Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 63 (6): 983-991 (1985) t Organisation mondiale de la Sante 1985 Aspects immunologiques de la virologie* GROUPE DE TRAVAIL DE L'OMS' Le present article resume les conclusions d'un groupe de travail de l'OMS charge d'examiner les progres realises vers une meilleure comprehension des medca- nismes immunitaires (naturels ou induits par la vaccination) qui protegent l'homme des infections virales. Une attention particuliere est accordee d l'immunite' humorale, aux reponses cellulaires non specifiques et aux responses en cellules T d spOcificite virale, ainsi qu'aux interferons et aux lymphokines qui interviennent dans la retsponse immunitaire a une infection virale. La connaissance detaillee des reponses immuni- taires jouant un role dans la protection vaccinale est essentielle pour une approche rationnelle de l'elaboration des vaccins. Des recommandations sont formukees en vue des recherches concertees futures dans le domaine de l'immunovirologie, eu egard notamment aux besoins du re¢ Programme OMS pour l'e'laboration des vaccins. ANALYSE DE LA REPONSE DE L'HOTE A L'INFECTION VIRALE ou A LA VACCINATION Clones de cellules T a specificite virale Les lymphocytes T cytotoxiques (Tc), dont l'action ne peut s'exercer qu'en presence d'antigenes HLA de classe I (phenomene de «restriction»)), semblent jouer un role important dans la limitation de la croissance de certains virus chez l'hote infecte.a La plupart des progres realises dans l'etude de lignees de cellules T specifiques l'ont ete a propos de la grippe. Chez la souris et chez l'homme, les infections par le virus grippal A suscitent l'apparition de cellules Tc et de cellules mnesiques Tc (cellules <me'moire>>) qui ne font pas la distinction entre les differents serotypes du virus grippal A; cette observation peut avoir des consequences sur le plan de l'immunite, que celle-ci soit naturelle ou consecutive a la vaccination. D'autres etudes seront necessaires pour preciser le role de la reponse en cellules Tc dans l'immunite protectrice, tant pour les virus grippaux que pour d'autres. La possibilite de selectionner des clones de cellules T specifiques de tel ou tel virus et de les entretenir durablement in vitro constitue une etape importante vers la comprehension du role des diverses sous-populations de cellules T dans les infections virales et la determination de leur interet pour l'immunite. On a mis au point dans plusieurs laboratoires des clones de cellules T auxiliaires (TH) et de cellules Tc, d'origine humaine ou murine, qui sont specifiques de virus grippaux ou d'autres virus tels que l'herpesvirus. Ces clones facilitent l'etude in vivo de populations de cellules T bien definies du point de vue de leur fonction, de leur aptitude 'a liberer des mediateurs biolo- giquement actifs et de leur specificite vis-'a-vis des constituants viraux. Mais le clonage de * Cet article a ete redige a partir du rapport d'un Groupe de Travail de l'OMS sur les aspects immunologiques de la virologie, qui s'est reuni a Worcester (Massachusetts, Etats-Unis d'Amerique) du 7 au 9 mars 1984. Les demandes de tires a part doivent etre adressees au Directeur de la Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante, 1211 Geneve 27, Suisse. L'article original en anglais a ete publie dans le Bullelin de l'Organisation mondiale de la Sante, 63 (5): 813-820 (1985). La liste des membres du Groupe de Travail figure aux pages 990-991. LIN, Y. & ASKONAS, B. A. Biological properties of an influenza A virus-specific killer T-cell clone. Journal of experi- mental medicine, 154: 225 (1981). 