Bull. Org. mond. Santh 1970, 42, 891-896 Bull. Wid Hlth Org. Seroepidemiologie de la rubeole en Tunisie B. NABLI 1 L'e'preuve d'inhibition de l'hebmagglutination rend possible la recherche systematique de l'immunite envers la rube'ole. En Tunisie, 93 % des sujets de sexe fJminin dges de 5 i 35 ans sontporteurs d'anticorps specifiques. Bien que ce groupe depopulation soit en grande partieprotege contre la survenue d'une epidemie de rubeole, il reste qu'un certain nombre de jeunes femmes en dge de pro- creer sont exposees a contracter la maladie. Le risque peut etre evalue' sur le plan collectif et individuel et la conduite & tenir tracee par la pratique du serodiagnostic a l'occasion d'un contact ou d'une eruption suspecte au cours de la grossesse. L'embryopathie rubeoleuse est la consequence redoutable d'une affection benigne difficile a recon- naitre dans ses formes abortives ou atypiques sans eruption et qui sont contagieuses. L'isolement du virus en 1962 et la mise au point de methodes de vaccination et de serodiagnostic per- mettent actuellement de poser le probleme de l'oppor- tunite d'une vaccination individuelle ou collective, de confirmer le diagnostic de la maladie et de deceler les infections inapparentes. D'oii la possibilite et l'interet des enquetes immunologiques qui permettent de juger de la situation 6pidemiologique dans un pays. Ainsi, des etudes serologiques faites aux Etats- Unis d'Amerique 'a la veille de l'epidemie de 1964 ont montre qu'environ 25% des femmes agees de 20 a 30 ans 6taient depourvues d'anticorps, donc receptives au virus (Brody et al., 1965). En 1967, on trouve en France selon les regions 90 a 95 % des jeunes femmes immunes (Boue et al., 1967). Ces variations epidemiologiques sont fonction de la geographie et des annees (Neva et al., 1964). D'oui la necessite de sondages periodiques pour deceler une situation epidemiologique comme celle qui a abouti aux Etats-Unis 'a l'epidemie de 1964 responsable d'anomalies congenitales chez 20 000 enfants environ. Au cours des six demieres annees, la situation sero6pidemiologique a ete evaluee dans certains pays. I M6decin Chef de Service des Hopitaux, Laboratoire de Recherches virologiques, Institut d'Ophtalmologie; Assistant a la Facult6 de M6decine, Tunis, Tunisie. Nous presentons ici les r6sultats de la premiere enquete serologique sur la rubeole faite en Tunisie. MATRIEL ET M*rHODES Serums Ils proviennent d'une population feminine afg6e de 5 a 35 ans, appartenant a differents milieux socio- economiques, de zones urbaines et rurales situees dans toutes les regions du pays (fig. 1). Les serums du groupe d'age 5-9 ans ont et pre- leves pour la plupart chez de jeunes ecolieres. Les autres ont 6te obtenus soit a l'occasion d'examens prenuptiaux, soit chez des parturientes ou des femmes en bonne sante. Un certain nombre d'entre eux constituent des paires de serums, precoce et tardif, preleves chez les memes filles a un mois d'in- tervalle. Certains serums ont et6 inactives a - 56°C pen- dant 30 minutes. D'autres ne l'ont pas ete. Tous ont et conserves a - 30°C jusqu'I leur utilisation. AntigMne C'est un antigene h6magglutinant prepare sur cellules BHK-21, fourni par le National Commu- nicable Disease Center, Atlanta, Ga. (Etats-Unis d'Amerique) A l'intervention de l'Organisation mon- diale de la Sante. I1 est employe selon le titre du jour, soit 128 ou 256. Serum de travail Ce serum, positif a 640, fourni par le Professeur R. Sohier, de Lyon (France), a garde invariablement son titre au cours de tous les tests. 