Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 60 (4): 589-596 (1982) Etude de l'immunite humorale et cellulaire apres vaccination antitetanique chez 1'enfant africain malnutri et paludeen. 1. Etude de la reponse en anticorps antitetaniques* L. MONJOUR,1 F. BOURDILLON,2 M. SCHLUMBERGER,3 M. T. FAYET,4 C. MICHON,5 J. J. BALLET,6 E. GOUBA,7 & M. GENTILINI8 L'exploration de l'immunite humorale apres une ou deux injections controlees d'anatoxine th6tanique adsorbe'e, chez des enfants residant en milieu rural, a ete' realisee par une methode radio-immunologique sensible et specifique. Apres une ou deux injections, les taux d'anticorps se'riques 7 a 8 semaines apres la derniere vaccination e6taient supe'rieurs a 0, 04 UI/ml chez plus de 99% des enfants; chez 80% ils se situaient entre 0,10 et 0,50 UII ml apres une eu deux injections. Neanmoins, dans les de'lais considere's, les taux d'anti- corps etaient significativement plus e'leve's chez les enfants vaccine's a deux reprises. Une e'tude comparative entre plusieurs groupes d'enfants a montre' que la malnutrition relative- ment moderee et l'infection paludeenne, definie par la presence de Plasmodium fal- ciparum a l'examen direct, n'avaient pas d'influence decelable, a court terme, sur la re0ponse en anticorps apres une ou deux injections de vaccin. Les enfants non sevres au moment de l'etude avaient un taux d'anticorps significativement plus e'leve apres une injection, mais non apres deux. Malgre 1'efficacit6 et le faible prix de revient de la vaccination antitetanique, le t6tanos demeure preoc- cupant dans de nombreux pays A faible infrastructure sanitaire. En fait, lorsque les moyens sont limites, un protocole vaccinal comportant trois injections A intervalles rapproch6s se prete mal A de vastes cam- pagnes de vaccination, surtout dans des regions * Cette etude a pu etre realisee grace aux subventions du Ministere franfais de la Cooperation; de la Delegation generale a la Recherche scientifique et technique; de la Societe frangaise d'Immu- nologie; de l'Institut Merieux et de la ville de Laval (France). ' Chef de travaux, Assistant des H8pitaux, Laboratoire de Parasitologie, CHU Pitie-Salpetriere, Paris, France. 2 Medecin Epidemiologiste, Laboratoire de Parasitologie, CHU Pitie-Salpetriere, Paris, France. 3 Medecin Epidemiologiste, APMP, BP 112, Bobodioulasso, Republique de Haute-Volta. 4 Chef du Service <<Visaso, Institute Merieux, Marcy l'Etoile, 69260 Charbonnieres-les-Bains, France. 5 Interne des H8pitaux, Laboratoire de Parasitologie, CHU Piti6-Salpetriere. 6 Charge de Recherches a l'Institut national de la Sante et de la Recherche medicale, Laboratoire d'Immunochimie et d'Immuno- pathologie (INSERM U 108), Hopital Saint-Louis, 75475 Paris Cedex 10. 7Responsable de la Cellule nutritionnelle, Ministere de la Sante et des Affaires sociales, Ouagadougou, Republique de Haute- Volta. 8 Professeur (Chef de Service), Laboratoire de Parasitologie, CHU Pitie-Salpetriere. rurales d'acces difficile. Des protocoles simplifies ont donc ete proposes, comportant une ou deux doses d'anatoxine associees a divers adjuvants (1, 2). En outre, plusieurs techniques d'injection ont ete experi- mentees. Actuellement, le principe de la vaccination antitetanique simplifiee est admis par l'ensemble des responsables des equipes mobiles de vaccination, mais les modalites qui permettent d'obtenir un effet protecteur durable restent encore a definir en milieu tropical. En effet, de nombreux parametres sont sus- ceptibles d'influer sur l'efficacite des vaccins. Ainsi, depuis une decennie, l'effet immunosuppresseur du paludisme et de la