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Charbon : mise en place de programmes nationaux de lutte et de recherche en Afrique : mémorandum d’une réunion de l’OMS

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Charbon: mise en place de programmes nationaux de lutte et de recherche en Afrique: Memorandum d'une reunion de l'OMS* La pr6valence du charbon dans les populations animales et chez l'homme a progress6 en Afrique. C'est pourquoi la pr6sente r6union de l'OMS a 6t6 organis6e, en 1992, dans une r6gion d'end6mie de la province occidentale de la Zambie. Les participants a la r6union ont analys6 l'6pid6miologie du char- bon et les moyens de lutte utilises dans certains pays africains, 6labor6 des programmes nationaux de lutte contre le charbon et de recherche sur cette maladie en Afrique, 6tudi6 les possibilit6s de coop6ra- tion et les plans de travail internationaux et formul6 des recommandations relatives a la lutte contre le charbon en Afrique. Les discussions ont et6 ax6es sur les syst6mes de surveillance et de notification, le diagnostic, la production de vaccins et la vaccination, la d6sinfection et la d6contamination, P'6limina- tion des carcasses, le traitement des cas chez l'homme, les systemes de sant6, ainsi que sur la colla- boration intersectorielle entre les services de sant6 publique, les services v6t6rinaires et d'autres ser- vices tels que ceux de la conservation de la nature, de facon que les programmes nationaux de lutte puissent prendre en compte l'ensemble des conditions qui pr6dominent en Afrique en cas d'6pid6mie. Ces recommandations sont applicables a d'autres r6gions oui le charbon pose des problemes ana- logues en sant6 publique et v6t6rinaire et en matiere de salubrit6 de l'environnement. Introduction Activites coordonnees par l'OMS Les premieres activites de l'OMS en matiere de lutte contre le charbon et de recherche sur cette maladie remontent 'a 1948. Au cours des quelques demieres decennies, un certain nombre de pays, surtout en Europe, ont reussi 'a abaisser la morbidite et la mor- talite associees au charbon chez l'homme et chez l'animal et, grace a une collaboration et 'a un soutien intemationaux, les ont ramenees a des niveaux negli- geables. Toutefois, le charbon est aujourd'hui encore * Ce m6morandum est bas6 sur le rapport d'une r6union de l'OMS qui s'est tenue a Mongu, en Zambie, du 22 au 27 sep- tembre 1992. Participants: Katinka de Balogh, Lusaka, Zambie; G.C. Bbalo, Mongu, Zambie; R. Bohm, Stuttgart, Allemagne (Vice-Pr6sident); H.G.B. Chizyuka, Lusaka, Zambie; Bengat Kigan, Kabete, Kenya; G.L. Komba, Dar es-Salaam, Tanzanie; P.M. Muyoyeta, Lusaka, Zambie (Rapporteu); L.M. Tuchili, Lusaka, Zambie; P.C.B. Turnbull, Porton Down, Angleterre (Pr6- sident); V. de Vos, Skukuza, Afrique du Sud. Representant de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et I'Agricul- ture: D.H. Roberts, Lusaka, Zambie. Secr6tariat OMS: T. Fujikura (Secr6taire). Les demandes de tires a part ou de rapports de la reunion (WHO/CDS/VPH/93.117) doivent etre adressees au service de Sante publique v6terinaire, Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante, 1211 Genbve 27, Suisse. La version originale en anglais de cet article est parue dans le Bul- letin de l'Organisation mondiale de la Santd, 1994, 72(1): 13-22. Tire6 part NO 5485 endemique dans de nombreux pays chez l'homme comme chez I'animal, notamment chez les animaux sauvages, et a un impact important sur 1'environne- ment, sur certains parametres socio-economiques et sur la sante publique en Afrique et en Asie. Compte tenu de cette situation, le service de Sante publique veterinaire de 1'OMS a cred un Groupe de travail sur la lutte contre le charbon et la recherche sur cette maladie, subdivise en quatre sous-groupes: 1) epidemiologie et echange d'infor- mations; 2) desinfection et decontamination; 3) vac- cins et mise au point de vaccins; et 4) groupe consul- tatif sur les problemes des pays en developpement. En 1987, ce Groupe de travail a redige un guide inti- tule' "Guide to the diagnosis, treatment, and preven- tion of anthrax" (document WHO/Zoon./87.167) et, plus recemment, des "Guidelines for the surveillance and control of anthrax in humans and animals" (WHO/Zoon./93. 170). I1 a egalement conseille et aide divers pays dans des domaines tels que sur- veillance, diagnostic, production et contr8le de vac- cins, campagnes de vaccination, desinfection et decontamination, elimination des carcasses, coopera- tion intersectorielle, et fourniture de materiels de reference et de recherche. Un certain nombre de mis- sions ont ete effectuees en Afrique et en Asie et d'autres vont suivre. Ce Groupe a rencontre en Zam- bie en 1992 d'autres experts de certains pays afri- cains pour analyser la situation du charbon en Afrique et etudier les moyens de renforcer encore davantage la cooperation internationale. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sant6, 1994, 72 (3): 353-363 © Organisation mondiale de la Sante 1994 353 M6morandum Epidemiologie du charbon et lutte contre la maladie en Afrique Zambie Les campagnes de vaccination contre le charbon etaient auparavant obligatoires, mais elles ont cesse il y a quelques annees, la maladie ayant ete bien enrayee chez les animaux domestiques. Il s'est pro- duit en 1987 une vaste flambee chez les animaux sauvages du parc national de la Luangwa, dont l'ori- gine enzootique n'a pu etre precisement retracee. Des donnees indirectes laissent a penser que cette flambee a ete associee a plusieurs annees de forte secheresse, au cours desquelles les animaux se sont concentres autour de points d'eau limites. Comme des cas de charbon ont continue a survenir sporadi- quement chez les animaux domestiques et sauvages et chez l'homme, on a de nouveau lance une cam- pagne de vaccination, mais dont la couverture a ete limitee aux regions d'endemie au moment des flam- bees. On a egalement reintroduit la quarantaine et la limitation des deplacements des animaux en direc- tion ou en provenance des regions d'endemie. Il existe un lien direct entre les flambees de 1989-1991 et les flambees precedentes observees dans les plaines et les bordures des plaines. Elles ont ete caracterisees par l'apparition soudaine de foyers multicentriques d'infection dans lesquels de nom- breux animaux mouraient subitement, sans signes avant-coureurs de maladie. De nombreuses flambees de ce type se sont produites entre 1989 et 1992 (2 en 1989, 20 en 1990, 25 en 1991 et 2 en 1992), liees a des pluies inhabituellement fortes ayant entraind des inondations. Dans les regions oCu l'on a lance des campagnes de vaccination et obtenu une couverture importante, les morts d'animaux ont cesse deux semaines apres la vaccination. Toutefois, on enre- gistre encore des cas mortels de charbon en raison des deplacements continuels du betail, aussi bien a destination qu'en provenance de ces regions. La province occidentale poss'ede une population bovine de 556 000 tetes, les animaux etant eleves soit sur place, soit selon un systCeme de transhuman- ce. Leur densite est de 10 au km2 et ils constituent le principal outil economique de la province. Depuis 1970, on a enregistre entre une et trois flambees enzootiques de charbon par an. La couverture vacci- nale dans cette province est inferieure a 50%. Dans cette meme province, la reglementation visant 'a controler les deplacements du betail entre districts est trCes stricte, mais difficile a appliquer dans les regions oCu les grands axes routiers ne sont pas utilises. Le systCeme traditionnel d'elevage, avec ses dchanges et ses dons de betail, et ses rassemble- ments de troupeaux, rend difficile le controle des deplacements du cheptel et des produits d'un district a l'autre. Par ailleurs, chacals et hyenes peuvent ega- lement etre a l'origine du deplacement de certaines carcasses et depouilles d'animaux. En Zambie, il est de tradition que les habitants ecorchent, decoupent et mangent les animaux morts inopindment, meme si les villageois savent que ces animaux sont peut-etre morts d'une maladie trans- missible comme le charbon. Cette situation entraine des retards dans la notification au bureau veterinaire responsable de la lutte contre le charbon. Le fait d'enterrer et/ou de brfuler les carcasses donne un sur- crolt de travail et, dans de nombreux districts, on manque de bois pour incinerer les carcasses. La desinfection et la decontamination sont peu faciles a realiser dans nombre de regions actuellement tou- chees. Les autres problemes rencontres dans la lutte contre le charbon sont dus a 1) un manque de coope- ration de la part des eleveurs pour ce qui est la vacci- nation; 2) des retards de diagnostic, les laboratoires regionaux ne disposant pas des installations neces- saires pour confirmer un diagnostic de charbon, et les prelevements devant etre expedies au loin, au Central Veterinary Research Institute (CVRI) de Lusaka; et 3) des problemes de financement des pro- grammes de vaccination et de diagnostic. Dans la province occidentale, le charbon est pre- sume ou confirm' lorsque 1) le proprietaire du trou- peau ouvre la carcasse et note une rate volumineuse; 2) des cas humains surviennent a la suite de la mani- pulation ou de la consommation de viande provenant d'animaux morts du charbon; et 3) des echantillons sont examines au laboratoire (ce qui, actuellement, ne peut etre fait qu'au CVRI de Lusaka). Au cours de la reunion, les participants, accom- pagnes du personnel national et local, ont visite plu- sieurs zones d'endemie du district de Kalabo, a quelque 60 km de Mongu. Ils ont observe certaines des situations d'endemie qui se presentent et rencon- tre des malades et des villageois ayant contracte le charbon apres avoir mange de la viande contamin6e ou avoir ete en contact direct (ecorchement, depeca- ge et autres activites) avec des animaux morts de facon inexpliquee. A Lusaka, le CVRI a recemment lance un pro- gramme de recherche visant a mener une enquete serologique chez les bovins, chez l'homme et chez le chien dans les zones d'endemie de la province occi- dentale au moyen d'un titrage immuno-enzymatique avec antigene protecteur acellulaire. Le transfert des technologies de production et de controle des vaccins anticharbonneux a egalement commence avec I'aide de 1'OMS, de