ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE CONSEIL EXECUTIF Cent dix-septième session Point 4.5 de l’ordre du jour provisoire EB117/6 8 décembre 2005
VIH/SIDA Accès universel à la prévention, aux soins et au traitement Rapport du Secrétariat
1. Le VIH/SIDA reste la plus grave menace pour la santé publique dans le monde. Depuis le début de l’épidémie, il y a plus de 20 ans, 60 millions de personnes ont été contaminées et plus de 20 millions sont mortes. Le nombre des décès dus à l’épidémie augmente chaque année, près de 5 millions de nouvelles infections et plus de 3 millions de décès ayant été enregistrés au cours des 12 mois précédant le mois de décembre 2005. 2. Depuis l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies, il y a quatre ans, de la Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA, l’action mondiale s’est constamment renforcée et des ressources considérables sont désormais mises au service de la lutte contre l’épidémie. Un fonds mondial a été créé pour accroître les moyens financiers des pays en développement face au VIH/SIDA et à d’autres maladies. La Banque mondiale octroie d’importantes subventions par l’intermédiaire de son programme plurinational de lutte contre le VIH/SIDA, et des pays au revenu élevé ont sensiblement accru leur soutien bilatéral aux Etats Membres de l’OMS et aux institutions des Nations Unies. De nombreuses organisations, communautaires ou confessionnelles, philanthropiques, internationales non gouvernementales, universitaires, professionnelles ou privées, s’emploient à étendre la prévention et le traitement par la sensibilisation, l’éducation, la recherche, l’élaboration de lignes directrices et la prestation de services. 3. En décembre 2003, l’OMS et l’ONUSIDA ont lancé conjointement l’initiative « 3 millions d’ici 2005 » destinée à étendre l’accès aux traitements antirétroviraux dans les pays à revenus faible et intermédiaire à 3 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA d’ici à la fin 2005. En 2004, dans sa résolution WHA57.14, la Cinquante-Septième Assemblée mondiale de la Santé a accueilli avec satisfaction la stratégie « 3 millions d’ici 2005 » et a notamment invité les Etats Membres à prendre une série de mesures pour pouvoir assurer efficacement des services de prévention et de traitement du VIH/SIDA ainsi que de soins et d’aide aux malades dans le cadre des stratégies sanitaires nationales d’ensemble et d’appliquer un éventail de politiques et de pratiques appropriées. 4. De nombreux Etats Membres ont relevé le défi que constitue l’objectif des « 3 millions d’ici 2005 ». L’élargissement de l’accès a progressé à un rythme des plus encourageants en Afrique subsaharienne (la région la plus touchée par le VIH/SIDA) où environ 500 000 personnes étaient en traitement en juin 2005, leur nombre ayant plus que triplé en tout juste 18 mois. Des progrès sensibles ont également été enregistrés en Asie, en Europe orientale et en Asie centrale, le nombre des
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personnes en traitement ayant triplé en Asie et doublé dans les autres régions au cours des 12 mois précédant juin 2005. En Amérique latine et dans les Caraïbes, on estime qu’environ deux personnes ayant besoin d’un traitement sur trois en bénéficient désormais. Dans l’ensemble, plus de 50 pays ont doublé le nombre des personnes bénéficiant d’un traitement entre juin 2004 et juin 2005, et le total mondial des personnes en traitement est passé de 440 000 à environ un million pendant la même période. 5. L’engagement pris par les pays d’élargir l’accès au traitement s’est considérablement renforcé. Lors du lancement de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 », 3 seulement des 49 pays les plus touchés et les plus vulnérables – les pays cibles de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 » – avaient établi un plan national complet en vue de l’élargissement de l’accès aux traitements antirétroviraux. En juin 2005, 34 d’entre eux, voire davantage, étaient dotés d’un plan de traitement national, le nombre des pays cibles qui s’étaient fixé un objectif de traitement national était passé de 4 à la fin 2003 à 40 ou plus, et au moins 14 pays traitaient la moitié des personnes ayant besoin d’un traitement, conformément à l’objectif de l’initiative « 3 millions d’ici 2005 ». De nombreux pays ont déclaré que le fait d’axer leur attention sur la cible « 3 millions d’ici 2005 » les avait beaucoup aidés à mobiliser les efforts et à accélérer l’extension de l’accès au traitement. 