R PoE's o i FILE CfPY DIFFUSION RESTREINTE Rapport No. EAP - l3a ONE WEE< TRADUCTION NON-OFFICIELLE A TITRE D'INFORMATION Ce rapport a e'té prépare' a titre de document interne. Ni la Banque ni les organismes qui lui sont affiliés n'acceptent aucune responsabilité quant à son exactitude ou son caractère exhaustif. En aucun cas ce rapport ne saurait être publii ou citd comme représentant leurs vues. BANQUE INTERNATIONALE POUR LA RECONSTRUCTION ET LE DEVELOPPEMENT ASSOCIATION INTERNATIONALE DE DEVELOPPEMENT RAPPORT DE LA MISSION ECONOMIQUE de 1969 AU CAMBODGE (en trois tomes) TOME I LE RAPPORT GENERAL 12 octobre 1970 Département de l'Asie de l'Est et du Pacifique CURRMCI EQUITALEfTS TAUX DE CHANGE Before Augit 18, 1969 Avant le 18 août 1969 (a) US$ 1.00 - Riels 35.00 Riel 1.00 - US$ 0.029 Riels 1 million - US$ 28,571 (b) F Fr. 1.00 - Rielu 10 Riel 1.00 - F Fr. 0.10 (- US$ 0.020) Riels 1 million - F Fr. 100,000 After Augs 18, 1969 Depuis le 18 aott 1969 US$ 1.00 - Riels 55.54 Riel 1.00 - US$ 0.018 Riels 1 million - uS$ 18,00 (F Fr. 1.00 - Riels 10 - US$ 0.18) Note: on August 18, 1969 the new parity for the Riel vas defined as 16 milligrams of fine gold, which corresponde to the now parity of the French Franc (which was devalued on August 10, 1969) at the same rate of exchange as before. However, the exhange rate for non-Franc currencies was brought in lino with the Franc rate. Note: Depuis le 18 août 1969 la parité du Riel est définie par 16 mg d'or fin, ce qui ne modifie pas le taux de change du Riel par rapport au Franc français (dévalué lui-même le 10 aoùt 1969). Cependant le taux de change du Riel par rapport aux autres monnaies a été aligné sur le taux de change par rapport au Franc français. Ce rapport a été preparé en se fondant sur les constatations d'une )tssion âconomique qui a visité le Cambodge du 19 octobre au 20 novembre 1969 et dont la composition suit: Rudolf Hablutzel Chef de la ?tssion Mlle H.J. Goris Economiste George C. Maniatis Economiste Yves Franchet Comptes Nationaux Maurice Gaide Agriculture (Consultant) Martin Karcher Transports Raymond H. Rollet Eiergie Jeremy Bonnett Tourisme Mlle G. Gagnon Secrétaire TABLE DES MATIERES DONNEES DE BAýSE RESUME ET CONCLUSIONS i - viii I. GENERALITES 1 A. Historique 1 B. Contexte politique 2 C. L'Etat h D. La population 6 E. Evolution récente 7 II. L'ECONOMIE 10 A. Résultats d'ensemble 10 B. Agriculture 12 C. Irrigation et hydraulique 26 D. L'industrie 29 E. Les transports 37 F. L'énergie électrique h5 G. Les télécommunications 47 H. Le tourisme h7 I. L'enseignement h9 J. Les banques et le crédit 51 III. CONCEPT ION DU DEVELOPPEMENT 57 A. Epargne et investissement 57 B. Objectifs et problèmes 59 C. Planification 6h D. Information économique 70 IV. FINANCES PUBLIUES 73 A. Institutions 73 B. Recettes publiques 75 C. Dépenses 78 D, Dépenses d'investissement et financement des investissements 81 V. LA BALANCE DES PAIEMENTS 85 A. Le régime du commerce extérieur 85 B. Les exportations 90 C. Les importations 9h D. Perspectives de la balance des paiements 96 E. Les conditions de l'aide 100 CARTES DONNEES DE BASE KM 2 Surface 18,000 Population (milieu de 1969) 7.28 millions Taux de croissance annuelle 2.7% 1952 1960 1968 PIB a prix constants de 1966 (millions de riels) 13T20 2°7172 37,31 Taux de croissance 1952-1968 5.3% 1960-1968 3.8% 1964-1968 h.7% PIB par habitant (en riels de 1966) 3,500 4,680 h,850 PIB aux prix courants du marché (1966, millions 31,255 de riels) dont, en pourcentages Agriculture, peche et forets 41.0 Energie 1.1 Industrie et construction 15.9 Commerce 22.9 Administrations publiques 13.7 Autres 5.h Moyen Emplois du PIB aux prix du marché (%) 1968 1962-1968 Consommation 87- 86.7 Publique 17.5 19.h Privée 69.8 67.2 Investissements 15.1 16.5 Exportations nettes de marchandises et de services -2.5 -3.2 Moyen Pourcentages du PIB aux prix du marché 1968 1962-1968 Epargne nationale 1276 13.3 Recettes publiques de l'impôt 17.0 16.3 Recettes publiques totales 20.5 19.h 1968 Moyen 1962-1968 Déflcit en ressources, % de l'investissement -Lý 94 Indice des prix a la consommation (1949 = 100) (Ouvriers ' Phnom Penh) 1959 239 mars 1969 354 Monnaie et credit Taux de change Avant aodt 1969 1 riel = 0.0286 dollar EU 1 riel = 0.1 Franc français Après aout 1969 1 riel = 0.0180 dollar EU Moyens de paiement (1968, millions de riels) 8,815 Moyen Bilan consolidé des operations publiques 1968 1962-1968 (milliardsde riels) Recettes 7.5 5.7 Dépenses de fonctionnement 7.2 6.2 Dépenses d'equipement 1.4 1.3 Déficit 1.1 1.8 Balance des paiements (millions de riels) 1968 1967 Exportations de marchandises 3,038 3,076 Importations de marchandises 3,415 3,225 Balance commerciale -377 -149 Balance des services -32 -82 Déficit du compte courant (-) -469 -88 Réserves en or et en devises (millions de dollars EJ) au 31 octobre 1969 65.7 RESUIME ET CONCLUSIONS 1. C'est en 1954 que le Cambodge est devenu une nation moderne indépendante tout en restant une monarchie constitutionnelle; le ri Norodom Sihanouk a renoncé au trône en 1955 en faveur de son père, mais il a cependant continué en qualité de Chef d'Etat à diriger la nation et à exercer des prérogatives royales. 2. Des informations économiques sont disponibles à partir de 1952; pendant les 17 années qui se sont écoulées depuis cette époque, le PIB a augmenté en moyenne d'environ 5% par an en termes réels; le rythme a été beaucoup plus rapide pendant la décennie 1950 que pendant les années 1960. Le Cambodge a bénéficié d'une assistance étrangère im- portante, venant notamment des Etats-Unis. A partir de 1963, il a toutefois peu à peu renoncé à toute aide en provenance de ce pays, voulant s'en tenir à une politique étrangère plus résolument neutre. 3. De 1956 à 1963, le taux de croissance du PIB a été d'environ 7% par an; la production de riz a augmenté beaucoup plus vite que la population; les exportations de riz ont atteint le chiffre élevé de Û00.000 tonnes contre environ 500.000 tonnes, en moyenne, vers 1955; la production industrielle a augmenté d'environ 7% par an. Les dépenses publiques ont augmenté pendant cette période d'environ 20% par an pour atteindre 21% du PIB en 1963. Les investissements totaux atteignaient en 1963 plus de 17% du PIB et le secteur public en a absorbé plus des deux cinquièmes. 4. Après cette période de progrès, l'agriculture a commencé à marquer le pas. En outre, la nationalisation du commerce extérieur, des banques et des assurances, décidée en 1963, a provoqué le déclin des entreprises fournissant des services. La construction a enregistré un recul brutal dont elle ne s'est remise que progressivement. Cependant, la valeur ajoutée par les entreprises industrielles a augmenté plus rapidement que pendant la période précédente au fur et à mesure que de nouvelles usines entraient en service, pour la plupart des entreprises d'Etat financées au moyen de l'assistance bilatérale. C'est ainsi que le PIB a augmenté d'environ 4% par an en termes réels de 1963 à 1969. 5. Les exportations ont temporairement augmenté à l'occasion des bonnes récoltes de riz, mais de 1963 à 1968 elles ont plafonné à environ 90 millions de dollars et leur part dans le PIB est tombée de 12% à 8%. Cette constatation vaut également pour les importations dont le niveau a stagné aux environs de 97 millions de dollars, mais qui ont augmenté temporairement pendant les années intermédiaires. Les exportations de riz ont tendance à baisser: toutefois, la récolte de 1969/1970 pourrait fournir un excédent aussi important qu'il y a quelques années grâce aux conditions climatiques favorables dont elle a bénéficié. - il - 6. En raison de la diminution progressive de l'assistance améri- caine et du ralentissement de ll'exension de l'assiette des impôts, l'Etat connaît depuis sept ans de fortes contraintes financières. Malgré les économies réalisées sur les crédits de la défense nationale (qui sont tombés de 7,7% du PIB en 1962 à 4,7 en 1968), le budget de fonctionnement a été constamment en déficit sauf en 1968. Les dépenses d'équipement du secteur public, qui étaient de 7% du PIB en 1963, n'étaient plus que de 5% du PIB environ en 1968. 7. Pendant ces six dernières années, les investissements privés ont augmenté au même rythme que le PIB, et ont continué d'en absorber environ 10%, mais la totalité de l'augmentation enregistrée au cours de cette période a porté sur la construction et les stocks. La valeur totale des importations de biens d'investissement a marqué un léger recul en termes absolus. 8. Le deuidè?ne Plan Quinquennal (1968-1973) a été adopté en 1967. Il envisage une progression du PIB de 5% par an en termes réels, rythme identique au rythme proposé pour le premier Plan Quinquennal (1960-1964), mais qui n'a pas été tout à fait atteint. Le Plan contient une liste de projets, mais n'établit pas de calendrier pour les investissements secto- riels. Quant aux investissements de l'Etat, le Plan les situe à quelque 2,5 milliards de riels par an; jusqu'ici toutefois, la moitié seulement de ce chiffre a été réalisée. 9. L'information économique disponible est insuffisante pour élaborer une planification systématique, mais il devrait être possible d'améliorer cette situation sans grande difficulté. Le Iinistère du Plan n1a jamais été aussi peu actif et ne dispose presque plus de per- sonnel. En 1960, on avait envisagé de lui confier la gestion financière de tous les investissements publics et de l'aide étrangère, mais cette idée nla pas été retenue. Toutes les décisions de quelque importance, touchant à l'orientation des domaines économique ou autres, sont prises par le Chef de l'Etat. 10. Jusqu'ici,le progrès social de la nation a eu le pas sur sa croissance économique. Lorsqu'ils ont fixé les priorités générales, les responsables du deuxième Plan ont toutefois insisté sur le développement des secteurs productifs de l'économie, à savoir l'agriculture, suivie de l'industrie, du touris-ie, des transports et enfin des services sociaux. Dans le domaine agricole, les priorités ont été établies en fonction de l'importance relative des différents produits destinés à l'exportation (paddy, caoutchouc, mais). L'Etat continue de s'inspirer de ces priori- tés,mais éprouve des difficultés à insérer dans ce schéma sa politique de dépenses,en raison notamment de la pénurie de projets suffisamment mis au point, surtout dans le secteur agricole,et en raison aussi du manque de capitaux. Les dépenses sociales ont, comme par le passé, augmenté plus rapidement que les autres catégories de dépenses. Jusqu'en 1968, les dépenses relatives à l'éducation et à la santé, inscrites au budget de fonctionnement, ont continué de progresser aux rythmes de 12% et de S- par an respectivement, alors que les dépnnses totales de fonctionne- ment n'augmentaient que de 6%. - 111 - 11. A ce stade, il conviendrait que l'Etat prenne acte de la mobilisa- tion aussi bien que de la répartition des ressources car il est devenu évi- dent que le Plan Quinquennal est trop loin des réalités pour être efficace. Il ne fait aucun doute que l'agriculture et l'industrie doivent être stimulées à l'avenir; ce serait cependant une erreur que diessayer de consacrer 50% des investissements publics à ces deux secteurs (comme le Plan l'a proposé) en liabsence de projets convenables. On peut espérer qu'une série de projets dans ces secteurs verra le jour dans les prochai- nes années, mais pour l'instant il y a de bonnes raisons pour mettre en oeuvre un certain nombre de projets hautement prioritaires dans lfinfra- structure, par exemple dans les secteurs énergie et transports. 12. Agri cul-ure. Le riz domine l'économie rurale. Les rendements sont très faibles (une tonne à l'hectare); les techniques de culture sont traditionnelles et l'on commence à peine à préconiser l'emploi de facteurs de production modernes. L'irrigation et les récoltes doubles offrent des possibilités qui restent inexploitées dans la plupart des cas. L'exécution du premier grand projet d'irrigation vient de débuter à Prek Thnot, sous l'égide du Comité du Mékong, avec l'assistance financière de douze pays. Un deuxième projet, à Battambang, qui a fait en 1963 l'objet d'une étude de la part d'une société française, la SOGREAH, également sous l'égide du Comité du Mékong, est actuellement revu par une équipe de consultants suisses. 13. La rentabilité économique de tout projet agricole (à l'exception du caoutchouc et des autres plantations) dépend avant tout du cadre insti- tutionnel et de la mesure dans laquelle les services officiels parvien- dront à inciter les cultivateurs à modifier leurs pratiques culturales et à utiliser les facteurs de production nécessaires, et leur fourniront des crédits suffisants. Une nouvelle banque agricole est en voie de création, mais elle n'a pas encore commencé de fonctionner. Les coopé- rabives rencontrent de plus en plus de difficulté à fournir des crédits saisonniers, car les défauts de paiement se sont avérés trop nombreux. 14. En ce qui concerne le caoutchouc, le Caibodge a le taux de rendement moyen le plus élevé du monde et ses prix sont hautement compé- titifs. La plupert des plantations sont entre les mains des Français, mais leurs concessions sont presque entièrement peuplées, et les nouvelles plantations de caoutchouc sont mises enoeuvre par des entreprises d'Etat. Les petites propriétés individuelles sont également en voie d'expansion. Il n'est pas certain qu'il y ait des terres disponibles pour de nouveaux projets dans le Bassin du Bas Mékong (où se concentrent presque toutes les plantations) et une nouvelle étude de cette question devrait être effectuée d'urgence. Dans la province orientale de ,atanakiri où l'Etat a créé une plantation, les terres vierges exploitables sont vastes mais assez difficilement accessibles. A l'heure actuelle, toute activité sty heurte à l'insécurité résultant des opérations militaires. 15. D'autres cultures pourraient être stimulées de diverses manières. il conviendrait d'entreprendre une étude concernant les plantations de noix de coco sur la côte sud-ouest, où des olanteurs privés ont déjà obtenu - iv - de bons résultats. Le mais a été jusqu'à présent négligé au Cambodge, alors que dans le pays voisin, la Thailande, sa culture en vue de l'expor- tation a été introduite avec succès. Le Plan a proposé de remplacer la production de sucre de palme par celle du sucre de canne, mais il n'a pas encore été entrepris d'étude sur les variétés à cultiver et la quantité d'eau qu'elles nécessiteraient. L'installation récente d'une manufacture a stimulé la culture du jute et du kénaf. 16. Les potentiels de l'élevage et de la sylviculture sont loin d'être pleinement exploités. Nombre de bovins passent la frontière du Viet-Nam en fraude. Les capitaux japonais privés s'intéresseront peut- être à l'exploitation du bois d'oeuvre. On envisage d'implanter une deuxième usine de contreplaqu' relevant du secteur public. Les Nations Unies mettent la dernière main à une étude sur les ressources sylvicoles de la région des Cardamomes. Le Cambodge a demandé l'assistance technique de la FAO pour étudier les raisons de la diminution du rendement de la pêche dans le Grand Lac, et pour développer la pêche à la crevette en mer. La production de farine et de conserves de poisson a commencé, et semble riche de promesses. 17. Industrie. Le Cambodge, a juste titre,n'a pas cherché à réaliser son développement économique en tablant surtout sur l'implan- tation des industries de substitution. Néanmoins, la transformation des produits agricoles destinés aussi bien au marché intérieur qu'à l'expor- tation pourrait être plus fortement développée. La politique pratiquée par le gouvernement à l'égard des entreprises privées présente cependant un problème épineux. 18. Surtout depuis 1963, le gouvernement a choisi de faire dépendre l'industrialisation presque entièrement des investissements publics; ainsi, le Cambodge dispose à présent d'un bon nombre d'entre- prises industrielles construites pour la plupart avec des dons des pays de l'Est. Leur rentabilité est difficile à évaluer, car les prix des facteurs de production et des produits sont fixés par l'Etat de telle nanière à produire des bénéfices suffisants. Les importations concurrentielles voient leur prix relevé en conséquence. Dans les milieux officiols, on pense que la théorie de l'économie de concurrence ne s'applique pas entièrement au Cambodge. On prétend qu'avant 1963 l'industrie privée, aux mains des Chinois (qui contrôlaient aussi le commerce d'importation), manipulait les prix du marché et exploitait le consommateur. 19. La politique industrielle relève donc du domaine social aussi bien qu'ethnique. On reconnaît, cependant, de plus en plus,que les industries publiques et le commerce d'Etît marchent mal; le fait est d'autant plus probant que l'économie n'a pas enregistré de croissance appréciable depuis les réformes économiques de 1963. En 1968, une nouvelle loi s'est efforcée de rouvrir aux entrepreneurs privés certains domaines de l'industrie, mais elle n'a pas réussi jusqu'ici à attirer les investissenents privés, nombre de ses dispositions étant de nature par trop conditionnelle ou insuffisamment claire. Il faudra donc rendre la loi plus explicite; par ailleurs, d'autres mesures devront êtrx? prises, aussi bien en matière de commerce extérieur que de crédit,pcar que les milieux d'affaires reprennent confiance dans leEtat. 20. Les deux banques commerciales de l'Etat et la Caisse Nationale d'Equipement ont favorisé délibérément les entreprises publiques, privant le secteur privé de crédits. Cette tendance a été renforcée par la baisse des dépôts et la thésaurisation des devises à la suite des réformes de 1963; et par les restrictions de crédit imposées par la Banque Centrale. Ces dernières mesures semblent avoir été dictées par une crain.te excessive de l'inflation. La masse monétaire est restée presque inchangée depuis 1967. 21. La libéralisation du commerce extérieur fait l'objet de discus- sions depuis que dans son discours de décembre 196$ le Chef de l'Etat, reconnaissant implicitemîient l'échec des réformes de 1963, a annoncé l'abandon de la politique d'isolement au profit de l'ouverture, ce qui a conduit le Cambodge à solliciter son admission au Fonds Monétaire Inter- national et à la Banque Mondiale. Le nouveau gouvernement formé en août 1969, a reçu du Chef de l'Etat "carte blanche" pour prendre les mesures destinées à remettre l'économie sur la voie du développement. La seule mesure prise jusqu'à maintenant a été la dévaluation du riel trois jours après son entrée en fonction, mais il est prévu de procéder au démantèlement partiel de la SONEXIM4, organisme de commerce d'Etat. Dans ce cas, toutes les importations (à l'exclusion des achats gouverne- mentaux) et toutes les exportations (à l'exclusion du riz, du caoutchouc et du mais), passeraient au secteur privé. 22. Quatre séries de mesures - amélioration de la législation relative aux investissements privés, libéralisation du commerce exté- rieur, adoption d'une politique de crédit plus rationnelle, et rétablis- sement des banques et des assurances privées - pourraient très certaine- ment permettre au secteur privé de jouer à nouveau un rôle plus actif dans l'économie et notamment dans l'industrie. Peut-être même des industriels pourraient-ils être incités à s'installer à Sihanoukville? Une zone franche avec un parc industriel a été prévuepar lé Plan à Sihanoukville, mais le manque de capitaux en empêche la réalisation, de même que les doutes quant à ses chances de succès, sous un régime de capitalisme d'Etat. 23. Trrnsncrts. Le Cambodge dispose d'un système de transports assez satisfaisant. Les principaux projets exécutés depuis l'indépen- dance ont été la construction d'un port à Sihanoukville, d'une route à quatre voies et d'une ligne de chemin de fer entre Phnom Penh et Sihanoukville, de deux aéroports internationaux (Phnom Penh et Sienréap) et d'un pont sur le Tonlé Sap à Phnoin Penh. Naintenant que ces projets sont construits, le système de transport ne nécessitera pas d9adjonction importante avant plusieurs années. Priorité devra donc être accordée à l'amélioration et à. l'entretien des moyens existants, et notamment au réseau routier. La plupart des routes principales datent de 30 à 40 ans. et ont été construites selon des normes peu compatibles avec la circulation moècrne. Ces normes ont été progressivement a.jéliorées dans de nombreux cas. mais il reste beaucoup à faire. -vi- 24. La décision de construire un port en eau profonde à Sihanouk- ville s'est révélée opportune, car la navigation sur le Mékong (par lequel s'effectuaient précédemnent la majorité des liaisons avec le reste du monde) a été sérieusement genée par la guerre du Viet-Nam. Une fois ce conflit terminé, l'importance du port de Phnom Penh devrait à nouveau s'accroître. 25. L'agrandissement des deux aéroports existants et l'amélioration de leur matériel de navigation et de télécommunication sont prévus- il reste cependant à établir le calendrier des travaux, ainsi que la priorité relative de Phnom Penh et de Siemréap en fonction des places d'hôtel et du nombre de touristes prévu. 26. La consommation d'énergie a progressé de 13% par an jusqu'en 1963, puis de 5%. Phnom Penh absorbe 75% de la production. Il n'y a pas de pénurie de capacité pour l'instant, sauf à Sihanoukville, mais le système de distribution de Phnom Penh est très insuffisant. En raison des variations excessives de voltage, des pannes, et d'une structure tarifaire défavorable, la plupart des industries ont installé lpurE propres générateurs. Une étude de tarification effectuée par le PNUD. est en cours d'examen par les services officiels. A moyen terme, il serait probablenent économique d'établir une ligne de transmission entre Phnom Penh et Sihanoukville, mais l'étude des choix entre diverses solutions possibles n'a pas encore été menée à sa conclusion. 27. Tourisme. Pour le développement de son tourisme, le Cambodge dispose d'atouts considérables: les anciens temples khmers, d'une splendeur inégalée, de la province de Siemréap (Angkor), et la situation du Caiibodge au coeur du circuit touristique de l'Asie du Sud-est. Le tourisme occupe une place prioritaire dans le deuxième Plan mais, dans le domaine de la construction hôtelière, l'effort de développement sera probablement le fait d'investisseurs privés, et notamment d'investisseurs étrangers. Le développeiient de l'infrastructure et des hôtels de Siemréap s'est fait jusqu'ici sans coordination et au hasard. Si cette tendance persiste, une utilisation sous-optimale des ressources pourrait en résulter et la beauté du site risquerait d'être touchée. La mission recommande l'établissement d'un plan directeur pour le développement futur de la région de Siemréap. 26. Contraintes financières. Jusqu'au début des années 1960, la combinaison d'une croissance relativement rapide des revenus et d'un appui budgétaire substantiel de la pirt des Etats-Unis a permis à l'Etat d'entreprendre un programme massif dc dépenses, las déboursements totaux du budget national auguentant de 20% par an de 195 à 1962. La fin de l'assistance américaine après 1963 a provoqué l'apparition d'un important déficit budgétaire. Bien que la part des revenus consolidés dans le PIB ait augmenté de 21% en 1963 à environ 2jý en 1968, le déficit courant ne pourrait être réduit qu'an ramenant à moins de h% par an le taux de croissance des dépenses de fonctionnement. Las d'ensos au titre de l'enseinement et des autres postes sociaux avaient considéra- blement augmenté et ne pourraient être facilement ralenties. En revanche, les dépenses de défense nationale ont été freinées à partir de 1962. 1/ Programme des Nations Unies pour le Développemer.t. - vii - Les crédits des services économiques et de l'administration ont été strictement contrôlés et n'ont augmenté respectivement que de 5% et de 3% par an, tandis que ceux de l'enseignement continuaient d'augmenter de plus de 12% par an. Enfin, les cépenses d'équipement ont été maintenues en deçà de leur niveau de 1963 depuis lors. La liquidation d'avoirs du Trésor et les avances (nettes) de la Banque Centrale n'en ont pas moins servi à financer, depuis huit ans, plus des 2/3 des inves- tissements publics; le solde, y compris le déficit du budget ordinaire, a été couvert par l'aide étrangère, fournie en grande partie par la France ces dernières années. 29. A l'avenir, les dépenses de fonctionnement des services économiqu,-j et de l'ed-ministration devront augmenter un peu plus rapidement. Les traitements des fonctionnaires sont beaucoup trc-p bas pour attirer un personnel qualifié et le niveau des fonctionnaires a besoin d'être relevé. D'autre part, le taux d'expansion des dépenses sociales devrait être réduit. 30. Vu les perspectives de rendement des impôts actuels, il est probable que le déficit du budget ordinaire marquera une nouvelle avance et passera à environ 500 millions de ùRC en quelques années (7% des revenus actuels). L'impôt sur le revenu constitue 19% du PIB et progresse au même rythme que celui-ci. La fiscalité et les procédures budgétaires sont extraordinairement compliquées et devront être réformées tôt ou tard. Il semblerait possible de tirer avantage d'une campagne contre la fraude fiscale, tout en créant quelques impôts nouveaux. 31. Balance des pLiements. Le riz et le caoutchouc constituent les 2/3 des exportations. Pour ces deux produits, la tendance à long terme des cours mondiaux est à la baisse. La production du caoutchouc pour l'exportation augmentera probablement, si les opérations de défoliation ne se répètent pas. Dans le cas du riz, il est très douteux que la production puisse croître plus rapidement que la consommation intérieure dans l'avenir immédiat. Les possibilités d'exportation d'autres produits agricoles sont considérables, et de nouvelles cultures de rapport pourraient etre avantageuserient introduites pour l'exportation, mais cela prendra du temps et dépendra en outre de la politique quuadoptera l'Etat en matière d'exportations. 32. La demande de produits importés augmentera certainement plus rapidement que le PIB puisque ls besoins antérieurs n'ont pas pu être entièrement satisfaits. Si le PIB doit au-menter en moyenne de 5% par an - objecti, qui semble raisonnable - il faut stattendre à ce que le déficzt compte courant, qui était d'environ 14 millicns de dollars en 196. passe à quelque 32 millions de dollars en 1973, même au ca où les e7portations augmenteraient de ;% par an, chiffre probableient optimiste. 33. CondLtions de l'aide étran-ère. La dette extérieure du Caribodge est actuellement d'environ 5J millions de dollars. Les paiements au titre du service de la dette qui viennent Ù échéance en 1970 sont de .,9 millions de dollars, soit 8% des recettes d'exportation actuelles. Par la suite, ccs paiements doivent diminuer progressivement pour atteinirs - viii-- 1,6 million de dollars en 1930. Les réserves d'or et de devises ont diminué au cours des deux dornièi-s années; toutefois, en octobre 1)69, elles correspondaient encore à 66 .; illions de dollars, montant sufficant pour couvrir les importations pendant 3 mois environ. 3h. En raison du niveau de ses réserves et du faible montant de sa dette extérieure, le Cambodge peut encore emprunter au: conditions du marché. Si les exportations progressaient de 4% par an, et si le Cambodge contractait de nouveaux emprunts à concurrence de 10 millions de dollars par an aux conditions du marché, le coefficient du service de la dette ne dépasserait pas de beaucoup 10% en 1980; cependant, en raison des incertitudes qui pèsent sur les exportations futures, il ne serait pas prudent de suggérer de tels emprunts au-delà du montant mentioinn ci-dessus. 35. on peut prévoir que le montant des dons se maintiendra aux environs de lQ millions de dollars par an, encore que cette hypothèse soit loin d'être certaine. Le montant de l'aide publique étrangère requise par le Cambode;e étant estimé à environ 30 millions de dollars par an, 10 millions de dollars par an au moins devraient si possible être obtenus sous forme de prêts à des conditions plus favorables que celles du marché. CHAPITRE I GOELITES A. Historique L'histoire du royaume du Caribodge remonte aux débuts de l'ère chrétienne. Les origines en sont mal connues, mais certains documents chinois du 4e siècle, qui désignent le Cambodge sous le nom de Fu-Nan, signalent que c'était un pays de tradition hindouiste, tant par sa religion, que par ses lois, dirigé par un souverain brahmane. Un état vassal, le Chen-La, habité par les Khmers, provoqua au 6e siècle la chute du Fu-Nan et un roi de légende, Kambu Svayambhura, donna au pays son nom actuel de Kambuja. 2. Du 9e au lhe siècle, l'empire khmer, alors à son apogée, recou- vrait la totalité de l'actuel Laos et une grande partie du Viet-Nam et de la Thaïlande. C'est de cette époque que date le célèbre ensemble architec- tural d'Angkor. Au 12e siècle, le roi Jayavarman VII introduisit au Cam- bodge le Bouddhisme, qui, aujourd'hui encore, est la religion officielle. L'empire ne survécut pas à la mort de son plus grand bâtisseur et commen- ça bientôt à se démembrer. Les Thaïlandais, sous la pression des Mongols venus du Nord, envahirent le Cambodge et s'emparèrent d'Angkor, la capi- bale, en 1353. 3. Pendant plusieurs siècles, certaines parties du territoire cam- bodgien furent envahies par la Thailande et l'Annam (!iet-Namdu Nord) qui cherchaient L dominer le pays. En 184', la Thailande et l'Annam s'unirent pour couronner un roi cambodgien, Hang Duong, fondateur de l'actuelle dy- nastie, sous leur tutelle. ilais le roi se tourna vers la France, alors en guerre contre l'Arnan, pour lui demander sa protection. En 1861, le pro ectorat français fut proclamé, et le fils aîné d'lang Duong, Norodom monta sur le ùrône. Son frère Sisowath lui succéda en 1904. 4. Le prince Uorodom Sihanouk, arrière petit-fils de Norodom, devint roi en 191, au moment où les forces thailandaises, encouragées par les Ja- ponais, lancèrent une attaque contre les Français en Indochine, et les for- cèrent, grâce à l'intervention diplomatique du Japon, à signer un traité de paix qui dépouilla le Cambodge de ses provinces occidentales. Le Japon é- tendit ensuite son contrôle sur l'Indochine, si bien qu'en 19h5, l'adminis- tration française dut évacuer le pays et l'indépendance fut proclamée par le roi Sihanouk. iéanmoins , après la défaite du Japon, les troupes fran- çaises réoccupèrent le Cambodge six mois plus tard et en 19.66 un accord fut signé établissant un "rodus vivendi" qui dotait le Cambodge d'une souverai- neté li:.itee. 5. Entre temps, des mouvements nationalistes et communistes s'étaient constitués et demandaient au gouvernement d'obtenir l'indépendance totale. Le roi Sihanouk, qui avait quitté le pays au début de 1953 en promettant de ne rentrer que lorsqu'il aurait obtenu des Français l'indpendance totale, sut tirer parti de leur situation précaire dans la guerre d'Indochine; dès le 7 novembre 1953., le commandement militaire du pays était assuré par - 2 - les Cambodgiens eux-mêmes, et l'indépendance fut déclarée deux jours plus tard. La souveraineté totale fut reconnue en 1954, peu après la conclusion, à la Conférence de Genève, d'un accord prévoyant le retrait de toutes les forces françaises. 6. Durant cette période, la situation intérieure du pays était pro- che du chaos. En 1947, après la promulgation d'une nouvelle constitution établissant un régime parlementaire, diverses factions étaient apparues et des rivalités de personnes éclatèrent au sein de l'Assemblée Nationale. Les gouvernements se succédaient à un rythme rapide, si bien qu'en 1952, le roi s'empara des pleins pouvoirs. Par un édit du roi l'Assemblée Nationale fut dissoute et un nouveau gouvernement, directement responsable envers le roi, fut nommé. 7. Lorsque l'indépendance fut obtenue, le souverain demanda à la na- tion s'il avait rempli son mandat par un référendum en 1955. Il obtint un succès écrasant. Sûr du soutien de la nation, le roi renonça alors au trôre au profit de son père et entreprit de créer son propre parti politique, le Sangkum Reastr Niyum (Mouvement Socialiste du Peuple) dans le but de ren- forcer l'assise de son gouvernement. 8. Le Sangkum, dirigé par le prince Sihanouk, devint rapidement un instrument efficace de politique et a su conserver le contrôle de la majo- rité au parlement. En qualité de Chef de l'Etat, le prince Sihanouk a su, avec beaucoup d'énergie, construire l'unité de la nation et défendre les intérêts du Cambodge sur la scène internationale, Bien que toujours chef du Sangkum, le prince a néanmoins eu l'occasion récemment diexprimer son mécontentement envers le parlement et, a cette occasion, lui a reproché d'être corrompu et trop étroit de vues, B. Contexte politique 9. Les seize années écoulées depuis la proclamation de l'indépendanc- ont été pour le Cambodge des années de paix. Le Viet-Minh chercha sans su.-- ces vers 1955 à introduire des éléments subversifs dans la population khmer- qui n'avait aucun grief à l'égard du gouvernement de Sihanouk. Néanmoins, pendant la période d'instabilité qui précéda l'indépendance, une armée popu.« laire de libération avait été formée au Cambodge et des éléments communistes entraînés et dirigés par les Vietnamiens avaient occupé certaines parties du territoire. A la suite des accords de Genève, les forces communistes vietn. miennes se retirèrent du Cambodge, et leurs derniers alliés dans la popula- tion locale quittèrent le pays avec eux ou acceptèrent l'amnistie du roi Sihanouk. Il reste encore aujourd'hui quelques activistes de gauche qui opèrent à partir du Viet-Nam sous la conduite du Viet-Cong De même, un certain nombre de rebelles de droite, dont certains agissent depuis la Thai- lande font régner de temps à autre un climat d'insécurité dans les régions 2: sud-ouest. L'instigateur de leur mouvement serait Son Ngoc Thanh qui fut -3 - chef du "Khmer Issarak" (Carbodge Libre) pendant la deuxième guerre mondiale et nommé Premier ,inistre par les Japonais avant le retour des Français. Il est devenu l'ennemi du prince Sihanouk après avoir été son allié. Ce mou- vement nationaliste dissident (connu aujourd'hui sous le nom de Khmer Serai) avait formé dès 19L7 un Gouvernement du Cambodge Libre à Bangkok et, à l'époque où la Thalande servait de base de transit pour les livraisons à destination du Viet-linh en guerre contre les Français sur l'autre flanc du pays, il fut reconnu en Thaflande par le bref gouvernement de gauche de Pridi Phanomyong. Une partie du mouvement s 'est maintenant ralliée au roi Sihanouk et le reste est partiellement dispersé. Néanmoins le Khmer Serai appartient à la scène politique nationale; de temps à autre il fomente des troubles, puis, contraint de s'incliner, il bénéficie d'une amnistie solen- nelle. La place qu'il occupe dans les discours officiels et la presse locale est tout à fait exagérée. 10. Par contre, la présence sur le territoire cambodgien d'au moins 40.000 hommes de troupes .nord-vietnamiennes et viet-congs concentrées dans ls forêts inhabitées de l'est du pays qui leur servent de couloir de transit et de centre de repliement stratégique pour leurs opérations militaires au Viet- Nam, constitue un danger réel. Les forces armées cambodgiennes, moins puis- santes, moins bien équipées, et moins bien entraînées, ne sauraient envisager sérieusement de les attaquer pour défendre l'intégrité du territoire national 11. Le Cambodge entretient des relations diplomatiques avec la plupart des pays, sauf avec la Thailande et le gouvernement de Saîgon qui n'ont pas reconnu officiellement ses fronbières. Des relations viennent d'être établies avec le gouvernement provisoire du Front National de Libération du Viet-Nam. 12. La nation cambodgienne est plus solidement établie aujourd'hui qu'elle ne semblait l'être il y a dix ans. Le simple fait qu'un groupe d'opposition progressiste modéré, actuellement en voie de formation, à l'intérieur et à l'extérieur du gouvernenent, parvienne à mobiliser l'opi- nion publique sur des questions délicates de politique économique prouve bien que l'existence de la nation cambodgienne est un fait acquis. D'autre part, comme la grande majorité des habitants du pays sont aujourd'hui pro- priétaires de leur terre et comme le mécontentement existant actuellement provient des interventions excessives de l'Etat dans l'activité industriell7. commerciale et bancaire, il s'ensuit que la propagande communiste a bien moirc de prise sur le Cambodge que sur certains autres pays de l'Asie du Sud-est. Sauf par voie d'agression militaire ouverte, les chances d'une main-mise communiste sont infimes. L'hostilité qui persiste entre le Cambodge et la Thaïlande prend actuellement pour prét 'exte un terple ancien chevauchant la frontière commune La Thailande refuse de s'incliner devant le verdict rendu par la Cour de La îlaye en faveur du Cambodge, et cette querelle empêche l'établissement de relations diplomatiques. Il semble toutefois que ce problème trouvera une solution dans un proche avenir. 1h. Le prince Sihanouk a toujours suivi une politique de neutralité à l'égard des blocs de l'Est et de l'Ouest. Devant l'influence grandissante Etats-Unis, liée à la fourniture d'un important programme d'aide militai:--, menaçant sa neutralité, le Cambodge renonça unilatéralement à l'assistancc américaine et adopta en 1963 une politique d'autarcie; deux années plus tard les relations diplomatiques avec les Etats-Unis furent interrompues. Elles ont été rétablies depuis quelques mois, mais le Cambodge ne recherche aucune aide militaire ou économique de la part des Etats-Unis. Il préfère se tourner vers l'aide multilatérale. Le Cambodge n'est membre d'aucun traité de défense régionale ou autre, mais participe, par exemple, en tant que membre du Comité du liékong, à certaines des activités organisées sous l'égide des Nations Unies. C. L'Etat 15. Le Cambodge est une monarchie constitutionnelle. Le roi convoqut et dissout le parlement, il promulgue les lois, publie des décrets royauc, nomme les membres de l'exécutif, commande les forces armées, signe et ratii les traités internationaux. Actuellement il n'y a pas de roi en titre: c'est le prince Sihanouk qui exerce toutes les fonctions royales en sa qualité de Chef de l'Etat. 16. L'Assemblée Nationale, élue au suffrage universel direct, prépare et vote les lois. D'après la constitution, elle a le conbrôle de l'exécu*ii mais en pratique, c'est elle qui est soumise au Chef de l'Etat, car il est fondateur et chef du parti unique, le Sangkum Reastr Niyum, qui en détienb tous les sièges. En outre, toutes les questions intéressant l'ensemble du pays sont discutýées au Congrès National: il s'agit d'une Assemblée populaire instituée en 1958, qui se réunit deux fois par an à Phnom Penh, sans que la constitution ne lui attribue de pouvoirs. Le Congrès National étant devenu la tribune du Sangkum, a acquis un poids politique suffisant pour pouvoir dominer la vie législative du pays, prendrhe l'initiative d'une réforme cons- titutionnelle, ou renverser le gouvernement. 17. Le Conseil du royaume est constitutionnellement une Chambre Haute et se compose de 2h membres représentant différentes catégories socio-profe-- sionnelles. En fait, son rôle esc devenu purement consultatif et, même dans ce rôle, le Haut Conseil du Trone, un organe consultatif auprès du roi, semble avoir acquis plus d'importance. 13. Un gouvernement officieux, nomné par le Chef de l'Etat en sa qua- lité de président du Sanglcum, fut créé en 1966 pour servir d'opposition po- litique. Son activité, aujourd'hui, est limitée à des critiques de détail concernant l'action des dirigeants et des fonctionnaires. 19. Au Cambodge, la fonction publique n'a pas de statut donnant aux fonctionnaires des garanties d'indépendance et de carrière. Au contraire, nominations et promotions sont décidées par les échelons supérieurs de l'or- ganisation politique, de sorte que la loyauté compte souvent plus que la compétence technique et professionnelle. Avec ce système, la fonction publi que ne peut offrir de sécurité d'emploi, et les fonctionnaires ont tendance à agir en fonction de critères étrangers à l'intérêt national ou à refuser de prendre aucune décision. Un certain immobilisme résulte de la structure complexe du système politique, dant, en fin de compte, le Chef de l'Etat contr6le tous les rouages. Grâce à sa forte personnalité, et à son image populaire, le prince Sihanouk utilise au mieux la marge de manoeuvre que lui laissent les limites imprécises de la constitution pour contr8ler toutes les activités gouvernementales de quelque importance et faire plier à sa volonté les organes du pouvoir; ce serait une erreur de croire qu'il a affaibli sa position en renonçant au tr8ne en 1955. Aux yeux de la majorité du peuple, il incarne l'image toute puissante du descendant direct d'une lignée quasi-ininterrompue de rois-dieux dont l'origine remonte aux temps impémoriaux où l'histoire se mêlait à la légende et dont le iort était indis- solublement lié à celui de leur peuple. Bien que constitutionnellement le souverain ne soit pas chef des deux branches cambodgiennes de la religion bouddhique, nombre de ses sujets le considèrent de droit quasi-divin. 