4606 -983- 984 GROUPE DE TRAVAIL DE L'OMS cellules T souleve des problemes considerables: les clones sont laborieux a entretenir en culture, ils cessent parfois d'etre fonctionnels et, a l'occasion d'un transfert adoptif (chez la souris), ils peuvent presenter des caracteristiques migratoires anormales. Un aspect important dans ces etudes tient aux differences qui opposent l'induction des lignees de cellules T auxiliaires, qui peuvent avoir la qualite d'effecteur d'hypersensibilite retardee (DTH), et celle des cellules T cytotoxiques (qui sont egalement des effecteurs DTH). Si des antigenes viraux purifies, ne se repliquant pas, peuvent induire la prolif& ration de cellules T auxiliaires en presence de cellules presentant un antigene viral et porteuses d'antigenes HLA (classe II du complexe majeur d'histocompatibilite (CMH)), il n'en va pas de meme pour la lignee de cellules T<tueuses>> (Tc). Ces dernieres sont induites par des cellules infectees ou transformees par les constituants viraux. I1 semble donc que les conditions requises soient differentes pour l'interaction entre le virus et les molecules CMH classe I ou II et pour la reconnaissance par les cellules Tc et TH, respectivement. Dans les infections o'u les cellules Tc constituent un element important du dispositif de defense, le probleme de l'induction des cellules T a des repercussions sur les strategies vaccinales. Des travaux complementaires sont indispensables sur l'induction des cellules Tc et la reconnais- sance de l'antigene par ces cellules, ainsi que sur les interactions virus-CMH classe I, avant qu'on puisse produire des vaccins ameliores capables d'induire des cellules mnesiques Tc. Cellules tueuses spontanees et infections virales Les cellules tueuses spontanees ou cellules NK sont de grands lymphocytes granuleux capables de lyser des cellules fort diverses et possedant un role potentiel dans la limitation du developpement tumoral et de la replication virale in vivo.b Les cellules NK sont derivees de la moelle osseuse et leur maturation ne fait pas intervenir le thymus. II s'agit d'une classe distincte de lymphocytes mais faisant partie de la serie des produits de differenciation des lymphocytes T. Aux stades precoces d'une infection virale, l'activite des cellules NK est nettement intensifiee sous l'effet de l'interferon viro-induit qui assure leur activation et leur proliferation. L'interferon augmente la cinetique de la cytotoxicite des cellules NK, renforce l'expression des determinants de la surface cellulaire qui interviennent dans la liaison aux cibles et rend les cellules NK mieux aptes a se <<rearmer>> apres qu'elles ont participe A une attaque letale. Quant au mecanisme selon lequel l'interferon induit la proliferation des cellules NK, il est mal connu. Cette proliferation est attestee par le fait qu'un traitement par l'interferon donne naissance, tout comme une infection virale, a des cellules NK A l'aspect de blastes qui incorporent la thymidine. Lors d'une infection virale, on observe aussi l'augmentation du nombre de grands lymphocytes granuleux et celle du nombre de lymphocytes donnant une reaction d'immunofluorescence en presence d'anti- corps diriges contre un antigene marqueur specifique des cellules NK. Comme l'activite et le nombre de cellules NK augmentent au cours d'une infection virale, il peut en resulter une limitation des effets pathologiques de certains virus. Des souris chez qui l'activite des cellules NK est deprimee presentent une sensibilite accrue aux infections par le cytomegalovirus (CMV), par le virus de l'hepatite murine et par le virus de la vaccine, tandis qu'elles reagissent normalement au virus de la choriomeningite lymphocytaire. De meme, les souris Beige, chez qui l'activite des cellules NK est genetiquement deficiente, sont plus sensibles au CMV mais non au virus de la choriomeningite lymphocytaire. L'adminis- tration A des souris carencees en cellules NK de cellules de ce type provenant d'un clone de culture les a rendues r6sistantes au CMV. I1 est probable, d'apres ces observations, que les cellules NK jouent un role important dans l'immunite naturelle vis-a-vis du CMV. b WELSH, R. M. ET AL. Regulation and role of natural cell-mediated immunity