malnutrition a e illustre par des etudes menees chez l'homme et grace aux modeles animaux (3-6). Cependant, l'importance de ces effets et leurs mecanismes restent encore insuffisam- ment connus. Au cours de la presente etude, effectuee en Haute- Volta, limitee a une population d'enfants ages de 1 a 3 ans, nous avons tente d'evaluer l'influence du palu- disme et de la malnutrition sur les reponses humo- rales antitetaniques et les reponses cellulaires non sp6cifiques et specifiques. Les buts de ce travail etaient, d'une part, d'estimer si une ou deux injec- tions de vaccin sont capables d'induire des reponses humorales satisfaisantes et des reponses cellulaires significatives, et, d'autre part, de determiner l'in- 4210 -589 590 L. MONJOUR ET AL. fluence du paludisme et de la malnutrition sur les reponses immunitaires humorales et cellulaires du jeune enfant. Les resultats de l'etude de la reponse en anticorps figurent dans cette premiere partie; 1'exploration des reponses cellulaires fera l'objet de la deuxieme partie qui sera publiee prochainement (7). MATtRIEL ET MItTHODES Sujets L'enquete s'est deroulee dans une zone de savane arbustive de la sous-prefecture de Garango A 200 km au sud-est de Ouagadougou (Haute-Volta). Cette region, soumise A un climat soudanien, recoit environ 80% des precipitations annuelles entre juin et septembre. Le paludisme A Plasmodium falciparum y est holoendemique, surtout d'octobre A decembre. Notre campagne de vaccination antitetanique a interesse 24 villages, soit environ 66 000 personnes d'ethnie Bissa, qui ont un mode de vie sedentaire regle par les activites agricoles. Dans ce large groupe de population, nous avons retenu un echantillon de 414 enfants, ages de 11 mois A 3 ans. Chacun d'entre eux pouvait etre identifie, tout au long de l'enquete, par un acte de naissance, un numero et une photo- graphie personnelle. On les a soumis A des preleve- ments aux mois de novembre et de decembre pour estimer leur taux d'anticorps seriques antitetaniques et leur infestation parasitaire; une partie du sang pre- leve a ete reservee pour les etudes de l'immunite cellulaire. Ces prelevements sanguins ont ete effectues avec le consentement libre et eclaire des meres, informees des buts et conditions de la recherche. Dans cet echantillon, 90,7%7 des enfants etaient Ages de 12 A 36 mois, 5,9%o avaient moins de 12 mois, et 3,4% plus de 36 mois. Au moment de l'enquete, 76% des enfants etaient nourris au sein, 24% avaient ete sevres (9% avant un an, 5% entre un et deux ans, 4% apres deux ans; la date de sevrage n'etait pas pre- cisee pour les 6% restants). I1 y avait dans l'enquete 198 filles et 215 garcons. Vaccination antitetanique Au premier jour de l'etude (JO), 199 enfants ont recu une injection d'anatoxine tetanique purifiee concentree, adsorbee sur gel d'hydroxyde d'alumi- nium,a 215 ont 'te immunis's au JO et une deuxieme fois A J + 35. Chaque dose de vaccin, qui contenait 124 Unites Internationales (UI) d'anatoxine, sous un volume de 0,5 ml, etait injectee par voie sous-cuta- Tetavax (lot R 0107), Institut Merieux, Lyon (France). nee a la face externe du bras. Cette concentration elevee d'antigene a ete proposee, dans le cadre du Programme elargi de vaccination de l'OMS en Afrique, pour la primovaccination des tres jeunes enfants. Elle a ete retenue pour la realisation du programme national de lutte contre le tetanos en Haute-Volta. Criteres de malnutrition et d'infestation paludeenne Au JO, un bilan de sante a permis de determiner a) l'etat nutritionnel des enfants et b) l'infestation paludeenne. L'etat nutritionnel etait evalue par des mesures