20. Le r8le ostentatoire pris par le roi khmer pendant l'accession à l'indépendance nationale a évidemment favorisé le maintien d'un régime monar- chique. En outre un gouvernement fort était nécessaire dans la situation chaotique où le pays avait été plongé par la guerre d'Indochine qui, sous des formes différentes, s'est poursuivie jusqu'à ce jour. Le prince Sihanouk possédait, de façon exceptionnelle, les qualités requises pour créer l'unité nationale dans ces circonstances, entreprendre la modernisation du pays, ainsi qu'un effort massif dans le domaine de l'éducation, et conduire cette jeune nation continuellement exposée dans cette région à la nécessité de participer directement aux hostilités environnantes. 21. Pendant la phase de construction de la nation, les considératio ns politiques ont nettement prévalu sur les objectifs strictement économiques. Le gouvernement actuel s'est fixé pour but d'établir la stabilité politique intérieure, tout en s'efforçant d'encourager le progrès social. La croissance économique à tout prix, sans aucun souci de la répartition des revenus et du climat social est une notion étrangère, non seulement au Chef de l'Etat, mais à la plupart des Cambodgiens. Le désir d'égalité sociale est renforcé par le fait que les différences de richesse coincident avec les distinctions eth- niques; la minorité chinoise disposant d'un pouvoir économique disproportion- né eu égard à son nombre. Il faut dire également que le prince Sihanouk semble avoir été influencé par la pensée des Physiocrates, qui font de l'agri- culture le facteur principal de production, et considèrent le commerce et les services comme plus ou moins parasitaires. 22. C'est dans ce contexte, qui explique en partie également les objec- tifs relativement modestes de croissance économique des plans quinquennaux, qu'il convient de juger le succès limité de la tentative faite pour mobiliser l'administration au service du développement économique. A cet égard, le niveau des salaires des fonctionnaires est un facteur d'importance. Il est -6- significatif que les rémnnérations les plus élevées soient celles des profes- seurs de l'enseignement supér'ieur. Elles peuvent atteindre 11 000 RC par mois (soit 200 dollars), alors que le salaire moyen des 3.200 cadres de l'adminis- tration est de 6.700 RC par mois (120 dollars). D. La population 23. Actuellement le Cambodge compte environ 7-300.000 habitants. En ce qui concerne l'accroissement démographique, on ne dispose pas de données suffisantes, et les pourcentages avancés vont de 2,2 à 3,6, le premier étant le chiffre officiel. Selon toute vraisemblance, ce taux se situe entre 2,5 et 3,0%, soit légèrement moins que dans certains autres pays en voie de dé- veloppement. Le taux de natalité de h pour mille est relativement élevé (d'après le recensement de 1962, la moitié seulement des femmes de moins de 25 ans et 14à seulement des jeunes filles agées de 15 à 19 ans sont ma- riées) mais le taux de mortalité de 20 pour mille est lui aussi très fort. 24. Les rcgistres de l'E.at Civil indiquent que 3 environ de la po- pulation totale sont chinois, 3' vietnamiens et 93% khmers. Mais on ne saurait se fier à ces statistiques démographiques, surtout en ce qui concerna les ethnies. En incluant dans la population chinoise les groupes seri-assi- milés et les métis sino-khmers, on atteint un pourcentage voisin de 7%. Les Chinois, beaucoup plus que les Vietnamiens, se regroupent dans les centres urbains; à Phnom Penh, ville de 550.000 habitants environ, ils représentent de 20 à 40> de la population suivant les critères ethniques retenus. Le Cam- bodge possède d'autres minorités moins importantes, telles les Cha-,N.alays, (aujourd'hui désignés sous le nom de Khmers musulmans) et les Khmer-Leous. Ces derniers sont d'origine indonésienne et vivent principalement dans l'est du pays. 25. Les Khmers, qui seraient venus du nord-ouest dans le Bassin du Nékoro il y a quelque 4.000 ans, se distinguent, tant par leur morphologie que par leur culture, des Thaflandais et des Vietnamiens, bien qu'ils possèdent cer- tains traits communs avec les Thailandais. A l'instar du thai et contraireme i au vietnamien, la langue khmère se rapproche du sanscrit surtout dans sa forin écrite. Généralement trapus, les KIhmers ont les yeux bridé"s et la peau rela- tivement foncée avec des nuances. S'ils sont faciles à reconnaltre des Viet- namiens, dont la conformation est plus menue, et dont les traits on un carac- tère mongoloide plus accusé, ils ne présentent guère de différences avec les Thailandais, si ce n'est par leur visage un peu plus large. Les Khmers sont bouddhistes pour la plupart et se rattachent aux écoles Hinayana ou Theravad,, dont l'influence est également dominante au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et à Ceylan. Les bonzes en robe safran font partie intégrante du décor na- tional e2 conservent une influence non négligeable dans la vie sociale et même économique des régions rurales. C'est que les pagodes ne sont pas se..- lement des sanctuaires, mais des centres éducatifs importants. En outre, leur relative opulence permet aux bonzes d'aider les villageois les plus pauvres. C'est là une des raisons pour lesquelles on ne voit pas de men- diants au Cambodge. La ville de Phnom Penh, avec ses deux grandes communau- tés de Chinois (dont certains membres observent une forme de bouddhisme - 7 - lahayana) et de Vietnamiens principalement catholiques et sa minorité khmère musulmane abrite différents cultes. 26. Si, numériquement parlant, les Khmers représentent la grande majo- rité de la populabion, les Chinois et les Vietnamiens se distinguent dans les activités commerciales, artisanalesi industrielles et financières. De nombreux Chinois, qui ont immi.gré au cours des siècles, se sont peu à peu intégrés à force de mariages mixtes, et un réseau étroit de relations familiales s'est tissé entre Khmers et Chinois. Néanmoins, ces derniers forment une communaute fortement solidaire, notamment en raison de l'immigration récente d'un nombre important d'entre eux pendant la période du protectorat français. La langue utilisée dans leurs écoles est le chinois, mais l'étude du cambodgien est obli- gatoire. 27. A l'inverse des Chinois qii se sont concentrés dans les villes et se sont spécialisés dans le commerce des produits agricoles, les Vietnamiens, venus le plus souvent pendant le protectorat français, se sont fixés sur la terre, prenant parfois la place de paysans khmers, ou sont devenus fonction- naires dans l'administration française. Par la suite ils se sont engagés dan. l'action politique. Toutes ces raisons font que les Khmers considèrent la pré- sence des VieLramiens d'un oeil plus hostile que celle des Chinois, pour qui ils éprouvent un mélange de respect (les maris chinois sont très recherchés pour les jeunes filles khmères) et de ressenbiment social. 28. Pour les autorités, les Chinois se distinguent des Khmers d'une auLre manière: ils peuvent émigrer à Hong Kong ou à Singapour sans avoir rien à y perdre et conservent avec ces deux villes des attaches financières et commerciales qui leur permettent d'échapper aux contrôles imposés par le gouvernement. Il y a plus grave: une grande partie du commerce se trouvant autrefois entre les mains de la communauté chinoise, celle-ci était en mesure de manipuler les prix des biens de consommation utilisés dans les centres urbains ainsi que celui du riz fourni par les agriculteurs. La méfiance, presque la peur, que les chinois inspiraient, explique en partie que le gou- vernement ait décidé en 1963 de nationaliser le commerce extérieur, les ban- ques et les compagnies d'assurances. E. _volution récente 29. Les dix premières années de l'indépendance (jusqu'en 1963) ont été consacrées à la stabilisation politique et à l1édification de la nation cambodY gienne. Pendant toute cette p'riode, le parti 2angkum a su catalyser les énergies rdses au service de cette entreprise et du progrès social. Un vaste programie de développer-en", de l'éducation, de la santé et d'autres services sociaux fut nis en route avec succès. Cette tâche fut facilitée par l'aide financière reçue de l'étranger, plus de 50 millions de dollars par an en moyenne, en particulier des Etats-Unis qui pendant cette période fournirent au Cambodge quelque 350 millions de dollars, y compris l'assistance militaire mais aussi de la France et des pa-rs socialistes. Il ne faut pas négliger non plus le rôle joué par le secteur privé qui contribua à développer l'épargne. Le produit national brut (PND) s'est accru à un taux moyen composé de 6,5% pendant cette p6riode. 30. Cependant, le Chef de l'Ebat et son gouvernement considéraient avec une inquiétude croissante les disparités toujours plus grandes entre les reve- nus urbains et ruraux, la richesse trop voyante des milieux d'affaires, soup-- çonnée d'avoir pour origine la spéculation, la manipulation des prix et autres pratiques malsaines. Les relations entre le secteur public et le secteur pri- vé ne cessaient de se détériorer sous l'effet d'une corruption non dissimulée, 31. En même temps, il s'avÉra qu'il y avait une incompatibilité de plus en plus marquée entre le programme d'aide consenti au Cambodge par les Etats- Unis, avec pour corollaire la présence de plus en plus envahissante de repré- sentants officiels du pays donateur, et la conception que le Chef de l'Etat avait de l'intérêt national: le prince Sihanouk voulait en effet préservei la neutralité du Cambodge dans cette région déchirée par un conflit militaire dans lequel les Etats-Unis étaient directement impliqués. C'est pour cette raison qu'en 1963 le Cambodge demanda aux Etats-Unis de mettre fin à leur programme d'aide. 32. Une période d'autarcie économique commença. Pour daner un fondemerv solideacet effort national, le Chef de l'Etat annonça en novembre 1963 toute une série de réformes économiques: à savoir, la nationalisation des banques et des compagnies d'assurances avec exclusion du secteur privé de ces acti- vités, et la nationalisation du commerce extérieur par la création d'une société dotée d'un monopole d'Elat, la Société National d'Exportation et d'Importation (SONEI1E). C'est ainsi qu'une demi-douzaine de sociétés com- merciales, européennes pour la plupart, et une multitude de négociants et de firmes chinois furent remplacés par une seule organisation, constituée au départ en société d'économie mixte à participation privée minoritaire, puis complèterent étatisée trois ans plus tard. Plusieurs autres entreprises pu- bliques furent créées ou développées pour assurer des activités liées aux précédentes, telles cue l'achat de riz destiné à l'exportation (Office Royal de Coopération, 0'0C), le commerce intérieur de gros (Société Nationale des Produits d'Importation, SOUAPRI11), et une entreprise publique de vente au détail (les 11agasins d'Etat, 7iAGETAT). 33. A en juger par l'évolution économique du pays depuis 1963, cette politique n'a pas atteint les résultats escomptés. En effet., après une pé- ride de stagnation, l'investissement productif privé diminua et l'épargne privée se réfugiant pendant un certain temps dans l'immobilier provoqua un essor spectaculaire de la construction de résidences privées à Phnon Penh. Les entrées de capitaux publics destinés à l'investissement se réduisirent à peu de choses. Il fallut tout d'abord organiser la SONEXI, et lorsqu'elle eut coxnencé à fonctionner, son rôle se limita en pratique à percevoir des droits et à exercer un contrôle officiel sur ce qui en fait restait une sorte d'activité comerciale privée. 34. De 19ü3 à 1969, la croissance réelle annuelle du PNB s'est établie 31 en moyenne, chiffre à peine supérieur à l'accroisseriment démographique. Lc recettes de l'Etat n'ont pas suivi la progression des dépenses et., malgré l'annonce de programmes d'austérité, le déficit budgétaire a menacé de devenir un trait permanent des finances publiques. Un malaise économique est apparu que le Chef de l'Etat a finalement reconnu en mars 1968 par la publication d'une législation nouvelle changeant la démarcation entre les activités réser- vées au secteur public et celles laissées au secteur privé, de façon à aug- men:er les possibilités d'investisserent privé. Ensuite, il annonça officiel- lement en décembre 1968 le passage du régime d'autarcie à celui d'une ouver- ture sur l'extérieur avec la création d'un Comité de Redressement Economique et Financier et la décision d'adhérer aux institutions financières interna- tionales, y compris la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (3IRD). 35. ialheureusement le Comité ne sut pas proposer les mesures qui auraient permis de relancer l'économie cambodgienne. En août 1969, le gouvernement du Premier linistre Penn Nouth démissionna, et fut remplacé par celui du Lieutenant-Gén(éral Lon-Iol, vieux compagnon d'armes du prince pendant la lutce pour l'indépendance. 36. A son entrée en fonction, le nouveau gouvernement reçut carte blanci- du Chef de l'Etat pour apporter remède au marasme économique. Dans un premier ter,ps, une dévaluation de la monnaie nationale fut décidée le 18 août qui fil passer la parité de 35 C pour un dollar à 55,5 AC, ce qui est presque le taix du marché noir d'environ 60,0 RC. Aucune autre mesure n'a été prise depuis lo-ý mais d'impor tantes propositions de libéralisation sont à l'étude, notamment l démembrement partieldu monopole d'Etat du commerce extérieur et l'autorisatiol de banques privées étrangères. 37. En octobre, le Premi.er ilinistre a, pour raisons de santé, quit.té le pays pour venir faire un séjour prolongé en France, laissant les affaires courantes entre les mains du Vice-Prerier inistre, îionsieur Sirik Hatak, descendant de la famille Sisowath qui avait précédé Dorodoir Sihanouk sur le trône. Des frictions entre le gouvernement et le Chef de l'Etat ont apparam- ment retardé l'adoption de nouvelles mesures économiques, car, si l'approba- tion du parlement est acquise d'avance, il n'est pas sûr que le Chef de l'Etat acceptera de les promulguer. Ces nouvelles mesures auraient reçu une appro- bation en principe du Conseil des M,inistres le 15 novembre, mais elles n'a- vaient pas encore été soumises à l'examen du parlement lors du départ de la mission. 38. La "Ilibéralisation", telle qu'on l'envisage actuellement au Cambodge, suppose une révision des rapports entre les différentes ethnies et en parti- culier du rôle des Chinois qui avaient été les prenières victimes de la vagu'- de nationalisation survenue en 1963. La méfiance à l'égard des Chinois et la crainte de les voir à nouveau en mesure d'exploiter les agriculteurs et les consorateurs risquent fort de freiner les tentatives de libéralisation. Il ne faut pas oublier à ce propos que la prolifuration des entreprises pu- bliques a permis à la classe moyeine khmère d'acquérir le contrôle des acti- vités cconomiques du pays. - 10 - CHAPITRE II L' ECONJOMIE A. Résultats d'ensemble 39. L'économie cambodgienne assure à une population de quelque 7 millions d'âmes un revenu annuel par habitant qui est maintenant d'environ 6.000 riels cambodgiens (RC), ce qui équivaut à peu près au taux de change actuel à 110 dollars. C'est un peu moins que dans les pays voisins. En Thaïlande, par exemple, on estime le revenu annuel par tête à 150 dollars. Bien que des comparaisons de ce genre soient souvent trompeuses, notamment si les prix des produits d'origine locale sont différents, il n'en est pas moins que l'économie cambodgienne est dominée par une agriculture relativement languissante et dont les ren- dements sont inférieurs à ceux obtenus dans la plupart des pays de la région. Le Cambodge, dont la population totale est cinq fois moins nombreu e que celle de la Thailande, a un revenu agricole six fois plus faibleil Par ailleurs, la valeur ajoutée par l'industrie est dix fois plus forte en Thaflande qu'au Cambodge. 40. L'agriculture (y compris la pêche et l'exploitation forestière) fournit à peu près 40% du FIB, mais la proportion de la population cam- bodgienne qui vit de la terre est double et s'élève à environ 80%. Cela montre, non seulement la différence de niveau de revenus qui existe entre les zones urbaines et les zones rurales, mais aussi l'importance des ques- tions agricoles dans la politique nationale et l'intérêt très vif que portent les autorités au développement agricole, d'autant plus que l1agri- culture fournit presque toutes les exportations du Cambodge, sous la forme de riz, de caoutchouc et de divers autres produits. Valeur ajoutée Pourcentage du PIB Croissance annuelle par 1952 1955 1960 1965 1969 1952-1969 L'agriculture 56 49 45 40 38 2,7% L'industrie 10 9 9 l 12 6,3% Le commerce 20 22 22 24 21 5,4l La construction 2 2 5 4 6 12,1% L'administration 6 12 13 14 16 115% Les autres secteurs 6 6 6 7 7 5,9% Total du PIB 100 100 100 100 100 5,0% Source: Tableau 2 de l'Annexe statistique. En réalité, la différence est probablement un peu moins grande. Dans le cas du paddy, qui constitue la production principale des deux pays, le prix intérieur qui sert de base pour le calcul de la valeur ajout6e converti en dollars aux taux de change officiels, est de 50 dollars ei Thallande et d'environ 40 dollars au Cambodge. l. Alors quton peut estimer que la population a augmenté d'environ 2,5% par an au cours de l'ensemble de la période considérée, le PIB réel s'est accru à peu près deux fois plus vite, malgré un ralentissement sen- sible dans les six dernières années, pendant lesquelles le taux d'accrois- sement n'a été que de 3%. 42. En agriculture, un tiers du produit total du secteur est repré- senté par le riz; ce qu'il faut remarquer, c'est que pendant toute la pé- riode visée par le tableau ci-dessus, le taux de croissance annuel du sec- teur agricole dans son ensemble n'a été en moyenne que de 2,7%, c'est-à- dire qu'il a été presque le même que celui de la population, tandis que la production de paddy n'a augmenté que d'environ 2,2% par an. Comme on le verra dans la section suivante, les rendements en paddy n'ont absolu- ment pas changé et l'accroissement de la production, qui est passée d'en- viron 1,6 millions de tonnes en 1952 à 2,5 millions de tonnes en 1969, a résulté simplement du fait que l'augmentation de la population a conduit à mettre davantage de terres en culture. Bien qu'on ne puisse pas dire que cette expansion se soit traduite par l'utilisation de terres de valeur "marginale", il est certain que les meilleures terres étaient toutes cultivées depuis longtemps. 43. Les industries manufacturières fournissaient déjà 10% du PIB en 1952, mais il s'agissait bien plus d'artisanat que d'industries orga- nisées sur un type moderne. Du temps de l'Indochine française, le Cambodge était surtout un arrière-pays agricole et l'industrie n'était pas encouragée ni favorisée, sauf quelques-unes de ses branches, comme celle de la transformation du latex pour l'exportation. Depuis 1952, l'industrie a connu un taux de croissance de 6,3% par an et sa parti- cipation au PIB est passée à 12% grâce à l'installation, après l'indé- pendance, d'un certain nombre d'usines nouvelles produisant des textiles, du verre, du ciment, du sucre, des pneus, ainsi que des cigarettes, des produits alimentaires transformés et des boissons. Cependant, le fait que le marché intérieur est limité n'a pas permis d'utiliser comme fac- teur de croissance des industries de remplacement des importations. Il semble plutôt qu'au cours des cinq années de 1955 à 1960, ce soit la combinaison d'un accroissement rapide des dépenses du secteur public (de 25% par an) et d'une augmentation de 8% par an de la production agricole qui ait stimulé l'industrie, laquelle a connu pendant cette période un taux de croissance de plus de 9% par an. Pendant cette période, la mise en route d'un nombre restreint d'usines nouvelles eut lieu, de sorte que cet accroissement de la production a été cer- tainement dû dans une large mesure à une meilleure utilisation des capacités existantes. Dans les années suivantes, où l'agriculture a été en stagnation, la croissance industrielle s'est aussi ralentie (son taux annuel a été de 7,5% de 1960 à 1965). hh. Ainsi, pendant les cinq années qui ont suivi l'indépendance, l'économie a progressé à un rythme encourageant et le PIB réel s'est accru d'environ 9,5% par an. Les circonstances n'ont pas été aussi favorables pendant les années 1960. De 1960 à 1962, les rendements en riz ont été moins bons par suite de mauvaises conditions météoro- logiques, la production a diminué et les exportations., aussi bien de - 12- riz que de caoutchouc sont tombées à de faibles niveaux. Après un redres- sement général, mais tout a fait temporaire, en 1963, quand les exportations ont atteint de nouveaux maxdmums grLce à une production sans précédent de riz et oil l'industrie et la construction se sont haussées à un niveau supé- rieur de plus d'un tiers à celui de 1960, le processus de croissance s'est de nouveau ralenti d'une façon durable après la nationalisation du commerce extérieur et des banques et la cessation de l'aide américaine. La construc- tion et le commerce après une période de déclin, ont C peine retrouvé leur niveau de 1963 et l'agriculture, qui est le secteur le plus important, n'a progressé qu'au rythme de 2,1% par an, c'est-à-dire moins vite que la popu- lation. Il faut noter quien raison de leur taille relativement petite, les industries manufacturières n'auraient pu stimuler l'économie, même si on avait laissé toute liberté à l'entreprise privée. En fait, après les r6- formes de 1963, l'industrie a été le seul secteur (autre que le secteur administratif) qui ait fait preuve d'une grande vitalité, alors que plu- sieurs usines nouvelles entraient en production dans le secteur public; la valeur ajoutée par l'industrie s'est accrue de 9% par an de 1963 à 1969, comme dans la deuxième moitié des années 1950. B. Agriculture Généralités h5. La population active du Cambodge est composée pour près des deux tiers de paysans producteurs de riz. Ceux-ci occupent 80i des terres cultivées et fournissent environ 15% du PIB. La portion de la population active employée dans l'agriculture est estimée à un peu plus de 2 millions de personnes, soit environ 801- du total, et elle s'accroît depuis 1962 à un rythme qui n'est probablement guère inférieur à 2,5% par an, c'est-à-dire un peu plus faible que le taux de croissance de la population totale. La valeur ajoutée par l'agriculture, la pêche, l'éle- vage et les exploitations forestières a évolué au cours des 10 dernières années comme le montre le tableau ci-dessous: PIB du secteur primaire, en pourcentage Taux de Croissance 1959 1969 en 5 par an Paddy 40 3h 0,9 Fruits 13 16 h,9 Légumes 3 6 9,7 Autres denrées 12 12 3,8 Caoutchouc 5 h négl. Forêts 13 8 -1,5 Elevage 8 14) 8,1 Pêche 6 6 Total du secteur primaire 100 100 2,7 Valeur ajoutée (en millions de RC) 10,3 13,4 Pourcentage du PIB total 42,2 38,2 1/ Prix de 1966. - 13 - 46. Environ 80% des cultivateurs sont propriétaires de leurs terres. Les 20% restant sont fermiers et se trouvent surtout dans les provinces de Battambang (351 des terres cultivées), de Prey Veng et de Suay Rieng (envi- ron 10% des terres). Les fermages varient de 600 à 2.000 RC par hectare et sont le plus souvent payés en nature. Le métayage existe aussi. 47. Les charrues sont généralement en bois avec un soc métallique (coût 500 à 800 RC). Elles sont le plus souvent tirées par une paire de boeufs (10.000 à 15.000 RC) ou de buffles (8.000 RC). Le Cambodge compte environ 2.400.000 têtes de bétail (pour la plupart des boeufs) et 900.000 buffles. Il existe 1.500 tracteurs (dont la moitié sont des Massey Ferguson) qui ne sont employés que dans les régions où les exploitations sont relati- vement grandes (par exemple, celle de Battambang). Il est difficile de les utiliser dans les terres basses qui sont inondées ou boueuses à l'époque où il faut les travailler. l n'y a en service que 250 cultivateurs à moteur, mais on emploie de plus en plus de pompes diesel. Cn a dénombré 1.300 pompes en 1968. 48. Les semences, surtout celles de riz, sont généralement produites par les cultivateurs eux-mêmes, sans organisation ni contrôle. Ce n'est cependant pas le cas pour les cultures industrielles (coton, jute, tabac). Les engrais chimiques ne sont employés que sur de faibles surfaces; lap- plication d'engrais organiques n'est pas couramment pratiquée, mais elle fait l'objet d'une campagne de propagande. Il paraît que l'utilisation des produits de protection des végétaux s'est beaucoup accrue ces dernières années, mais on ne fait de pulvérisations que sur quelques cultures, comme le coton, qui subiraient sans cela de très graves dommages. Le riz h9. Alors qu'au cours des 17 dernières années, la valeur ajoutée a augmenté de 66% en valeur réelle pour l'ensemble de l'agriculture et de l'élevage, elle ne s'est accrue que de h6% pour le riz. Cependant, cette cérézale entre pour 0% da,ns la valeur .joutée totale, et elle occupe 80% des terres cultivées. La superficie des rizières a augmenté avec la po- pulation, sauf depuis 196h-1965. ELle se maintient depuis lors à environ 2,h millions dl'iectaresl Les rendement3 sont restés inchangés, de l'ordre de 1 tonne à l'hectare, mais ils sont plus élevés dans certaines régions (1,5 tonnes dans les provinces de Battambang et de Kompong Cham) et moins élevés dans d'autres (Prok Thnot). Si la région de Battambang a des sols Un phénomène intéressant, qu'on ne peut expliquer que partiellement, est que dans la première moitié des années l950, la superficie culti- vée en riz etlenoribre des producteurs de paddy ont augmenté tous deux moins vite que la population, d'environ h en 5 ans, tandis que dans la deuxième moitié des années 1950 (après l'indépendance), le nombre des producteurs s'est accru de 12%, la superficie de 2h% et la production de près de 60%. Dans les cinq années qui ont suivi, le nombre des producteurs a augmenté de 12%, la superficie de 9%, et la production de 7%. - 14 - fertiles, elle est exposée A des risques climatiques et hydrologiques. Par exemple, en 1968-1969, la séchereLse détruisit la récolte sur plus de la moiti6 des superficies ensenr,encées. La majeure partie du riz exporté provient de la région de Battambang. Au Cambodge, la superficie moyenne des exploitations n'est pas trop petite, elle est d'environ 3 hec- tares, mais il y a de grandes différences entre les régions. Superficies Paddy Rendements Exportations (en ha.) (en milliers (en kg à l'ha) (en milliers de tonnes) de tonnes) Riz Farine 1950 1.657 1.576 951 n.d. n.d. 1955 1.743 1.484 851 75 1960 2.150 2.335 1.086 327 64 1965 2.344 2.500 1.066 473 73 1969 2.427 2.503 1.031 94 8 1972/ 3.320 1.320 a/ Objectifs du Plan. 50. Il n'existe pas de grands réseaux d'irrigation et en général on ne peut faire qu'une récolte par an. Un peu plus de la moitié des rizières sont alimentées en eau par les pluies, le paddy y est généralement repiqué et y pousse de juin à décembre. Les autres sont inondées tous les ans par le Mékong et par ses affluents, normalement de juillet à février, et on y cultive notamment le riz flottant, qui occupe environ 15% de la super- ficie totale cultivée en riz. Cinq pour cent environ de cette super- ficie totale sont consacrés à du paddy de saison sèche, surtout dans les régions de Prey Veng, Kandal et Takeo. Quand les eaux de crue se sont retir6es, on utilise celles des mares ou des réservoirs et on se sert de plus en plus depuis quelques années de pompes élévatoires. On emploie comme semences un nombre anormalement élevé de variétés de riz, ce qui entraî'ne une baisse de qualité du riz blanc. On a fait des essais avec des variétés locales nouvelles, ainsi qu'avec lIRRI, mais on n'a pas obtenu de résultats satisfaisants ou (comme dans le cas de l'IRRI) ces essais sont trop récents pour qu'on puisse en tirer des conclusions. On a mis au point des hybrides locaux et on a encouragé leur culture pour l'exportation, mais ils sont photosensibles et il s'est avéré que leur godt ne plaisait pas à la population locale. 51. Les procédés de culture restent traditionnels; les paysans se servent d'instruments en bois, de boeufs et de faucilles; ils ne prati- quent pas le semis en lignes et ils retiennent l'eau par des diguettes en terre construites à la main. Ils emploient depuis quelque temps des engrais phosphatés (du phosphate naturel), surtout dans le sud pour com- battre la rouille qui est provoquée par la nature du sol. Ils n'utilisent pas encore les engrais azotés en grandes quantités (5.000 tonnes d'urée au total en 1969). - 15 - Utilisation des engrais (en milliers de tonnes) 1965 1966 1967 1968 1969 Phosphatés n.d. 11,3 12,7 17,5 27,0 Urée n.d. 1,4 3,2 4,4 5,0 Autres engrais n.d. O,6 1,3 1,1 n.d. Total 8,4 13,3 17,2 23,0 32,0 52. Il existerait plus d'un millier d'ateliers d'écorçage du riz et 650 petites rizeries. Un tiers environ de la production est commercia- lisée, traditionnellement par des commerçants locaux (chinois), mais aussi depuis quelque temps par des coopératives d'Etat dépendant de l'OROC (Office royal de Coopération) ainsi que par la SORMPA, une filiale de la SONEXI, pour l'exportation. Les prix d'achat sont fixés par le gouver- nement. 53. On estime que la superficie cultivée en paddy, qui est actuel- lement de 2,5 millions d'hectares, pourrait être portée à 3 millions d'hectares, mais qu'il ne resterait plus alors de sols convenant à cette céréale. Donc, à long ternie, un accroissement continu des exportations de riz du Cambodge dépendra de l'intensification de la culture et de l'amélioration des rendements. Du point de vue technique, il est pos- sible d'augmenter fortement la production grâce à des travaux d'hydrau- lique, de drainage et d'irrigation qui permettraient de faire dans cer- taines zones deux récoltes par an et, ccmbinés avec l'emploi d'engrais et de semences améliorées, de doubler et peut-être de tripler les rendements. Cependant, pour en arriver là, il faudrait surmonter des obstacles formi- dables dans les domaines de l'organisation et des institutions et vaincre la résistance des agriculteurs, même si on pouvait construire des barrages et des réseaux d'irrigation. On n'a pas encore fait suffisamment de re- cherches pour déterminer dans quelle mesure les engrais accroissaient les rendements dans les diverses zones ayant des sols de nature différente. Les services de vulgarisation sont peu étoffés et il est nécessaire de les renforcer. Les crédits publics sont rares, mais une banque agricole est en cours de création. Les opérations des coopératives sont décevantes. On n'attache pas assez d'importance aux recherches sur les semences. Enfin, les agriculteurs répugnent au changement. Les efforts faits jusqu'à présent par le gouvernement ne sont pas négligeables, mais il faut renforcer consi- dérablement les bases qui ont été jetées si on veut obtenir dans l'avenir des résultats tangibles. 54. Un programme de développement de la culture du riz, reposant essentiellement sur l'encouragement à l'utilisation des engrais, a été lancé en 1969 par l'OROC avec l'aide des services français de coopération technique. Ce programme est conçu pour 10 ans, il concerne 700.000 hectares et près de h00.000 agriculteurs; son objectif est une augmentation de la production de 400.000 tonnes. La méthode employée est de concentrer - 16 - les efforts sur la formation par la vulgarisation d'un échantillon d'agri- culteurs qui sont instruits et servis par un réseau d'agents et d'ingé- nieurs. La fourniture des engrais doit être assurée par 1'OROC. Le suc- cès dépendra, entre autres choses, d'un renforcement effectif des coopé- ratives et des disponibilités en crédit. Il faudrait en outre élargir immédiatement ce prograuie pour y inclure un encouragement aux petits travaux d'hydraulique, à l'emploi de semences améliorées et surtout à l'introduction de meilleures techniques de culture. 55. Récemment, la priorité absolue accordée à l'utilisation des engrais a été remplacée par une approche plus nuancée. Effectivement, le chef de 1tat, dans les déclarations qu'il a faites en 1969, a donné la priorité à l'hydraulique et a relégué au deu.xième plan l'utilisation des engrais. Les raisons de cette décision ne s'imposent pas d'elles- mêmes et il est évident que de grands travaux d'irrigation comme ceux de Prek Thnot et Battanbang, ne doivent pas être considérés comme cons- tituant les moyens principaux d'accroître la production du riz. Pour que de tels travaux soient économiquement rentables, il faut faire un gros effort pour améliorer à la fois les connaissances techniques des agriculteurs du périmètre, le support institutionnel et les stimulants d'ordre économique pour l'utilisation des installations. En dehors des grands périmètres, il y a lieu de promouvoir une meilleure utiliention de l'eau d'irriga'ion et, dans certains cas, il est probable que des travaux de petite hydraulique seraient éminemment rentables. 56. En plus des points déjà signalés, il faut accorder une atten- tion particulière: - à liévaluation de l'efficacité des engrais sur les différents types de sol; - aux recherches sur les variétés de riz; - à l'amélioration des installations de production et de distribution des semences et notamment à la mise au point de moycns plus efficaces pour s'assurer que dSs variétés spécifiques sont utilisées seules et non pas en mélange; et - A la recherche des moyens de généraliser l'emploi des engrais organicues, car il est prouvé qu'il donne des résultats spectaculaires. 57. La réalisation de l'objectif du deuxième Plan Quinquennal: 3.2JO.000 tonnes de paddy en 1972, n1exige qu'un taux de croissance relativement modeste, mais cet objectif ne semble cependant pas facile à atteindre. Malgré la mise en oeuvre d'une politique de soutien des prix et la création d'organismes officiels di-chat des récoltes, la production totale de riz n'a guère changé depuis 1963, sauf peut-être en 1969-I97O, oi on a obtenu une récolte record qui semble due dans une large mesure à des conditions climatiques trds favorables. Le caoutchouc 58. Les hévéas n'occupent que 2,3% du total des superficies cultivées, mais en ce qui concerne la valeur ajoutée leur part est trois fois plus grande. La majeure partie de la production est - 17 - exportée. Les exportations de caoutchouc ne sont dépassées en valeur que par celles de riz et elles sont plus stables que ces dernières mal- gré les fluctuations des cours internationaux. 59. Avant l'indépendance, il n'y avait que de grandes plantations d'hévéas appartenant à des sociétés privées françaises, mais, depuis lors, des Cambodgiens ont créé quelques petites plantations. De 1956 à 1968, la superficie totale plantée en hévéas a doublé et elle est passée d'environ 33.000 hectares à quelque 67.000 hectares. En 1967, avec 39.150 hectares d'arbres en âge d'être gemmés, la production a été de 53.000 tonnes, soit un rendement moyen de 1,37 tonne à l'hectare, très supérieur à celui qui est obtenu en Malaisie. Bien entendu, il ne faut pas perdre de vue qu'au Cambodge 4% seulement des surfaces plantées appartiennent à de petits pro- ducteurs, tandis qu'en Malaisie cette proportion est de 60%. En 1969, il y a eu une baisse de production par suite des dégâts causés par des opéra- tions de défoliation. on ne connaît pas encore le chiffre exact de la pro- duction pour cette année-là, mais des demandes de dommages et intérêts s'élevant à 8 millions de dollars ont été adressées au Gouvernement des Etats-Unis et font l'objet de négociations en cours. 60. Presque toutes les plantations d'hévéas, 92% de la superficie totale, sont sur les "terres rouges" des provinces de Kompong Cham et de Kratié et 7' dans la province de Ratanakiri. Cinq sociétés françaises possèdent 70% de la superficie totale (46.000 hectares), mais leurs con- cessions sont presque entièrement plantées, de sorte qu 1 l'avenir cette proportion diminuera. 61. Deux grandes plantations d'Etat sont exploitées par l'Office de Mise en Valeur des Terres Insuffisamment Développées (OMV), qui dépend du Ministère ce l'Agriculture; la plus grande est celle de Preah Sihanouk dans la province de Ratanakiri, qui a été créée comme plantation pilote pour le développement de cette province et où on estime qu'il existe 150.000 hectares de "terres rouges" vierges convenant particulièrement bien à la culture des hévéas. Jusqu'à présent 4.000 hectares ont été plantés à Preah Sihanouk par la Compagnie du Cambodge, la plus grande des sociétés françaises, pour le compte de liCHV et celui-ci doit con- tinuer les opérations de plantation au rythme de 500 hectares par an. En dehors de ces deux plantations diEtat et de quelques autres plus petites, il s'est créé un certain nombre d'exploitations privées cam- bodgiennes, dont beaucoup sont situées à proximité des grandes planta- tions, mais leur état actuel et leur superficie ne sont pas connus avec précision. Beaucoup d'entre elles sont prospères et elles cultivent dans une large mesure dos variétés à rendement élevél' qui peuvent être fournies en quantités suffisantes par les sociétés privées, dont les activités devront bientât se limiter à des replantations. 62. L'Institut de Recherches sur le Caoutchouc du Cambodge (IRCC), financé par une tazxe spéciale de 0,5 RC par kg de caoutchouc produit (environ 2% de sa valeur), payée par les membres de llassociation Les rendements atteignent 2 tonnes à l'hectare au moins dans la 12ème annéG et jusqu'à 3 tonnes à 1hectare après la 20ème ann5e. - 18 - des planteurs, est moderne et efficace. Rattaché à l'Université de Kompong Cham, il délivre aussi des certificats d'exportation pour des qualités spé- cifiques de caoutchouc. 63. Outre les feuilles de caoutchouc fumé, le latex concentré a compté pour un tiers des exportations au cours des dernière années et on utilise de plus en plus des procédés nouveaux de traitementil. En 1967, en raison de la baisse des prix mondiaux de caoutchouc naturel, le gouvernement a insti- tué un système de prix plancher garanti à l'exportation et de taxes à l'ex- portation si le prix plafond est dépassé. A l'heure actuelle, ce système est le suivant: Prix f.o.b. (en RC par kg) moins de 20a/ prix garanti de 20_/ de 20 à 24 - de 24 à 2ô taxe de 25% sur le dépassement au-dessus de 28 taxe de 50% sur le dépassement a/ 15 RC avant la dévaluation d'août 1969. En 1967, les subventions se sont montées à plus de 40 millions de RC mais en 1968 des taxes ont été pergues. Avant la dévaluation, on estimait que les coûts moyens de production étaient légèrement inférieurs à 15 RC par kg (ce qui équivaut à 12 cents des Etats-Unis la livre aux nouveaux taux de change), mais on ne sait pas encore exactement de combien il se sont accrus par suite de l'augmentation du prix des importations et des récents ajustements de salaires; les producteurs affirment qu'ils s'accroîtront dc 25% (pour atteindre 15 cents la livre), mais c'est peut-être une estima- tion un peu forte. Les producteurs du Cambodge sont donc très compétitifs au taux de change nouveau. 