during virus infections. In: Ennis, F. A., red., Human immunity to viruses, New York, Academic Press, 1983, pp. 21-41. ASPECTS IMMUNOLOGIQUES DE LA VIROLOGIE 985 Fondements moleculaires de l'antigenicite et de la virulence du poliovirus Des travaux recents sur le virus poliomyelitique illustrent l'interet potentiel des anticorps monoclonaux pour identifier et caracteriser les sites antigeniques d'un virus qui sont A l'origine des reponses immunitaires protectrices. La mise au point de nouveaux vaccins potentiels, fondes sur des peptides antigeniques du poliovirus et obtenus par expression genique control6e ou par synthese chimique, necessitera une connaissance precise des sites antigeniques impliques dans la neutralisation du virus. Dans des etudes recentes associant la technique des anticorps monoclonaux a celles de la recombinaison de l'ADN,c on a pu etablir qu'une sequence de 12 acides amines (situes en 89-100 par rapport A l'extremite N- terminale de la proteine capsidique virale, VP 1) constitue le principal site antigenique inter- venant dans la neutralisation du poliovirus de type 3. Chez des lapins, les anticorps neutra- lisants qui reagissent sur toute une serie de souches de poliovirus type 3 ont ete stimules par des peptides de synthese contenant des sequences existant dans ce site.d II est probable que les anticorps monoclonaux seront interessants pour mettre en evidence, chez les virus grippaux A et B, les variants antigeniques definis par la nature de leurs hemagglutinines (HINi) et resultant de la selection du virus dans les cellules de l'hote, sur ceuf ou en lignee de cellules mammaliennes; l'interet potentiel de ces observations pour l'etude des caracteristiques antigeniques des virus grippaux a ete examine par ailleurs.e R6le des midiateurs solubles dans l'immuniti antivirale Les defenses antivirales de l'hote font intervenir trois principaux mecanismes: la production d'anticorps, l'immunite specifique a mediation cellulaire-qui fait intervenir des cellules T cytotoxiques et des cellules effectrices non specifiques telles que les cellules NK capables de detruire les cellules infectees-et les macrophages, qui limitent la repli- cation et la dissemination du virus et peuvent aussi detruire des cellules! Divers mediateurs solubles assurent la regulation fonctionnelle de ces trois types de mecanisme effecteur. Par exemple, les interleukines 1 et 2 (IL-1 et IL-2) amplifient la proliferation de clones de cellules T specifiques et ont egalement un role critique dans l'induction des lymphocytes T cytotoxiques diriges contre les cellules infectees par le virus. Quant aux interferons, ils peuvent jouer un role important dans l'immunite antivirale par deux m6canismes principaux: leur capacite d'empecher la replication du virus dans de nombreuses cellules de l'organisme et leur fonction de regulation du systeme immuni- taire. Interftrons Les interferons viro-induits de type alpha ou beta ont apparemment un role important lors de la phase precoce d'une infection virale aigue. Cela ressort de la potentialisation de la replication virale chez les animaux d'experience a qui l'on administre des anticorps qui neutralisent les interferons alpha et beta. A la difference des interferons alpha et beta qui sont viro-induits, l'interferon gamma apparai^t A la suite d'une stimulation immunitaire. L'action antivirale de ce type d'interferon se manifeste soit directement, soit indirectement par l'interm6diaire d'effets immunoregulateurs. On en connait trois pour cet interferon: 1) l'induction de cellules Tc, neutralisee par l'administration d'un immunserum anti-interferon gamma; 2) l'activation c MINOR, P.D. ET AL. Nature (London), 301: 674-680 (1981). d FERGUSON, M. ET AL. Virology, 143: 505-515 (1985). ' SCHILD, G.C. ET AL. Nature (London), 303: 706 (1983). f TAMAMUTA, T. ET AL, red., Humoralfactors in host defense. New York, Academic Press, 1983. 