Memoranda/Memorandums Recherche in vitro d'une activite anti-VIH dans les preparations medicinales traditionnelles: Memorandum d'une reunion de I'OMS* Beaucoup de preparations a base de plantes sont employ6es dans certains pays par les malades du syndrome d'immunod6ficience acquise (SIDA) sans aucune preuve scientifique de /'activit6 anti-V/H (virus de l'immunod6ficience humaine). Les guerisseurs proposent maintenant de soumettre leurs remedes a une evaluation scientifique et quelques etudes font etat de P'activite inhibitrice sur le VIH de plantes comme Viola yedoensis, Arctium lappa, Epimedium grandiflorum, Glycyrrhiza uralensis et Castanospermum australe. La selection des produits naturels en vue du criblage biologique peut s'appuyer sur /'ethnomedecine, sur la collecte au hasard ou sur une approche chimiotaxonomique (consistant a rechercher par criblage des composes semblables chez des especes appartenant a la meme famille botanique); la s6lection et l'investigation des plantes d'apr6s les donn6es de la litt6rature semblerait toutefois le moyen le plus rentable d'identifier des plantes douees d'une activit6 anti-V/H. Aucune methode in vitro de criblage de /'activit6 anti-V/H employ6e seule n'est satisfaisante et il faut recourir a des methodes de confirmation dans des systemes multiples pour explorer en totalite les possibilit6s d'utilisation d'un compose. Pour d6velopper les travaux de recherche sur la medecine traditionnelle et le SIDA, on identifiera les institutions qui permettront de realiser /'6valuation scientifique des plantes et de leurs extraits en vue du traitement du SIDA. *Ce memorandum a pour source le rapport (document WHO/GPA/ BMR 89.5) d'une consultation informelle de l'OMS sur les prepa- rations medicinales traditionnelles et le SIDA: Recherche in vitro de l'activite anti-VIH, qui s'est tenue a Geneve du 6 au 8 fevrier 1989. Participaient a la reunion: W.W. Anokbonggo, Department of Pharmacology and Therapeutics, Makerere Medical School, Kampala, Ouganda; R.S. Chang, Department of Medical Micro- biology, University of California, Davis, CA, Etats-Unis d'Am6rique; N. Farnsworth (Pr6sident), Program for Collaborative Research in Pharmaceutical Sciences, University of Illinois Medical Center, Chicago, IL, Etats-Unis d'Amerique; J.J. McGowan, Developmental Therapeutics Branch, National Institutes of Health, Bethesda, MD, Etats-Unis d'Amerique; J.D. Msonthi (Co-Rapporteur), Department of Chemistry, University of Malawi, Zomba, Malawi; L. Weibo (Rapporteur), Centre medical Muhimbili, Unit6 de recherche sur la medecine traditionnelle, Dar es-Salaam, Republique-Unie de Tanzanie; R. Ruprecht, Harvard Medical School, Dana-Farber Cancer Institute, Boston, MA, Etats-Unis d'Am6rique; N. Yamamoto, Departement de Virologie et de Parasitologie, Ecole de M6decine Yamaguchi, Yamaguchi, Japon. Secr6tariat OMS C.O. Akerele et Y. Maruyama, Programme Medecine traditionnelle; J.F. Dunne, Preparations pharmaceutiques; D. Griffin, Programme sp6cial de Recherche, de D6veloppement et de Formation a la Recherche en Reproduction humaine; J. Esparza, A. Jurado, J. Mann, S. Osmanov, H. Osore, H. Tamashiro, Programme mondial de Lutte contre le SIDA, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse. L'original de cet article est paru en anglais dans le volume 67 (6): 613-618 (1989) du Bulletin. Tires a part: Medecine traditionnelle, Organisation mondiale de la Sante, 1211 Geneve 27, Suisse. NO de tire & part: 5041 Introduction Les preparations medicinales traditionnelles sont utilisees empiriquement dans beaucoup de pays pour le traitement du syndrome d'immunodeficience acquise (SIDA). L'evaluation de ces traitements chez les sujets contamines par le virus de l'immunodeficience humaine (VIH) s'impose car le nombre de personnes infectees est estime a 5 a 6 millions et toutes les ressources potentielles doivent etre exploitees pour le bien des populations touchees. D'oCu la necessite d'evaluer les composantes de la medecine traditionnelle, plantes medicinales et autres produits naturels en particulier, qui pourraient fournir des agents therapeutiques efficaces 'a un prix abordable. Une approche syste- matique est necessaire. C'est ainsi que deux programmes de l'OMS, le Programme mondial de lutte contre le SIDA (GPA) et le Programme Medecine traditionnelle (TRM), ont organise du 6 au 8 fevrier 1989 a Geneve une Consulta- tion informelle dont les objectifs etaient les suivants: - reexaminer la place de la recherche en medecine traditionnelle appliquee a l'infection a VIH et au SIDA; Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sant6, 66 (1): 25-31 (1990) © Organisation mondiale de la Sante 1990 25 Mdmorandum -examiner les activites menees actuellement dans le domaine des plantes medicinales et des substances naturelles en rapport avec l'evaluation preclinique in vitro et in vivo de l'activite antiretrovirale ou antitran- scriptase inverse; -identifier les possibilites de collaboration et formuler les recommandations appropriees. Activites en cours Divers produits d'origine vegetale sont utilises par les sidatiques sans aucune preuve experimentale de leur activite anti-VIH. On signale l'ail (Allium sativum), des champignons appeles shiitake (Lentinus edodes), la papaye (Carica papaya), le ginseng (Panax sp.), Aloe vera, la chelidoine (Chelidonium majus), la racine d'une plante peruvienne (immunact), les extraits de la pomme d'un pin japonais, diverses essences florales, le bulbe d'une liliacee, un principe medicamenteux chinois (fu-zheng) et une preparation tibetaine constituee de plusieurs plantes (Padma 28). Un certain nombre d'autres substances, d'origine marine, fongique ou animale sont egalement utilisees. Les preparations medicinales traditionnelles sont employees pour traiter le SIDA dans toutes les Regions OMS. Dans les pays d'Afrique, de nombreux malades ayant un diagnostic de SIDA porte 'a l'hopital se tournent vers d'autres traitements relevant des pra- tiques traditionnelles quand leur etat ne s'ameliore pas. Dans certains cas le suivi est assure par les medecins des centres anti-SIDA et des centres d'aide psycho- sociale. En general, le therapeute traditionnel vient de lui-meme proposer d'evaluer scientifiquement ses rem&- des, surtout quand l'etat de sante des patients ainsi traites reste satisfaisant. Certaines plantes paraissent entrer dans la composition de la plupart des infusions ou des potions administrees. Quelques-unes ont des proprietes biologiques qui incitent 'a etudier plus avant leur activite anti-VIH. Citons 'a titre d'exemple Dio- spyros usambarensis (Ebenaceae) qui possede des pro- prietes fongicides et cytotoxiques. En Republique-Unie de Tanzanie des chercheurs chinois et tanzaniens utilisent la Medecine chinoise traditionnelle pour traiter des sidatiques. D'apres le protocole de recherche 200 malades du SIDA aux differents stades de la maladie seront traites chaque annee pendant trois ans, et ces groupes compares i des groupes temoins constitues par un meme nombre de patients. La formule de la preparation therapeutique de base peut etre modifiee au cours de l'essai en fonction des manifestations cliniques. Certaines for- mules de base comportent Polyporus umbellatus, Cordyceps sinensis et Paeonia obovata. Un service special de consultations externes a ete mis sur pied pour suivre les patients sortis de l'hopital. Des para- 26 metres immunologiques permettant de determiner les sous-populations lymphocytaires T ont ete definis et sont surveilles. Jusqu'ici 17 seropositifs ont ete traites et on observerait une amelioration des sympt6mes. Le nombre d'etudes experimentales en cours dont le but est de decouvrir des agents anti-VIH dans des produits naturels ou des plantes medicinales est tres reduit. Le National Cancer Institute des Etats-Unis d'Amerique a entrepris un vaste programme qui prevoit d'examiner chaque annee pendant les cinq prochaines annees pres de 4500 echantillons de plantes a la recherche d'une activite anti-VIH in vitro apres selection des plantes au hasard. Ce programme ne fait pas appel aux connaissances de la medecine traditionnelle. Des observations recentes mentionnent que sur 27 plantes medicinales utilisees dans les preparations chinoises traditionnelles anti-infectieuses, 11 possedent in vitro une action inhibitrice contre le VIH: Arctium lappa, Epimedium grandiflorum, Lonicera japonica, Woodwardia unigemmata, Viola yedoensis, Senecio scandens, Andrographis paniculata, Coptis chinesis, Prunella vulgaris, Lithospermum erythrorhizon et Alter- nanthera