64. La mission a cherché à savoir s'il existait d'autres terres con- venant à des plantations dihévéas dans le bassin inférieur du Mékong (Kompong Cham), mais il lui est apparu que la majeure partie des terres rouges, estimées au total à-190.000 hectares, étaient, soit déjà plantées (61.000 hectares) soit consacrées à d'autres cultures et que ce qui restait disponible était constitué de parcelles éparpillées qui, vues d'avion, sem- blaient presque toutes d'une superficie inférieure à 2.000 hectares. Il n'en est pas de même dans la province de Ratanakiri, mais cette partie du pays est à peu près vide de population (à l'heure actuelle c'est en outre, du point de vue militaire, une zone d'insécurité) et ce serait une tâche énorme que de faire venir et d'installer sur place la main-d1oeuvre néces- saire, d'autant plus que la région est impaludée. Les frais de transports y seraient également plus élevés qu'ailleurs, mais on pourrait les absor- ber si d'autres conditions étaient remplies et notamment si on pouvait ob- tenir dans les domaines de la gestion et de la technicité une efficacité comparable à celle qu'on trouve dans les plantations françaises. Il n'est pas du tout certain qu'on y parvienne si on ne peut pas attirer dans la région des investissements privés. LI0MV, créé en 1964 précisément pour / Procédé de granulation du caoutchouc initialement concentré, procédé DECAN et procédé DYNAT-GUTHRIE. - 19 - promouvoir la production du caoutchouc dans la région de Ratanakiri, fonc- tionne comme service administratif du M1inistdre de l'Agriculture et son personnel est très insuffisant, même pour exploiter la plantation existante et à plus forte raison pour organiser ltinstallation de petits exploitants ou pour entreprendre la création d'une nouvelle plantation d'Etat. Il faut donc d'abord, pour remplir ces tâches, renforcer la structure de l'organisme actuel, auquel il serait préférable de donner une plus grande autonomie et, en attendant que ce soit fait, se contenter d'exécuter le programme de plan- tation en cours de réalisation à Preah Sihanouk et peut-être l'accélérer. Cependant, il faut commencer à préparer un plan à long terme pour la province de Ratanakiri et, en ce qui concerne le Bas Mékong, donner la priorité absolue à un recensement des terres disponibles en vue diagrandir les concessions existantes et de mieux organiser l'installation des petits exploitants. Les noix de coco 65. Les noix de coco ne sont généralement pas transformées en coprah. La production actuelle est d'environ 15 millions de noix par an (2 par habi- tant), sur environ 10.000 hectares. Elle est entièrement consommée dans le pays. En raison de la forte demande, le prix payé est jusqu'à cinq fois celui du marché mondial pour la quantité de coprah contenue dans une noix. 66. On croit que le long de la c6te sud-ouest, au pied de la chaîne des Cardamomes, 110.000 à 115.000 hectares couverts de palétuviers se prê- teraient très bien, avec des digues et un drainage convenables, l des plan- tations de cocotiers, peut-être combinées avec des cultures de patates douces, de riz et d'ananas dans les premières années. Des plantations privées y ont obtenu des résultats encourageants et une station de recher- ches a été ouverte à Tuk Sap. La mission suggère de créer de grandes plan- tations sur parcelles de 200 hectares avec de petites exploitations alentoui (q1ui poseraient moins de problèmes que dans le cas des hévéas); aucune étude systématique de cette possibilité n'a été faite, mais il vaudrait sans doute la peine d'en entreprendre une immédiatement. Le propriétaire d'une planta- tion privée a l'intention de construire une petite huilerie sur son domaine. Les fruits 67. Les fruits constituent une part importante de la production agri- cole du Cambodge. Ils comprennent des bananes, des oranges, des mangues, des papayes, des litchis, des durions et divers autres. Leur production totale est passée d'environ 190.000 tonnes en 1955 à 240.000 tonnes en 1968. A l'heure actuelle, des quantités considérables de fruits, surtout d'oranges provenant de la province de Battarbang, sont exportées vers le Vietnam. Il n'y a guère de transformation des fruits ni de fabrication de jus de fruits. Les légumes 68. D'après les statistiques, la production des légumes s'est accrue plus rapidement que celle des fruits; depuis 1955, les légumes ont presque triplé à la fois pour ce qui est de la superficie et de la production, cette dernière atteignant 228.000 tonnes en 1968. Les exportations vers le Vietnam se sont également considérablement accrues ces dernières années, surtout pa: que les zones marafchères qui entourent Saigon sont devenues de moins en mo: su^res après l'offensive du TOt. Cependant, quand la paix reviendra au Vietn,-, - 20 - elles cesseront probablement. Les haricotsline sont pas considérés comme des légumes dans les statistiques. Ils occupent 62.000 hectares, ils sont produits pour être consommés secs, leur rendement est de 400 kg à l'hectare et, certaines années, des quantités importantes sont exportées. Le mais 69. Le mais était cultivé avant la deuxième guerre mondiale pour l'exportation et sa production avait atteint son maximum en 1937 avec 400.000 tonnes. Sa culture avait cessé, mais elle a repris depuis 1948. En 1964, la production s'est élevée à 204.000 tonnes, mais elle a diminué depuis cette date. On cultive des variétés à grains blancs pour le marché extérieur et du mais rouge pour l'exportation vers Singapour, la Chine, le Japon, Hong Kong et l'Europe de l'Est (81.000 tonnes en 1968). Ces exportations étaient subventionnées avant la dévaluation, mais maintenant le prix payé aux producteurs est à peu près égal au prix mondial. Les rendements sont relativement faibles, 1,5 tonnes à l'hectare, mais il semble possible de développer cette culture. Une entreprise mixte, la SOCTROPIC, à participation japonaise, a des projets pour la culture du mais. La construction à Sihanoukville d'une fabrique d'amidon à partir du mais pour l'exportation est prévue dans le deuxième Plan Quinquennal et cette fabrique en consommerait 150.000 tonnes par an. Cependant, on n'a pas poursuivi les études à ce sujet et la fabrique n'a pas été cons- truite. Le sucre 70. Du sucre est produit dans le pays à partir de la sève des pal- miers à sucre, mais il s'y ajoute du sucre brut importé (pour un cinquième de la consommation totale). La consommation de cette denrée est relati- vement faible, 7 kg par an et par habitant, soit au total environ 50.000 tonnes, y compris le sucre de mélasse fabriqué par les ménagères. 71. Sur 2 millions environ de palmiers, un tiers seraient saignés (sur le tronc à 15 mètres au-dessus du sol). Chaque arbre donne quelque 60 kg de sucre de mélasse après qu'on ait fait bouillir la sève, ce qui demande beaucoup de bois de chauffage et est, par conséquent relativement colteux. Grâce à un prêt de la Tchécoslovaquie,une raffinerie a été ins- tallée à Kompong Tram en 1964 pour traiter la sève des palmiers, mais on s'est apergu qu'il fallait transformer le sucre de mélasse en sucre brut avant qu'on puisse le raffiner; une sucrerie a été adjointe à la raffi- nerie en 1966 avec des moyens locaux et la raffinerie traite maintenant par moitié du sucre brut importé et du sucre brut de palmiers. Lea coats sont élevés et se montent à 18 RC par kg. 72. Environ 6.000 hectares sont plantés en canne à sucre, qui est consommée brute, mais il existe des projets de production de sucre de canne à une échelle commerciale dans la province de Battambang (à Kompong Kol). On n'a pas encore fait d'étude définitive sur les besoins en eau 1/ Principalement le phaseolus sureus. - 21 - ni sur les variétés à cultiver et il faut attendre la conclusion de cette étude pour donner suite au projet actuellement envisagé de construction d'une grande sucrerie d'une capacité de 10.000 à 15.000 tonnes. Il importe d'éviter de commettre de nouvelles erreurs coûteuses dans le domaine de la production de sucre. Le coton 73. En ce qui concerne le coton%llimportance de la production est très variable suivant les années, car la protection des plants pose des problèmes difficiles à résoudre. Ces temps derniers, le pays produisait environ 6.000 tonnes de coton en graine. Ce coton est acheté au prix de 12 RC le kilo par deux usines modernes d'égrenage situées à Andoeuk Hap et à Kompong Cham. Celles-ci approvisionnent à leur tour deux filatures de la SONATEX. On a fait des expériences avec des variétés à fibres mi- longues (Acula) pour remplacer les importations de coton destinées à la fabrication des tissus fins. Le jute et le kénaf 7h. On a beaucoup développé la production du jute et surtout celle du kénaf, qui sont passées de 1.500 tonnes en 1967 à 8.000 tonnes en 1969, pour approvisionner l'usine de jute construite en 1967 par la SOKJUTE près de Battambang. Les conditions climatiques et hydrLuliques paraissent dans l'ensemble favorables à ces cultures, mais les emplacements sur lesquels elles sont pratiquées ne sont pas ceux qui conviennent le mieux; les ren- dements ne dépassent pas 1 tonne à l'hectare en moyenne, mais dans les bonnes années ils atteignent 2 à 2,5 tonnes à l'hectare pour le kénaf et 1 à 1,5 tonne à l'hectare pour le jute. Le prix offert par la SOKJUTE, 7 RC le kilo, est si élevé (il est d'ailleurs ruineux pour cette société) que la culture de ces plantes se développe rapidement et que l'offre dé- passera bientôt la capacité de l'usine. A l'heure actuelle, la SOKJUTE satisfait à la moitié des besoins en sacs du pays avec une production de 5.500 tonnes et elle envisage de construire une autre usine. Cependant, il y a de bonnes rLisons de rester sceptique au sujet de ce projet tant que n1aura pas fté faite une étude sur la manutention des marchandises en vrac et sur d'autres facteurs qui influeront sur la demande de sacs dans l'avenir, ainsi que sur les conditions de culture et sur la politique des prix. Les autres produits agricoles 75. Parmi les autres produits agricoles du Cambodge, on trouve le kapok (destiné en partie à lexportation) les arachides, le soja et d'autres oléagineux. Les Cambodgiens n'utilisent que peu d'huile dans leur cuisine, mais il doit être possible d'en exporter. La construction d'une huilerie qui traiberait les arachides, les graines de coton et le mais a été prévue dans le Plan. Le climat et le sol ne semblent pas favo- rables au palmier à huile et les études à ce sujet ont été abandonnées. La culture du tabac est pratiquée de longue date et le Cambodge se suffit à lui-même pour les cigarettes, qui sont d'une qualité et d'une varicté - 22 - remarquables. La culture du poivre, surtout pour l'exportation, tient une place assez importante, mais les techniques de production actuelle- ment en usage sont très coûteuses, ce qui fait que le poivre du Cambodge est tout juste compétitif. Il existe d'autres méthodes de culture et on pourrait les appliquer sur des terres qui conviennent mieux, ce qui abais- serait les coits. En ce qui concerne le café, le Cambodge se suffit à lui- même, mais il n'est pas compétitif. On cultive un peu de thé et on étudie la possibilité de développer cette culture pour satisfaire e la consommaticL) intérieure. Le bétail 76. Le bétail compte pour 5% dans le PIB. Au cours des 15 dernières anIées, le nombre des têtes de bétail et des buffles a plus que doublé, par suite de progrès réalisés dans le domaine sanitaire et de l'accroisse- ment des besoins en animauwx de trait. Le nombre des porcs et des volailles a triplé. Il y a plusieurs centaines d'éléphants. Le bétail est élevé da- vantage en vue du travail de la terre (ce sont surtout des boeufs) que pour la production de viande. Cependant, le bétail cambodgien (provenant du croisement de races locales avec des zébus indiens) donne de la viande de bonne qualité et à l'heure actuelle de nombreuses bêtes sont expédiées sur pied en contrebande vers la région de Saigon. L'abattage n'est pra- tiqué que par les musulmans et les Chinois. Le seul abattoir moderne de Phnom Penh est encore sur la planche à dessin, mais il sera bient6t cons- truit avec un prêt du Gouvernement danois accordé en novembre 1969. L'éle- vage en vue de la production laitière est inexistant et, en fait, les vaches cambodgiennes produisent peu de lait. On importe du lait concentré pour la consommation urbaine. Les tentatives faites pour développer la production du lait n'ont guère été couronnées de succès jusqu'à présent. A long terme, le Cai-bodge a un potentiel important de développement de la production de viande pour l'exportation, mais à l'heure actuelle, ce développement se heurte à divers obstacles: par exemple, le bas prix de la viande empêche presque complètement la création de fermes d'élevage rentables et les agri- culteurs n'ont pas l'habitude de produire de la nourriture pour le bétail. Il faut d'abord étudier et ensuite encourager l'utilisation des terres à cette fin précise. Un effort systématique doit être entrepris pour déve- lopper la production de viande. Les forêts 77. Soixante-treize pour cent de la superficie du Cambodge, soit 132.000 km2, sont boisés, mais la forêt dense humide ne couvre que 30% de cette surface, dans le sud-ouest du pays. Dans l'ensemble, les forêts ne produisent pas beaucoup avec les techniques actuelles d'exploitation et la proportion dans laquelle elles contribuent au PIB diminue. L'abattage des arbres est fait par des entreprises privées (dont la SOKECIA, à par- ticipation japonaise) ainsi que par la SONEF, la SONASCIE et la SONACO. Les scieries privées sont peu importantes; elles ne fonctionnent que de façon saisonnière et sur commande. L'usine de contreplaqué de la SONACO a produit 3.300 tonnes en 1968, dont 850 tonnes pour l'exportation. On envisage de construire une deuxième usine pour approvisionner le marché intérieur en expansion. Le bois en grumes est exporté à un rythmie infé- rieur à 100.000 mètres cubes par an. - 23 - 78. Pour développer le secteur forestier du Cambodge, il semble souhaitable de procéder notamment à une étude technique des variétés de bois qui ne sont pas exploitées actuellement, une amélioration des méthodes dtexploitation, une étude de la régénération et de l'amélioration des forêts, une normalisation des produits, et à la création de grandes scieries moder- nes et à la réorganisation de celles qui existent. Une étude du Fonds Spécial des Nations Unies, exécutée par la FAO, concerne la chaîne des Cardamomes, mais elle n'a pas encore été publiée. La pêche 79. La pêche en eau douce est une activité traditionnelle et cons- titue la principale source de protéines dans le régime alimentaire des populations rurales. Le Grand Lac est un lieu de pêche miraculeuse- ment riche, mais, bien entendu, le Mékong et ses affluents offrent des ressources importantes. Parmi les nombreuses manières de prendre les poissons, il en est une qui est particulièrement digne d'être notée et qui est de les cueillir tout simplement dans les arbres qui ont été re- couverts par l'inondation quand les eaux se retirent et que les arbres émergent à nouveau. On estime que la production totale de poissons d'eau douce varie entre 105.000 et 125.ooo tonnes, mais il semble qu'elle ait diminué ces dernières années. Les exportations, qui étaient autrefois considérables, sont presque nulles maintenant. 80. On suppose qu'il y a plusieurs causes à cette diminution de la production, notamment la coupe des forêts qui étaient inondées pendant les hautes eaux et qui servaient de lieux de ponte, une pêche trop intensive et l'envasement du Grand Lac, qui réduit sa profondeur, de sorte que la température de l'eau est trop élevée pendant la saison sèche. Certaines mesures de protection ont été prises et la Direction des Pêches a demandé l'aide de la FA1O pour étudier le problème qui se pose. 81. La pêche en mer est moins développée et produit environ 40.000 tonnes par an de poissons (des maquereaux et des thons). Elle est prati- quée avec de petits bateaux sans installations frigorifiques. Une usine de conserves de poisson a été créée récemment à Khemarek-Phouminville. On a commencé également à produire de la farine de poisson. La pêche à la crevette est encore sans imaportance mais les possibilités dans ce domaine sont considérables. Des capitaux étrangers s'y intéressent et il a été demandé à la FAO de fournir un expert de la pêche au chalut. La vulgarisation agricole b2. Le service de vulgarisation existant, qui dépend du Ministère 'Agriculture, présente de nombreuses faiblesses, dont la principale est le manque de personnel. A Phnom Penh, il compte 1 ingénieur, h con- trôleurs l,t 8 agents. Dans les provinces, il y a généralement un agent par srok- et cet agent est chargé également du cantr6le et des statis- tiques. La vulgarisation porte essentiellement sur la propagande en fa- veur de l'utilisation des engrais organiques et chimiques et de la culture des légumes et des fruits, sur des campagnes de dératisation et sur llemplc. de pompes élévatoires. l/ Subdivision des khets (provirees); les sroks se divisent à leur tcour ei khums et les khuis en phuis (échalt:n du vil ge) - 24 - 83. Pour les cultures industrielles, des mesures spéciales sont pris. soit par le Ministère (en ce qui concerne le coton) soit par les industricl. intéressés, mais elles n'ont que des effets assez médiocres. La liaison entre le service de vulgarisation et les coopératives est très insuffisante. Ces organismes scnt tous appuyés (et se trouvent ainsi indirectement mis en liaison) par une organisation nationale de développement communautaire, l"'Action pro-populaire" (APP) qui est une formation politique avec un Comité central et des comités locaux à tous les échelons administratifs, jusqu'à celui des villages. Les comités des villages comprennent des personnalités officielles, des personnes privées et des autorités reli- gieuses, ainsi qu'un représentant de la coopérative locale. Ces comités sont chargés de contr6ler les coopératives, de faciliter les achats de ri' de choisir des agriculteurs modèles, d'organiser des réunions de cultiva-- teurs, etc. L'APP prend ses décisions au sommet et ne donne guère aux échelons inférieurs l'occasion de faire connaître leur opinion. Les coopératives 84. L'Office Royal de Coopération (OROC) a été créé en 1956. Avant l'apparition des coopératives, le cultivateur moyen était relié au reste du monde presque exclusivement par le commerçant local, qui lui procurait des biens de consommation, des fournitures pour llagriculture et du crédit et auquel il remettait la part de sa récolte qu'il ne consommait pas lui- même. Ce système amenait les paysans à s'endetter. Il subsiste d'ailleurs encore dans une large mesure et, si on ne connaît pas avec précision le montant total des dettes des agriculteurs, on l'estime l'heure actuelle à environ 2 milliards de RC. 85. L'OROC acommencé par créer des coopératives provinciales de crédit et des coopératives de consommation. Elles ont échoué et on est en train de les remplacer par des coopératives à plusieurs fins, dont 620 environ fonctionnent actuellement. Elles peuvent fournir aussi bien des marchandises que du crédit, qu'elles obtiennent de l'OROC. Il existe en outre des coopératives de jeunes et des coopératives de production. Les Unions Régionales de Coopératives (UNICOOPS), créées en 1966, sont chargées de l'achat de paddy. Toutes ces coopératives dépendent de l'OROC. En 1969, elles comptaient au total 434.000 membres, dont 264.000 pour les coopéra- tives à fins multiples - c'est-à-dire environ un agriculteur sur quatre. Cependant, leur efficacité est moins grande que celle que ces chiffres indiqueraient; la commercialisation par elles des biens de consommation ne s)élève pas à plus de 60 millions de RC environ par an, alors que leurs ventes de "moyens de production" ont dépassé le chiffre de 100 millions de RC en 1969. Cela provient du fait que l'OROC a le monopole légal des engrais et des pesticides, ce qui en soi pose quelques pro- blèmes, car ces produits ne sont vendus à crédit qu'aux agriculteurs membres des coopératives. La quantité de paddy achetée par l'intermé- diaire des UNICOOPS s'est élevée en 1967 à 178.000 tonnes, soit un cinquième de la récolte commercialisée, mais elle a fortement diminué depuis lors. L'une des difficultés rencontrées par l'OROC a consisté à obtenir des coopératives le remboursement des crédits accordés; en deux ans, le manque à recouvrer a été de 70 millions de RC. De plus, en raison de l'absence de rizeries modernes dans le système des coopé- ratives, celles-ci dépendent forcément des rizeries privées. On rdit - 25 - que les cultivateurs s'adressent de nouveau dans beaucoup de cas au commerce privé pour vendre leur riz, parce qu'ils en obtiennent de meilleurs prix (si on ne tient pas compte des intérêts sur les sommes avancées). Le crédit 86. Le crédit saisonnier accordé par 1'OROC (à 7% dlintérêt aux coopératives et à 12% aux agriculteurs) a atteint son niveau maximal en 1967-1968 avec 107 millions de RC, dont 90 millions de crédits nou- veaux pour le paddy - ce qui, à raison de 500 RC par hectare, couvre les besoins de 7,5% de la superficie totale cultivée en paddy. Il a diminué l'année suivante, car l'OROC avait des ressources insuffisantes en raison du volume des prêts non remboursés. Les remboursements ont été de 33% des sommes dues en 1967-1968 et de 24% en 1968-1969 et il en est résulté un déficit de plus en plus grand. 87. Les coopératives n'accordent pratiquement pas de crédit à moyen terme et le crédit à long terme (7 ans) n'a été institué que ré- cemment pour les petits planteurs d'hévéas, qui paient 7% d'intérêt. 88. Le crédit coopératif semble être arrivé, après une expansion rapide, à un stade où l'apparition de problèmes institutionnels freine son développement ultérieur et où les difficultés rencontrées pour récupérer l'argent prêté paralysent le système. Les raisons sont un manque diexpérience de la part des responsables à tous les échelons et la tendance innée des agriculteurs à considérer les coopératives comme des instruments de l'Etat paternaliste destinés à distribuer des béné- fices d'une façon libérale. C'est pourquoi ils remboursent leurs dettes en priorité aux prêteurs particuliers dont les taux d'intérêts sont beaucoup plus élevés. 89. Une nouvelle banque agricole (la BAPAY)l a été créée officiel- lement en septembre 196. LLe accordera des crédits à court terme, à moyen terme et à long terme aux coopératives, aux associations agricoles et aux entreprises agricoles particulières ou familiales. Elle pourra aussi participer au capital d'entreprises publiques et coopératives ou d'entreprises de caractère agricole, industriel, commercial ou financier. En principe, les crédits seront combinés avec une assistance technique et la priorité sera donnée aux zones qui disposent d'un personnel tech- nique adéquat. 90. La BAPAY doit commencer ses opérations avec un capital initial de 100 millions de RC. Ses ressources pourront s'accroftre par la suite, grâce à des dotations budgétaires et à des prêts de l'Etat, d'autres ins- titutions financières ou de l'étranger. Elle acceptera également les dépôts. La mobilisation de l'épargne dans les zones rurales sera faci- litée par la création de succursales dans les provinces et de Caisses rurales de crédit dans les villages. 1/ La Banque Agricole Paysanne, placée sous le contrôle des Ministères des Finances et de l'Agriculture, ainsi que de la Banque Centrale. - 26 - C. Irrigation et hydraulique 91. En raison, d'une part de l'irrégularité des chutes de pluies pen- dant la saison de la mousson (dans le sud-ouest) et d'autre part de labserc,? de moyens de lutte contre les inondations et de la longue durée de la saiEsr s%che, le développement de l'agriculture sera dans l'avenir intimement lié aux progrès qui seront réalisés dans les domaines de l'hydraulique, du drai- nage et de l'irrigation en saison sèche. 92. A l'heure actuelle, seuls 7h.000 hectares environ sont irrigués et près des deux tiers le sont grâce à des ouvrages archaïques. L'un d'eux, qui dessert 13,000 hectares, est situé près de Siemréap et comprend le lac artificiel du Baray occidental, qui fait partie des monuments d'Angkor; l'autre est a% Bovel (province de Battambang) et permet l'irrigation de 30.000 hectares. Les ouvrages existants (des retenues de faibles dimensions et de petits barrages de dérivation) ne permettent généralement que d'assur- une irrigation d'appoint pendant la saison des pluies et le drainage est tout à fait insuffisant. 93. La Division des Travaux Ruraux (du Ministère de l'Agriculture) dor-- la priorité à l'amélioration des réseaux existants et a% la création de petites installations supplémentaires qui sont inscrites dans le deuxième Plan pour 25.000 hectares. En outre, elle encourage les agriculteurs a construire eux-mêmes leurs propres retenues d'eau pour l'irrigation et à employer des pompes élévatoires. Les petits ouvrages d'hydraulique et d'irrigation offrent des possibilités qui, bien que limitées du point de vue technique par les disponibilités naturelles en eau, ont l'avantage d'être obtenues à peu de frais, surtout si les travaux sont faits par de la main-d'oeuvre non rétribuée. Il est cependant nécessaire de faire beaucoup plus de recherches au sujet des réserves d'eau souterraines, qui sont très mal connues. 9h. Les grands travaux d'hydraulique sont à la charge de la Société Nationale des Grands Barrages (SNGB), organisme public semi-autonome créé en 1968 quand on a lancé le premier projet d'usine hydro-électrique à Kirirom. La SNGB doit exercer au Cambodge toutes les activités qui, sur le plan international, sont du ressort de la Commission du Mékong. 95. Il existe de nombreuses possibilités de travaux d'hydraulique de moyenne ou de grande importance sur le Mékong lui-même, sur ses affluents, dans les polders qui entourent le Grand Lac et dans le delta. Le projet le plus important est celui de Stung Treng, sur les biefs supérieurs du M4ékong, qui permettrait d'irriguer jusqu'a 2 millions d'hectares. Une étude préliminaire faite en 1960 par une équipe de reconnaissance japonaise a suggéré la construction d'un barrage de 61 mètres de haut qui fournirait une puissance de 2,2 millions de kW (d'après des estimations plus récentes on pourrait obtenir jusqu'à 5 millions de kw). La retenue submergerait la majeure partie de la province de Stung Treng ainsi qu'une partie du terri- toire laotien. Il n'a pas encore été fait de levé systématique permettant de procéder à une étude de préinvestissement. Depuis 1967, des études sir'- miques ont été entreprises par la Geofizica (yougoslave) et des sondages - 27 - géologiques par une société française. A l'heure actuelle, la région es militairement peu sûre. Un projet moins gigantesque, mais cependant très important, est celui de Sambor, qui est conçu surtout pour la construction d'une centrale au fil de l'eau (production 0,6 million de kW environ) et qui permettrait d'irriguer jusqu'à 100.000 hectares. Des études récentes faites par un groupe japonais ont conclu qu'il n'était pas possible d'uti-- liser au Canibodge une telle quantité d'énergie électrique. 96. Outre ces projets sur le fleuve, qu'il ne faut considérer que con' étant à long terme, plusieurs projets sur ses affluents sont poursuivis pl;, activement 97. Le projet de Prek Thnot, aux environs de Phnom Penh et à l'ouest de cette ville, vise à assurer toute l'année l'irrigation d'une zone qui englc-- bera finalement 70.000 hectares avec un barrage sur la rivière Thnot et ure retenue d'une capacité d'environ 1 milliard de mètres cubes. Deux généra- trices de 9.000 kW chacune fourniraient jusqu'à 50 millions de kWh dans une année ou* les pluies seraient normales. Le projet a été préparé dans le cadre de la Commission du Mékong; des experts japonais et israéliens ont fait des études sur ses aspects énergie électrique et irrigation et la Snowy Mlountains Hydroelectric Authority d'iLustralie a exécuté des études techniques détaillées. La zone intéressée par le projet est une des plus peuplées du Cambodge, son sol est relativement peu favorable à la culture, les exploitations y sont fragmentées et leur superficie moyenne est infé- rieure à 2 hectares. Le riz y est à peu près la seule culture et les ren- dements sont très faibles, en moyenne de 0,75 tonne à l'hectare. On espère qu'en combinant l'irrigation, l'amélioration des fournitures agricoles et la modernisation des méthodes de culture, on pourrait porter les rendements . plus de 2 tonnes à l'hectare et on prévoit d'introduire d'autres cultures en alternance avec le riz. Une ferme expérimentale bénéficiant d'une assistance technique israélienne procède à des essais et fait de la vulga- risation agricole dans les villages environnants, mais on estime que l'emplacement de la ferme et la nature de ses sols ne sont pas représen- tatifs de la zone intéressée par le projet. 95. L'exécution de la première phase du projet, qui comprend le barrage, la centrale électrique et une zone d'irri.ation pilote de 5.000 hectares a commencé en 1969. Sur un coût total de 28 millions de dollars, le cjût en devises, 19,3 millions de dollars, est financé par des dons et des crédits accordés par un groupe de 12 pays. Le Fonds Spécial des Nations Unies entreprend l'étude de la deuxième phase, qui intéresse 35.000 hectares. On prévoit que la première phase sera réalisée en quatre ans et après 1973 la SNCB espère pouvoir étendre le réseau d'irrigation à la cadence de 5.oc h~etares par an. Le financement de la deuxième phase n'est pas encore en vue. 99. Le projet de Battambang vise l'rrigation de 68.000 hectares immé- diatement à l'ouest et au sud de la ville, dans une zone qui fournit tradi- tionnellement l'excédent exportable de riz du Cambodge. La qualité du sol est en général satisfaisante et la superficie moyenne des exploitations est plus grande qu'ailleurs. Les quatre-ving-dix centièmes de la zone intéressé, par le projet sont cultivés en riz et les rendements y sont actuellement d'environ 1,5 tonne Z l'hectare. Une étude faite en 1963 par la SOCREH, - 28 - toujours dans le cadre de la Commission du Mékong, a conclu que les instaýJ lations d'irrigation pourraient permettre par elles-mêmes de porter les rendements à plus de 2 tonnes à l'hectare et, combinées avec des technigues de culture intensive, d'atteindre 4 tonnes à l'hectare. Une ferme expéri- mentale a été créée à Banan en 1966 en exécution d'un projet du Fonds Spécial, mais ses travaux ont été retardés et jusqu'à présent elle n'a fai+ que des essais de riz de saison des pluies. 100. D'après le plan initial, le projet de Battambang devrait être exécuté en quatre phases. On commencerait par irriguer 23.000 hectares pendant une période de 5 ans avec un barrage de dérivation, puis dans une deuxième phase on construirait un barrage de retenue et une centrale éle>- trique. Dans une troisième phase on réaliserait le reste des travaux hydrauliques et dans la quatrième phase on surélèverait le barrage et on augmenterait la puissance installée. A l'heure actuelle, un groupe suisse est en train de terminer une nouvelle étude du marché de l'énergie (rappoit attendu en mars 1970) et d'exécuter les études détaillées pour la première phase (rapport attendu en mars 1971). On espère que la première phase, qui coûtera environ 10 millions de dollars en devises, plus quelque 7 mil- lions de dollars en monnaie locale, sera exécutée entre 1971 et 1977 et que la deuxième phase, qui comprendra le barrage principal et la centrale hydra- lique, pourra être entreprise en 1972 et terminée également en 1977. La Banque Asiatique de Développement examine la possibilité de financer la première phase. 101. L'étude de préinvestissement pour le projet de Stung Chinit a été faite par un groupe japonais, mais on ne dispose pas encore du rapport de ce groupe. Ce projet vise l'irrigation de 25.000 hectares situés à 50 km au sud-est de Kompong Thom, dans une zone qui est aussi presque entièrement cultivée en riz. Il est envisagé également de construire une centrale électrique de 5.000 kd qui fournirait de l'énergie, notamment pour le pompage. Trois zones pilotes doivent être créées en 1970 avec une aide japonaise et on espère que les études techniques détaillées seront terminei en 1972. 102. En liaison avec ces projets, le gouvernement aura la tâche impor- tante et très difficile de créer les conditions nécessaires pour tirer des nouvelles installations d'irrigation les bénéfices attendus dans le domaine de l'agriculture. En raison de la longueur de leur période de gestation, certains des projets sont devenus polyvalents par l'adjonction de la pro- duction d'énergie en vue de garantir un taux de rentabilité acceptable. 103. Dans les périmètres d'irrigation existants, l'eau a été jusqu'à présent fournie gratuitement. Dans les nouveaux périmètres, il ne pourra plus en être de même, mais les propositions qui sont faites actuellement pour résoudre le problème et qui consistent à réévaluer la valeur des terres aux fins de l'impôt foncier ne semblent pas satisfaisantes. 104. La Division des Travaux Ruraux qui recevra de la SiNGB les instal- lations et qui sera chargée de les exploiter devra être rééquipée pour s'acquitter de sa tâche en coopération avec les utilisateurs de l'eau. Da se propose à l'heure actuelle de laisser aux agriculteurs le soin de - 29 - construire les installations terminales d'irrigation, mais les problèmes 'es pose l'organisation de ces travaux ne sont pas encore résolus et l'affaire se complique dans certains périmètres comme celui de Prek Thnot par suita de la nécessité de remembrer et d'agrandir les exploitations trop fragmentéeE, 105. Il faudra mettre au point de nouveaux types de cultures, à moins qu'on puisse tout simplement faire deux récoltes de paddy, ce qui n'est pas certain dans beaucoup de zones. Il faudra faire des études détaillées de commercialisation des nouvelles récoltes. Ce sont cependant là des tâches relativement faciles, si on les compare à celles qui consisteront à choisir, à fournir et à faire utiliser par les agriculteurs toute une gamme de facteurs de production 'à l'aide des services de vulgarisation, des coopé- ratives et du crédit. Dans ce domaine général, il y aura beaucoup à faire, sinon en partant de zéro, du moins dans une optique entièrement nouvelle. D. L'industrie 106. Lors de son accession à l'indépendance, le Cambodge avait très peu de grandes industries, mais de petites entreprises familiales ou artisa- nales fabriquant des briques, des poteries, des objets en métal, des paniers et des articles en bois. Avec les rizeries traditionnelles, les autres industries alimentaires et les manufactures de cigarettes, elles comptaient pour 9% du PIB en 1955. 107. Avant 1958, les investissements totaux dans l'industrie étaient sans doute de l'ordre de 50 millions de RC par an, soit moins de 5% du PIE industriel, mais dans les 5 années qui ont suivi, avec le démarrage des entreprises industrielles publiques, ils ont à peu près sextuplé. Depuis lors, les investissements privés et les investissements publics ont été presque égaux en importance l/ mais tandis que les premiers se sont concentrés surtout dans la region de Phciom Penh et dans des entreprises assez petites, le secteur public a pris l'initiative, avec l'aide d'une assistance extérieure bilatérale, de créer de grandes entreprises indus- trielles nouvelles dans diverses parties du pays. Depuis les réformes de 1963, les entreprises publiques et d'économie mixte ont continué à progresser, tandis que les investissements privés ont commencé à décroitre, Ces dernières années, l'investissement le plus important du secteur public a été fait dans la raffinerie de Sihanoukville 2/ financée à l' aide d'un crédit accordé par la France, mais d'autres grandes entreprises publiques avaient fté financées auparavant par la République populaire de Chine (deux usines textiles, une fabrique de carton et de papier-journal, une cimenterie et une verrerie) et par la Tchécoslovaquie (une usine de pneus, une raffinerie de sucre et une chaîne de montage de tracteurs). l/ Cependant, les chiffres concernant les investissements privés se rappor- tent aux prévisions de dépenses et non pas aux débours réels. Des ren- seignemnts plus détaillés sont donnés dans la Partie II du présent rapport. 2 Dans les tableaux statistiques, la raffinerie est considérée comme une "1entreprise d'économie mixte". - 30 - Valeur ajoutée par les industries manufacturières (en millions de RC, aux prix de 1966) Crois- Crois- Crois- sance sance sance 1953 annuelle 1958 annuelle 1963 annuelle 196,' Industries alimentaires 693 3,3 815 1,8 893 11,8 1.5r2 Autres industries 713 12,0 1.260 67 1.737 73 2 Total 1.02.07 2.630 89 h.035 Pourcentage tu PIB 9,2 9,8 9,0 11,7 108. Au cours de la décennie allant de 1953 à 1963, les industries manu- facturières ont progressé exactement au même rythme que l'ensemble de l'éco- nomie; dans la dernière partie de cette période, quelques-uns des nouveaux établissements industriels ont commencé à fonctionner, mais ce n'est que depuis 1963 que les investissements antérieurs ont eu des répercussions sur la production. Les chiffres concernant cette dernière et dont nous dispo- sons pour la période 1962-1966 indiquent un taux moyen annuel de croissance de 9%, qui est le même que celui qui figure dans le tableau ci-dessus pour la valeur ajoutée au cours des 5 dernières années et qui est presque le double du taux de croissance du PIB total. Cette accélération a coincidé avec un ralentissement dans l'agriculture, dans la construction et dans les services. 109. Les industries alimentaires et celles qui produisent des matières premières comptent ensemble aujourd'hui pour 70% environ de la production industrielle, mais des progrès notables ont été réalisés dans l'industrie textile, où la production a doublé entre 1963 et 1965 et où elle continue a augmenter depuis lors. Dans les paragraphes qui suivent, nous donnons un résumé des industries manufacturières existantes et en projet. 110. Les ressources minérales connues du Cambodge sont très limitées et n'ont pas une grande valeur économique. On extrait de la pierre à chaux pour l'usine de ciment située près de Kampot. On tire de la même région du phosphate naturel qu'on emploie depuis longtemps, concurremment avec des phosphates importés, comme engrais pour la culture du riz dans les sols acides. On extrait également des pierres précieuses (par exemple des saphirs et des rubis), mais la plupart passent en contrebande en Thailande pour y être taillées. On espère, grâce à% la création d'une société commer- ciale nationale, la SONEXPIEROR, promouvoir dans le pays la taille des pierres, la production et l'exportation de bijoux. 111. Le ciment est produit, dans une usine qui a été financée par la Chine, a raison de 60.000 tonnes par an environ à l'heure actuelle, ce qui représente le tiers du total de la demande intérieure. La capacité de l'usine doit être portée à 150.000 tonnes en 1970. Une deuxième cimenterie est prévue dans le deuxième Plan et il semble qu'il existe des gisements d'argile et de pierre à chaux suffisants pour l'alimenter, mais en l'absenc1 d'une étude de marché et d'une étude de préinvestissement, on ne sait pas encore bien quelle devrait être sa taille. - 31 - 112. Dans le domaine des engrais, le phosphate naturel concassé dans le pays (et dont la teneur en phosphate n'est que de 15% à 16%) ne couvre, avec 12.000 tonnes par an, que la moitié des besoins actuels et les réserq3s connues sont limitées, de sorte que pour éviter de devoir fermer l'usine existante dans un avenir proche, le gouvernement projette de rechercher de nouveaux gisements. Une autre solution serait de prévoir le traitement à Sihanoukville de phosphorites importées. Une usine d'urée d'une capacité de 35.000 tonnes par an a été prévue dans le Plan et le gouvernement a demandé l'assistance de la France pour sa construction à Sihanoukville. Elle utiliserait les produits de distillation de la raffinerie de pétrole existante. La consonnation actuelle d'urée n'est que de 5.000 tonnes par an, mais une utilisation plus grande des engrais azotés, partiellement conjuguée avec celle du phosphate, est prévue dans les plans actuels d'accroissement de la production du riz. Une usine d'urée de la taille prévue semble à première vue non rentable mais il n'a pas encore été fait d'étude de préinvestissement. 113. La raffinerie de pétrole de Sihanoukville, financée en 1967 par l'aide française, a commencé à fonctionner au début de 1969. Elle peut traiter 600.000 tonnes de pétrole brut par an. Des produits pétroliers sont encore distribués par Shell, par Esso et par Caltex mais ces sociétés vont devoir cesser peu à peu leurs activités au profit de la TELAKHMER, une compagnie de distribution créée en 1969, qui appartient à l'Etat pour les deux tiers et qui fournit à l'heure actuelle 28% du marché. Certains produits, comme le mazout et le naphte, pour lesquels les débouchés intérieurs sont insuffisants, seront exportés. La raffinerie permet au Cambodge d'éco- nomiser 2 millions de dollars par an de devises et garantit au pays un approvisionnement qui était auparavant incertain parce qu'il devait transiter par le Viet-Nam. 114. Il y a d'autres industries chimiques qui produisent de l'oxygène, de l'acétylène, des peintures, des vernis, des colles et des savons. Une fabrique d'allumettes satisfait entièrement aux besoins du pays. Trois manufactures assez importantes fabriquent des cigarettes de bonne qualité en quantités suffisantes pour alimenter le marché intérieur et quelques exportations en contrebande vers le Viet-Nam. Ces cigarettes sont faites presque entièrement avec du tabac cultivé et traité dans le pays. L'im- portation de cigarettes est interdite. 