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Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux: un appel à l’action

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Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l’action

Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l’action Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture Organisation mondiale de la santé Rome & Geneva, 2021 Citer comme suit: FAO et OMS. 2021. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux: Un appel à l’action. Rome. https://doi.org/10.4060/ca6847fr Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aucune prise de position quant au statut juridique ou au stade de développement des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. 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Ils représentent une part relative- ment faible de tous les pesticides homologués dans le monde, et pourtant ils peuvent causer le plus de dommages. Avec des in- vestissements adéquats dans un déploiement à grande échelle des alternatives, en particulier les options écologiques, existantes et nouvelles, pour la lutte contre les ravageurs, ces pesticides qui présentent un risque inacceptable pour l’homme et l’environne- ment peuvent être progressivement éliminés dans le secteur de l’agriculture et leur risque réduit dans le secteur de la santé, par des actions appropriées. © FA O /G iu lio N ap ol ita no

Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 5 Les pesticides synthétiques sont intrinsèquement dangereux et, parmi eux, les pesticides extrêmement dangereux causent des dommages disproportionnés à l’environnement et à la santé humaine. Il y a une préoccupation particulière dans les pays à faible revenu, où les pesticides extrêmement dange- reux ne peuvent pas être utilisés en toute sécurité. Les pesticides extrêmement dan- gereux sont définis par le Code de conduite international sur la gestion des pesticides de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)/Organisation mon- diale de la santé (OMS) (2014)1 comme des pesticides qui sont re- connus pour présenter des niveaux particulièrement élevés de dangers aigus ou chroniques, pour la santé ou l’environnement, selon les sys- tèmes de classification internationa- lement acceptés tels que l’OMS ou le SGH [le Système général harmo- nisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques] ou leur ins- cription dans les conventions ou ac- cords internationaux contraignants pertinents. En outre, les pesticides qui se révèlent être à l’origine de dommages graves ou irréversibles pour la santé ou l’environnement, se- lon les conditions d’utilisation dans un pays, peuvent être considérés et traités comme des pesticides extrê- mement dangereux. Une description complète des huit critères d’identifi- cation des pesticides extrêmement dangereux figure à la page 22. Que sont les pesticides extrêmement dangereux? 1 Le Code de conduite international FAO/OMS sur la gestion des pesticides (le Code de conduite) constitue un cadre volontaire pour guider les décideurs politiques gouvernementaux et les régulateurs, le secteur privé, la société civile et d’autres parties prenantes sur les meilleures pratiques de gestion des pesticides tout au long de leur cycle de vie, de la production, l’utilisation à l’élimination. • peuvent être très toxiques pour l’homme. Par exemple, un quart de cuillère à café des ingrédients actifs carbofuran ou monocrotophos peut entraîner la mort en cas d’ingestion; • sont principalement, mais pas seu- lement, des produits chimiques d’anciennes générations, hors bre- vet, toujours disponibles et utilisés dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, même lorsque des alternatives moins dangereuses ont déjà été autorisées (Voir «pour- quoi des pesticides extrêmement dangereux sont encore utilisés» à la page 11); • ne peuvent pas être utilisés en toute sécurité dans les pays à re- venu faible ou intermédiaire, lorsque l’équipement de protection individuelle (EPI) pour la protection contre les pesticides extrêmement dangereux n’est pas disponible ou n’est pas utilisé car il est trop cher ou trop inconfortable à porter2; • ont été progressivement éliminés de l’agriculture dans un certain nombre de pays sans affecter la productivité agricole; • sont l’un des moyens de suicide les plus courants dans le monde, représentant 15 à 20 pour cent de tous les suicides; • peuvent se trouver dans les sys- tèmes alimentaires locaux et les produits alimentaires mondiaux comme les bananes, le café et le riz, mais les cultures les plus conta- minées sont les fruits et légumes. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 6 Faits sur les pesticides extrêmement dangereux: 2 Mew, E. J., Padmanathan, P., Konradsen, F., Eddleston, M., Chang, S.-S., Phillips, M. R., & Gunnell, D. 2017. The global burden of fatal self-poisoning with pesticides 2006-15: Systematic review. Journal of Affective Disorders. Elsevier B.V. Oxford, England. Les exigences minimales en matière d’EPI pour mélanger et remplir le réservoir des pulvérisateurs avec des pesticides de classes I et II de l’OMS comprennent: une combinaison et des bottes, des gants, un écran facial ou des lunettes, un tablier et une cagoule ou un chapeau, et un équipement de protection respiratoire. Wear gloves Wear eye protection Wear boots Wear respirator Wear ear protection Wear protection over nose and mouth Wearcoveralls Wear apron Pour plus d’informations, se reporter aux Directives FAO/OMS pour la protection individuelle lors de la manipulation et de l’application de pesticides. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 7 Quels sont leurs impacts sur le développement durable? 3 OMS (2018). 4 Bretveld, R.W. et al., 2006 5 OIT, 2010. Les pesticides extrêmement dangereux ont des effets sociaux, environnemen- taux et économiques néfastes qui com- promettent la réalisation du dévelop- pement durable. • Santé Chaque année, plus de personnes meurent d’empoisonnement (invo- lontaire et intentionnel) aux pesticides que de morsure de serpent. Selon les données de l’OMS, environ 77 000 personnes sont mortes dans le monde en 2016 de formes quel- conques d’empoisonnement non in- tentionnel (WHO Public Health Impact of Chemicals: Data addendum for 20163). La proportion de décès dus à un empoisonnement involontaire aux pesticides est inconnue en raison de données limitées, mais peut être importante. En outre, il a été estimé que plus de 155 000 décès dus à des blessures auto-infligées impli- quaient des pesticides en 2016. • Sexe Les femmes sont particulièrement sensibles aux effets indésirables. Les femmes rurales sont directement ex- posées aux pesticides lors de l’exé- cution de tâches telles que le mélange de pesticides et le remplissage des réservoirs de pesticides ou le dés- herbage dans les champs récemment pulvérisés. En plus de l’intoxication aiguë par les pesticides, les effets chroniques sur leur santé reproductive sont une grave préoccupation4. • Enfants et travail des enfants Plus de 60 millions d’enfants sont engagés dans des travaux dangereux dans l’agriculture5. L’exposition aux pesticides est l’un des principaux dangers car elle peut gravement af- fecter le développement normal des systèmes immunitaires et neurolo- giques des enfants. Les enfants peu- vent déjà être exposés et affectés pendant leur phase prénatale. Des anomalies physiques et des intoxi- cations accidentelles d’enfants ex- posés aux pesticides sont signalées dans les pays en développement. • Biodiversité Il est prévu que l’utilisation de pesti- cides extrêmement dangereux entraî- nera des impacts substantiels sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Cette utilisation a pré- Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 8 6 TFSP., 2015 7 Woodcock et al., 2017 8 Levillain et al., 2012 9 EFSA, 2017 cisément contribué au déclin des po- pulations d’oiseaux, d’insectes, d’am- phibiens et de communautés aqua- tiques. Les impacts négatifs des pes- ticides extrêmement dangereux sur les organismes aquatiques et du sol et leurs fonctions bénéfiques sur les écosystèmes sont largement rapportés dans la littérature scientifique6. • Pollinisateurs L’utilisation d’insecticides systémiques du groupe des néonicotinoïdes affecte négativement le potentiel reproducteur des pollinisateurs7 et il a été lié, avec d’autres facteurs d’interaction, au déclin mondial des abeilles mellifères et des abeilles sauvages, réduisant ainsi leur fonction de pollinisateurs. • Eau, air et sol La contamination par les pesticides extrêmement dangereux se retrouve dans les ressources en eaux de sur- face et souterraines, et dans les sols du monde entier, parfois 30 ans après leur application8. • Sécurité alimentaire et commerce international Les pesticides, en particulier les pes- ticides extrêmement dangereux, et les résidus dans les aliments sont un élé- ment déclencheur important des rejets d’exportation. Les cultures les plus «non conformes» pour les résidus de pesticides dans le monde sont les fruits et légumes. En 2016, le Système d’alerte rapide pour les denrées ali- mentaires et les aliments pour animaux de l’UE a émis 222 notifications pour les résidus de pesticides, dont 143 ont conduit à des rejets9. L’utilisation continue de pesticides extrêmement dangereux compromet la réalisation de plusieurs objectifs de développement durable (ODD) en raison de leurs effets néfastes sur la santé, la sécurité alimentaire, la biodiversité et d’autres impacts environnementaux négatifs tels que la pollution. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 9 les niveaux existants de contamination environnementale provoquent des effets néfastes à grande échelle sur les abeilles et autres insectes auxiliaires10 et sur les populations d’oiseaux insectivores. La nécessité de restreindre sévèrement leur utilisation ou d’atténuer leurs effets sur l’agriculture et d’empêcher une ho- mologation future en raison du risque extrême qu’ils représentent pour l’envi- ronnement fait l’objet croissant d’un large consensus. L’Union européenne a déjà émis une interdiction complète et permanente de toutes les utilisations en extérieur des trois pesticides néoni- cotinoïdes les plus couramment utilisés: la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame. Afin de protéger les pollinisateurs, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada annule de nombreuses utilisations des néonicotinoïdes sur les cultures que les abeilles trouvent attrayantes et n’autorise pas la pulvérisation de certaines cultures avant ou pendant la floraison. L’évalua- tion des risques de l’ARLA a également conclu que l’utilisation pour le traitement des semences est acceptable, mais a toutefois exigé l’ajout de mises en garde sur l’étiquette pour toutes les cultures de céréales et de légumineuses afin de minimiser l’exposition des pollinisateurs à la poussière pendant la plantation des semences traitées. L’ARLA évalue ac- tuellement si les mesures d’atténuation Les néonicotinoïdes sont-ils des pesti- cides extrêmement dangereux? Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus utilisés dans le monde. Ils sont utilisés comme traitements pour les se- mences ou comme pulvérisations fo- liaires sur une large gamme de cultures. En raison de leur action systémique, ils sont absorbés par les racines des plantes et transférés vers les feuilles, les fleurs et leur pollen. Récemment, l’OMS a également préqualifié certains produits à base de néonicotinoïdes pour la lutte antivectorielle (voir les détails dans la section suivante).Bien que les néonico- tinoïdes soient considérablement moins toxiques pour les mammifères que les insecticides organophosphorés et car- bamates, leur niveau de persistance dans le sol et l’eau soulève des inquié- tudes. Des résidus substantiels se trou- vent généralement dans l’environne- ment, y compris dans les fleurs sauvages. Un corpus de preuves en croissance rapide suggère fortement que 10 Pisa, L.W., et al. 2015 Les abeilles exposées peuvent mourir ou avoir une capacité réduite à chercher du nectar, à apprendre et à se souvenir où se trouvent les fleurs et à retrouver le chemin du nid ou de la ruche. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 10 Utilisation des néonicotinoïdes dans la lutte contre le vecteur L'un des néonicotinoïdes, la clothianidine, est recommandé et a été préqualifié par l'OMS pour être utilisé dans les pulvérisations à effet rémanent à l'intérieur des habitations pour la lutte contre les vecteurs du palu- disme, bien que, contrairement à ses effets chroniques possibles sur les abeilles, il ne soit pas nécessairement toxique pour les humains ou ne se répande pas dans l'envi- ronnement lorsqu'il est utilisé dans un pro- gramme de lutte contre les maladies, car il est appliqué sur les murs des maisons à l'intérieur de celles-ci dans le but de tuer les moustiques qui s'y reposent. des risques déjà mises en place de- meurent adéquates ou si des mesures d’atténuation supplémentaires sont né- cessaires11. Utilisation de pesticides extrêmement dangereux pour la lutte antivectorielle en santé publique Dans le domaine de la santé publique, beaucoup a déjà été fait pour éliminer l’utilisation ou les risques des pesticides les plus dangereux. Cependant, en raison de la part de marché relativement faible des insecticides pour la lutte antivecto- rielle sur le marché mondial des pesti- cides, les investissements dans le dé- veloppement de produits alternatifs pour ce marché ont été limités. Compte tenu de ces contraintes et limites, l’approche de gestion intégrée des vecteurs (IVM) de l’OMS encourage l’utilisation ration- nelle des insecticides dans la lutte anti- vectorielle. En raison de la nature des interventions, qui consistent en gros à utiliser l’hôte humain comme attractif et à placer l’insecticide soit entre l’hôte et le vecteur de la maladie, soit à proximité de l’hôte et des lieux de repos des vec- teurs, l’utilisation rationnelle des