philoxeroides. Les principes actifs de Viola yedoensis et de Prunella vulgaris semblent etre des polyosides sulfones (1, 2). D'autres etudes ont apporte des informations complementaires sur des produits naturels possedant une activite experimentale anti-VIH notamment sur la glycyrrhizine (tiree de la plante Glycyrrhiza uralensis) (3). Cette substance a ete etudiee au Japon chez des malades du SIDA: par voie orale chez des porteurs asymptomatiques du VIH, la glycyrrhizine retarderait la progression des symptomes lies a l'infection; a dose assez forte chez les patients atteints de SIDA, elle entratnerait une disparition de l'antigenemie pour le VIH et une amelioration de plusieurs parametres hematologiques et immunologiques. En outre, I'asso- ciation de glycyrrhizine reduirait les effets indesirables de la zidovudine. On a montre qu'un extrait aqueux de l'algue rouge marine Schizymenia pacifica inhibe la trans- criptase inverse; cette activite a ete attribuee a un polyoside sulfate (4). Apparemment, de nombreux polyosides sulfates (heparine, sulfate de dextran inhibent l'activite du VIH, contrairement aux polyo- sides non sulfates (chondrottine, acide alginique, keratine et acide hyaluronique). La castanospermine, indolizidine extraite des graines de Castanospermum australe, bloque le metabo- lisme des glycoproteines en inhibant la glucosidase I du reticulum endoplasmique. Cet alcaloide aurait in vitro une activite anti-VIH et il s'est montre actif in vivo par voie orale chez la souris (5). II semble d'apres les informations dont on dispose que la recherche de composes anti-VIH dans les WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. Recherche In vitro d'une activit6 anti-VIH dans les pr6paratlons m6didcnales tradilfonnelles plantes et dans d'autres produits naturels pourrait etre fructueuse si les nouvelles initiatives s'appuyaient sur leur utilisation en medecine traditionnelle. On recon- na't en outre qu'il est necessaire de proceder a la collecte et a l'analyse des donnnees des observations ethnomedicales et experimentales, renforcees par des modeles experimentaux in vitro et in vivo et des donnees chimiques. L'approche ethnomedicale a un inconvenient: le manque d'informations precises sur les plantes suscep- tibles d'avoir des proprietes anti-VIH. Plusieurs symptomes pourraient etre discutes avec les guerisseurs pour recueillir des informations fiables sur leurs metho- des de traitement: lesions cutanees (sarcome de Kaposi), fievre chronique, diarrhee, toux, hemoptysie et ulcera- tions genitales. Methodologie Selection des plantes soumises a la recherche d'une actvitM antivirale Le choix de la methode utilisee pour identifier des plantes et rechercher une activite antivirale repose sur un certain nombre de parametres: simplicitse, rapidite, cofit, reproductibilite, absence d'interference avec des substances vegetales ubiquitaires et plante largement disponible (il faut prevoir des quantites suffisantes de plantes actives en vue de l'isolement des substances). La plupart des tests in vitro n'exigent generalement qu'une petite quantite de plantes: 100 a 200 g (parfois moins) en poids sec, des parties utiles de la plante. Les echantillons choisis par un botaniste qualifie seront parfaitement identifies et convenablement seches. On veillera 'a ne pas recueillir des especes menacees ou en voie de disparition. En regle generale, on preparera deux types d'extraits pour chacun des echantillons: un extrait dans un solvant apolaire (ou moyennement polaire) et un extrait dans un solvant polaire; on pourra par exemple prendre respectivement l'acetate d'ethyle ou le chloroforme et le methanol ou l'ethanol. Un programme de criblage destine a determiner le niveau d'activite anti-VIH peut utiliser quatre methodes principales pour selectionner les plantes: a) l'investigation des donnees ethnomedicales, b) la col- lecte au hasard puis le biotitrage; c) la selection de plantes deja connues dans la litterature pour leurs proprietes evoquant une activite inhibitrice anti-VIH; d) les approches chimio-taxonomiques. Tout bien considere, les methodes a) et c) sembleraient etre les plus rentables pour identifier des plantes possedant une activite anti-VIH. Selectlon d'apres les donnees de l'ethnom6declne. L'utilisation de