115. Le Cambodge a beaucoup de petites rizeries, mais n'a pas de grande rizerie moderne. Cette situation est préjudiciable à la qualité du riz exporté et il existe un projet de construction d'une rizerie moderne à Sihanoukville. 35 petites sucreries produisent du sucre de palme roux; une raffinerie a été construite avec l'aide de la Tchécoslovaquie, mais elle ne convenait pas pour le traitement du sucre roux dont on disposait, de sorte qu'il a fallu construire des installations supplémentaires pour faire subir à celui-ci une transformation préliminaire et, en outre, importer du sucre brut. Il a été prévu dans le Plan une autre sucrerie pour produire du sucre de canne et elle a fait l'objet d'une étude, mais on n'a pas déterminé la zone dans laquelle il faudrait planter de la canne a sucre et d'autres problèmes n'ont pas encore été résolus. On vient de terminer dans le secteur privé, avec une participation étrangère. la - 32 - construction d'une usine de reconstitution du lait pour remplacer les importations de lait concentré qui se montent a environ 2 millions de dollars par an. D'autres industries alimentaires produisent notamment de l'huile végétale, de la confiserie, des nouilles de riz, des conserves. des condiments, etc. 116. Plusieurs projets d'usines de transformation alimentaire figurent dans le Plan, par exemple une huilerie et une fabrique d'amidon a% Siha- noukville pour l'exportation, des usines d'aliments pour le bétail et une usine de congélation des crevettes, mais ces projets n'ont pas eu de suitp. Le gouvernement a construit récemment une petite usine de conserves et de farine de poisson, qui est exploitée par la SONACOP. 117. La SKD, qui est un monopole d'Etat, produit diverses boissons et liqueurs d'une qualité remarquable et elle a commencé en 1968 à produire de la bière à Sihanoukville. 118. La SONATEX exploite dans les provinces de Kompong Cham et de Battambang deux filatures de coton, dont la production totale est de 3.000 tonnes et qui utilisent le coton produit dans le pays et des fibres syn- thétiques importées. Deux usines de tissage de la SONATEX produisent actuellement 8 "a 9 millions de mètres carrés de tissus de coton par an et des petites usines privées fabriquent aussi des tissus pour le marché intérieur. Les importations de fils et de tissus de coton ont beaucoup diminué ces dernières années et sont tombées de 9 millions de dollars en 1965 à 2 millions de dollars en 1968. Il est prévu de construire une nouvelle filature de coton longue soie et de fibres synthétiques, qui serait exploitée par une société d'économie mixte, mais cette usine n'a pas encore été construite. 119. Une usine de jute du secteur public (de la SOKJUTE) a commencé a fonctionner en 1967 et-a1très bien réussi à stimuler la culture du jute, mais en raison du prix élevé payé aux producteurs elle n'est pas compétitiv. Une autre usine est prévue. 120. La papeterie de la SONAPP à Chhlong (province de Kratié) emploie des bambous et de la paille de riz ainsi que de la pâte de bois importée pour produire environ 4.000 tonnes par an de carton et de papier-journal. Des experts français ont fait des études au sujet d'une deuxième papeterie, dont la capacité serait portée progressivement â 20.000 tonnes, mais actuellement ils suggèrent la création à Sihanoukville d'une usine beaucoup plus grande qui traiterait à la fois de la pâte de bois importée d'URSS et de la pâte produite sur place a partir du bois d'hévéa, a raison de 100.000 tonnes par an. 121. Le Cambodge est assez riche en bois et il existe environ 500 scieries dans le pays. Une usine de contreplaqué produit 4.000 mètres cubes par an, dont 1.000 sont exportés. Une deuxième usine, qui tra- vaillerait uniquement pour l'exportation, est à l'étude. Nous avons déjà dit que le rendement de l'exploitation forestière n'était pas satisfaisant. - 33 - 122. En plus des usines de traitement du latex dans le Kompong Cham, qui appartiennent aux plantations privées, d'autres établissements indus- triels produisent des articles en caoutchouc, notamment des pneus de bicy- clettes et d'autos, neufs et rechapés, des briques, des tuiles, des carrepur. de la poterie, des objets en terre cuite et en verre. La verrerie appar- tenant àa l'Etat fournit des bouteilles et du verre à vitres et trois petit, verreries privées produisent divers types d'articles en verre. Il y a ausse des ateliers privés où on fait le montage des postes radios à transistors et des bicyclettes et d'autres oÙ on fabrique en petites quantités des pompes hydrauliques et des instruments agricoles. La SON.,TRAC a installé récemment une chaîne de montage d'une capacité de 1.000 tracteurs et 800 camions par an et il existe des projets de fabrication de motocyclettes, qui sont actuellement importées à raison de 5.000 par an. 123. L'activité industrielle est fortement concentrée à Phnom Penh. Pour éviter que cette concentration dans la capitale se poursuive, le gouvernement se propose de faire de Sihanoukville un deuxième p6le de croissance industrielle. On espère que la création dans cette ville d'une zone franche aidera à atteindre ce but. On y a également défini l'empla- cement d'une zone industrielle, mais on n'a pas fait jusqu'à présent beaucoup de travaux pour l'aménager, en partie par manque d'argent, mais aussi parce qu'on ne sait pas bien quelle sera la réaction du secteur privé. Jusqu'a présent, seules des industries du secteur public se sont installées à Sihanoukville et elles ont eu des difficultés à se procurer de la main-d'oeuvre. A long terme, la réussite du projet de zone franche est conditionnée par l'existence d'avantages notables sur Hong Kong et sur Singapour, ce dont on n'a pas de preuves manifestes. La politique industrielle 124. L'agriculture a toujours eu la priorité sur l'industrie dans les conceptions économiques et politiques des autorités cambodgiennes. Celles- ci, à juste titre, n'ont pas fait de plans trop ambitieux pour des industries de remplacement des importations. Il est possible que cela résulte en partie de ce qu'il n'existe pas de graves problèmes de ch6mage et de ce qu'il reste encore beaucoup de terres à cultiver. Le gouvernement, conscient de l'étroitesse du marché intérieur et du fait qu'il faudra très longtemps pour que le pays ait une industrie d'exportation indépendante, moderne et compétitive en raison de l'insuffisance de la main-d'oeuvre et de son manque de technicité, estime avec réalisme que l'industrie est un moyen d'atteindre une croissance plus équilibrée, bien plus qu'un facteur autonome de développement. Conformément a cette conception, le deuxième Plan Quinquennal (1968-1972) vise à encourager les industries qui aident à la croissance de la production agricole, celles qui permettent de transformer les matières premières locales en produits finis et semi-finis et certaines de celles qui fabriquent des biens de consommation. Il donne également la priorité aux industries d'exportation basées sur certaines cultures industrielles qui doivent être développées dans le secteur agricole. Dans l'ensemble, cela parait raisonnable et il n'y a aucune raison d'ordre économique pour ne pas partager pleinement l'espoir qui est mis dans un développement assez rapide de ces industries. Lu cours des 15 dernières années on a réussi à créer des usines à partir de - 314 - presque rien et certaines de ces usines produisent des biens de consormetirj, de qualité acceptable en remplacement de produits importés. Sur la basE dc cette expérience, on peut envisager la création de toute une gamme d'in- dustries nouvelles, dont nous avons déjà cité quelques-unes, qui utili- seraient la production agricole actuelle et future du Cambodge, à la fois pour remplacer plus largement les importations et, dans certains cas, pour l'exportation. En outre, on pourrait envisager de développer la productier d'industries mécaniques nouvelles de taille moyenne qui fourniraient au secteur agricole des équipements tels que pompes et matériels agricoles. 125. Le Plan Quinquennal ne fait guère plus que d'énumérer les projets industriels qui, de prime abord, semblent souhaitables. Bien qu'il soit maintenant dans sa troisième année, aucune étude de préinvestissement n'a encore été faite pour l'un quelconque des projets qui y figurent. Le Plan ne donne pas non plus d'indications sur la manière dont ces projets seraient financés et c'est là un élément du problème plus grave qu'est celui du rôle de l'entreprise privée et dont nous parlerons plus loin. 126. L'industrie du pays est protégée à des degrés divers par des tarifs douaniers. Cependant, ces tarifs ne sont pas les instruments d'une politique consciente de protection de l'industrie et jusqu'à la récente dévaluation ils compensaient tout juste la surévaluation de la monnaie locale. Aussi, jusqu'à maintenant, la véritable protection est assurée seulement par l'interdiction de certaines importations, par des contin- gentements ou par la fixation par le gouvernement des prix auxquels la SONEXIM peut vendre les produits importés, tels que le ciment et les sacs de jute. Les promoteurs d'investissements nouveaux peuvent demander qu'on prenne en leur faveur des mesures de protection spécifiques. 127. Les industries nouvelles peuvent bénéficier de divers avantages fiscaux en vertu d'une loi de 1965 qui prévoit leur exemption de droits a l'importation sur les machines et les matières premières ainsi que d'impôt sur le revenu et qui leur permet d'amortir rapidement leurs dépenses d'investissement. Les industries qui peuvent prétendre au béné- fice de cette loi sont énumérées dans un décret de 1967, mais les avantages spécifiques qui sont prévus sont accordés par d'autres décrets pris dans chaque cas particulier. Une loi de 1957 contient une garantie contre la nationalisation des entreprises étrangères pendant une période de 10 à 30 ans et elle spécifie qu'il doit y avoir un minimum de participation cambodgienne au capital social des sociétés et que celles-ci doivent employer un minimum de personnel cambodgien (ces deux minimums devant être fixés dans chaque cas par le Ministère des Finances). Il est prévu qu'en cas de nationalisation "pour cause d'intérêt public" une juste compensation sera versée. Le rapatriement des capitaux et le transfert des bénéfices pourront être autorisés dans la limite de 20% du montant de l'investissement chaque année. Malgré ces dispositions, les investissements étrangers privés n'ont guère été attirés jusqu'à présent vers le Cambodge. 128. Pour définir plus clairement le rôle que le gouvernement entend donner à l'entreprise privée, une nouvelle "loi sur la répartition des activités économiques entre le secteur public et le secteur privé" a été promulguée en 1968. Elle précise les activités réservées au secteur public (par exemple la banque et les assurances, comme c'était le cas depuis 1963, mais aussi l'énergie électrique, les boissons alcooliques, les produits pharmaceutiques, les produits pétroliers et les engrais chimiques) et elle ouvre toutes les autres activités au secteur privé, en prévoyant cependant que le secteur public pourra intervenir dans une activité ouverte au secteur privé si l'intérêt général l'exige (par exemple en cas de carence du secteur privé, de prix élevés, etc.) mais qu'il opérera alors "sur un pied d'égalité" avec les entreprises privées., Le secteur privé a attaché plus d'importance à la clause de cette loi prévoyant l'"intervention" qu'à celle concernant 1'"ouverture" et il a considéré avec quelque raison que la promesse d'opérer "sur un pied d'égalité" avec lui était d'une valeur douteuse. Les problèmes 129. L'exiguïté du marché intérieur et l'absence de ressources miné- rales limitent dans une large mesure l'industrialisation. Une autre limi- tation provient du manque de techniciens et de cadres. k l'heure actuelle, les activités industrielles sont en outre entravées par les restrictions apportées à l'importation de fournitures essentielles, par les procédures tracassières d'obtention de licences, par l'obligation de passer par l'in- termédiaire de l'Etat pour toutes les transactions concernant le commerce extérieur, par le système de fixation par l'Etat des prix des matières premières et des produits industriels et par la politique rigide de crédit bancaire. Un élément plus impondérable, mais qui a des conséquences encore plus graves, est l'attitude constamment ambivalente du gouvernement *à l'égard de l'entreprise privée et la prolifération des entreprises publiques. 130. L'assistance technique et financière de la République populaire de Chine et de la Tchécoslovaquie a effectivement permis de créer un noyau d'industries publiques qui, selon toutes probabilités, n'auraient pas vu le jour si le gouvernement avait dû s'en remettre aux capitaux privés. Quelques usines ont été construites avec les ressources propres du gou- vernement. Cependant, ces entreprises publiques n'ont pas été créées en se fondant sur des études sérieuses, techniques et économiques, de préinvestissement. Les usines ont été reçues des pays donateurs clés en mains, à titre de dons, sans qu'on ait examiné avec soin le type de matériel installé (personne n'étant capable au Cambodge de le juger), les coûâts probables de production, les sources de matières premières, etc. Par suite, on a construit des usines d'une taille inférieure à la taille économiquement rentable, pourvues d'un matériel démodé et utilisant des méthodes de production qui ne sont pas toujours adaptées aux conditions locales. Cela a engendré de nombreuses difficultés, qui sont loin d'être surmontées, et notamment de longs retards pour l'obtention de pièces de rechange pour les machines ou même l'impossibilité d'en obtenir quand ces modèles de machines ne sont plus fabriqués dans le pays qui les a fournies. 131. Il est difficile de juger de la valeur de la gestion des entre- prises publiques, car on les fait fonctionner dans le cadre de prix fixés pour les éléments du coût de production et pour la vente des produits. Certaines d'entre elles ont été créées dans un but social bien plus qu'en - 36 - recherchant la rentabilité. Bien que la plupart d'entre elles annonceri des bénéfices, cela n'implique pas forcément que leur gestion soit bonne, car ces bénéfices peuvent résulter d'une marge fixée ou d'un monopole fiscal. Bien entendu, la gestion n'est pas non plus forcément mauvaise quand des pertes sont délibér-ment consenties. 132. Il y a une pénurie générale de cadres techniques, administratifs et financiers les plus importants et les directeurs sont rarement choisis pour leurs qualifications. Ce qui n'est sans doute pas sans rapport avec ce qui précède, c'est que l'autonomie des directeurs est pratiquement nulle, que les prix des produits finis peuvent être fixés, pour des raisons sociales, àa un niveau inférieur a celui de leur coût réel et que presque toutes les entreprises publiques sont obligées d'entretenir du personnel excédentaire et d'accorder àa leurs employés divers avantages sociaux. 133. Malgré le rile dominant joué par l'Etat dans plusieurs branches industrielles, l'entreprise privée a constitué un facteur d'intérêt vital pour le développement industriel réalisé jusqut' maintenant. Les investis- sements privés dans l'industrie, non ccmpris ceux qui ont été faits dans les entreprises d'économie mixtes, ont représenté environ 40% du total des investissements industriels pendant la période 1957-1968. Cependant, ils ont nettement diminué ces dernières années. 134. On est encore convaincu au Cambodge que la route qui mene a l'industrialisation passe par les entreprises publiques. Cela est dû en partie à ce que, en effet, on ne peut guère s'attendre que les gros investissements soient réalisés avec des capitaux privés. Cependant, il y a aussi de la part du gouvernement une attitude, renforcée par les questions ethniques, qui consiste a% se méfier des entreprises privées, a considérer les profits privés, s'ils sont importants, comme injustifiés, et à croire en outre que toute industrie aboutit à un pouvoir de monopole contraire au bien public, à moins que cette industrie ne soit dans le secteur public. En même temps, le gouvernement reconnaît que les entre- prises privées sont souvent beaucoup mieux gérées que celles qui sont dirigées par des fonctionnaires. Ces vues contradictoires se reflètent dans la loi de 1968 sur la répartition des activités économiques, qui énumère les activités réservées au secteur public et celles qui sont ouvertes à l'entreprise privée - mais avec la réserve que nous avons indiquée et qui est que l'Etat peut intervenir et "entrer en concurrence" avec le secteur privé si celui-ci se comporte de façon reprochable. 135. En résumé, le climat économique et le cadre politique, surtout depuis 1963, ne sont guère susceptibles d'attirer vers l'industrie des capitaux privés, nationaux ou étrangers, et il en résulte que le déve- loppement industriel a été moins grand qu'il aurait pu l'être. D'ailleurs, la loi de 1968, ainsi que quelques autres mesures ou propositions récentes de libéralisation, reconnaissent ce fait, mais sans modifier jusqu'à présent d'une façon fondamentale la situation existante. - 37 - E. Les transports Généralités 136. La population, les activités économiques et les besoins de transport du Cambodge sont concentrés dans la plaine centrale, qui s'étend sans obstacles de la frontière thailandaise au nord-ouest à la frontière vietnamienne au sud-est, le long du Tonlé Sap, du Bas Mékong et du Bassac. Les régions de plateaux et de montagnes du nord, du nord-est et du sud- ouest sont peu peuplées, la densité de la population y est de 5 habitants au kilomètre carré et les besoins de transport y sont peu importants, sauf le long des frontières dans les régions d'importance stratégique. 137. Le Cambodge est favorisé par l'existence d'un réseau étendu de voies navigables et, jusqu'a l'ouverture du port de Sihanoukville en 1960, il dépendait exclusivement des transports fluviaux sur le Mékong pour son commerce extérieur. En outre, la plaine centrale du Cambodge est desservie par un réseau assez développé de routes principales et par une voie ferrée qui relie la province de Battambang, productrice de riz, à Phnom Penh et, depuis la fin de 1969, au port de Sihanoukville. La faible superficie du pays a empêché jusqu'à présent le développement du transport aérien civil intérieur qui, à part le trafic touristique, surtout international, entre Phnom Penh et Siemréap, reste pratiquement inexistant. 138. Depuis l'indépendance, les investissements dans le secteur des transports, qui ont absorbé une proportion notable des ressources inté- rieures et extérieures du Cambodge, ont été consacrés aux réalisations suivantes: i) la création et, par la suite, l'extension du port maritime de Sihanoukville; ii) la construction d'une route à h voies (de 224 km) et d'une voie ferrée (de 262 km) entre Phnom Penh et Sihanoukville; iii) la construction de deux aéroports internationaux, à Phnom Penh et à Siemréap; et iv) la construction d'un pont sur le Tonlé Sap à Phnom Penh et d'une route (pas encore terminée) qui per- mettent de relier le réseau routier du nord et du nord-est en évitant la traversée du Tonlé Sap par un bac. 139. Par suite de ces additions récentes, il ne sera pas nécessaire de continuer à développer beaucoup le réseau des voies de communication dans l'avenir immédiat, mais il faudra par contre améliorer et entretenir l'infrastructure existante. Si cette dernière tache est moins presti- gieuse que celle qui consiste a construire des voies nouvelles, elle est au moins aussi rentable du point de vue économique et il ne faudrait pas laisser les fonds dtinvestissement (et les dépenses d'entretien) pour le - 38 - secteur des transports descendre beaucoup au-dessous de leur niveau des quatre dernières années, qu'on estime à% 500 millions ou 700 millions de DC, Les routes 140. Le réseau de routes principales du Cambodge se compose de h.200 k de routes nationales et de 1.700 km de routes provinciales. Les grandes routes partent de Phnom Penh et relient cette ville aux centres importante d'activité économique. C'est autour de la capitale que le réseau routier est le plus dense. Environ 60% des routes nationales et moins de 10% des routes provinciales sont goudronnées. Les autres sont, à peu près par moitié, des routes empierrées et des routes en terre battue. En outre, il existe quelque 13.000 km de pistes en terre, qui ont été construites par les autorités locales et par les forces armées cambodgiennes pour le trafic rural ou les transports militaires. Elles sont gsnéralement mal entretenu-- et impraticables aux véhicules automobiles, surtout pendant la saison des pluies. 11. La majeure partie du réseau de routes principales date de 30 a% 40 ans et les routes ont été construites suivant des normes qui ne correspondeht plus aux besoins du trafic actuel. Elles ont été progressivement améliorée, mais les chaussées et les bas-côtés restent étroits, les accotements ne son. pas suffisamment compactés, les profils sont trop tourmentés, et les ponts sont généralement à une seule voie et ne supportent pas des poids élevés. 142. Les recensements de la circulation auxquels il a été procédé ces dernières années sur les principales routes nationales indiquent un trafic relativement élevé, d'une moyenne journalière de 500 à 2.500 véhicules. Le nombre des passages a été à peu près le même pour les motocyclettes, pour les voitures légères et pour les véhicules lourds. C'est sur la route de Phnom Penh a Sihanoukville qu'on a constaté la plus forte circulation. Sur les routes provinciales, le trafic dépasse rarement 100 véhicules par jour, en partie a cause de leur mauvais état. 143. Depuis que la route Phnom Penh-Sihanoukville, qui a été construite avec l'aide technique et financière des Etats-Unis, est terminée, les pro- grammes de construction et d'amélioration des routes sont très réduits; au cours des trois dernières années, par exemple, les crédits budgétaires pour les grosses réparations, les rechargements et la construction de routes nouvelles ont été inférieurs a 100 millions de RC par an. Cette somme suffit à peine pour faire face aux réparations urgentes qui sont nécessaires pour maintenir le réseau routier ouvert à la circulation, surtout après les dégats causés par les inondations consécutives à la mousson, et pour construire chaque année 30 km de routes nouvelles réparties dans l'ensemble du pays. l4. Tant que les restrictions budgétaires empêcheront de faire des investissements plus importants pour l'amélioration des routes, il faudra prendre des mesures intérimaires d'entretien du réseau routier existant d: façon à réduire le coût du transport par route sur l'ensemble du réseau. Pour atteindre même cet objectif limité, il faudra du matériel d'entretien neuf et des pièces de rechange pour l'ancien, car la majeure partie du - 39 - matériel existant est vétuste ou immobilisé par manque de pièces de re- change. Sur 186 camions, moins de 25% étaient signalés en bon état en 1967; tout le matériel lourd (rouleaux, tracteurs, niveleuses, etc.) a maintenant de 9 à 15 ans d'âge et a atteint la limite de sa durée de vie économique. Les dépenses nécessaires en devises pour l'achat de matériel de remplacement et de matériel supplémentaire se montent sans doute aà l'équivalent de 2,5 a 3 millions de dollars. Les transports routiers 145. Au cours de la dernière décennie, le parc automobile du Cambodge est passé d'environ 15.300 véhicules a quelque 36.400 à la fin de 1968, soit un taux annuel de croissance de plus de 9%. Les motocyclettes et les scooters ne sont pas compris dans ces chiffres. Le parc se compose dienviron 9.700 camions et camionnettes, 1.360 autobus et 25.600 voitures particulières et taxis. Par rapport a la population, c'est relativement peu: un véhicule a quatre roues pour 200 habitants. 146. Le contr6le exercé par le gouvernement sur les transports routiers de voyageurs consiste en des inspections techniques des véhicules, la fixation de tarifs maximaux et l'octroi de permis d'exploitation de lignes par les autobus et les taxibus. En fait, les tarifs réels sont généralemen. très inférieurs aux maximums autorisés, en raison de la concurrence; le système des permis est également assez souple, pour tenir compte des besoins du trafic. Indépendamment des autobus, il y a plus de 2.000 taxibus qui desservent régulièrement certains itinéraires dans les zones urbaines ou qui ont un permis valable pour un district (srok) donné et plus de 1,000 voitures de louage qui peuvent circuler dans tout le pays. La concurrencc faite par ces véhicules peut expliquer la faiblesse du taux de croissanc3 du nombre des autobus, qui a été d'environ 2,8% par an pendant les années 1960. 147. Les mêmes mesures de contrIle s'appliquent aux transports routiers de marchandises, sauf qu'il n'y a pas de permis d'itinéraires. Cependant, sur la ligne la plus importante, Phnom Penh-Sihanoukville, deux sociétés regroupant d'anciens agents des douanes se partagent le monopole du trafic d'import-export pour le compte de la SONEXI. On ne sait pas encore bien comment cette situation évoluera en fonction de l'ouverture de la nouvelle ligne de chemin de fer et de la dissolution éventuelle de la SC&ENI. Les chemins de fer 1)8. Une entreprise publique autonome, la Compagnie Royale des Chemins Ce Fer Cambodgiens, exploite deux lignes à voie métrique unique: la vieille ligne qui relie Phnom Penh a Battambang et à la frontière thailandaise (385 km) construite avant 1940 et la nouvelle ligne de Phnom Penh à Siha- noukville (262 km) en construction depuis 1960 et ouverte au trafic sur toute sa longueur à la fin de 1969. La vieille ligne se raccorde aux chemins de fer thallandais; elle faisait partie de l'ancien réseau de l'Indochine et devait être prolongée jusqu'a Saigon pour assurer le trafic international. Cependant, son rôle principal était, et est encore, de relier Phnom Penh à la province de Battambang. La nouvelle ligne, en maettant Phnom Penh en coimunication avec le port de Sihanoukville et av'x la raffinerie de pétrole proche de ce port, double la route pour le tr2f½e d'import-export et pour le trafic pétrolier. Elle dessert également les deux chefs-lieux de province de Takéo et de Kampot. 149. Pendant la période 1951-1968, les fluctuations du trafic marchar- dises ont été extraordinaires et ce trafic a oscillé entre un minimum de 135.000 tonnes et un maximum de 388.000 tonnes, sans aucune tendance app3- rente à l'accroissement. Cela provient du fait qu'il dépend pour plus des deux tiers de la production agricole. Le transport des autres produits ert en diminution. Une conséquence directe de ce fait est le déséquilibre du trafic entre les deux sens: de 1960 à 1967, près de 90% en moyenne du tote L des marchandises transportées l'étaient dans le sens Battambang-Phnom Pena. En outre, la demande de transport de produits agricoles est saisonnière; elle se produit de mars à juin, ce qui a également des effets défavorabl1e.1 sur l'exploitation et sur les finances du chemin de fer. 150. Contrairement au trafic marchandises, le trafic voyageurs s'est accru d'une façon continue pendant la période 1951-1968. Il est passé de 675.000 voyageurs en 1951 à 2,h millions en 1968, soit un taux annuel de croissance de 7,8%. Le nombre de kilomètres par voyageur s'est accru un peu plus vite, passant en moyenne de 67 à 72 km. 151. Comme le trafic marchandises est traditionnellement la principale source de revenus des chemins de fer, les résultats financiers ne peuvent que refléter les fluctuations de la production agricole. Alors que pendant l'année 1965, où il y a eu une récolte record, les recettes brutes de fre5 (70,6 millions de RC) ont été presque le double des recettes voyageurs, l'année suivante elles ont été de près de 20% inférieures. 152. Contrairement aux recettes brutes d'exploitation, qui peuvent varier d'une année à l'autre dans des proportions allant jusqu'à 35%, le' dépenses d'exploitation s'accroissent d'une façon plus régulière et plus prévisible. Au cours de la période 1953-1968, sauf dans trois années de mauvaises récoltes, les recettes brutes d'exploitation ont été supérieures aux dépenses courantes et, sauf dans cinq années, les chemins de fer ont accusé un bénéfice net d'exploitation après déduction des provisions pour amortissement. Cependant, si on y regarde de près, les provisions annuelles pour amortissement ont été fixées a un niveau si bas et si peu réaliste que les résultats comptables sont sans valeur et que la compagnie de chemins de fer est incapable de remplacer son matériel usé avec ses propres fonds de réserve. Il semble indispensable de réévaluer l'actif des chemins de fer pour déterminer un montant réaliste des provisions pour amortissement; cependant, on ne pourra pas rattraper facilement le temps qui a été perdu pour la constitution de réserves suffisantes et la concurrence de la rout3 empêchera le chemin de fer d'augmenter sensiblement ses tarifs et ses recettes. 153. La compagnie de chemins de fer est dans une situation financièr.- peu brillante. Ses dettes à long terme s'élevaient à% la fin de 1968 à% 1,6 milliard de RC, soit plus de quatre fois et demie son capital propre. Cette situation résulte de ce que les fonds nécessaires à la constructio!. de la ligne nouvelle (au total 1,9 milliard de RC environ), dont le montrnt dépassait manifestement les possibilités financières propres de la compagnie, lui ont été prêtés par le gouvernement au lieu de lui être donnés à titre de dotation en capital. La compagnie a attiré l'attention du gouvernement sur le fait qu'il lui était impossible de verser les intérêts du prêt pendant la construction de la ligne et de s'acquitter entièrement du principal et des intérêts par la suite; elle a demandé instamment que le prêt soit converti en une participation de l'Etat a son capital et que le gouvernement prenne a sa charge les obligations financières résultant du prêt. L'affaire n'est pas définitivement réglée, mais le gouvernement a accordé a la compagnie un moratoire de fait pour les paiements. 15h. Comme il n'y a guère de chances qu'on puisse modifier les carac- téristiques et l'exploitation du trafic sur la vieille ligne, une amélio- ration matérielle des gains de la compagnie ne peut provenir que de la nouvelle ligne. Sur celle-ci, on espère que le trafic sera mieux équilibié entre les deux sens, qu'il y aura moins de variations saisonnières et de voyages a vide, qu'on pourra avoir des trains plus lourds et que la tractior sera moins coûteuse. Il est cependant douteux que la nouvelle ligne soit rentable financièrement à long terme; cela dépendra de la concurrence des transports routiers et du niveau des tarifs face à cette concurrence. Il est encore plus douteux qu'elle soit rentable du point de vue économique si la compagnie est tenue d'obtenir un rendement du capital investi supérieur au taux d'intérêt financier de 3% par an. 155. Maintenant que la nouvelle ligne est terminée, la compagnie de chemins de fer reporte son attention sur les besoins d'investissements sur la vieille ligne. Il devient en particulier très urgent de renforcer son infrastructure et ses ponts pour permettre au nouveau matériel roulant de circuler d'un bout à l'autre sur les deux lignes. Par la suite, le prob]rno se posera du renouvellement de la voie et du matériel roulant de la vieil]3 ligne. Cependant, il n'existe pas de plan d'investissement ni d'estimation des coûts de ces projets et l'absence de fonds de réserve constitue un obstacle majeur. En attendant, la compagnie de chemins de fer demande a l'ONU et au Gouvernement français une assistance technique pour améliorer son exploitation. Les ports 156. Jusqu'en 1960, le Cambodge n'avait pas de port maritime pour son commerce extérieur, qui se faisait exclusivement par le port fluvial de Phnom Penh. La décision de construire un port de mer en eau profonde s'-st avérée justifiée, car la navigation sur le Mékong a été sérieusement perturbée par suite de la guerre du Viet-Nam. Depuis novembre 1966, les navires qui passent par le Viet-Nam sont obligés d'attendre pour faire partie de convois hebdomadaires et ils peuvent subir ainsi des retards importants. 157. Depuis 1960, le trafic des ports de Phnom Penh et de Sihanoukvil.e a été le suivant: - 42 - ------------- (en tonnes) ------------- Phnom Penh Sihanoukville Total 1960 8h2.00O 34.700 876.700 1961 741.000 95.500 836.500 1962 898,oo 166.300 lo64.3o 1963 962.500 369.600 1.331.600 196 707.800 71h.800 1422.600 1965 595.400 75h.600 1.350-000 1966 517.100 548.500 l.065.600 1967 535.200 545.200 1.080.400 1968 453.100 747.800 1.200.900 1969 (9 mois) 227.700 358.300 586.00 La part de Phnom Penh dans le trafic total a diminué fortement au profit Sihanoukville; néanmoins, il ne faut pas sous-estimer l'importance de ï.no. Penh, car sa proximité des principaux centres de production et de consom- mation du Cambodge lui donne un avantage décisif sur Sihanoukville pour le,; expéditions à destination ou en provenance des ports d'Extrême-Orient. Si Phnom Penh a définitivement perdu le trafic pétrolier qui va depuis 1969 à la nouvelle raffinerie de Sihanoukville, les expéditions en prove- nance ou à destination du Nord Viet-Nam et de la Chine continentale devraient transiter a nouveau par Phnom Penh après la fin des hostilités au Viet-Nam et il est possible que ce port reprenne a celui de Sihanouk- ville une part importante du trafic total quand les conditions de la navigation sur le Mékong s'amélioreront. 158. Les Japonais se sont intéressés au développement du port de Phnom Penh et au transfert de son emplacement actuel sur le Tonlé Sap à un nouvel emplacement sur le Mékong (à faible distance du premier) en parti- cipant à une étude technique et économique préliminaire. L'exécution du projet, qui faisait partie également d'un plan d'urbanisation et qui aurait permis à des navires ayant un plus fort tirant d'eau d'accéder à* Phnom Penh, a été ajournée sine die pour des raisons politiques et financières. Son coât est estime-à 240 millions de RC au taux de change en vigueur après la dévaluation. En raison de la forte diminution du trafic dans les années 1960, il n'y a pas de problème urgent d'embou- teillage du port; à l'avenir, il faudra étudier conjointement le déve- loppement des deux ports de Phnom Penh et de Sihanoukville. 159. Le port de Sihanoukville a été équipé d'abord d'un mÔle de 285 mètres de long comportant deux postes à quai de chaque côté. Comme l'im- portance du trafic a rapidement dépassé les prévisions, on a ajouté deux nouveaux postes à quai d'une longueur totale de 350 mètres, ainsi qu'un bassin d'évitement de 500 mètres de diamètre et deux entrepôts. Par suite d'un désaccord entre les autorités du port et un fournisseur français au sujet de la puissance d'une drague livrée en 1967, l'envasement du port a réduit la profondeur de l'eau dans le bassin d'évitement, qui est passée de 10 mètres à 6,5 mètres, de sorte que les nouveaux postes à quai ne peuvent pas être pleinement utilisés. A condition que le bassin soit dragué et que les routes d'accès reçoivent leur revêtement, la capacité du port devrait être suffisante pour un volume de trafic annuel de l'ordre d'un million de tonnes si l'exploitation est relativement efficace. Il e'- résulte que de nouvelles extensionb importantes du port devraient être précédées d'une étude approfondie du trafic et fondées sur des indications certaines que le projet de zone industrielle sera exécuté. Les transports fluviaux 160. Dans le passé, les voies navigables ont occupé une place primor- diale dans le réseau de communications du Cambodge. Si elles ont été supplantées par les routes et par les voies ferrées, elles "ont conservé une importance non négligeable. Dans certaines régions, particulièrement sur la rive gauche du Mékong et du Tonlé Sap, les moyens de transports fluviaux restent les seuls utilisables pour communiquer avec le reste du pays. Cependant, comme c'est souvent le cas ailleurs, il est difficile d'obtenir des statistiques sures du trafic fluvial au Cambodge, ce qui empêche de comparer les divers modes de transport; néanmoins, la longueur et la profondeur des voies navigables et le nombre des bateaux immatriculé3 attestent de l'importance que les transports fluviaux conservent dans le paý:, 161. Quelque 660 km de voies fluviales (soit une longueur équivalente a celle du réseau ferré) sont navigables toute l'année et 930 autres kilo- mètres sont accessibles aux péniches automoteurs pendant la saison des hautes eaux. Les principales voies navigables sont le Mékong (jusqu'à Kratié), le Tonlé Sap et le Bassac. Les navires de haute mer peuvent remonter le Mékong sur quelque 200 km à partir de la frontière du Viet- Nam, jusqu'à Kompong Cham; en saison sèche, seuls les bateaux dont le tirant d'eau n'est pas supérieur à 4 ou 5 mètres peuvent le faire. En amont et jusqu'à Kratié, le tirant d'eau maximal autorisé n'est plus que de 1,5 mètre, ce qui ne permet que le passage de petits bateaux. Entre ihnom Penh et Kompong Chhnang, la rivière Tonlé. Sap (90 km) est accessible aux automoteurs de 50 tonnes, tandis que le Grand Lac reçoit surtout des péniches plus petites (de 5 à 25 tonnes) et des bateaux de pêche. Le Bassac (90 km) a perdu son importance d'autrefois a cause de l'irrégula- rité de son lit et de ses chenaux et de la concurrence de la route. Il est surtout utilisé maintenant par des jonques et des péniches transportanù des matériaux de construction et du bois. Les autres rivières navigables toute l'année se trouvent pour la plupart dans les provinces côtières. 162. Il existe 824 automoteurs immatriculés, dont les trois quarts transportent uniquement des marchandises. Leur capacité moyenne (68 voyageurs ou 8,6 tonnes) est relativement faible. En réalité, une bonne partie des automoteurs à marchandises sont utilisés pour le remorquage des jonques et des péniches, dont 2.400 sont immatriculées et qui ont une .sp 2ité de transport supérieure à 16 tonnes. Le nombre des bateaux est resté le même depuis plusieurs années, mais la proportion des petits bateaux a augmenté. Au cours des dix dernières années, les machines à vapeur et les moteurs à essence ont cédé la place dans une large mesure aux moteurs diesel. 163. Pour les lignes desservies par les bateaux de passagers, il existe un système de permis analogue à celui qui est en vigueur pour les lignes d'autobus. Quelque 60 bateaux de lignes régulières touchent tous les jours le port de Phnom Penh, où il y a eu environ 700.000 mouvements de voyageurs en 1968. Les services réguliers vont jusqu'à Kompong Chhaiin (100 km parcourus en 8 heures environ) et jusqu'à Kratié (212 km en une quinzaine d'heures). En se basant sur la capacité totale des bateaux immatriculés, qui est de 15.000 passagers, et en estimant leur parcours moyen journalier à pleine charge à 15 ou 25 km, le trafic annuel serait de l'ordre de 80 à 1Uo millions de passagers-kilomètres contre 173 millions de vcyageurs-kilomètres sur les chemins de fer en 1968. De même, si on en juge d'après la capacité des automoteurs à marchandises, des jonques et des péniches immatriculées (environ 120.000 tonnes) le trafic marchandises sur les voies navigables est sans doute important, bien qu'il soit difficile de l'estimer, faute de renseignements sur l'utilisation des bateaux. Cependant, comme les appontements dans les ports fluviaux sont généralement rudimentaires et de faible rende:,lent, est peu probable que cette utilisation soit intensive. Les marchandises transportées par eau sont notamment le riz et les autres produits agri- coles, les matériaux de construction, le bois, le charbon de bois, les poteries, le poisson et le bétail. Les taux de fret sont généralement inférieurs au maximum autorisé de 1,0 RC la tonne kilomètre. 164. A part un crédit budgétaire d'environ h millions de RC par an pour des travaux d'entretien sur le Bas Mékong, il n'y a pas eu ces dernières années de fonds publics affectés à l'entretien et au développe- ment des voies fluviales. Les appontements appartiennent généralement à des particuliers. Etant donné l'importance des transports fluviaux, il serait probablement justifié que le gouvernement fasse davantage d'efforts pour améliorer les conditions de la navigation et la première chose a faire serait de procéder à une étude de ces transports. L'aviation civile 165. Bien que le Cambodge puisse se vanter d'avoir 26 terrains d'aviation, le transport aérien civil est concentré presque exclusive- ment sur les deux grands aéroports de Phnom Penh (Pochentong) et de Siemréap. A l'heure actuelle, il n'existe pas de services réguliers veri les autres aérodromes, qui ne sont utilisés que pour les besoins admi- nistratifs et militaires et pour des besoins privés. Les distances entre les villes principales sont trop faibles et la clientèle éventuelle de lignes aériennes est trop restreinte pour que le transport aérien inté- rieur puisse concurrencer les transports routiers et ferroviaires. En fait, la majeure partie du trafic aérien actuel est international et les touristes sont en majorité sur la seule ligne intérieure régulière qui relie Phnom Penh à Siemréap. 