Notes CA Tanzanie : T ransmettre les Transmettre connaissances locales sur l’agriculture L e lien entre la documentation des connaissances locales et la diffusion de technologies locales implique la participation de la communauté locale au processus de collecte de connaissances et de docu- Notes sur les Connaissances Autochtones utiles aux agriculteurs, reste mentation, et de leur diffusion. généralement faible dans le proces- Mgeta est une Division du District sus de développement technologique Rural de Morogoro dans la Région autochtone d’un pays. Une quantité du Morogoro, qui se situe dans la considérable de connaissances lo- partie orientale de la Tanzanie, sur cales a été assemblée en une docu- les pentes des Montagnes Uluguru. mentation. Toutefois, dans la plupart Le climat est subtropical et permet la des cas, cette documentation n’a pas production d’une grande variété de été mise à la disposition des cultures horticoles, de même que de agriculteurs sous une forme qui choux, choux-fleurs, petits pois, puisse leur permettre de l’appliquer laitues, persil, poireaux, et de fruits en vue d’améliorer leur production. caducs (pêches et prunes). Lorsque l’information est renvoyée, elle est souvent trop générale et/ou L’UMADEP est opérationnel dans ne se rapporte pas à l’environnement les Divisions Mgeta et Mkuyuni et à la culture du groupe visé. depuis 1995. Il a pour objectif d’ensemble d’améliorer la Pour combler ce vide, le Projet de productivité agricole et les conditions développement agricole des socio-économiques générales des montagnes de l’Uluguru (Uluguru petits exploitants qui se trouvent No. 34 Mountains Agricultural Development Juillet 2001 Project - UMADEP) travaille avec les Les Notes CA sont des rapports périodiques agriculteurs locaux pour les sur les initiatives en matière de documenter sur des connaissances Connaissances Autochtones en Afrique locales concernant la Protection subsaharienne. Elles sont publiées par le Centre pour la gestion de l’information et Naturelle des Récoltes (PNR) de la connaissance (Knowledge and (Natural Crop Protection). De même, Learning Center) de la Région Afrique, qui représente la Banque mondiale dans le le Projet s’efforce d’étendre ces cadre d’un partenariat établi avec des connaissances à d’autres communautés, des ONG, des institutions du développement et des organisations agriculteurs des montagnes Uluguru, multilatérales. Les opinions exprimées dans par le biais de manuels pédagogiques cet article sont celles des auteurs et ne Banque mondiale devraient pas être attribuées au Groupe de intéressants et pertinents ainsi qu’en la Banque mondiale ou à ses partenaires organisant des ateliers de formation dans le cadre de cette initiative. Une page sur les CA est disponible sur l’internet aux conduits par des fermiers. coordonnées suivantes : http:// L ’approche suivie par UMADEP www.worldbank.org/aftdr/ik/default.htm 2 dans la zone du projet. Ce projet fonctionne en tant que premières à la PNR ont perdu de leur valeur et sont projet intégré de développement agricole, utilisant des également en voie de disparition. La première interven- approches multidisciplinaires. Il est mis en œuvre dans le tion d’ UMADEP a consisté à faire campagne pour cadre d’un effort de collaboration entre le gouvernement l’utilisation sans risque des pesticides chimiques tout en et des agences donatrices. Les responsables agricoles encourageant les fermiers à rechercher des pesticides chargés des activités relevant du développement des cul- botaniques par le biais d’expérimentations dirigées par tures ont déjà entrepris sur des parcelles de les fermiers. démonstration de l’UMADEP plusieurs projets de micro- La plupart des fermiers participant à ces sortes de re- recherche sur la PNR. Ces projets comprennent cherche étaient membres de groupes agricoles connus en l’utilisation de pesticides botaniques, de cultures tant que ‘Ujuzi asili’ provenant de la circonscription du trappéennes et d’engrais. Par la suite, ces activités ont été Tchenzema. Ces groupes ont consacré une partie de leurs reproduites sur des parcelles appartenant aux terres à la production de légumes organiques. Ils