986 GROUPE DE TRAVAIL DE L'OMS des macrophages et des cellules NK; et 3) la regulation de la production d'anticorps par les cellules B. Les cellules cibles infectees par le virus sont peut-etre mieux reconnues par les cellules Tc du fait que l'interferon gamma exerce des effets preferentiels sur la synthese et l'expression des antigenes HLA de classe I ou II. La presentation de l'antigene peut par ailleurs etre amelioree par l'interferon gamma puisque cette lymphokine augmente la secretion d'IL-l par les monocytes humains et renforce l'expression des antigenes HLA- DR a la surface de ces cellules.8 Les sequences des acides amines des interferons alpha, beta et gamma d'origine humaine sont entierement connues grace au clonage de copies d'ADNc des ARNm respectifs chez Escherichia coli. On a montre que l'interferon-gamma presente une structure sensiblement differente de celle des interferons alpha et beta qui, sur le plan de l'evolution, n'ont avec lui qu'une parente lointaine. L'interferon gamma produit par les cellules humaines est glyco- syle, plus ou moins selon les formes, et existe probablement sous des configurations multi- meres.h Bon nombre des interferons humains ont ete exprimes dans des micro-organismes porteurs des copies geniques necessaires. Les sous-types d'interferon alpha produits par E. coli semblent pratiquement identiques a leurs homologues produits par des cellules humaines. En revanche, les interferons beta et gamma ne sont pas glycosyles par E. coli, d'ofu des differences structurales par rapport a leurs homologues provenant de cellules humaines. Ces differences sont decelables au moyen d'anticorps monoclonaux. Cette absence de glucides sur les interferons beta et gamma produits par E. coli ne semble cependant pas entrainer d'alteration notable de la fonction biologique. I1 est maintenant etabli que tous les interferons induisent un etat antiviral dans les cellules homologues et modifient certaines des fonctions du systeme immunitaire, directe- ment ou indirectement. Ils peuvent aussi avoir une action cytostatique ou cytotoxique directe qui limite la croissance des cellules tumorales. Depuis peu, on sait que l'interferon gamma est un mediateur soluble libere par les cellules T qui joue un role essentiel comme facteur activant les macrophages, a cote de ses proprietes antivirales. I1 est probable que les recepteurs cellulaires aux interferons alpha et gamma sont differents, de meme que les voies antivirales activees par les trois types d'interferon alpha; ces voies peuvent avoir des elements communs de sorte que des effets antiviraux synergiques sont parfois mis en evidence in vitro.' Maintenant qu'on dispose pratiquement a volonte d'interferons humains de divers types, obtenus par clonage, on a pu entreprendre des essais cliniques importants. Ils portent principalement sur le potentiel anticancereux des interferons; cependant, plusieurs essais cliniques ont ete consacres A l'efficacite de l'interferon alpha contre les infections respiratoires provoques par le rhinovirus. L'interferon a ete administre par pulverisation nasale et on l'a constate que, a fortes doses, il permettait de prevenir les infections par le rhinovirus. Malheureusement, un tel traitement comporte des effets secondaires indesirables, enchifrenement et irritation de la muqueuse nasale par exemple. De plus, les interferons alpha et beta se sont reveles benefiques dans le traitement de l'hepatite B et de diverses infections A virus herpetoides. Utilise a titre preventif avant une greffe d'organe, l'interferon peut limiter la reactivation du cytomegalovirus chez le receveur.J On a egalement montre qu'il reduit sensiblement la dimension des verrues et des polypes benins (par exemple, le papillome larynge juvenile) provoques par les papillomavirus. 