain que cette tâche sera énorme. Il ne faut pas en conclure qu'elle est irréalisable, et certainement pas sous pré- texte qu'elle imposerait un fardeau intolérable aux pays riches. Si les pays en voie de développement parviennent à porter à 28 milliards de dollars le montant annuel de leurs exportations, cette somme ne représentera encore que 7% environ de la valeur des produits manufacturés que devront importer les pays 16 riches, et moins de 1% du PNB de ces pays. Les pays développés procèdent à des échanges massifs de produits manufacturés et en tirent tous des avantages. Les pays riches en échangent d'énormes quantités. Il n'y a aucune raison logique de supposer qu'il ne serait pas aussi avantageux-et même, du point de vue des avantages comparatifs, encore plus avantageux-pour les pays hautement industrialisés d'ouvrir plus largement leurs marchés de plus en plus vastes aux produits manufacturés provenant des pays en voie de développement. Les pays riches sont capables d'absorber des quantités énor- mes ce produits de ce genre et, en acceptant les articles nécessi- tant une main-d'oeuvre abondante, provenant des pays en voie de développement, ils pourraient se concentrer sur la procluc- tion d'articles clans lesquels réside leur véritable avantage comparatif: ceux dont la production est compliquée Ou qui nécessitent une technologie capitalistique. Les pays en voie de développement auront précisément be- soin de quantités de plus en plus grandes d'articles répondant à cette définition; ces derniers pourront trouver chez eux de vastes débouchés à condition que ces pays puissent, en échange, trouver d'assez larges débouchés pour leurs propres produits manufacturés. Cependant, il n'est pas jusCu'à ceux qui admettent qu'à long terme les pays développés auront avantage à ouvrir leurs marchés aux importations en provenance du tiers monde, qui ne soulignent les difficultés à court terme des ajustements nécessaires. La marée montante de protectionnisme résulte pour une large part des craintes qu'éprouvent ceux dont l'emploi et les investissements seront affectés. Pour atténuer les effets cie la concurrence des produits ainsi importés, les pays développés devront faire preuve de réalisme et procéder à des ajustements, qu'il s'agisse ce recyclage, de transferts ou de refinancement. Rares sont ceux qui l'ont fait jusqu'à présent. Tant que ces ajustements n'auront pas été effec- tués, la libéralisation des échanges se heurtera-à juste titre- à une vive opposition de la part de la main-d'oeuvre et du patronat. En somme, dans le domaine des échanges-aussi bien agri- coles qu'industriels-entre pays riches et pays pauvres, c'est à 17 une plus stricte adhésion au principe des avantages comparatifs que nous devons tous tendre. Les éléments nécessaires existent aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement mais, pour y parvenir, les uns et les autres doivent se résoudre à voir plus loin qu'eux-mêmes. C'est seule- ment lorsqu'un climat plus libéral entourera les échanges inter- nationaux que pourront être pleinement efficaces les efforts déployés par les organismes nationaux et internationaux d'assis- tance pour améliorer les conditions d'existence des pays du tiers monde. Vil. LA BANQUE MONDIALE C'est dans ce contexte que j'aimerais ajouter quelques mots au sujet de la Banque Mondiale. Il y a quatre ans environ, la Banque a adopté un Programme quinquennal. Pour la période allant de 1969 à 1973, notre ob- jectif général était, en gros, de doubler le montant des prêts accordés par le Groupe de la Banque par rapport à celui des cinq années précédentes; en d'autres termes, l'objectif pour- suivi était d'accorder, pendant les cinq années couvertes par le programme, des prêts dont le montant total soit proche de celui des prêts accordés par la Banque pendant ses 23 premières années d'existence. Compte tenu du programme d'activités de l'exercice en cours et des