WORLD HEALTH ORGANIZATION
ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE
REGIONAL OFFICE FOR THE WESTERN PACIFIC BUREAU REGIONAL DU PACIFIQUE OCCIDENTAL
COMITE REGIONAL Cinquante et unième session Manille 18–22 septembre 2000 Point 16 de l'ordre du jour provisoire
WPR/RC51/10 11 août 2000 ORIGINAL : ANGLAIS
TABLE RONDE MINISTERIELLE : SANTE ET PAUVRETE
Le sujet de la table ronde ministérielle est “Santé et pauvreté”. Le but du présent document est de porter à la connaissance des participants certains des principaux problèmes liés à la pauvreté et à la santé.
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1. INTRODUCTION
Un milliard trois cent mille personnes environ (soit 20 % de la population mondiale) vivent dans la pauvreté absolue, avec un revenu inférieur à US$ 1 par jour. Ces personnes n'ont pas pu bénéficier des fruits du développement économique et des progrès réalisés au cours du XXe siècle dans le domaine de la santé humaine. Sous bien des rapports, l'action de l'OMS est déjà favorable aux pauvres, qu'il s'agisse, entre autres, de l'initiative Faire reculer le paludisme, du traitement de brève durée sous surveillance directe (DOTS) pour combattre la tuberculose, ou encore de la mise en application de politiques sur les médicaments essentiels. La défense de l'équité est, depuis plus de vingt ans, la pierre d'achoppement de l'approche de la santé pour tous. Pourtant, l'OMS met encore davantage l'accent sur les problèmes de pauvreté et de santé, envisageant la santé comme le moyen de combattre la pauvreté absolue. Parallèlement, la communauté internationale pour le développement a commencé à faire de la réduction de la pauvreté sa toute première priorité. De plus en plus, la santé est considérée comme l'atout décisif des pauvres. Dans ce contexte, protection et amélioration de la santé sont reconnues comme les principaux axes pour l'éradication de la pauvreté et le développement humain. Des pas en avant ont été effectués récemment, parmi lesquels : Le but final de développement international, fixé lors du Sommet mondial pour le développement social qui s'est tenu à Copenhague en 1995, était de réduire de moitié, avant 2015, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue. Une série d'objectifs concrets permettant d'atteindre ce but furent définis, la plupart axés sur la santé, y compris la santé maternelle et infantile, la santé génésique et l'accès aux soins de santé primaires. Au cours de la session extraordinaire de suivi de l'Assemblée générale des Nations Unies qui vient de s'achever (il était convenu de faire un bilan en juin 2000 à Genève, cinq ans après le Sommet mondial) les participants ont souligné le rôle pivot de la santé dans le développement. L'engagement 6 du document définitif reconnaît qu'un accès universel et équitable à des services de santé de haute qualité est essentiel pour réduire la pauvreté et recommande un certain nombre de mesures pour y parvenir. D'autres organisations reconnaissent également la réduction de la pauvreté comme un objectif
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crucial. Le rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde, pour l'année 2000, met l'accent sur la pauvreté. Dans le cadre de leurs stratégies pour la réduction de la pauvreté, la Banque mondiale et le FMI demandent aux pays d'exposer leur stratégie de réduction de la pauvreté dans des rapports, en vue d'obtenir l'attribution d'un soutien financier et technique. La Banque asiatique de Développement vient de se fixer comme objectif premier la réduction de la pauvreté. Parmi les dernières initiatives de l'OMS : – En mai 1999, une réunion sur le thème Opportunité pour la santé dans le monde : Développer la santé, Réduire la pauvreté ("la réunion de Londres"), organisée à l'initiative de l'OMS et accueillie dans les locaux du Ministère britannique pour le Développement international (DFID) a rassemblé des ministres et des hauts fonctionnaires pour discuter de la façon d'investir pour développer les acquis en matière de santé. Au cours d'une réunion de suivi sur le thème "Santé et pauvreté" (Partnership in Health and Poverty: Towards a Common Agenda), tenue à Genève en juin 2000, les participants convinrent de prendre des mesures pour : examiner les conditions sanitaires qui créent et perpétuent la pauvreté ; rendre les systèmes sanitaires plus sensibles aux besoins des pauvres ; intégrer les problèmes de santé plus directement dans les stratégies de réduction de la pauvreté ; et mobiliser des ressources supplémentaires pour garantir les résultats de ces mesures. – Le Siège de l'OMS a mis en place un groupe spécial de travail sur la Santé et la réduction de la pauvreté. – Une étude sur le sujet "Pauvreté et santé" présentée sous forme de questions-réponses a été examinée lors de la 105ème session du Conseil exécutif, en janvier 2000.