insec- ticides au moyen de leur application ci- blée est relativement simple dans la lutte antivectorielle par rapport à d’autres types d’utilisation de pesticides. L’IVM promeut ces principes pour minimiser les effets potentiels des insecticides sur la santé humaine et l’environnement, et pour réduire la pression de sélection pour la résistance aux insecticides. L’uti- lisation d’insecticides, y compris certains pesticides extrêmement dangereux, dans la lutte antivectorielle est essentielle pour la prévention de la transmission de ma- ladies à transmission vectorielle ainsi que pour la santé et le bien-être des populations touchées par ces maladies. Lorsqu’il n’existe aucune alternative, l’utilisation contrôlée de certains pesti- cides extrêmement dangereux, appliqués sous la supervision professionnelle des services de lutte antivectorielle, doit être envisagée, car les avantages pour la santé publique l’emportent sur les risques associés à l’utilisation ciblée de ces pesticides. 11 https://www.canada.ca/fr/sante- canada/services/securite-produits-consommation/rapp orts-publications/pesticides-lutte-antiparasitaire/fiches- renseignements-autres-ressources/mise-a-jour-pesticid es-neonicotinoides-2020.html Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 11 Pourquoi des pesticides extrêmement dangereux sont-ils encore utilisés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire? Plusieurs pesticides extrêmement dangereux déjà interdits dans les pays à revenu élevé sont encore utili- sés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où le risque d’exposi- tion humaine et environnementale est, presque sans exception, beau- coup plus élevé que dans les pays où ils ont été interdits ou sévèrement li- mités. Même si la prise de conscience et la volonté d’atténuer les risques posés par les pesticides extrêmement dan- gereux se sont considérablement ac- Source: Données fournies par Kynetec 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 635 Monocrotophos Methamidophos Chlorpyrifos 820 670 Pesticides utilisés par les six principaux pays exportateurs de légumes et fruits entre 2012 et 2016 (tonnes métriques de matière active) Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 12 crues dans de nombreux pays, il faut, pour progresser dans leur restriction ou leur élimination progressive, rele- ver les défis politiques et structurels, tels que: • Des intérêts commerciaux bien an- crés pour maintenir la production, l’exportation et l’utilisation de pesti- cides extrêmement dangereux. Une analyse des implications pour les droits humains de la gestion des pes- ticides dangereux figure dans le Rap- port de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation12. • Des politiques agricoles non dura- bles qui favorisent l’expansion de l’agriculture commerciale à forte in- tensité d’intrants et la réintroduction des subventions aux pesticides. • L’absence de coûts liés aux exter- nalités (coûts non compensés, y compris la santé publique et les dommages environnementaux tels que la contamination de l’eau) dans la tarification des pesticides, ce qui leur donne un avantage de prix trom- peur mais significatif par rapport aux méthodes alternatives (plus dura- bles). • La capacité limitée d’évaluation et de surveillance des risques liés aux pesticides: le nombre moyen d’em- ployés travaillant dans les autorités nationales d’homologation des pes- ticides dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de 3 contre 700 aux États-Unis d’Amérique ou 150 au Royaume-Uni13. • L’insuffisance d’études scienti- fiques indépendantes sur les effets sur la santé et l’environnement et d’interface science-politique pour appuyer la prise de décision et l’ac- tion réglementaire. • L’investissement insuffisant vers des solutions alternatives inno- vantes: allant de la réglementation habilitante pour les biopesticides à la nécessité de consolider la de- mande du marché pour des solutions innovantes. • La réticence des agriculteurs à l’in- novation car les changements dans les pratiques agricoles sont perçus comme risqués et les services de conseil cohérents et fiables ne sont pas largement disponibles. Les réponses d’urgence face à de nou- velles épidémies de ravageurs (par exemple, la chenille légionnaire d’au- tomne) peuvent accroître la pression pour utiliser davantage de pesticides extrêmement dangereux. 