plantes par les populations indigenes se traduit par plusieurs termes: ethnobotanique, ethnomedecine, science populaire, medecine tradition- nelle. Les informations les plus convaincantes sont celles rapportees par des observateurs competents qui, etant sur le terrain, voient effectivement comment la plante est utilisee. Certains se contentent de question- ner le tradipraticien et de noter les proprietes supposees des diverses plantes. La plupart des observateurs ne semblent pas avoir requ de formation en pharmacologie ou en medecine, ce qui souleve quelques interrogations quant a la validite de nombreuses informations ethno- medicales de la litterature. Donnons l'exemple d'une plante qui aurait des proprietes "contraceptives"; deux interpretations sont possibles: la plante est utilisee pour "empqecher la conception" (on precise rarement si elle est utilisee par l'homme ou par la femme) ou la plante est utilisee pour "emp'echer la naissance" (comme abortif). D'ofu des difficultes, car elaborer un test biologique pour mettre en evidence l'inhibition de la conception est une chose, elaborer un test biologique pour mettre en evidence des proprietes abortives en est une autre. L'information transmise par un observateur qui voit effectivement comment la plante est utilisee pour traiter une maladie donnee a evidemment plus de valeur qu'une information rapportant des proprietes non verifiees. De meme, l'information tiree d'une medecine reconnue comme la Medecine chinoise tra- ditionnelle qui s'appuie sur des textes vieux de 3000 ans, a probablement plus de valeur qu'une information non documentee ou non confirmee. Malgre ces difficultes apparentes et l'absence d'uniformite des observations disponibles sur l'utilisa- tion ethnomedicale des plantes, une analyse bien menee de ces observations doit permettre de reperer les plantes qui ont le plus de chances de donner une reponse positive dans un systeme de titrage biologique specifique. Sur les 121 produits actuellement utilises dans le monde et obtenus a partir de plantes sup'erieu- res, 74% ont ete decouverts au cours d'investigations entreprises en raison des proprietes decrites dans la litterature ethnomedicale. Cependant, la correlation entre nombre de ces proprietes et un etat pathologique n'est pas toujours facile 'a etablir au moyen de biotitrages controlables au laboratoire. Ces correlations devront etre mieux etudiees et definies au fur et a mesure que les donnees experimentales seront disponibles. Le recueil d'informa- tion aupres des praticiens indigenes grace au reseau de centres collaborateurs OMS pour la medecine tradi- tionnelle parait etre une approche logique. Collecte au hasard et criblage massif. L'idee de base de cette methode est que l'on ne finira par trouver des composes actifs contre une maladie donnee que si l'on selectionne et teste au hasard un nombre suffisant d'echantillons. C'est ainsi que de 1956 'a 1981 le WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. 27 Memorandum National Cancer Institute des Etats-Unis d'Amerique a recherche une activite antitumorale chez 32 000 especes de plantes a fleurs d'origine geographique variee; 2 a 8% ont manifeste une activite antitumorale reproductible dans au moins un systeme in vitro de mise en evidence de la cytotoxicite et un ou plusieurs systemes in vivo de detection des proprietes antitumo- rales. Diverses proprietes antivirales ont ete recherchees chez un grand nombre de plantes choisies au hasard. Certaines etudes de nature chimique ont confirme une activit'e antivirale (7). La collecte au hasard suivie du criblage biologique a l'avantage de co'uter moins cher par echantillon que la localisation puis la collecte d'une plante determinee aux proprietes apparemment interessantes. Pour que le caractere aleatoire de la collecte soit preserve il faut toutefois definir a l'avance le nombre total d'especes a recueillir et veiller 'a ce que tous les taxons soient proportionnellement representes dans l'ensemble de la collecte. On peut affirmer avec juste raison que si l'on etudie un nombre suffisant d'echantillons on finira par reperer des composes actifs. Investigation des donn6es de lhelfraturesclentiflque. La litterature scientifique abonde en publications rappor- tant l'essai d'extraits de