2. SANTE ET PAUVRETE
Liens entre pauvreté et santé
La forte corrélation entre pauvreté et problèmes de santé est connue. Ainsi, les personnes vivant dans une pauvreté absolue ont cinq fois plus de risques de mourir avant l'âge de 5 ans et deux fois et demi plus de risques de mourir entre 15 et 59 ans que celles appartenant à des groupes à revenus
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plus élevés. Le VIH/SIDA, le paludisme, la tuberculose, les maladies diarrhéiques, la malnutrition et la mortalité maternelle frappent les pauvres de façon disproportionnée, les plongeant souvent dans le dénuement. De la même façon, les effets positifs sur la santé de l'accroissement des revenus par habitant sont parfaitement démontrés dans les ouvrages traitant du développement. Un revenu supérieur, on le sait, donne plus largement accès aux biens et services favorisant la santé - meilleure nutrition, accès à une eau saine et aux réseaux d'assainissement et accès à des services de santé de qualité. Récemment, démonstration a été faite qu'une bonne santé peut également avoir un impact bénéfique sur les revenus domestiques et sur la croissance économique d'un pays. Les chercheurs suggèrent que l'état de santé, mesuré en termes d'espérance de vie, est un indicateur important de prévision de la croissance économique. On estime qu'un allongement de cinq années de l'espérance de vie peut améliorer le taux de croissance économique de 0,3 à 0,5 % par an. Des populations en meilleure santé tendent à donner une productivité accrue de main d'œ uvre, leurs capacités mentales et physiques étant plus développées. Elles sont également plus fortement incitées à investir dans leur capital humain (éducation et compétences) et dans leur capital physique (épargne et investissements). économique. L'importance de ces découvertes est claire : passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux impose des investissements visant à améliorer et à protéger la santé des pauvres. Inversement, une charge de maladie plus lourde peut entraver la croissance
3. POINTS A DEBATTRE
Lorsqu'ils examineront la relation entre santé et pauvreté, les participants de la table ronde ministérielle souhaiteront peut-être étudier les enjeux spécifiques à la Région et certains des choix politiques permettant d'y répondre. Enjeux politiques Le total des dépenses de santé engagées par les gouvernements est trop faible dans un grand nombre de pays en développement.