ont pu agriculteurs. procéder ainsi parce qu’ils possédaient une assez grande Avant l’introduction des apports industriels, les superficie de terres, et que d’autre part, soit ils avaient agriculteurs de Mgeta dépendaient uniquement de la eux-mêmes connaissance de la PNR, soit ils avaient PNR, utilisant des parties de certaines plantes locales, accès par le biais de leurs aînés aux connaissances locales préparées sous diverses formes pour la protection des cul- sur l’utilisation des pesticides botaniques. tures et la prévention des maladies animales. Après Utilisant des parcelles de démonstration situées dans le l’introduction des produits chimiques agricoles, les village, l’UMADEP a également dirigé des expériences fermiers abandonnèrent rapidement les moyens simultanément avec des fermiers. Le personnel de l’ traditionnels de lutte phytosanitaire et optèrent pour les UMADEP a aussi aidé les fermiers à organiser et assurer produits chimiques agricoles, et ce pour les raisons le suivi des résultats. Par ailleurs, le projet a fourni aux suivantes : a) le gouvernement accordait des subventions fermiers les moyens de comparer les nouvelles et pour les investissements agricoles comprenant des anciennes méthodes de gestion phytosanitaire et de produits agro-chimiques ; b) les pesticides chimiques exi- rassemblement des données. gent moins de temps pour leur préparation et leur applica- tion ; c) les produits chimiques se sont avérés plus Dans le Mgeta, comme dans plusieurs autres régions de efficaces que les pesticides botaniques ; et d) les la Tanzanie, le personnel de vulgarisation est formé en compagnies fabriquant et commercialisant les produits vue d’encourager les fermiers à réduire l’utilisation des agro-chimiques ont procédé à une publicité et un market- produits agro-chimiques industriels, en raison de leurs ing agressifs. effets nuisibles sur la santé de l’homme et l’environnement. Cependant, ce personnel a des Cependant, le gouvernement a maintenant cessé difficultés à atteindre ses objectif car d’une part, les d’accorder des subventions aux investissements agricoles connaissances en matière de la PNR sont limitées à et le coût des produits agro-chimiques est très élevés. En quelques membres seulement de la communauté, et outre, en raison des campagnes en cours sur la d’autre part car les communautés ne disposent pas d’une préservation de l’environnement, les fermiers du Mgeta, autre alternative. De plus, la plupart des fermiers comme ceux d’autres régions de la Tanzanie, prennent estiment que les pesticides botaniques ne sont utilisés que davantage conscience des effets hasardeux des produits par les vieux et les fermiers qui ne peuvent se permettre agro-chimiques industriels. les produits chimiques, et non par les populations jeunes En collaboration avec le personnel de vulgarisation de et les fermiers aisés. Cette aversion vis-à-vis des pesti- la région, l’UMADEP a entrepris des actions en vue cides botaniques constitue un facteur essentiel pour d’encourager les fermiers à revenir à la PNR. Etant réduire l’expansion des pratiques naturelles de protection donné que les connaissances locales des communautés des cultures. agricoles en matière de PNR tendent à disparaître, les plantes de la région qui fournissent les matières 3 Etapes et approches moyens d’utilisation des plantes pour la conservation du sol et la préservation de l’eau ainsi que pour En vue de transmettre efficacement le message faisant l’amélioration de la fertilité du sol. Les techniques de part des avantages que la PNR est susceptible de procurer propagation ont été particulièrement mises en évidence, aux communautés, l’UMADEP a conçu des éléments parce que, par exemple, le ‘kibembeni’ (espèce de plante visuels (affiches, brochures et prospectus) contenant des locale correspondant aux espèces ‘Buddleia’ qui ne peut instructions simples sur l’utilisation des produits se trouver que dans la réserve forestière qui se situe à botaniques, ainsi que des illustrations dans le style des 5km environ des zones habitées). C’est pourquoi, pour albums humoristiques. Ces moyens de vulgarisation ont accroître leur disponibilité, ces plantes