plantes, generalement in vitro, contre un ou plusieurs virus. Parmi les composes actifs signales, bien peu ont ete etudies jusqu'au bout, en isolant et en caracterisant les principes actifs. I1 ne serait cependant pas difficile de faire une recherche systematique dans la litterature pour identifier toutes les publications rapportant une activite antivirale chez des extraits de plantes et chez leurs principes actifs et d'analyser comme il convient les observations. A noter qu'il faudra peut-etre tenir compte de parametres biologiques (autres que l'effet cytopathogene direct sur le VIH) qui pourraient servir de predicteurs de l'activi- te anti-SIDA; on citera l'inhibition de la synthese d'ARN, l'inhibition de la synthese proteique, l'inhibition de la transcriptase inverse, l'inhibition de la traduction du genome viral, etc. L'approche chimlotaxonomique. Les plantes phylogeni- quement apparentees tendent a avoir des metabolites secondaires semblables ou identiques. Par consequent, si l'on sait qu'une espece possede une activite anti-VIH ou contient des metabolites secondaires ayant une activite anti-VIH, on peut identifier des especes phylo- geniquement apparentees qui auront les memes prin- cipes actifs ou des principes actifs apparentes. Si par exemple on trouve dans une espece un metabolite secondaire interessant qui 'a des proprietes anti-VIH, mais qui n'est present dans cette plante qu'a faible concentration, on peut grace a cette approche identifier des especes apparentees susceptibles de contenir le compose actif 'a forte concentration. MOthodes in vitro de recherche d'une activIf antI-VIH dans les prodults naturela L'identification des nouveaux medicaments procdde par criblage au hasard ou par mise au point ciblee, a l'aide d'une methode qui permet d'evaluer une action antivirale particuliere du medicament ou de l'extrait. Avec les methodes bien codifiees il est classique de tester diverses entites structurelles et de determiner leur capacite a inhiber in vitro la replication du VIH. Differentes methodes sont employees pour titrer l'acti- vite anti-VIH potentielle (tableau 1). Des composes de sources tres diverses sont examines, les composes ayant des caracteristiques structurelles originales ou manifestant une activite biologique etant l'objet d'une attention particuliere. L'interet de ces systemes appliques a l'identification de drogues pour traiter les infections 'a VIH peut se mesurer au nombre de medicaments decouverts. Maintenant, comment utiliser cette base d'informations pour recommander des tests d'evaluation des therapies traditionnelles? C'est un probleme qui n'est pas encore resolu. Ces tests peuvent servir 'a justifier scientifiquement l'emploi d'une the- rapie et 'a determiner la priorite d'etude d'un medica- ment. Le protocole propose (tableau 2) tient compte de la difference entre les pratiques occidentales et tradi- tionnelles et fournit un cadre pour l'evaluation scienti- fique d'un agent therapeutique susceptible d'etre utilise dans le traitement des infections a VIH. Le protocole indique n'est pas specifique, c'est pourquoi certains de ses aspects sont discutes plus en detail ci-dessous. Authentiticatlon des extralts soumls A I'analyse. La communication doit etre parfaite entre le botaniste, le chimiste, le biologiste, le pharmacologue, 1'ethnobo- taniste et le guerisseur pour que les remedes selection- nes en vue de leur acquisition et de leur analyse soient authentifies. Les informations minimales suivantes Tableau 1: Methodes blochimiques et m6thodes en culure cellulaire pour le titrage de 1'activite antl-VIH Biochimie ou culture cellulaire Parametre viral mesur6 Polymerisation/replication virale Transcriptase inverse Ribonuclease/replication virale Ribonuclease H Prot6olyse/replication virale Protease Liaison a la mol6cule GP 120, fusion m6dibe par CD4/fusion cellulaire l'enveloppe virale Agregation des proteines/ replication virale ou assemblage du virion Interactions de la p24 GTPase/replication virale nef Phosphorylation/repl ication virale nef WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990.28 Recherche In vitro d'une activlt6 antl-VIH dans les pr6paratlons m6dilinales traditlonnelles Tableau 2: Protocole d'6valuatlon des preparaftons m6dicinales tradMonnelles pour le traltement de I'infectlon a VIH 1. Fournir un extrait authentifie pour I'analyse. 