166. Le nombre des mouvements de voyageurs sur les aéroports de Phnom Penh et de Siemréap s'accroft rapidement. Pendant la période 1958-1968, le nombre des mouvements d'avions à Pochentong a progressé au rythme de 6%par an et celui des voyageurs de 15,5% par an, passant de 30.000à 127.000. A Siemréap, le nombre des voyageurs est passé de 28.200 en 1966 à 47.700 en 1968, soit un accroissement de 70% en deux ans. Jusqu'à l'ouverture de l'aéroport de Siemréap aux avions du type Boeing 707 en novembre 1969, Pochentong était le seul aéroport d'entrée du trafic international. Etant donné que 5o% environ des voyageurs continuaient par avion sur Siemréap, il est probable qu'à partir de maintenant l'importance de l'aéroport de cette dernière ville augmentera par rapport à Pochentong, car une paýrtie du trafic touristique sera dirigée directement sur Siemréap-Angkor, ou se trouve l'attraction touris- tique sans égale du Cambodge. Le trafic marchandises reste négligeable, moins de 1.000 tonnes en 1968. 167. En plus des dépenses déjà importantes qui ont été faites ces cinq dernières années (256 millioni de FC), surtout pour agrandir l'aéro- port de Siemréap, il faut en faire d'autres très lourdes pour satisfaire au trafic voyageurs, qui est en expansion rapide. De nouveaux investis- sements (environ 300 millions de RC) sont nécessaires sur les deux aéroports pour améliorer les normes, actuellement insuffisantes, de sécurité (matériels de contrôle de la navigation aérienne, de télécom- munications et de lutte contre l'incendie) et pour accroître la capacité trop faible des aérogares. En outre, il est prévu à Pochentong d'achever l'aire de stationnement des avions et d'élargir la piste d'envol. Au moment o'u la mission était au Cambodge, une commission gouvernementale étudiait les besoins et les priorités pour l'extension des deux aéroports, en prévoyant aussi l'éventualité d'un trafic par avions "Jumbo" en 1972- 1973. Il semble que cette extension devrait se faire en liaison avec l'accroissement de la capacité hôteliere, de façon à coordonner le développement des aéroports et celui des hôtels. En outre, il faudrait déterminer si la création d'installations pour les avions "Jumbo" serait économiquement justifiée, à quel moment elle le serait et pour lequel des deux aéroports, en tenant compte du manque à gagner qui résulterait pour le Camibodge en ce qui concerne le trafic touristique du fait que ces installations ne seraient pas créées. 168. La compagnie aérienne nationale, Royal Air Cambodge (R.A.C.) a été créée en 1956 avec une participation cambodgienne de 60%et une participation française de 40%. Elle a commencé son exploitation avec des avions affrétés. A l'heure actuelle, elle possède et exploite trois avions (l Caravelle, 1 DC 6 et 1 DC 4) sur la ligne Phnom Penh-Sieuréap et sur quelques lignes internationales aboutissant notamment a Hong Kong, à Singapour, à Bali et à Canton. Le trafic s'est accru rapidement et est passé de 27.300 passagers en 1964 à 70.600 en 1968, soit un taux de croissance annuel de 27% en moyenne. Pendant la période 1965-1968 et sauf en 1966, l'exploitation de la R.A.C. a été déficitaire, ce qui a diminué considérablement ses liquidités. On espère que la situation s'améliorera avec la suppression des disparités de taux de change et la R.A.C. projette d'acquérir une deuxième Caravelle en 1970 ou en 1971. (Jusqu'a la dévaluation de 1969, les recettes en devises devaient être converties au taux de 35 R.C pour 1 dollar, alors que lavion, acheté en France, devait être amorti au taux de 10 RC pour 1 franc français). F. L'énergie électriaue 169. L'énergie est produite et distribuée dans la plupart des régions par l'Electricité du Cambodge (E.D.C.), une entreprise d'économie mixte dans laquelle la participation de llEtat est de 85% et qui est placée sous la tutelle du Ministère des Travaux Publics. Une petite société privée!/ approvisionne Battambang. La consormmation de l'énergie prove- nant de ces deux compagnies a été d'environ 83 millions de kWh en 1969, ce qui est peu pour un pays de la taille du Cambodge. La lumière et les usages ménagers comptent pour 20% du total et l'industrie pour 18% seule- ment. Il est vrai que beaucoup d'industries ont leurs pro res groupes électrogènes, aussi bien à Phnom Penh (qui compte pour 75 dans la con- sommation totale d'électricité) que dans le reste du pays, à cause des sautes de courant, des pannes et des tarifs élevés de l'E.D.C. On dit que les groupes diesel sont un tiers moins coûteux que l'E.D.C. 170. La consommation d'électricité s'est accrue au rythme de 13% par an de 1958 à 1963, mais depuis lors elle n'augmente pas de plus de 5% par an. A l'heure actuelle, la capacité de production d'énergie est partout suffisante, sauf à Sihanoukville où il faudra bientôt l'accroÎtre. Le barrage hydro-électrique de Kérirom, qui a été construit avec l'assistance de la Yougoslavie, a été le premier ouvrage de ce genre; il a été mis en service en 1968, sa centrale a une puissance de 10 MI et elle est reliée par une ligne de 110 kv a Phnom Penh. Cette ville a deux réseaux de distribution, chacun d'eux alimenté par une usine thermique d'un type différent (et ayant des phases différentes). La puissance disponible à Phnom Penh est de 50,5 MW mais la charge de pointe en 1968 n'a pas dépassé 20 W. 171. Siemréap a maintenant des centrales diesel d'une puissance de 2,5 MW, ce qui est suffisant pour faire face à l'expansion hôtelière pendant plusieurs années a venir. La puissance de Battambang, 1,8 MW, n'est pas encore non plus pleinement utilisée, mais la centrale de 1 MIW qui existe à Sihanoukville est insuffisante. La puissance totale des groupes électrogènes privés, nombreux et dispersés, est d'environ 20 MW, dont 12 à Phnom Penh. 172. Les principales faiblesses actuelles dans le domaine de l'éner- gie sont une structure tarifaire inadéquate et un réseau de distribution tout à fait périmé et inefficace à Phnom Penh, ce qui empêche d'utiliser à plein la capacité de production existante. Une étude des tarifs a été faite dans le cadre du Programme pour le Dêveloppement des Nations Unies et les recommandations qui en découlent sont actuellement examinées par le gouvernement. Des projets ont été préparés pour un réseau à haute tension et pour un nouveau résean de distribution à Phnom Pe,nh, ils paraissent réalisables et il faudrait en pousser activement l'exécution. 173. Les développements futurs pour Sihanoukville, ainsi que les besoins généraux et les projets à long terme sont traités dans le volume II du présent rapport. La Société franco-khmère d'électricité. - 47 - G. Les télécommunications 17h. Les services publics intérieurs et internationaux sont du ressort de la Direction des Postes et Télécommunications, qui dépend du Ministère de3 Travaux Publics. Il y a des centraux téléphoniques automa- tiques locaux à Phnom Penh (h.000 lignes) et plusieurs petits centraux. Les liaisons interurbaines se font par courant porteur sur des lignes aériennes. Les liaisons internationales sont réalisées par radio en haute fréquence et comprennent 6 lignes téléphoniques et quelques liai- sons telex avec les pays voisins. 175. La radiodiffusion et la télévision sont placées sous la direc- tion du Ministère de l'Information. A l'heure actuelle, il n'y a de postes émetteurs que dans la capitale. 176. Les plans d'expansion prévoient notamment un réseau à très haute Créquence pour relier la capitale aux villes principales. Ce réseau sera destiné principalement aux services publics de télécommuni- cations, mais on profitera de l'occasion pour inclure dans le système des lignes pour relais de radiodiffusion et de télévision. Le coût sera de 3,5 millions de dollars, dont 5 millions à la charge des services publics. Il est prévu éïalement d'augÊmienter le nombre des circuits internationaux et de créer un central télex à Phnom Penh, pour un coût de 2,5 millions de dollars. Enfin, il est prévu d'installer à Phnom Penh plusieurs bureïux de poste nouveaux qui coûteront 1 million de dollars au total. H. Le tourisme 177. Deux facteurs se combinent pour assurer de très belles perspec- tives d'avenir au secteur du tourisme aa Cambodge. Ce sont la présence, dans la province de Siemréap, des anciens terples khmers d'Angkor et la situation du pays au centre du circuit touristique de l'Asie du Sud-est. Jusqu'à une date récente, l'exploitation de ce potentiel était entravée, en partie par une attitude réservée du gouvernement vis-à-vis des touristes étrangers mais surtout par les difficultés d'accès à la princi- pale attraction touristique: Angkor. Ces deux entraves ont maintenant disparuý le gouvernement, ayant pris conscience des gains en devises que pouvait lui procurer le tourisme, encourage vivement les investissements étrangers dans l'hôtellerie et l'aéroport de Siemréap, proche des temples, a été ouvert au trafic international per avions à réaction à la fin de 1969. Il semble que le développement du tourisme soit maintenant assuré & Siemréap mais il est difficile de prévoir à l'heure actuelle dans quelle mesure ce développement stétendra à Phnom Penh et à d'autres parties du pays. 178. Jusqu'au milieu des années 1960, le Cambodge n'a pas bénéficié du développement du trafic voyageurs en Asie du Sud-est et entre 1965 et 1969, le nombre des arrivées de visiteurs étrangers s'est accru moins vite que dans les pays voisins. Cependant, on estime que ce nombre est Passé de 23.000 en 196h à h5.oo en 1969, ce qui représente un taux annue. de croissance de 19%. Cette augmentation a eu lieu au plus fort de la guerre du Viet-Nam et àa une époque ou l'accès aux temples était diffici.e, ce qui montre bien le potentiel énorme du tourisme au Cambodge. On estirie. que parmi les visiteurs étrangers de ces dernières années, 70% a 80% étaient en voyage d'agrément et que plus de la moitié participaient à des voyages organisés. La durée moyenne du séjour de tous les visiteurs étrangers au Cambodge est d'environ 3 ou 3,5 nuitées, mais les touristes qui vont "a Siemréap restent moins longtemps, 2 à 2,5 nuitées. En 1968, on a compté au total entre 110.000 et l2h,000 nuitées de visiteurs étrangers et, comme les années précédentes, elles ont été réparties assez unifor- mément sur toute l'année. 179. On prévoit que d'ici à 1975, le nombre des nuitées de visiteurs étrangers augmentera surtout à Siemréap et, d'après l'évaluation faite par la mission de la demande potentielle, ce nombre sera de l'ordre de 300.000 à 320.000 en 1972 et de 490.000 'à 660.000 en 1975 (y compris les nuitées d- visiteurs à Phnom Penh, dont on estime que le nombre doit aussi s'accroîtrc) 180. Alors qu'à Siemréap les disponibilités en chambres d'hôtel semblent avoir augmenté jusqu'à présent a peu près au même rythme que la demande et conditionneront probablement dans l'avenir l'accroissement du nombre des nuitées de touristes, a Phnom Penh il y a un excédent de chambrcb de catégorie moyenne et un déficit de chambres de première catégorie. L'excédent en catégorie moyenne s'aggravera probablement quand l'hôtel de première catégorie, actuellement en construction, ouvrira ses portes et absorbera une partie de la clientèle actuelle des hôtels de catégorie moyenne. C'est pourquoi la mission recommande qu'on examine avec soin les projets d'hôtels pour Phnom Penh en tenant compte de la demande future. Il est difficile de prévoir la capacité h8telière future de Siemréap, mais la mission croit qu'en 1975 la plupart des obstacles qui ont été mis jusqu'à présent aux investissements hôteliers auront disparu et que les disponibilités en chambres d'hôtel ne constitueront pas un facteur limitant la croissance du trafic touristique. 181. Nous estimons qu'il se pose dans le secteur du tourisme un pro- blème important. celui de protéger et de préserver la grande attraction de Siemréap, c'est-a-dire les temples. Il est a craindre qu'en cons- truisant sans contrôle des hôtels et des installations connexes on détruise le cadre forestier et que peut-être le bruit des avions à réaction endommago les monuments eux-mêmes. Il faut d'urgence délimiter des zones de déve- loppement et des zones protégées et fixer des normes de construction. Il faut que l'infrastructure se développe suivant un plan et d'une façon coordonnée (a% l'heure actuelle, les hôtels pourvoient a leurs besoins d'électricité et d'eau sans tenir compte des plans des services publics a ce sujet). A cette fin, la mission recommande qu'une étude soit faite pour l'établissement d'un plan directeur touristique en vue du dévelop- pement de Siemréap. Une demande d'assistance du PNUD pour cette étude a été préparée par le gouvernement. 182. En ce qui concerne les incidences dans le domaine économique du développement du tourisme à l'avenir., celles qui sont les plus importan-a. - 49 - et qu'on peut calculer dès maintenant concernent les recettes brutes et lez gains nets en devises qui en résulteront. On estime qu'en 1969 les recettei brutes en devises provenant du tourisme se sont élevées au total à environ 3 millions de dollars et, si on tient compte des frais d'installation et des dépenses courantes en devises, il est probable que les gains nets se sont montés à peu près à 2,3 millions de dollars. En prenant comme base le nombre prévu de nuitées de touristes en 1975, on peut calculer que las recettes brutes pourraient atteindre cette année-là 12 millions à 16 mil- lions de dollars, ce qui représenterait une augmentation des recettes brutes en devises de 9 millions à 12 millions. En ce qui concerne l'emploi, le nombre des personnes directement intéressées (celles qui travaillent dans les hôtels, dans les agences de voyage, etc.) pourrait plus que doubler et passer de 1.500 à plus de 3,000 de 1969 à 1975. En outre, le nombre de celles qui sont indirectement intéressées par le tourisme et qui sont employées dans l'agriculture, dans l'artisanat, dans la construction, etc. devrait aussi augmenter considérablement. 183. Les intérêts de l'Etat dans le secteur du tourisme sont très importants, car celui-ci possède plusieurs hôtels et il est majoritaire dans la plus grande agence de voyages (et aussi dans la Royal Air Cambodge), Cependant, si le Plan Quinquennal en cours d'exécution donne la priorité au secteur touristique tout en ne lui attribuant que des crédits budgé- taires relativement faibles, c'est que le gouvernement espère que l'entre- prise privée prendra à sa charge une part beaucoup plus importante des investissements futurs dans ce secteur. Pour atteindre ce but, il accorde maintenant aux investissements h8teliers privés des exonérations d'impôts et une franchise de droits de douane sur les matériaux de cons- truction. Il faut aussi que l'Etat ait un organisme central de planifi- cation et de coordination. Théoriquement, c' est le Ministère du Tourisme qui devrait jouer ce r8le, mais il manque de dynamisme et, sans parler de la nécessité vitale d'avoir un meilleur service de statistique et de recherche, il semble ignorer les dangers que comporte le développement actuel de Siemréap. Si on veut que le tourisme se développe rapidement au Cambodge d'une façon telle que sa principale attraction ne soit pas gravement compromise, il faut que le Ministère du Tourisme, au moyen d'études du genre de celle que nous avons suggérée plus haut pour Siemréap, prenne conscience des problèmes qui se posent et prenne des mesures pour que l'industrie hôtelière se développe en fonction d'un plan coordonné et non pas au petit bonheur comme il semble que ce soit le cas actuellement. I. L'enseignement 184. Le gouvernement a donné depuis l'indépendance une importance considérable a l'instruction générale, car il avait été fait peu de choses dans ce domaine du temps du protectorat. En 1955, il n'y avait qu'environ 230.000 garçons et 58.000 filles qui fréquentaient les écoles primaires publiques et que 25.000 autres enfants qui étaient dans des écoles privées. Cela représentait un taux de scolarisation d'a peu près 37%. En outre, dans beaucoup de régions rurales, les seuls établissements scolaires étaier' les écoles de pagodes. Leur enseignement était surtout religieux et ne visait pas à donner de connaissances pratiques. - 50 - 185. Ce qui a été feit dans les 15 années qui ont suivi l'indépen- dance est très spectaculaire. En 1968, 920.000 enfants au total dont 382.000 filles fréquentaient les écoles primaires et le taux de scolari- sation était passé à 76,. Cette expansion rapide, qu'il a fallu réaliser surtout dans les zones rurales, a exigé un effort considérable de for- mation des maitres pour que le nombre des enseignants dans les écoles primaires puisse être actuellement de 23.000 environ contre 6.900 en 1954. Plus de 2.000 écoles nouvelles ont été construites, en partie grâce à des contributions volontaires de la population locale. 186. Les progrès réalisés dans l'enseignement secondaire sont encore plus remarquables; le nombre des élèves y est passé d'environ 5.300 en 1954 à 118.000 en 1968 et le nombre des professeurs de 150 à 5.000. 187. Il est difficile de juger de la qualité des enseignements primaire et secondaire, mais des observateurs bien informés disent qu'elle est en baisse, ce qui était presque inévitable étant donné la rapidité de l'expansion numérique. Il semble qu'il soit difficile à l'heure actuelle de faire face aux besoins en maîtres; par exemple, alors que les besoins totaux étaient en 1969 de 3.500 enseignants supplé- mentaires, on n'a pu en avoir que 700; il semble cependant que cela puisse être en partie à cause des restrictions budgétaires. 188. L'enseignement supérieur a connu aussi une expansion rapide. Le nombre des étudiants est pissé de 1.700 environ en 1960 à quelque 7.000 en 1968, dont 1.460 à l'Unirersité technique, créée en 196h et qui bénéficie d'une assistance technique et financière de l'U.R.S.S. A l'heure actuelle, il y a 9 universités, dont l'Université agricole, et 34 facultés. Dans un pays ayant la structure économique du Cambodge, il est décevant de constater qu'il n'y avait que 130 étudiants en agriculture en 1968. 189. D'une façon générale, le système d'enseignement a été établi sans guère tenir compte des besoins de l'économie. On n'a pas encare commencé au Cambodge à planifier l'utilisation du potentiel humain. Il n'y a rien à dire contre la poursuite d'une expansion rapide de l'ensei- gnement primaire et de l'enseignement secondaire, si ce n'est qulon a atteint un stade o' il serait plus profitable de les renforcer et d'améliorer leur qualité. Il y a une grave pénurie de matériel scolaire. Le programme des écoles primaires rurales est trop calqué sur le modèle français et il ne présente guère d'utilité pratique pour le futur agri- culteur cambodgien. Il y a aussi une question de coût. En 1954, on consacrait à l'enseignement environ 12% des ressources du budget national. Cette proportion atteint maintenant 24%. Les dépenses d'enseignement se sont accrues si rapidement qu'il a fallu diminuer celles des services d'administration générale et des services économiques. Comme nous le verrons plus loin, il ne sera pas possible de continuer longtemps encore dans cette voie. 190. Il faut procéder à une réévaluation de ce qui a été réalisé et notamment à une révision des programmes des écoles primaires et des établissements secondaires et étudier les moyens à employer pour promou- voir l'enseignement professionnel, à la fois dans des écoles spécialisées et, dans une certaine mesure, dans le cadre de l'enseIgnement général, sur-out dans les zones rurales du Cambodge. Le système actuel tend à fournir beaucoup trop de candidats aux emplois de bureau et il existe encore un préjugé très répandu qui est que le but de l'enseignement est d'assurer a ceux qui sortent des écoles une promotion sociale, constituée généralement par l'accession à la fonction publique. J. Les banques et le crédit Les institutions financières 191. Le secteur bancaire comprend une banque centrale (la Banque Nationale du Cambodge), deux banques commerciales d'Etat (la Banque 2hnère du Commerce et l'Inadana Jati), qui accordent surtout du crédit à court terme, et un fonds public d'investissement (la Caisse Nationale d'Equipement) qui doit être transformé en banque de développement et qui a accordé jusqu'à présent des prêts à moyen terme et à long terme à l'industrie et à l'agriculture. Une banque agricole a été créée en 1969, mais l'organisation de ses opérations est encore en cours. En dehors du secteur bancaire, les institutions financières les plus importantes sont l'Office Royal de Coopération (OROC) qui accorde du crédit surtout aux coopértives agricoles, la Société Nationale d'Assurances (S.N.A.), qui a le monopole des assurances depuis la nationalisation de ce secteur en 1963 et la Caisse des pensions du gouvernement (C.P.C.K.). 192. La Banque centrale (B.N.C.) a été créée en décembre 1954 sous la forme d'une entreprise d'économie mixte, bien qu'elle n'aie pas d'actionnaires privés. Après la nationalisation du secteur bancaire en 1963, elle est devenue une entreprise d'Etat (voir le tableau 6.4 pour son acti-' et pour la structure de son capital). La B.N.C. est essentiellement une banque d'émission. D'après ses statuts, les billets qu'elle émet doivent avoir une couverture en or ou en devises qui ne soit pas inférieure à 33. La B.N.C. fait au Trésor des avances dont le montant ne peut pas, statutairement, dépasser 25% de celui des recettes fiscales de l'année précédente. Le montant actuel de ces avances est de 1,5 milliard de RC. Cependant, la clause des 25% ne signifie pas grand' chose, car la 9.N.C. est autorisée aussi à accorder du crédit, par exemple à la Caisse Nationale d'Equipermnt, pour financer les investis- sements de l'Etat. Des crédits de ce genre ont été consentis, pour faire face aux coits en monnaie locale du projet ferro- viaire,de la raffinerie de pétrole, etc. La B.N.C. peut consentir des avances commerciales à 90 jours au plus sur nantissement, réescompter des effets commerciaux a moins de 180 jours et accorder des prêts à des producteurs des secteurs primaire et secondaire pour une durée ne dépas- sant pas 300 jours, sur garanties convenables. La B.N.C. contrôle, par son Office des Changes, toutes les transactions en devises. Elle doit - 52 - assurer la stabilité de la monnaie. Pour agir sur les disponibilités monétaires, elle peut acheter et vendre des valeurs d'Etat et des instri- ments de crédit privés de bonne qualité. Enfin, c'est l'organe consul- tatif du gouvernement pour les questions monétaires et pour les autres questions éconcmiques. 193. Avant la réforme économique de 1963, il existait quatre banques cambodgiennes (la Banque K1hmère, la Banque Commerciale Cambodgienne, la Banque Souvannaphum et la Banque de Phnom Penh) et cinq banques étran- gères (la Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie, la Banque de l'Indochine, la Banque Franco-chinoise, la Chartered Bank Ltd. et la Hong Kong and Shanghai Bank). Au moment de la nationalisation, les banques étrangères ont dÙ se retirer, les banques privées ont été mises en liquidation et il a été créé a leur place deux banques nouvelles dont le capital-actions est détenu par la B.N.C. La Banque Khmere pour le Commerce a absorbé la Banque Khmere et son capital-actions a été augmenté par une participation de la Banque Centrale de 100 millions de RC. En 1968, son capital et ses réserves s'élevaient a 267 millions de RC. La Banque Inadana Jati a été créée en 1964 avec un capital versé de 100 millions de RC. Ces deuy banques ont des agences dans les princi- pales villes de province. 194. Le gouvernement semble décidé à maintenir les deux banques d'Etat sous leur forme actuelle, car il estime qu'elles ont relativement mieux réussi que tous les autres établissements créés a la suite de la réforme de 1963 ý faire face convenablement aux besoins du commerce et à atteindre de grands objectifs nationaux tels que l'augmentation du nombre des agences bancaires dans les provinces, la satisfaction des besoins de crédit du secteur public, etc. Néanmoins, les milieux informés pensent que la libéralisation proposée du commerce extérieur devrait s'accompagner d'une ouverture du secteur bancaire à de nouveaux venus. On croit que si on admettait l'entrée dans le pays de banques étrangeres, celles-ci seraient obligées d'y apporter des ressources nouvelles sous la forme de dépôts étrangers à moyen et à long termes. Elles e-erceraient des activités spécialisées, comme l'octroi de crédits A l'agriculture, à l'industrie, à l'hôtellerie et au secteur immobilier, mais elles ne seraient pas autorisées à accepter des dépdts à vue ni A financer le commerce extérieur. Cependant, il serait pcrmis à des banques privées d'opérer dans la zone franche de Sihanoukville. Il est probable que les banques étrangères ne se montreront pas très empressées de répondre à une offre faite dans ces conditions. 195. La Société iationale d'Assurances a succédé en 1964, après les nationalisations, à une entreprise d'économie mixte, la Société Khmère d'A7surances. Son capital versé est de 31,6 millions de RC et son actif se monte à 200 millions de RC. La S.Èl.A. assure contre tous les risques, mais elle ne pratique pas l'assurance sur la vie. Ses bénéfices sont versés au Tréscr. La Caisse des pensions de l'Etat tire ses ressources de la retenue de 6% qui est opérée sur les traitements des fonctionnai- res et d'une contribution du gouvernement, qui est é_alement de 6% (elle était initialement de 14%). Ses Conds accumulés se montent au total à environ 1,h milliard de 20 et ils sont en dépôt au Trésor. 196. Comme nous l'avons dit au paragraphe 86, le crédit coopératif dispensé par l'intermédiaire de l'OROC a grossi considérablement pendant quelques années et a atteint son maximum en 1968, mais depuis cette date les coopératives sont handicapées, sinon paralysées, par les difficultés qu'elles éprouvent pour se faire rembourser leurs avances; la solution semble résider dans la création d'une nouvelle banque agricole, mais celle-ci ne fonctionne pas encore. Le crédit industriel ne peut être accordé par la Caisse Nationale d'Equipement que sur une échelle relati- vement modeste, car les ressources de cette Caisse sont limitées, en dehors de son capital propre de 170 millions de RC, à des avances du Trésor et - pour les projets du gouvernement - de la Banque Centrale. Dans ces conditions, les crédits consentis par la Caisse à l'industrie privée n'ont pas dépassé au total 200 millions de W, dans les dix der- nières années. Comme cela est très insuffisant et qu'il n'y a pas d'autre établissement financier pour l'industrie, les entreprises privées devraient normalement s'adresser aux banques commerciales et obtenir d'elles des facilités de caisse importantes et régulières, comme cela se fait dans d'autres pays, même dans ceux où il existe une banque indus- trielle, par exemple À Singapour. Cependant, les deux banques commer- ciales du Cambodge hésitent beaucoup À accorder de telles facilités, surtout à cause de la politique restrictive de la Banque Centrale en ce qui concerne le réescompte. La politique du crédit 197. Comme le montre le tableau 6.1 de l'Annexe, le montant du crédit à l'économie varie d'une année à l'autre. Il a atteint un maximum en 1969 avec 2,6 milliards de RC, puis il est tombé a% un tiers de cette somme l'année suivante et il est remonté progressivement à 2,8 milliards de RC À la fin de 1968. Les chiffres du milieu de 1969 semblent indiquer une expansion considérable du crédit pendant les six premiers mois de l'année, mais les renseignements d'ordre général obtenus d'emprunteurs privés paraissent prouver que la politique restrictive de ces derières années ne stest guere relâchée. 198. Il n'y a guère de doute que c'est la nationalisation des ban- ques en 1963 qui est la cause principale de l'insuffisance du crédit. Les dispositions statutaires qui restreignent le montant du crédit que la Banque Centrale peut accorder à l'Etat ont obligé de transférer une pro- portion anormialefient forte du crédit bancaire commercial et spécialisé au sectcur public, dans lequel le nombre croissant des entreprises publiques, J-tn quelques-unes étaient en permanence déficitaires, créait des besoins de plus en plus grands de facilités bancaires. En même temips, les ressources financières des banques, déjà limitées avant la nationali- sation, ont diminué fortement. Les dépôts à terme, qui ne représentaient qu'un cinquième du total des dépôts, n'ont pas beaucoup baissé, mais les dépôts à vue se sont repliés de 1,9 milliard de RC en 1962 à 700 millions en 196L, comme le montre le tableau ci-dessous. L'un des résultats de la nationalisation a été la course au numéraire- le rapport entre le numéraire et la masse monétaire totale est passé de 48% en 1962 à 75%en 1969. - 54 - Dépôts ansles b,ýnqu-»s commerciales (en -iillions de RC) A la fin de l'ennée Dépôts a vue!;/ Dépôts à terme Comptes d'épargne2/ 1960 1.432 380 - 1961 1.473 320 - 1962 1.923 394 - 1963 1.165 281 - 196h 712 33t - 1965 1.133 515 22 1966 1.10G 597 3L 1967 1.775 613 54 196p 1.765 536 64 19692/ 1.463 481 71 1/ Dépô's- . vue et comptes courants. 2/ Seulemient pour la Banque Inadana Jati. 3/ Septembre. 199. Le total des dépôts uans les banques n'est pas plus élevé aujourd'hui qu'il y a sept ans. Cela provient non seulement de ce que les banques ne font pas d'efforts de mobilisation des dépôts (par exemple en offrant un tau.: d'intérêt convenable), mais aussi du ralentissement général de l'économie, qui, C son tour, provient en partie de la politi- que de la rionnaie et du crédit. Le gouvernement a réussi à iminuer le déficit budgétaire et i limiter son recours le Banque centrale, mais celle-ci a continué à exercer un contrôle strict sur les opérations de prêt des banques coimerciiles. Le but essentiel recherché par la Banque centrale est d'éviter l'inflation, mais en resseriant le crédit au;: emprunteurs pri\rS, elle obéit aussi à d'autres mobiles et elle croit not,mment qu'elle peut einsi forcer le rapatriement d'avoirs privés a l'étranger. La monnaie et les prix 200. Le Cenbodge a réussi à éviter l'inflation. De 1960 a 1968, l'indice des prix à la consommation de la classe moyenne a progressé d'environ 3,7% par an et la hausse moyenne du PIB après ajustement a été de 3,9% par an. Elle aurait été moindre si le gouvernement n'avait pas fixé des prix agricoles relativement élevés pendant la période considérée et si d'autres facteurs non monétaires relatifs à la politique d'impor- tation n'étaient pas intervenus. L'indice du coût de la vie de la classe ouvrière n'a augmenté que de 2.,5% par an. Croissrnce de le mas-3e monftaire et du PIB (en pourcentage) Moyenne 1960- 1960 1961 1952 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1968 PIB (au=prix courants) 7,6 9,0 10,0 2,0 10,1 7,9 5,1 10,7 7,8 PIB (à prix constants) -3,7 8,2 7,3 -2,7 4,6 7,9 5,1 4,6 3,9 Hasse moné- taire 10,5 0,6 - 1,7 6,0 12,0 11,0 1,7 4,2 Indices des prix à la con- somation 7,8 3,6 6,3 h,3 3,1 -1,2 0,9 4,9 3,7 Masse monétaire en % du PIB nux prix cou- rants 26,2 27,9 25,2 22,9 22,8 22,0 22,7 22,3 24,1 iasse monétaire en % du PIB a prix cons- tants 20,0 23,3 21,6 20,1 21,0 21,3 22,8 22,8 22,8 201. Les chiffres ci-dessus montrent que la masse monétaire s'est accrue à un rythme à peine plus rapide que le PIB réel, ne permettant pratiquement pas de monétisation de l'éconoriie. En fait, elle a diminué par rapport au PIB aux prix courants. Nous n'avons pas de renseignements nous permettant de calculer les coefficients dfajustement du PIB pour les diCférents secteurs de l'économie pendant cette période, mais on doit supposer que la majeure partie des augmentations de prix se sont produitos dans l'agriculture, qui n'a progressé en valeur réelle que de 1,8% par an, c'est-a-,ire moins vite que la population, alors que les secteirs seconCdire et tertiaire se développaient, toujours en valeur réelle, au rythme de 6,2% par an. 202. En 1969, la Banque centrale a maintenu sa politique orthodoxe de crédit en présence d'une forte tendance à la hausse du prix du riz consécutive à la sécheresse qui a influé défavorablement sur la récolte 1968-1969. Selon certains renseignements, le Cambodge aurait, à la fin de 1969, importé du riz ce Chine, mais en petite quantité. Cependant, on espère que la réculte 1969-1970 sera très bonne et les prix devraient baisser. On s'attendait aussi à une forte hausse des prix intérieurs aDres la dévaluation d'août 1969, riais on s'est aperçu en novembre qu'elle ne s'était pas produite. Les dirigeants de la Banque centrale ont attribué ce fait a une pénurie générale de moyens de paiement. - 56 - 203. Néanmoins, il n'y a aucun indice de changement dans la politi- que du crédit. L'un des obstacles à l'adoption par la BNC d'une attitudE plus libérale est qu'on croit que de grandes quantités de billets sont thésaurisées par suite d'un manque de con2iance dans la gestion économi- que du gouvernement et en circulation hors du Cambodge par suite de trensactions commerciales frauduleuses faites avec le Viet-Nam (voir para,>raphe 319 ci-apres). On craint donc qu'un retour de confiance dans l'économie, si la libéralisation du coïrmerce extérieur se réalisait, n'incite la population à déthésauriser rendant inutile une politique libérale du crédit et que le rétablissement de la paix au Viet-Nam n'entraîne un rapatriement massif d'avoirs 'a l'étranger. 204. Il semble cependant que des changements de ce genre dans la masse monétaire ne soient pas suffisamment imminents pour justifier le maintien d'une politique déflaticnniste. Il n'est pas souhaitable de retarder davantage le moment ou la confiance générale dans la stabilité monétaire renaîtra en refusant du crédit au secteur privé. Il y a d'autres moyens de faire face a l'éventualité d'une déthésaurisation ou a la menace d'un afflux de monnaie. Même si, peut-être, des tendances inflationnistes se manifestaient,il semble que ce serait là un moindre mal que la persistance du marasme économique. è ee CAPRF III CONCEPTION DU DEVELOPPEMENT A. Epargne et investissement 205. Le ralentissement de l'économie au cours des quelque cinq dernières années n'a sans doute que peu de rapport avec le niveau de l'investissement, au mcins dans la mesure où l'cn dispose de rensei- gnements pertinents sur cette période. La part de l'investissement total dans le PIB est restée relativement stable de 1962 à 1966, se situant à 17% en moyenne, et n'est que récemment descendue à 15-16%. Malgré cette diminution, le niveau de l'investissement total ne sau- rait, en soi, être jugé insuffisant; il reste à expliquer son effi- cacité limitée. 206. Les investissements publics ont atteint une proportion de près de 7 % du PIB jusqu'à 1966. Environ 10% de ces investissements al- laient aux entreprises publiques industrielles et les 90% restants à des dépenses d'infrastructure, par exemple dans les domaines des trans- ports, de l'énergie et de l'administration. On a déjà noté que pour l'énergie, on a installé une capacité très supérieure aux besoins; dans le cas des transports, l'effet immédiat des investissements nouveaux sur les secteurs de production est de toute façon minime et c'est sur- tout pendant leur construction que les bâtiments administratifs contri- buent au PIB. Il convient également de noter que beaucoup de travaux de construction ont servi aux fins d'édification de la nation. Ainsi, le Cambodge p(ssède aujourd'hui un splendide stade spcrtif, un ensemble moderne destiné aux activités spurtives et aux jeunes, un nouveau Théâ- tre National, une Cinémathèque Nationale et plusieurs autres installa- ticns d.nt la construction a été motivée par des considérations de pres- tige national, ainsi que de nouveaux et importants hòpitaux, écoles et universités, notamment l'Institut Technologique SoviétD-Khmer. 207. Au cours des sept dernières années, environ 77% des investis- sements publics ont été effectués dans la cunstruction; cette propor- tion a été relativement stable pendant toute cette période. Une partie de ces investissements sont allés à l'infrastructure rurale mais très peu des investissements publics (ou privés) ont profité au secteur agri- cole. 208. Les investissements privés, y compris ceux des entreprises d'éccnmie mixte, cnt augmenté mais leur part dans le PIB est restée à peu près c,nstante, aux alentours de 13-11%. Tutefois, si l'on ex- clut la raffinerie de pétrole et les autres entreprises à participa- tion majoritaire de l'Etat, on constate que les investissements privés ont décru de façcon appréciable par rapport au PIB. - 58 - Investssenc-iit et épargne (% duPB 7 1962 1963 1964 1965 1966 1967 196 Investissements privés 10,2 10,1 9,5 9,6 11,8 11,5 9,9 Investi--sements publics 7,7 7,2 6,8 5 7,0 4,J 5,2 Investissement total 17,9 17,5 16,3 14,8 18,8 15,5 15,1 Epargne nationale 8,5 13,9 15,6 13, 13,8 14,0 12,6 Déficit en ressources -9,4 -3,6 -0,7 -1,0 -5,1 -1,5 -2,5 209. Par rapport à l'investissement total, les importations de matériel de transport et de machines sont tombées de 25% en 1962 à 18% en 1968 et ont diminué en valeur absolue. Tous les investissements additionnels effectués au cours de cette période l'ont été dans la cons- truction et les stocks. La construction d'immeubles d'habitation cons- titue un débouché important pour l'épargne privée depuis les réformes de 1963. 210. Le taux d'épargne signalé ci-dessus est sujet à des écarts importants d'une année à l'autre, chose difficile à expliquer; les don- nées de comptabilité nationale dont ce taux est tiré ne sont pas harmo- nisées avec la balance des paiements et on ne dispose pas d'une venti- lation satisfaisante entre épargne publique et épargne privée. On ne connaît pas bien, notamment, les sources de financement des entreprises publiques et des sociétés d'Etat (chemins de fer, ports, etc.) ni le montant de leurs déficits. L'Etat lui-même a constamment eu une épargne négative de l'ordre de 2% à 4% du PIB. Il semble que l'épargne privée ait varié selon les années de 1% à 20% du PIB, c'est-à-dire beaucoup plus que les sommes investies par le secteur privé. Inversement, le financement étranger dans le secteur public est loin de suffire à com- bler le déficit de l'épargne publique. En dehors du financement par le déficit budgétaire, on a pu employer quelques autres moyens pour opérer un transfert de ressources au profit du secteur public mais, comme on l'a déjà noté, c'est là un des domaines où davantage de recherches se- raient nécessaires pour élucider les faits essentiels. 211. Pour un pays comme le Cambodge, il était normal de s'attendre à un accroissement important du coefficient de capital, surtout pendant une période où se faisait sentir un besoin pressant de mettre en place une infrastructure. Bien que ce besoin soit encore aujourd'hui loin d'être satisfait, il est juste de dire qu'à beaucoup d'égards, les ins- tallations d'infrastructure existantes sont tout à fait satisfaisantes et que, dans ce contexte, la structure optimale de l'investissement changera en faveur des secteurs productifs. Des déclarations de prin- cipe ont déjà été faites à cet effet, mais la tâche apparaît difficile, surtout en ce qui concerne l'agriculture. B. Objectifs et problèmes 212. Les objectifs officiels assignés au développement économique au Cambodge ont été généralement modestes. Les projections de crois- sance du PIB pendant le deuxième Plan Quinquennal sont généralement en ligne avec les tendances qui se sont dégagées dans le passé et n'impli- quent pas le lancement de programmes ambitieux. Cette optique révèle non seulement une prise de conscience des contraintes existantes, no- tamment des ressources naturelles limitées, mais, plus encore, la re- connaissance d'un système de valeurs inhérentes à la société khmère. Le développement social a le pas sur la production matérielle. Le bouddhisme encourage une certaine réserve vis-à-vis des changements de l'existence. La prise de conscience de la pauvreté et le mécontente- ment face à l'absence de techniques et d'outils modernes ne sont pas très répandus. Il n'y a pas à proprement parler de prolétariat urbain. Enfin, l'agriculteur khmer est bien connu pour sa remarquable indé- pendance, son caractère aimable et sa joie de vivre. 