8 VIRELIZIER, J.L. ET AL. Pure interferon gamma enhances class II HLA antigens on human monocyte cell lines. Europeanjournal of immunology, 14: 106-108 (1984). h ZOOM, K.C. & WETZEL, R. Comparative structures of mammalian interferons. In: Came, P.E. & Coate, W.A., red., Interferons and their applications. Handbook of experimental pharmacology II, Heidelberg, Springer-Verlag, 1984. ' MEAGER, A. Interferons: their role in natural resistance to virus infections. In: Ennis, F.A., red., Human immunity to viruses. New York, Academic Press, 1983, pp. 43-69. i CHEESEMAN, S.H. ET AL. Controlled trial of prophylactic human leukocyte interferon in renal transplantation. Effects on cytomegalovirus and herpes simplex infections. New England journal of medicine, 300: 1345-1349 (1979). ASPECTS IMMUNOLOGIQUES DE LA VIROLOGIE 987 REPONSES IMMUNITAIRES CHEZ L'HOMME Grippe Des cellules Tc specifiques du virus grippal A sont produites chez l'homme A partir des lymphocytes du sang peripherique. Elles ont une specificite de type viral et leur action ne peut s'exercer qu'en presence d'antigenes HLA de classe I (phenomene de «restriction>>). Les etudes realisees en Angleterre au Medical Research Council, au Centre de recherche sur le coryza banal, montrent que l'excretion du virus A la suite d'une grippe provoquee est moins abondante chez les sujets dont les cellules mnesiques Tc ont une concentration elevee ou moderee. Apparemment, cet effet ne depend pas du taux d'anticorps. Ces cellules Tc a reactivite croisee semblent conferer une certaine immunite heterotypique qui pourrait constituer le principal mecanisme de defense en cas d'exposition a un virus d'un nouveau sous-type. II serait souhaitable de decouvrir des methodes qui renforcent cet aspect de l'immunite. Chez des volontaires vaccines au moyen du virus complet inactive, on a observe un accroissement de l'activite Tc inductible. Cependant, cette reponse n'est pas universelle et semble dependre du taux prevaccinal des cellules Tc mnesiques.k L'identification des constituants viraux reconnus par les cellules Tc est possible par transfection de cellules cibles par des genes viraux uniques. Cette technique a revele que l'hemagglutinine n'etait reconnue que par une sous-population de cellules Tc d'importance mineure; on ignore encore si ces cellules sont capables de reactions croisees avec tous les virus de type A. Des experiences sont en cours avec d'autres antigenes viraux en vue d'iden- tifier ceux qui sont reconnus par cette population Tc a reactivite croisee.' Virus de la dengue On a observe qu'une infection secondaire par une souche heterotypique du virus de la dengue s'accompagne plus frequemment de complications associant choc et fievre hemor- ragique. Le mecanisme de cette sensibilisation apparente secondaire a une infection ante- rieure par le virus de la dengue n'est pas clair. On sait que des quantites d'anticorps inf& rieures a la quantite requise pour assurer la neutralisation du virus peuvent renforcer l'infection dans des cellules porteuses de recepteurs pour le fragment immunoglobulinique Fc: certains voient dans ce phenomene le mecanisme de la sensibilisation. Des mononucleaires du sang peripherique (MSP) provenant de sujets depourvus d'anti- corps vis-A-vis du virus de la dengue 2 ont un effet cytolytique beaucoup plus energique sur les cellules infectees par ce meme virus. L'addition d'anticorps anti-dengue intensifie la lyse, par les MSP, des cellules infectees par le virus de la dengue. Ces resultats indiquent que la cytotoxicite mediee par les MSP peut, tout comme la cytotoxicite a mediation cellu- laire dependante des anticorps (ADCC), determiner une lyse importante des cellules infectees par le virus de la dengue. Les cellules effectrices non adherentes qui sont responsables de la lyse des cellules infectees par le virus de la dengue dans les epreuves NK et ADCC ont ete caracterisees au moyen d'anticorps monoclonaux. Les principales cellules effectrices responsables sont les fractions M l+, Leu7 ±, Leu I I +, T3 -, T4 - et T8±. Rotavirus Le progres rapide des connaissances sur l'epidemiologie, la biologie moleculaire et l'immunologie des rotavirus permet aujourd'hui d'evaluer les strategies d'elaboration des kMcMICHAEL, A.J. ET AL. Cytotoxic T-cell immunity to influenza. New Englandjournal of medicine, 309: 13-17 (1983). 