Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 59 (4): 567-573 (1981) Les maladies a transmission sexuelle dans un departement franqais, 1978 J. TORGAL-GARCIA,1 G. MARTIN-BOUYER,2 & J. B. DURRANDE 3 Une enquete par voie postale a eu lieu dans le d0partement du Vaucluse (France) en 1978. Tous les medecins generalistes, urologues, gyneco-obstetriciens et dermatologues du departement ont ete' interroges mensuellement tout au long de l'annee. Les taux de rfponses ont ete de 64,5% pour les generalistes, 74,4% pour les gynko-obstitriciens et de 86,6% pour les dermatovenereologues, soitpourl'ensemble 65,9%. Le nombre de malades atteints de gonococcie, calculM d'apr&s les reponses obtenues, est compris dans une fourchette de 415 d 620 pour 100 000 habitants. Pour la syphilis primo-secondaire, le taux est de 55 d 76 malades par 100 000 habitants et celui calcul pour les uretrites non gonococciques vane entre 194 et 287. Ces rdsultats, nettement superieurs i ceux des notifications obligatoires, sont compares d ceux d'autres pays. Le profil des malades montre la predominance des hommes ayant, dans 70% des cas, entre 15 et 35 ans, habitant plus frequemment en ville qu'U la campagne, presentant habituellement une seule infection. Ces malades se dirigent vers les cabinets medicaux prives et surtout ceux des generalistes. Les medecins confirment les diagnostics cliniques par des examens biologiques dans 80% des cas. Les modifications du comportement social, des attitudes thtrapeutiques et des caracteristiques des agents responsables des maladies a transmission sexuelle, I'augmentation du nombre des malades et de la responsabilite de la voie sexuelle dans la trans- mission de nouvelles maladies font de ces affections (qui seront designees ci-apres par MTS) un grave probltme medico-social. Sauf en Suede et en Angleterre oil la majorite des malades atteints de MTS sont examines dans les dis- pensaires antiveneriens, dans la plupart des pays developpes les declarations obligatoires sont incor- rectement remplies. Ainsi, en Nouvelle-Zelande (1), on estime a 50% les malades observes dans les ciniques du systeme de lutte antivenerienne et le nombre total de gonococcies declarees representerait moins de trois quarts du nombre rtel; aux Etats-Unis (2), en 1976, on calculait que le nombre reel des cas etait superieur de 2,5 fois au nombre declare, la gonococcie ne faisant generalement pas l'objet de notification, sptcialement de la part des medecins exercant en cientele privee. Le meme phenomene se verifiant aux Etats-Unis en ce qui concerne la syphi- lis (2), on considere le nombre des cas declares I Vacataire, Unite 165, Institut national de la Sante et de la Recherche m6dicale (INSERM), 44 Chemin de Ronde, 78110 Le Vesinet, France. 2 Maitre de Recherche, Unite 165, INSERM. 3 Boursier, Unite 165, INSERM. inferieur au nombre r6el et le Center for Disease Control (Atlanta) envisage la creation d'un systeme de surveillance des cas de syphilis et, en particulier, de syphilis congenitale et tardive. Outre la syphilis et la gonococcie, bon nombre de maladies A transmission sexuelle acquierent une importance croissante sans pour autant faire l'objet d'une quelconque declaration. Parmi celles-ci, on soulignera les uretrites non gonococciques. En Angleterre, en 1976 (3), on estimait leur nombre au double de celui des gonococcies; d'autre part, elles constituaient 31,90o des maladies observees dans les dispensaires antiveneriens et, parmi les MTS, celles dont le taux de croissance est le plus eleve. Aux Etats-Unis, d'apres le Center for Disease Control, 50%o des nouveaux cas d'uretrites diagnos- tiques annuellement sont des uretrites non gono- cocciques (2). En Suede (4), on envisage avec interet et urgence la modification des reglements en vigueur de fafon A