6. Cet objectif a également joué un rôle catalyseur au niveau mondial, et il est reconnu comme un important pas en avant dans l’action mondiale à plus long terme qui permettra de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. En juillet 2005, les dirigeants des pays du G8 ont annoncé leur intention de travailler avec l’OMS, l’ONUSIDA et d’autres organisations internationales à la conception et la mise en place « d’un ensemble de services de prévention, de soins et de traitement du VIH, l’objectif étant d’approcher au maximum l’accès universel » pour ceux qui en ont besoin d’ici à 2010. En septembre 2005, les chefs d’Etat et de gouvernement qui assistaient à la séance plénière de haut niveau de la sixième session de l’Assemblée générale des Nations Unies se sont engagés à parvenir aussi près que possible de l’accès universel au traitement pour tous ceux qui en ont besoin, d’ici 2010. 7. A la lumière de ces faits, des consultations ont commencé, l’objectif étant de s’assurer que les pays bénéficient des conseils et du soutien technique nécessaires pour appliquer l’ensemble d’interventions attendues du secteur de la santé pour parvenir à l’accès universel. Le cadre qui résultera de ces consultations sera ensuite présenté aux organes directeurs. 8. Le présent rapport décrit le processus proposé par l’OMS et l’ONUSIDA pour mobiliser un engagement mondial en faveur de l’objectif qui consiste à parvenir aussi près que possible de l’accès universel aux services de prévention, de soins et de traitement du VIH/SIDA, d’ici à 2010. Il fait également le point des enseignements tirés de l’extension des programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA.
PROCESSUS 9. Le concept de l’accès universel donne des indications importantes dont on s’inspirera pour continuer d’étendre l’action complète contre le VIH/SIDA – et notamment les activités de prévention, de soins, de traitement et de soutien – pendant la période 2006-2010. L’acceptation de cet objectif aidera plus particulièrement à galvaniser et à axer les efforts sur les mesures à prendre maintenant pour surmonter les principaux obstacles, comme l’insuffisance des capacités des ressources humaines, et d’autres contraintes liées aux systèmes de santé. Pour aller vers la couverture universelle, il faut également des stratégies claires qui permettent de s’assurer que les programmes de lutte contre le
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VIH/SIDA sont durables, équitables et de bonne qualité sur le long terme, et qu’ils contribuent à la réalisation des objectifs généraux de santé et de développement. 10. Une équipe spéciale chargée d’étudier le renforcement de la coordination entre les institutions multilatérales et les donateurs internationaux dans la lutte contre le SIDA a été créée début mars 2005 pour examiner les moyens de mieux soutenir les pays. Dans son rapport final de juin 2005, l’équipe a recommandé à l’Organisation des Nations Unies de prendre des mesures pour aider les pays à utiliser ces fonds, à savoir : renforcer la coopération avec les autorités nationales de coordination de la lutte anti-SIDA pour soutenir les plans d’action nationaux anti-SIDA prioritaires ; mettre en place des équipes mixtes des Nations Unies sur le SIDA dans les pays ; créer une équipe chargée de résoudre les problèmes dont les membres représenteront les institutions du système des Nations Unies et le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme pour surmonter les obstacles à la mise en oeuvre dans les pays ; distinguer clairement entre les tâches des organisations qui parrainent l’ONUSIDA et celles du Fonds mondial ; et augmenter tout en réorientant les fonds pour l’accélération du programme de l’ONUSIDA afin d’accroître le financement du soutien technique.1 11. Depuis juin 2005, l’OMS est étroitement associée à la conception du mécanisme de financement de l’accélération du programme élargi et à l’élaboration d’un plan pour la division des tâches et le soutien technique, et elle a présidé la nouvelle équipe mondiale mixte chargée de résoudre les problèmes et de soutenir la mise en oeuvre. 