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A l'intérieur des pays, la distribution est souvent fortement déséquilibrée, en faveur des nantis. Ainsi, par exemple, la plupart des personnels de santé se trouve dans les zones urbaines, alors que la majorité des démunis vit dans les zones rurales. Les crédits alloués favorisent les services de soins curatifs dispensés dans les hôpitaux alors que les pauvres ont besoin de soins de santé primaires accessibles et abordables. Dans la pratique, les prestations de services sont souvent profondément "anti-pauvres". On met rarement l'accent sur les facteurs de risque qui sont la cause première du mauvais état de santé des pauvres. Le coût des services est souvent inabordable pour les personnes démunies. En outre, elles peuvent difficilement supporter le manque à gagner - perte de temps et d'argent qui résulte de la prestation de services. Des études indiquent que dans de nombreux centres de santé, il arrive que les pauvres soient traités avec moins de dignité et de respect que les autres. Dans le secteur privé également, les interventions sont "anti-pauvres". Dans la plupart des pays en développement, le secteur privé occupe une place croissante dans les soins de santé. Pourtant, le secteur public est nécessaire pour garantir un accès universel aux soins lorsque les réseaux appropriés de protection sociale n'ont pas été mis en place. Choix politiques Si l'on veut réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre de personnes en situation d'extrême pauvreté, la mise en œ uvre de politiques et de systèmes de santé doit être plus efficace pour parvenir à une plus grande égalité dans les résultats obtenus en matière de la santé et de plus grande équité dans le financement des dépenses de santé, entre les riches et les pauvres. Les mesures ci-dessous
permettraient aux décideurs et aux responsables des choix politiques en matière de santé d'y parvenir : Réorienter les ressources en faveur de méthodes permettant, avec un meilleur rapport coût efficacité, la prévention et le traitement des maladies et affections qui frappent les pauvres de façon disproportionnée. Ces interventions en faveur des pauvres comprennent le Programme élargi de vaccination, la Prise en charge intégrée des maladies de l'enfant, la Prise en charge intégrée de la grossesse et de l'accouchement et les interventions spécifiques de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme. Cibler les groupes démunis et vulnérables en orientant les fonds, le personnel et les approvisionnements vers les zones où les pauvres vivent, travaillent et étudient. Assurer un financement des dépenses de santé plus équitable en concevant des systèmes évitant
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aux pauvres de régler les prestations sur place, particulièrement pendant leur maladie, comme : – augmenter le niveau des règlements anticipés des soins de santé par un système d'imposition général, des contributions obligatoires à une assurance maladie ou par des initiatives volontaires ; – subventionner les pauvres et les groupes à revenus plus faibles en veillant à ce que les riches ne puissent pas choisir d'interrompre leur contribution aux fonds communs alimentant les soins de santé de base. Veiller à harmoniser les fonctions clés du système de santé (collecter et mettre en commun des fonds, achats de services et prestations de soins de santé) pour atteindre les objectifs globaux du système de santé : – en surveillant tous les composants du système de santé, qu'ils soient publics ou privés. Cela implique un changement fondamental dans les modes d'action des ministères de la santé qui, de la prestation directe de tous les services de santé, évolueront vers une vision plus globale, des actions de sensibilisation, des achats stratégiques, la mise en place de règles de financement et de prestations à l'intention de tous les soignants et l'évaluation de l'efficacité de l'ensemble. – en faisant pression sur les organismes de financement, particulièrement les ministères des finances, pour protéger les allocations budgétaires attribuées aux services de santé essentiels en accentuant la relation positive entre les investissements dans le secteur de la santé et la réduction de la pauvreté. – en engageant des actions croisées de sensibilisation d'un secteur à l'autre, pour influencer la politique sur des critères déterminants plus larges de santé des pauvres. A titre d'exemple, le ministère de la santé peut oeuvrer en faveur d'une meilleure nutrition en participant à des débats politiques sur l'accès à la terre, les primes à la mise en culture et autres problèmes agricoles. De la même façon, les ministères de la santé peuvent soutenir les efforts visant à promouvoir l'éducation des filles ou une meilleure répartition des revenus car il est clair qu'il existe un lien étroit entre ces efforts et l'amélioration des résultats escomptés dans le domaine de la santé.
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3. CONDUITE DE LA TABLE RONDE MINISTERIELLE
Objectifs de cette table ronde : sensibiliser les décideurs et les responsables de choix politiques en matière de santé dans la Région, aux liens entre pauvreté et santé, aux enjeux politiques actuels liés à la pauvreté et à la santé et aux différents choix possibles permettant de promouvoir dans la Région des politiques de santé en faveur des pauvres ; encourager le partage des expériences et l'échange d'opinions sur ces problèmes, en s'appuyant sur la situation actuelle dans les pays de la Région ; identifier, en termes généraux, le rôle de l'OMS dans ce domaine. Les ministres participant à la session ou leurs représentants, pourront prendre part aux débats de la table ronde et chaque Etat membre est invité à nommer un représentant. Cette table ronde devrait durer environ deux heures. Un président de séance exposera les sujets et soulèvera les questions à débattre. La parole sera ensuite donnée aux participants qui discuteront et échangeront les expériences de leur propre pays.