doivent être été dessinés et créés par un artiste local qui avait pour plantées à l’intérieur des champs. mandat d’adapter ces outils de communication aux goûts et besoins des habitants de la région tout en les rendant 3) Cibler l’audience attrayants. Les étapes et approches suivies dans la con- En vue de partager les informations et de vulgariser ception des affiches sur l’utilisation des pesticides l’utilisation des pesticides botaniques, les participants de botaniques dans la division Mgeta sont les suivantes. l’atelier ont recommandé que les moyens éducatifs 1) Accéder au savoir-faire de l’innovation conçus soient essentiellement mis à la disposition des fermiers les plus jeunes. Les raisons invoquées étant Etant donné que l’utilisation d’éléments visuels d’une part la réticence marquée des jeunes fermiers à éducatifs locaux n’est pas très courante dans le Mgeta, l’égard de l’utilisation de la PNR, et d’autre part les l’UMADEP a organisé un atelier qui a réuni les fermiers problèmes de communication au niveau du recours à la experts en pesticides botaniques, l’artiste choisi, le per- PNR qui existent entre les vieux et les plus jeunes sonnel du projet et les responsables chargés de la fermiers. D’autre part, les participants ont suggéré que le vulgarisation. Le but de cet atelier consistait à accroître la projet envisage une visite de l’artiste sur le terrain, afin compréhension des deux éléments clairement distincts, qu’il puisse visualiser les lieux de travail, les outils et nécessaires aux moyens visuels : la connaissance des l’équipement utilisés, ainsi que l’habitat des plantes locaux en matière de pesticides botaniques et la créativité sélectionnées dans les cadres typiques locaux. artistique susceptible de rendre l’information intéressante. 4) Visualisation et production des éléments artistiques Un atelier de deux jours a ainsi été organisé, auquel ont L’artiste a rendu visite à quelques-uns des fermiers été invités les fermiers experts de six villages de la Divi- ayant participé à l’atelier. Lors de ces visites, l’artiste a pu sion Mgeta. Au cours de cet atelier, ces fermiers ont fait obtenir une solide notion des points d’habitats des plantes, part de leurs expériences et des découvertes de leurs prendre connaissance de leurs noms locaux et des mala- recherches concernant l’utilisation des produits dies causées par les parasites, ainsi que des dommages botaniques pour la préservation des cultures. Sur la base subis par les cultures. Il a également étudié la manière de ces informations, le personnel de l’UMADEP a décidé dont les fermiers préparaient et utilisaient les pesticides de concentrer son action sur la diffusion des informations botaniques et les outils qu’ils utilisaient afin de pouvoir relatives aux deux plantes les plus familières, tout en ten- traduire ces informations dans ses dessins. Une fois sont ant compte de la plante en laquelle la majorité des travail sur le terrain achevé, l’artiste a conçu un projet de fermiers avait le plus confiance quant à son efficacité pour six affiches décrivant et expliquant l’utilisation de deux contrôler les maladies causées par les parasites. plantes sélectionnées. 2) Définir les besoins de communication. 5) Essais sur le terrain Les questions essentielles qu’il fut proposé de Avant la phase finale de production des affiches, documenter pour utilisation subséquente par la l’artiste, conjointement avec le personnel de l’UMADEP, communauté comprennent : description de la plante et de a conduit sur le terrain des essais d’affiches avec des son habitat ; techniques de propagation, de préparation et fermiers représentant la communauté, en vue de d’application ; contrôle des maladies phytosanitaires ; et s’assurer que les fermiers avaient: 4 • compris la signification des affiches et de leur contenu ; Enseignements tirés • interprété correctement les dessins, identifié la situa- • Les essais menés à l’aide d’affiches ou d’autres moyens tion, le problème et les solutions, ainsi que les de formation permettront d’obtenir un feedback crucial caractéristiques sociales (age et relations entre ayant une grande valeur informative. Ce feedback hommes et