213. Le paysan cambodgien continue à vivre et à travailler dans un contexte de croyances et de convictions qui font une place au surnaturel dans la vie quotidienne et les événements qui y ont trait paraissent présenter un intérêt plus durable que la satisfaction de nouveaux be- soins matériels. Beaucoup de paysans se soumettent plus facilement aux lois de la nature qu'aux exigences de la technologie moderne. Le la- bourage des champs au moyen de moteurs à combustion interne ou l'épan- dage de produits chimiques industriels étrangers sur une végétation généreuse à l'homme (nourrissant ceux qui respectent les lois de la nature) rencontre un mélange instinctif d'intérêt et de méfiance. La réticence vis-à-vis de l'adoption de méthodes modernes de culture est donc un facteur dont il faut tenir compte au Cambodge. Cependant, le Chef d'Etat, tout en respectant les valeurs religieuses, dont il est du resteun élément intégrant, n'a cessé de plaider en faveur de la mo- dernisation de l'agriculture et, mieux que cela, a encouragé la méca- nisation agricole, la sélection des semences et l'emploi des engrais en faisant personnellement don de tracteurs, de pompes, de semences, etc. à nombre de paysans choisis à cet effet. Cela n'a pas été sans mitiger les préjugés manifestés à l'encontre de la modernisation. 214. Le développement agricole reçoit le premier rang de priorité dans les préoccupations du gouvernement. Alors que le caoutchouc (6% de la valeur ajoutée agricole du Cambodge et 2 des exportations mon- diales de caoutchouc naturel) a les plus hauts rendements du monde, le paddy (un tiers de la production agricole du Carmbodge) est cultivé selon des méthodes traditionnelles avec de faibles rendements (1 tonne par hectare). Un cinquième de la production de riz, soit environ 500.000 tonnes, continue à être exporté mais si l'on veut conserver dans l'avenir cette source de devises, il faudra au préalable obtenir des rendements supérieurs car sinon, la croissance de la consommation intérieure éliminera tôt ou tard les excédents exportables. - 60 - 215. Une des reisons pour lesquelles le gouvernement attribue le premier rang de priorité au dévelppement agricole est que les Khmers. qui représentent 90% de la population, n'exercent pas encore d'acti- vités non agricoles en nombre suffisant pour que cela puisse modifier le caractère national du Cambodge. Contrairement à ce qui se passe dans un pays comme la Malaisie, les minorités étrangères, qui se con- sacrent surtout au commerce et aux autres activités lucratives, sont trop réduites pour jouer un rôle actif sur la scène nationale. Cela ne veut pas dire que leur influence soit négligeable dans la capitale, mais l'extrême réticence du gouvernement, ces dernières années, vis-à-vis de l'adoption de toute mesure de libéralisation du commerce qui puisse être interprétée comme un encouragement aux commerçants chinois permet de mesurer le préjugé favorable dont jouissent les con- cepts physiocratiques dans la classe dirigeante. 216. Le gouvernement a en même temps traditionnellement mis l'ac- cent sur le progrès social. Il en résulte qu'au cours des quinze der- nières années, les dépenses sociales ont augmenté deux fois et demi plus vite que les recettes totales du budget national, dont elles ab- sorbent aujourd'hui 35,. Bien que l'essentiel de ces dépenses soit consacré à l'éducation, une partie vise à améliorer les services ad- ministratifs dans les villages et à améliorer les conditions de vie. Les ministères des travaux publics, de l'éducation et de la santé contribuent tous plus ou moins à permettre aux villageois d'améliorer leurs services sanitaires, à introduire des idées plus saines en ma- tière de construction de logements, à construire des routes, des dispensaires et des écoles et à introduire des moyens de communications modernes, notamment la radio - et probablement, dans l'avenir, la télévision. Il y a du reste toute une philosophie qui vise à réduire progressivement la différence entre les villes et les campagnes non seulement pour ce qui est du niveau, mais aussi pour ce qui est du mode, de vie. L'objectif est d'arrêter l'afflux des paysans dans les villes et le moyen le plus radical d'y parvenir est de fournir dans les villages tous les services qui jusqu'à présent ont attiré les paysans dans les agglomérations urbaines; en d'autres termes, il faut conformer l'"ha- bitat rural" aux normes urbaines. Si l'on jette un regard rapide sur les villages, il peut sembler que cet objectif manque de réalisme. Mais des propositions radicales de ce genre font partie de la scène locale et même du charme du Cambodge. 217. Le développement agricole a été conduit (peut-être était-ce inévitable?) avec un certain paternalisme dans le passé. En d'autres termes, le Chef d'Etat a distribué du matériel agricole lorsqu'il voyageait dans le pays et l'tat a tenté d'élever les prix à la pro- duction en subventionnant ses opérations d'achat des récoltes de riz et d'autres récoltes. Le contrôle des prix en général a été plutôt chose commune et les prix de la plupart des facteurs de production agricole comme des biens manufacturés destinés à la consommation géné- rale ont été maintenus à un bas niveau. Dans le cas des importations, on a obtenu ce résultat jusqu'à la dévaluation en autorisant l'impor- tation des biens essentiels au taux de change officiel, qui était à peu près inférieur de moitié au taux libre. - 61 - 218. Dans de nombraeux pays, les prix représentent un moyen effi- cace d'encourager la production agricole. Au Cambodge, on trouve aussi des exemples où cette méthode a réussi, comme dans le cas du jute. Cependant, dans l'ensemble, et surtout en ce qui concerne le paddy et le mais, elle a échoué et depuis le début des années soixante la pro- duction agricole a montré des signes de stagnation. De nombreuses rai- sons peuvent être invoquées pour dire qu'il est dans la nature des choses que l'agriculture cambodgienne n'évolue que très lentement; cependant, il faut se rappeler que l'agriculture cambodgienne a progressé très ra- pidement pendant la seconde moitié des années cinquante. La production annuelle de riz est passée d'une moyenne de 1,5 million de tonnes jusqu'à 1955 à 2,h millions de tonnes en 1960, niveau auquel elle s'est maintenue pendant les années soixante. Les raisons de cette évolution, qui sont à présent mal connues, mériteraient sans doute d'être étudiées avec soin. 219. Dans l'avenir, la politique du gouvernement doit s'appuyer plus que dans le passé sur l'irrigation, et notamment sur certains projets de grande envergure. Comme on l'a fait observer au Chapitre II, il peut être extrêmement profitable de développer au Cambodge la mise en valeur des ressources hydrauliques pour augmenter le rendement des cultures, cela en conjonction avec l'amélioration des semences et l'emploi d'engrais. On n'a pas encore trouvé de méthode systématique qui permettrait d'initier l'agriculteur khmer aux techniques agricoles modernes et notamment de tirer le profit maximal des ressources hydrau- liques qui seront rendues disponibles. C'est dans ce domaine que beaucoup d'efforts et de tenacité seront requis de la part du gouver- nement pour mettre à la disposition des paysans les nouveaux facteurs de production et surtout leurs modes d'emploi. Ces derniers devront être améliorés par des recherches constantes si l'on veut obtenir des résultats. Cela est particulièrement vrai pour ce qui est des engrais. 220. Compte tenu de la grande inégalité de la répartition de la population cambodgienne et de l'existence de terres cultivables dans des provinces pratiquement inhabitées, notamment celles situées à l'est du Mékong, la colonisation conserve tout son intérêt et le conservera. surtout lorsque les problemes d'insécurité disparaîtront à la fin du conflit vietnamien. Etant donné qu'il se présente peu de vo- lontaires pour coloniser de nouvelles terres, une partie de cette tâche a été jusqu'ici accomplie par les forces militaires; parfois, des groupes d'éléments rebelles ayant, après leur reddition, obtenu le pardon du Chef de l'Etat, ont été installés dans des zones de colonisation. 21. Vu l'objectif de "peuplement du territoire", il n'est pas du tout urgent de restreindre la croissance démographique au Cambodge. Aucune initiative n'a encore été prise pour encourager la régula- tion des naissances. 222. L'industrie manufacturière s'est vu accorder le deuxième rang de priorité dans le deuxieme¯Plan,n'étant précédée que par l'agricul- ture. Comme on l'a noté, le Cambodge a bénéficié de l'aide étrangère bilatérale pour édifier un noyau d'industries manufacturières. Cependant - 62 - pour plusieurs raisons, l'industrie n'est pas le principal sujet de préoccupation du gouvernement. La première de ces raisons est que les dimensions restreintes du marché et le manque de cadres empêchent de mettre en place des industries de remplacement des importations de dimensions raisonnables. En deuxième lieu, on s'est rendu compte qu'une promotion vigoureuse des industries d'exportation ne consti- tuerait pas un objectif raisonnable pour une économie à base agricole comme celle du Cambodge, surtout si cette impulsion était le fait d'entreprises d'Etat; néanmoins, la transformation des produits agri- coles pour l'exportation pourrait parfaitement être envisagée. En troisième lieu, l'industrie n'a pas une grande importance politique étant donné que la plupart des ouvriers de l'industrie ne sont pas khmers et que l'on compte beaucoup plus de Chinois que de Khmers parmi les chefs d'entreprises privées aptes à réussir. La quatrième raison, qu'il faut relier à la précédente, est que l'implantation d'industries naissantes dans un petit marché requiert protection et monopole pour réussir - idées qui sont peu séduisantes. 223. Comme on l'a dit au chapitre précédent, on envisage la créa- tion d'industries nouvelles dans plusieurs domaines, tous liés d'une façon ou d'une autre au développement agricole. On met beaucoup l'ac- cent sur le développement régional de l'industrie; la politique envi- sagée consiste à attirer les industries à Sihanoukville et à découra- ger la concentration industrielle à Phnom Penh. A cette fin, on pro- pose la création d'une zone franche à Sihanoukville, avec l'idée d'at- tirer des capitaux étrangers et de créer un centre international de transit. Il y a peu d'arguments à opposer à la création d'une zone franche mais les avantages que pourrait offrir Sihanoukville du point de vue de sa situation géographique et sur d'autres plans sont effacés par un climat généralement défavorable à l'entreprise privée, par le fait que les banques sont nationalisées, etc. sans parler du manque de main-d'oeuvre industrielle. On ne voit pas comment Sihanoukville pour- rait prospérer, même si l'on agrandissait le port comme il a été suggéré. 22h. Le tourisme a bénéficié d'une attention accrue. Le Cambodge est doté d'un 7otentiel important pour ce qui est de l'expansion du tou risme et les goulots d'étranglement du passé concernant les correspon- dances des vols aériens, les droits d'atterrissage, et d'hébergement hôtelier sont en voie d'élimination. Le développement futur de Siem- réap (Angkor) pose des problèmes de coordination entre les services touristiques, l'infrastructure et la protection des monuments et l'étude de ces problèmes devrait être entreprise au plus tôt. 225. En dehors de ces objectifs sectoriels, il convient de mettre en lumière plusieurs problèmes, dont certains ont déjà été traités de façon assez détaillée ou seront traités plus loin. Ces problèmes ont trait à la libéralisation du commerce extérieur, aux exportations, à la fiscalité, à l'éducation et à l'information économique. 226. La libéralisation du commerce a fait l'objet de discussions au sein du gouvernement pendant toute l'année écoulée. Il est admis que la SONEXIM n'a pas répondu aux espoirs qu.on avait mis dans sa création. Dans le cas des exportations, elle a réussi avec le ri, à - 63 - 1 1ric ne mais l'inci,.(nce des ac.. -s du gouvernement sur le niveau de la production reste à démontrer. Certaines autres exportations par la SONEXIM se sont soldées par un échec et elles sont en fait de nou- veau assurées par le secteur privé. Les importations par la SONEXIM n'ont fait qu'ajouter des retards et des frais en raison de ses mé- thodes procédurières. Un projet de loi visant à démanteler partielle- ment la SCHil et ne lui laissant que l'exportation du riz, du caout- chouc et du mais a fait l'objet d'études prolongées et il se peut que ce projet soit adopté dans un avenir proche. Cette mesure devrait non seulement contribuer à un meilleur emploi des ressources en devises et à une exploitation plus rationnelle des industries utilisatrices de produits importés; elle donnerait également aux milieux d'affaires l'assurance que le gouvernement est bien décidé à adopter une politique économique nouvelle plus libérale et contribuerait ainsi à restaurer la confiance. 227. Les exportations ne posent pas de problème de politique économique au gouvernement, sauf dans la mesure a les perspectives géné- ralement défavorables constituent une source de préoccupation. La promotion des exportations occupe une place considérable dans les dé- clarations officielles mais la seule façon d'obtenir un taux de crois- sance plus rapide, si l'on considère l'avenir immédiat, est d'importer davantage d'engrais pour accroître le rendement du riz destiné à l'ex- portation. Il se peut qu'actuellement aucun produit d'exportation ne puisse se substituer au riz, mais les perspectives à long terme du marché mondial pour le riz ne sont pas des plus favorables et le gouvernement serait donc bien avisé d'entreprendre une étude plus systématique des autres possibilités d'exportation. 228. Peu d'efforts ont été accomplis pour identifier de nouvelles sources de recettes dans le domaine fiscal, en dépit de fréquentes dé- clarations concernant les difficultés budgétaires présentes et à venir. En fait, ce sont non seulement des nouveaux impôts, mais une réforme complète de la fiscalité qui deviendront nécessaires. 229. Les dépenses d'éducation ont le plus contribué aux diffi- cultés budgétaires. De l'avis général, le moment est venu de freiner quelque peu la croissance de ces dépenses et le budget de l'année 1970 paraft indiquer un ralentissement certain. D'une façon plus générale, le moment est venu de tirer la leçon des résultats passés et de procéder à un examen de l'orientation à donner au système d'enseignement dans l'avenir. 230. Enfin, il importe au plus haut point d'améliorer la qualité des données relatives à l'ensemble de l'économie. Celles qui sont disponibles pourraient être améliorées au prix d'un effort supplémen- taire relativement modeste. Nous reviendrons sur cette question en détail à la fin du présent chapitre. - 64 - C. Panificati,.n 231. Au Cambodge, la planification économique s'est vu assigner assez tôt un rôle à jouer. Des 1956, on a préparé un plan biennal et on a créé un Conseil Supérieur du Plan placé sous la présidence du Premier Ministre et comprenant les principaux ministres, le gouverneur de la Banque Centrale et d'autres membres, notamment des représentants du secteur privé. 232. Le Plan Biennal 1957-1958 comprenait principalement une liste de projets pour le secteur public et a permis d'acquérir de l'ex- périence. Deux plans quinquennaux ont été établis depuis; il s'est écoulé trois ans entre la fin du premier (1960-1964) et le début du deuxième. Le Cambodge est maintenant dans la troisième année de son deuxième plan quinquennal (1968-1972). 233. Une caractéristique générale de la planification au Cambodge est l'éloignement relatif des planificateurs par rapport au domaine d'action. Les experts qui ont élaboré les documents du Plan n'ont pas directement participé au processus de formulation des décisions, si l'on excepte qu'ils ont fait adopter le Plan par le gouvernement. 234. D'une façon générale, l'exécution des Plans se limite encore aujourd'hui, à l'approbation et à la coordination des projets d'inves- tissement dans le secteur public. Ce résultat est bien entendu très inférieur à ce que se proposaient les deux plans quinquennaux. Le deuxième Plan a fixé un certain nombre d'objectifs macro-économiques et financiers ainsi que des objectifs de production pour les divers secteurs. Cependant, les plans sectoriels et le plan général n'ont pas été coordonnés, surtout parce que l'échelonnement et le finance- ment des projets d'investissement n'ont pas été prévus avec une pré- cision suffisante, et le cadre macro-économique était fondé soit sim- plement sur des extrapolations de tendances modifiées en fonction de considérations générales soit sur des options non étayées par lanalyse. Le Plan était explicite quant aux priorités d'ensemble mais ces prio- rités n'étaient traduites en allocations de ressources aux secteurs que sous la forme de listes de projets à entreprendre pendant la durée du Plan, sans fixation d'objectifs de dépenses sur cinq ans. De plus, on ne trouvait pas dans le PIan de description des contraintes finan- cières ni des remèdes possibles. En conséquence, la prévision budgétaire annuelle des dépenses de développement a été généralement établie sans se référer au Plan Quinquennal. 235. La préparation des projets est particulièrement insuffisante, ce qui n'est pas sans rapport avec le fait que dans le passé, l'assis- tance étrangère (par exemple celle de la France ou de la République Populaire de Chine) a été demandée et accordée pour des projets sans aucune étude de justification économique; d'ailleurs, il n'existait pas d'organisme gouvernemental équipé pour évaluer ces projets dans le cadre d'un programme général d'investissementeet des ressources qu'il requiert. Le Conseil Supérieur du Plan approuve tous les projets, tant publics que privés, dépassant une taille minimale mais toutes les dé- cisions importantes sont renvoyées au Chef de l'Etat qui tranche seul. Le Ministère du Plan n'existe aujourd'hui que sur papier et il n'est pratiquement doté d'aucun personnel. 236. Le premier Plan quinquennal proposait un taux de croissance économique de 5% par an, taux modeste comparé aux 9% l/ par an obtenus au cours des cinq années précédentes. Cependant, le taux de croissance n'a été que de 3,h% pendant la durée du Plan. L'objectif d'investisse- ment, fixé " 12 milliards de riels cambodgiens (RC) pour les cinq années, a été dépassé de plus de moitié, mais alors que le Plan avait prévu un investissement de 8 milliards de RC dans le secteur public, environ 5,5 milliards seulement s'y sont investis. On avait projeté des ressources en devises de 2,h milliards de RC; les débours n'ont pas dépassé ,5 mil- liard de RC. Les investissements privés ont dépassé 13 milliards de RC, soit 55% du total et 3 fois plus que prévu. Les capitaux privés se sont investis surtout dans la construction, dans une proportion que n'avaient pas escomptée les auteurs du Plan et pour un quart dans les biens d'équi- pement. Dans le secteur public, moins des deux tiers des montants pro- posés ont été investis dans les secteurs productifs. Dans les secteurs sociaux, en revanche, les investissements n'ont été inférieurs que de 10% à l'objectif fixé. 237. Au début du Plan, il avait été décidé que tous les inves- tissements, y compris l'assistance étrangère, seraient centralisés par le Ministère du Plan. Cette décision n'a pas été appliquée et le budget national a réparti ses propres ressources d'investissement, indépendamment des prévisions du Plan. De plus, une part importante des ressources du Plan a été affectée aux dépenses courantes. Environ 3C1 des 1,5 milliard de RC d'aide étrangère ont aussi été affectés aux dépenses courantes. 238. Les résultats décevants de l'économie au cours du premier Plan doivent être placés non seulement dans le contexte de l'échec de l'investissement public dans les secteurs productifs, mais aussi dans celui de la diminution de l'aide étrangère et du programme d'austérité financière annoncé en même temps que les réformes économiques de 1963. La production de paddy n'a pas augmenté. la valeur ajoutée par l'exploi- tation des forêts a diminué et l'élevage a progressé très lentement. 239. Pendant le deuxième Plan Quinquennal, qui a commencé en 1963, on a adopté le même objectif de croissance annuelle, savoir 5. En conséquence, on escompte que le PIB augmentera de 178 milliards de RC c ore 1968 et 1972. Compte tenu d'un coefficient de capital de 3,6:1, il faudra, pour atteindre l'objectif fixé, faire un investissement équi- valent à 19" du PIB, soit 32 milliards de RC, pendant la durée du Plan. c'est l'agriculture qui a reçu le premier rang de priorité, suivie de l'industrie, du tourisme, des transports et des services sociaux, dans cet ordre. Ces priorités indiquent qu'on a compris que les efforts 1/ Un peu moins si on ajuste ce taux en fonction des écarts entre les récoltes (échec en 195 et rAcolte record en 1960). - 66 - déployés jusqu'alors avaient été trop orientés vers des objectifs so- ciaux et l'infrastructure et pas assez vers l'augmentation de la produc- tion. 240. On a proposé d'affecter un quart de l'investissement total de 32 milliards de RC envisagé à l'agriculture et un autre quart à l'industrie. Ces affectations globales étaient théoriques car on ne disposait pas de données antérieures sur les investissements réels par secteurs et parce que le Plan lui-même ne précisait pas comment ces investissements sectoriels se répartiraient entre le secteur public et le secteur privé. Comme on le verra ci-après, on a proposé d'in- vestir 14 milliards de RC, soit 144% de l'investissement global, dans le secteur public (contre 29% pendant le premier Plan). Abstraction faite de l'aide étrangère, il aurait donc fallu porter les ressources publiques intérieures de h à 8,3 milliards de RC entre les deux Plans. Cependant, le Plan ne s'étend pas sur les implications fiscales et sur la structure du crédit; on y dit seulement que l'effort national paraît un peu trop important et on envisage un autre objectif d'investissement de 25,2 milliards de RC seulement qui permettrait une croissance de 4% du PIB. Premier Plan 1960-64 Deuxième Plan 1968-72 (en milliards de RC) Augmentation par rapport aux Réalisatious Objectifs Réalisations Objectifs du premier Plar. (A) / (B)1/ (A) (B) Investissement total 12 0 19,0 32,0 25,2 69% 33% Public 8W, 10,7 Il6 07 dont: aide étrangère n.d. 1,5 5,7 néant 235% Privé 4,0 13,5 2/ 18,0 14,5 33% 7% Dont: Agriculture 1,7 3/ 0,8 8,0 n.d. Industrie manufactu- rière 1,1 2/ 0,7 2/ 8,0 n.d. Energie M, 2/ 0,4 2/ 4,8 n.d. Transport/Communica- tions 2,2 2/ 1,9 3/ 6,4 n.d. Secteurs sociaux et autres 1,9 2/ 1,l 3,2 n.d. Administration 0,6 0,6 1,6 n.d. 1/ Alternative fondée sur l'hypothèse d'une croissance annuelle de $% du F3 dans le cas (A) et de 4% dans le cas (B). Dont 32% dans la construction de logements (y compris les logements ru2!r:a' 29% dans les autres types de construction, 25% dans les biens d'équipe,ert. environ 10% dans l'élevage et 4% dans les autres activités agricoles. 3/ Secteur public seulement (le plan ne donnait pas d'objectifs globaux et on ne connaît pas les résultats pour les deux secteurs combinés). Les données proviennent du deuxième Plan. - 67 - Une conséqurice é,i*ri te du Pli en matière de politique éco- nomique était le maintien, sinon l.a renforcement, des mesures favorisant les entreprises publiques et défavorisant le secteur privé. Les objec- tifs financiers indiqués ci-dessus en ce qui concerne les investissements privés, à savoir environ 3,6 milliards de RC (A) ou 2,9 milliards de RC (B), sont comýparables an. in-estissements privés effectués au cours des t:oin anrées qui ont précédé le Plin, à savoir en moyenne 3,3 milliards de _-C par an (voir tableau 8.5 de l'Annexe). A supposer même que les planificateurs aient travaillé sur des données insuffisantes, la propo- sition selon laquelle les investissements privés devraient augmenter si lenrient (ou même diminuer) ne peut se concevoir que dans le contexte d'une politique tres défavorable à l'entreprise privée, politique consis- tant sans doute notamment, comme cela a été le cas jusqu'ici, à refuser des crédits bancaires appropriés au secteur privé et à opérer ainsi un transfert de l'épargne privée au profit du secteur public par l'intermé- diaire du système bancaire. 2W2. Le coût total des projets du secteur public inscrits au Plan s'élève à 11,7 milliards de RC (voir tableau 5.6 de l'Annexe), mais ce chi-Ire inclut bien entendu les dépenses de projets dont l'exécution aura lieu après la fin du Plan. Comme on l'a noté, la stratégie d'inves- tissements consiste implicitement à concentrer l'effort sur les secteurs productifs. Dans l'agriculture, le but est d'accroitre la production et la productivité grâce à des systèmes d'irrigation et de lutte contre les inondations, à la mécanisation, à la colonisation de régions peu habitées, etc..., d'encourager la production de matieres premières pour l'industrie et de réduire l'écart entre le niveau de vie des régions urbaines et celui des régions rurales. 243. Dans le secteur industriel le Plan propose, en vue de remplacer les importations, la création d'industries nouvelles de transformation des matires premières locales et de biens destinés à l'agriculture tels que les engrais, les produits antiparasitaires et les instruments agrico- les. Une condition nécessaire à la réalisation de ces objectifs est l'attitude dos investisseurs privés et les planificateurs expriment leur appréhension à ce sujet. 2hh. La majeure partie des investissements envisagés dans le domaine de l'énergie sera absorbée par le barrage de Prek Thnot, déjà en cours de construction. Enfin, les investissements dans les services sociaux visent à créer des pôles d'attraction dans les régions peu peuplées ayant un gr,nd potentiel de développement en assurant des services sanitaires et des services d'enseignement, en établissant des centres communautaires et en fournissant d'autres services afin de retenir la population et l'e!npêcher de partir pour les villes. 2h6. A ce jour, on n'a fait d'études de justification économique que pour très peu de projets inscrits au Planý aucune de ces études ne porte sur des projets entrepris par des entreprises publiques ou d'économie mixte. On a mentionné au Chapitre II les projets du secteur public qui semblent bien avancés ou sont à l'étude. Ne serait-ce que - 68 - pour ce-'_e raion, il est c -a - que les investizsemuents publics n'attein- dront pas le niveau prévu pour la périod-e du Plan: mais il s'agiît aussi d'un problème de ressources financières, comme on le verra au paragra- phe 295. 2L5. L-s obcectifs de croissance par secteur sont qualque peu diZ--cis a cerner. Etant donné que lorsque le Plan a été élaboré on ne dispcsajt pas de données de corntabilité nationale satisfaisantes, on a eu recours à une valeur de repère présumée du PIB en 196h et on a supposé, à titre d'hypothèse de travail, que l'objectif global d'un taux de croissance annuel de 5% avait été atteint de 1964 à 1968, première année du Plan. En d'autres termes, on a utilisé une période de 8 ans pour projeter le PIB aux pri-i de 1964, en supposant que les prix n'avaient pas changé. Sur cette base, on peut reconstituer le tabloau suivant àî partir du document du Plan. Valeur ajoutée par secteur (en milliards de RC) Croissance annuelle Croissance Réali- prévue iéali- annuelle sations Objectifs par le Plan sations effectiv 196 l/ 1972 1964-1972 196j2f/ L96L-969 Secteur primaire (agriculture) 10,0 l4,3 4,0 11,2 2,2 Secteur seconi-'aire L,3 ,6 7,7 h,1 8,7 cnt: Energie 1,6 1,9 2,2 0,3 9,6 Industrie 1,0 3,9 10,2 2,6, Construction 1,3 2,8 1C,2 1,3 12,52/ Secteur tertiaire 10,8 15,6 4,7 11,1 h,6 dont: Commcrce 5,2 7,3 5,2 5,9 2,8 Adiinistra- tion 3,6 L,7 3,4; 3,6 3,2 PIB 26,4 39, 5,0 26,h ,2 1/ Rleconstitué à partir d'une ventilation par pourcentages figurant dans le Plan, en utilisent le PIB de 1964 aux prix courants. 2/ Tiré du tableau 2.1 de l'Annexe donnant les estimations de la mission pour 1969. 3/ Jusqu'à 1968. - 69 - 217. D'apris le tableau ci-Cssus, il se7ble que les objectifs de croissance du Plan en ce qui concerne l'industrie et la construction ainsi que l'ensemble des services aient été atteints au cours des cinq dernières années, y compris deux années du Plan. La croissance de la construction ne représente cependent qutune remontée après la chute brutale survenue en 196à par rapport à 1963. Le Plan a été loin de la réalité à deux égards: en projetant un taux de croissance de b% pour l'agriculbu-c et en présumant que le secteur administratif devait se développer moins vite que le PIB. Il faut aussi noter que le secteur du commerce ne s'est développé qu'un tiers moins vite que prévu mais cela résulte d'une politique délibérée. 218. Les résultats de l'agriculture sont un motif d'inquiétude car sur une période de cinq ans elle s'est développée moins vite que la population. Il n'y a pas de progrès décisif à atteindre de la part du riz et il semble que l'on s'oriente vers une diminution de l'excédent exportable. Il en va de même pour le mais dont la culture a été encou- rapie avec grand succès dans des pays voisins aux fins d'exportation. Il faudra que le gouvernement tienne compte de certafns faits désagré- ables concernant la croissance agricole et qu'il revise certaines de ses idées sur ce qu'on peut et ce qu'on doit attendre des institutions exis- tantes. Sans une étude du secteur agricole beaucoup plus approfondie que celle qu'a permise le présent rapport, il serait imprudent de formuler des suggestions précises mais on retire l'impression générale que lorsqu'on a mis en place le cadre institutionnel, c'est-a-dire par exemple l'ORC et le système coopératif, on a trop mêlé les considéra- tions économiques aux objectifs politiques et sociaux, et mis l'accent sur la justice sociale plutôt que sur l'encouragement . la production. Il est à espérer que la nouvelle banque aaricole, par exemple, n'aura pas a jouer le rôle d'un nouvel organisme chargé de récompenser les régions ou les groupes méritants en leur accordant des Fonds supplémentaire 2 9. Quant à la croissance rapide des services administratifs, elle résulte dans une certaine mesure du faii que l'Etat a pris en charge certaines fonctions du secteur privé au cours de cette période, mais elle reflite encore davantage l'expansion rapide de l'éducation, de la santé et des services sociaux. Conme on le fera observer au chapitre suivant, une modification de cette politique deviendra probablement inévitable mais il serait d'autre part mauvais de continuer ai limiter sévèrement les dépenses courantes des services d'administration générale et des services économiques, compte tenu du besoin d'améliorer les traitements des fonctionnaires (c'est en 1969 seulement qu'on a pris les premi'roemesures à cette fin, apris plus de 15 ans d'inaction) et de rer orcer les services de l'administration qui sont chargés d'élaborer les projets d'investissements et d'exécuter ceux dont la construction est Lchevée. - 70 - D. o'a:on économique 250. Les données statistiques sont relativement rares au Cambodge et parmi les données disponibles, très peu sont présentées de façon utilisable et publiées, de sorte que l'on a eu par exemple recours dans le présent rapport à des renseignements provenanb de diverses sources, sans qu'l iut possible de procéder à des recoupements. Les divers services de l'administration ou meme d'un ministère ne sont pas au courant de faits que connaissent certains fonctionnaires appartenant à d'autres services et il n'y a pas de centralisation systématique des données économiques au profit du service de diffusion qui e::iste. 251. L'Institut National des Statistiques et de la Recherche EconoL;ique (INSERE) fait partie du Ninistère de la Planification; il rassemble les données statistiques émanant des divers ministères mais il n'est pas responsable de la qualité et de la compatibilité de ces données: il n'a pas non plus le pouvoir de les améliorer et il a besoin de l'accord de chaque ministère pour les publier. L'INSERE est chargé d'établir les comptes de la nation mais de tels comptes n'ont été dressés que pour les années 1962 à 1966, période pendant laquelle un expert étranger s'est acquitté de cette tâche, après quoi on a cessé de les préparer. Le directeur de l'INSERE est le seul statisticien dont dispose le Cambodge. Certains employés de bureau ont été formés sur le tas et ils s'efforcent de préparer pour la publication les données que comimu- niquent les ministères. 252. Les statistIciens n'ont pas de statut c:ficiel et les barèmes des traitements sont tout a fait inintéressants pour des personnes formées à l'étranger. De plus, le Ministere de la Planification lui-même, dont relève l'INSEPE, n'existe encore que sur papier et aucune suite n'a été donnée au deuxième Plan depuis qu'il a été publié sous forme miméographiée en 1967. 253. Dans ces conditions, il n'est guère étonnant que les rensei- gneients statistiques communiqués par les ministeres soient souvent de mauvaise qualité, fragmentaires, et dépourvus d'uniformité. Dans le cas des récoltes, le M1inistère de l'Agriculture constitue une source relativement sûre pour ce qui est des données relatives au paddy, aux arachides, au mais et a quelques autres produits. Ces données sont fondées sur des études par sondage régulières des récoltes et des rende- ments, et sur des estimations des sur'aces. Cependant, la qualité des estimations est inégale en raison du manque de personnel et les chiffres sur les rendements des cultures proviennent parfois d'instructions gou- vernementales auxquelles les statisticiens sont tenus de se conformer. En 1970, un recenseyent agricole doit être entrepris avec l'aide de la FLO. Les préparatifs sont presque terminés et il semble qu'il y ait de bonnes chances que son exécution se déroule correctement. 25L. Un seul recensement démographique a été effectué, en 1962, et ses résultats ont été publiés. Pour la croissance démographique, divers experts utilisant des méthodes difiérentes d'ajustement des données riu recensement ont abouti a des estimations allant de 2,2% a 3,6% par an. - 71 - Le syst'eme d'état ci.l est très dé7ectucux et il est difficile dans les travau:: de recensement de traduire en rense-Lnements numériquement utilispbles les concepts qu'emploient les répondants, par exemple, pour décrire leur âge. Le recensement agricole de 1970 devrait servir a améliorer cette situation peu satisfaisante. 23. Les statistiques relatives à l'inIustrie manufacturière sont particuli-iement clairsemées et présentent souvent peu d'intérdt. Personne n'est juridiquement tenu de répondre aux questionnaires émanant du ministère. Quant aux données relatives au commerce extérieur, il faut les obtenir de la SONEXIM en ce qui concerne ses propres transactions et les comparer aux statistiques douanières qui sont régulièrement tenues; mais, outre qu'elles ne tiennent pas compte des échnnges non enregistrés, elles révèlent aussi de grands écarts entre les prir unitaires des produits i.portés ccmme des produits exportés, écarts qu'il n'est pas possible de corroborer d'une autre manière. Il convient aussi de noter que les données sur les volumes de produits importés ou exportés sont toujours e:primées en tonnes, qu'il s'agisse de riz, de stylos ou de motocyclettes. 256. Pour améliorer l'information relative aux finances publiques, il faudrait les réorganiser, c'est-à-dire par exemple intégrer et reclasser les divers impôts, consolider tous les comptes spéciaux du Trésor et, pour ce qui est des dépenses, distinguer systématiquement entre comptes d'opérations courants et comptes d'opérations en capital. La complexité du système des transferts entre les divers comptes et les divers organismes pose un autre problème. Pour l'instant, et c'est peut- être dans une certaine mesure justi;ié, on ne montre pas beaucoup d'in- térêt pour l'amélioration des statistiques financières aussi longtemps qu'il n'est pas décidé de réformer le système fiscel et budgétaire lui-riêe. 257. Les statistiques intéressant la monnaie et le crédit sont régulièrement établies et l'in:ormation est tout a fait sûre étant donné qu'il n'existe que deux banques commerciîles, appartenant toutes deux entièrement à la Banque centrale. Les concepts utilisés dans le traite- ment et la présentation de ces données devraient être réorganisés car la formne donnée pal exciple aux tableau:: monétaires ne permet pas de fournir beaucoup d'éclaircisseients sur la politique monétaire. 258. En résuié, une amélioration substantielle cu rassembleiient, du traitement et de l'utilisation des données statistiques est indispensable si le gouvernement veut prendre des décisions en connaissance de cause pour réactiver divers secteurs de l'économie. Il est très probable que l'absence d'une connaissance suffisante de l'évolution à court et à moyen terme de la structure de l'économie a été, dans une certaine mesure, responsable des échecs que le gouvernement a rencontrés à cet égard. Cela est particulièrement vrai en matière de politique monétaire et de ses iiplicctions économiques. 259. Des progrès considérables sont possibles au prix d'un ivestis- sement modeste à condition que la décision soit prise d'améliorer le statut de l'INSE2 et d'élargir son rôle. Un problème non négligeable - 72 - est son impuissance nêrme dcns le domaine technique et son statut in,é- rieur vis-a-vis des ministères. Il a besoin davantage d'indépendance tout en évitant de lui donner un rôle trop visible qui l'exposerait aux risques de pressions politiqu,,s. L'Institut devrait pouvoir faire suivre un programme de lormation aux statisticiens qui travaillent dcns les divers iiinistères et aussi contrôler l'établissement de toutes les données statistiques. La méthodologie suivie pour la compilation, l'analyse et la présentation de l'inecrmation économique, y compris la comptabilité nationale, devra être améliorée. A cette fin, il a besoin d'assistance technique. CHAPITRE IV FIHA ICES PULI!UES A. Institutions 260. Par finances publiques, on entend celles de l'Etat lui-même et des institutions qui lui sont rattachées, dont certaines sont elles-mêmes productives de recettes (comme les collectivités locales, la loterie natio- nale et d'autres comptes spéciaux ) alors que d'autres dépendent entièrement des transferts du budget national et d'autres fonds (par exemple le Plan, la Caisse Nationale d'Equipement, etc...). Les entreprises publiques industrielles et autres, cornue la SONEXI, peuvent être considérées comme faisant partie du secteur public pour ce qui est de l'investissement et de l'épargne, étant de:' surtout que certaines d'entre elles (par exemple la Société Khmère des Distil.l, ries) se servent de leur position de monopole pour se procurer leurs propres recettes fiscales; cependant, on considérera qu'elles sont en dehors des fi- nances publiques dans les paragraphes qui suivent. 261. Ainsi délimitées les finances publiques englobent sept institution- (ou groupes d'institutions5 dotées de budgets indépendants mais liées les uneà aux autres par de nombreux transferts financiers qui se sont élevés en 1966 à presque la moitié des recettes du gouvernement. Ces institutions sont les suivantes: 1. Le budget national 2. Les comptes spéciaux du Trésor (15) 3. Le Plan (Ministère de la Planification) 4. Les collectivités locales 5. Les administrations publiques 6. Les caisses de pensions et de sécurité sociale 7. La Caisse Nationale d'Equipement. 262. Il conviendrait de mentionner quelques autres organismes qui reçoivent des contributions volontaires et des allocauions du budget mais leurs ttivi- tés ont une portée relativement limitée et de toute façon ne sauraient etre prises en considération faute de renseignements. Il s'agit notamment de la Caisse du Sangkum qui soutient les activités du seul parti politique du Can- bodge, de l'Oeuvre Nationale d'Entraide (ONE) et de la Caisse d'Edification Nationale (CEI) (oui toutes deux relèvent du Chef de l'Etat et ont pour fbnc- tion de distribuer des secours pour ce qui est de l'ONE et d'apporter une aide financière directe en matière d'investissement, surtout aux agriculteurs, pour ce qui est de la CEN) et enfin de la Croix Rouge. 