2529 -891- B. NABLI FIG. I LOCALITES D'ORIGINE DES SERUMS ET POURCENTAGES GLOBAUX DE POSITIVITE PAR REGION * R6glon de Tunis u Centre-Nord A Centre-Sud Technique La reaction d'inhibition de l'h6magglutination est actuellement la m6thode de choix pour le serodiag- nostic de la rubeole. Tous les tests ont ete realis6s avec les memes lots de r6actifs dans des plaques Linbro MVC 96. La technique employ6e est celle qui est decrite dans les feuilles techniques de s6rologie de l'Institut MWrieux (Lyon). Elle consiste essentiellement a diluer dans un tube 0,2 ml de serum dans 0,8 ml de tampon borat6 de pH 9, auquel on ajoute 1,0 ml d'une suspension sterile de kaolin lave aux acides A 25% dans le tampon borat6 de pH 9. On laisse 20 minutes A la temperature du laboratoire en agitant quelquefois. Puis on centrifuge a +4°C pendant 30 minutes a 2000 tr/min. Apr6s quoi, on ajoute 0,1 ml d'une suspension de globules rouges de pous- 892 S&ROtPIDEMIOLOGIE DE LA RUBtOLE EN TUNISIE sin, age de 24 heures, A 50% dans l'Alsever. On met les tubes A +40C pendant 20 minutes en les agitant tout doucement de temps A autre. On centrifuge de nouveau A + 40C pendant 10 minutes. On decante. Le surnageant constitue le serum dilue au 1/10 qui va servir A pr6parer les dilutions sur plaques. Ces dilutions sont faites dans du tampon borate de pH 9. A chaque seance, l'antigene est titr6 dans le tampon borat6 contenant 4 pour 1000 de la fraction V albumine bovine. Une fois le titre connu, 4 unites hemagglutinantes sont utilisees pour la reaction. Apres fixation des anticorps i + 4°C pendant 2 heures, on ajoute une suspension globulaire i 0,16 % dans du tampon borat6 de pH 6,2. On laisse l'hemagglutination se faire A + 4°C pendant une heure et demie. La s6dimentation des globules rouges a lieu A la temperature du laboratoire pendant deux heures. Le pH final de la r6action est de 6,4. R&SULTATS Dans la lecture des r6sultats et leur interpretation nous avons tenu compte des criteres ci-apr&s. Un titre inf6rieur A 10 d6note que le sujet n'a jamais et6 contamin6 ou l'a ete tres r6cemment, depuis moins de trois semaines au maximum. Un titre de 10 A 640 indique une immunite en voie de constitution ou anciennement acquise. Lorsque le titre est 6gal ou superieur A 1280, on admet que la contamination est recente et date de un mois A un an (Rouques, 1969). TABLEAU 1 RgSULTATS DES EPREUVES D'INHIBITION DE L'HEMAGGLUTINATION, PAR GROUPE D'AGE Nombre Serums Nombre de serums de titre SArums de Nombre dore Srurns deGroupes do positifs titres sArums do titro S itrumsdi d'Age, s6rums -10 A640 1280 A 5120(annfos) examin6s Nom- % 10 20 40 | 80 | 160 | 320 | 640 (%) 1280 2560 5120 | %) 5-9 224 206 92 12 8 12 34 33 44 41 89,3 15 4 3 10,7 10-14 43 38 88,4 - 4 5 12 7 4 2 89,5 3 1 - 10,5 15-19 40 40 100 3 - 12 9 5 4 3 90 3 1 - 10 20-24 63 61 96,8 2 7 10 14 10 11 6 98,4 1 - - 1,6 25-35 59 54 91,5 7 6 12 10 12 3 3 98,1 - - 1 1,9 Total 429 399 93 24 25 51 79 67 66 55 22 6 4 367 92 32 8 TABLEAU 2 REPARTITION G9OGRAPHIQUE DES SERUMS POSITIFS Nombre Surums Nombro do s6rurns do titre Nombro do S6rumsde sujets Nombro positifs SArums s6rums terums R6gion soxose do do titres de titre 1280 aRAin fAminin s6rums No-10 A 6405________ 1280 35 ansdeexamins bre % 10 20 40 80 160 320 640 1280 2560 5120 512 Littoral 564447 298 280 94 21 21 34 56 49 43 36 93 14 5 1 7 Centre-Nord 338 623 51 45 88,2 3 4 12 12 5 5 2 95,6 2 - - 4,4 Centre-Sud 342347 80 74 92,5 - - 5 11 13 18 17 86,5 6 1 3 13,5 Total [1245417 [ 429 | 399 {93 367 I 92 32 j 8 893 894 B. NABLI Pour conclure i une infection en cours, il faut que CN le titre du s6rum tardif, pr6lev6 dans les 2 aL 4 semai- -_ __ _ nes qui suivent le prelevement pr6coce, soit le qua- . o druple du premier. Sur un premier lot de 429 serums testes, 399, soit _ I 1 93 %, sont positifs a des titres variant de 10 i 5120; 7% seulement de cette population agee de 5 i 35 ans co semble depourvue d'anticorps contre la