12. Il est proposé d’instaurer dans les pays un processus rapide, fondé sur la participation, qui fixera les cibles particulières au pays pour les services de prévention, de traitement, de soins et de soutien à atteindre d’ici à 2010, et établira le plan d’action pour la réalisation de ces objectifs, et recensera les obstacles et les opportunités. Ce processus reposera sur le principe selon lequel le pays est partie prenante à la planification et à l’établissement des priorités, le soutien extérieur étant adapté aux priorités du pays (selon la recommandation de l’équipe spéciale mondiale). 13. Un processus réalisé à l’initiative du pays devrait s’inscrire dans le prolongement des efforts actuellement déployés pour accélérer l’action nationale de lutte contre le SIDA et le développement national dans le contexte de l’harmonisation et de l’adaptation énoncées dans « les trois principes », le Consensus de Monterrey (résultat de la Conférence internationale sur le financement du développement, Monterrey (Mexique), 2002) et la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide. Ainsi, l’établissement de cibles ambitieuses mais réalistes pour l’élargissement de l’accès d’ici à 2010 et de cadres pour la réalisation de ces cibles devrait s’appuyer sur les plans nationaux existants, tant pour le développement (par exemple des stratégies de réduction de la pauvreté) que pour la lutte contre le VIH/SIDA et leurs processus d’examen et d’actualisation. Les activités dans les pays auront absolument besoin de l’apport d’un large éventail d’acteurs concernés, et notamment des ministères, du secteur privé, d’organisations confessionnelles, de la société civile, de réseaux de personnes vivant avec le VIH/SIDA et de partenaires bilatéraux et multilatéraux. Idéalement, il faudra mobiliser les partenariats nationaux existants et procéder à des examens conjoints des plans nationaux de lutte contre le SIDA. La collecte et l’analyse suivies par les pays des données destinées aux rapports nationaux sur l’état d’avancement de la mise en oeuvre de la Déclaration d’engagement des Nations Unies sur le VIH/SIDA fourniront aussi des informations utiles pour l’établissement des objectifs et la planification en vue de la réalisation de l’accès universel.
Equipe spéciale mondiale chargée d’étudier le renforcement de la coordination entre les institutions multilatérales et les donateurs internationaux : rapport final. Genève, ONUSIDA, 2005.
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14. Le processus reposera dans une large mesure sur la capacité des groupes sous-régionaux à faciliter l’action et à recenser les obstacles communs à l’accès universel auxquels se heurtent les pays qui en font partie. Ces groupes, dans la mesure du possible, réuniront les responsables existants de la lutte contre le SIDA. 15. Un comité directeur mondial composé des représentants de plusieurs partenaires, coordonné par l’ONUSIDA, sera chargé de la mise en place de ce processus. Il recherchera des solutions au niveau mondial, examinera les activités des pays et formulera un plan d’action mondial qui sera présenté pour examen à l’Assemblée générale des Nations Unies à sa session spéciale sur le VIH/SIDA en septembre 2006. Ce plan témoignera du partage des responsabilités concernant l’extension des services de prévention, de traitement, de soins et de soutien dans les Etats Membres de l’OMS et la réalisation optimale de l’accès universel d’ici à 2010.
