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Rejets chimiques causés par des phénomènes et catastrophes naturels : informations pour les autorités de santé publique

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REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES ET CATASTROPHES NATURELS INFORMATIONS POUR LES AUTORITÉS DE SANTÉ PUBLIQUE

REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES ET CATASTROPHES NATURELS INFORMATIONS POUR LES AUTORITÉS DE SANTÉ PUBLIQUE Rejets chimiques causés par des phénomènes et catastrophes naturels - Informations pour les autorités de santé publique [Chemical releases caused by natural hazard events and disasters – information for public health authorities] ISBN 978-92-4-251339-4 © Organisation mondiale de la Santé 2019 Certains droits réservés. La présente publication est disponible sous la licence Creative Commons Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 3.0 IGO (CC BY-NC-SA 3.0 IGO ; https://creativecommons.org/licenses/by- nc-sa/3.0/igo). Aux termes de cette licence, vous pouvez copier, distribuer et adapter l’œuvre à des fins non commerciales, pour autant que l’œuvre soit citée de manière appropriée, comme il est indiqué ci-dessous. 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Rejets chimiques causés par des phénomènes et catastrophes naturels - Informations pour les autorités de santé publique [Chemical releases caused by natural hazard events and disasters – information for public health authorities]. Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2019. Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO. Catalogage à la source. Disponible à l'adresse http://apps.who.int/iris. Ventes, droits et licences. Pour acheter les publications de l'OMS, voir http://apps.who.int/bookorders. Pour soumettre une demande en vue d’un usage commercial ou une demande concernant les droits et licences, voir http://www.who.int/about/ licensing. Matériel attribué à des tiers. Si vous souhaitez réutiliser du matériel figurant dans la présente œuvre qui est attribué à un tiers, tel que des tableaux, figures ou images, il vous appartient de déterminer si une permission doit être obtenue pour un tel usage et d’obtenir cette permission du titulaire du droit d’auteur. 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Rôle du secteur de la santé dans la gestion des risques d'accidents chimiques provoqués par des phénomènes naturels 4 5.1 Rôle du secteur de la santé dans la prévention 4 5.2 Rôle du secteur de la santé dans la préparation 6 5.3 Rôle du secteur de la santé dans l'intervention 8 5.4 Rôle du secteur de la santé dans le rétablissement de la situation 10 6. Conclusions 11 Références 12 Annexe A - Rejets chimiques associés à des séismes 16 Qu'est-ce qu'un séisme ? 16 Facteurs de risque de rejet chimique 16 Mécanismes de rejet chimique 17 Effets potentiels sur la santé humaine 17 Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation 18 Références 21 Annexe B – Rejets chimiques associés à des inondations 23 Qu'est-ce qu'une inondation ? 23 Facteurs de risque de rejet chimique 23 Mécanismes de rejet chimique 23 Effets potentiels sur la santé humaine 24 Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation 25 Références 28 Annexe C – Rejets chimiques associés à des cyclones 30 Qu'est-ce qu'un cyclone ? 30 Facteurs de risque de rejet chimique 30 Mécanismes de rejet chimique 31 Effets potentiels sur la santé humaine 31 Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation 32 Références 35 Annexe D – Sources d'informations complémentaires 37 Annexe E – Exemples d'avertissements pouvant figurer sur les étiquettes des contenants de produits chimiques 40 Iv Les consultants suivants ont contribué à la préparation du présent document : Rebecca Cremades, Raoul Iraheta, Jessica Jarvis, Bernice Schaddelee-Scholten, Cindy Tsao et Saskia Wehrli. L'encadrement général a été assuré par Joanna Tempowski, du Département Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Genève, Suisse. Au sein de l'OMS, le document préliminaire a été examiné par : Jonathan Abrahams, Département Préparation des pays aux situations d'urgence sanitaire et RSI, Genève, Suisse ; Magaran Bagayoko, Unité Maladies transmissibles, Bureau régional OMS de l'Afrique, Brazzaville, Congo ; Ana Boischio, Bureau régional OMS des Amériques, Washington, États- Unis d'Amérique ; Mohamed Elmi, Centre régional de la Méditerranée orientale pour les activités relatives à la salubrité de l'environnement, Amman, Jordanie ; Oyuntogos Lkhasuren, Bureau de pays, Vientiane, République démocratique populaire lao ; et Irina Zastenskaya, Centre européen de l'environnement et de la santé de l'OMS, Bonn, Allemagne. REMERCIEMENTS Nous tenons à remercier les réviseurs externes suivants pour leurs commentaires détaillés : Elisabeth Krausmann, Centre commun de recherche de la Commission européenne, Ispra, Italie ; Džejna Milakovic-Ramadani, ministère de la Santé et des Affaires sociales de la République de Srpska, Banja Luka, Bosnie-Herzégovine ; Virginia Murray, Public Health England, Londres, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord ; et Emilia Wahlstrom, Section environnement et préparation aux situations d'urgence (Programme des Nations Unies pour l'environnement / Bureau de la coordination des affaires humanitaires), Genève, Suisse. Photo de couverture : séisme de Wenchuan, en Chine, avec l'aimable autorisation d'E. Krausmann. ´ REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES 1INTRODUCTION 1. INTRODUCTION Les catastrophes résultant d'aléas naturels comme les séismes, les ouragans, les tsunamis et les inondations sont de plus en plus importantes par leur intensité, leur fréquence et leur impact, notamment à cause du changement climatique (1, 2). Elles peuvent entraîner de fortes perturbations de l'environnement et des infrastructures ainsi que d'importantes pertes économiques. Les catastrophes peuvent affecter directement la santé humaine avec des blessures, des décès et des flambées épidémiques, et avoir des effets à plus long terme dus à des maladies non transmissibles, des morbidités psychiatriques et des handicaps. Les dégâts subis par les établissements de soins et les perturbations des services de santé réduisent souvent la capacité du secteur sanitaire à répondre à ces effets (3). Un phénomène naturel peut être à l'origine d'un rejet chimique. Lorsque ce rejet résulte d'un accident technologique, on parle de phénomène « Natech » (naturel-technologique). Les phénomènes Natech peuvent aggraver les conséquences d'une catastrophe naturelle sur l'environnement et sur la santé humaine à cause du rejet de matières dangereuses, d'incendies et d'explosions (4–6). Les gestionnaires de risques s'intéressent depuis relativement peu de temps aux causes et aux conséquences des phénomènes Natech. On a observé que, même lorsqu'il existe des mesures de prévention et de préparation et des plans d'intervention et de rétablissement pour faire face aux risques technologiques ou naturels, ceux-ci sont rarement intégrés (4). En outre, il manque des méthodes et des outils pour analyser et répertorier les risques Natech (4). Dans les zones exposées aux catastrophes naturelles, il est donc important d'élaborer des plans qui prévoient la possibilité de faire face dans le même temps aux catastrophes naturelles et aux catastrophes technologiques secondaires. 2. OBJET, PORTÉE ET STRUCTURE DU DOCUMENT Le présent document entend fournir de brèves informations aux planificateurs du secteur de la santé et aux autorités de santé publique qui souhaitent en savoir plus sur les rejets chimiques causés par des phénomènes naturels. Si ce document s'intéresse essentiellement aux phénomènes Natech, il donne également des informations sur d'autres sources de rejets chimiques consécutifs à un phénomène naturel. Il décrit en outre les difficultés particulières associées aux phénomènes Natech. Il donne ensuite un aperçu du rôle et des activités du secteur de la santé à toutes les étapes du cycle de gestion des risques. Des annexes spécifiques aux différents risques (annexes A à C) décrivent les mécanismes des rejets chimiques causés par des séismes, des inondations et des cyclones ainsi que leurs effets sur la santé, et donnent de brèves informations sur les activités d'intervention. Ces annexes sont conçues comme des documents indépendants ; certaines informations sont donc répétées. Les deux dernières annexes présentent d'autres ressources utiles dans ce domaine et donnent des informations sur les pictogrammes de danger. Un phénomène naturel peut également entraîner le rejet de substances radioactives, par exemple suite à un séisme ou une inondation provoquant des dégâts dans une centrale nucléaire. Si ce type de rejet n'est pas abordé dans le présent document, des principes similaires s'appliquent en matière de prévention, de préparation et d'intervention. 3. CADRE POLITIQUE En vue de réduire les pertes sociales, économiques, environnementales et sanitaires occasionnées par des catastrophes, les gouvernements ont adopté le Cadre d'action de Hyogo pour 2005–2015 (7), qui décrivait le travail à entreprendre par différents secteurs et acteurs afin de réduire les pertes dues aux catastrophes. Il a été suivi du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015–2030 (1), qui s'intéresse davantage à la gestion des risques qu'à la gestion des catastrophes. Le Cadre de Sendai présente un vaste champ d'application et englobe les risques de catastrophe de tout type et de toute ampleur, grande ou petite, fréquente ou rare, naturelle ou d'origine humaine. Il met notamment en avant la nécessité d'adopter une approche unifiée, tous risques et multisectorielle de la gestion des risques de catastrophe et, de là, aborde directement les problèmes posés par les phénomènes Natech. Le Cadre de Sendai accorde une place importante à la santé ; il souligne la nécessité d'avoir des systèmes de santé résilients et d'intégrer la gestion des risques de catastrophe à tous les niveaux de la prestation de soins. Cette nécessité est également reflétée dans une résolution récente de l'Assemblée mondiale de la Santé, qui appelle les États membres à renforcer les programmes de gestion des urgences sanitaires tous risques et de gestion des risques de catastrophe et à les intégrer aux plans sanitaires nationaux ou infranationaux. Les États membres sont également invités à faciliter l'accès des organismes compétents aux informations sur les types 2 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES et quantités de matières dangereuses stockées, utilisées ou transportées afin de permettre une gestion efficace des urgences sanitaires et des risques de catastrophe (8). Le Règlement sanitaire international (2005) donne d'autres indications aux pays concernant les capacités de détection, d'évaluation et de réponse aux problèmes de santé publique causés par tout type de risques (9). 4. QU'EST-CE QU'UN PHÉNOMÈNE NATECH ? Comme indiqué ci-dessus, un phénomène Natech est un accident technologique provoqué par un aléa naturel. Il peut s'agir d'une inondation, d'un séisme, de la foudre, d'un cyclone ou de températures extrêmes (10, 11). Un accident technologique peut provoquer des dégâts sur des installations chimiques fixes, des gazoducs et des oléoducs, des sites de stockage, des réseaux de voiries, des décharges et des mines, et entraîner des rejets de substances chimiques en provenance de ces infrastructures. Le tableau 1 présente plusieurs exemples. On ne connaît pas bien la fréquence de ces phénomènes, mais l'analyse de plusieurs bases de données d'accidents chimiques a révélé que 2 à 5% des accidents entraînant un rejet de substances dangereuses étaient dus à des phénomènes naturels. Ces chiffres sont certainement sous-estimés, en raison du faible taux de signalement des accidents ayant peu de conséquences (17, 18). Il est probable que le risque et l'impact des phénomènes Natech augmentent, à cause de l'industrialisation et de l'urbanisation croissantes, associées à la multiplication des phénomènes hydrométéorologiques qui devrait se produire du fait du changement climatique (13, 18). Une base de données répertoriant les phénomènes Natech est consultable à l'adresse http://enatech.jrc.ec.europa.eu/Home. 4.1 DIFFICULTÉS ASSOCIÉES À LA GESTION DES PHÉNOMÈNES NATECH Le fait que des sites industriels ou de stockage de produits chimiques soient situés dans des zones à risque augmente la probabilité de survenue de phénomènes Natech. Les phénomènes Natech sont potentiellement plus dangereux que les accidents chimiques qui surviennent durant le fonctionnement normal d'un site, pour plusieurs raisons. D'abord, les phénomènes naturels peuvent couvrir une vaste zone géographique et affecter plusieurs sites chimiques en même temps. Même un seul site peut être victime simultanément de plusieurs dommages, pannes et rejets chimiques ; de plus, les mécanismes de sécurité destinés à prévenir les rejets chimiques ou à en atténuer les conséquences peuvent être eux aussi endommagés (4). Ensuite, la capacité des autorités et des services locaux à remédier à un rejet chimique est souvent fortement limitée par les autres conséquences du phénomène naturel, comme des routes bloquées, abîmées ou inondées et une demande massive de services de secours. Le rejet chimique peut lui- même empêcher ou gêner les opérations de secours à cause des risques supplémentaires qu'il pose pour le personnel d'intervention d'urgence. L'exemple du séisme de Kocaeli, en Turquie (voir l'annexe A, encadré A1), montre comment un aléa naturel peut entraîner un rejet chimique et comment un phénomène Natech peut affecter l'intervention d'urgence suite à une catastrophe naturelle. Ce séisme a donné lieu au rejet d'acrylonitrile hautement toxique, mais a également réduit la capacité d'intervention, puisque les réseaux de communication se sont trouvés bloqués et les routes inaccessibles (19, 20). Les enseignements tirés de ce séisme et d'autres phénomènes Natech font ressortir la nécessité de réguler et planifier ces événements afin de minimiser le risque de rejets chimiques, et soulignent l'importance de la coordination et d'une bonne communication intersectorielles. 4.2 SOURCES DE REJETS CHIMIQUES Les rejets chimiques peuvent être la conséquence directe ou indirecte d'aléas naturels. Ces rejets peuvent être de moindre ampleur, par ex. des produits chimiques domestiques déversés dans les eaux de crue, ou de grande ampleur, comme dans le cas de milliers de litres d'un produit chimique toxique s'écoulant d'un réservoir de stockage qui a éclaté. Des rejets de grande ampleur peuvent notamment se produire sur les pipelines et les installations chimiques fixes, où les cuves de stockage et les tuyaux et brides de raccordement peuvent être endommagés par des séismes et des inondations (18, 21). La foudre, qui accompagne souvent les cyclones, peut mettre feu aux matériaux inflammables des réservoirs de stockage et entraîner des incendies, qui peuvent se propager (18). Les dégâts occasionnés sur les réseaux électriques peuvent provoquer une altération des processus, des systèmes de contrôle de la température et de la pression ainsi que des vannes de régulation, et potentiellement entraîner des réactions chimiques et des baisses de pression incontrôléesa. Les dégâts sur les voies ferrées et les routes peuvent entraîner un déraillement et/ou le renversement des citernes contenant des produits chimiques (22). a Une baisse de pression intervient lorsqu'un dispositif de sécurité est activé pour dépressuriser l'équipement et envoyer les vapeurs et les liquides vers une torche pour être brûlés. 3RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA GESTION DES RISQUES D'ACCIDENTS CHIMIQUES PROVOQUÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATURELS S É IS M E Japon, 2011 (4,12) Raffinerie de pétrole Le séisme de la côte Pacifique du Tohoku, au Japon, et le tsunami qu'il a engendré ont endommagé de nombreuses installations chimiques. Une raffinerie a été inondée, ce qui a entraîné des dommages structuraux. Des incendies ont éclaté dans des réservoirs de stockage contenant du soufre, de l'asphalte et de l'essence. Après l'embrasement du soufre et la formation d'un nuage toxique, une évacuation a été ordonnée dans un rayon de 2 km autour du site. Les incendies et les explosions qui sont survenus dans une autre raffinerie ont déclenché d'autres incendies dans des installations chimiques voisines. Turquie, 1999 (4) Installations industrielles, parc de stockage d'une raffinerie de pétrole Huit installations industrielles ont fait l'objet d'importants rejets chimiques, notamment de pétrole brut, d'acide phosphorique et d'acrylonitrile, et trois incendies ont éclaté simultanément dans un parc de stockage. L'intervention a été freinée par la coupure de l'alimentation électrique, des systèmes de communication et de l'alimentation en eau de secours sur les sites concernés. C YC LO N E États-Unis, 2005 (4, 15) Raffineries et installations pétrochimiques, véhicules, dépôts de carburants, décharges Durant l'ouragan Katrina, les vents violents associés aux ondes de tempête ont entraîné des déversements d'hydrocarbures issus de raffineries, le rejet de gazole provenant de véhicules abandonnés, de réservoirs et de décharges, et la remobilisation de contaminants présents dans le sol. De fortes concentrations d'arsenic et de benzo[a]pyrène ont été relevées dans des sédiments autour de zones résidentielles. Honduras, 1998 (16) Décharges Les fortes précipitations qui ont accompagné l'ouragan Mitch ont provoqué l'inondation de plusieurs décharges et le rejet de substances agrochimiques dans l'environnement. É P IS O D E C A N IC U LA IR E É P IS O D E D E G R AN D F R O ID France, 2002 (11) Usine chimique Sous l'action des températures glaciales, du cyclohexane s'est solidifié dans une conduite, en créant des bouchons. À cause de la mauvaise régulation et des variations de température à l'intérieur de la conduite, le cyclohexane liquide coincé entre les bouchons s'est dilaté, ce qui a provoqué la rupture d'une partie de la conduite et, de là, une fuite. La source de la fuite n'a été identifiée que 30 heures plus tard. Pendant ce temps, 1200 tonnes de cyclohexane s'étaient échappées. États-Unis, 2005 (11) Site de reconditionnement sous gaz Les températures élevées et le fort ensoleillement durant une vague de chaleur ont provoqué l'échauffement de bouteilles de propylène, qui a entraîné l'augmentation de la pression interne, l'ouverture du limiteur de pression de la bouteille et le dégagement de propylène. Celui-ci a pris feu, déclenchant un incendie qui s'est propagé dans la zone de stockage et faisant exploser d'autres bouteilles qui sont allées percuter les maisons et les véhicules avoisinants. Le fait que le limiteur de pression ait été réglé trop bas dans ces circonstances est un des facteurs qui a contribué à l'accident. IN O N D AT IO N Europe centrale, 2002 (13) Usines chimiques Une longue période de fortes précipitations a entraîné des inondations généralisées. En République tchèque, l'inondation d'une usine chimique près de l'Elbe a entraîné le rejet, entre autres, de 80 tonnes de chlore. Après l'inondation, d'importantes concentrations de mercure et de dioxines ont été relevées dans l'eau et les sédiments, et les terres agricoles voisines n'ont pu être exploitées pour la production agricole pendant plusieurs années. En Allemagne, les mêmes précipitations ont entraîné l'éclatement d'un barrage sur la Mulde. Un complexe chimique a été inondé et l'armée a dû intervenir pour éviter que des substances chimiques ne soient emportées dans la rivière. Roumanie, 2000 (5,14) Bassin de décantation d'une mine d'or Une fonte des neiges soudaine associée à de fortes pluies a entraîné la hausse du niveau d'eau du bassin de décantation ainsi que la rupture du barrage. Une grande quantité d'eaux usées contenant du cyanure et des métaux toxiques s'est déversée dans le réseau hydrographique traversant les frontières de la Hongrie et de la Serbie. Du fait des concentrations initiales de cyanure dans les rivières, qui dépassaient les limites autorisées, le captage d'eau potable a dû être interrompu. Un grand nombre de poissons a été tué. États-Unis, 1994 (4) Gazoducs et oléoducs Suite à de fortes précipitations, la crue du fleuve San Jacinto a entraîné la rupture de huit pipelines et des dégâts sur 29 autres, ce qui a provoqué le rejet de 36 000 barils de pétrole brut et de près de 200 millions de m3 de gaz naturel. Ces rejets ont ensuite pris feu, occasionnant 545 lésions, essentiellement dues à l'inhalation de fumée et de vapeurs. PAYS, DATE INSTALLATION CHIMIQUE CONCERNÉE CONSÉQUENCES TABLEAU 1. EXEMPLES DE PHÉNOMÈNES NATECH QU'ES -CE QU'UN PHÉN MÈNE NATECH ? 4 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES Les inondations peuvent causer une pollution directe des sources d'eau potable, soit à cause du rejet de substances chimiques stockées, soit en remobilisant des substances chimiques déjà présentes dans l'environnement (23). Les dégâts causés aux établissements de soins et aux laboratoires peuvent également entraîner des rejets de substances chimiques, comme des réactifs et des désinfectants. Des températures très basses ou des périodes prolongées de froid intense peuvent faire geler les canalisations et les faire éclater lors de la dilatation des substances chimiques. Le poids de la glace peut provoquer une fissuration des équipements et une rupture des canalisations (11). Des températures élevées augmentent le risque d'inflammation des substances stockées à l'extérieur. Elles provoquent également la dilatation des substances chimiques à l'intérieur des cuves de stockage fermées (par ex. bouteilles et autorails), ce qui entraîne l'ouverture des soupapes de sécurité et la libération dans l'air des substances chimiques (11). La figure 1 donne un aperçu des sources potentielles de rejets chimiques dus à des phénomènes naturels et qui peuvent avoir de graves conséquences sur la santé, entre autres. D'autres informations sur les mécanismes de rejet chimique sont présentées dans les annexes. Le monoxyde de carbone est un exemple courant de rejet chimique indirect. Il résulte de la combustion incomplète de combustibles d'origine carbonique et est présent à de fortes concentrations dans les gaz d'échappement des groupes électrogènes portatifs et des fumées de combustion du charbon de bois (25). Il est généralement associé aux coupures de courant et à la nécessité de trouver des sources d'énergie alternatives. Des épidémies d'intoxication au monoxyde de carbone ont été rapportées suite à l'utilisation de groupes électrogènes portatifs de secours et de pompes à eau à l'intérieur des habitations ou près de grilles d'aération, et suite à l'utilisation de charbon de bois à l'intérieur pour la cuisine et le chauffage (25, 26). L'utilisation croissante de pesticides pour lutter contre les maladies zoonotiques et à transmission vectorielle est une autre source potentielle de rejets chimiques indirects. La dégradation environnementale qui fait suite à une catastrophe naturelle peut entraîner une augmentation des sites de reproduction des vecteurs et des populations de rongeurs, ce qui augmente sensiblement le risque d'épidémies (27). Les autorités de santé publique décident parfois de gérer ce risque en recourant de façon intensive aux insecticides et rodenticides, ce qui peut accroître le risque d'exposition à ces substances chimiques pour les personnes qui les appliquent et les communautés locales en l'absence de mesures de précaution adéquates. Des rejets chimiques peuvent également avoir lieu pendant la phase de nettoyage et de rétablissement. Le découpage et le retrait d'éléments de couverture et de tuyaux en amiante- ciment peut libérer des fibres d'amiante. L'incinération incontrôlée des déchets issus de catastrophes peut générer des fumées toxiques et irritantes. 5. RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA GESTION DES RISQUES D'ACCIDENTS CHIMIQUES PROVOQUÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATURELS Le secteur de la santé est en première ligne lorsqu'il s'agit de remédier aux conséquences sanitaires d'un accident. Il devrait jouer un rôle à toutes les étapes du cycle de gestion des risques de catastrophe, à savoir la prévention, la préparation, l'intervention et le rétablissement de la situation (3). Il pourrait jouer un rôle influant, complémentaire ou directeur à ces différentes étapes (28). Le secteur de la santé peut sensibiliser les décisionnaires et les populations aux risques chimiques lors des catastrophes naturelles et promouvoir la protection de la santé humaine et des groupes vulnérables. Chaque pays ou communauté a son propre contexte économique, social, sanitaire et culturel ; ainsi, chaque événement aura, dans une certaine mesure, des caractéristiques particulières. Le rôle du secteur de la santé dépendra de la législation nationale, des traditions et des capacités existantes. Il est important de comprendre le rôle du secteur de la santé afin de renforcer efficacement les capacités de gestion des risques de rejets chimiques, avec notamment des plans d'intervention pour les situations d'urgence sanitaire. 5.1 RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA PRÉVENTION L'adoption de mesures de prévention des phénomènes Natech revient en grande partie à d'autres secteurs que celui de la santé. Ces mesures consistent notamment à appliquer la législation et les réglementations, par exemple en demandant aux organismes et industries concernés d'élaborer des plans de prévention des phénomènes Natech, et à contrôler l'utilisation des sols et l'aménagement du territoire afin de s'assurer que les installations chimiques, les décharges et les bassins de sédimentation ne soient pas construits sur des plaines inondables ou dans d'autres zones exposées à des catastrophes naturelles (12, 29, 30). L'introduction 5FIGURE 1. EXEMPLES DE SITES EXPOSÉS À DES REJETS CHIMIQUES EN CAS DE CATASTROPHE NATURELLE ET TYPES DE SUBSTANCES CHIMIQUES QUI PEUVENT ÊTRE REJETÉES (24) • ammoniaque Entreprises de transformation de produits alimentaires • réactifs • désinfectants • médicaments • gaz • matériel radiologique Hôpitaux, laboratoires, pharmacies • carbamates • organophosphates • composés organochlorés Dépôts de stockage de pesticides • métaux toxiques • cyanure • acide sulfurique • ammoniaque Industries métallurgiques • ammoniaque • benzène • pétrole brut • sulfure d'hydrogène Industries pétrolières ou pétrochimiques • aluminium • arsenic • cadmium • plomb • manganèse Drainage minier acide (mines abandonnées) • gaz naturel (méthane) • pétrole brut Oléoducs et gazoducs • boues toxiques • résidus d'extraction minière contenant du cyanure et de l'arsenic Bassins de retenue des résidus • kérosène • pétrole • propane • butane Sites de stockage de carburants, parcs de stockage • hydrocarbures • solvants • diphényles polychlorés Sites de stockage des déchets • alcalis • acroléine • méthanol • peroxydes organiques Usines chimiques substances chimiques en vrac, par ex. : • ammoniaque • chlore • pétrole • méthanol Transports : voies ferrées, routes, fleuves, mer RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA GESTION DES RISQUES D'ACCIDENTS CHIMIQUES PROVOQUÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATURELS 6 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES et l'application de normes de construction adéquates peut permettre de garantir que les bâtiments résistent aux séismes, aux inondations ou aux vents violents. La conception structurale et l'exploitation des installations industrielles devraient prévoir des systèmes et des mesures visant à réduire le risque que les équipements de traitement ou de stockage de substances chimiques ne soient endommagés, ainsi que la protection des barrières de sécuritéb contre les effets des catastrophes naturelles (30, 31). Dans les zones exposées au risque d'inondation, de nombreuses mesures de maîtrise des crues peuvent être appliquées, notamment la construction de digues et le dragage ou la modification des cours d'eau (23). Il est important que les communautés locales comprennent la nécessité de ces politiques et mesures préventives et s'efforcent de les appliquer afin de permettre leur bonne mise en œuvre. Le développement de systèmes d'alerte précoce, notamment de mécanismes de communication, concernant les catastrophes naturelles est un exemple de prévention secondaire. Ces systèmes offrent la possibilité de mettre en place des mesures préventives avant que le phénomène ne survienne, par ex. en mettant une usine chimique à l'arrêt ou en déplaçant des substances dangereuses vers un endroit plus sûr (31). Ces systèmes permettent également de transmettre des messages de protection sanitaire aux communautés exposées au risque (23). Néanmoins, si l'alerte précoce est possible pour les phénomènes météorologiques, elle l'est beaucoup moins pour les séismes ; il est donc important de construire des habitations et des installations industrielles parasismiques et d'organiser des exercices de simulation. Dans le domaine de la prévention, le rôle principal du secteur de la santé est de faire de la sensibilisation. En réunissant des informations sur les effets sanitaires des phénomènes précédents, en évaluant les vulnérabilités et en élaborant des scénarios d'exposition, le secteur de la santé peut faire valoir la mise en œuvre de mesures politiques et réglementaires et d'une planification adéquate, axée sur la prévention et l'atténuation des phénomènes Natech. b Une barrière de sécurité est un moyen physique ou non physique mis en place pour prévenir, contrôler ou limiter les accidents, par ex. une soupape de sécurité. 5.2 RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA PRÉPARATION La préparation englobe les connaissances et les capacités des gouvernements, des industriels, des intervenants d'urgence, des communautés et des individus à anticiper, répondre et se remettre des effets d'une catastrophe telle qu'un phénomène Natech (32). La planification de la préparation fait appel à différents organismes et notamment au secteur de la santé. Ce chapitre résume les différentes étapes de la préparation aux accidents chimiques et les apports que peut fournir le secteur de la santé. Des informations plus détaillées sont disponibles dans le Manuel pour la gestion de l'aspect santé publique des accidents chimiques de l'OMS (28). 1. Recueil d'informations pertinentes L'une des conditions essentielles de l'intervention est de pouvoir accéder rapidement à des informations pertinentes. Une activité importante de la préparation consiste donc à réunir et actualiser régulièrement ces informations, concernant notamment : • l'emplacement des sites dangereux où sont stockés et utilisés des produits chimiques, en particulier dans les zones exposées aux catastrophes naturelles ; • les produits chimiques : propriétés et toxicité, quantités, gestion de l'exposition ; • les ressources en matière de soins ; • les contacts d'urgence, y compris les centres antipoison. Les autorités sanitaires, aux niveaux local, régional et national, devraient tenir des bases de données des ressources et des capacités en matière de soins. Cela faciliterait la planification des mesures d'urgence si les ressources d'un secteur se trouvent surchargées, tout en mettant en évidence les lacunes à combler. L'OMS a élaboré des outils permettant d'évaluer les capacités des hôpitaux à faire face aux situations d'urgence (33, 34). Il est également important pour la planification de déterminer les populations vulnérables ou à haut risque, leur localisation par rapport aux sites dangereux, ainsi que les besoins spécifiques de ces groupes en cas de survenue d'un phénomène Natech. 7RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA GESTION DES RISQUES D'ACCIDENTS CHIMIQUES PROVOQUÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATURELS Il existe plusieurs outils d'identification et de cartographie des risques, et il est important que les différentes autorités qui dressent ces cartes de risques échangent des informations avant et pendant les situations d'urgence. L'un de ces outils de cartographie des risques est par exemple l'Outil d'évaluation environnementale rapide (FEAT). Il est utilisé par les équipes des Nations Unies pour l'évaluation et la coordination en cas de catastrophe (UNDAC) et par les intervenants d'urgence pour identifier les effets aigus, potentiels ou existants, sur la santé humaine et l'environnement, qu'entraînent les dégâts causés aux infrastructures et aux installations industrielles (24). Des outils visant à faciliter l'analyse et la cartographie des risques associés aux phénomènes Natech sont en cours d'élaboration, par exemple l'outil RAPID-N (voir l'annexe D Sources d'informations complémentaires) (31). 