The ` me spe ´ cial – Eradication de la poliomye ´ lite
Eradication de la poliomye ´ lite : l’he ´ ritageV C. de Guerra Macedo1 et B. Melgaard2 En mars 1997, on a diagnostique ´ une poliomye ´ lite chez Mum Chanty, une petite Cambodgienne de trois ans, qui ne pourra probablement jamais plus marcher sans aide. Le cas de Mum est un rappel poignant a ` la fois des effets de ´ vastateurs de cette maladie et du succe ` s remporte ´ par les efforts actuels d’e ´ radication. En effet, elle est le dernier cas de poliomye ´ lite diagnostique ´ dans les pays du Bassin du Pacifique. L’anne ´e prochaine, ces pays seront certifie ´ s exempts de poliomye ´ lite, le poliovirus ne circulant plus que dans deux re ´ gions du monde, l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne. Les Ame ´ riques ont e ´ te ´ la premie ` re Re ´ gion ˆ tre certifie a `e ´ e exempte de poliomye ´ lite en 1994, prouvant ainsi la faisabilite ´ technique de l’e ´ radication. Il est manifeste que le virus poliomye ´litique est actuellement accule ´ dans ˆ me ses derniers retranchements et, me dans les pays en proie a ` des conflits ou ne disposant que de services de sante ´ rudimentaires, l’effort d’e ´ radication est en passe ˆ tre couronne d’e ´ de succe ` s (1). En aou ˆ t 1999, la Re ´ publique de ´ mocratique du Congo a vaccine ´ plus de 80 % des enfants de moins de cinq ans lors de sa premie ` re campagne nationale de vaccination, surmontant ainsi les obstacles politiques et logistiques dresse ´s par la guerre dans un pays d’une superficie comparable a ` celle de l’Europe de l’Ouest. Dans le monde, 11 ans apre ` s la re ´ solution de l’Assemble ´ e mondiale de la Sante ´ en faveur de l’e ´ radication de la poliomye ´ lite, le nombre estime ´ de cas de poliomye ´ lite paralytique a chute ´ , passant de plus de 400 000 a ` moins de 20 000 par an. Toutefois, il n’est gue ` re surprenant que les efforts et les fonds conside ´ rables qui ont e ´ te ´ ne ´ cessaires pour parvenir a ` l’e ´ radication aient suscite ´ chez certains la crainte que des activite ´ s sanitaires de routine tout aussi essentielles ne soient ne ´ glige ´ es. Mais il ne faut pas faire abstraction de telles craintes ; car si rien ne permet de penser qu’il y ait eu une de ´ gradation durable, il est vrai que la vaccination de routine est souvent interrompue au cours des journe ´ es nationales de vaccination, les agents de sante ´ et les ressources e ´ tant redistribue ´s au profit de ces campagnes de masse. Lors d’une e ´ valuation qualitative portant sur six pays des Ame ´ riques et dont les re ´ sultats ont e ´ te ´ pour l’essentiel positifs, on s’est aperc ¸ u qu’il y avait eu d’importantes retombe ´ es ne ´ gatives lie ´ es a ` la strate ´ gie de ciblage et, dans une moindre mesure, a ` l’engagement des responsables (2). Dans l’ensemble, l’actif l’emporte de loin sur le passif. En fait, si les re ´ sultats ont e ´ te ´ tre `s positifs aux niveaux de la mobilisation sociale, de la communication, de la gestion des ope ´ rations et des relations entre les communaute ´ s et les prestateurs de services, ils l’ont en revanche e ´ te ´ moins dans le domaine de l’organisation des communaute ´ s et de la coope ´ ration interinstitutions. Une autre e ´ tude effectue ´ e en 1999 au Ne ´ pal et en Re ´ publique-Unie de Tanzanie a permis de constater que la notorie ´ te ´ publique du programme pouvait de ´ tourner l’attention et les ressources des donateurs et de ´ naturer les politiques et priorite ´ s du de ´ veloppement sanitaire mises en place au niveau national, les diverses priorite ´s entrant alors en compe ´ tition (3). Mais nous pensons – et les e ´ tudes cite ´ es pre ´ ce ´ demment l’ont e ´ galement montre ´ – que l’he ´ ritage prodigieux que va laisser l’initiative d’e ´ radication de la poliomye ´ lite de ´ passera de loin les retombe ´ es ne ´ gatives ; car l’e ´ radication va permettre plusieurs choses. . Premie ` rement, e ´ liminer les souffrances cause ´ es par cette maladie. . Deuxie ` mement, e ´ conomiser chaque anne ´ e les US $1,5 milliard actuellement de ´ pense ´ s pour le traitement et la pre ´ vention de la poliomye ´ lite (4). . Troisie ` mement, laisser a ` de nombreux pays en de ´ veloppement une infrastructure plus solide pour la vaccination de routine, la surveillance des maladies, la gestion sanitaire et la fourniture d’autres interventions de sante ´ , notamment la supple ´ mentation en vitamine A. Notre expe ´ rience de l’e ´ limination de cette maladie dans les Ame ´ riques vient corroborer tout cela. Une conse ´ quence directe de l’e ´ radication de la poliomye ´ lite dans cette Re ´ gion a e ´ te ´ la mise en place