femmes). servira à améliorer la qualité des documents avant leur production finale. Cet essai aida à déterminer si la représentation visuelle de l’information et des problèmes était réaliste ou non. •L’implication d’une audience-cible à partir de la phase de planification initiale des moyens éducatifs, donne le sentiment aux communautés concernées d’avoir la 6) Diffusion entre fermiers maîtrise du projet. L ’usager auquel ces moyens sont Etant donné que les affiches ne transmettaient que des destinés leur accorde alors plus de prix et, de ce fait, informations abstraites sur l’utilisation des pesticides sera mieux disposé à utiliser et partager l’information. botaniques, les responsables du projet ont considéré que • Les fermiers s’intéressent davantage aux questions les meilleurs enseignants et agents de diffusion qu’ils reconnaissent immédiatement, comme faisant d’information dans cette campagne éducative seraient les partie de leur situation locale. Ainsi, le recours à des fermiers experts eux-mêmes. Les utiliser dans des ate- artistes locaux est essentiel. Il en est de même des liers de diffusion leur offrirait l’occasion d’expliquer en dessins qui reflètent pleinement les populations détail leurs expériences pratiques à d’autres fermiers, concernées, les images, les outils, les activités, les contribuerait également à accroître la confiance des réactions, ainsi que l’environnement propres à chaque fermiers plus jeunes et plus aisés dans l’utilisation des groupe. pesticides botaniques. A ces fins, le personnel du • La diffusion des connaissances locales sur les plantes PDUMA devait organiser un atelier de planification pour de la région en utilisant des méthodes modernes telles définir les rôles et responsabilités des fermiers ainsi que que les affiches imprimées, ont donné plus de valeur du personnel de vulgarisation dans le cadre de cette aux connaissances et aux plantes locales concernées. campagne éducative. Conséquemment, cette diffusion encourage la conser- Dans le but d’atteindre le plus grand nombre possible vation et la multiplication des plantes locales. Elle incite de fermiers, il fut convenu que des séminaires seraient également les fermiers à rechercher et utiliser d’autres organisés dans les arrière-villages et les écoles primaires. connaissances portant sur leur région et liées à la pro- Les affiches devront être placées dans des lieux publics, duction agricole. tels que les marchés, les bureaux administratifs du village • Le partenariat entre les fermiers et l’UMADEP a et dans les points de vente de bière. Les experts fermiers permis aux fermiers d’obtenir une preuve quantitative ont offert de diriger des séminaires organisés à l’intention de la viabilité de la mise en application de la PNR. De des autres fermiers. Ils ont obtenu l’aide du projet pour plus, cette collaboration a contribué à améliorer les spécifiquement constituer les groupes de participants et capacités des fermiers à entreprendre des expériences faire face à d’autres besoins logistiques. Les participants destinées à élaborer un système agricole adapté à leurs fermiers (volontaires) de chaque village, se sont vus as- propres conditions, besoins et objectifs. En outre, les signer des arrière-villages proches de leur lieu fermiers participant aux ateliers consacrés à la diffu- d’habitation. Leur mission consistera à former d’autres sion des informations entre fermiers peuvent fermiers, en utilisant en tant que guides les affiches déjà développer leurs compétences et capacités en matière préparées. de communication. Cet article a été écrit par A. H. Mgumia, Coordinateur Assistant du Projet UMADEP .P.O. Box, Morogoro, Tanzania. Pour des informations supplémentaires, veuillez le contacter par e-mail : Umadep@mail.Suanet.Ac.Tz
Groupe de la Banque mondiale · Brief
Tanzanie : transmettre les connaissances locales sur l’agriculture
Voir le document original
Le texte intégral est hébergé par l’organisation qui le publie. lawenc.com indexe les métadonnées et renvoie vers la source officielle.
Texte intégral
Informations clés
Organisation
Groupe de la Banque mondiale
Type de document
Brief
Pays
Tanzanie
Source
Banque mondiale