rendre obligatoire la declaration des uretrites non gonococciques. En France, outre le fait que la loi ne prevoit pas la notification des uretrites non gonococciques, les declarations effectutes pour les autres MTS ne refle- tent que faiblement la veritable importance des gono- coccies et de la syphilis. Une pre-enquete menee dans le departement du Vaucluse en 1975 (5) montre que le nombre probable des gonococcies est tres superieur 409 -567- J. TORGAL-GARCIA ET AL. a celui qui est declare. L'enquete realisee en 1977 a Paris (6) aupres des medecins praticiens permet d'evaluer les taux reels: pour les gonococcies, 14 fois celui calcule a partir des cas declares et pour la syphilis, 8 fois celui calcule a partir des cas declares. Ainsi, ce n'est pas au travers des notifications obli- gatoires qu'on peut esperer obtenir des donnees valables et a jour sur les MTS. I1 convient donc de rechercher comment recueillir dans de bonnes condi- tions des informations qui permettent une analyse de l'evolution de la situation epidemiologique. D'ailleurs, dans le rapport du Groupe scientifique de l'OMS sur Neisseria gonorrhoeae et les infections gonocciques (7), sont formulees les recommanda- tions suivantes: << il importe surtout que les adminis- trations sanitaires soient pleinement informees de la prevalence et de l'incidence reelles de cette affection et de ses complications)). Ainsi, apres l'enquete effectuee a Paris en 1977, s'est confirme l'interet qu'il y avait a realiser une enquete par voie postale, plus complete et plus precise, dans un departement de province. Les enquetes par voie postale, lorsqu'elles sont attentivement preparees et rigoureusement executees, permettent en effet d'obtenir des renseignements utiles pour chaque cas observe, et un taux de reponses suffisamment important pour valider les resultats obtenus. La simplicite de leur organisation et leur faible coOt representent des elements non negligeables. MATERIEL ET MtTHODES Localisation Le choix du departement du Vaucluse, situe dans le sud-est de la France et comptant, au rencensement de 1975, 390 446 habitants, tient principalement au fait de ses caracteristiques geodemographiques (densite de population, relation population urbaine- population rurale, equipement hospitalier, nombre de mtdecins pour 100 000 habitants), caracteris- tiques comparables a celles de l'ensemble de la France. Ce departement a une densite de 143 medecins pour 100 000 habitants, soit un peu moins que la moyenne nationale fran9aise. Tous les medecins tra- vaillant en regime de medecine liberale sont en gene- ral conventionnes avec la Securite Sociale. II y a aussi 46 laboratoires de biologie medicale, de tailles tres differentes, chacun utilisant des techniques bacterio- logiques qui lui sont propres. La distribution geogra- phique des medecins et des laboratoires biologiques ne depend d'aucune planification basee sur les besoins de la population, mais resulte des lois du marche. L'accueil favorable qu'ont revu les enquetes anterieures de la part des medecins de ce departement a ete aussi une raison determinante pour son choix. Par ailleurs, depuis 1975, une enquete pilote franco-suedoise (8) s'y deroule, ce qui permet de comparer les resultats obtenus avec ceux des pro- vinces suedoises du Jamtland et du Vastmanland. Base de sondage En considerant que l'essentiel des MTS est observe par les medecins generalistes, les dermatovenereo- logues, les gyneco-obstetriciens et les urologues du secteur prive, on a inclus dans l'enquete tous les medecins de ces specialites exergant dans le Vaucluse. Fin 1977, on a etabli et mis a jour trois listes comprenant 338 generalistes (y compris 3 urologues), 27 gyneco-obstetriciens et 13 dermatovenereologues. Chaque mois, on a tire au hasard un sur douze des medecins inscrits