de syste ` mes de surveillance de la rougeole et de vaccination antirougeoleuse. . Quatrie ` mement, donner une plus grande visibilite ´ aux services de sante ´ en ge ´ ne ´ ral et aux services de vaccination en particulier. Au Ye ´ men, par exemple, l’accueil re ´ serve ´ par la population aux journe ´ es nationales de vaccination a multiplie ´ par 10 le budget national consacre ´ au Programme e ´ largi de Vaccination. Concernant la poliomye ´ lite, cette plus grande visibilite ´ est dans une large mesure le fruit de la mobilisation de toutes les couches de la socie ´ te ´ , depuis les dirigeants politiques jusqu’au grand public : des souverains, pre ´ sidents et premiers ministres ont lance ´ des campagnes de vaccination contre la poliomye ´ lite ; des œuvres de bienfaisance ont donne ´ des sommes importantes pour alimenter l’initiative d’e ´ radication ; le Rotary International aura donne ´ US $500 millions d’ici 2005 ; des firmes commerciales ont offert de l’argent et des millions de doses de vaccin antipoliomye ´ litique. . Cinquie ` mement, pre ´ parer le terrain pour les strate ´ gies de lutte contre d’autres maladies, telles que la rougeole et le paludisme (5). Ce sont des maladies qui, a ` bien des e ´ gards, diffe ` rent de la poliomye ´ lite : leur e ´ pide ´ miologie et les approches the ´ rapeutiques ne sont pas les ˆ mes. Mais elles exigent toutes deux me des programmes de lutte techniquement solides, bien organise ´ s et correctement finance ´ s. L’initiative d’e ´ radication de la poliomye ´ lite a permis d’instaurer la confiance dans la sante ´ publique en ge ´ ne ´ ral et de recueillir un large consensus, tout en en accroissant le financement. A l’OMS, l’initiative d’e ´ radication de la poliomye ´ lite va servir de plate-forme ´ pre ´ventive, de pour les services de sante fac ¸ on a ` en prolonger les effets positifs (6). Pour nous, il ne fait aucun doute que l’e ´ radication de la poliomye ´ lite va, tout Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000
V Editorial publie ´ en anglais dans Bulletin of the World Health Organization, 2000,78 (3) : 283-284. 1 Ancien Directeur du Bureau re ´ gional OMS des Ame ´ riques/Bureau sanitaire paname ´ ricain, Washington, DC (Etats-Unis d’Ame ´ rique). Membre de la Commission mondiale de Certification de l’Eradication de la Poliomye ´ lite. 2 Directeur, Vaccins et produits biologiques, Organisation mondiale de la Sante ´ , 1211 Gene ` ve 27 (Suisse). (Correspondance)
Re ´ f. : 99-0246 78 #
Organisation mondiale de la Sante ´ , 2000
Eradication de la poliomye ´ lite : l’he ´ ritage comme l’e ´ radication de la variole avant elle, redynamiser les efforts de pre ´ vention des maladies dans l’ensemble du secteur de la sante ´ publique. Sans nul doute aussi, cette entreprise humaine collective, qui a rassemble ´ les e ´ nergies et les ressources de tant de secteurs de la socie ´ te ´ , va figurer en bonne place parmi les plus grandes victoires de l’humanite ´. n
Bibliographie 1. Tangermann R et al. Eradication of poliomyelitis in countries affected by conflict. Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (3) : 330-338. (Le re ´ sume ´ de l’article figure a ` la page 226 du pre ´ sent Recueil.) 2. The impact of the Expanded Programme on Immunization and the Polio Eradication Initiative on health systems in the Americas. Final report of the Taylor Commission. Washington, DC (Etats-Unis d’Ame ´ rique), Organisation paname ´ ricaine de la Sante ´ , 1995. 3. Mogedal S, Stenson B. Disease eradication: friend or foe to the health system? Synthesis report from field studies on the polio eradication initiative in Tanzania, Nepal and Lao PDR. Gene ` ve, Organisation mondiale de la Sante ´, 1999 (document non publie ´ , novembre 1999, disponible sur demande au De ´ partement Vaccins et produits biologiques, Organisation mondiale de la Sante ´ , 1211 Gene ` ve 27, Suisse). 4. Bart KJ et al. Global eradication of poliomyelitis: benefit-cost analysis [Eradication mondiale de la poliomye ´ lite : analyse du rapport cou ˆ t/ avantages]. Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ , 1996, 74 (1) : 35-45 (re ´ sume ´ en franc ¸ ais). 5. Aylward RB et al. L’e ´ radication des maladies en tant que strate ´ gie de sante ´ publique : l’exemple de l’e ´ radication de la poliomye ´ lite (Voir pages 80-91 dans le pre ´ sent Recueil.) 6. Goodman T et al. Polio as a platform: using national immunization days to deliver vitamin A supplements. Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (3) : 305-314. (Le re ´ sume ´ de l’article figure aux pages 223-224 du pre ´ sent Recueil.)
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