12 Le rapport complet est disponible sur https://www.ohchr.org/FR/Issues/Food/Pages/FoodIn dex.aspx 13 Enquête FAO 2013, données de 109 pays Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 13 Agroécologie L’agroécologie est basée sur l’application de concepts et de prin- cipes écologiques pour optimiser les interactions entre les plantes, les ani- maux, les humains et l’environnement tout en prenant en considération les aspects sociaux qui doivent être abordés pour un système alimentaire durable et équitable. L’agroécologie sous-tend la lutte intégrée contre les ravageurs (IPM) et repose sur une conception et une or- ganisation spécifiques au contexte des cultures, du bétail, des exploitations agricoles et des paysages. Elle fonc- tionne avec des solutions qui préservent la biodiversité du sol, de surface et souterraine, ainsi que la diversité cultu- relle et des connaissances en mettant l’accent sur le rôle des femmes et des jeunes dans l’agriculture. La gestion des ravageurs dans l’agriculture devrait s’inscrire dans des objectifs et pratiques de durabilité plus larges et éviter l’utili- sation de produits et de méthodes qui les compromettent14. Produits biologiques Les agriculteurs peuvent compléter les pratiques de ges- tion agroécologique avec une gamme de produits biologiques homologués pour la lutte contre les ravageurs tels que des extraits de plantes, des pièges à phéromones et des agents pathogènes microbiens, en fonction de la situation effective des ravageurs et de la dispo- nibilité de solutions efficaces. Certains pays africains chefs de file ont adopté une législation spécifique sur les biopesticides et se sont engagés avec des entreprises commerciales de biopesticides pour rendre la lutte biolo- gique viable. Les biopesticides de ces pays sont utilisés en agriculture et en foresterie. De nombreux autres pays n’ont toujours pas de cadre législatif, d’accords commerciaux ou d’incitations pour faire de la lutte biologique une réalité à grande échelle. Chimie verte Les pesticides synthétiques à faible risque peuvent être utilisés en dernier recours. Lutte intégrée contre les vecteurs Il s’agit d’un processus décisionnel ra- tionnel pour optimiser l’utilisation des ressources pour la lutte antivectorielle. Le processus de lutte intégrée contre les vecteurs (IVM) est adapté localement et implique l’utilisation d’outils de lutte antivectorielle fondée sur des preuves. Les principaux outils d’intervention com- prennent actuellement l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide/ de longue durée, l’utilisation d’insecti- cides dans la pulvérisation résiduelle intérieure et la pulvérisation spatiale, l’utilisation de larvicides bactériens ou chimiques, les poissons larvivores et la gestion des sources larvaires, y compris des méthodes environnementales. Pour la protection personnelle, des répulsifs sont recommandés. Quelles sont les alternatives? 14 Site web de la FAO sur l’agroécologie: http://www.fao.org/agroecology/home/fr/ le marché mondial des biopesticides rogresse à un taux de 16–17% Systèmes agricoles durables Bonnes pratiques agricoles S’appuyant sur les principes de la lutte intégrée contre les ravageurs (IPM), les alternatives agroécologiques aux pesticides comprennent des mesures de gestion des exploitations agricoles et des paysages vi- sant à prévenir les épidémies de ravageurs. Ces mesures se concentrent sur la préservation des services écosystémiques, y compris la lutte na- turelle contre les ravageurs et la santé des sols (fertilité, activité bio- logique, structure, etc.) et incluent par exemple la gestion des zones riveraines et des habitats naturels pour augmenter la population d’in- sectes auxiliaires. Alternatives à base agroécologique Virus Bactérie Pesticides chimiques à faible- risque Botanique des cultures Suivi des ravageurs Produits botaniques Cham- pignon Produits semio- chimiques Prédateurs naturels Micro- organisme Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 16 Les Directives FAO/OMS sur les pes- ticides extrêmement dangereux pu- bliées en 2016 visent à aider les pays à faire face aux risques des pesticides extrêmement dangereux en suivant trois étapes clés: 1 Identification Les pays analysent leur liste de pes- ticides homologués en fonction de huit critères (voir la dernière page) pour identifier quels sont les produits extrêmement dangereux. 2 Évaluation des besoins et des risques Les pays évaluent les besoins et les avantages réels de ces produits et leurs risques pour la santé humaine et l’environnement, en tenant compte des alternatives disponibles. Les trois étapes clés de la réduc- tion des risques liés aux pesticides: 1. Réduire la dépendance aux pesti- cides. Déterminer dans quelle mesure les niveaux existants d’utilisation de pesti- cides sont réellemaent nécessaires. Faire un usage optimal de la gestion non chi- mique des ravageurs et éliminer l’utilisa- tion injustifiée de pesticides. 