2. Préparation d'un plan d'intervention en cas de phénomène Natech Le secteur de la santé devrait participer à l'élaboration de plans d'intervention à l'échelle locale, régionale et nationale. Ces plans devraient prévoir l'intervention en cas d'accident chimique ainsi que les mesures d'intervention d'urgence en cas de catastrophe naturelle. En ce qui concerne la santé, il faudrait garantir que : • des mécanismes d'assistance soient en place, par ex. que des laboratoires, des antidotes et du matériel de décontamination soient mis à la disposition des intervenants locaux si nécessaire ; • des procédures soient en place pour la décontamination (35) et la gestion des blessés en masse ; • les plans locaux prennent en compte la nécessité de protéger les populations vulnérables ; • les agents de santé et les intervenants d'urgence soient correctement protégés contre l'exposition aux produits chimiques. Enfin, les établissements de soins ont besoin de plans d'urgence pour leur permettre de faire face à la hausse subite de la demande de services, notamment de mesures spécialisées en cas d'exposition à des substances chimiques, et pour parer à l'éventualité où l'établissement lui-même subisse des dégâts. Les autorités peuvent réduire le risque de voir les hôpitaux et les établissements de soins mis à l'arrêt pendant une catastrophe en suivant les indications fournies par l'OMS dans son document Comprehensive safe hospitals framework (36). Celui-ci s'accompagne d'un outil d'évaluation qui permet aux décideurs nationaux du secteur de la santé d'avoir un aperçu de la situation en matière de sécurité et de préparation de leurs hôpitaux, afin qu'ils restent opérationnels dans les situations d'urgence et de catastrophe (37). 3. Évaluation des incidences sur la communauté Il s'agit d'une évaluation des risques qualitative ou quantitative, à savoir une évaluation de la probabilité d'effets négatifs résultant d'un possible phénomène Natech dans le futur. Elle comprend cinq étapes : • élaboration d'un scénario • identification des voies d'exposition • évaluation de la vulnérabilité de la population (ex. tableaux 10 et 11, point 23 des références) • évaluation des incidences sanitaires • évaluation des besoins. Le secteur de la santé devrait être impliqué dans chacune de ces étapes. Les données issues de phénomènes précédents peuvent contribuer à l'évaluation des risques. Elles sont particulièrement utiles pour évaluer les incidences sanitaires, y compris la possibilité d'effets à long terme sur la santé. 4. Gestion des accidents Les plans d'intervention d'urgence externes (hors site) devraient s'appuyer sur un système de gestion des accidents tous risques comprenant des mécanismes de coordination, y compris des centres d'opérations d'urgence, une structure de commandement claire et une stratégie de communication avec tous les secteurs impliqués dans l'intervention. Le secteur de la santé devrait élaborer son propre système de gestion des accidents, qui intègrerait les disciplines médicales nécessaires (27, 28). Le secteur de la santé devrait trouver sa place au sein du système multisectoriel de gestion des accidents et des plans d'intervention sanitaire, et les modes de fonctionnement devraient être communs à d'autres secteurs. 5. Communication Une communication efficace et en temps voulu entre les organismes ainsi qu'une communication du risque et une communication de crise adéquates avec le public sont des éléments importants de l'intervention. Durant la phase de préparation, il faudrait ainsi élaborer et tester des protocoles et des procédures pour différents types de communication. Une formation à la communication, l'élaboration de listes de contrôle et de modèles de communication, la désignation de porte-paroles et la préparation de messages standards pour les scénarios envisagés font partie des mesures possibles (28). Exemples de messages préparés à l'avance : • que faire en cas d'inondation / séisme / cyclone • prévention des intoxications au monoxyde de carbone 8 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES • précautions durant le nettoyage, notamment durant la manipulation de l'amiante-ciment. 6. Renforcement des capacités humaines La formation adéquate du personnel qui participe à l'intervention est un élément important de la préparation. Dans le cas du secteur de la santé, il s'agit de former les professionnels de santé et les premiers intervenants. Un programme de formation de base devrait être établi pour les équipes d'intervention locales afin de veiller à ce que le personnel de toutes les organisations participantes ait une connaissance élémentaire des besoins et des rôles de chacun. La formation devrait être renforcée par des exercices réguliers, également coordonnés entre les différents organismes, de sorte que ces derniers prennent l'habitude de travailler ensemble (27, 28). 5.3 RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS L'INTERVENTION Le secteur de la santé a plusieurs rôles à jouer durant la phase d'intervention. Les services de santé publique sont chargés de l'évaluation des risques pour la santé et de la communication sur les accidents, et ils aident à coordonner l'intervention sanitaire globale (28, 38). Ils évaluent aussi les possibles effets à long terme d'un accident sur la santé. Des services médicaux spécialisés sont chargés du triage et de la prise en charge des malades et des blessés. L'ensemble du secteur de la santé interagira avec d'autres secteurs pour recueillir des informations sur les substances chimiques en jeu et les populations affectées (28). Les informations recueillies durant les activités de l'intervention, notamment sur l'efficacité des mesures de prévention, de préparation et d'intervention, la gestion des blessés en masse et les effets sur la santé des substances chimiques, pourront servir pour l'élaboration de plans futurs et, si nécessaire, pour plaider en faveur de mesures visant à empêcher la récurrence des accidents et à en réduire les conséquences. Les étapes clés pour la mise en place d'une intervention sont : l'évaluation des risques ; le confinement et la prévention de l'exposition ; l'évaluation et la prise en charge médicales ; la communication du risque et la communication de crise (28). Le degré d'implication du secteur de la santé varie selon les différentes étapes. 1. Évaluation des risques L'évaluation des risques a pour objet de déterminer les incidences probables du rejet chimique sur la santé humaine. Elle implique d'identifier les dangers en question et d'évaluer les vulnérabilités, le degré d'exposition et les capacités d'intervention. C'est un processus itératif et l'évaluation doit être revue à mesure que l'on dispose de nouvelles informations. Ses étapes sont les suivantes : i. Obtenir des informations sur les sites dangereux potentiellement affectés afin d'évaluer les risques pour la santé et de déterminer les mesures de gestion des risques appropriées. ii. Identifier les substances chimiques impliquées dans l'accident : vérifier s'il existe un inventaire, par ex. dans le plan d'urgence du site ; si ce n'est pas le cas, utiliser l'Outil d'évaluation environnementale rapide (24) (voir aussi l'annexe D Sources d'informations complémentaires). Rechercher les étiquettes donnant des renseignements sur les dangers (voir l'annexe E Exemples d'avertissements). iii. Recueillir et tenir compte de toutes les informations cliniques provenant des personnes exposées, cela pouvant permettre d'identifier certaines substances ou certains groupes chimiques. iv. Si possible, organiser le prélèvement et l'analyse d'échantillons environnementaux (air, sol, eau, récoltes) afin d'établir la présence et le degré de contamination par des substances chimiques. Les laboratoires mobiles permettent de connaître rapidement les résultats, mais même si ces derniers arrivent plus tardivement, ils donneront des renseignements sur les modes d'exposition durant le phénomène, qui aideront à évaluer les possibles effets sur la santé à plus long terme et à orienter les plans de rétablissement. 2. Prévention de l'exposition Cela passe par les activités suivantes : i. Veiller à ce que des mesures de confinement appropriées soient appliquées. La responsabilité première du confinement revient normalement aux services de la protection civile ou de lutte contre l'incendie. Cependant, le degré de priorité de cette activité dépend en partie des effets sur la santé susceptibles de se produire. Les plans d'urgence des sites peuvent fournir des informations utiles. De brèves informations sur la gestion des déversements peu importants de produits chimiques sont fournies dans les fiches de donnés de sécurité, les 9RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LA GESTION DES RISQUES D'ACCIDENTS CHIMIQUES PROVOQUÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATURELS Fiches internationales de sécurité chimique et le Emergency response guidebook (voir l'annexe D Sources d'informations complémentaires). ii. Veiller à ce que des barrières et des signaux d'avertissement limitent l'accès aux sites contaminés. L'accès aux zones contaminées devrait être réservé aux personnes munies d'un équipement de protection individuelle (EPI) adéquat. iii. Dans le cas de substances toxiques en suspension dans l'air, décider si la population peut se mettre à l'abri sur place pour se protéger ou si une évacuation est nécessaire. iv. S'assurer que les personnes qui participent aux opérations de nettoyage et de secours disposent d'un équipement de protection individuelle adéquat et soient informées de la possibilité de faire face à des déversements chimiques. v. Décontaminer les personnes exposées à des substances chimiques en retirant leurs vêtements et en les lavant / douchant afin d'éviter leur exposition continue et la contamination secondaire des intervenants d'urgence, du personnel de santé, des établissements et du matériel de soins (ambulances, brancards, lits). vi. Les organismes de santé publique de différents niveaux (local, État / fédéral et national) devraient fournir des informations détaillées au grand public concernant les mesures préventives (voir « Communication du risque et communication de crise » ci-dessous). 3. Évaluation et prise en charge médicales Cela passe par les activités suivantes : i. Veiller à ce que les personnes exposées à des substances chimiques soient décontaminées avant de pénétrer dans l'établissement de soins. ii. Le personnel de santé et les intervenants d'urgence devraient suivre des procédures relatives au port d'EPI lors de la prise en charge de victimes contaminées par des substances chimiques. iii. Procéder au triage et à l'évaluation de l'état des patients. Les intoxications ou les lésions d'origine chimique peuvent être associées à des lésions traumatiques, ce qui peut compliquer la prise en charge. iv. Demander des conseils à un centre antipoison, si possible, concernant la gestion de l'exposition à des substances chimiques. v. Donner un traitement médical spécifique (par ex. un antidote) si nécessaire. vi. Réfléchir à la nécessité de prélever des échantillons biologiques sur les personnes exposées à des substances chimiques (y compris les intervenants d'urgence) afin de définir et, si possible, de déterminer le degré de l'exposition. Si ces informations ne sont pas nécessairement utiles à la prise en charge, elles pourront aider à évaluer les possibles incidences à long terme. vii. Enregistrer toutes les personnes exposées et veiller à réunir et archiver les documents adéquats au cas où il soit nécessaire d'assurer un suivi à long terme. viii. S'assurer, après la première intervention, que des mesures soient prises durant la phase de rétablissement afin d'éviter des effets indirects et des expositions à long terme aux produits chimiques, et offrir un soutien psychosocial et de santé mentale aux communautés affectées (voir ci-dessous). 4. Communication du risque et communication de crise Il est important de tenir informés la population, les intervenants et les décideurs au sujet des dangers d'origine chimique et autre découlant de l'événement, ainsi qu'au sujet des mesures de protection (39). Idéalement, les communautés vivant à proximité d'installations dangereuses devraient déjà avoir fait l'objet d'une communication du risque et être informées de potentiels scénarios de rejet chimique, de la signification des signaux d'avertissement (par ex. des klaxons) et des mesures à prendre en cas d'alerte, par ex. à l'aide du mécanisme APELL (voir l'annexe D Sources d'informations complémentaires). Étant donné que des intoxications au monoxyde de carbone sont régulièrement signalées après la survenue de phénomènes naturels entraînant des coupures de courant, il est important de sensibiliser la population aux mesures de prévention (25). La communication de crise a lieu au cours de l'accident lui- même et consiste à informer la population au sujet (28) : • du/des phénomène(s) Natech • des personnes responsables • des mesures qui sont prises • de la nature et des dangers des substances chimiques concernées 10 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES • de ce que les personnes doivent faire pour se protéger et protéger leur famille • des situations qui doivent pousser à consulter un médecin • des moyens d'obtenir d'autres informations. Tous les moyens de communication disponibles doivent être utilisés, y compris les grands médias et les réseaux sociaux. Les informations et les messages doivent être actualisés à mesure que les préoccupations de la population évoluent. 5.4 RÔLE DU SECTEUR DE LA SANTÉ DANS LE RÉTABLISSEMENT DE LA SITUATION Le rétablissement de la situation désigne le processus de reconstruction et de réhabilitation de la population suite à une situation d'urgence (40). Dans le contexte d'un phénomène Natech, cela englobe deux grandes dimensions : la gestion des conséquences à long terme pour la santé et la gestion de la contamination de l'environnement par des substances chimiques afin de préserver la santé et les moyens de subsistance. 1. Gestion des effets sur la santé Cela consiste à offrir une prise en charge médicale, à fournir des informations sur les possibles effets à long terme sur la santé, à enregistrer les personnes exposées et à assurer un suivi et une surveillance des effets négatifs sur la santé (28). La prise en charge médicale consiste à s'occuper des conséquences physiques immédiates de l'exposition à des substances chimiques, qui peuvent s'accompagner de lésions traumatiques. Cela consiste également à anticiper et à gérer les effets de l'événement sur la santé mentale et psychosociale de la population. Les problèmes de santé mentale et psychosociale sont fréquents chez les victimes de catastrophes naturelles et découlent de différents facteurs de stress (41 à 43). Les victimes ont parfois perdu des membres de leur famille, des amis, leurs biens, elles ont parfois été confrontées à la mort ou à des blessures graves et souffrent des perturbations sociales. Dans le cas de phénomènes Natech, la peur d'une contamination chimique peut s'ajouter aux autres facteurs de stress. Le déplacement des personnes dont la maison a été détruite par la catastrophe ou qui est contaminée par des substances chimiques a un fort impact psychologique. Les personnes doivent parfois vivre pendant de longs mois dans des logements temporaires. L'impact sur les enfants doit également être pris en compte. Il faut parfois des années pour se remettre des blessures physiques et psychologiques d'une catastrophe, notamment d'un phénomène Natech. Le secteur de la santé devrait donc aider les victimes en offrant une meilleure prise en charge médicale, avec un soutien et un suivi en matière psychosociale et de santé mentale. Les programmes de santé devraient tenir compte des besoins spécifiques des différents genres et des différentes tranches d'âge. Il est important de fournir des informations concernant les problèmes de santé possibles à long terme car cela aide les victimes à se rétablir. Il peut être utile d'établir un « point de contact » d'information qui pourra fournir des conseils adaptés et actualisés (28). Le secteur de la santé devrait également entreprendre une évaluation appropriée du phénomène Natech ainsi qu'une évaluation de l'intervention en matière de santé publique, afin d'en dégager des enseignements, d'éviter qu'il ne se reproduise et d'améliorer l'intervention globale (28, 39). 