ENSEIGNEMENTS 16. Les mesures déployées pour atteindre la cible des « 3 millions d’ici 2005 » a permis de tirer des enseignements précieux pour la suite de l’extension des programmes de lutte contre le VIH/SIDA. Les traitements antirétroviraux peuvent être administrés de façon efficace et rationnelle dans divers lieux, et notamment dans des pays aux schémas épidémiologiques différents, les communautés touchées par une grave pénurie de ressources, les zones rurales et des systèmes de soins de santé très variés. Dans tous les cas, l’un des préalables au succès a été l’engagement des responsables politiques de haut niveau, et notamment l’allocation de ressources nationales. Une approche de la santé publique reposant sur des traitements simplifiés et normalisés et un suivi clinique permettent d’utiliser au mieux les ressources et les capacités disponibles. Les programmes couronnés de succès se sont aussi caractérisés par les efforts concertés déployés pour intégrer le traitement dans les services de santé existants – lutte antituberculeuse, santé génésique et lutte contre les toxicomanies – et utiliser au maximum l’infrastructure et les capacités existantes. 17. Les examens de la législation sanitaire nationale et de la politique en vigueur dans plusieurs domaines stratégiques ont aidé les pays à faciliter l’extension rapide des programmes et à accroître leur efficacité. Le modèle de formation des personnels soignants élaboré par l’OMS et ses partenaires – désormais appliqué dans au moins 30 pays – encourage vivement la décentralisation des sites de traitement pour les rapprocher autant que possible de la communauté et la délégation des aspects routiniers des soins aux infirmières et aux agents de santé communautaires ; on a observé que ces importants changements de politique favorisaient la justice sociale et l’utilisation optimale des ressources humaines disponibles. Dans un nombre croissant de pays, il est évident que la politique de financement de la santé peut être ajustée, afin de supprimer le paiement du traitement anti-VIH par les usagers sur le lieu de prestation. Cette mesure contribue dans une large mesure à accroître le recours au traitement et à améliorer les taux d’observance. 18. Dans la plupart des pays qui s’emploient à élargir les programmes, on relève des faiblesses critiques – et en général chroniques – dans les systèmes de soins. On constate notamment des insuffisances au plan de la gestion et de la fourniture des médicaments et des produits diagnostiques dans les systèmes existants, la faiblesse de l’infrastructure des laboratoires et les capacités limitées des ressources humaines. Tant l’expérience que la recherche opérationnelle contribuent à étayer l’élaboration et la mise en oeuvre des nouvelles politiques et des stratégies, programmes et approches qui aideront à surmonter ces difficultés et à s’assurer que l’extension des services de prévention, de soins et de traitement du VIH/SIDA contribue à renforcer l’ensemble des systèmes de santé.
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19. L’OMS a apporté un soutien en ressources humaines dans les pays pour aider à coordonner les activités avec les partenaires locaux et tenter de résoudre des questions techniques liées au traitement, aux soins et à la prévention du VIH/SIDA. 20. Il reste d’importants problèmes à régler dans de nombreux pays. Malgré l’augmentation spectaculaire des ressources mondiales disponibles pour la lutte contre le VIH/SIDA, le déficit pour la période 2005-2007 est estimé à US $18 milliards. Le prix des médicaments de première intention reste élevé dans certains pays qui n’ont pas pu négocier des rabais, et le coût des médicaments de deuxième intention est prohibitif pour de nombreux pays. Il faut accorder une attention particulière aux besoins thérapeutiques des enfants, et notamment aux nouvelles formulations pédiatriques des antirétroviraux. Le potentiel limité de production de médicaments et la pénurie d’ingrédients pharmaceutiques actifs sont de plus en plus préoccupants. Il est important d’assurer un accès équitable aux services de traitement, de soins, de prévention et de soutien pour les groupes vulnérables tels que les jeunes, les professionnels du sexe, les toxicomanes par voie intraveineuse, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes et les prisonniers. Des efforts supplémentaires doivent aussi être faits pour étendre la portée des programmes destinés à prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Il est indispensable, dans tout le secteur de la santé, d’investir davantage dans le développement des ressources humaines tandis que l’engagement accru des communautés et des services de santé du secteur privé aidera à mobiliser des ressources inexploitées pour la lutte contre le SIDA et d’autres maladies. Enfin, il est essentiel d’investir en permanence dans la recherche de nouveaux médicaments et de nouvelles technologies, comme de nouveaux antirétroviraux, des formulations pharmaceutiques simplifiées, des produits diagnostiques améliorés et des vaccins et des microbicides efficaces.
MESURES A PRENDRE PAR LE CONSEIL EXECUTIF 21. Le Conseil exécutif est invité à prendre note du rapport.
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