perspectives relatives à la prochaine et dernière année du Programme quinquennal et en supposant que sera ratifiée la décision relative à la Troisième reconstitution des ressources de 'IDA, il semble aujourd'hui probable qu'en réalité le total des nouveaux investissements effectués pendant la période quinquennale dépassera les 11,6 milliards de dollars initiale- ment prévus, et que le coût total des projets financés par la Banque dépassera 30 milliards de dollars. Nous nous étions fixé pour objectif de tripler le montant de nos prêts dans le secteur de l'éducation et de le quadrupler dans celui de l'agriculture. Ces objectifs sont également en bonne voie de réalisation. Un aiitre objectif que nous nous sommes fixé était de faire davantage pour aider les plus pauvres de nos pays-membres- 18 ceux où le revenu par habitant est inférieur ou égal à 100 dollars par an. Au cours de ïa période quinquennale allant de 1969 à 1973, le nombre total de projets que nous aurons financés dans ces pays sera, d'après nos estimations, de 215. A titre de com- paraison, ce chiffre avait été de 158 pour les 23 premières an- nées d'activité de la Banque, de 1946 à 1968. Alors qu'approche la fin de son Programme quinquennal, la Banque se préoccupe de ce qu'elle pourra faire utilement pour aider ses pays-membres en voie de développement au cours d'un deuxième programme quinquennal allant de 1974 à 1978. Cette période aura une influence décisive sur le succès de la Deuxième décennie du développement, et nous avons bien l'intention d'y jouer un rôle aussi productif que possible. Il est d'ores et déjà certain que le montant des prêts de la BIRD devra augmenter d'urgence, et que l'assistance offerte par l'IDA devra s'accroître considérablement pendant la période couverte par la Quatrième reconstitution de ses ressources. Nous sommes convaincus de la possibilité d'accroître dans les proportions requises l'aide fournie par 'IDA, tout comme les autres formes d'aide publique. Ce résultat serait facilité si l'on prévoyait l'établissement de relations, directes ou indirectes, entre le financement de cette aide et les émissions futures de Droits de tirage spéciaux. VIII. CONCLUSION Permettez-moi en conclusion de récapituler les principaux points de mon exposé: Il est urgent d'établir une relation entre les objectifs de l'ex- pansion nationale et ceux de programmes réalistes visant à répartir plus éqlitablement les revenus. Un climat d'expan- sion économique est nécessaire au progrès des pays en voie de développement, mais il ne garantit pas à lui seul une participation équitable aux fruits de cette expansion. Si les pays en voie de développement ne prennent pas les mesures nécessaires pour atteindre ce but, l'assistance extérieure, qu'elle revête la forme d'aide Ou d'échanges et quel que soit son montant, sera impuissante à améliorer le:, conditions d'existence des 40% de leur population qIui vivent actUellement dans le dénuement le plus abject. 19 Le chiffre de 6%, choisi comme objectif du taux d'expan- sion pendant la Deuxième décennie du développement, ne pourra être atteint si les flux d'aide publique n'atteignent pas un niveau considérable. Or, le montant actuel et projeté de l'aide publique-qui n'atteint même pas la moitié des objectifs prévus-est absolument insuffisant. Si l'aide pu- blique n'augmente pas, les pays les plus pauvres seront dans l'impossibilité d'atteindre leurs objectifs et, parmi les autres pays, nombreux seront ceux auxquels le service de la dette posera des problèmes de plus en plus graves. " Même si les flux d'aide publique atteignent comme prévu 0,7% de leur PNB, il faudra que les pays riches apportent, dans le domaine des échanges, une aide substantielle aux pays en voie de développement pour que l'expansion éco- nomique de ces derniers atteigne le niveau prévu pour la Deuxième décennie du développement. Des mesures doi- vent être prises pour développer les