263. L'institution de loin la plus importante est le budget national, qui perçoit à peu près les deux tiers des recettes totales de l'Etat et plus de 80% du produit des impôts. Le budget est voté chaque année par l'Assemblée Nationale et il comprend des opérations courantes et des opérations de capi- tal. Toutefois, une partie seulement des dépenses d'investissement est clas- sée séparément. Chaque chapitre correspond à un ministère et est divisé en dépenses de personnel et dépenses de biens et services, y compris les dépens_s - 74- - d'ivestissenent, sans indication de leur objet. Les dépenses faites à l'aide de dons ou de prêts étrangers ne sont pas inscrites au budget et le Ministère des Finances ne les comptabilise pas non plus, ce qui fait qu'il faut s'adresser aux organismes d'exécution pour avoir des renseignements à leur sujet. Le budget indique néanrnoins les transferts prévus au profit d'autres institutions. Un des défauts des documents budgétaires est que l'on n'y trouve pas de données sur les dépenses effectives des années précédentes si bien qu'on ne peut coiparer que les montants votés chaque année. Des données détaillées sur les dépenses autorisées par le Trésor sont établies au Ministère des Finances mais cela fait de nombreuses années qu'on n'a pas enregistré les dépenses effectives. Les écarts entre les dépenses autorisées et les dépenses effectives sont toutefois faibles, semble-t-il, et le montant des autorisations peut être considéré comme un indice assez exact. 264. Le nombre des comptes spéciaux non soumis au contrôle parlementaii mais administrés sous le contrôle du Trésor, a varié au cours des années. Généralement, on clôt un conpte et on transfère son actif au budget national dès que le volume de ses transactions est jugé trop faible. Il y avait en 1968 15 comptes spéciaux, le plus important étant la Caisse de Compensation, créée pour percevoir le produit des surtaxes à l'importation et verser l'aide à l'exportation. L'apparition de ces transactions a été due à la surévaluation du taux de change; après la dévaluation, le volume de ces transferts devrait beaucoup diminuer (pour le fonctionnement de ce système, voir paragraphes 303-30W). Ces dernières années, le produit des surtaxes à l'importation a largement dépassé les versements de subventions par la SO1RXIM chaque année une partie du solde a été transférée au budget national. 265. La Loterie Nationale représente un autre compte spécial qui a régu.- lièrement un solde excédentaire qu'il est possible de verser au budget. Il existe un autre compte spécial pour les participations de l'Etat iux entreprises d'Etat ainsi que pour les transferts du budget à la Caisse Nationale d'Equipement (Fonds de Participation et de Souscription Publiques). Parmi les douze autres comptes spéciaux, certains sont eux-mêmes productiÉ de recettes tandis que d'a res dépendent entièrement des fonds que leur alloue le budget national.Y 266. Les renseignements relatifs aux transactions de certains comptes spéciaux sont très peu sûrs. Ainsi, les comptes de la nation pour 1965 et 1966 établis au Ministère de la Planification indiquent que les impôts indi- rects perçus par les comptes spéciaux sont supérieurs de quelque 900 millions de RC au montant indiqué par la SOIEXDi et par les documents du Ministère des Finances, ce qui fait que l'épargne publique indiquée s'élève à près de 400 1/ (1) Fonds d'Investissement Economique et Social - (2) Charges des Emprunts Extérieurs - (3) Opérations de Cadastrage - (h) Opérations Commerciales des Domaines - (5) Aide à la Production Agricole - (6) Agent Judiciaire du Trésor - (7) Amendes et Confiscations des Changes - (8) Redevances Forestières de la Coupe - (9) Fonds d'Assurances des Produits Pétroliers - (10) Amendes et Pénalités Fiscales - (11) Amendes et Confiscations en matière de Pdches - (12) Fonds Spécial pour la Sécurité. ;illions de RC, c'est-à-dire qu'elle est supérieure d'un tiers à llinvestis- sement public, alors que les chiffres officiels indiquent un déficit de plus de 600 millions de RC chaque année. Il s'est avéré impossible de procéder à des recoupements entre ces données, l'auteur des comptes de la nation étant :arti en 1967. 267. Le inistère de la Planification est devenu un organe financier distinct en 1960, lorsque le Cambodge a lancé son premier Plan quinquennal. Il devait être l'organe d'exécution pour toutes les dépenses publiques d'in- vestissement prévues par le Plan et financées par les excédents budgétaires, les comptes spéciaux et l'aide étrangère; le budget national ne devait en principe couvrir que ses dépenses courantes. En fait, cette centralisation n'a janais été réalisée et après quelques années, le volume des fonds cen- tralisés par le Plan a considérablement diminué, tandis que les autres minis. tères obtenaient à nouveau des fonds provenant directement du budget natio- nal. Quant au deuxième Plan (1968-1972), les sommes qui lui sont allouées proviennent exclusivement du budget national et des comptes spéciaux du Trésor. 258. Les collectivibés locales (17 provinces, 4 municipalités indépen- dantes et 16 kh'ums) perçoivent quelque 7/ du total des recettes fiscales mais la majeure partie de leurs dépenses est financée par des transferts du budget national. Leurs dépenses consistent surtout en traitements versés à leurs fonctionnaires mais elles font également quelques investissements, notamment dans des travaux utilisant de la main-d'oeuvre locale bénévole. 269. Les adninistrations publiques comprennent les universités, les hô- pitaux, l'Office National du Tourisme et le budget de la I'aison Royale; leurs dàpenses sanb pour l'essentiel financées par le budget national. Les caisses de pensions et de sécurité sociale, en revanche, reçoivent des cotisations des ménages aussi bien que du gouvernement. Elles accumulent des fonds depuis un certain nombre d'années et en 1969, le gouvernement a abaissé ses versements de 16 à 6% des traitemenus des fonctionnaires civils et militaires. 270. La Caisse Nationale d'Equipement a été créée en 1955; son rôle associe les fonctions d'une banque publique de développement à celle d'un agent financier de l'Etat pour l'exécution de ses propres projets, par exemple la ligne de chemin de fer reliant Phnom Penh à Sihanoukville, ainsi que de projets d'entreprises publiques ou d'économie mixte, telles que la raffinerie ae pétrole. Les ressources financières, outre les crédits budgétaires, pro- viennent de l'extérieur et sont les dividendes des investissements dans les .nbreprises d'Etat. Le produit d'un impôt spécial, la taxe exceptionnelle d'équipement, qui a frappé les entreprises privées étrangères jusqu'en 1963, était affecté à la CNE pour ses investissements dans les entreprises publiques. B. Recettes Publiques 271. Bien que le secteur des finances publiques comprenne un grand nombre d'institutions, le recouvrement des impôts est très centralisé. Ainsi, en 1966, sur une recette fiscale totale de 4,9 milliards de RC, le budget natio- nal a perçu 86% de cette somme, les comptes spéciaux 7% et les collectivités locales les 75 restants. - 76 - 272. Cela ne veut pas dire que la structure de l'imposition par le budget national soit simple. En effet, plus de cinquante impôts sont perças et l'on dit de certains qu'ils ne sont connus que du bénéficiaire et du p3r- cepteur. Une grande partie de ce système complexe a été hérité de l'époque du protectorat français, et un certain nombre d'impôts nouveaux ont été in- troduits par la suite. Cependant, 75% des recettes fiscales proviennent de3 quatre imipôts les plus importants, à savoir l'impôt sur la consommation, l'impôt sur le chiffre d'affaires, les droits d'importation et l'impôt sur le revenu. 273. En 1968, les recettes consolidées se sont élevées à 22,7% du PIB au coût des facteurs antre environ 21% cinq ans auparavant; la recette fiscal£ totale équivaut à environ 19% du PIB et son montant est proche de ce qu'il était au début des années soixante, bien qu'il ait momentanément diminué da: l'intervalle. Etant donné que l'agriculture est à peine imposée et qu'elle occupe à peu près 80Y de la population, cette charge fiscale est lourde. Ir4is étant donné aussi le rôle dominant que le secteur public a décidé d'assumer en vue du développement de l'économie, on ne peut pas dire qu'elle soit sue- fisante. 274. L'évolution des recettes fiscales et des autres recettes du budget national au cours des 12 dernières années est indiquée ci-après. On ne dis- pose de données consolidées sur les finances publiques que depuis 1962; on les trouvera aux tableaux 5.1 et 5.2 de l'Annexe Statistique. Recettes du Budget National Croissance annuelle 1956 1960 1961 1968 ci Impôt sur le revenu 184 283 466 678 11,5 Autres impôts directs 674 603 61L 1.267 5,1 Droits d'importation L13 1.049 1.056 1.198 9,3 Impôts sur le chiffre d'affaires 275 670 794 1.223 13,2 Autres impôts indirects hlh 419 622 1.157 9.0 Recette fiscale totale 1.9o7 3.0T2 37TP .23 9,1 Recettes non fiscales 994 823 676 957 Total 2.95h 3.847 h.230 6.480 6,L Recettes extra-budgétaires n.d. n.d. 827 1.001 4,9 1/ Recettes consolidées n.d. n.d. 5.057 7-b8 9,h 1/ 1 Quatre dernières années seulement. La différence entre les recettes du bud- get et les recettes consolidées provient pour l'essentiel des contributions des ménages aux caisses des pensions, des impôts locaux et des surtaxes à l'importation perçues par la Caisse de Compensation. Source: Tableau 5.3 de l'Annexe Statistique. - 77 - 275. Le rendement des impôts est très inégal d'un imp8t à l'autre. L'ipec sur le revenu a augmenté assez régulièrement à un rythme moyen de 11,5% par an. Son élément principal (61% en 1962) est l'impôt sur les bénéfices. Les autras impôts directs ont stagné de 1956 à 196h mais leur produit a doublé pendant les quatre années suivantes. Ils comprennent quelques impfts sur l'enregistre- ment des capitaux, la patente, etc... Le recouvrement d'arriérés fiscaux Pn 1968' a donné une impulsion passagère à ces"autres impàts directs". 276. Les impôts indirects, qui fournissent les deux tiers du total de la recette fiscale, ont tous augmenté assez rapidement, à l'exception des droits d'importation qui ont eu tendance à stagner après 1960, mais il en irait au- trement si l'on tenait compte des surtaxes à l'importation perçues après 1963; étant donné que le volume de biens de consommation importés ne s'est accru que d'un cinquième de 1962 à 1968, les droits d'importation et la surtaxe conjugués ont augmenté de plus de 50%. 277. Les impôts sur le chiffre d'affaires frappent à la fois les importa- tions et les produits locaux, à l'occasion de la première vente; ils ont aug- .ienté de plus de 13% par an. Un rythme d'accroissement encore plus rapide a été obtenu dans le cas des impôts indirects perçus sur le sel, les boissons alcoolisées, le tabac, les allumettes et les hydrocarbures. 278. Dans l'ensemble, le rendement des impôts a été assez régulier au cours des années. Depuis 1963, le PIB aux prix courants s'est accru en moyenne de 7,8% par an; il convient de comparer ce taux au taux de croissance des re- cettes fiscales consolidées, qui s'est élevé à 7,9%1 par an. Le système fiscal n'a fait l'objet que de modifications très mineures pendant toute la période de 12 ans considérée; rien n'a été fait ni pour simplifier ce système ni pour in- troduire des impôts nouveaux, à l'exception de la surtaxe à l'importation en 1963 mais celle-ci est partiellement compensée (et même ces dernières années plus que compensée) par les subventions aux exportations et son rendement dimi- nuera de toute façon après la dévaluation, étant donné qu'elle a surtout po-r objet de remédier à la surévaluation du taux de change. 279. Il semble que pour répondre aux besoins financiers croissants du secteur public, on ait eu pour politique de faire fond sur de nouvelles res- sources extra-budgétaires plutôt que sur l'impôt. Le tableau 5.1 de l'Annexe montre que les recettes non fiscales consolidées sont passées de 295 millions ue RC seulement en 1962 à environ 2.050 millions de RC en 1969. Etant donné que les recettes de la Loterie Nationale n'ont pas suffisamment augmenté, on a créé en 1969 à Phnom Penh un casino qui devait produire -00 millions de RC de recettes pendant l'année. Le casino a bien fonctionné pendant les six premiers mois mais il est ensuite apparu que les joueurs étaient à court de fonds, au moins à Phnom Penh, si bien que des visiteurs de régions plus éloi- gnées de la capitale ont été incités à le visiter. Il semble que l'on ferme- ra ce casino en 1970 - 78 - C. Dépenses 280. Les dépenses totales du budget national se sont accrues très rapida- rient de 1956 à 1962, à un rythme de plus de 20' par an. De 1962 à 1968, le taux d'accroissement s'est abaissé à 3,6v par an (5,8% dans le cas des dé- penses courantes consolidées). Ce changement de rythme reflète le fait qu'au départ, le système fiscal existant produisait plus de fonds que n'en pouvait employer efficacement l'administration du pays, qui venait d'accéder à l'in- dépendance. Cependant, une fois cetbe contrainte surmontée, les excédents onc rapidement disparu et dès 1959 on a constaté d'importants déficits qui ont es, comblés grâce à l'assistance étrangère, surtout celle des Etats-Unis. En conas - quence, les dépenses militaires se sont multipliées par cinq entre 1956 et 1963 jusqu'à atteindre 5,5% du PIB (leur part est ensuite retombée à h,7%), les dé- penses d'éducation se sont multipliées par trois, de même que les dépenses ayant trait à l'administration générale et aux services économiques. 281. Ccr-pte tenu de la décision, prise en 1963, de se passer de l'assis- tance américaine, tout en préservant la stabilité monétaire, un programme d'a;-. térité a été annoncé et en fait, comme on l'a noté, les dépenses budgétaires totales n'ont augmenté depuis lors qu'environ deux fois moins rapidement que le PIB aux prix couranbs. 282. Le total du supplément de recettes de l'Etat pendant la période de six ans qui s'est écoulée depuis 1962 a été consacré aux dépenses courantes qui auraient donc augmenté à peu près au même rythme que le PIB s'il n'y avait pap eu une diminution graduelle du financement de l'économie par les dépenses pu- bliques. Les d6penses d'investissement ont diminué en valeur absolue. C'la paraît surprenanL compte tenu des réformes de 1963, qui ont conféré un r&Ie plus important au capitalisme d'Etat et qui du reste ont entraÎné pendant plu- sieurs années un déclin du rapport entre l'investissement privé et le PIB. 11-1;3 si l'on ajoute les investissements des entreprises d'Etat et des entrepriseo d'économie mixte aux investissements de l'Etat, leur total est tombé de 1.823 millions de RC (7,1% du PIB) en 1962 à 1.787 millions de RC (h,9% du PIB) en 1968. Trois facteurs aident à expliquer pourquoi le gouvernement n'a pas réuc- si à augmenter sa contribution à la formation intérieure de capital. En pre- mier lieu, l'aide étrangère a diminué, comme prévu. En deuxième licu, la pré- paration et l'exécution des projets se sont révélées bien plus difficiles que prévu. En troisième lieu, une politique financière conservatrice a été menée de pair avec une politique des dépenses qui a donné la priorité aux objectifs sociaux plutôt qu'aux objectifs économiques. 283. On trouvera dans le tableau ci-après les dépenses courantes con- solidées de la période 1962-1968. On ne dispose pas de données pour les années antérieures. - 79 - Recettes et Dépenses Consolidées (millions de RC) Croissance annuelle 1964 1968 ' Dépenses courantes Services économiques 405 549 5,1 dont: Agriculture (187) (313) 9,0 Transports/ Communications (171) (171) Services sociaux 1.289 2.590 12,h dont: Education (958) (1.903) 12,2 Santé (293) (471) 8,2 Défense 1.818 1.780 -0,3 Service de la Dette 6 139 69,0 Administration Générale 1,033 1.230 2,9 Transferts Sh0 863 8,1 Dépenses courantes totales 5.091 7.151 5,8 Recettes 4.276 7. 81 92.7 Balance - 815 + 330 Formation de capital fixe du secteur public et semi-public a/ 1.823 1.787 a/ Y compris les entreprises d'Etat et les entreprises d'économie mixte. 281. La modification la plus notable qu'a subie la structure des dépenses est l'augmentation rapide des dépenses relatives à l'éducation, dont le mon- tant a dépassé en 1968 celui des investissements totaux dans les secteurs pu- blic et semi-public. De même on a considérablermt augmenté les dépenses rela- tives à la santé, qui en 1968 ont absorbé une some presque aussi importante quE l'ensemble des secteurs économiques. Il convient de souligner que compte tenu des dépenses d'investissement et des dépenses courantes, l'effort total de l'Etat dans le domaine agricole ne s'est élevé en 1966 qu'à 323 millions de RC soit moins que le montant consacré au secteur de la santé 1/et cette situa- 1/ On ne dispose de ventilation des investissements publics par secteur que pour la période 1962-1966 (voir tableau 5.5). tion prévaut encore aujourd'hui malgré les déclarations réitérées des diri- geants du pays au sujet du rang de priorité élevé de l'agriculture. Cela ne veut pas dire que l'éducation ou la santé ne méritent pas de crédits iý- ortants au Cambodge; cependant, étant donné les ressources disponibles, les demandes des secteurs sociaux ont été excessives et les priorités im- plicites que reflètent les taux de croissance des dépenses indiqués plus haut ne sont pas sans rapport avec les résultats décevants de l'économie. 285. Il eat intéressant de constater que le total des traitements ver- sés par l'Etat au cours de cette période s'est accru de 8,2', par an, soit plus d'un tiers plus vite que le total des dépenses courantes. Cet accroiL- sement est lié à l'augmentation du nombre des fonctionnaires, surtout des enseignants l/. Le niveau des traitements n'a pas changé depuis 1953 et c'est seulement en 1969 qu'un ajustement d'environ l0l a été décidé par le gouvernement pour a tténuer les effets attendus de la dévaluation sur le cott de la vie. Cependant, les traitements soent encore beaucoup trop bas pour attirer dans la fonction publique des personnes qualifiées (les salaires versés par les entreprises privées sont à peu près trois fois plus élevés que ceux que verse l'Etat). 285. Les dépenses d'administration générale ont augmenté de moins de 3% par an. Cet accroissement apparaÎt à première vue singulièrement lent. Il est néanmoins difficile de juger si l'administration générale était ou non suréquipée pendant la période antérieure. En 1968, elle a absorbé deux fois et demie le montant alloué aux services économiques. Les rapports entre les besoins de ces deux types de services appelleraient une étude approfondi, visant à déterminer les conditions requises pour leur expansion à l'avenir. 287. La politique de base visant à éliminer le déficit actuel en limitark l'expansion des dépenses courantes à un taux constamment plus faible que pour les recettes a été raisonnable et elle permet de porter une appréciation fa- vorable sur la gestion financière d'ensemble du Cambodge, tout à fait indé- pendanment de la question des priorités. Ce qui est arrivé, c'est que l'at- titude financière prudente adoptée a été renforcée à un moment de ralentisse- ment de l'économie, alors qu'en théorie une politique plus expansionniste aurait paru appropriée. Cependant, cet argument perd beaucoup de sa validité pour deux raisons. La première est que ce ralentissement a été causé plutôt par des mondifications institutionnelles et par l'action délibérément entre- prise contre le secteur privé que par l'évolution de la demande globale; compte tenu de la perte de confiance des milieux d'affaires, une politique cxpansionniste des revenus aurait très bien pu ne pas réussir à atteindre son objectif. La seconde est que l'on manquait tellement de statistiques sûres, tant en ce qui concerne l'investissementet l'épargne qu'en ce qui concerne l'évolution de la situation monétaire, qu'il n'était pas possible 1/ Le nombre total des employés civils de l'Etat s'élève actuellement à 55.000 dont 43.000 fonctionnaires enployés à titre permanent, y compris près de 30..0C enseignants. Les forces armées sont estimées à environ 35.000 hommes. - 81 - de tirer des conclusions pertinentes quant au volume raisonnable de finan- cement de l'économie par les finances publiques; ce n'est donc pas sans raisons valables qu'une politique prudente a été adoptée. 288. L'évolution en 1969 a de nouveau abouti à la création d'un petit déficit courant, actuellement estimé à environ 100 millions de RC pour le secteur des finances publiques consolidées. Les recettes ont probablement augmenté d'à peu près 51 mais la cause principale de cette augmentation esL la contribution de 400 millions de RC du Casino, qui disparaîtra probable- ment en 1970. Si l'on tient compte du budget additionnel, les dépenses courantes auront augmenté de 914 millions de RC, soit de plus de 12%. Plus d'un tiers de l'accroissement est allé de nouveau au secteur social et prèb d'un tiers au secteur de la défense. Un montant de 155 millions de RC a été affecté à l'augmentation des traitements à la suite de l dévaluation. 289. Pour les années à venir, on prévoit une augmentation du déficit courant, qui pourrait atteindre près de 500 millions de RC si rien nlest fait pour créer de nouvelles recettes. Le produit des surtaxes à l'impor- tation diminuera abruptement déjà au cours de la seconde moitié de 1969 et il est improbable que cette diminution soit compensée par une augmentation des recettes non fiscales, par exemple celles que produisent les dividenae-, Il faudra au cours des anmées à venir une augmentation plus rapide des dé- penses courantes consacrées aux services économiques et aussi probablement des dépenses courantes dJadministration générale, mais il faudra s'efforcer de limiter ce qu'on est convenu d'appeler là'explosion scolaire". 290. Une méthode pour augmenter les recettes serait d'améliorer l'efficacité de la fiscalité en supprimant purement et simplement cer- tains petits impôts ou en les fusionnant en un seul, ce qui permettrait à l'Administration de combattre plus efficacement la fraude fiscale. Une mesure qui mériterait certainement d'être examinée consisterait à donner une autonomie fiscale supérieure aux collectivités locales pour réduire leur dépendance vis-à-vis des subventions du budget national. Le con- tribuable accepte souvent plus facilement les impôts locaux destinés à financer les budgets locaux, en raison de la proximité des avantages. Eu égard à l'extrême complexité de la fiscalité actuelle, il est difficile d'évaluer les effets d'une modification donnée sur l'ensemble du recou- vrement des impôts si l'on ne procède pas à une étude de la fiscalité existante. Il faudra tôt ou tard entreprendre cette étude et le plus tôt sera le mieux. D. Dépenses d'investissement et financement des investissements 291. Au cours des 8 dernières années, y compris 1969, pour laquelle on dispose d'estimations, les investissements de l'Etat se sont élevés en moyenne à environ 1.150 millions de RC par an, sans que lion puisse dégager une tendance nette, à l1exception d'une diminution de 50% de 1963 à 1965. Si lon tena t compte des investissements des entreprises publiques, s'élevant è environ 170 millions de RC par an, et des inves- tissements non monétaires, la formation totale de capital fixe dans le secteur public aurait atteint en moyenne à peu près 1.hh0 millicns de RC - 82 - p.r an. C'est aussi le montant aépené en 1968, première année du deuxième Plan, alors que l'objectif fixé pour cette année était 2.500 millions de Sc. 292. Quant à l'affectation de ces dépenses d'investissement, on dispose de certaines données sur la période ae 5 ans qui s'est écoulée de 1962 à 1)6. elles montrent qu'approximativement 60", sont allés à l'infrastructure (travaux publics, énergie, transports), environ l% à l'administration générale, 75 A l'éducation et à la santé, 5% à l'agriculture et 1% à l'industrie (dont pluo des quatre cinquièmes ont été déboursés par les entreprises d'Etat et les entreprises d'économie mixtes). En 1967, le développement industriel a béné- ficié d'une nette implusion du fait de la raffinerie de pétrole (semi-publi>-.À. mais à cette exception près, la tendance est plutôt au déclin depuis 1966. Y.z même, rien ne laisse présager un accroissement des dépenses consacrées à culture, à l'exception du lancement des travaux de construction du projet Pr, Thnot. L'intention annoncée de modifier la structure des investissements en faveur des secteurs productifs est certes très louable mais la réalisation de ce voeu prendra du temps. A la suite de l'achèvement de la ligne ferro- viaire Sihanoukville-Phnom Penh, les investissements dans les transports seront inévitablement réduits en 1970 mais il convient de souligner l'ob- servation générale que vu le niveau actuel de l'investissement public, la proportion consacrée aux dépenses d'infrastructure ne représente pas, en valeur absolue, un montant excessif; il existe en effet des projets très prioritaires qui justifieraient le maintien de ces dépenses au même niveau ou même leur accroissement, si seulement l'on pouvait suffisamment augmenter les ressources totales et avancer les projets pour permettre à l'Etat de consentir un effort plus approprié dans d'autres domaines tels que l'agri- culture. A nouveau, cela ne veut pas dire que le gouvernement doive s'ef- forcer de suivre le Plan et affecter 251 des ressources totales à l'agri- culture et 25% à l'industrie. Etant donné le niveau actuel des capacités techniques et administratives, cet effort ne saurait aboutir qu'à un vaste gaspillage. Le choix entre l'infrastructure et les secteurs productifs n'est pas aujourd'hui au Cambodge un choix véritable. Surtout pour ce qui est du choix, par exemple, entre des investissements publics dans les ins- tallations de production d'énergie ou dans l'industrie manufacturière, la situation actuelle à Phnom Penh est paradigmatique puisque si le secteur public ne réussit pas à fournir des installations suffisantes de produc- tion d'énergie, cela gêne l'industrie privée (notamment) et que cette observation ne saurait être utilisée pour plaider en faveur d'un accrois- sement du nombre des entreprises industrielles publiques. 293. En général, au lieu de fixer des objectifs en pourcentages en ce qui concerne la répartition des crédits par secteurs, il vaudrait mieux que le gouvernement s'efforce par tous les moyens de rechercher des amélio- rations administratives, institutionnelles et techniques dans tous les ser- vices intéressant l'agriculture et consacre le maximum de ressources à l'élaboration d'un programme de développement agricole. Ce n'est qu'à la suite de cette élaboration qu'il sera économiquement possible d'accélérer progressivement les investissements publics dans ce secteur. Dans l'inter- valle, le Cambodge continuera à avoir besoin d'investissements importants pour son infrastructure économique; pour ce qui est de l'industrie, il semble que des politiques favorisant l'initiative et l'entrepris- privées - 83 - représentent un besoin plus pressant que l'exécution immédiate par l'Etat de nouveaux projets industriels dont la justification économique reste douteuse. 294. Cependant, si l'on considère l'avenir et si lton projette la tendancs actuelle des recettes et des dépenses courantes de l'Etat, on constate que le problème majeur est celui de l'équilibre budgétaire. Pen- dant les huit dernières années, l'aide étrangère a financé, en chiffres nets, 80% des investissements de l'Etat. On peut faire valoir que les trois quarts de cette aide ont pris la forme d'une assistance militaire, de traitements versés au personnel enseignant expatrié et dtautres dépenses non affectées aux investissements et qu'une bonne part de ces dépenses n'auraient pas été faites en l'absence de cette aide, mais il n'en reste pas moins que l'épargne intérieure publique a été constamment négative. Pendant cette période, la structure du financement a été la suivante: Financement Investis- Excédent Dons Dons/Prêts Crédits sements de compte étrangers étrangers de la Utilisation de courant (dépenses (dépenses banque des l'Etatý/ (+) courantes) d'investis- centrale réserves sement) (+) (+) 1962 1.414 -815 1.269 204 +hoo +356 1963 1.653 -475 1.248 257 - +623 1964 1.399 -1.230 832 82 +600 +1.115 1965 857 -318 516 39 -230 +850 1966 1.155 -337 520 362 +660 -50 1967 780 -537 430 121 +10 +756 1968 1.2h0 +330 524 318 +120 -52 1969 1.73W -107 h00 300 +470 +667 Total 10.228 -3.489 5.739 1.683 +2.030 +4.265 _/ A l'exclusion des investissements non monétaires et des investissemen"z des entreprises d'Etat. Y compris h00 millions de RC de contributions aux organisations interna- tionales. 295. Il serait difficile de prévoir à long terme les recettes et les dépenses courantes de l'Etat au Cambodge; tout ce qu'on peut dire, c'est qu'eu égard à l'assiette fiscale actuelle, les recettes totales n'augmen- teront probablement pas beaucoup plus vite que le PIB aux prix courants - l'élasticité fiscale par rapport au PIB étant restée très voisine de l'unité dans le passé; alors que certains impôts tels la surtaxe à l'importation, déclineront après la dévaluation, cette diminution sera peut-être légère- ment plus que compensée par l'accroissement des droits de douane perçus sur la valeur CAF des importations, qui pour sa part augmentera. Quant aux dépenses courantes, on peut dire que leur taux de croissance sera influencé pp-r la nécessité d'améliorer les traitements des fonc- tionnaires et par les transformations de plus en plus fréquentes - 8 - des services économiques résultant des investissements présents et futurs. Même si on limite les dépenses du secteur social et si on restreint le taux d'accroissement des dépenses militaires à moins de 5% par an, le déficit courant devrait rester voisin de 300 à 00 millions de RC par an, à moins que l'on ne trouve de nouvelles ressources fiscales importantes. 296. Si l'on veut accroftre les dépenses d'investissement, comme il faudrait le faire, jusqu'à un niveau d'au moins 2,5 milliards de RC en trois ou quatre ans, il sera évidemment nécessaire d'obtenir davantage de capitaux publics étrangers. Ce besoin sera renforcé par le fait que le recours permanent aux avances de la banque centrale et l'utilisation des réserves, notamment des réserves en devises depuis 1967, pour combler le déficit budgétaire, ont été conciliés avec la stabilité monétaire au prix de restrictions de crédit extraordinairement sévères pour le secteur privé. Conserver cette conception ne sert srement pas les intérêts du développe- ment économique. - 85 - CaPITRE V LA. BALANCE DES PAIEMTS A. Le régime du commerce extérieur 297. Depuis 1952 (année à partir de laquelle on possède des données numériques), les exportations du Cambodge n'ont augmenté que de 3,5% par an. Le PIB réel s'est accru de 5,1% par an, mais l'accroissement annuel des services et de l'industrie, qui dépendent davantage des importations que de l'agridulture, a été de 7,2% contre 2,7% pour l'agriculture. Ces chiffres paraissent indiquer que la balance des paiements du Cambodge a été affligée d'un déséquilibre structurel entraînant des pressions cons- tantes sur le taux de change, même sans qu'il n'y ait de disparité entre le taux d'inflation monétaire du Cambodge et celui du reste du monde. Comme on l'a noté, l'expansion de la masse monétaire a été très modérée, et les changements du niveau des prix reflètent une augmentation des prix des importations plutôt que de ceux des marchandises locales. Comme le nontre le Tableau 6.5 de l'Annexe Statistique, l'indice des prix à la con- somation pour la classe ouvrière de Phnom Penh s'est élevé de 3,2 par ar depuis 1956; la hausse annuelle a été de h,3 pour la classe moyenne, et de 5,3" pour les résidents étrangers. Pour la population rurale, le chan- gement a été probablement mineur. 298. La parité du riel cambodgien (RC) est restée inchangée jusqu'en août 1969, date à laquelle elle a été abaissée de 25,h à 16 mg d'or. Avant la dévaluation, il existait une parité d'arbitrage différentielle entre le franc français et toutes les autres monnaies, le cours du franc étant fixé à 10 RC (il n'a pas été tenu compte des dévaluations successive du franc français) et ceux de toutes les autres monnaies à% l'équivalent de 35 RC pour 1 dollar américain. Depuis 1969, il n'y a plus qu'un taux unique qui est de 55, RC pour 1 dollar. Le cours des devises sur le marchr" libre a suivi, les premières années, un mouvement de hausse progressif pour atteindre un sommet au moment de la cessation de l'aide financière amn - caine; à cette époque, le cours du dollar se situait aux alentours de JïU FG soit le triple du cours officiel. Depuis lors, il est redescendu sous les effets conjugués des restrictions monétaires et, plus récemment, d'une demande croissante sur des marchés restreints pour des activités de contrebande. 299. Le contr8le des changes et des restrictions quantitatives aux im- portations sont en vigueur pratiquement depuis l'indépendance, et depuis 1963 le commerce extérieur est nationalisé et directement pris en charge par la Société Nationale d'Exportation et d'Importation (SONEXIM), créée nouvellement a cet effet. 300. L'Office National des Changes (ONC) a été créé en 1955 en tant qu'agence de la Banque Nationale du Cambodge pour le contrôle des tran- sactions en devises. Les recettes d'exportations devaient être cédées à l'ONC au cours officiel (35 RC le dollar et 10 RC le franc français). - 86 - sauf 10% ou 13%, selon la monnaie en cause, de la valeur officielle des exportations. Ce pourcentage, auquel s'ajoutait l'excédent des recettrs d'exportation sur les valeurs officielles calculées sur la base des prix à l'exportation établis par le gouvernement, était librement convertible sur le "marché parallèle". Les comptes librement convertibles étaient désignés sous le nom de "comptes EFAC" (Exportations - Frais accessoires). Enfin, certaines marchandises exportées vers 3angkok, Hong Kong et Singa- pour étaient entièrement libérées de l'obligation de céder des devises, et une déclaration était suffisante. Les recettes de ces exportations restaient à l'étranger, et étaient utilisées pour des importations sous le régime dit des "Echanges Compensés". 301. La plupart des importations faisaient l'objet de licences qui étaient accordées par le Ministère du Commerce sur la base d'un budget de devises, et permettaient aux importateurs d'acheter des devises à l'ONC au cours officiel. Deux autres catégories d'importations étaient possible- Premièrement, on pouvait importer sans licence certaines marchandises figurant sur une liste officielle en utilisant les devises "libres" des comptes EFAC, Deuxièmement, les exportateurs de marchandises bénéficiant du régime des échanges compensés pouvaient aussi utiliser leurs devises pour des importations sans licence. En fait, comme on l'imagine, le systène des échanges compensés donnait lieu aussi a des achats et à des ventes libres de devises, mais hors des frontières cambodgiennes. Ces marchés (le "marché parallèle" EFAC, le marché étranger et aussi le "marché noir" alimenté par la contrebande) étaient suffisamment perméables pour que toute, les devises libres soient négociées à des taux de change qui étaient à peu près les mêmes, si bien que les importations étaient soumises à un seul cours de base en plus du cours libre. 302. Les exportations et les importations de marchandises étaient faites par une demi-douzaine d'importantes sociétés, européennes pour la plupart, ainsi que par un grand nombre de petites entreprises appartenant presque toutes à des Chinois. Avec la création de la SONEXIN en 1963, le commerce extérieur a été nationalisé et toutes les importations passent désormais par cette nouvelle société d'Etat, à l'exception d'un volume relativement faible sous le régime, non encore mentionné, de l'"importatic,I sans devises". Ce régime, destiné à l'origine aux importations à titre personnel par des non-résidents, en vint par la suite à comprendre un certain nombre d'autres importations, notamment d'automobiles et de machines, qui étaient probablement illégales (lorsqu'elles étaient financéesý avec des devises achetées sur le marché parallèle) mais néanmoins tolérées, Toutes les autres exportations étant faites par la SONEXIM, les comptes EFAC ont été supprimés (de même que les échanges compensés qui devaient toutefois être réinstitués par la suite), puisque la surévaluation de la monnaie pouvait désormais être directement compensée par la SONEXIM, et qu'il n'y avait plus de raison d'offir aux exportateurs privés un mélange de devises au cours officiel et au cours libre. Le nouveau dispositif a pris la forme de surcharges progressives sur les importations qui alinen- taient, par l'intermédiaire de la SONEXIM, un fonds spécial (la Caisse de Compensation). Cette Caisse servait,également par l'intermédiaire de la SONEXIM, à subventionner les exportations. La SONEXI était ainsi en mesure d'acquérir les produits d'exportation (principalement du riz, du - 87 - caoutchouc et du mals) ? des prix notablement plus élevés que les prix équivalents des cours mondiaux sur la base du taux de change officiel, Selon le rendement des surcharges d'importation et le niveau de subventions fixé chaque année pour les exportations, la Caisse de Compensation a été soit déficitaire (1964 et 1965), soit excédentaire, les excédents dispo- nibles étant alors transférés au Trésor. Les transactions de la Caisse de Compensation figurent dans le tableau 3.8 de l'Annexe Statistique. 303. Les surcharges d'importation sont appelées "taxes de péréquation", mais le terme s'applique à la fois aux surcharges d'importation (péré- quation positive) et aux subventions d'exportation (péréquation négative). Les premières ont été et sont encore appliquées "a trois listes différentes de marchandises avec trois taux de surcharge différents, ainsi que le montre le tableau ci-dessous. Taux de change officiel . e pour 1 dollar Surcharge d'importation-/ Taux effecif Liste Ancien Nouveau Ancienne Nouvelle pour 1 dollar A 35 55 45 25 80 B 35 55 h0 20 75 C 35 55 35 15 70 / Taux de compensation ou péréquation 304. Il convient de noter que le principe directeur est le taux de change qui sera effectivement appliqué et non une taxe ad valorem calculée sur le prix CAF, de sorte que la dévaluation de 1969 a eu une incidence sur les taux de surcharge et non sur les taux de change effectifs pour ces importations. Comme l'ancienne parité avec le franc français n'a pas été modifiée (au contraire, la parité par rapport a l'or et le cours du dollar ont été alignés sur le taux de change du franc a raison de 10 RC pour 1 franc, sur la base de la parité du franc français par rapport a l'c. après août 1969), les taux de surcharge sur les importations en provec; -ce de la zone franc sont restés inchangés, et correspondent maintenant àa peu près aux nouveaux taux indiqués ci-dessus. 305. Ces surcharges d'importation étaient relativement lourdes, mais elles étaient loin d'être appliquées a toutes les importations. En fait, environ 25% seulement du volume total des contingents d'importation alloué- a la SONEXIM étaient des marchandises figurant sur les listes A, B et C. Le reste était, pour la plus grande partie, importé au taux de change officiel sans surcharge; ces importations étaient dites "essentielles" (dans le jargon administratif elles sont appelées "importations finan- çables"). Une autre catégorie (Liste D) est soumise a une surcharge ad valorem et enfin, un grand nombre de marchandises sont importées par la SONEXIM au taux officiel pour le compte des utilisateurs finaux, y compris les entreprises industrielles publiques, mais à un prix intérieur fixé par le gouvernement. Les produits sidérurgiques, le ciment, les moteurs et certains textiles entrent dans cette catégorie. - 88 - 306. Comme certaines de ces li'7tes se chevauchent en partie, ce systep est soumis dans une large mesure "' des dêcisions administratives; il est donc propice à la fraude. En outre, les formalités à observer font perdre un temps considérable. Ainsi, une entreprise industrielle privée important des matières premières, des machines ou des pièces de rechange, doit obtenir une recommandation du Ministère de l'Industrie avant de pouvoir demander une licence au Ministère du Commerce. Cette licence passe ensuite entre les mains de la SONEX1M qui achëte à l'étranger; enfin, la marchan- dise est vendue à l'utilisateur final soit à un prix fixé par le gouver- nement, soit après paiement des droits, de la surcharge d'importation et de la marge commerciale ad valorem fixe due à la SONEXIM, plus une taxe sur le chiffre d'affaires qui est appliquée a toutes les importations. 