sur les listes, ce qui a donne douze groupes dont chacun a ete interroge un mois de l'annee. Collecte des donnees La derniere semaine de chaque mois, les medecins appartenant au groupe du mois suivant etaient contactes par telephone et informes sur: - l'enquete en cours, ses objectifs et son interet; - l'importance de leur participation active; - l'envoi, dans un bref delai, de la lettre explicative et de la lettre-reponse; - l'attention a porter aux uretrites et a la syphilis en vue d'une reponse correcte a l'enquete. Au debut du mois (il s'agit donc d'une enquete prospective), chacun de ces medecins recevait une lettre explicative accompagnee de deux annexes comportant des graphiques illustrant les taux de gonococcies et de syphilis des dix dernieres annees en France et dans d'autres pays, ainsi qu'une carte- reponse. La lettre confirmait la methodologie en demandant au medecin de noter toute maladie a transmission sexuelle qui serait vue pendant le mois en cours. La carte-reponse qui, tout en preservant strictement l'anonymat du malade, etait d'une presentation deliberement simplifiee, permettait de noter: 1) Le nombre de cas, observes pendant le mois, d'uretrites gonococciques, d'uretrites non gono- cocciques, de syphilis primo-secondaires et syphilis tertiaires. I1 faut preciser que: le terme d'uretrite gonococcique, selon la terminologie habituelle utili- see en France, recouvre la rubrique 098.0 de la Classi- fication internationale des Maladies, dans laquelle se trouvent incluses toutes les infections gonococciques aigues de la partie inferieure de l'appareil urinaire, chez l'homme comme chez la femme; le terme ure- trite non gonococcique correspond a la rubrique 568 MALADIES A TRANSMISSION SEXUELLE EN FRANCE 099.4 de la Classification internationale des Maladies et concerne a la fois les hommes et les femmes. 2) La forme de diagnostic clinique et/ou biologique; 3) Le sexe et l'age des malades. Le numerotage des lettres-reponses permettait l'identification du medecin et la distribution geographique des cas dans le departement. Si le 15 du mois suivant aucune reponse n'etait parvenue, une nouvelle lettre sollicitant les informa- tions etait envoyee. Elle rappelait l'interet de l'enquete dt etait accompagnee d'une nouvelle carte- reponse. En l'absence de reponse a cette deuxieme demande, le medecin etait integre au groupe des <non repondants >>. Analyse des resultats Les calculs sont effectues selon deux hypotheses: premiere hypothese: les medecins non repon- dants ont examine autant de cas que les repondants, en prenant en compte les chiffres specialite par specialite; seconde hypothese: les medecins non repon- dants n'ont observe aucun malade au cours du mois de l'enquete. RESULTATS ET COMMENTAIRES Medecins sollicites et taux de reponses Sur les 338 generalistes, 27 gyneco-obstetriciens et 13 dermatovenereologues, le nombre de reponses est respectivement de: 218 (64,5%), 20 (74,107.) et 11 (86,6%). Au total, sur les 378 medecins contactes, 249 ont repondu, ce qui correspond a un taux de reponses de 65,9/o. Cette valeur, qui rend flables les resultats obtenus, est semblable a celle de l'enquete par voie postale faite a Paris en 1977 (6). Maladies declarees et taux calculMs Uretrites gonococciques. Le nombre de gono- coccies enregistre par l'enquete a ett de 135. Le calcul permet d'etablir que le nombre total de cas dans la population est de 2420 (premiere hypothese) ou de 1620 (seconde hypothtse). Rapporte a une popu- lation de 390 446 habitants, on peut estimer le taux d'incidence pour 100 000 habitants a 620 et 415 respectivement pour les deux hypotheses. Ces taux sont superieurs de 8 et 11,9 fois aux taux des notifica- tions obligatoires du Vaucluse (tableau 1) (9). Par rapport a l'enquete de 1975 dans le Vaucluse (10), qui