1 TOWNSEND, A.R.M. ET AL. Cytotoxic T-cell recognition of the influenza nucleoprotein and haemagglutinin expressed in transfected mouse L cells. Cell (sous presse). 988 GROUPE DE TRAVAIL DE L'OMS vaccins. Le serotypage des rotavirus de l'homme et des animaux peut se faire au moyen d'epreuves de neutralisation qui mesurent la reponse en anticorps a une glycoproteine de la capside externe, produit du gene viral 8 ou 9. Une autre classification est possible par sous- groupes a l' aide de diverses preuves- titrage immuno-enzymatique, fixation du complement et hemagglutination par immuno-adherence -qui mesurent la reponse en anticorps a une proteine essentielle de la capside interne, produit du gene viral 6. Chez l'homme, la reponse en anticorps aux rotavirus n'est specifique ni du serotype, ni du sous- groupe, comme le montre l'etude de l'infection experimentale chez des adultes volontaires et de l'infection naturelle chez des enfants. Chez les volontaires, la resistance a la maladie ou a l'infection est correlee avec le taux preexistant d'anticorps neutralisants hetero- serotypiques de sorte qu'on devrait pouvoir obtenir un vaccin efficace en utilisant aussi bien des souches heteroserotypiques que des souches homoserotypiques. En cas de nouvelle exposition au virus, experimentale ou naturelle, on constate que l'infection anterieure attenue notablement la symptomatologie clinique de la reinfection, laquelle, dans la nature, fait generalement intervenir un autre serotype ou un autre sous-groupe viral."' Des etudes recentes montrent que l'acuite de la maladie est parfois moins prononcee chez les enfants nourris au sein, ce qu'il faut peut-etre attribuer a la presence dans le lait maternel d'anticorps neutralisants anti-rotavirus. Plusieurs observations cliniques montrent que le developpement d'anticorps circulants anti-rotavirus joue sans doute un role important dans le retablissement du patient. II serait interessant d'etudier le role respectif des anticorps locaux et de l'immunite cellulaire dans la protection contre les rotavirus. Les methodes actuellement utilisees pour la mise au point de vaccins font appel 1) a des souches humaines attenuqees en culture, 2) a des souches de rotavirus, humaines ou animales, obtenues par reassortissement genetique, 3) aux techniques de recombinaison de I'ADN, et 4) a des souches animales poussant en culture. Recemment, on a administre par voie orale, a des adultes et a des enfants, un rotavirus bovin vivant sans observer les symptomes habituels ni l'excretion fecale de virus; environ 7007o des 19 enfants seronegatifs au depart ont presente des reponses serologiques specifiques du serotype et du sous-groupe, tandis que 6% d'entre eux presentaient des reponses heteroserotypiques. Lors de l'exposition ulterieure aux rotavirus, du fait d'une reinfection naturelle survenue au cours des cinq mois suivants, le taux de protection vaccinale s'est eleve a 88% chez les 86 sujets vaccines, par comparaison avec 92 enfants temoins. Hepatite A On sait que le virus de l'hepatite A determine une reponse lymphocytaire dans le foie infecte. Des etudes preliminaires ont ete realisees sur la lyse de cellules infectees (BSC-1) par des mononucleaires du sang peripherique humain. La lyse a ete systematiquement plus intense dans le cas de cellules infectees que dans celui de cellules non infectees, independamment de l'etat immunitaire du donneur des MSP. D'apres les resultats de ces etudes, il semble que le lymphocyte responsable de cette lyse soit du type T3-, Leul I +. Les etudes dans ce domaine presentent de l'interet a la fois pour la comprehension de la pathogenie de l'he'patite