ponderales comparees aux normes de Harvard (8). On a considere' «bien nutris>> les 182 enfants dont le poids etait superieur a 80% de la norme en fonction de I'age, et «malnutris>> les 83 enfants dont le poids etait inferieur a 70% de cette norme. Les 149 sujets restants dont le poids etait compris entre 70% et 80% ont ete deliberement rejetes de l'etude pour separer plus completement bien nutris et malnutris. Apres un examen clinique complet, les enfants malnutris ont ete pris en charge, aussi rapidement que possible, par un centre de recu- peration nutritionnelle. On a evalue l'infestation paludeenne au moyen d'un prelevement sanguin obtenu en tubes capillaires heparines, qui a permis d'effectuer des frottis pour rechercher P.falciparum et evaluer le niveau de la parasitemie (tres faible de 1 a 15 trophozoites/20 000 hematies; faible de 15 a 30; moderee de 30 a 50 et plus). Etant donne le caractere holoendemique du palu- disme dans la region, il a ete necessaire de constituer un groupe de sujets «non paludeens>> en adminis- trant un traitement antipaludique. A partir du JO, 214 enfants ont requ 200 mg d'amodiaquine/semaine pendant 6 semaines. Parmi eux, 76 avaient beneficie d'une chimioprophylaxie (100 mg de Nivaquine (chloroquine)/semaine) pendant les 3 mois pr&cedant la campagne de vaccination. A J + 35, une recherche de Plasmodium sur frottis sanguin a e de nouveau effectuee et 159 enfants traites, dont le sang (infecte ou non a JO) ne contenait pas de parasite a J + 35, ont ete definis «non paludeens>>, alors que 126, non proteges par l'amodiaquine et qui avaient un frottis positif aux JO et J + 35, ont ete definis «paludeens>>. Tous les sujets ne repondant pas a ces criteres n'ont pas e retenus dans l'etude sur l'influence du paludisme. Enfin, avant de commencer la campagne, nous avons tente d'evaluer la frequence d'une eventuelle immunite «naturelle>> ou consecutive a une vacci- nation anterieure meconnue. Deux groupes d'enfants de 1 A 3 ans, tires au hasard, ont fait l'objet de cette etude: 13 residaient A Diabatou, localite rurale totalement isolee sur le plan sanitaire, 53 a Garango ou il existe un dispensaire. Pour aucun IMMUNITE APRES VACCINATION ANTITtTANIQUE. 1. 591 d'entre eux une vaccination anterieure quelconque ne pouvait etre demontree. PrNIevements sanguins Une unique prise de sang veineux (2 a 7 ml au pli du coude) permettait l'etude du taux des anticorps et des reponses cellulaires in vitro. Les prelevements etaient recueillis dans des tubes sous videb contenant 200 UI d'heparine sans conservateurc sous un volume de 0,1 ml. Les enfants vaccines une fois ont subi un prelevement entre J + 48 et J + 58, A l'excep- tion de 28 sujets qui l'ont subi A J + 90; chez ceux qui ont ete vaccines deux fois les prelevements ont ete faits entre J + 86 et J + 96. Transport des &chantillons de sang Places dans des boltes isothermes contenant de la glace (temperature, 4 °C a 6 °C), les echantillons etaient transportes, soit par vehicule automobile soit par avion, au laboratoire d'immunologie prealable- ment installe A Ouagadougou. Le temps ecoule entre le prelevement et l'arrivee au laboratoire ne depassait pas 7 heures. Au cours du transport, le sang etait doucement agite toutes les demi-heures pour eviter la sedimentation des leucocytes. Obtention des plasmas Des l'arrivee au laboratoire, les tubes etaient centrifuges A 300 g pendant 10 min. Ce procede permet de faire sedimenter la plus grande partie des leucocytes dans le quart inferieur de la couche plasmatique. Les trois-quarts superieurs du plasma destines au dosage ulterieur du taux d'anticorps seri- ques