307. A titre d'exemple, le prix de vente d'un article importé se dé- compose comme suit (sans compter le fret, les frais de magasinage, les intérêts du crédit bancaire et 3% de droits de timbre): Riels Riels Prix CAF: 1.000 dollars 35.000 Taxe de péréquation (Liste A) 45.000 Droit d'importation sur prix CAF (40%) 14.000 49.000 Taxe sur le chiffre d'affaires (14%) 6.720 55.720 Marge de gros (20%) l.14 EEBE 66.864 Prix de vente 1ll.76h 308. Les taux qui figurent au tableau précédent sont ceux qui scnt applicables, par exemple, à une automobile privée. Avec l'ancien taux de change, le prix de vente atteignait environ 320% du prix CîF; avec la nouvelle parité officielle, la surcharge d'importation est moins lourde, mais toutes les autres charges augmentent proportionnellement au nouveau prix CAF en riels, et le prix de vente est de 130.336 RC, soit 16% de plus qu'avant la dévaluation. En revanche, bien entendu, toutes les importations non soumises à la surcharge ont renchéri dans la même proportion que la dévaluation, soit 58', à l'exception des importations en provenance de la zone franc et des importations pour lesquelles des prix intérieurs sont fixés. 309. A la suite des réformes de 1963, plusieurs organismes publics ont été mis sur pied pour collaborer avec la SONEXIM dans le domaine de l'importation en lui achetant des marchandises pour les distribuer ou les vendre au détail. La SOia2RIM (Société Nationale des Produits Importés), qui était naguère le plus important d'entre eux, s'occupe du commerce de gros des marchandises telles que les textiles, le lait concentré et les matériaux de construction. Ces dernières années, le MiiGETAT, qui opère # la fois en tant que grossiste et que détaillant (il possède son propre magasin de vente au détail), a pris en charge une grande partie des ventes de textiles et de lait concentré, en plus des produits d'alimentation générale et de divers biens de consommation. Les autres clients important. - 89 - de la SONX4 sont l'OROC pour les mrchandises importées destinées à la consommation rurale, la SONA3RAC, la SONPNEU, plusieurs industries privées, et enfin, l'Etat lui-même. 310. Ni la SONEXIM, ni les nouveaux organismes publics de commerce de gros n'étaient très compétents dans le domaine des affaires au moment ou leurs activités ont démarré; le fait que leurs marges commerciales aient été officiellement fixées à des niveaux suffisants (variant entre 821 et 23% selon la catégorie de marchandises) n'a guère contribué à pro- mouvoir leur efficacité ni à empêcher que certaines marchandises soient importées en quantités tantôt très insuffisantes, tant8t très supérieures aux besoins, avec pour corollaire que l'on ne pouvait trouver certaines marchandises sur le marché officiel, ou que des différends s'élevaient entre la SONEXI et la SONàPR]24 et autres sociétés nationales sur le paiement des frais d'entretien de stocks invendables. 311. Le gouvernement reconnait que les opérations de la SONEXIM n'ont pas été satisfaisantes, notamment en ce qui concerne les importations. Des propositions ont été avancées qui tendent à réintroduire l'achat direct a l'étranger par les organismes publics et les entreprises d'Etat des matières premières et de l'équipement destinés à leur usage propre; l'argument avancé est que les entreprises seraient mieux placées pour choisir parmi les offres des fournisseurs étrangers les types de matériel correspondant le mieux à leurs besoins. Pour ce qui est des importations - tant industrielles que commerciales - destinées à la consommation générale. il est reconnu que dans la plupart des cas, les documents d'appel d'offre ont continué a être préparés et les commandes à être passées par les uti- lisateurs industriels ou les grossistes privés eux-mêmes, si bien que le rôle ý . de la SONEXIM s'est limité à"celui d'un intermédiaire superflu, le Ministère du Commerce continuant à délivrer les licences d'importation et l'ONC à accorder les autorisations de change. 312. Dans le domaine des exportations, le tableau est moins clair. Comme on le verra plus loin, les exportations, surtout celles de riz, ont augmenté dans des proportions notables après la création de la SONEXIM et, en dépit de ce qu'on peut dire des autres facteurs qui sont entrés en jeu. le gouvernement estime que pour les deux principales exportations du Cambodge, la SONEXIM a rempli une fonction utile. D'ailleurs, on ne saurait nier qu'une société commerciale d'Etat présente certains avantages pour le commerce avec les pays du bloc oriental. L'argument le plus fré- quemment avancé est que, sans la SONEXIM, les producteurs agricoles seraient exposés aux fluctuations brutales des cours mondiaux (tant du caoutchouc que du riz), ce qui aurait des répercussions fâcheuses sur la production. Pour une quantité d'exportations mineures, la SONEXIM a conduit a un échec flagrant. Tout d'abord, elle n'avait pas la connaissance nécec- saire des marchés, qui étaient éparpillés dans la région, et pour lesquels les contacts personnels des négociants chinois traditionnels étaient indis- pensables. D'autre part, la SONEXIM a pratiqué en matière d'achats une politique de prix totalement inadaptée et, en partie pour les mêmes raisons ses services d'achat n'ont pas su localiser les marchandises. Le résultat a été la remise en vigueur en 1967 du système des échanges compensés - 90 - (dispense de l'obligation de céder des devises) et en pratique ces ex- portations sont faites par des exportateurs privés. La SONEXIM se contente d'y apposer son cachet. B. Les exportations 314. Les exportations représentent à peu près 10% du PIB au coût des facteurs. Entre 1952 (avant l'indépendance) et 1968, soit en 16 ans, la valeur totale des exportations est passée de 1.778 millions de RC à 3ý098 millions de RC, ce qui représente en moyenne une augmentation de 3,5% par an. Ce taux de croissance est inférieur à celui du PIB, mais supérieur 1 celui de la production agricole pendant la même période - et pratiquement toutes les exportations sont des produits agricoles. Cependant, a l'ex- ception du caoutchouc, la moitié de cet accroissement est dû à la hausse des cours mondiaux, notamment en ce qui concerne le riz. Sur l'ensemble de la période, le taux de croissance moyen annuel en volume des principaleF exportations a été de 1,7% pour le riz, 1,6% pour le mais, et 7,0% pour le caoutchouc. Encore une fois, ces chiffres ne donnent pas une image complete de la réalité, car il y a eu au début des années 1960 une pro- duction exceptionnelle temporaire dans le cas du riz, du ma7is et du bétail, qui a été suivie, à partir de 1964 environ, d'un déclin dans tous les domaines. Les chiffres relatifs à l'évolution des exportations en valeur et en volume figurent dans le tableau 3.3 de l'Annexe Statistique. 315. Le riz a toujours été la source la plus importante de devises: sa part des recettes était environ d'un tiers à la fin des années 1950, de 60% en 1964, et de 40% ces dernières années. Il se pose ici encore un problème d'interprétation en raison des changements, au cours de cette période, de la réglementation des changes et par conséquent des prix enregistrés par les douanes. La fixation du prix des exportations de riz a été en fait l'une des grandes questions à l'origine de la réforme de 1963. Avant cette date, les exportations étaient faites par des négocianti privés qui avaient le droit de conserver les devises qu'ils encaissaient au-dessus d'un prix fixé par le gouvernement (ainsi que 13% du prix fixé) et ces devises avaient une valeur deux fois supérieure au taux de change officiel auquel le reste devait être cédé. Il est intéressant de comparer, ci-dessous à la ligne A, les prix qui ressortent des registres des douanes (équivalents aux prix fixés par le gouvernement) avec le cours mondial coté à Bangkok (ligne B). Prix du riz à l'exportation (dollars la tonne) 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 196 1965 1966 1967 1r8. A 89 95 105 64 87 98 115 116 110 135 178 183 B 112 136 112 103 111 128 119 114 112 130 15h l:1 316. On voit que les prix cambodgiens ont été régulièrement et sub- stantiellement inférieurs au cours mondial jusqu'en 1963., année ou la - 91 - SOi.LXIN a pris en charge les exportations, et où le système de fixation des prix a été aboli. Laccroissement des rentrées officielles de devises qui en est résulté est souvent cité comme preuve de la réussite de la SOIEXIM en matière d'exportation de riz, et l'argument est apparemment renforcé par l'augmentation considérable du volume exporté, passé d'une moyenne de 250.000 tonnes par an avant la réforme à h5o.ooo tonnes en 1964 et en 1965. Toutefois, ces derniers résultats ont été obtenus à la suite de deux récoltes extrêmement favorables, les rendements de ces deux années-là ayant été de quelque 15% supérieurs aux rendements pré- cédents ou ultérieurs. Il est certain que l'apparition de la SONEXIM a eu pour effet d'augmenter les rentrées officielles de devises par unité exportée, mais elle n'a pas augmenté la capacité d'importation du Cambodge. En effet, la précédente méthode d'enregistrement ne faisait pas ressortir la totalité des rentrées de devises, parce que les prix officiels étaient évidemment réduits par des manipulations des exporta- teurs. On peut avancer que même si le système actuel n'augmente pas les recettes d'exportation, il empêche les fuites de capitaux résultant de la sous-facturation des exportations de riz. A en juger d'après la comparaison ent les prix ci-dessus, cet argument est incontestablement vrai. Mais ce serait une erreur grossière de penser que ce système empêche, d'une manière générale, la fuite des capitaux. Valeur totale des exportations enregistrées (millions de RC) 1955 1960 1965 1968 Riz 79 727 1.817 1.249 Caoutchouc 628 978 961 657 Farine de riz 35 84 118 56 Aaïs 151 289 178 156 Bétail 29 61 25 11o Bois d'oeuvre 43 58 49 84 Divers 437 244 542 786 Total 1.402 2.441 3.690 3.098 317. Depuis 1965, les recettes d'exportation du Cambodge sont stag- nantes ou en déclin. Dans le cas du caoutchouc, cette situation jusqu'en 1968 est évidemment due à la baisse du cours mondial et, en 1969, la nouvelle diminution des recettes, en dépit du redressement du cours, est due à une baisse de production qui a suivi la défoliation des plantations d'hévéas par les forces armées américaines. Dans le cas du riz, le cours mondial a atteint un niveau record en 1968, et le déclin des recet- tes à partir de 1965 est le reflet d'une baisse des rendements. Ce pro- blème a été analysé ailleurs dans ce rapport. Pour ce qui est du mais, il est difficile d'expliquer le mouvement de baisse autrement que par l'inefficacité du régime actuel d'exportation et par le manque de stimu- lants. La superficie plantée en maîs rouge (celui qui est exporté) est - 92 - passée de 117.000 hectares en 1965 à 85.000 hectares en 1969. Un impor- tant effort de promotion semblerait justifié pour cette culture. Il de- vrait comprendre notamment l'introduction de variétés non traditionnelles. 318. La contrebande vers le Viet-Nam aurait augmenté dans des pro- portions non négligeables (cette contrebande se fait dans les deux sens, mais il est probable que la balance de ce commerce illicite est très largement excédentaire). Les produits exportés en contrebande vers le Viet-Nam sont essentiellement du riz, des boeufs sur pied et des légumes; ils comprennent aussi une certaine quantité de fruits et de cigarettes. On peut penser que si la paix s'établissait au Viet-Nam, ces exportations pourraient se faire légalement. Mais le Viet-Nam n'offrirait vraisem- blablement pas de débouchés croissants aux exportations cambodgiennes. La demande actuelle de riz, de légumes et de fruits, est, de toute évi- dence, due à la guerre, et se résorbera avec la paix. Il pourrait y avoir certains débouchés pour le boeuf. En revanche, le riz, qui est actuellement vendu au Viet-Nam par des filières clandestines, pourrait devenir disponible pour des exportations vers d'autres marchés. 319. Il semble que l'actuel "excédent commercial" des transactions illégales avec le Viet-lam donne naissance à un problème particulier de politique monétaire. Une partie des gains nets parvient sans aucun doute jusqu'à Hong Kong et Singapour, où elle va grossir des comptes en dollars ouverts à l'étranger. Cependant, il semble que les troupes du Viet-Cong et du Viet-Nam du Nord paient leurs achats de riz et d'autres produits cambodgiens en monnaie cambodgienne, qui est ainsi retirée de la circula- tion intérieure, et accroît l'offre de devises sur le marché libre inté- rieur. (Le cours du riel cambodgien sur le marché libre s'est considé- rablement renforcé depuis quelques années: de près de 100 riels le dollar au début des années soixante, il est descendu maintenant en dessous de 60 riels.) De vastes fonds de roulement en riels cambodgiens ont pu être amassés hors-frontières, tandis que les bas de laine se remplissaient dans I campagnes productrices du Cambodge. On craint que la paix au Viet-Nam n'ait pour effet de mettre en circulation l'importante masse monétaire qu.i serait ainsi thésaurisée, ce qui explique en partie la réticence de la banque centrale à relâcher sa très austère politique de crédit. 320. Les perspectives d'exportations ne sont pas très favorables dans l'avenir immédiat. La production de caoutchouc peut se relever de son bas niveau de 1969 si les plantations ne subissent pas de nouvelles défoliations. L'évolution du prix du riz n'est pas très encourageante, et rien ne permet de penser que la production augmentera plus rapidement que la consommation intérieure. L'avenir des autres exportations, dépen- dra beaucoup du régime d'exportation que le gouvernement adoptera, mais même avec les meilleurs stimulants possibles, il faudra du temps pour que s'accroissent les quantités exportables de mais, de poivre, de haricots et de divers autres produits agricoles. 321. A plus long terme, on peut envisager un développement substan- tiel des cultures d'exportation actuelles ainsi que la production de nou- velles denrées. En outre, la transformation des produits agricoles en vu. - 93 - de leur Sxportation a à peine -ommer-é. Il s'agit du maîs, du coprah, du tabac, des cigarettes, des fruits et des légumes en conserve, des jus de fruits, des arachides, des huiles alimentaires, de l'amidon ainsi que de la viande et des crevettes en conserve ou congelées. Par ail- leurs, avec ses vastes ressources forestières et l'intensification des replantations d'hévéas, le Cambodge paraît disposer de solides atouts pour la production de pâte à papier et de papier en vue de l'exportation et pour l'expansion de ses exportations de bois d'oeuvre. Pour plusieurs de ces produits, il ne faut pas escompter de progrès rapides. D'une part, l'ambivalence de la politique du gouvernement à l'égard de l'industrie privée décourage la formulation de projets par le secteur privé. D'autre part, il sera difficile de promouvoir le développement agricole sur lequel l'exportation se fondera. Ceci vise aussi bien les cultures d'exporta- tion que les cultures vouées à la consommation locale. 322. Une note d'espoir est introduite dans ce tableau par le tourisme, secteur auquel le gouvernement accorde une haute priorité et dans lequel on peut envisager de multiplier au cours des cinq prochaines années les moyens d'hébergement offerts aux touristes, de manière à quadrupler d'ici 1975 le nombre de nuitées enregistrées en 1968 qui était de l'ordre de 120.000. Dans ces conditions le montant net des recettes en devises pro- curées par le tourisme, qui est actuellement de 2,3 millions de dollars environ, pourrait s'élever en 1975 à 10 millions de dollars, soit 550 millions de riels. Ce chiffre représente environ 13% des recettes d'ex- portation actuelles, compte tenu du nouveau taux de change. 323. Accords commerciaux. Le Cambodge poursuit depuis 1956 une poli- tique visant K développer le commerce au moyen d'accords bilatéraux de commerce et de paiements, notamment avec les pays d'Europe orientale et la Chine, mais aussi avec le Japon, le Laos et le Viet-Nam (gouvernement révolutionnaire provisoire). Tous ces accords reposent sur le principe de l'équilibre des échanges et consistent, en règle générale, en des en- gagements mutuels pour faciliter le commerce réciproque; ils sont assortis de listes de marchandises devant faire l'objet des échanges et, dans de nombreux cas, indiquent une valeur totale fixée comme objectif. Les ac- cords sont généralement d'une durée d'un an mais sont régulièrement pro- longés. Seize accords de ce genre ont été conclus à ce jour; ce sont 'es suivants: Chine populaire 1956 (5 millions de livres) Tchécoslovaquie 1956 (0,5 million de livres) URSS 1957 ( - ) Pologne 1957 (0,7 million de livres) Viet-Nam du Nord 1958 (1,5 million de livres) Laos 1959 (2 millions de livres) Allemagne de l'Ouest 1960 ( - ) Allemagne de l'Est 1960 (0,8 million de livres) Yougoslavie 1960 (2 millions de dollars) Japon 1960 ( - ) R.A.U. 1960 (0,5 million de livres) Bulgarie 1961 (2 millions de dollars) Corée du Nord 1963 (0,5 million de livres) Albanie 1966 ( - ) Viet-Nam du Sud 1969 (1 million de livres) Singapour 1969 ( - ) 324. Les détails concernant la destination des exportations et l'or.- gine des importations du Cambodge figurent aux tableaux 3.h et 3.6 de l'An- néxe Statistique. Les exportations vers les pays du bloc oriental sont pase3s de 91 millions de RC seulement en 1956 à plus de 600 millions de 1C en 1960 (toutefois, en 1953, elles s'étaient élevées à 1.195 millions de RC). Cet accroissement a été assez régulier et les exportations vers la Chine populaire y entrent aujourd'hui pour moitié. 325. Les importations en provenance des pays du bloc oriental ont augmenté progressivement, passant d'environ 300 millions de RC en 1956 à un maximum de 1,2 milliard de RC en 1966, pour s'abaisser ensuite à moins de 500 millions de RC en 196M. Jusqu'en 1965, le déficit du commerce du Cambodge avec les pays du bloc oriental a oscillé entre 120 et 290 mil- lions de RC, mais il a dépassé 700 millions de RC en 1966. Depuis lors, il y a eu un léger excédent. 326. Les accords commerciaux avec le Japon paraissent n'avoir eu aucun effet sur les exportations, qui se situent toujours au voisinage de 100 millions de RC seulement. On ne peut en dire autant des impor- tations en provenance de ce pays, qui représentaient déjà 515 millions de RC en 1960, et qui sont restées à peu près à ce niveau jusqu'en 1968, année durant laquelle elles ont dépassé 800 millions de RC. 327. Il n'est pas du tout certain que les accords de commerce bila- téraux aient aidé le Cambodge à développer ses exportations ou à amé- liorer la situation de sa balance des paiements. La plupart des exporta- tions faites aux termes d'accords bilatéraux ont consisté en produits qui auraient pu être commercialisés facilement sur d'autres marchés à des prix souvent plus avantageux que ceux obtenus de ces partenaires bilaté- raux. On cite le cas de marchandises exportées par le Cambodge, aux ter- mes d'accords bilatéraux, et revendues par ses partenaires sur les marché. mondiaux. A cela s'ajoute que les organismes d'Etat chargés des exporta- tions vers les pays de l'Est ont la réputation de ne pas hésiter à faire payer cher une qualité médiocre. La raffinerie de sucre, obtenue avec un crédit de la Tchécoslovaquie, en est un exemple. Toutefois, on ne dispose pas de renseignements qui permettraient de porter sur la question un jugie- ment définitif. C. Importations 328. Les statistiques relatives aux importations doivent être consi- dérées avec une extrême prudence, non seulement parce que les valeurs ex- primées en riels sont établies en fonction de taux de change qui varient selon la provenance des marchandises (zone franc) mais aussi, et plus encore, parce qu'il n'est pas possible de dire quel produit a été importe telle année au taux de change officiel (en francs ou en dollars) et quel produit l'a été au cours libre, ni par conséquent, quelles sont les valeurs réelles qu'il convient d'attribuer aux sommes indiquées en riels dans les registres des douanes. En outre, les factures de douane n'indiquent pas nécessairement les prix réellement payés et il serait difficile de dire si la marge d'erreur est dans tous les cas positive ou négative. - 95 - 329. Compte tenu de ces réserves, on peut néanmoins dire qu'entre 1954 et 1968, les importations totales du Cambodge ont augmenté d'environ 5% par an, taux identique à celui de la croissance du PIB si celui-ci est calculé en termes réels, mais inférieur s'il est calculé aux prix courants. Ce taux de croissance a été beaucoup plus élevé jusqu'en 1963, bien que les exportations soient restées pratiquement stationnaires au cours de cette période, mais le phénomène s'explique par l'afflux de ca- pitaux étrangers et la croissance relativement plus rapide de l'économie. A partir du niveau de 3,7 milliards de RC atteint en 1963, les importa- tions ont cessé d'augmenter, sauf en 1968, année ou elles ont atteint 4 milliards de RC. 330. La ventilation des importations par catégories de produits est disponible à partir de 1962. Entre cette année-là et 1967, il y a eu un changement dans la composition des importations (voir ci-dessous) qui représente sans doute une continuation de tendances antérieures. Importations par groupes d'articles (en pourcentage) 1962 1967 Produits alimentaires, boissons 11,3 7,2 Produits pharmaceutiques 5,8 7,3 Textiles 11,4 7,9 Hachines, équipements et véhicules 31,3 34,7 Produits sidérurgiques 9,2 6,8 Ciment 5,1 3,2 Combustibles et minéraux 6,2 10,2 Divers 19,7 22,7 100,0 100,0 Valeur totale (millions de RC) 3.584 3.365 331. L'entrée en production d'industries nouvelles a amené dans une certaine mesure la substitution de produits locaux à des importations de produits aliUentaires et de boissons ainsi que de textiles; tel a été notamment le cas des tissus de coton et aussi, à partir de 1967, des sacs en jute. En sens inverse, la création de nouvelles industries s'est tra- duite par un accroissement relatif des importations de machines et d'équi- pement. Le déclin relatif des importations de ciment reflète peut-être, lui aussi, une substitution, mais il paraît plutôt lié à la crise qui a touché la construction privée et dont celle-ci commence à peine à se rele ver. Ces observations ne sont valables que dans la mesure oÙ tant le montant total des importations que leur composition ont subi des variations désordonnées. Les produits pétroliers ont été à peu près les seuls à suivre un mouvement d'augmentation plus ou moins stable, augmentation qui reflète le développement des transports routiers. - 96 - 332. Le fonctionnîement de l'nor.omie n'explique la stagnation des importations depuis l1963 que dans une certaine mesure, car le contrôle des importations est sévère (en dépit de l'évasion, de la contrebande, etc.) et les lois du marché ne jouent que s'il y a carence de la part des autorités régulatrices. On ne dispose d'aucune statistique rela- tive aux prix des marchandises importées. Néanmoins, il est probable que la denane d'iiportation a ralenti en même temps que l'économie, et qu'elle a même diminué à la suite de la création de la SOUEXIM et des hausses de prix (marges de gros supplémentaires,imposition de surcharges d'importation) assorties des complications administratives qui l'ont ac- compagnée. En outre, la politique déflationniste de la banque centrale aura sans doute aidé à décourager davantage la demande. Il est probable enfin que la dévaluation du riel en 1969 augmentera suffisamment les prix à l'importation pour mettre fin au mouvement timidement amorcé en 1968 qui aurait pu aboutir à un nouveau démarrage des importations. L'année 1969 a été difficile pour la balance des paiements à cause de la baisse de la production et des exportations de riz, et c'est en puisant dans les réserves de devises qu'on a pu éviter une réduction des impor- tations essentielles. 333. Le développement à venir des importations est très incertain, car il dépendra de la politique de libéralisation pratiquée et du rôle futur de la SONEXIII. D'autre part, on ne sait pas si le gouvernement essaiera de ranimer l'activité économique en modifiant sa politique vis-à-vis du secteur privé, et si une telle politique sera accompagnée d'une révision appropriée des politiques monétaire et de crédit qui sont actuellement en vigueur. A longue échéance, il ne fait aucun doute, en raison de la structure de l'économie cambodgienne, que le niveau des importations devra dépasser le niveau actuel pour donner à l'économie un taux de croissance satisfaisant. La proportion des importations au PIB, qui était de l'ordre de 14 à 15% en 1962 et 1963, s'est abaissée depuis à environ 11%. Ce déclin est, bien entendu, directement lié à celui de l'aide étrangère. D. Perspectives de la balance des paiements Généralités 334. La balance des paiements est déterminée dans une large mesure par le commerce des marchandises; la part jouée par les autres entrées du compte courant est relativement petite. Le montant total des paie- ments bruts au titre des services représente un sixième environ de la valeur des importations de marchandises. Les grands changements dans la balance commerciale dus, par exemple, aux fluctuations de la récolte de riz, se traduisent directement par des mouvements des réserves de devises. Ainsi, lorsqu'en 1966 les exportations de riz ont diminué de plus de moitié, soit de 1 milliard de RC, les réserves de devises, qui avaient augmcnté de quelque 400 millions de RC en 1965, ont diminué de 330 mil- lions de RC. Ici encore il convient de noter que les données relatives à la balance des paiements, établie par l'Office National des Changes, - >7- sont sujettes à certaines réserves, enccre qutelles soient sans doute plus sûres que les statistiques douaniòres. l Un résumé de la balance des paiements pour les années 1963 à 1968 est présenté ci-dessous: Résizié de la balance des paiements (millions de RC) 1963 164 1965 1966 1967 1968 Exportations 3.080 3.340 3.461 2.478 3.076 3.037 Importations 3.496 3.969 3.573 3.881 3.22h 3.16 Balance commerciale -17 - -11 -l.40 -1 -378 Services, net -214 -261 -120 143 59 - 90 Balance des paiements courants-631 -890 -232 - Capitaux privés 1 -9 115 2 35 13 Capitaux publics 671 755 517 925 82 326 Réserves/comptes de compen- sation -4l 14 -400 334 - 29 130 335. Les importations et les exportations viennent d'être analysées; le poste le plus important dans les services est le transport maritime, qui a occasionné, au cours des trois dernières années, des dépenses va- riant entre 200 et 250 millions de RC, soit environ 7% de la valeur CAF des importations. Les frais d'assurance sont peu élevés. Les recettes touristiques, avec un montant brut de 75 millions de RC, étaient encore modestes en 1968. Les sommes payées au titre des intérêts et dividendes, de l'ordre de 100 à 150 millions de RC, n'ont pas augmenté depuis 1965 et ont été à peu près équilibrées par les recettes en provenance des réserve, en devises de la BITC et peut-être aussi des dividendes de la Société Financière du Cambodge, qui est une société appartenant a la BNC, ayant sièe à Paris et sur laquelle on ne possède aucun renseignement. Les transferts privés ont aussi été à peu près en équilibre. Selon toute vraisemblance, les fonds envoyés à l'étranger par les Chinois représen- tent un faible montant, qui ne dépasse pas au total 100 à 200 millions de RC par an. Les soi-disants importants transferts de bénéfices chinois à l'étranger, auxquels on fait souvent allusion, n'apparaissent pas au tableau de la balance des paiements établi par l'Office des Changes l/ Il y a de grandes différences entre les données commerciales qui fi- éurent dans la balance des paiements (tableau 3.1 de l'Annexe StatistiqudEt 1E statistiques douanières d'exportation et d'importation (tableaux 3.3 et 3.5). En 1964, par exemple, les importations se sont élevées d'après les Douanes à 2.863 millions de RC, mais la balance des paiements indique qu'elles ont atteint un montant de 3.969 millions de RC. Un écart de cette ampleur ne s'explique que par une grave désorganisation des regis- tres douaniers. C'est l'année où le commerce extérieur a été enlevé au secteur privé et confié à la SONEXIM. - 98 - (tableau 3.2 de l'Annexe Statistique). Le montant qui figure au poste der erreurs et omisaions ne représente guère plus que les différences dues à l'arrondissement des totaux. 336. Dans le compte de capital, les capitaux privés étrangers se montent à très peu de chose. Les apports de capitaux publics se sont abaissés d'une moyenne de 1,2 milliard de RC par an îe,^ndant les cinq premières années à quelque 500 millions de RC par an- pendant la pé- riode décrite ci-dessus. Une part très importante de ces sommes pro- vient de dons de la France (assistance militaire et technique et affec- tations de personnel enseignant), de l'URSS (hôpital, institut tech- nique) et de la Chine. Les prêts de l'étranger encore en cours de débours sont négligeables. Prévisions 337. Toute tentative de prévisions en ce qui concerne la balance des paiements doit se fonder principalement sur des prévisions relatives au commerce. Pour ce qui est des exportations, les perspectives, comme on l'a vu, ne sont guère encourageantes, compte tenu de la tendance au déclin qui s'est récemment manifestée pour le riz (encore qu'en raison de conditions atmosphériques favorables, on attende de la campagne ac- tuelle une excellente récolte, dont les exportations de 1970 devraient bénéficier). En ce qui concerne le caoutchouc, de très nombreux jeunes arbres ont été mis en production ces dernières années et leur rendement devrait augmenter rapidement. Ln revanche, des pertes sensibles ont été causées en 1969 par les défoliations et, à en juger par les demandes de réparation, ces pertes pourraient être très importantes. Pour ce qui est des autres exportations, leur sort pourra être très différent selon que le secteur privé sera ou non autorisé de nouveau à exporter direc- tement. Il semble, par conséquent, qu'un taux de croissance annuel des recettes d'exportation de 4% à partir du niveau de 1968 soit une hypo- thèse optimiste et difficile à réaliser dans les toutes prochaines années même dans les circonstances les plus favorables. 338. En ce qui concerne les importations, la seule hypothèse utile que l'on puisse faire est que le gouvernement prendra quelques mesures propres à relancer l'économie. Le Cambodge pourrait avoir un taux de croissance économique très supérieur à 5l, comme l'ont démontré les ré- sultats obtenus dans la deuxième moitié des années cinquante. Depuis cette époque, la contrainte majeure qui a pesé sur la croissance écono- mique du Cambodge a été sa capacité limitée à importer, encore que divers autres facteurs soient également venus se combiner à celui-ci. Il est certain que le bon fonctionnement des industries nouvelles et anciennes a été freiné par la stagnation des importations, ou même certaines années leur déclin; ceci n'a pas été sans décourager également l'investissement dans les secteurs productifs. 1/ Les chiffres de la balance des paiements relatifs à l'aide extérieure sont incomplets. Pour la période 1963-1968, le Ministère des Finances fait état d'un montant cumulé de 5.259 millions de RC au lieu des 3.276 millions de RC qu'inç.Lque le tableau ci-dessus. 339. Etant donné les perspectives d'exportation, le gouvernement n'a d'autre choix que d'avoir recours à une aide accrue de l'étranger et la décision prise par le Chef de l'Ltat de mettre un terme à la période d'autarcie a été fort opportune. Il est impossible de calculer avec précision les besoins futurs de capitaux nouveaux, mais une pro- jection de la balance des paiements en 1973 a été établie ci-dessous, :' titre indicatif, sur la base de trois périodes quinquennales consé- cutives. Le taux de croissance suggéré pour les exportations a été choisi après étude des facteurs suivants: le retard pris dans la satis- faction de la demande; l'augmentation des exportations plus rapide que celle du PIB et au moins aussi rapide que celle de la partie non a-ricole du PIB, laquelle s'est accrue en moyenne de plus de 7% par an ,-en chiffres absolus au cours des 17 dernières années mais pourrait ftre accélérée davantage; enfin, les délais inévitables, même dans les cir- constances les plus favorables, pour l'utilisation de l'aide provenant de sources nouvelles, et les possibilités limitées pendant les premières années de relâcher les restrictions qui pèsent sur les importations. En fait, la dévaluation de 1969 agira comme un frein supplémentaire et, comme on l'a suggéré précédemment, un relâchement des restrictions de crédit sera nécessaire, ne serait-ce que pour éviter un effondrement temporaire de la demande d'importation. Toutes ces considérations bien pesées, un taux de croissance de 7% pour les importations paraît être une proposition raisonnable. (Il convient de noter encore une fois que les chiffres relatifs aux importations diffèrent selon les sources; les chiffres indiqués ci-dessous pour les années écoulées, bien que compati- bles avec la balance des paiements, sont probablement inférieurs à la réalité.) Projection à titre indicatif de la balance dEs paiements (millions de dollars E.U.) Accrois- Accrois- Accrois- sement sement sement 18 annuel 1963 annuel 1968 annuel 1973 Marchandises Exportations 53,3 10,5 08,0 -0,3 86,8 4,0 106,o Importations 70,5 7,3 99,9 -0,7 97,6 7,0 136,6 Solde -17,2 -11,9 -10,8 -30,6 Recettes nettes du tourisme 0,1 1,0 2,1 7,5 Recettes nettes des ,x_tres services -4,6 -7,1 -4,7 -8,6 Total biens et services -21,7 -13,0 -13,4 -31,7 Capitaux privés - 1,6 0,1 0,4 1,0 Capitaux publics 37,8 19,2 9,3 30,7 iuvements monétaires -14,5 - 1,3 3,7 - 100 - 340. Les quelque 30 millions de dollars de capitaux publics qui seraient donc nécessaires dans ces conditions en 1973 restent un montant inférieur aux capitaux qui étaient disponibles en 1958 et même jusqu'en 1960. Mais ce chiffre pourrait constituer une moyenne raisonnable pour la période 1970-1973 à supposer que les entrées de capitaux suivent une courbe ascendante. Le financement du projet Prek Thnot serait a ajouter a ces chiffres prévisionnels. (En outre, le montant des capitaux néces- saires serait plus élevé si le niveau des importations prévisionnelles est plus bas, possibilité qui a été envisagée a la fin du paragraphe 339.) 3h1. On peut présumer que les sources traditionnelles d'aide sous forme de dons dans les secteurs de la défense et de l'éducation ne ta- riront pas. De plus, la France a offert une aide de 125 millions de frane. (23 millions de dollars) qui sera négociée sous peu pour le financement da projets d'investissement, et il semble, selon certaines indications, que d'autres crédits seront obtenus. Le Cambodge pourrait donc couvrir entre la moitié et les deux tiers du déficit de sa balance des paiements en ayant recours a des sources bilatérales de crédits et de dons, a condition qu'il soit possible de faire passer les engagements au titre des prêts bila- téraux a un niveau plus élevé qu'à l'heure actuelle. 342. Il n'y a actuellement qu'un très petit nombre de projets qui ont fait l'objet d'études adéquates, mais il en existe un nombre considérable qui paraissent a priori tout a fait justifiés et pour lesquels des études préparatoires sont en cours ou devraient être entreprises le plus t8t possible. Des projets dans les domaines de l'agriculture et de l'irri- gation ont été mentionnés au Chapitre V. Quant à l'énergie, au transport et au tourisme, les détails disponibles sont indiqués dans la Partie II du présent rapport. De toute évidence, une assistance technique consi- dérable sera indispensable pour faire aboutir un nombre suffisant de projets nouveaux, mais étant donné que cette assistance est presque assurée, on peut espérer qu'un nombre suffisant de projets seront prêts en temps voulu pour l'utilisation des montants d'aide indiqués ci-dessus. E. Les conditions de l'aide 3h3. La dette publique extérieure du Cambodge est actuellement faible, et ses modalités de remboursement sont relativement favorables. La dette totale au 31 décembre 1969 s'élevait a h9 millions de dollars, dont la moitié environ due à la France. Les versements au titre du service de la dette sont de 6,9 millions de dollars en 1970, ce qui représente environ 8% des recettes d'exportation. Le service de la dette actuelle diminuera progressivement jusqu'à 1,6 million de dollars en 1980. 34. Les réserves d'or et de devises sont encore suffisantes bien qu'elles aient sensiblement diminué ces trois dernières années, en parti- culier en 1969. A la fin d'octobre 1969, elles représentaient encore l'équivalent de 66 millions de dollars (voir tableau 3.9 de l'Annexe Sta- tistique) et couvraient environ la valeur dehuit mois d'importations de marchandises. - 101 - 3h5. Dans ces conditions, le Cambodge a certainement encore les moyens d'emprunter aux conditions du marché. Si le Cambodge devait continuer a recevoir sous forme de dons une aide correspondant au tiers du déficit prévu de 30 millions de dollars par an, la moitié du solde, soit environ 10 millions de dollars, pourrait être empruntée en toute sécurité aux termes d'accords bilatéraux à des conditions plus ou moins favorables. C'est-à-dire que si ces conditions étaient, par exemple, 6% d'intérêt, amortisation sur 12 années, y compris 2 années de grâce, les obligations totales au titre du service de la dette actuelle et de la dette nouvelle s'élèveraient à 13 millions de dollars environ en 1980. Cette somme représenterait a peu près 10% des exportations, si on suppose que les exportations s'accroissent au rythme de 4% par an. Ce pourcentage serait certainement acceptable. 3h6. Pour plusieurs raisons, il serait imprudent de préconiser un volume plus important d'emprunts contractés aux conditions du marché. Il convient tout d'abord de se rappeler qu'il sera difficile d'obtenir un taux de croissance des exportations de 4%. D'autre part, le taux d'intérêt moyen qui a été pris comme hypothèse est peut-être trop bas, compte tenu du fait que la proportion de crédits fournisseurs de type occidental sera vraisemblablement plus grande que par le passé. Enfin, le montant escompté des dons n'a rien d'assuré. 3h7. Tout compte fait, la moitié environ des emprunts nécessaires, soit quelque 10 millions de dollars par an, devraient donc si possible tre contractés à des conditions plus favorables que celles du marché. Cette prévision étant établie dans le cadre de la balance des paiements, il faudra que le montant des emprunts contractés pour le financement de projets soit sensiblement plus élevé, d'autant plus qu'au départ, les débours a ce titre sont pratiquement nuls. Reste â savoir s'il est possible d'atteindre un tel montant d'emprunts, étant donné qu'il n'est pas du tout certain qu'un nombre suffisant de projets seront prêts en temps voulu. S ,0 200 400 0 104 6 MTls H A l L A N DL 0 200 400 SO 800 1000 INDIA Kilometens PAKISTAN C H l N A -~ n C om Kh¯ BURMANORTH A D ' A R AN C H EY BURMA Kompong Srola -1 ./ Tmair Chong Kal1 S..... TO Pakse Virachei4 P ' H V HE .R A N A K R l - _ Thbeng Mence g Labansiek . --- THAILAND o et" Anan "- - ~~~~~Sisophor \/AdagPc Kralanh $\ I M"R ~A P -hearea Barivoat Mo kol Borei -- --SugTeg re Pk o a Andomon Lomphate CAMBODIA .SOUTHP VIETNAMd Southýd Seo *Gulf VIETNAM Tha0i/ an d South . B A T,TA M A N G\-* China -.. o Battambang X oc Kompn Komnpong Koh Nhek S ec Trabek Palq Komnpong Chen O N OUL K l R l K O M 0 N G T H O M K R A T lE MA L A Y S lI, ong 0smo Kom pong Thomn INGAPORE 9 Tamg Krasang I N -D 0 N E S A --- Krakor - --N--~n--K eMonorom * 02°P\oPonL - ORaing 10-- -n Baray Prekd ............LWegt Pred ........ Leach ~~Hau Kk ME PraMoKompong.- - Chlong . .. P U R S A T K ,O.Chhn gM P O N G,, KompongSo -1°C H H N N G Skn Chha' C H Ai ------- Chup* CMO AKpnLe To Saigon Ko2 Son Chg( Minno POUTICAL AND s O U TN TRANSPORTATION s v i E T N AeiM prek Thno Prey_Veng @ National capital Kyio orpn ® Province capitals S - --- -International boundaries K rn - Prey iGac --- -Province boundaries e--Ambe-TrLNvG- National roads: Bat Roka r Gulf/ Pre Svay Rieng* Chipho To Saigon Paved Ang Tsom Takeo Thmnei 0 20 40 60 8 - - - Gravel \ , c8 ... Laterite and earth --' K A M P O0 E O oRau Province roads: fCharhouk ¯~-o 0 20 40 60 80 10 Paved ~~V alRenh n TokRomnenih Kmtr ------- Other 'iha,noukville Bokor Iompt Meas Railways ThoiondI-KinivongTCnh --- sRiversliK m Trc Sihanoi.kville Ports Rear Kep 6 International Airports.!- . " |02° 04° 0.SuhCi ~EBRUARY 1970 BD24 江 FEBRUARY 1970
Groupe de la Banque mondiale · Pre-2003 Economic or Sector Report
Cambodia - Report of economic mission - 1969 (Vol. 1 of 3) : Rapport general
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Source
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