2. Sélectionner les pesticides présen- tant le risque le plus faible. Si l’utilisa- tion de pesticides est jugée nécessaire, sélectionner les produits présentant le plus faible risque pour la santé humaine et l’en- vironnement parmi les produits homolo- gués disponibles qui sont efficaces contre le ravageur ou la maladie. 3. Assurer une bonne utilisation des produits sélectionnés pour les applica- tions approuvées et en conformité avec les normes internationales. Directives concernant l’élaboration de politiques en matière de gestion des ravageurs et des pesticides, 2010 http://www.fao.org/3/ca8116fr/ca8116fr.pdf Qu’est-ce qui est fait actuellement? © FA O/ Lu is Ta to / FA O 00 16 84 25 Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 17 • l’accès aux informations sur les pes- ticides individuels • des bases de données de pesticides homologués à travers le monde • l’accès aux évaluations scientifiques des pesticides Les Directives FAO/OMS pour l’ho- mologation d’agents microbiens, bo- taniques et sémiochimiques contre les ravageurs pour des utilisations dans la protection des végétaux et en santé publique (2017) fournissent des orientations supplémentaires pour faciliter l’homologation de produits al- ternatifs. 3 Options d’atténuation Les pays identifient des mesures d’atténuation des risques. Les me- sures d’atténuation les plus appro- priées peuvent être différentes pour chaque pesticide extrêmement dan- gereux et pour chaque condition d’utilisation. La disponibilité d’alter- natives est un facteur clé de la mise en œuvre de l’atténuation. Les pays ont plusieurs options d’at- ténuation à leur disposition en ce qui concerne les pesticides extrêmement dangereux allant de mettre fin à l’uti- lisation, restreindre l’utilisation ou modifier les formulations ou les conditions d’utilisation. Les pesticides à toxicité extrêmement élevée nécessitent un niveau de pro- tection individuelle qui ne peut être assuré. Conformément aux articles 3.6 et 7.5 du Code de conduite interna- tional FAO/OMS sur la gestion des pesticides, une élimination complète de ces produits est la mesure d’atté- nuation recommandée lorsque les pays ne sont pas en mesure de les traiter dans des marges de risque considérées comme acceptables. Les autorités de réglementation des pesticides peuvent être guidées dans ce processus par la Boîte à outils de la FAO pour l’homologation des pes- ticides qui fournit, entre autres: • des méthodes d’évaluation des dan- gers et des risques Article 3.6 Les pesticides dont la mani- pulation et l’application exigent l’utilisation d’un équipement de protection individuelle inconfortable, coûteux ou dif- ficile à se procurer doivent être évités, notamment par les utilisateurs non indus- triels et par les travailleurs agricoles dans les climats chauds. Article 7.5. Il peut être envisagé d’inter- dire l’importation, la distribution, la vente et l’achat de pesticides extrêmement dan- gereux s’il est établi, sur la base d’une évaluation des risques, que des mesures de réduction des risques ou les bonnes pratiques commerciales sont insuffisantes à garantir une manipulation du produit excluant tout risque inacceptable pour l’homme et pour l’environnement. FAO/WHO International Code of Conduct on Pesticide Management (the Code of Conduct) ** Gouvernance mondiale et dialogue politique • En 2015, la Conférence internatio- nale sur la gestion des produits chi- miques (ICCM4) a adopté une réso- lution appelant à une action concertée pour lutter contre les pesticides ex- trêmement dangereux, en mettant l’accent sur la promotion d’alterna- tives fondées sur l’agroécologie. • L’OMS a élaboré une action mon- diale pour lutter contre les vecteurs 2017-203015 pour guider l’action mon- diale. • Le Code de conduite international sur la gestion des pesticides et ses di- rectives techniques sont guidés et ap- puyés par la Réunion conjointe sur la gestion des pesticides: un groupe international d’experts qui conseille la FAO et l’OMS. 150 produits extrêmement dangereux sur plus de 2 500 pesticides homologués au Botswana, au Mozambique, en République-Unie de Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe ont été identifiés. Le Myanmar a imposé des restrictions sur 19 pesticides extrêmement dangereux. Le Sri Lanka, le Bangladesh, l’Inde et la Chine ont agi pour identifier et supprimer certains pesticides extrêmement dangereux et le processus est continu et itératif. 