2. Utiliser un systeme in vitro unique pour deceler l'activite du produit et determiner sa toxicite potentielle. Arr6tgr si la toxicite est superieure a I'action anti-VIH. 3. Purifier partiellement l'extrait et envisager un r6examen. 4. Exclure les inducteurs d'interferon. 5. Confirmer l'activite antivirale et la toxicite dans divers systemes cellulaires. 6. Titrer l'activite antivirale et la cytotoxicit6 des fractions dans un systeme anti-VIH ou dans un systeme de cultures de cellules animales appropries. Arr6ter si la toxicite est superieure a l'activite antivirale. 7. Si des fractions actives sont identifi6es: a) commencer l'identification chimique des composes actifs; b) faire des titrages biochimiques de la fraction active; c) realiser des etudes d'efficacite et de toxicite in vivo sur un modele animal approprie. 8. Suivant les resultats obtenus au point 7, definir l'ordre de priorite des composes qui seront soumis a l'evaluation clinique. sont necessaires: -identification taxonomique des especes de plantes contenues dans l'extrait; -documentation photographique sur ces especes vegetales; -description detaillee des organes de la plante a utiliser; -description detaillee de la methode de collecte et du moment de la collecte; -description des autres modes de preparation de l'extrait en medecine traditionnelle. L'extrait doit etre prepare conformement aux indications fournies par le tradipraticien et evalue directement. La faqon dont il est traditionnellement employe doit etre prise en consideration lors du choix des solvants utilises pour extraire un medicament traditionnel en raison de leur plus ou moins grande polarite. On envisagera le cas echeant des methodes d'extraction ou de fractionnement plus sophistiquees. Titrages In vitro de I'actlvl6 antivirale. Les methodes actuelles, biochimiques ou en culture cellulaire, sont tres diverses. On admet qu'aucune des methodes employee seule n'est parfaite et que pour examiner completement les possibilites d'utilisation d'un compose quel qu'il soit il faut recourir i des methodes de confirmation dans des systemes multiples. Le protocole propose (tableau 2) debute par un titrage unique que suivent d'autres methodes de confirmation plus precises si un compose actif est identifie. Aucun systeme d'essai isole n'est parfait. Le choix d'un systeme est determine par plusieurs facteurs clefs dont son coflt, son degre de simplicite et sa reproduc- tibilite. Cependant, on utilisera en premiere intention au moins un systeme de titrage sur culture de lymphocytes T (H9, ATH8, MT-2) comme crible des preparations traditionnelles. Les isolements de VIH obtenus chez les patients n'ont pas la meme activite que les souches adaptees au laboratoire. Quoi qu'il en soit, la maniabilite, le cotut et la reproductibilite sont les considerations qui 'a ce stade commandent le choix de l'isolement viral 'a utiliser. Il est recommande d'employer un petit inoculum viral, pour qu'en au moins septjours on observe plusieurs cycles de multiplication virale. Certaines preparations medicinales traditionnelles ont parfois besoin d'etre metabolisees par la cellule hote. Le produit sera donc introduit dans la culture cellulaire deux heures au moins avant l'inoculation du VIH. Une duree plus longue ou un pretraitement (24 heures) pourraient donner des informations particulierement utiles et permettraient de reperer les agents extremement cytotoxiques avant l'infection par le VIH. L'ecart entre deux dilutions du medicament potentiel ne doit pas depasser un log. II est recommande d'employer des dilutions en serie au tiers, la concentration situee au milieu de la serie correspondant a la concentration de la preparation traditionnellement ingeree. Le nombre de dilutions sera d'abord fixe empiriquement puis determine ulterieurement apres analyse des donnees. On peut cependant au debut prevoir au moins 12 dilutions par extrait. Le seuil definissant l'activite antivirale peut varier avec le nombre de cellules survivantes, la formation du syncytium, 1'expression de p24, le titre de transcriptase inverse dans le surnageant ou la fluorescence des antigenes viraux. Le succes d'un agent therapeutique repose sur son absence de