etaient recueillis et congeles aussitot A - 20°C. Des mesures prealables, effectuees sur serums et plasmas, avaient montre que la presence d'heparine dans les tubes ne modifiait pas significativement les resultats des dosages realises par la methode radio- immunologique. Dosage radio-immunologique des anticorps anti- t6taniques seriques La mesure des taux d'anticorps antitetaniques a ete effectuee par une methode radio-immunologique (9). L'antigene (anatoxine tetanique purifiee) est adsorbe sur des tubes de polyethylene pendant 18 h. Apres ringages, les dilutions des serums sont mises a incuber pendant 18 h. Enfin, apres nouveau rinqage, les anticorps sont reveles par une solution d'ana- toxine tetanique purifiee marquee A l'iode-125. Le taux des anticorps est calcule par reference A une courbe standard etablie avec une preparation etalon d'immunoglobulines humaines riches en anticorps, b Venojet-Terumo, Jintan (Japon). c Liquemine Roche, Neuilly-sur-Seine (France). elle-meme dosee par comparaison avec l'etalon inter- national de 1'OMS. Des etudes prealables ont montre qu'il existait une bonne correlation entre la methode radio-immuno- logique et le test de seroprotection in vivo chez la souris (9). Les mesures ont ete effectuees A partir de serums humains, soit apres immunisation par l'anatoxine tetanique, soit apres injection d'im- munoglobulines humaines riches en anticorps anti- tetaniques. Dans ces deux types d'experiences, on a calcule la correlation entre les titres mesures par la methode radio-immunologique et le test de seroneutralisation. Elle est excellente (coefficient de correlation ne diffe- rant pas significativement de 1,0) pour des valeurs comprises entre 0,004 et 100 UI/ml. Une bonne correlation a egalement et observee avec des serums de chevaux hyperimmunises (titres superieurs a 300 UI/ml). Le seuil de detection de cette methode radio-im- munologique se situe entre 0,004 et 0,010 UI/ml. Analyse des rdsultats L'etude comparative des distributions observees dans les divers groupes d'enfants a ete faite par le test de Kolmogorov-Smirnov (10). RtSULTATS Recherche des anticorps antitdtaniques sdriques chez les enfants non vaccin6s Deux groupes d'enfants ont ete etudies avant la campagne de vaccination. On a observe A Diabatou que sur 13 sujets 3 n'avaient pas d'anticorps antiteta- niques decelables, les 10 autres avaient des taux compris entre 0,025 et 0,050 UT/ml. A Garango, parmi les 53 enfants examines, 43 n'avaient pas d'anticorps; 5 avaient des titres tompris entre 0,025 et 0,050 UT/ml, et 5 autres entre 0,10 et 0,40 UT. Une vaccination ancienne, vraisemblable pour ce dernier groupe, n'a pu etre etablie avec certitude. Distribution des taux d'anticorps seriques apr&s vaccination Les taux d'anticorps seriques apres vaccination etaient superieurs a 0,04 UT/ml chez plus de 99% des enfants. Chez 3,80%o d'entre eux ils etaient compris entre 0,04 et 0,10 UI, chez 80,9% ils se situaient entre 0,10 et 0,50 UT, et chez 15,201 ils s'elevaient au-dessus de 0,50 UT/ml. Ces resultats bruts doivent etre interpretes compte tenu du nombre d'injections de vaccin et de la date du prelevement sanguin destine a i'exploration de l'immunite humorale. Si l'on compare aux 215 L. MONJOUR ET AL. Tableau 1. Distribution en pourcentage des taux d'anticorps antit4taniques chez des enfants ayant recu une ou deux injections d'anatoxine D6lai de pr6lAvement Anticorps antit6taniques s6riques Nombre Nombre aprbs la premibre (Ul/mi) Moyenne arith- d'injections d'enfants injection vaccinale mAtique du titre (jours) < 0,10 0,10-0,20 0,20-0,50 > 0,50 (Ul/ml) 2 215 86 A 96 0,5 10,6 64,4 