15https://www.who.int/malaria/areas/vector_control/Dr aft-WHO-GVCR-2017-2030-fre.pdf?ua=1 *Plus de 2 300 agriculteurs interrogés lors d’enquêtes sur le terrain menées dans le cadre de projets menés par la FAO. Les conditions d’utilisation des pesticides dans tous les pays étaient susceptibles d’entraîner une exposition excessive, ce qui justifiait la nécessité de mesures d’atténuation immédiates. Plateformes nationales multipartites mises en place pour permettre aux secteurs de l’agriculture, de la santé publique et de l’environnement de coopérer, d’échanger des informations, de concevoir des plans d’atténuation des risques et de faciliter des solutions. Collaboration régionale et renforcement des capacités • Programmes de renforcement des capacités pour les organismes de réglementation des pesticides dans 61 pays. • Comités régionaux et réseaux d’autorités de réglementation des pesticides mis en place pour renfor- cer la collaboration et le partage de l’information. • Lignes directrices régionales pour l’harmonisation des évaluations des risques liés aux pesticides dé- veloppées pour rapprocher les éva- luations des risques des normes in- ternationales. • Dialogue avec les initiatives de produits «verts» (banane, coton, ca- cao et café) en cours pour établir une politique de «non-utilisation» de pes- ticides extrêmement dangereux comme norme de production. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 20 Que peut-on faire de plus? Voies à suivre Malgré les progrès réalisés, de nom- breux pesticides extrêmement dange- reux sont toujours utilisés dans des circonstances qui présentent des risques inacceptables pour la santé humaine et l’environnement. L’intensi- fication des efforts pour intégrer la ges- tion rationnelle des pesticides dans des politiques et initiatives durables est donc une action urgente néces- saire pour permettre la réalisation de l’Agenda 2030. Mesures immédiates • Identifier, retirer l’homologation et empêcher une future homologa- tion de pesticides extrêmement dan- gereux - pour les décideurs poli- tiques. • Annuler la distribution et le vente de pesticides extrêmement dange- reux dans les pays où les mesures d’atténuation des risques sont insuf- fisantes pour garantir que le produit puisse être manipulé sans risque inacceptable pour l’homme et l’en- vironnement (article 7.5 du Code de conduite international) - pour l’indus- trie des pesticides. • Combattre le trafic illégal grâce à une collaboration mondiale et régio- nale et à des systèmes d’inspection et de surveillance plus solides - pour les décideurs politiques. • Encourager les pratiques agroé- cologiques et investir dans le déve- loppement de solutions alternatives durables aux pesticides extrêmement dangereux - pour les producteurs agricoles, les partenaires de déve- loppement et les bailleurs de fonds. • Construire un marché dynamique des biopesticides - pour le secteur privé. • Investir dans l’innovation et la chi- mie verte - pour les universités et les bailleurs de fonds. • Améliorer les procédures d’évalua- tion des risques pour les pesticides Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 21 et les semences enrobées de pes- ticides pour prendre en compte les impacts possibles et les effets cu- mulatifs, y compris les effets sublétaux et indirects sur les pollinisateurs, sau- vages et élevés, ainsi que sur d’autres espèces non ciblées. • Intégrer la mise en œuvre des conventions sur les produits chi- miques (Bâle, Rotterdam et Stock- holm) et une gestion rationnelle des pesticides dans les priorités politiques et d’investissement - pour les partenaires de développe- ment et les bailleurs de fonds. Actions continues • Éduquer les décideurs et le grand public sur les effets néfastes des pesticides extrêmement dangereux - pour la société civile. • Renforcer les capacités des auto- rités de réglementation des pesti- cides pour renforcer les évaluations des risques - pour les gouverne- ments, les décideurs politiques et les bailleurs de fonds. • Établir ou mettre en œuvre un sys- tème de surveillance des résidus de pesticides - pour les décideurs politiques. • Surveiller les effets négatifs sur la santé et l’environnement de pesti- cides extrêmement dangereux pour éclairer la prise de décision - pour les gouvernements, la société civile. • Élargir le marché des produits agricoles verts - pour le secteur privé. • Aider les pays parties aux conven- tions internationales à réaliser les objectifs et engagements nationaux - pour les signataires de conventions internationales. La réunion conjointe sur la gestion des pesticides (JMPM) La Réunion conjointe sur la gestion des pesticides (JMPM) a été la première à recommander les 8 critères relatifs aux pesticides très dangereux. La JMPM conseille la FAO et l'OMS sur la mise en œuvre du Code de conduite internatio- nale sur la gestion des pesticides et prépare les documents d'orientation pertinents. Elle examine également les nouveaux développements, les problèmes ou les questions nécessitant une attention mondiale en matière de réglementation et de gestion des pesticides. Les membres de la JMPM sont issus des deux groupes d'experts internationaux : le groupe d'experts de la FAO sur la gestion des pesticides et le groupe d'experts de l'OMS sur la biologie et le contrôle des vecteurs. Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 22 Critères Critères FAO/OMS pour identifier les pesticides extrêmement dangereux: 1 Formulations de pesticides qui ré- pondent aux critères des classes Ia ou Ib de la Classification recom- mandée par l’OMS des pesticides en fonction des dangers qu’ils pré- sentent; ou 2 Ingrédients actifs des pesticides et leurs formulations qui répondent aux critères des catégories 1A et 1B pour la cancérogénicité du Système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chi- miques (SGH); ou 3 Ingrédients actifs des pesticides et leurs formulations qui répondent aux critères des catégories 1A et 1B pour la mutagénicité du SGH; ou 4 Ingrédients actifs des pesticides et leurs formulations qui répondent aux critères des catégories 1A et 1B pour la toxicité pour la reproduction du GHS; ou 5 Ingrédients actifs des pesticides ré- pertoriés par la Convention de Stock- holm dans ses annexes A et B, et ceux répondant à tous les critères du paragraphe 1 de l’annexe D de la Convention; ou 6 Ingrédients actifs et formulations de pesticides répertoriés par la Conven- tion de Rotterdam dans son annexe III; ou 7 Pesticides répertoriés dans le cadre du Protocole de Montréal; ou 8 Ingrédients actifs et formulations de pesticides qui ont montré une inci- dence élevée d'effets indésirables graves ou irréversibles sur la santé humaine ou l'environnement Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 23 Ressources Le Code de conduite international FAO/OMS sur la gestion des pesticides (2014) et les directives associées pour la mise en œuvre: http://www.fao.org/3/I3604F/i3604f.pdf Le Code de conduite international FAO/OMS sur la gestion des pesticides: Directives sur les pesticides extrêmement dangereux (2016): http://www.fao.org/3/I5566FR/i5566fr.pdf La stratégie de la SAICM pour faire face aux pesticides extrêmement dangereux: http://www.saicm.org/Portals/12/Documents/EPI/HHP%20strategy%20French.pdf Lutter contre les pesticides extrêmement dangereux au Mozambique, FAO (2016), en anglais: http://www.fao.org/3/a-i5360e.pdf La Boîte à outils de la FAO pour l’homologation des pesticides: http://www.fao.org/pesticide-registration-toolkit/fr/ La Plateforme des connaissances sur l’agroécologie de la FAO: http://www.fao.org/agroecology/home/fr/ Les ressources de l’OMS sur la gestion rationnelle des pesticides sont disponibles en anglais sur: https://www.who.int/teams/control-of-neglected-tropical-diseases/vector-ecology- and-management/vector-control Perspectives mondiales des produits chimiques II; Des héritages aux solutions innovantes: Mise en œuvre de l'Agenda 2030 pour le développement durable - Rapport de synthèse, ONU Environnement, 2019. https://www.unep.org/explore-topics/chemicals-waste/what-we-do/policy-and- governance/global-chemicals-outlook Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 24 cides and health effects. 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Literature review on epide- miological studies linking exposure to pesti- Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 25 Communautés et organisations économiques internationales et régionales engagées pour une agriculture durable Universités et partenaires de recherche travaillant au renforcement des capacités d’évaluation des risques liés aux pesticides La société civile engagée dans la sensibilisation et la réduction des impacts des pesticides Le secteur privé engagé pour fournir des solutions innovantes Partenaires fournisseurs de ressources Partenaires clés dans la réduction des risques liés aux pesticides Détoxifier l’agriculture et la santé des pesticides extrêmement dangereux Un appel à l'action 26 Une initiative du groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, financée par l'Union européenne. Contacts Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture http://www.fao.org/pest-and-pesticide-management/en/ Viale delle Terme di Caracalla 00153 Rome - Italy Organisation mondiale de la santé https://www.who.int/teams/control-of-neglected-tropical-diseases Avenue Appia 20 1211 Geneva - Switzerland CA6847FR/1/10.21 ISBN 978-92-5-134898-7 9 7 8 9 2 5 1 3 4 8 9 8 7

Основные сведения
Тип документа Publications
Дата принятия
Источник Всемирная организация здравоохранения