A et pour l'evaluation des vaccins experimentaux contre cette maladie. CUKOR, G. & BLACKLOW, N.R. Human viral gastroenteritis. Microbiological reviews, 48: 157-159 (1984). n VESIKARI, T. ET AL. Protection of infants against rotavirus diarrhoea by RIT4237 attenuated bovine rotavirus strain vaccine. Lancet, 1: 977-981 (1984). ASPECTS IMMUNOLOGIQUES DE LA VIROLOGIE RESULTATS DES ETUDES CONCERTEES SUR LES EPREUVES D'ACTIVITE Tc Des experiences conjointes ont ete effectuees dans trois laboratoires afin de comparer le degre d'activite des lymphocytes T cytotoxiques specifiques du virus grippal. Les resultats obtenus dans ces laboratoires n'ont concorde que de facon moderee. En plus du probleme logistique que pose une cryoconservation prolongee, un certain nombre de facteurs expliquent sans doute les differences d'activite observees. Le protocole d'etude ne prevoyait pas la standardisation de la souche virale utilisee pour stimuler les cellules mnesiques T ni celle des serums employes pour la culture, pas plus que la normalisation des m'thodes d'evaluation en routine de l'expression des antigenes viraux dans les cellules cibles infectees par le virus. Ces divers parametres seront normalises lors de la serie suivante d'epreuves, actuellement en cours. II sera souhaitable de se procurer un nombre suffisant de leucocytes peripheriques humains cryoconserves, de classe HLA bien definie, et a) presentant un taux eleve de Tc mnesiques specifiques de la grippe ou b) provenant d'un donneur dont les lymphocytes n'ont apparemment pas la memoire du virus grippal. Ces cellules serviraient d'element de reference lors de la serie suivante d'epreuves, actuellement en cours. Par ailleurs, des etudes concertees se sont deroulees dans quatre laboratoires en vue de doser l'interferon dans le surnageant de cellules stimulees par le virus grippal. En general, une bonne concordance a ete constatee dans les resultats des etudes biologiques, exprimes en unites internationales. De plus, un nouveau titrage radio-immunologique permet de doser specifiquement les interferons alpha et gamma contenus dans le surnageant. Cette epreuve presente a priori un vif interet pour l'identification et le dosage des interferons produits par les cellules viro-infectees puisqu'on sait que ces cellules produisent de l'interferon alpha et, dans le cas du virus grippal, de l'interferon gamma. Jusqu'ici, les epreuves biologiques et l'analyse des liquides apres traitement acide permettaient difficile- ment de doser exactement les divers types d'interferon contenus dans ces cultures stimulees par un virus. II serait interessant, lors des etudes concertees futures, de faire appel a cette methode de titrage radio-immunologique pour determiner si les interferons alpha et gamma ont des effets biologiques synergiques, comme semblent l'indiquer les etudes pre- liminaires. Si tel etait le cas, il en decoulerait des consequences du point de vue de la reponse de l'hote infecte puisque la presence simultanee d'interferon alpha et d'interferon gamma -qui est a l'origine de cette synergie -est fort possible dans les premiers temps du retablissement. RECOMMANDATIONS ET CONCLUSIONS 1. I1 importe de developper les etudes sur les divers aspects de la reponse immunitaire de l'homme aux antigenes viraux, en mettant l'accent sur l'identification des reponses qui contribuent a l'immunite protectrice ou qui se manifestent par des effets immuno- pathologiques. Les travaux dans ce domaine devraient fournir des resultats importants pour le Programme OMS pour l'elaboration des vaccins et d'autres programmes interes- sant la lutte contre les maladies virales. 2. Des etudes sont necessaires sur le role que jouent, dans l'immunite antivirale, les anticorps circulants et cellulaires, les fonctions regulatrices et effectrices et les mediateurs solubles intervenant dans ces diverses reponses. 