2. Contamination de l'environnement Un phénomène Natech peut entraîner une contamination importante de l'environnement et générer des déchets contaminés (débris, ameublement, effets personnels). Généralement, les opérations de nettoyage commencent dès que le phénomène naturel est terminé ou qu'il s'est atténué. Elles sont souvent entreprises par la communauté locale qui tente de remettre un certain ordre dans son environnement et de préserver ses moyens de subsistance, par exemple en retirant les hydrocarbures déversés dans les zones conchylicoles. Dans de nombreux endroits exposés à des risques de catastrophe, l'amiante-ciment est un matériau de construction fréquemment utilisé ; celui-ci, lorsqu'il est endommagé, peut libérer des fibres d'amiante nocives. Cette première phase de nettoyage comporte un risque élevé d'exposition à des substances chimiques et il est important de bénéficier rapidement de conseils sur la protection de la santé. Les décisions à plus long terme concernant le nettoyage et la restauration dépendront des résultats des prélèvements environnementaux et des évaluations détaillées des risques environnementaux. Le rôle du secteur de la santé est ici d'aider à évaluer les risques et à définir les zones à réhabiliter en priorité, à savoir celles qui présentent le plus fort risque d'exposition humaine et d'incidences sur la santé. Le secteur de la santé devrait également recommander des mesures de sécurité pour les personnes qui participent aux actions de remise en état et de nettoyage. 11CONCLUSIONS 3. Rétablissement des services Après un phénomène Natech, le sol, les animaux, les végétaux et les plans d'eau peuvent être contaminés par des substances chimiques, ce qui affecte la production ainsi que l'approvisionnement en eau potable et en denrées alimentaires. Pour rétablir ces services, il est nécessaire de réaliser une évaluation des risques et de considérer les différentes possibilités de rétablissement de la situation. L'évaluation des risques suit la procédure standard d'identification des dangers (quelles sont les substances chimiques concernées ?), de caractérisation des dangers (toxicité et valeurs guides ou de référence), d'évaluation de l'exposition (comment les personnes peuvent-elles être exposées et dans quel degré ?) et de caractérisation des risques (exposition estimée par rapport à la valeur guide / de référence) (44). Les possibilités pour rétablir la situation pourraient consister à ne prendre aucune mesure si le risque pour la santé est jugé insignifiant, à traiter l'eau ou les denrées alimentaires de sorte à les décontaminer, à les affecter à d'autres usages ou à éliminer les aliments contaminés (40). En fonction du degré de contamination de certaines zones, il peut être nécessaire d'en interdire provisoirement l'utilisation pour la production agricole ou l'alimentation du bétail. En ce qui concerne l'eau, il peut être nécessaire de vérifier le réseau d'alimentation ainsi que les sources d'extraction au cas où des substances chimiques infiltrées dans le sol soient passées dans les conduites d'alimentation (40). Naturellement, il est important de communiquer les résultats de l'évaluation des risques ainsi que les recommandations au sujet de l'alimentation et de l'eau potable à la communauté, y compris aux fournisseurs d'eau et de denrées alimentaires. 6. CONCLUSIONS Les rejets chimiques faisant suite à des phénomènes naturels sont probablement plus fréquents que ne le suggèrent les données disponibles. Du fait de l'industrialisation et de l'urbanisation croissantes, associées aux effets du changement climatique, il est probable que les phénomènes Natech deviennent de plus en plus problématiques. Les rejets chimiques compliquent les interventions face aux catastrophes naturelles et augmentent potentiellement la charge de morbidité associée à ces aléas. Il est donc important que tous les secteurs impliqués dans la planification, la préparation et l'intervention, dont le secteur de la santé, comprennent bien la nature des phénomènes Natech et des autres formes de rejets chimiques associés aux catastrophes naturelles. Si les industries sont une source importante de rejets chimiques, il ne faut pas oublier que le secteur de la santé utilise lui aussi de grandes quantités de produits chimiques, comme des réactifs de laboratoire et des pesticides à des fins de santé publique, élément dont il doit tenir compte dans ses activités de prévention, de préparation et d'intervention. 12 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES RÉFÉRENCES 1. Sendai framework for disaster risk reduction 2015– 2030. Geneva: United Nations Office for Disaster Risk Reduction; 2015 (http://www.preventionweb. net/files/43291_sendaiframeworkfordrren.pdf, accessed 7 July 2017). 2. Leaning J, Guha-Sapir D. Natural disasters, armed conflict, and public health. New England Journal of Medicine. 2013;369:1836–42. doi: 10.1056/ NEJMra1109877 (http://www.nejm.org/doi/ pdf/10.1056/NEJMra1109877, accessed 7 July 2017). 3. Emergency risk management for health: overview. 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RÉFÉRENCES 16 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES ANNEXE A REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES SÉISMES Qu'est-ce qu'un séisme ? Un séisme est une libération soudaine d'énergie au niveau de l'écorce terrestre, due à un mouvement entre les plaques tectoniques le long d'une ligne de faille. Il se caractérise par de violentes secousses du sol, produites par des ondes sismiques profondes qui se propagent à partir du point de rupture initial (1). Les séismes peuvent provoquer des secousses du sol, la liquéfaction du sol, des glissements de terrain, des fissures, des avalanches et des tsunamis. L'ampleur des destructions et des dommages causés par un séisme dépend de sa magnitude, de son intensité et de sa durée, de la géologie locale, du moment de la journée où il survient, des matériaux et de la conception des bâtiments et des sites industriels, ainsi que des mesures de gestion des risques mises en place (2 à 4). Classification des séismes Plusieurs échelles ont été définies pour mesurer l'intensité et la magnitude des séismes (1, 4, 5), mais les plus couramment utilisées sont : • L'échelle de Mercalli (MM) : classe les séismes selon leur pouvoir de destruction, de I à XII en chiffres romains, XII étant le plus destructeur. Cette échelle repose sur des observations visuelles, entre autres, des effets du séisme. • L'échelle de Richter (ML) : indique l'amplitude des mouvements du sol mesurée par un sismographe. Cette échelle est logarithmique sur une base 10, c'est-à-dire qu'un séisme de magnitude 5 est 10 fois plus puissant qu'un de magnitude 4. Un séisme de magnitude 4 est perceptible mais léger, tandis qu'un de magnitude 8 est potentiellement dévastateur. • L'échelle de magnitude de moment (Mw) : repose également sur des mesures sismographiques et détermine la magnitude à partir de l'énergie dégagée au niveau de la zone de rupture sur la faille. Cette échelle donne les valeurs les plus fiables lors des très grands séismes. Elle a été définie de sorte à être proche de celle de Richter (ML) jusqu'à une magnitude de 6. Facteurs de risque de rejet chimique Les sites qui produisent, utilisent ou stockent des substances chimiques sont susceptibles de subir des dégâts et des rejets chimiques occasionnés par des séismes (2, 6, 7). L'analyse des phénomènes passés laisse entendre que les réservoirs de stockage de substances chimiques non pressurisés, les canalisations et les gazoducs et oléoducs anciens sont particulièrement sujets aux ruptures suite à un séisme (2, 8). Les facteurs qui augmentent les risques pour la population liés à des rejets chimiques durant un séisme sont notamment les suivants (6, 9) : • normes d'aménagement et de construction inadéquates ; • implantation d'installations industrielles dans des zones sismiques ; • structures non antisismiques ; • mesures de sécurité ou plans d'urgence inadéquats ; • forte densité de population autour de sites industriels ; • systèmes d'alerte inadéquats ; • manque de sensibilisation du public quant aux risques liés aux séismes. D'autres conséquences d'un séisme peuvent accroître le risque de phénomène Natech en réduisant les capacités d'intervention (9, 10) : • Les dégâts causés au matériel d'urgence sur site vont ralentir l'intervention, tout comme les dégâts causés aux infrastructures essentielles (réseaux électriques, alimentation en eau et télécommunications). • Le personnel d'intervention d'urgence hors site et les autres ressources peuvent ne pas être disponibles car occupés à gérer les conséquences du séisme. • La libération de substances dangereuses peut freiner les opérations de recherche et de secours. Dans les zones exposées aux séismes, les plans d'intervention d'urgence des sites industriels doivent prévoir des scénarios en cas de séisme, de sorte que les travailleurs et les responsables soient préparés aux cas particuliers qui peuvent aggraver une situation d'urgence pendant et après un séisme. 17ANNEXE A - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES SÉISMES Mécanismes de rejet chimique Une défaillance du confinement entraînant un rejet chimique est généralement due aux dégâts structuraux causés par les secousses horizontales et verticales, aux chutes de débris et à la liquéfaction du sol qui provoque l'effondrement des bâtiments (2, 6, 10). Les rejets chimiques peuvent être multiples et simultanés sur un site ou sur des zones industrielles plus vastes. L'encadré A1 présente une étude de cas qui illustre cette situation. Sur les sites industriels, les mécanismes de rejet chimique sont notamment les suivants : rupture des canalisations et des brides de raccordement ; déformation et rupture des cuves de stockage ; oscillation des liquides (compromet l'intégrité structurale des réservoirs pleins ou quasi-pleins), qui provoque des dégâts et l'effondrement de la robe des réservoirs ; dégâts au niveau des réseaux électriques, qui peuvent entraîner une altération des processus et des mesures de sécurité, par exemple des systèmes de contrôle de la température et de la pression ainsi que des vannes de régulation (2). L'oscillation des liquides dans les réservoirs à toit flottant peut entraîner un rebond du toit métallique contre la paroi latérale qui crée des étincelles et met feu au contenu inflammable du réservoir (2, 7). Les dégâts causés aux cuves de stockage des installations pétrolières peuvent libérer d'énormes quantités de produits pétroliers dans l'environnement, y compris dans les cours d'eau (6). Dans le cas des entrepôts et d'autres sites de stockage, les cuves de moindre dimension comme les bidons, les barils et les sacs contenant des produits chimiques peuvent être endommagés par le basculement et la chute des structures, ce qui peut entraîner un mélange des produits chimiques et générer des produits de réaction toxiques, un incendie ou un risque d'explosion (6, 8). Les incendies sont relativement courants suite à un séisme, à cause par exemple de l'embrasement du contenu des réservoirs de stockage de combustibles et de la rupture des conduites de gaz (2, 6). Les incendies dans les dépôts de stockage de combustibles peuvent durer plusieurs jours, libérant des produits de combustion toxiques dans l'air pendant une longue période (7). Les incendies dans les bâtiments peuvent dégager de grandes quantités de poussière et de fibres provenant des isolants en amiante et en fibre de verre (6, 12). Les dégâts occasionnés sur les voies ferrées et les routes peuvent entraîner un déraillement, un basculement et une collision des citernes transportant des produits chimiques, suivis de leur rupture et de rejets chimiques (8). Lors des opérations de nettoyage, des fibres d'amiante peuvent se dégager des éléments en amiante-ciment, un matériau couramment utilisé dans de nombreux pays pour les toitures et les canalisations. Pour retirer des structures qui sont tombées ou endommagées, il faut parfois scier, casser et déplacer des éléments en amiante-ciment, ce qui a pour effet de libérer des fibres nocives dans l'air (13). L'incinération incontrôlée des déchets issus de catastrophes peut générer des fumées toxiques et irritantes. Effets potentiels sur la santé humaine Les substances chimiques libérées suite à un séisme peuvent avoir des effets toxiques cutanés, respiratoires et systémiques, dus à l'exposition directe des victimes et des sauveteurs. Les lésions et les effets toxiques peuvent également être provoqués par la contamination de l'environnement, des incendies et des explosions. Le grand public, les sauveteurs et les personnes qui participent aux opérations de nettoyage peuvent être exposés à de nombreux dangers, que l'on peut répartir en deux catégories : d'origine chimique et non chimique (6, 14). Quelques exemples sont présentés ci-dessous. Dangers d'origine chimique • Brûlures résultant de l'exposition à des substances chimiques corrosives. • Lésions des voies respiratoires dues à l'inhalation de gaz irritants, de produits de combustion, de poussières lourdes et de fibres (issues par ex. d'isolants en amiante et en fibre de verre) (6). • Intoxication résultant de l'exposition des substances chimiques toxiques et de la consommation d'eau ou d'aliments contaminés. • Intoxication au monoxyde de carbone résultant de la mauvaise utilisation de groupes électrogènes à pétrole / diesel, ou de l'utilisation de barbecues, de braseros ou de charbon / charbon de bois pour la cuisine et le chauffage lorsque l'électricité est coupée (3, 15). • Lésions et intoxications chez les personnes participant aux opérations de secours et de nettoyage (après le séisme de Loma Prieta, en Californie (États-Unis), près de 20% des lésions liées au travail résultaient de l'exposition à des substances dangereuses (6)). 18 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES iv. Si possible, organiser le prélèvement et l'analyse d'échantillons environnementaux (air, sol, eau, récoltes) afin d'établir la présence et le degré de contamination par des substances chimiques. Ces informations peuvent être particulièrement utiles durant la phase de rétablissement de la situation. Prévention de l'exposition i. En fonction de l'évaluation des risques, adresser les recommandations nécessaires aux services de la protection civile, de lutte contre l'incendie ou d'autres services concernant la nécessité de : • prendre des mesures de confinement • restreindre l'accès aux sites contaminés • porter un équipement de protection individuelle (EPI) • se mettre à l'abri sur place ou recommander l'évacuation des communautés affectées. ii. S'assurer que les personnes qui participent aux opérations de nettoyage et de secours disposent d'un EPI adéquat et soient informées de la possibilité de déversements chimiques. iii. Organiser des lieux pour décontaminer les personnes exposées à des substances chimiques. iv. Fournir des informations détaillées au grand public concernant les mesures de prévention (voir « Communication du risque et communication de crise » ci-dessous). Évaluation et prise en charge médicales i. Veiller à ce que les personnes exposées à des substances chimiques soient décontaminées avant de pénétrer dans l'établissement de soins. ii. Veiller à ce que le personnel de santé suive des procédures relatives au port d'EPI lors de la prise en charge de victimes contaminées par des substances chimiques. iii. Procéder au triage et à l'évaluation de l'état des patients. Ne pas oublier que des intoxications ou des lésions d'origine chimique peuvent être associées à des lésions traumatiques. iv. Demander des conseils à un centre antipoison, si possible, concernant la gestion de l'exposition à des substances chimiques. Dangers d'origine non chimique • Brûlures résultant d'incendies. • Électrocutions suite à la chute de lignes électriques. • Blessures et décès dus à des chutes, à l'effondrement de bâtiments, d'éléments de maçonnerie, etc. (3). Des blessures peuvent également se produire durant les phases de secours et de nettoyage, par ex. lorsque l'on découpe et retire des débris. • Conséquences d'une évacuation, par ex. risque accru de maladies infectieuses sur les sites d'évacuation, aggravation des problèmes de santé préexistants durant le transfert de patients, saturation des établissements de soins réduisant leur capacité à fournir des traitements adéquats, problèmes potentiels d'approvisionnement en eau et d'assainissement, etc. (16). • Effets psychosociaux, y compris état de stress post- traumatique (14). Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation Les chapitres 5.3 et 5.4 (document principal) décrivent plus en détail le rôle du secteur de la santé durant les phases d'intervention et de rétablissement de la situation. Le présent chapitre en fournit un résumé. Évaluation des risques i. Obtenir des informations sur les sites dangereux potentiellement affectés afin d'évaluer les risques pour la santé et de déterminer les mesures de gestion des risques appropriées. ii. Identifier les substances chimiques impliquées dans l'accident : vérifier s'il existe un inventaire, par ex. dans le plan d'urgence du site ; si ce n'est pas le cas, utiliser l'Outil d'évaluation environnementale rapide (17) (voir aussi l'annexe D Sources d'informations complémentaires). Rechercher les étiquettes donnant des renseignements sur les dangers (voir l'annexe E Exemples d'avertissements). iii. Recueillir et tenir compte de toutes les informations cliniques provenant des personnes exposées, cela pouvant permettre d'identifier certaines substances ou certains groupes chimiques. 19ANNEXE A - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES SÉISMES Le 17 août 1999, la région de Kocaeli, en Turquie, a été frappée par un puissant séisme (magnitude Mw de 7,4). S'agissant d'une zone fortement industrialisée et densément peuplée, ce séisme a eu d'importantes conséquences. Plus de 15 millions de personnes ont été touchées, dont plus de 17 500 morts et 44 000 blessés. Le montant des dégâts matériels s'est élevé à environ 16 milliards de $ US (7, 11). Le séisme a provoqué de nombreux phénomènes Natech, dont un déversement d'acrylonitrile à l'usine de fibres acryliques AKSA de Ciftlikkoy, l'une des plus grandes unités de production de fibres acryliques au monde. L'acrylonitrile s'est répandu dans l'air et au niveau des digues de retenue. Les dégâts occasionnés à ces dernières ont permis au produit chimique de s'infiltrer dans le sol et de contaminer une nappe aquifère. Les digues ont ensuite débordé et l'acrylonitrile a pu se répandre dans la mer par un canal de drainage. Comme ailleurs dans la zone touchée par le séisme, l'électricité était coupée. En outre, le séisme a endommagé toutes les conduites d'eau du site. Les dégâts sur les routes ont paralysé les secours et les interventions d'urgence locales (7, 11). Le centre de crise de Yalova n'a été informé que cinq heures environ après la découverte de la fuite. Comme les télécommunications n'étaient pas opérationnelles, les forces de sécurité ont dû informer la population en personne. Les sapeurs-pompiers des environs ont fourni de la mousse et des pompes mais n'ont pas pu participer directement aux interventions car ils manquaient d'équipements de protection individuels. Comme les routes étaient inaccessibles, le ravitaillement a dû être acheminé par voie aérienne et maritime. Les opérations pour stopper la fuite et la propagation de l'acrylonitrile ont duré 40 heures (7). Le déversement d'acrylonitrile a détruit la faune et la flore dans un rayon de 200 m autour des réservoirs. On a également rapporté la mort d'oiseaux et d'animaux domestiques dans les villages proches du site. Des poissons ont été retrouvés morts dans la baie d'Izmit. Certains membres des équipes d'intervention d'urgence ont présenté des signes de toxicité, tout comme certains membres de la population des environs, qui se sont plaints ENCADRÉ A1. SÉISME DE KOCAELI, TURQUIE, AOÛT 1999 v. Donner un traitement médical spécifique (par ex. un antidote) si nécessaire. vi. Réfléchir à la nécessité de prélever des échantillons biologiques sur les personnes exposées à des substances chimiques (y compris les intervenants d'urgence) afin de définir et, si possible, de déterminer le degré de l'exposition. vii. Enregistrer toutes les personnes exposées et veiller à réunir et archiver les documents adéquats au cas où il soit nécessaire d'assurer un suivi à long terme. viii. S'assurer, après la première intervention, que des mesures soient prises durant la phase de rétablissement pour éviter des effets indirects et des expositions à long terme aux produits chimiques. Offrir un soutien psychosocial et de santé mentale aux communautés affectées. Communication du risque et communication de crise Fournir des informations, actualisées si nécessaire, à la population, aux premiers intervenants et aux décisionnaires au sujet des dangers d'origine chimique et autre découlant de l'événement. Veiller à ce que la population soit informée au sujet : • du/des phénomène(s) Natech • des personnes responsables • des mesures qui sont prises • de la nature et des dangers des substances chimiques concernées • de ce que les personnes doivent faire pour se protéger et protéger leur famille • des situations qui doivent pousser à consulter un médecin • des moyens d'obtenir d'autres informations. Il existe aussi certains thèmes de santé spécifiques : • prévention des intoxications au monoxyde de carbone • précautions durant le nettoyage, par ex. port d'un équipement de protection individuelle, utilisation sans danger du matériel de coupe, manipulation de l'amiante-ciment, etc. 20 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES d'enrouements, de vertiges, de nausées, de problèmes respiratoires, d'irritations cutanées, de maux de tête et d'irritations oculaires et nasales (7). Des membres de la population ont été exposés alors qu'ils tentaient d'extraire des voisins et des proches de bâtiments effondrés. Les hôpitaux et cliniques locaux ont été saturés par l'arrivée de personnes gravement blessées. Ils n'ont pu dispenser un traitement adéquat aux personnes exposées aux substances chimiques, notamment du fait de la coupure des télécommunications, qui les a empêchés de contacter les experts d'AKSA pour se renseigner sur la toxicité de l'acrylonitrile et la prise en charge des personnes exposées. La production des exploitations agricoles situées près de l'usine a été détruite juste après récolte. La pollution environnementale a nécessité 5 années de traitement continu pour réhabiliter les sols. On ne connaît pas les effets à long terme sur la santé, mais des inquiétudes ont été exprimées quant à une possible augmentation des cancers (7). Ce séisme a provoqué d'autres phénomènes Natech. Plusieurs incendies se sont déclarés, dont un dans un parc de stockage de naphte qu'il a fallu combattre pendant quatre jours. Dans une usine de fabrication d'engrais proche du site, le personnel a délibérément ouvert les soupapes des réservoirs de stockage d'ammoniaque afin d'éviter une possible explosion due à la montée en pression, libérant une grande quantité d'ammoniaque dans l'air (7). RÉFÉRENCES 21 RÉFÉRENCES 1. Gates AE, Ritchie D. Encyclopedia of earthquakes and volcanoes, 3rd edition. New York : Facts On File Inc; 2007. 2. Krausmann E, Renni E, Campedel M, Cozzani V. Industrial accidents triggered by earthquakes, floods and lightning: lessons learned from a database analysis. Natural Hazards. 2011;59:285-300. doi: 10.1007/s11069-011-9754-3. 3. Doocy S, Daniels A, Packer C, Dick A, Kirsch TD. The human impact of earthquakes: a historical review of events 1980–2009 and systematic literature review. 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Une inondation est une situation temporaire durant laquelle des terres habituellement sèches sont recouvertes d'eau, par exemple dans les cas suivants (1, 2) : • Hausse progressive du niveau des eaux intérieures, comme les rivières, les lacs et les eaux souterraines, suite à de fortes précipitations ou à une fonte rapide des neiges. • Accumulation d'eau en surface suite à une longue période de précipitations, qui entraîne la saturation du sol en eau et la hausse du niveau des nappes phréatiques au-dessus de la surface. • Rupture d'un barrage ou d'une digue. • Crue soudaine de courte durée résultant de fortes précipitations lors d'un orage ou d'un lâcher des eaux d'un barrage. On parle alors de crue éclair, un phénomène particulièrement destructeur sur les terrains pentus, où l'eau s'écoule très rapidement. • Inondation côtière causée par un cyclone tropical, une onde de tempête ou un tsunami. Certaines zones sont particulièrement exposées aux inondations, comme les plaines côtières de faible altitude et les zones qui longent les cours d'eau. Les crues des rivières sont souvent saisonnières. La gravité du risque présenté par une inondation dépend de la hauteur d'eau, de la vitesse d'écoulement et de montée des eaux, de la durée de la crue et de la saison (4). Facteurs de risque de rejet chimique L'analyse des phénomènes passés laisse entendre que les réservoirs de stockage et les tuyauteries sont particulièrement vulnérables aux dégâts causés par les inondations (5). En outre, plusieurs facteurs peuvent accroître la vulnérabilité d'une zone aux rejets chimiques et aux dangers pour la santé en cas d'inondation, par exemple (1, 3) : • normes d'aménagement et de construction inadéquates ; • implantation d'installations industrielles dans des zones inondables ; • structures non conçues pour résister aux inondations ; • sols à faible capacité d'absorption des eaux de pluie, à cause de l'érosion, de la déforestation ou de revêtements imperméables comme le béton ; • systèmes d'alerte inadéquats ; • mesures de sécurité ou plans d'urgence inadéquats ; • forte densité de population autour de sites industriels ; • manque de sensibilisation du public quant aux risques d'inondation. Une inondation peut accroître les risques en réduisant les capacités d'intervention (6, 7) : • Les dégâts causés au matériel d'urgence sur site vont ralentir l'intervention, tout comme les dégâts causés aux infrastructures essentielles (réseaux électriques, alimentation en eau et télécommunications). • Le personnel d'intervention d'urgence hors site et les autres ressources peuvent ne pas être disponibles car occupés à gérer les conséquences de l'inondation. • La libération de substances dangereuses peut freiner les opérations de recherche et de secours. Les plans d'intervention d'urgence des sites industriels devraient prévoir des scénarios en cas d'inondation, de sorte que les travailleurs et les responsables soient préparés aux cas particuliers qui peuvent aggraver une situation d'urgence pendant et après une inondation. Mécanismes de rejet chimique Lors d'une crue, les réservoirs de stockage de produits chimiques peuvent être déplacés et retournés par les eaux, et les tuyauteries et canalisations peuvent se rompre. Des bidons de produits chimiques peuvent être soulevés et transportés par les eaux. Ils peuvent être endommagés par des collisions et se vider de leur contenu. Les produits chimiques ainsi libérés peuvent se mélanger et réagir avec l'eau, en générant potentiellement des produits de réaction toxiques ou en créant un risque d'incendie ou d'explosion (5). Lorsque des hydrocarbures inflammables sont libérés dans l'eau, leur inflammation peut donner lieu à des feux de nappe. Il s'agit de feux flottant au-dessus d'une nappe horizontale de combustibles hydrocarbonés volatils, qui peuvent propager le feu à de nouvelles sources de matériaux inflammables ou à des zones résidentielles (8). Ils représentent un risque particulier pour les produits pétroliers dans les dépôts de stockage ou les raffineries (voir l'encadré B1). 24 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES Les dégâts occasionnés sur les réseaux électriques peuvent provoquer une altération des processus et des mesures de sécurité, telles que les systèmes de contrôle de la température et de la pression et les vannes de régulation, et potentiellement entraîner des réactions chimiques et des baisses de pression incontrôlées. L'inondation des systèmes d'évacuation internes d'une usine peut entraîner le rejet d'huiles usagées ou d'autres déchets chimiques s'ils ne sont pas séparés des systèmes d'évacuation des eaux de surface. Les mines abandonnées, comme les mines de charbon, peuvent être inondées et faire remonter des eaux acides contenant de l'acide sulfurique, né de l'oxydation des sulfures lors de l'exposition de l'eau à l'air (11). Les bassins de retenue des résidus contenant des déchets miniers peuvent exploser sous la pression de l'eau, libérant des déchets et des boues hautement toxiques (4). L'inondation d'une zone peut engendrer d'autres types de rejets chimiques (2, 11). Dans les zones rurales, l'eau ruisselant des zones inondées peut charrier des éléments du sol contenant des engrais, des herbicides et des insecticides. L'eau ruisselant des autoroutes, des routes et des ponts peut contenir des métaux lourds, des hydrocarbures d'origine pétrolière et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. L'eau ruisselant de décharges inondées peut contenir un grand nombre de substances chimiques toxiques, en fonction de ce qui se trouvait sur le site (12). Les substances chimiques contenues dans les eaux de crue peuvent contaminer les sources d'eau potable et se déposer sur les terres agricoles et dans des bâtiments, comme des logements et des écoles, lorsque la crue recule. Des terres En novembre 2002, de fortes pluies se sont abattues sur l'ouest et le centre du Maroc, causant d'importantes inondations. De nombreux décès et disparitions de personnes ont été signalés. La région de Mohammédia, sur la côte ouest du Maroc, entre Casablanca et Rabat, a été la plus touchée ; les zones industrielles ainsi que l'aéroport ont subi de gros dégâts. À la raffinerie de pétrole de Mohammédia, de l'huile usagée du système d'évacuation a été soulevée par l'eau, qui a atteint 1 m de hauteur sur le site. Cette huile usagée a été charriée avec les eaux dans toute la raffinerie. Elle a pris feu au contact d'éléments chauds de l'équipement de la raffinerie, ENCADRÉ B1. RAFFINERIE DE MOHAMMÉDIA, MAROC, NOVEMBRE 2002 agricoles ainsi contaminées peuvent rester inexploitables pendant de nombreuses années (3). L'encadré B2 décrit la contamination du sol par les eaux qui ruisselaient d'autoroutes, en plus des rejets toxiques émanant d'une usine chimique, lors des inondations de 2002 en République tchèque. Effets potentiels sur la santé humaine Les substances chimiques libérées suite à une inondation peuvent avoir des effets toxiques cutanés, respiratoires et systémiques, dus à l'exposition directe des victimes et des sauveteurs. Les lésions et les effets toxiques peuvent également être provoqués par la contamination de l'environnement, des incendies et des explosions. Le grand public, les sauveteurs et les personnes qui participent aux opérations de nettoyage peuvent être exposés à de nombreux dangers, que l'on peut répartir en deux catégories : d'origine chimique et non chimique (12, 16). Quelques exemples sont présentés ci-dessous. Dangers d'origine chimique • Brûlures résultant d'incendies et de l'exposition à des substances chimiques corrosives (formation de vapeurs toxiques et/ou inflammables par réaction entre les substances chimiques rejetées et les eaux de crue). • Lésions des voies respiratoires dues à l'inhalation de gaz irritants, notamment de produits de combustion. provoquant des feux de nappe et des explosions La centrale thermoélectrique qui faisait partie du complexe de la raffinerie a été détruite. Deux personnes sont mortes dans l'explosion et quatre ont été blessées. La raffinerie a dû être fermée pendant plusieurs mois après l'accident afin d'être réparée et nettoyée. Après l'inondation, le pays a connu une pénurie de carburant, du fait que cette raffinerie était sa principale unité de traitement du pétrole brut, avec une production annuelle de 8 millions de tonnes (5, 9, 10). 