cytotoxicite. La cytotoxicite sera donc l'objet d'une attention particuliere. Les tests devront mettre en evidence la duree de survie des cellules et l'intensite de leur replication en presence du medica- ment. II est admis que les proprietes antivirales doivent l'emporter sur la toxicite potentielle. Il va de soi que certains extraits contiendront des constituants toxiques a concentration plus elevee qu'une fraction therapeu- tique potentielle du melange; 'a ce stade de l'evaluation, ces extraits ne doivent pas etre ecartes mais seulement recevoir un rang de priorite inferieur dans la suite de I'evaluation. Recherche d'une activite "Immunostimulanfe". De nom- breux extraits utilises en medecine traditionnelle sont censes avoir une activite stimulante. Cette stimulation peut avoir plusieurs causes, a savoir un effet anti- infectieux de l'extrait, une action immunostimulante ou encore un effet indetermine sur le fonctionnement de l'organisme. Etant donne que les preparations traditionnelles stimulantes sont nombreuses et que nos connaissances actuelles sur les interrelations entre le WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. Memorandum VIH et la reponse immunitaire humaine sont lacunaires, la Consultation n'a formule aucune recommandation definitive concernant l'examen des composes doues d'un tel effet. D'ailleurs, la reponse immunitaire peut stimuler l'expression de genes codes par le VIH et aboutir a la production de nouvelles particules virales. De nombreuses plantes superieures contiennent on le sait des composes a large spectre antiviral. On pense que certains de ces composes sont des inducteurs d'interferon qui inactivent intracellulairement divers virus. Dans la mesure oiu l'interferon fait l'objet d'evaluations distinctes dans le traitement des viroses humaines, SIDA compris, il est recommande de ne pas donner un rang de priorite eleve aux extraits qui inhibent le developpement du VIH par l'intermediaire d'un interferon. On poursuivra l'evaluation de l'activite anti-VIH des extraits qui n'induisent pas la production d'interferon. II existe d'autres epreuves immunolo- giques, mais considerees comme peu maniables en routine pour l'examen des extraits potentiels utili- sables dans le traitement des infections 'a VIH. Evaluation complImentaire des agents prometteurs. La confirmation de l'activite therapeutique d'un produit donne doit se faire dans plusieurs systemes cellulaires de titrage, avec le VIH et avec d'autres retrovirus. Le choix des tests de confirmation est laisse 'a l'investi- gateur. Plusieurs raisons sont en faveur de l'utilisation d'autres retrovirus: elle permettra-de verifier la specifi- cite anti-retrovirale, de definir les composes 'a etudier en priorite sur les modeles animaux, de diminuer l'exposition au VIH et d'abaisser le cou't de l'evaluation de l'extrait pendant sa separation. Le but doit etre de separer et de purifier le produit pour pouvoir l'identifier chimiquement. I1 est toutefois recommande de proceder 'a une purification au moins partielle avant la suite de l'evaluation; il faut prealable- ment tester l'activite antivirale des fractions avant d'identifier une entite therapeutique. Ces trois volets de l'evaluation, l'identification chimique, les etudes d'efficacite et de toxicite chez des modeles animaux appropries et les etudes basees sur le mecanisme d'action doivent se derouler simultane- ment pour fournir les informations necessaires a la suite de l'evaluation clinique, 'a la modification de la molecule par synthese ou 'a l'utilisation directe du compose identifie. Considerations d'ordre Juridique et ethique Les composes issus de plantes ou leurs derives sont 'a la base d'un grand nombre de medicaments reconnus et il a t calcule que le constituant actif de 25% environ des medicaments approuves prescrits aux Etats-Unis d'Amerique avait ete mis au point 'a partir de tels composes (8). A l'origine de la decouverte de nom- breuses drogues actives se trouve souvent l'utilisation traditionnelle de preparations de plantes dans de nombreux pays (6). Dans bien des cas, un produit d'origine vegetale unique a debouche sur le develop- pement de classes tres etendues de composes. I1 est regrettable que les therapeutes traditionnels et les communautes, pourvoyeurs