a montre un taux de gonococcies 86 fois superieur a celui des cas notifies, la comparaison est difficile. L'augmentation de 5 fois des d6clarations obligatoires, d'une part, et la plus grande clartt de l'enquete de 1978 (distinction entre uretrite gono- coccique et uretrite non gonococcique, precision du diagnostic), d'autre part, peuvent expliquer l'ecart des resultats. En comparant ces resultats a ceux de l'enquete realisee a Paris en 1977 et malgre les differences dans le profil socio-economique de ces deux regions, nous pouvons estimer que le taux r6el de cas d'uretrites gonococciques est au moins 14 fois superieur aux taux des notifications obligatoires. D'apres les resultats de Tottie (communication personnelle, 1978), nous pouvons dire que les pro- vinces suedoises de Jamtland et de Vastmanland, dont la population est comparable dans l'ensemble a celle du Vaucluse, presentent, d'apres les cas declares, un taux pour 100 000 habitants 2 a 3 fois inferieur (tableau 2). Les taux obtenus dans le Vaucluse sont semblables a ceux des cas declares aux Etats-Unis pour l'ann6e Tableau 1. Comparaison des taux pour 100 000 habitants des gonococcies, syphilis primo-secondaires et ur6trites non gonococciques (UNG) obtenus par enqudte ou par notifications obligatoires Vaucluse Paris France Notifications Notifications Notifications Maladie Enqubte MTS obligatoires Enqubte MTS obligatoires obligatoires 1978 1978 1977 1977 1978 Urbtrite 620 5214421 3653,gonococcique 415 52,1 3111 316,5 31,5 Syphilis 76 15,7 420 52,3 8,5primo-secondaire 15,7310 5, , UNG 287 194 569 J. TORGAL-GARCIA ET AL. Tableau 2. Taux pour 100 000 habitants des gonococcies et des syphilis primo-secondaires obtenus a l'etranger Suede 1978 Maladie Jamtland et Angleterre Etats-Unis Vastmanland 1977 1977 Uretrite 208,5 127,15 465,9gonococcique Syphilis 1,7 3,7 9,5primo-secondaire 1977 (11). Cependant, l'Angleterre presente des taux de notifications 4,9 et 3,3 fois inferieurs (12). Les syphilis primo-secondaires. Les 18 cas connus par l'enquete nous permettent de calculer un total de 296 ou 216 cas par ann& respectivement pour l'une et l'autre hypothese, ce qui represente un taux de 76 ou 55 pour 100 000 habitants. Ces taux sont, d'apres les premiere ou seconde hypotheses, de 4,8 et 3,5 fois superieurs aux taux des notifications obligatoires (tableau 1). Ces resultats confirment et precisent ceux de l'enquete de Paris en 1977 et du Vaucluse en 1975. En les comparant aux chiffres des notifications offi- cielles, il est clair que la plupart des cas de syphilis ne sont pas declares, a Paris comme dans le Vaucluse; toutefois, dans ce dernier le taux de declaration est deux fois plus eleve que dans l'ensemble de la France. La syphilis presente, au travers de cette etude, des taux bien superieurs a ceux des cas declares dans les provinces de Jamtland et de Vastmanland (Suede), aux Etats-Unis et en Angleterre (tableau 2). Uretrites non gonococciques. Le nombre total des uretrites non gonococciques (UNG) decouvert par l'enquete a ett de 63 cas. Le calcul donne donc un total de 1120 ou 756 cas, ce qui correspond A 287 ou 194 cas pour 100 000 habitants, respectivement, pour chacune des hypotheses retenues. Ce taux est le premier a etre evalue en France. Les auteurs anglais et americains affirment souvent que les UNG sont beaucoup plus frequentes que les uretrites gonococciques (2, 3). Ainsi Wilcox montre qu'en Angleterre le nombre d'UNG mascu- lines est presque le double de celui des gonococcies (3). Dans le Vaucluse, la situation est inversee. Profil des malades Rapport hommes/femmes (H/F) pour 100 000 habitants. Ce rapport, parmi les sujets atteints d'une MTS, est considere comme un indice revelateur de la couverture medico-sanitaire d'une region ou d'un pays. On suppose que tous les malades