25ANNEXE B - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES INONDATIONS En août 2002, une tempête accompagnée de fortes pluies persistantes s'est abattue sur l'Europe centrale, rapidement suivie d'une deuxième qui a durement frappé la République tchèque. Après une semaine d'intenses précipitations, pendant laquelle il est tombé environ trois fois la moyenne des précipitations d'un mois d'août, l'Elbe et plusieurs autres rivières ont débordé. Des centaines de villes et de villages ont été complètement inondés et on a enregistré 220 000 personnes évacuées et 19 morts (13, 14). Au total, 3,2 millions de personnes ont été affectées par ces inondations et on a estimé les dommages financiers entre 2 et 3 milliards d'euros. Les données recueillies par l'Inspection de l'environnement ont révélé l'existence d'au moins 20 accidents associés au rejet de substances dangereuses (14). Le plus grave d'entre eux s'est produit dans une usine chimique à Neratovice, au ENCADRÉ B2. RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, AOÛT 2002 • Intoxications résultant de l'exposition à des substances chimiques toxiques et de la consommation d'eau ou d'aliments contaminés. En fonction de la vitesse, du volume et du débit des eaux de crue, le risque d'exposition chimique peut cependant être réduit par dilution dans l'eau. • Intoxication au monoxyde de carbone résultant de la mauvaise utilisation de groupes électrogènes à combustible liquide, de barbecues, de braseros ou de charbon / charbon de bois pour la cuisine et le chauffage, ou de pompes et déshumidificateurs fonctionnant à l'essence pour assécher des pièces inondées (1, 2, 17). • Lésions et intoxications chez les personnes participant aux opérations de secours et de nettoyage, y compris exposition excessive aux pesticides utilisés pour lutter contre les rongeurs et les vecteurs de maladies. Dangers d'origine non chimique • Noyade. • Hypothermie suite à l'immersion dans une eau à moins de 24°C. • Piqûres et morsures d'animaux venimeux déplacés (1). • Blessures et décès causés par des débris flottants. Des blessures peuvent également se produire durant les phases de secours et de nettoyage, par ex. lorsque l'on découpe et retire des débris. • Conséquences d'une évacuation, par ex. risque accru de maladies infectieuses sur les sites d'évacuation, aggravation des problèmes de santé préexistants durant le transfert de patients, saturation des établissements de soins réduisant leur capacité à fournir des traitements adéquats, problèmes potentiels d'approvisionnement en eau et d'assainissement, etc. (18). • Effets psychosociaux, y compris état de stress post- traumatique(16, 19). Des problèmes de santé d'origine chimique ont été signalés après une inondation à Sandhurst (Royaume-Uni) en 2000 (voir l'encadré B3). Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation Les chapitres 5.3 et 5.4 (document principal) décrivent plus en détail le rôle du secteur de la santé durant les phases d'intervention et de rétablissement de la situation. Le présent chapitre en fournit un résumé. nord de Prague, sur les bords de l'Elbe. Outre du pétrole et d'autres substances chimiques produites dans l'usine, 80 tonnes de chlore ont été libérées dans l'air et les eaux de crue. La comparaison de prélèvements d'eau et de sédiments avant et après l'inondation a montré des concentrations nettement plus élevées de mercure et de dioxines, en particulier autour de Neratovice. L'enquête a également révélé que les eaux de crue avaient emporté des micropolluants toxiques des rues et des routes (15). D'après un sondage réalisé dans un district, 46% de la population avait l'impression que sa santé s'était détériorée pendant l'inondation et 39% dans les six semaines qui ont suivi. Ce sentiment de moins bonne santé persistait un an après l'inondation chez 73% de la population (14). 26 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES Le 30 octobre 2000, un incendie, probablement dû à la foudre ou au vent, s'est déclaré dans une entreprise de gestion des déchets et de recyclage de Sandhurst, dans le Gloucestershire, au Royaume-Uni. À cause de petites explosions et de l'intensité des flammes, le service de lutte contre l'incendie n'a pas pu s'approcher du site pendant plusieurs heures. De plus, l'accident s'est produit durant une tempête accompagnée de vents violents et de fortes précipitations, ce qui a ralenti l'accès au site. Les personnes qui vivaient à proximité ont été évacuées jusqu'à ce que le feu ait été maîtrisé, plus tard dans la soirée. L'incendie a consumé des tonnes de substances chimiques dangereuses, comme du cyanure, des pesticides, des solvants et de l'amiante qui se trouvaient dans des bidons. Suite aux fortes pluies qui ont continué de tomber, le Fleuve Severn a débordé, inondant le site de gestion des déchets jusqu'à une hauteur de 2,4 m d'eau. On a signalé que des substances chimiques du site auraient été emportées dans les eaux de crue. Une nouvelle fois, les habitants ont été évacués en raison de craintes concernant la contamination chimique des logements. À cause de l'inondation, le site est resté inaccessible pendant plusieurs jours et les matières toxiques n'ont pu être retirées rapidement. De ENCADRÉ B3. SANDHURST, GLOUCESTERSHIRE, ROYAUME-UNI, NOVEMBRE 2000 Évaluation des risques i. Obtenir des informations sur les sites dangereux potentiellement affectés, notamment les décharges, afin d'évaluer les risques pour la santé et de déterminer les mesures de gestion des risques appropriées. ii. Identifier les substances chimiques impliquées dans l'accident : vérifier s'il existe un inventaire, par ex. dans le plan d'urgence du site ; si ce n'est pas le cas, utiliser l'Outil d'évaluation environnementale rapide (21) (voir aussi l'annexe D Sources d'informations complémentaires). Rechercher les étiquettes donnant des renseignements sur les dangers (voir l'annexe E Exemples d'avertissements). graves inondations ont continué de menacer le site jusqu'à la fin du mois de novembre et le secteur a de nouveau été inondé en décembre. Il a fallu attendre que les eaux se soient retirées pour commencer le nettoyage. Au vu du grand nombre de maladies qui ont été signalées durant les jours qui ont suivi l'incendie et l'inondation, les autorités sanitaires locales ont lancé des enquêtes de santé pour évaluer l'impact de l'accident sur la communauté. La population locale a déclaré avoir souffert de maux de gorge, d'yeux qui piquent et de difficultés respiratoires, mais ces symptômes avaient disparu quelques semaines après l'accident et aucun patient n'avait été hospitalisé. Les autorités sanitaires ont déclaré qu'aucune preuve ne permettait d'établir l'existence d'effets à long terme sur la santé publique ni de risques de contamination des aliments. La population s'inquiétait surtout du fait que les logements aient pu être contaminés par des substances chimiques. Les autorités locales ont donc prélevé des échantillons d'air, d'eau et de boue avant de les analyser pour connaître la teneur de différentes substances chimiques. Des traces de substances chimiques ont été observées mais n'ont révélé aucune contamination grave (11, 20). iii. Recueillir et tenir compte de toutes les informations cliniques provenant des personnes exposées, cela pouvant permettre d'identifier certaines substances ou certains groupes chimiques. iv. Si possible, organiser le prélèvement et l'analyse d'échantillons environnementaux (air, sol, eau, récoltes) afin d'établir la présence et le degré de contamination par des substances chimiques. v. Évaluer la possibilité de contamination des sources d'eau potable et des denrées alimentaires. 27ANNEXE B - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES INONDATIONS Prévention de l'exposition i. En fonction de l'évaluation des risques, adresser les recommandations nécessaires aux services de la protection civile, de lutte contre l'incendie ou d'autres services concernant la nécessité de : • mesures de confinement • restrictions d'accès aux sites contaminés • équipements de protection individuelle (EPI) • se mettre à l'abri sur place ou recommander l'évacuation des communautés affectées. ii. S'assurer que les personnes qui participent aux opérations de nettoyage et de secours disposent d'un EPI adéquat et soient informées de la possibilité de déversements chimiques. iii. Organiser des lieux pour décontaminer les personnes exposées à des substances chimiques. iv. Fournir des informations détaillées au grand public concernant les mesures de prévention (voir « Communication du risque et communication de crise » ci-dessous). Évaluation et prise en charge médicales i. Veiller à ce que les personnes exposées à des substances chimiques soient décontaminées avant de pénétrer dans l'établissement de soins. ii. Veiller à ce que le personnel de santé suive des procédures relatives au port d'EPI lors de la prise en charge de victimes contaminées par des substances chimiques. iii. Procéder au triage et à l'évaluation de l'état des patients. Ne pas oublier que des intoxications ou des lésions d'origine chimique peuvent être associées à des lésions traumatiques. iv. Demander des conseils à un centre antipoison, si possible, concernant la gestion de l'exposition à des substances chimiques. v. Donner un traitement médical spécifique (par ex. un antidote) si nécessaire. vi. Réfléchir à la nécessité de prélever des échantillons biologiques sur les personnes exposées à des substances chimiques (y compris les intervenants d'urgence) afin de définir et, si possible, de déterminer le degré de l'exposition. vii. Enregistrer toutes les personnes exposées et veiller à réunir et archiver les documents adéquats au cas où il soit nécessaire d'assurer un suivi à long terme. viii. S'assurer, après la première intervention, que des mesures soient prises durant la phase de rétablissement pour éviter des effets indirects et des expositions à long terme aux substances chimiques. Offrir un soutien psychosocial et de santé mentale aux communautés affectées. Communication du risque et communication de crise Fournir des informations, actualisées si nécessaire, à la population, aux premiers intervenants et aux décisionnaires au sujet des dangers d'origine chimique et autre découlant de l'événement. Veiller à ce que la population soit informée au sujet : • du/des phénomène(s) Natech • des personnes responsables • des mesures qui sont prises • de la nature et des dangers des substances chimiques concernées • de ce que les personnes doivent faire pour se protéger et protéger leur famille • des situations qui doivent pousser à consulter un médecin • des moyens d'obtenir d'autres informations. Il existe aussi certains thèmes de santé spécifiques : • recommandations au sujet de l'eau et des aliments, en cas de contamination • prévention des intoxications au monoxyde de carbone • précautions durant le nettoyage, par ex. port d'un équipement de protection individuelle, utilisation sans danger du matériel de coupe, manipulation de l'amiante- ciment, etc. • dangers potentiels dans les logements endommagés par l'inondation. 28 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES RÉFÉRENCES 1. Doocy S, Daniels A, Murray S, Kirsch TD. The human impact of floods: a historical review of events 1980–2009 and systematic literature review. PLoS Currents Disasters. 2013 April 16; Edition 1. doi: 10.1371/currents.dis. f4deb457904936b07c09daa98ee8171a (http:// currents.plos.org/disasters/article/the-human- impact-of-floods-a-historical-review-of-events- 1980-2009-and-systematic-literature-review/, accessed 7 July 2017). 2. Menne B, Murray V. 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Les termes cyclone, ouragan et typhon désignent, selon les régions, un système météorologique dépressionnaire qui se forme au-dessus des eaux tropicales ou subtropicales et se caractérise par des orages, des pluies torrentielles et des vents violents (1, 2). L'intensité des cyclones devrait augmenter sous l'effet du changement climatique (3). Les cyclones sont également classés en fonction de la vitesse des vents et de l'endroit où ils se forment (1, 2) : • dépression tropicale – vitesse du vent soutenu de 63 km/h ou moins ; • tempête tropicale – vitesse du vent soutenu maximum comprise entre 63 et 117 km/h ; • ouragan, typhon, cyclone tropical violent, tempête cyclonique violente ou cyclone tropical (la nomenclature varie en fonction du bassin océanique) – système météorologique tropical intense avec vents soutenus d'au moins 119 km/h. L'échelle de Saffir-Simpson, qui va de 1 à5, permet de catégoriser les ouragans suivant la vitesse de leurs vents soutenus. Un ouragan de catégorie 1 a des vents d'une vitesse de 119 à 153 km/h et peut causer quelques dommages. Un ouragan de catégorie 5 a des vents d'une vitesse de plus de 252 km/h et cause des dégâts catastrophiques (4). Généralement, la saison de ces phénomènes météorologiques est la suivante (2) : • typhons dans la région du Pacifique nord-ouest : de mai à novembre ; • ouragans dans les Amériques et les Caraïbes : de juin à novembre, avec un pic en août et septembre ; • cyclones dans le Pacifique sud et l'Australie : de novembre à avril ; • cyclones tropicaux dans le golfe du Bengale et la mer d'Arabie : d'avril à juin et de septembre à novembre ; • cyclones tropicaux sur la côte est de l'Afrique : de novembre à avril. Les cyclones peuvent s'étendre sur des centaines de kilomètres et s'accompagner de vents destructeurs, d'ondes de tempête, d'inondations des terres, d'orages et, parfois, de tornades (2). Une onde de tempête est une élévation anormale du niveau de l'eau générée par des vents violents. Les ondes de tempête et les vagues peuvent occasionner d'importants dégâts le long du littoral exposé. En outre, une onde de tempête peut parcourir plusieurs kilomètres dans les terres, le long des fleuves et des estuaires (5). Facteurs de risque de rejet chimique L'analyse des phénomènes passés laisse entendre que les raffineries de pétrole et d'autres installations dangereuses sont vulnérables aux vents violents, aux tornades, aux inondations et aux orages, qui occasionnent des rejets chimiques dangereux (6, 7). Les cyclones peuvent également causer des dégâts importants aux infrastructures, qui freinent alors les interventions. Les facteurs qui augmentent le risque de rejet chimique et de préjudice pour la santé pendant ou après un cyclone sont notamment les suivants (8, 9) : • normes d'aménagement et de construction inadéquates ; • implantation d'installations industrielles et de stockage chimique dans des zones côtières ; • structures vulnérables face aux tempêtes et à la foudre ; • mesures de sécurité ou plans d'urgence inadéquats ; • systèmes d'alerte inadéquats ; • forte densité de population autour de sites industriels ; • manque de sensibilisation du public quant aux risques de cyclone et d'inondation. 31ANNEXE C - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES CYCLONES Un cyclone peut accroître les risques en réduisant les capacités d'intervention (7, 10) : • Les interventions sont impossibles tant que le phénomène ne s'est pas suffisamment calmé pour permettre des déplacements sûrs. • Les dégâts causés au matériel d'urgence sur site vont ralentir l'intervention, tout comme les dégâts causés aux infrastructures essentielles (réseaux électriques, alimentation en eau et télécommunications). • Le personnel d'intervention d'urgence hors site et les autres ressources peuvent ne pas être disponibles car occupés à gérer les conséquences du cyclone. • La libération de substances dangereuses peut freiner les opérations de recherche et de secours. Mécanismes de rejet chimique Les cyclones peuvent entraîner des rejets chimiques de différentes manières (11, 12). Les vents violents et les tornades peuvent endommager directement les bâtiments et les structures des installations chimiques en renversant les réservoirs de stockage et en déboîtant les conduites et les raccordements entre les unités de stockage et de traitement. Ces vents violents peuvent également projeter des objets comme des branches d'arbres et des toitures dans l'air ainsi que sur les cuves de stockage et les tuyauteries (6). Des gaz chimiques toxiques émanant de réservoirs de stockage percés ou qui ont éclaté peuvent se répandre dans des zones habitées ou se dissoudre dans les eaux de pluie, générant des pluies toxiques ou corrosives (6). Les vents violents et les fortes vagues peuvent endommager les navires de marchandises et les pétroliers, directement ou indirectement, en leur faisant heurter des rochers. Des substances chimiques peuvent ainsi être libérées dans la mer avant d'échouer sur le rivage. Les hydrocarbures flottant sur l'eau peuvent être amenés vers le rivage sous la forme de fines particules. Par exemple, lors du passage du typhon Haiyan, qui a durement touché les Philippines en 2013, un automoteur- citerne s'est détaché de ses amarres, a heurté le rivage et s'est brisé, libérant 800 000 litres de mazout lourd dans la mer. La plupart du mazout a été rejeté sur les côtes, en contaminant des kilomètres de littoral (13 ; voir l'encadré C1). Les inondations provoquées par les fortes pluies et les ouragans peuvent déplacer et renverser des réservoirs de stockage de produits chimiques et entraîner la rupture de canalisations. Des bidons de produits chimiques peuvent être soulevés et transportés par les eaux. Ils peuvent être endommagés par des collisions et se vider de leur contenu. Les produits chimiques ainsi libérés peuvent se mélanger et réagir avec l'eau, en générant potentiellement des produits de réaction toxiques ou en créant un risque d'incendie ou d'explosion (14). Lorsque des hydrocarbures inflammables sont libérés dans l'eau, leur inflammation peut donner lieu à des feux de nappe. Il s'agit de feux flottant au-dessus d'une nappe horizontale de combustibles hydrocarbonés volatils, qui peuvent propager le feu à de nouvelles sources de matériaux inflammables ou à des zones résidentielles (15). Ils représentent un risque particulier pour les produits pétroliers dans les dépôts de stockage ou les raffineries. L'inondation des systèmes d'évacuation internes d'une usine peut entraîner le rejet d'huiles usagées ou d'autres déchets chimiques s'ils ne sont pas séparés des systèmes d'évacuation des eaux de surface. L'eau ruisselant des zones inondées peut transporter des substances chimiques, comme des éléments du sol contenant des engrais, des herbicides et des pesticides (dans les zones rurales), ou des métaux lourds, des hydrocarbures d'origine pétrolière et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (eau ruisselant des routes, autoroutes et ponts) (16, 17). La foudre peut directement frapper des structures et des réservoirs de stockage contenant des matériaux inflammables, causant des incendies et des explosions (6, 18). Les installations gazières et pétrolières sont particulièrement vulnérables. La foudre peut également perturber le fonctionnement des circuits électriques et des systèmes de sécurité et entraîner des rejets chimiques (18). Les dégâts occasionnés sur les réseaux électriques peuvent provoquer une altération des processus et des mesures de sécurité, telles que les systèmes de contrôle de la température et de la pression et les vannes de régulation, et potentiellement entraîner des réactions chimiques et des baisses de pression incontrôlées. Effets potentiels sur la santé humaine Les cyclones, lorsqu'ils gagnent les terres, peuvent s'accompagner de fortes précipitations, de vents violents et de vagues puissantes. Le grand public, les sauveteurs et les personnes qui participent aux opérations de nettoyage peuvent être exposés à de nombreux dangers, que l'on peut répartir en deux catégories : d'origine chimique et non chimique (9, 19). Quelques exemples sont présentés ci-dessous. 