3. I1 convient de poursuivre des etudes conjointes en vue de normaliser les methodes appliquees A l'analyse des reponses immunitaires. La grippe semble constituer un modele approprie pour les etudes visant a normaliser les epreuves sur l'activite Tc A specificite virale, l'induction de l'activite NK et la stimulation des interferons alpha et gamma. 989 GROUPE DE TRAVAIL DE L'OMS 4. Afin d'ameliorer la comparabilite des epreuves portant sur les cellules Tc, il faudrait se procurer un nombre suffisant de lymphocytes cryoconserves provenant de deux donneurs, dont l'un seulement serait porteur de cellules T dotees de cette capacite de reponse; ces cellules serviraient de reactifs de reference lors des etudes concertees futures. Les laboratoires collaborateurs se verraient distribuer une preparation etalon de virus pour l'infection des cellules cibles, du serum pour la culture des lymphocytes et une preparation appropriee d'anticorps antigrippaux pour la mesure de l'efficacite de l'infection des cellules cibles au moyen d'epreuves d'immunofluorescence specifiques de la grippe. 5. Il faudra mettre au point des reactifs etalons, notamment des anticorps specifiques, pour le titrage et la caracterisation des interferons alpha et gamma humains et murins et des autres mediateurs solubles de la reponse immunitaire (cytokines). Ces divers elements sont indispensables pour caracteriser les interferons et autres cytokines produits par des cellules humaines ou murines stimulees par un virus, pour evaluer la fonction regulatrice de ces cytokines dans les reponses immunitaires, par exemple la production de cellules Tc, et pour determiner leur contribution a la reponse immunitaire antivirale de l'hote. La colla- boration internationale jouera un role important dans le developpement de ces reactifs. * * LISTE DES PARTICIPANTS B.A. Askonas, MRC National Institute for Medical Research, Mill Hill, Londres, Angleterre Neil R. Blacklow, Department of Medicine, University of Massachusetts Medical Center, Worcester, MA, Etats-Unis d'Amerique Francis A. Ennis, Department of Medicine, University of Massachusetts Medical Center, Worcester, MA, Etats-Unis d'Amerique (Pr0sident) Bernard N. Fields, Department of Microbiology and Molecular Genetics, Harvard Medical School, Boston, MA, Etats-Unis d'Amerique Frances Gotch, Nuffield Department of Clinical Medicine, John Radcliffe Hospital, Oxford, Angleterre C.J. Lucas, Laboratoire central du Centre de transfusion sanguine de la Croix-Rouge des Pays-Bas, Amsterdam, Pays-Bas Ichiro Kurane, Departement de Microbiologie, Universite Tohoku, Sendai, Japon (Visiting Scientist a l'University of Massachusetts Medical Center) A.J. McMichael, Nuffield Department of Clinical Medicine, John Radcliffe Hospital, Oxford, Angleterre Anthony Meager, Division of Viral Products, National Institute for Biological Standards and Control, Hampstead, Londres, Angleterre Gary Noble, Centers for Disease Control, Atlanta, GA, Etats-Unis d'Amerique R. Petrov, Institut d'immunologie, Moscou, URSS Gerald V. Quinnan, Division of Virology, Food and Drug Administration, Bethesda, MD, Etats-Unis d'Amerique Ellis Reinherz, Dana Farber Career Center, Harvard Medical School, Boston, MA, Etats- Unis d'Amerique G.C. Schild, National Institute for Biological Standards and Control, Hampstead, Londres, Angleterre 990 ASPECTS IMMUNOLOGIQUES DE LA VIROLOGIE 991 John L. Sullivan, Department of Pediatrics, University of Massachusetts Medical Center, Worcester, MA, Etats-Unis d'Amerique Jean-Louis Virelizier, Hopital des Enfants-Malades, Paris, France Raymond M. Welsh, Department of Pathology, University of Massachusetts Medical Center, Worcester, MA, Etats-Unis d'Amerique Secretariat du Siege de l'OMS, Geneve, Suisse F. Assaad, Division des Maladies transmissibles T. Bektimirov, Maladies a virus
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Aspects immunologiques de la virologie
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