exportations de pro- duits agricoles des pays du tiers monde dont l'économie en dépend, et pour stabiliser les prix de ces produits. Quant aux pays qui ont la possibilité d'exporter des produits manu- facturés, les obstacles de caractère discriminatoire qui leur barrent l'accès aux marchés doivent céder la place à des dispositions préférentielles. En conclusion, s'il incombe aux dirigeants politiques des pays du tiers monde de reconnaître les inégalités qui exis- tent au sein de leurs nations et de faire le nécessaire pour y remédier, il incombe également aux pays riches-qui comptent 25% de la population de la terre, mais possèdent 80% de ses richesses--de faire dès maintenant le nécessaire pour fournir, sous forme d'aide et d'échanges, l'aide sup- plémentaire dont les pays du tiers monde ont besoin pour atteindre leurs objectifs nationaux minimaUx. Pour financer cette aide supplémentaire, il suffira d'utiliser un faible pour- centage de l'accroissement de revenus que connaîtront les pays développés pendant la décennie de 1970. D'ici à la fin de cette décennie, notre devoir est bien clair: c'est de regarder en face le problème de la misère humaine, 20 de déterminer ses dimensions, de localiser ses manifestationf, de fixer une limite en dessous de laquelle nous n'admettrons plus son existence, et de nous fixer comme objectif prioritaire un seuil de dignité et de décence humaines, réalisable au cours d'une génération. Telle est, Mesdames et Messieurs, l'idée que je me fais de la tâche du développement. Il ne nous reste plus qu'à nous y atteler. 21 Projections des flux d'aide au développement d'origine publique, exprimés en pourcentage du PNB" 1970 1971 1972 1973 1974 1975 Australie 0,59 0,58 0,59 0,59 0,59 0,60 Autriche 0,13 0,16 0,17 0,19 0,22 0,25 Belgique 0,48 0,51 0,54 0,58 0,62 0,66 Canada 0,43 0,45 0,48 0,51 0,55 0,59 Danemark 0,38 0,43 0,48 0,53 0,58 0,64 Etats-Unis 0,31 0,31 0,30 0,28 0,26 0,24 France 0,65 0,65 0,65 0,65 0,65 0,65 Italie 0,16 0,16 0,16 0,16 0,16 0,16 Japon 0,23 0,24 0,2c, 0,31 0,33 0,35 Norvège 0,33 0,36 0,47 0,56 0,66 0,72 Pays-Bas 0,63 0,64 0,64 0,64 0,65 0,68 Portugal 0,45 0,41 0,45 0,45 0,45 0,45 République fédérale d'Allemagne 0,32 0,31 0,32 0,33 0,33 0,34 Royaume-Uni 0,37 0,38 0,38 0,38 0,41 0,43 Suède 0,37 0,49 0,52 0,60 0,74 0,88 Suisse 0,14 0,16 0,22 0,26 0,30 0,32 Total CAD 0,34 0,35 0,35 0,35 0,35 0,35 'Les pays ci-dessus sont membres du Comité d'aide au développement de l'OCDE, et fournissent plus de 95",, de 'aide au de\,eloppiement d'origine publique. Les proijettions sont fondees sur les estimations de la Banque Mondiale, relatives à la croissance du PNB, sur les renseignements relatifs aux crédits ouverts au titre de l'aide et sur les déclarations des gouernements. concernant leur poli tique dans ce domaine. En raison des délais assez longs nécessaires pour modifier les montants de l'aide autorises par voie législative et pour traduire ces autorisations législatives en engagements et ultérieurement en paiements, il est possible d'éta- blir dès maintenant, avec une précision raisonnable, des projections des flux d'aide au des loppement d'origine publique ýqui par déinition représentent des pa iementsî pour 1975. 22 WORLD BANK '1818 H Street, N.W., Washington, D.C.'20433, U.S.A. Telephone number: (202) 477-1234 Cable address: INTBAFRAD WASHINGTON D.C. European Office: 66, Avenue d'I6na, 75116 Paris, France Telephone number: 723-54-21 Cable address: INTBAFRAD PARIS Tokyo Office: Kokusai Building 1-1 Marunouchi 3-chome Chiyoda-ku, Tokyo 100, Japan Telephone number: (03) 214-5001 Cable address: INTBAFRAD TOKYO
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Address to the United Nations conference on trade and development by Robert S. McNamara : Discours prononcé devant la conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement par M. Robert S. McNamara
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