sont effective- ment observes quand le rapport est de 1:1. Les valeurs superieures A l'unite traduisent une plus grande difficulte des femmes malades a aller chez le medecin et representent toutes les partenaires qui ne font pas l'objet d'une surveillance et d'un traitement. a) Uretrite gonococcique. Le rapport H/F resultant de l'enquete est de 4,3:1. Pour comparaison (tableau 3), on peut voir qu'en Suede, en 1961, on avait un taux de 1,7:1 et en 1976 de 1,1:1, ce qui montre l'effort fait par ce pays pour combattre les MTS et les gonococcies en particulier. Aux Etats-Unis, pour l'annee 1977, ce rapport est de 1,58:1 (11) et en Angleterre, en 1977, de 1,7:1 (12). Tableau 3. Tableau comparatif du rapport hommes/ femmes par maladie Maladie Vaucluse Suede Etats-Unis AngleterreMaladie ~~1978 1976 1977 1977 gonococcique 4,3: 1 1,1:1 1,6: 1 1,7: 1 Syphilis 1,1:1 - 3,2: 1 5,1:1primo-secondaire t 3,:1 5:1 Urotrite 3,2: 1 - 3,7: 1non gonococcique b) Syphilis primo-secondaire. Dans notre etude, le rapport H/F est de 1,1:1. Ce chiffre montre bien l'importance que les medecins et les malades atta- chent A la syphilis, ce qui a conduit A une observation quasi totale des partenaires (tableau 3). En Angle- terre, en 1977, pour les nouveaux cas examines dans les dispensaires le rapport H/F etait de 5,3:1 (12). Aux Etats-Unis, pour l'annee 1977, il a ett de 3,9:1 (11). La discordance entre ces rapports et celui qui a ett observe dans le Vaucluse semble confirmer le peu d'importance de l'homosexualite masculine dans notre population. c) Uretrite non gonococcique. Le rapport H/F est de 3,2:1. En Angleterre, en 1977, les infections geni- tales non specifiques donnent un taux comparable de 3,7:1 (12). Nombre de malades atteints deplus d'une maladie. De nombreux auteurs relevent l'importance des doubles infections transmises par voie sexuelle. Cette enquete n'ayant explore que la syphilis, la gonococcie et les uretrites non gonococciques, I'association avec une autre maladie sexuellement transmissible n'a pu etre precisee. Sur le nombre total de malades examines au cours de l'enquete, 4,9% ttaient atteints de plus d'une 570 MALADIES A TRANSMISSION SEXUELLE EN FRANCE Tableau 4. Distribution, en pourcentage, des maladies par tranches d'Age dans le Vaucluse, 1978 Syphilis primo- Gonococcie secondaire UNG Age (ans) H F H F H F 15-19 6,1 4,7 14,3 - 6,4 7,1 20-24 20,4 38,1 14,3 12,5 8,5 35,7 25-29 36,7 19,1 42,9 25,0 21,3 7,1 30-34 16,3 23,8 - 25,0 19,1 14,3 35-39 9,2 9,5 28,5 12,5 19,1 - ) 40 11,3 4,8 - 25,0 25,6 35,8 maladie. Parmi ceux-ci, 70% etaient des hommes et 30/e des femmes, soit 3,4% et 1,5% du nombre total de malades. Les deux associations rencontrees a frtquence tgale, etaient uretrite gonococcique et syphilis d'une part, et uretrite non gonococcique et uretrite gonococcique, d'autre part. Une fois trois maladies ont ete observees sur un meme sujet, soit 0,5% de cas. Distribution par tranches d'dge. Cette distribution met en evidence les groupes d'hommes et de femmes & plus grand risque d'infection. Le tableau 4 montre, en pourcentage, la distribution par tranches d'Age trouvee pour la gonococcie, la syphilis primo- secondaire et les uretrites non gonococciques. Pour la gonococcie, les hommes sont principalement atteints entre 25 et 29 ans et les femmes entre 20 et 24 ans. La syphilis et les uretrites non gonococciques touchent plus tardivement les hommes comme les femmes. Les Ages des sujets atteints de syphilis primo-secondaire dans le Vaucluse en 1975 sont superposables, a ceux de 1978, pour les hommes et pour les femmes. En Angleterre (12) et aux Etats-Unis (11), en ce qui concerne la gonococcie (hommes et femmes), l'urttrite non gonococcique (hommes), et la syphilis primo-secondaire (femmes), les sujets sont plus jeunes que dans le