24,1 (0,433) 1 171 48 A 58 8,7 46 39,4 5,0 (0,247) 1 28 90 0 28,6 64,3 7,0 (0,310) enfants vaccines par deux injections les 171 qui n'ont requ qu'une seule dose d'anatoxine, on s'aperqoit que dans les delais consider6s les taux d'anticorps sont significativement plus eleves chez les enfants immunises A deux reprises (P < 0,001) (tableau 1). L'6volution du taux des anticorps apr6s vaccina- tion n'a pas W syst6matiquement etudi6e; toutefois, si l'on se r6f&re au groupe des 28 enfants vaccines une seule fois, et qui ont subi un pr&lEvement de sang avec retard par rapport aux dates pr6vues, il apparait ANTICORPS ANTITETANIQUES SERIQUES APRES UNE INJECTION VACCINALE 0/0 N 45 40 30 20 10 SUJETS MALNUTRIS (N=36) que les titres serologiques continuent de s'6lever. Ainsi, A J + 90, ils ne sont jamais inferieurs A 0,10 UI/ml (tableau 1). Influence de l'dtat nutritionnel et de l'allaitement maternel sur les taux d'anticorps On n'observe pas de difference significative entre les distributions des r6ponses des enfants bien nutris et malnutris, apr6s une comme apres deux injections de vaccin (P > 0,05) (Fig. 1). ANTICORPS ANTITETANIQUES SERIQUES APRES DEUX INJECTIONS VACCINALES O/o N 30 [ 20 10 SUJETS MALNUTRIS ( N=47) 0 0100 0,200 0,300 0,400 0,500 > 0,500 UI/mI 0/o N SUJETS BIEN NUTRIS ( N-92). . ~. . . . 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 > 0,500 Ul/mI O/o N 30 1 20 10 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 > 0,500 U l/ml SUJETS BIEN NUTRIS ( N=90) 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 > 0,500 UI/ml Fig. 1. Distribution, apres une ou deux injections de vaccin, des taux d'anticorps antit6taniques (Ul/mi) en fonction de l'6tat nutritionnel des enfants. N = nombre d'enfants dans chaque groupe. Les histogrammes repr6sentent, pour chaque intervalle, le pourcentage de N correspondant (% N). 40 30 20 10 . . . . . 592 -----7 IMMUNITt APRtS VACCINATION ANTITP.TANIQUE. 1. Tableau 2. Distribution des taux d'anticorps chez les enfants allait6s et sevr6s apres une ou deux injections d'anatoxine t6tanique Anticorps antit6taniques s6riques Nombre Nombre (Ul/mi) d'injections d'enfants < 0,10 0,10-0,20 0,20-0,30 0,30-0,40 0,40-0,50 > 0,50 Enfants allaitfs 1 158 7 37,3 32,3 1 2 4,4 7 2 158 0,6 12,2 25 1 9 1 7 26,6 Enfants sevr6s 1 35 11,4 65,7 14,3 5,7 2,8 0 2 42 0 9,5 31 28,6 14,3 16,6 Afin de mieux preciser le role de l'allaitement maternel, les r6ponses en anticorps ont e't etudiees en fonction du sevrage (tableau 2). II existe une diff6- rence significative entre les taux d'anticorps des enfants sevr6s et ceux des enfants non sevr6s; les titres observes chez les sujets Mllait6s par leur m6re au moment de la vaccination sont plus eleves apr&s une seule injection d'anatoxine (P < 0,05); cette diff6- rence n'est pas decel6e apres deux injections ANTICORPS ANTITETANIQUES SERIQUES APRES UNE INJECTION VACCINALE O/o N 45 30 20 10 SUJETS PALUDEENS (N=37) (P > 0,05). Un resultat du m8me ordre est retrouve lorsque l'on compare les r6ponses des enfants plus jeunes (11 a 21 mois) A celles des enfants plus ages (21 i 36 mois). Influence du paludisme sur les taux d'anticorps On n'observe pas de difference significative entre les distributions des reponses en anticorps des sujets palud6ens et celles des sujets non paludeens, apres ANTICORPS ANTITETANIQUES SERIQUES APRES DEUX INJECTIONS VACCINALES 0/ N 30 1 20 L 10 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 > 0,500 UI/mi 0/0 45 30 20 10 SUJETS NON PALUDEENS ( N- 87) 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 >0,500 Ul/mi SUJETS PALUDEENS (N-89) 0 0,100 0,200 0,300 0,400 0,500 >0,500 UI/mi O/o N 30 L 20 L 10 L SUJETS NON PALUDEENS (N=72) 0 0,100 0200 0300 0,400 0500 >0,500 Ul/mI Fig. 2. Distribution, apres une ou deux injections de vaccin, des taux d'anticorps antit6taniques (Ul/mi) en fonction de l'infestation palud6enne des enfants. N = nombre d'enfants dans chaque groupe. Les histogrammes repr6sentent, pour chaque intervalle, le pourcentage de N correspondant (% N). 