32 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES Dangers d'origine chimique • Brûlures résultant d'incendies et de l'exposition à des substances chimiques corrosives (formation de vapeurs toxiques et/ou inflammables par réaction entre les substances chimiques rejetées et les eaux de crue). • Lésions des voies respiratoires dues à l'inhalation de gaz irritants, notamment de produits de combustion et de fibres (issues par ex. d'isolants en amiante et en fibre de verre). • Intoxication résultant de l'exposition à des substances chimiques toxiques et de la consommation d'eau ou d'aliments contaminés. En fonction de la vitesse, du volume et du débit des eaux de crue, le risque d'exposition chimique peut être réduit par dilution dans l'eau. • Intoxication au monoxyde de carbone résultant de la mauvaise utilisation de groupes électrogènes à combustible liquide, de barbecues, de braseros ou de charbon / charbon de bois pour la cuisine et le chauffage, ou de pompes et déshumidificateurs fonctionnant à l'essence pour assécher des pièces inondées (16, 20, 21). • Lésions et intoxications chez les personnes participant aux opérations de secours et de nettoyage, y compris exposition excessive aux pesticides utilisés pour lutter contre les rongeurs et les vecteurs de maladies. Dangers d'origine non chimique • Noyade. • Électrocution, foudroiements. • Hypothermie suite à l'immersion dans une eau à moins de 24°C. • Piqûres et morsures d'animaux venimeux déplacés (21). • Blessures et décès causés par la chute de débris ou par des débris volants ou flottants. Des blessures peuvent également se produire durant les phases de secours et de nettoyage, par ex. lorsque l'on découpe et retire des débris. • Conséquences d'une évacuation, par ex. risque accru de maladies infectieuses sur les sites d'évacuation, aggravation des problèmes de santé préexistants durant le transfert de patients, saturation des établissements de soins entraînant leur incapacité à fournir des traitements adéquats, problèmes potentiels d'approvisionnement en eau et d'assainissement, etc. (22). • Maladies diarrhéiques, transmises par des vecteurs ou par des rongeurs. • Effets psychosociaux, y compris état de stress post- traumatique (16, 19). Considérations relatives à l'intervention et au rétablissement de la situation Les chapitres 5.3 et 5.4 (document principal) décrivent plus en détail le rôle du secteur de la santé durant les phases d'intervention et de rétablissement de la situation. Le présent chapitre en fournit un résumé. Évaluation des risques i. Obtenir des informations sur les sites dangereux potentiellement affectés, notamment les décharges, afin d'évaluer les risques pour la santé et de déterminer les mesures de gestion des risques appropriées. ii. Identifier les substances chimiques impliquées dans l'accident : vérifier s'il existe un inventaire, par ex. dans le plan d'urgence du site ; si ce n'est pas le cas, utiliser l'Outil d'évaluation environnementale rapide (23) (voir aussi l'annexe D Sources d'informations complémentaires). Rechercher les étiquettes donnant des renseignements sur les dangers (voir l'annexe E Exemples d'avertissements). iii. Recueillir et tenir compte de toutes les informations cliniques provenant des personnes exposées, cela pouvant permettre d'identifier certaines substances ou certains groupes chimiques. iv. Si possible, organiser le prélèvement et l'analyse d'échantillons environnementaux (air, sol, eau, récoltes) afin d'établir la présence et le degré de contamination par des substances chimiques. v. Évaluer la possibilité de contamination des sources d'eau potable et des denrées alimentaires. Prévention de l'exposition i. En fonction de l'évaluation des risques, adresser les recommandations nécessaires aux services de la protection civile, de lutte contre l'incendie ou d'autres services concernant la nécessité de : • mesures de confinement • restrictions d'accès aux sites contaminés 33ANNEXE C - REJETS CHIMIQUES ASSOCIÉS À DES CYCLONES • équipements de protection individuelle (EPI) • se mettre à l'abri sur place ou recommander l'évacuation des communautés affectées. ii. S'assurer que les personnes qui participent aux opérations de nettoyage et de secours disposent d'un EPI adéquat et soient informées de la possibilité de déversements chimiques. iii. Organiser des lieux pour décontaminer les personnes exposées à des substances chimiques. iv. Fournir des informations détaillées au grand public concernant les mesures de prévention (voir « Communication du risque et communication de crise » ci-dessous). Évaluation et prise en charge médicales i. Veiller à ce que les personnes exposées à des substances chimiques soient décontaminées avant de pénétrer dans l'établissement de soins. ii. Veiller à ce que le personnel de santé suive des procédures relatives au port d'EPI lors de la prise en charge de victimes contaminées par des substances chimiques. iii. Procéder au triage et à l'évaluation de l'état des patients. Ne pas oublier que des intoxications ou des lésions d'origine chimique peuvent être associées à des lésions traumatiques. iv. Demander des conseils à un centre antipoison, si possible, concernant la gestion de l'exposition à des substances chimiques. v. Donner un traitement médical spécifique (par ex. un antidote) si nécessaire. vi. Réfléchir à la nécessité de prélever des échantillons biologiques sur les personnes exposées à des substances chimiques (y compris les intervenants d'urgence) afin de définir et, si possible, de déterminer le degré de l'exposition. vii. Enregistrer toutes les personnes exposées et veiller à réunir et archiver les documents adéquats au cas où il soit nécessaire d'assurer un suivi à long terme. viii. S'assurer, après la première intervention, que des mesures soient prises durant la phase de rétablissement pour éviter des effets indirects et des expositions à long terme aux produits chimiques. Offrir un soutien psychosocial et de santé mentale aux communautés affectées. Communication du risque et communication de crise Fournir des informations, actualisées si nécessaire, à la population, aux premiers intervenants et aux décisionnaires au sujet des dangers d'origine chimique et autre découlant de l'événement. Veiller à ce que la population soit informée au sujet : • du/des phénomène(s) Natech • des personnes responsables • des mesures qui sont prises • de la nature et des dangers des substances chimiques concernées • de ce que les personnes doivent faire pour se protéger et protéger leur famille • des situations qui doivent pousser à consulter un médecin • des moyens d'obtenir d'autres informations. Il existe aussi certains thèmes de santé spécifiques : • recommandations au sujet de l'eau et des aliments, en cas de contamination • prévention des intoxications au monoxyde de carbone • précautions durant le nettoyage, par ex. port d'un équipement de protection individuelle, utilisation sans danger du matériel de coupe, manipulation l'amiante- ciment, etc. • dangers potentiels dans les logements endommagés par l'inondation. 34 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES Le 8 novembre 2013, le Typhon Haiyan a atteint les Philippines avec des vents soufflant jusqu'à 275 km/h. Selon les autorités nationales, 14,1 millions de personnes ont été affectées, 4,1 millions déplacées et 6155 sont mortes. Environ 1,1 million d'habitations ont été endommagées et la moitié d'entre elles ont été complètement détruites. La région de Visayas a été la plus durement touchée. D'importants dégâts ont été signalés dans toute la zone, dans les villes, les villages et les grandes infrastructures, comme l'aéroport de Tacloban. Un automoteur-citerne amarré au sud d'Estancia, dans la province d'Iloilo, s'est détaché, a heurté le rivage et s'est brisé, entraînant le rejet de plus de 800 000 litres de mazout lourd C sur 10 km de côtes au sud d'Estancia. Pour des raisons sanitaires et de sécurité, des centaines de familles qui vivaient dans cette zone ont été évacuées. Les autorités craignaient l'évaporation de composés toxiques du mazout ainsi que le risque d'incendies accidentels. Le typhon a laissé les routes principales sévèrement endommagées et les zones isolées, inaccessibles, n'ont pu bénéficier d'un soutien logistique. La population a commencé à retirer manuellement les débris contaminés par le mazout, ainsi que le mazout lui-même. Comme elle ne disposait pas des équipements de protection adéquats, elle a été en contact direct avec le mazout. Des barrières flottantes ont été installées pour bloquer le ENCADRÉ C1. TYPHON HAIYAN, ESTANCIA, PHILIPPINES, NOVEMBRE 2013 mazout qui flottait à la surface de l'eau, mais l'utilisation d'équipements de nettoyage mécaniques a été retardée en raison de l'inaccessibilité du site. Ainsi, la population locale, qui vivait essentiellement de la pêche et du tourisme, n'a pas été autorisée à rentrer chez elle avant la mi-décembre. Cela a eu un impact important sur le rétablissement de la situation, puisqu'elle dépendait pendant ce temps de l'aide humanitaire. De plus, les habitations et les écoles lourdement endommagées n'ont pas été accessibles avant la fin du mois de décembre. Ce déversement de mazout a pollué des kilomètres de côtes et affecté la faune et la flore. On a pu observer des troncs d'arbres, des racines et des branches mortes recouvertes de mazout dans la mangrove jusqu'à 3 km à l'intérieur des terres. Des débris contaminés sont restés sur le littoral et le sable a été pollué jusqu'à 10 à 20 cm de profondeur. Près d'Estancia, on a pu observer de nombreux bateaux de pêche endommagés par le typhon et contaminés par du mazout. Dans certaines zones contaminées, on a laissé les marées nettoyer naturellement la côte. En l'absence d'usine de traitement des déchets industriels dans la région pour s'occuper des débris souillés, ceux-ci ont dû être expédiés sur une autre île, ce qui a engendré des frais supplémentaires et nécessité la mise en place de mesures de contrôle (13). RÉFÉRENCES 35 RÉFÉRENCES 1. What is a hurricane, typhoon or tropical cyclone? In: Frequently asked questions [website]. Miami: National Oceanic & Atmospheric Administration; 2017 (http://www.aoml.noaa.gov/hrd/tcfaq/ A1.html, accessed 7 July 2017). 2. FAQs – Tropical cyclones. In: World Meteorological Organization [website]. Geneva: World Meteorological Organization; 2017 (http://public. wmo.int/en/About-us/FAQs/faqs-tropical-cyclones, accessed 7 July 2017). 3. Protecting health from climate change: vulnerability and adaptation assessment. Geneva: World Health Organization; 2013 (http://www.who.int/ globalchange/publications/vulnerability-adaptation/ en/, accessed 9 January 2018). 4. Saffir-Simpson Hurricane Wind Scale. In: National Hurricane Centre, National Oceanic & Atmospheric Administration [website]. Miami: National Oceanic & Atmospheric Administration; 2016 (http:// www.nhc.noaa.gov/aboutsshws.php, accessed 30 December 2016). 5. Hurricane preparedness: hazards. In: National Weather Service, National Oceanic & Atmospheric Administration [website]. Miami: National Oceanic & Atmospheric Administration; 2017 (http://www. nhc.noaa.gov/prepare/hazards.php, accessed 7 July 2017). 6. Cruz A, Steinberg L, Luna R. Identifying hurricane- induced hazardous material release scenarios in a petroleum refinery. Natural Hazards Review. 2001;2(4):203–10. 7. Krausmann E, Cruz AM, Salzano E. Natech risk assessment and management: reducing the risk of natural-hazard impact on hazardous installations. Amsterdam : Elsevier; 2017. 8. Cruz AM, Steinberg LJ, Vetere Arellano AL, Nordvik J-P, Pisano F. State of the art in Natech risk management. Ispra: European Commission Joint Research Centre; 2004 (EC JRC, UN ISDR EUR 21292 EN; http://www.unisdr.org/files/2631_ FinalNatechStateofthe20Artcorrected.pdf, accessed 7 July 2017). 9. Young S, Balluz L, Malilay J. Natural and technologic hazardous material releases during and after natural disasters: a review. Science of the Total Environment. 2004;322(1–3):3–20 (http://dx.doi. org/10.1016/S0048-9697(03)00446-7, accessed 7 July 2017). 10. Krausmann E, Renni E, Campedel M, Cozzani V. Industrial accidents triggered by earthquakes, floods and lightning: lessons learned from a database analysis. Natural Hazards. 2011;59:285-300. doi: 10.1007/s11069-011-9754-3. 11. Cruz AM, Krausmann E. Vulnerability of the oil and gas sector to climate change and extreme weather events. Climatic Change. 2013;121:41-53. 12. Godoy, LA. Performance of storage tanks in oil facilities damaged by hurricanes Katrina and Rita. Journal of Performance of Constructed Facilities. 2007; 21(6):441–9. 13. Oil spill in Estancia Iloilo Province, Western Visayas, Philippines, resulting from Typhoon Haiyan (Yolanda). Geneva: United Nations Environment Programme/Office for the Coordination of Humanitarian Affairs Joint Unit; 2013 (http:// reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/ Es tanc ia%20Oi l%20Spi l l%20In i t i a l%20 Assessment%20Report%20FINAL%282%29.pdf, accessed 7 July 2017). 14. Cozzani V, Campedel M, Renni E and Krausmann E. Industrial accidents triggered by flood events: analysis of past accidents. Journal of Hazardous Materials. 2010;175:501-9. 15. Hamins A, Kashiwagi T, Burch RR. Characteristics of pool fire burning. ASTM special technical publication 1284. 1996. pp. 15–41. (http://fire. nist.gov/bfrlpubs/fire96/PDF/f96068.pdf, accessed 7 July 2017). 36 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES 16. Menne B, Murray V. Floods in the WHO European Region: health effects and their prevention. Copenhagen: World Health Organization; 2013 (http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_ file/0020/189020/e96853.pdf, accessed 7 July 2017). 17. Euripidou E, Murray V. Public health impacts of floods and chemical contamination. Journal of Public Health. 2004;26(4):376–383 (http:// jpubhealth.oxfordjournals.org/content/26/4/376. full.pdf, accessed 7 July 2017). 18. Renni E, Krausmann E, Cozzani V. Industrial accidents triggered by lightning. Journal of Hazardous Materials. 2010;184:42-48. 19. Stanke C, Murray V, Amlôt R, Nurse J, Williams R. The effects of flooding on mental health: outcomes and recommendations from a review of the literature. PLoS Currents Disasters. 