Vaucluse. Distribution geographique. La distribution geogra- phique des malades a ett etablie a partir du lieu de consultation. Dans le Vaucluse (390 446 habitants), seule la vile d'Avignon a ett consideree comme region urbaine (93 024 habitants d'apres le recensement de 1975). En comparant le pourcentage des cas connus pour cette population avec celui des autres zones, on constate une fr&quence maximale des MTS parmi cette popu- lation urbaine, aussi bien en ce qui concerne la gono- coccie que la syphilis primo-secondaire (tableau 5). Tableau 5. Comparaison entre les pourcentages des populations urbaines et les pourcentages de gonococcies et de syphilis primo-secondaires d6clar6s dans ces populations dans le Vaucluse et aux Etats-Unis Cas de syphilis Cas de primo- gonococcie secondaire dbclar6s dans d6clarbs dans Population les r6gions les r6gions Region urbaine urbaines urbaines (%) (%) (%) Vaucluse 23,8 35,7 44,4 1978 Etats-Unis 27 53,3 60,81975 Cette repartition est comparable a celle constatee aux Etats-Unis, bien que dans le Vaucluse les taux observes dans la region urbaine soient nettement inferieurs. Les malades et les medecins face aux maladies d transmission sexuelle Quand un sujet est atteint par une MTS, o4 va-t-il consulter? Dans un dispensaire antivenerien ou chez un mtdecin gtntraliste ou sptcialiste exer;ant une m6decine lib6rale? Quel est, d'autre part, le com- portement du medecin praticien face au malade? Cette enquete nous permet de donner une premiere reponse a ces questions. Les malades. Si l'on en croit les notifications obligatoires pour l'annte 1978, en France, la plupart des malades se rendent dans les etablissements publics, dispensaires et hbpitaux, et une minorite dans des cabinets mtdicaux prives. Cette enquete nous montre une realite bien differente: dans le Vaucluse, les malades atteints de MTS s'adressent pour l'essentiel a un cabinet medical prive, et le plus souvent a un medecin generaliste. Si l'on prend le nombre moyen annuel de malades observes par medecin de chaque specialite, on note que chaque dermatovenereologue en examine davan- tage (tableau 6), mais etant donne que le nombre de generalistes est beaucoup plus eleve, ce sont eux qui observent la majorite des malades. La repartition des malades par sexe dans les diffe- rentes specialites montre que si les generalistes voient la plupart des hommes (84%) et des femmes (52"o), il faut noter l'importance des gyneco-obstetriciens qui examinent presque 40/o du nombre total des femmes. Les medecins. Les maladies a transmission sexuelle posent aujourd'hui des probltmes de diagnostic et de traitement de plus en plus difficiles. Du fait de 571 J. TORGAL-GARCIA ET AL. Tableau 6. Nombre moyen annuel de malades vus par m6decin selon la maladie et pourcentage par sp6cialit6, Vaucluse, 1978 UrAtrite gonococcique Urbtrite non gonococcique Syphilis primo-secondaire Total Spbcialitb Nombre % Nombre % Nombre % % Gbnbralistes 6 80,7 2,6 77,8 0,8 44,4 76,8 Dermato-v6n6rWologues 15,2 10,4 9,7 14,3 8,7 44,4 14,4 Gyn6co-obstAtriciens 7,2 8,9 3 7,9 1,2 11,2 8,8 l'apparition de la resistance aux antibiotiques usuels, du nombre croissant d'uretrites non gonococciques, de la responsabilite de germes a caracteristiques particulieres comme Chiamydia trachomatis pour un nombre de plus en plus grand d'uretrites, le recours au laboratoire pour le diagnostic est indique. Au cours de l'enquete sur les MTS dans le Vau- cluse, il a ete demande aux medecins si le diagnostic de la maladie declaree avait ete clinique ou clinique et biologique. I1 y a eu recours au laboratoire pour tous les cas de syphilis, pour 71,1% des uretrites gonococ- ciques et 76,1% des uretrites non gonococciques. Pendant l'annee 1978, les medecins generalistes ont eu recours au diagnostic biologique dans 69,9% des cas. Les