593 .KN L. MONJOUR ET AL. une comme apres deux injections de vaccin (P > 0,05) (Fig. 2). Ces resultats suggerent egale- ment qu'une chimioprophylaxie par l'amodiaquine ne modifie pas la distribution des reponses en anti- corps des sujets paludeens. DISCUSSION Au cours d'une campagne de vaccination antiteta- nique, nous avons determine les reponses immuni- taires humorales a l'anatoxine au sein d'une popula- tion d'enfants ages de 2 a 3 ans en tenant compte de deux parametres: 1'etat nutritionnel et l'infection paludeenne. L'evaluation du taux des anticorps a e realisee par une methode radio-immunologique. La bonne correlation de cette methode avec la seroneutralisation in vivo nous a permis de la considerer comme reproductible et specifique. L'evaluation de l'efficacite d'une vaccination suppose la connaissance des taux d'anticorps avant la premiere injection de vaccin. Nous avons donc procede A une enquete limitee pour a) verifier l'hypothese, soutenue par certains auteurs, d'une immunisation onaturelle>> en l'absence de vaccina- tion (11 - 13) et b) eliminer les erreurs d'interpreta- tion dues a la meconnaissance d'une eventuelle vaccination antitetanique anterieure. On peut noter que le pourcentage d'enfants porteurs d'anticorps decelables semble plus eleve ef milieu rural isole (Diabatou) qu'en milieu urbain (Garango). Diabatou ne possede pas de dispensaire et la probabilite d'une vaccination de masse meconnue y est pratiquement nulle. Cela permet de suggerer que le contact immunisant avec le baccille tetanique est plus important dans cette zone rurale que dans l'agglomeration urbaine de Garango. Cependant, le faible effectif d'enfants examine ne permet d'etablir formellement ni une telle difference entre les deux groupes ni l'origine de cette immunite oprevaccinale>>. Ces resultats indiquent par ailleurs que l'evalua- tion des taux d'anticorps de tous les enfants avant l'immunisation n'etait pas justifiee, non seulement en raison des questions ethiques que pose cette demarche, mais aussi parce qu'elle ne modifie pas les conclusions sur les effets de la vaccination. Le choix du nombre d'injections sous-cutanees et de la nature du vaccin a ete fonde sur les resultats d'autres investigations, qui ont montre l'efficacite de deux injections en ce qui concerne la reponse en anti- corps et la protection epidemiologique, dans un envi- ronnement comparable a celui de Garango (14). A notre connaissance peu d'etudes ont analyse I'interet d'une seule dose de vaccin. On peut citer cependant une campagne effectuee en Colombie, comparant les effets d'une et de deux injections vaccinantes, de concentrations differentes d'antigene et d'adjuvants (1). Une seule immunisation entraf- nait l'apparition de taux relativement faibles d'anti- corps, variant en fonction des doses d'antigene et d'adjuvants utilisees ou en fonction de leur combi- naison. I1 est difficile de rapprocher ces resultats de nos propres observations, car le protocole propose interessait exclusivement une population d'adultes; il comportait, en outre, de plus faibles concentrations d'antigene et un dosage des anticorps par la tech- nique d'hemagglutination indirecte. Une autre etude a e menee au Cameroun; elle a montre que les taux