d'informations cruciales, aient ete oublies par les milieux de la recherche et n'aient eu doit 'a aucune reconnaissance quand des composes utiles ont ete decouverts. Rien ne doit etre neglige pendant l'investigation scientifique des drogues traditionnelles pour que les personnes et les communautes qui participent 'a la decouverte de medicaments anti-VIH (et notamment les tradiprati- ciens dont les informations peuvent etre generatrices de nouvelles decouvertes) soient recompenses comme il se doit. Les organismes susceptibles de travailler dans le cadre d'un programme finance par l'OMS devront definir une politique de redistribution des revenus potentiels provenant des decouvertes. Conclusions et recommandations On admet que les plantes medicinales sont 'a l'origine de nombreux medicaments employes pour soulager les maladies humaines et que 75% environ de ces me- dicaments ont ete decouverts parce que ces plantes etaient utilisees en medecine traditionnelle (6). En raison du petit nombre d'etudes systematiques con- duites pour decouvrir des drogues anti-VIH dans les vegetaux ou dans d'autres produits naturels et du besoin de disposer de toute urgence d'une grande variete de medicaments anti-VIH efficaces, les parti- cipants 'a la Consultation estiment qu'a condition de les selectionner et de les evaluer convenablement, les plantes utilisees en medecine traditionnelle fourniront des medicaments anti-VIH actifs; ils formulent donc les recommandations suivantes: * L'OMS identifiera les organismes oiu pourra etre realisee l'evaluation scientifique des preparations me- dicinales traditionnelles destinees au traitement du SIDA, de la collecte des plantes 'a la determination de la structure chimique, en passant par l'extraction et le criblage in vitro et in vivo. * Le reseau existant de centres collaborateurs OMS pour le SIDA et pour la medecine traditionnelle sera utilise au maximum. * Les investigations dans le domaine de la medecine traditionnelle seront envisagees dans le cadre des programmes nationaux de lutte contre le SIDA, ce qui devrait contribuer au renforcement des activites et des organismes existants. WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990.30 Recherche In vitro d'une activit6 anti-VIH dans les pr6paratlons m4dlicnales tradltionnelles * Le Programme mondial de Lutte contre le SIDA fixera, en collaboration avec le Programe Medecine traditionnelle, un mecanisme pour la definition des priorites, la preparation des protocoles, la promotion et le financement des recherches necessaires confor- mement aux strategies approuvees du programme. * Les programmes nationaux de lutte contre le SIDA collaboreront avec l'OMS pour identifier les prepara- tions medicinales traditionnelles qui meritent une evaluation scientifique plus poussee. * La quete actuelle d'un remede contre le SIDA est partout marquee par l'urgence. Dans les pays indus- trialises, cette activite releve en general de la recherche industrielle pharmaceutique ou est financee par les pouvoirs publics. Dans les pays en developpement, l'exploration des ressources de la medecine tradition- nelle releve des sciences humaines et les etudes font rarement partie d'un plan organise. La Consultation reconnatt que dans les pays oCu les tradipraticiens utilisent des medications contre le SIDA, il est souhai- table d'etudier soigneusement l'impact de ces inter- ventions, pour deceler d'eventuels effets secondaires graves associes au traitement et pour identifier les therapeutiques prometteuses et les soumettre aux protocoles de recherche et developpement. Bibliographie 1. Chang, R.S. & Young, H.W. Inhibition of growth of human immunodeficiency virus in vitro by crude extracts of Chinese medicinal herbs. Antiviral research, 9:163-176 (1988). 2. Ngan, R.S. et al. Isolation, purification and partial characterization of an active anti-HIV compound from Chinese medicinal herb Viola yedoensis. Antiviral research, 10: 107-116 (1989). 3. Ito, M. et al. 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Vol 68 1990. 31
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Recherche in vitro d’une activité anti-VIH dans les préparations médicinales traditionnelles : mémorandum d’une réunion de l’OMS
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