rubeole. Ce rCN O pourcentage de positivite globale ne montre pas de E _ grandes variations en fonction des cinq groupes 01 d'ages consideres (tableau 1). Les personnes presentant un titre serique de 10 Lai 640, c'est-a-dire definitivement immunisees ou en o uvoie de l'etre, sont au nombre de 367, soit 92%. X W In Celles qui ont un titre d'anticorps egal ou superieur 2 i 1280, temoin d'une contamination recente, sont au nombre de 32, soit 8%. a .: 0 cDu point de vue de la repartition geographique I (fig. 1), on releve du nord au sud de la cote oiu se _ trouvent lFagglom6ration de Tunis et ses banlieues, 0 _0E94% de serums positifs; 93% d'entre eux ont un < cm z cotitre de 10 i 640 et 7% un titre superieur 'a 640. _ Dans la region du Centre-Nord, 88,2 % des '1 serums sont positifs avec 95,6% de titres de 10 'a 640 et 4,4% de titres superieurs i 640. L Lo Dans le Centre-Sud, 92,5% des serums sont positifs avec 86,5% de titres de 10 i 640 et 13,5% de .-'______ titres superieurs 'a 640 (tableau 2). < 0 Parmi les 28 paires de serums precoces et tardifs o __ preleves a un mois d'intervalle chez des filles agees co de 6 ans d'une meme localit6 rurale du sud de la 01as_ z~~~Tunisie: Z - 2 paires seulement ont ete et sont restees nega- c tives; > I'd, - 17 (65,4%) ont garde le meme titre; CO - 4 (15,4%) ont vu leur titre augmenter d'une a. co dilution; U) 0 1 - 5 (19,2 %) ont quadruple leur titre; trois de ces a __ N___ serums 'taient negatifs lors du premier examen, ) 01 les deux autres ont augment6 4 fois leurs premiers titres (tableau 3). CiO D'autre part, les serums pr6lev6s chez 17 femmes cn E= enceintes ont ete tous positifs, alors que 34 seulement = 0 E sur 37 l'ont ete chez des accouchees. Au total, 94,4% zD des femmes enceintes et des accouchees presentaient des anticorps a des titres allant de 10 it 640 (tableau 4). ) &w .0 Co DISCUSSION Z , Cette enquete montre que 93% des serums exa- mines sont positifs et que, en Tunisie, la majorit6 E U) des filles et des femmes, entre 5 et 35 ans, sont elo imuiEe otr aruEl. 7<0immunis6es contre la rub6ole. 895SEROiPIDAMIOLOGIE DE LA RUBiOLE EN TUNISIE TABLEAU 4 RgSULTATS DES 9PREUVES D'INHIBITION DE L'HgMAGGLUTINATION CHEZ DES FEMMES ENCEINTES ET DES ACCOUCHgES Nombre Skrums Nombre de s4rums de titredo positifs Cat6gorie s6rums exami- Nor-I n6s bre % 10 20 40 80 160 320 640 Femmes enceintes 17 17 100 1 2 2 4 1 5 2 Accouch6es 37 34 91,9 1 3 8 10 6 3 3 Total 54 51 94,4 2 5 10 14 7 8 5 __~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Ce pourcentage est conforme a ce qu'on trouve dans d'autres pays d'Europe, d'Amerique et d'Asie, A 1'exception de certaines regions, peu nombreuses et isolees (Rawls et al., 1967). On note cependant un leger decalage de l'epoque d'apparition des anticorps. Tandis que dans 1'en- quete internationale de Rawls et al. la moitie seule- ment des enfants du groupe d'age 6-8 ans en sont porteurs, nous les decelons chez 92% des enfants ages de 5 a 9 ans; de meme, nous denombrons en Tunisie environ 97% de serums positifs chez des sujets ages de 17 A 22 ans, alors que Rawls et al. indiquent pour cette tranche d'age un taux de posi- tivite de 80-87%. L'infection rubeoleuse intervient donc plus pr6cocement en Tunisie, en moyenne A l'age de 14 ans. Cette tendance est confirmee par l'activit6 du virus de la rubeole, decel6e par les titres d'anticorps supe- rieurs a 640, qui semble etre maximale (10,6%) entre 5 et 20 ans, epoque a laquelle la plupart des individus sont deja immunises. Dans les groupes d'age sup6rieur, l'immunit6 se consolide avec des titres moyens d'anticorps et la propagation du virus regresse sans disparaitre totalement (fig. 2). FIG. 2 REPARTITION DES TITRES DES SERUMS POSITIFS EN FONCTION DE L'AGE