2012 May 30; Edition 1. doi: 10.1371/4f9f1fa9c3cae (http://currents. plos.org/disasters/article/the-effects-of-flooding-on- mental-health-outcomes-and-recommendations- from-a-review-of-the-literature/, accessed 29 September 2017). 20. Waite T, Murray V, Baker D. Carbon monoxide poisoning and flooding: changes in risk before, during and after flooding require appropriate public health interventions. PLoS Currents Disasters. 2014 July 3; Edition 1. doi: 0.1371/currents. dis.2b2eb9e15f9b982784938803584487f1 (http://currents.plos.org/disasters/article/carbon- monoxide-poisoning-and-flooding-changes-in- risk-before-during-and-after-flooding-require- appropriate-public-health-interventions/, accessed 20 September 2017). 21. Doocy S, Daniels A, Murray S, Kirsch TD. The human impact of floods: a historical review of events 1980–2009 and systematic literature review. PLoS Currents Disasters. 2013 April 16; Edition 1. doi: 10.1371/currents.dis. f4deb457904936b07c09daa98ee8171a (http:// currents.plos.org/disasters/article/the-human- impact-of-floods-a-historical-review-of-events- 1980-2009-and-systematic-literature-review/, accessed 30 December 2016). 22. Hasegawa A, Ohira T, Maeda M, Yasumura S, Tanigawa K. Emergency responses and health consequences after the Fukushima accident: evacuation and relocation. Clinical Oncology. 2016;28:237–44 (http://www.sciencedirect. com/science/article/pii/S0936655516000054, accessed 7 July 2017). 23. Flash environmental assessment tool (FEAT 2.0): pocket guide. Geneva: United Nations Environment Programme/Office for the Coordination of Humanitarian Affairs Joint Unit; 2017 (http://www. eecentre.org/?p=1596, accessed 7 July 2017). 37ANNEXE D – SOURCES D'INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES ANNEXE D SOURCES D'INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES Natech • RAPID-N : Outil d'évaluation rapide des risques Natech [site Web]. Ispra : Centre commun de recherche de la Commission européenne ; 2017 RAPID-N est une application logicielle scientifique en ligne qui permet d'évaluer et de cartographier rapidement les risques d'accidents industriels dus à des catastrophes naturelles (Natech). Après avoir entré un scénario de catastrophe naturelle, il estime l'étendue et la probabilité des dommages occasionnés aux équipements industriels et modélise les conséquences des phénomènes Natech probables (par ex. incendie, explosion, rejet chimique) qui pourraient être déclenchés par cette catastrophe naturelle. L'outil RAPID-N vise à faciliter l'évaluation / la cartographie des risques Natech et à améliorer le partage d'informations sur les phénomènes Natech grâce à un environnement collaboratif. Disponible sur : http://rapidn.jrc. ec.europa.eu/ • Addendum No. 2 to the OECD guiding principles for chemical accident prevention, preparedness and response (2nd ed.) to address natural hazards triggering technological accidents (Natechs) (Addenda n°2 aux Principes directeurs de l'OCDE pour la prévention, la préparation et l'intervention en matière d'accidents chimiques (2e éd.), relatif aux catastrophes naturelles à l'origine d'accidents technologiques (Natech)) ENV/JM/MONO(2015)1). Série de publications sur les accidents chimiques, n°27 Paris : Organisation de coopération et de développement économiques ; 2015 Cet addenda traite de la gestion du risque d'accidents technologiques causés par des catastrophes naturelles (Natech). Il comprend plusieurs amendements aux principes directeurs et les complète par un nouveau chapitre qui donne des indications plus détaillées en matière de prévention, de préparation et d'intervention en cas d'accident Natech. Disponible sur : http://www.oecd.org/officialdocuments/ publicdisplaydocumentpdf/?cote=env/jm/ mono(2015)1&doclanguage=en Accidents chimiques en général • Fiches d'information sur la gestion des risques de catastrophe et la santé. Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2017 Fiches d'information destinées aux agents de santé engagés dans la gestion des risques de catastrophe et aux partenaires de différents secteurs afin qu'ils apprennent à intégrer la santé dans leurs stratégies de gestion des risques de catastrophe. Disponible sur : http://www.who.int/hac/techguidance/ preparedness/factsheets/en/ Le lien suivant conduit sur une fiche relative à la sécurité chimique (en anglais) : http://www.who.int/ hac/events/drm_fact_sheet_chemical_safety.pdf • Manuel pour la gestion de l'aspect santé publique des accidents chimiques. Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2009 Ce manuel, destiné aux professionnels de l'environnement et de la santé publique, décrit différentes phases du cycle d'intervention d'urgence (prévention, planification et préparation, détection et alerte, intervention et rétablissement de la situation) ainsi que les rôles et responsabilités des acteurs de la santé publique dans ces différentes phases. Disponible sur : http://www.who.int/ environmental_health_emergencies/publications/ Manual_Chemical_Incidents/en/ • Environmental health in emergencies and disasters: a practical guide (Salubrité de l'environnement dans les situations d'urgence et les catastrophes : un guide pratique). Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2002 Ce guide fournit aux responsables et au personnel de terrain un cadre de réflexion et de planification des catastrophes et des situations d'urgence. Il donne notamment un aperçu des aspects techniques de la gestion de la salubrité de l'environnement et des mesures visant à réduire l'impact des catastrophes sur les infrastructures qui assurent cette salubrité. Le chapitre 3.5.2 présente un modèle général de planification de la préparation aux catastrophes en 12 étapes. Disponible sur : http://apps.who.int/iris/handle/10665/42561 • Sensibilisation et préparation aux situations d'urgence au niveau local (APELL) – Manuel. Paris : ONU- Environnement ; 2015 Ce manuel a été conçu pour aider les décideurs politiques et le personnel technique à préparer des plans d'intervention d'urgence et à améliorer la sensibilisation des communautés. Il définit les notions de base pour pouvoir entreprendre et gérer le processus APELL et s'organise autour de 10 éléments conceptuels, répartis parmi cinq phases d'activités. Disponible sur : http://apell. eecentre.org/ResourceDetailInfo.aspx?ReadDetails/ id=105 38 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES • Outil d'évaluation environnementale rapide (FEAT 2.0) : guide de poche. Genève : Programme des Nations Unies pour l'environnement / Bureau pour la Coordination des affaires humanitaires ; 2017 Cet outil permet d'identifier les impacts environnementaux graves, existants ou potentiels, qui présentent des risques pour les humains, les fonctions vitales et les écosystèmes, suite à des catastrophes naturelles soudaines. Il s'intéresse principalement aux impacts aigus et immédiats des rejets de substances chimiques dangereuses. Le guide FEAT est constitué d'un cadre de décision et de tableaux de recherche. Disponible sur : http:// www.eecentre.org/feat/ • Fiches internationales de sécurité chimique (ICSC). Genève : Organisation mondiale de la Santé / Organisation internationale du Travail ; 2017 Les fiches internationales de sécurité chimique fournissent l'essentiel des informations relatives à la sécurité et la protection de la santé dans l'utilisation des substances chimiques. Elles contribuent ainsi à leur bon usage sur le lieu de travail. Ces fiches sont élaborées par l'OMS et l'Organisation internationale du Travail. À l'heure actuelle, il en existe plus de 1700. Disponibles sur : http://www.ilo.org/dyn/icsc/ showcard.home • Guide des mesures d'urgence. Washington (DC) : Département des Transports des États-Unis / Transports Canada ; 2016 Ce guide peut être obtenu gratuitement. Il est destiné aux premiers intervenants durant la phase initiale d'un accident mettant en cause des matières dangereuses. Il concerne les matières dangereuses transportées par voie terrestre, ferroviaire, aérienne, maritime ou dans des canalisations. Ce guide, publié tous les quatre ans, est disponible en anglais et en espagnol (Guía de Respuesta en Caso de Emergencia). Il entend permettre aux intervenants de déterminer rapidement les dangers associés à la (aux) matière(s) concernée(s), et recommande des mesures pour se protéger et protéger le grand public durant la phase initiale d'intervention. Disponible sur : https://www.tc.gc.ca/eng/canutec/guide- menu-227.htm • Recommandations des Nations Unies relatives au transport des marchandises dangereuses – Règlement type, dix-neuvième édition révisée. Genève : Conseil économique et social des Nations Unies ; 2015. Ce guide (aussi connu sous le nom de « Livre orange ») a été élaboré par le Conseil économique et social des Nations Unies afin d'harmoniser les réglementations relatives au transport de marchandises dangereuses. La plupart des règlements sur les marchandises dangereuses, comme le Code maritime international des marchandises dangereuses (Code IMDG), les règlements IATA et d'autres réglementations nationales, sont établis d'après ces Recommandations. Ce Règlement type traite notamment des points suivants : principes de classement et définition des catégories de danger, liste des principales marchandises dangereuses, prescriptions générales d'emballage, méthodes de test, marquage, étiquetage et placardage, et documents de transport. Disponible sur : http://www.unece.org/fr/trans/danger/publi/unrec/ rev13/13nature_f.html • Système général harmonisé pour la classification et l'étiquetage des produits chimiques (SGH), Rev 7. Genève : Conseil économique et social des Nations Unies ; 2017. Le SGH décrit la classification des produits chimiques par type de danger et propose des éléments de communication correspondant à ces dangers, y compris des étiquettes et des fiches de données de sécurité. Il vise à garantir que les informations sur les dangers physiques et la toxicité des produits chimiques soient disponibles afin d'améliorer la protection de la santé humaine et de l'environnement au cours de la manipulation, du transport et de l'utilisation de ces produits. Le SGH fournit également une base pour l'harmonisation des prescriptions et réglementations sur les produits chimiques aux échelles nationale, régionale et internationale, facteur important pour la facilitation des échanges commerciaux. Disponible sur : http:// www.unece.org/fr/trans/danger/publi/ghs/ghs_ welcome_f.html • UK Recovery Handbook for Chemical Incidents (Manuel du Royaume-Uni pour le rétablissement de la situation après un accident chimique). Londres : Health Protection Agency ; 2012. Ce manuel donne des indications en vue de faciliter la prise de décisions pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie de rétablissement de la situation au lendemain d'accidents chimiques. Il s'intéresse principalement à la décontamination de l'environnement et fournit des indications ainsi que des listes de vérification pour gérer les systèmes de production alimentaire contaminés, les zones habitées et les milieux aquatiques. Disponible sur : https://www.gov.uk/government/uploads/system/ uploads/attachment_data/file/201024/UKRHCI_ publication_31st_May_2012_web2.pdf 39ANNEXE D – SOURCES D'INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES Situations d'urgence en général • Comprehensive Safe Hospital Framework (Cadre détaillé pour des hôpitaux sûrs). Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2015 Ce cadre pour des hôpitaux sûrs présente, selon une approche structurée, des actions permettant d'améliorer la sécurité et la préparation des hôpitaux et des établissements de santé face à tous types de dangers. Il a été élaboré à l'intention des gouvernements, des autorités sanitaires, des institutions financières et des organisations de gestion des catastrophes. Il décrit des objectifs à moyen et long terme ainsi que des résultats réalisables, et propose quatre composantes essentielles des programmes pour des hôpitaux sûrs. Il décrit également un mécanisme de mise en œuvre et des principes directeurs contribuant à l'application des mesures clés dans un contexte national. Disponible sur : http://www.who.int/ hac/techguidance/comprehensive_safe_hospital_ framework.pdf?ua=1 • Liste de contrôle pour les interventions en cas d'urgence à l'intention des hôpitaux : un outil pour les administrateurs d'hôpitaux et les gestionnaires des mesures d'urgence. Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2011 Cette liste de contrôle entend aider les administrateurs d'hôpitaux et les gestionnaires des mesures d'urgence à mener des interventions efficaces lors des scénarios de catastrophe les plus probables, selon une approche tous risques. Cet outil énonce les principes et meilleures pratiques actuels en matière de gestion des situations d'urgence au niveau hospitalier, ainsi que les actions prioritaires requises pour intervenir rapidement et efficacement en cas de crise. Il est structuré autour de neuf éléments clés, avec pour chacun d'eux une série d'actions prioritaires. Il cite également des outils complémentaires, des lignes directrices et d'autres ressources pertinentes. Les hôpitaux peuvent suivre les principes et recommandations qui figurent dans cet outil quel que soit leur degré de préparation aux situations d'urgence. Disponible sur : http://www.euro.who.int/ fr/health-topics/emergencies/disaster-preparedness- and-response/publications/2011/hospital- emergency-response-checklist-2011 • Système de recensement des ressources sanitaires disponibles (HeRAMS). Dans : Action de santé à visée humanitaire [site Web] Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2017 Le système HeRAMS permet de vérifier rapidement en ligne la disponibilité des établissements, services et ressources de soins dans les situations d'urgence. Il contrôle la disponibilité des services et des ressources sur le lieu d'intervention et peut donc s'appliquer à la quasi-totalité des prestations de soins délivrées dans les situations d'urgence. Disponible sur : http://www.who.int/hac/herams/en/ • Effective media communication during public health emergencies. A WHO handbook (Manuel de l’OMS pour une communication efficace dans les médias en cas d’urgence de santé publique). Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2005 Ce manuel décrit un processus en sept étapes visant à aider les responsables de la santé publique, entre autres, à communiquer efficacement dans les médias durant des situations d'urgence. Disponible sur : http://www.who.int/csr/resources/publications/ WHO_CDS_2005_31/en/ 40 REJETS CHIMIQUES CAUSÉS PAR DES PHÉNOMÈNES NATECH ET DES CATASTROPHES ANNEXE E EXEMPLES D'AVERTISSEMENTS POUVANT FIGURER SUR LES ÉTIQUETTES DES CONTENANTS DE PRODUITS CHIMIQUES Ces pictogrammes sont issus des Recommandations des Nations Unies relatives au transport des marchandises dangereuses, règlement type et du Système général harmonisé pour la classification et l'étiquetage des produits chimiques (SGHc). Ils sont généralement complétés par des avertissements qui précisent le danger, et éventuellement par des informations sur les mesures de précaution et les premiers secours. Remarque : un même pictogramme SGH (fond blanc, liseré rouge) peut indiquer plusieurs dangers. c http://www.unece.org/fileadmin/DAM/trans/danger/publi/ghs/ghs_rev07/ French/05f_annex1.pdf 41ANNEXE E – EXEMPLES D'AVERTISSEMENTS POUVANT FIGURER SUR LES ÉTIQUETTES DES CONTENANTS DE PRODUITS CHIMIQUES SYMBOLE CATÉGORIE DE DANGER Explosif (par ex. explosif instable, danger de projection) Matière inflammable (par ex. gaz, aérosol, vapeur, matière solide) Peut s’enflammer spontanément au contact de l’air ; auto-échauffement Dégage au contact de l'eau des gaz inflammables Comburant (peut provoquer ou aggraver un incendie) Peroxyde organique : l'échauffement peut provoquer un incendie ou une explosion Gaz sous pression (par ex. contenant sous pression, peut exploser sous l'effet de la chaleur ; gaz réfrigéré, peut causer des brûlures cryogéniques) Substance toxique Corrosif Danger pour la santé humaine, par ex. effet sur des organes spécifiques, risque de cancer, risque pour la fertilité, allergie Avertissement général

Département Santé Publique, Déterminants Sociaux et Environnementaux de la Santé Organisation mondiale de la Santé (OMS) Avenue Appia 20 – CH-1211 Genève 27 – Suisse www.who.int/phe/fr/ www.who.int/ipcs/fr/ E-mail : ipcsmail@who.int

Основные сведения
Тип документа Publications
Дата принятия
Источник Всемирная организация здравоохранения