d'anticorps, determines par hemagglutination passive, sont faibles apres une seule injection de 25 ou 30 Lf d'antigene; toutefois, dans ce programme de vaccination, la population cible etait plus agee que la notre (enfants scolarises de 4 A 15 ans). Par ailleurs, les auteurs ont attire l'attention sur la realisation particulierement delicate et les difficultes d'interpretation des techniques d'hemagglutination (14, 15). Les dates des prele&ements apres la vaccination ont ete choisies en fonction de donnees anterieures; la determination de l'evolution A moyen et long terme des taux d'anticorps n'a pu etre realisee; ce- pendant, l'observation d'un niveau d'immunite humorale plus eleve chez certains enfants ayant subi tardivement la prise de sang (J + 90) montre l'utilite potentielle d'une telle recherche, ne serait-ce que pour preciser la date optimale des rappels ulte- rieurs. Les resultats montrent qu'apres une injection de vaccin le taux d'anticorps seriques est superieur A 0,10 UI chez 91% des enfants dont le sang a ete preleve vers J +50 et chez la totalite des sujets du petit groupe ou il a e preleve a J + 90. Toutes ces donnees confirment l'interet du choix de concen- trations 6lev6es d'anatoxine tetanique, associees A des doses adequates d'adjuvant, pour ameliorer le taux de protection, surtout quand la vaccination doit etre administree a des villageois peu disponibles au moment des travaux agricoles, ou A des nomades que l'on perd facilement de vue d'un jour a l'autre. Les taux d'anticorps obtenus apres une ou deux injections sont nettement superieurs au seuil de pro- tection generalement accepte (0,01 UI/ml d'apres le test de seroprotection in vivo). Grace a la correlation observee entre les valeurs definies par ce test et la technique radio-immunologique, on a pu admettre une meme valeur du seuil de protection pour les deux methodes. Les reactions vaccinales ont et benignes et ephe- meres; il s'agissait d'infiltrations douloureuses, locales, apparaissant de 30 minutes a quelques heures apres l'injection et durant un a trois jours. On a note parfois un nodule inflammatoire de resorp- 594 IMMUNITE APRtS VACCINATION ANTITETANIQUE. 1. 595 tion lente. Ces reactions n'ont pas inquiete les popu- lations rurales vaccinees. Une urticaire generalisee, sans manifestations anaphylactiques severes, est apparue chez un enfant de 3 ans. On n'a releve aucun autre sympt6me, en particulier neurologique, ni aucune complication compatible avec un mecanisme auto-immun. Toutefois, on n'a pas procede A une exploration biologique particuliere de ces pheno- menes sur le terrain. La connaissance de l'Age exact des enfants nous a permis de choisir le poids pour l'Age comme criteres de l'etat nutritionnel; cette donnee anthropometri- que parait la moins sujette aux erreurs de mesure dans une enquete de masse. I1 a ete rapporte que la reponse en anticorps aux anatoxines etait diminuee chez les sujets malnutris (3, 4). Cette observation a ete confirmee dans des conditions experimentales sur modeles animaux (6). Dans notre etude, l'absence d'effet significatif de l'etat nutritionnel est vraisem- blablement liMe au caractere relativement limit6 de la malnutrition chez les enfants consideres. Une conclu- sion du meme ordre a e avancee par de nombreux auteurs (3, 5); elle implique clairement qu'il est im- peratif de vacciner, sans restriction, tous les enfants en etat de malnutrition. Entre un et trois ans, l'allaitement maternel doit etre pris en consideration. Son influence sur les taux d'anticorps est demontree apres une injection, mais elle n'apparalt pas apres la seconde immunisation. Etant