gyneco-obstetriciens ont utilise le labo- ratoire dans 92,9% des diagnostics et les dermato- venereologues ont base 90,3% des leurs sur des resultats biologiques (tableau 7). DISCUSSION Cette enquete, dont la methodologie presente l'avantage d'une execution facile et d'un coflt reduit compte tenu de l'efficacite obtenue, souffre cepen- dant de sa simplicite. Ainsi, elle n'a pas permis d'etudier les cas de trichomonase et de candidose, infections tres frequentes chez les femmes. I1 aurait 'te egalement utile de connaitre les cas de grandes infections pelviennes. Par ailleurs, le systeme de sante utilise, medecine et laboratoires prives, ne permet pas de confirmer les informations obtenues ni de connaltre le type d'examens biologiques effectues. Cependant, nous pensons qu'un des avantages de cette methodologie est de permettre, dans un tel systeme de sante, d'obtenir relativement vite des informations valables, alors que la mise en place d'un systeme efficace de notifications obligatoires pour les MTS demeure difficile. Dans ces conditions, une telle etude, en fournissant la reelle dimension de l'incidence des MTS aux autorites sanitaires, leur permet d'avoir une connaissance plus precise de l'importance de leurs differents aspects et de prendre les mesures necessaires. Cette enquete, qui est un bon instrument de travail dans l'evaluation du poids des MTS, ne donne ce- pendant qu'une information ponctuelle correspon- dant au temps et au lieu de l'enquete. Pour en faire un systeme de surveillance, il convient d'envisager son extension a l'ensemble de la population et sa repetition a intervalles reguliers pour apprecier la dynamique de ces infections. Ainsi, cette methodo- logie pourrait s'integrer dans un programme de surveillance et, eventuellement, de lutte. Tableau 7. Distribution en pourcentage par spbcialit6 et maladie des diagnostics cliniques et cliniques-biologiques, Vaucluse, 1978 Gbnbralistes Gynkco-obst6triciens Dermatologues Maladie Clinique Clin.-biol. Clinique Clin.-biol. Clinique Clin.-biol. Urbtrite gonococcique 34,9 65,1 0,0 100 7,1 92,9 Urbtrite non gonococcique 24,5 75,5 20 80 22,2 77,8 Syphilis 0 100 0,0 100 0,0 100 Total 30,1 69,9 7,1 92,9 9,7 90,3 572 MALADIES A TRANSMISSION SEXUELLE EN FRANCE 573 SUMMARY SEXUALLY TRANSMITTED DISEASES IN A FRENCH DtPARTEMENT, 1978 A postal survey was made in the departement of Vaucluse, France, in 1978. Of the 378 general practitioners, urologists, gynaeco-obstetricians, and dermatologists practising in the departement, one-twelfth were contacted each month for one year. The reply rates were 64.5% for general prac- titioners, 74.4% for gynaeco-obstetricians and 86.6% for dermato-venereologists, giving an overall response rate of 65.9%. According to whether it is assumed that those who did not reply did not see any patients with sexually trans- mitted diseases, or that they saw as many as those who did reply, the number of patients with gonorrhoea was either 415 or 620 per 100 000 head of population. For primary- secondary syphilis the figures were 55 or 76 per 100 000, and for non-gonorrhoeal urethritis 194 or 287. These figures, markedly higher than the compulsory notification figures, are compared with those found in other countries. The epidemiological profile of the patient population (sex, age, geographical distribution) is studied for each disease. The attitude of patients and physicians confronted with sexually transmitted diseases is investigated from the point of view of improving health services. BIBLIOGRAPHIE 1. PLATTS, W. M. 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Всемирная организация здравоохранения (ВОЗ / WHO) · Journal articles
Les maladies à transmission sexuelle dans un département français, 1978
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