lUU 90 80 _ 70 _ 60 _ 50_ V11 c., E p "V> 40_ 30k 20_ 10 0 - 5 - 10 - 15 - 20 - 25 Groupes d'age - 35 - Titres de 10 & 640 _ _ Tlitres sup6rieurs A 640 :2 c c%** c I s 1. I'l 896 B. NABLI Ainsi la persistance du virus, substrat de F'end&e mie, entretient un niveau de I'immunite qui empe- che 1'eclosion d'une epidemie aussi longtemps qu'il ne subit aucune diminution importante. Le degr6 de protection de la collectivite doit donc etre sur- vei116 par des enquetes periodiques. Sur le plan individuel, il sera utile et pratique de rechercher 1'immunite chez toute jeune fille desirant se marier et d'earter le risque d'une embryopathie rub6oleuse en cas de contamination en cours de grossesse. Chez la femme enceinte expos6e a un contact suspect ou pr6sentant une eruption evoquant la rubeole, deux prelevements de sang a deux semaines d'intervalle permettront d'etablir le diagnostic et indiqueront la conduite a tenir. REMERCIEMENTS Nous exprimons nos plus vifs remerciements a M. Rachid Ben Hamida pour sa precieuse collaboration technique. SUMMARY SEROEPIDEMIOLOGY OF RUBELLA IN TUNISIA A serological survey was carried out in Tunisia to study immunity to rubella among females aged 5 to 35 years. The haemagglutination-inhibition test was used through- out. Altogether 429 sera were tested and antibodies to rubella virus were found in 93 %. Of these, 92% contained moderate levels of antibody, indicating either a develop- ing or long-acquired immunity, and 8% contained high levels, suggesting that infection had taken place between a month and a year previously. Absence of antibodies in 7% of the sera indicated non-infection or infection within the previous three weeks. There was little variation between age-groups. A comparison of the three geogra- phical areas from which the sera were obtained-the coastal region around Tunis, and the northern and southern inland regions-showed that the proportions of positive sera were 94%, 88.2%, and 92.5%, and of sera containing high antibody levels were 7%, 4.4%, and 13.5%, respectively. Paired sera were taken from 28 girls aged 6 years living in one rural area. In 5 cases the titre increased fourfold, indicating the presence of infection. Among 17 pregnant and 37 recently-delivered women, all of the former and 34 of the latter were found to have antibodies to rubella. The proportion of the population studied that was found to have immunity to rubella (93 %) agrees with the usual findings in Europe, America, and Asia. A tendency was shown, however, for infection to occur earlier in Tunisia, at an average age of 14 years. The authors conclude that the persistence of rubella virus in a population maintains a level of immunity sufficient to prevent epidemics, provided that the amount of virus does not fall appreciably. Community protection should be assessed through periodic surveys. Since a small proportion of women of reproductive age are not immune, premarital testing for immunity would be useful, as well as a diagnostic test with paired sera on all pregnant women who develop a suspicious rash or who have been in contact with a suspected case of rubella. RI-FJ-RENCES BIBLIOGRAPHIQUES Bou6, A., Nicolas, A. & Lang, R. (1967) Ann. Inst. Pasteur, 114, 317 Brody, J. A., Sever, J. L., McAlister, R., Schiff, G. M. & Cutting, R. (1965) J. Amer. med. Ass., 191, 619-623 Neva, F. A., Alford, C. A., jr & Weller, I. H. (1964) Bact. Rev., 28, 44 Rawls, W. E., Melnick, J. L., Bradstreet, C. M. P., Bailey, M., Ferris, A. A., Lehmann, N. I., Nagler, F. 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Всемирная организация здравоохранения (ВОЗ / WHO) · Journal articles
Séroépidémiologie de la rubéole en Tunisie
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