donne nos conclusions quant a I'absence d'impact de l'etat nutritionnel sur la reponse en anti- corps, cet effet parait lie A un role direct de l'allaite- ment qui justifierait des investigations complemen- taires. Un ensemble de donnees experimentales et clini- ques suggere que le paludisme peut etre responsable d'une immunosuppression, dont les mecanismes demeurent peu connus (16- 19). La distinction entre sujets paludeens et sujets non paludeens ayant neces- site un artifice, la chimioprophylaxie d'un groupe d'enfants, il nous para7it prudent de ne pas conclure et de souligner simplement, sans extrapolation, que le paludisme n'a pas d'effet significatif sur les reponses en anticorps antitetaniques entre les ages de 1 et 3 ans; en outre, il n'est pas possible de deter- miner s'il existe un effet depresseur des medications antipaludiques, envisage par certains auteurs (20), ou inversement une amelioration des reponses liee a la therapeutique. REMERCIEMENTS Nous remercions, pour leur participation a la realisation de ce travail, le Dr J. Queinnec et la ville de Laval (France); le Dr Garin et le Dr Fillastre, Centre international de l'Enfance, Paris (France); ainsi que M. Salif Ilboudo, Technicien du Ministere de la Sante de Haute-Volta. SUMMARY HUMORAL AND CELLULAR IMMUNITY AFTER TETANUS IMMUNIZATION IN MALNOURISHED OR MALARIA-INFECTED AFRICAN CHILDREN 1. ANTITETANUS ANTIBODY RESPONSES Serum antibody levels were determined by specific radio- immunoassay in 414 children aged 1- 3 years, 7- 8 weeks after one or two injections of adsorbed tetanus toxoid (124 IU/ml). Studies in a small group of non-immunized children showed that the possibility of preimmunization antibodies being present in some individuals could be neglected in interpreting postimmunization data. Overall, antibody levels were greater than 0.04 IU/ml in more than 99%o of the children after one or two immuniz- ations; however, two injections gave significantly higher values. In a small group of children antibody levels were still increasing up to 90 days after one injection. No differ- ence in antibody level distribution was observed between well nourished and malnourished children defined by objec- tive criteria. Antibody levels were higher among breast-fed children after one but not after two injections. No significant difference in antibody level was detected between malaria infected and non-infected children. BIBLIOGRAPHIE 1. MCLENNAN, R. ET AL. Bulletin de lOrganisation mon- diale de la Sante, 49: 615 - 626 (1973). 2. GATEFF, C. & REY, M. In: Comptes rendus de la 4eme Confe'rence internationale sur le Tetanos, Dakar, 1975. Lyon, Fondation Merieux, 1975, pp. 819- 831. 3. LAMBERT, R. & CONGE, G. A. Cahiers de nutrition et de didte'tique, 1: 53 - 57 (1976). 4. KIELMAN, A. ET AL. Bulletin de l'Organisation mon- diale de la Sante', 54: 477 - 483 (1976). 596 L. MONJOUR ET AL. S. WILLIAMSON, N. A. ET AL. Lancet, 1: 1328- 1329 (1978). 6. PRICE, P. & BELL, G. Immunology, 32: 65-74 (1977). 7. BALLET, J. J. ET AL. Bulletin de l'Organisation mon- diale de la SantO, Vol. 60 (in press, 1982). 8. JELLIFFE, D. B. Appreciation de l'etat nutritionnel des populations. Gentve, Organisation mondiale de la Sant6, 1969, p. 239 (Serie de Monographies, N' 53). 9. FAYET, M. T. ET AL. 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Всемирная организация здравоохранения (ВОЗ / WHO) · Journal articles
Étude de l'immunité humorale et cellulaire après vaccination antitétanique chez l'enfant africain malnutri et paludéen : 1 : étude de la réponse en anticorps antitétaniques
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