la FAO et d'autres organismes interna- tionaux. WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994354 Charbon: programmes de lutte et de recherche en Afrique R6publique-Unie de Tanzanie Lors du demier recensement de 1984, le cheptel de ce pays comptait 13 millions de bovins, 6 millions de chevres, 3 millions de moutons, 2 millions de che- vaux, 14 millions de volailles, 200 000 anes et le nombre d'animaux sauvages le plus eleve au monde. Les animaux sauvages et domestiques coexistent et les premiers jouent un r6le important dans la trans- mission du charbon aux seconds. On observe des cas sporadiques dans la plupart des regions du pays, mais la maladie est fondamentalement enzootique dans les regions d'elevage. Entre 1981 et 1990, quelque 97 585 bovins sont morts du charbon, ce qui represen- te 2,3% de tous les bovins morts durant cette periode. Cette situation enzootique des regions d'elevage est principalement due a une mauvaise elimination des carcasses et a la contamination persistante de l'environnement qui en decoule. Les diagnostics peuvent etre poses sur place au vu des manifesta- tions cliniques de la maladie telles qu'une forte tem- perature (42°C), une mort subite de l'animal ou une carcasse qui perd du sang par les orifices naturels et qui ne se raidit pas. La reglementation exige que de telles carcasses ne soient pas ouvertes et que l'on prepare des frottis sanguins preleves au bout de l'oreille, puis colores au Giemsa ou au bleu de methylene. Le personnel de terrain reconnaet facile- ment les cas de charbon d'apres ces criteres et seuls quelques cas font l'objet d'analyses de laboratoire plus poussees. La mise en quarantaine, le controle de l'elimina- tion des carcasses et une ceinture de vaccination rea- lisee grace a des campagnes de routine, se sont ave- res tres efficaces pour lutter contre le charbon chez le betail. En ce qui conceme l'elimination des car- casses, la legislation tanzanienne prescrit de les enfouir a 2 m de profondeur avec de la chaux vive, de desinfecter les zones de contact au formol (30%) et a la soude caustique (40%), et de proceder a la chloration des points d'eau. Sinon, carcasses et autres elements doivent etre incineres. Cette regle- mentation est souvent mal appliquee, d'oiu la perpe- tuation de la maladie dans les zones d'enzootie. Dans ces regions, la vaccination systematique des animaux est necessaire pour endiguer la maladie. Depuis 1984, le vaccin anticharbonneux est pro- duit au Vaccine Production Institute de Dar es- Salaam, mais il y a des problemes dus aux coupures d'electricite, a la penurie de certains materiaux (matieres premieres, reactifs, cultures de semence, flacons, materiaux de conditionnement) et a l'absen- ce de financement pour les essais de terrain du vac- cin. Dans cet institut, les activitds de recherche sont axees sur la mise au point d'un vaccin associe anti- charbon bacteridien et symptomatique. Chez les animaux sauvages, des flambees tres marqudes de charbon se sont produites dans les parcs nationaux du lac Manyara et de Tarangire (district d'Arusha) au cours des annees de secheresse. Les tres grandes concentrations d'animaux sauvage au- tour des points d'eau ont fait de ces endroits des sources d'infection importantes. Les insectes piqueurs peuvent aussi contribuer a la transmission du char- bon chez les animaux sauvages; les mesures de pre- vention et de lutte sont les memes que celles em- ployees pour le betail, c'est-a-dire qu'il faut inci- nerer les carcasses ou les enfouir a au moins 2 m de profondeur avec de la chaux vive et proceder 'a la chloration des points d'eau. Toutefois, ces mesures sont difficiles a appliquer lorsqu'il s'agit d'animaux sauvages. La mise en quarantaine, la vaccination et la detection/elimination des carcasses avant qu'elles ne soient ouvertes par des charognards peuvent aider a reduire la contamination. Kenya Au Kenya, le charbon fait partie des maladies a declaration obligatoire conduisant a instituer des mesures d'urgence et fait l'objet d'une loi qui regit les dispositions relatives a l'elimination correcte des carcasses, a la mise en quarantaine de la region tou- chee et a la vaccination d'urgence. Cette maladie sur- vient sporadiquement un peu partout dans le pays et est plus courante lors des annees exceptionnellement pluvieuses. Le Central Veterinary Laboratory de Kabete et les laboratoires regionaux/de district sont tres actifs en matiere de diagnostic et de lutte contre le charbon, dont les cas ont tendance a n'etre notifies que lorsque des personnes sont atteintes apres avoir consomme de la viande provenant d'animaux infec- tes. Cela se produit plus souvent dans les districts d'elevage du nord et, dans une moindre mesure, dans ceux du centre. Dans les districts du nord la maladie est courante chez les bovins et les chameaux; on y a egalement observe une certaine endemicite chez l'homme. Par tradition, les habitants de ces regions consomment la viande des animaux morts subite- ment; les restes ne sont pas correctement elimines et sont dissemines par les animaux sauvages. Dans les regions agricoles du Kenya central, les flambees sont sporadiques (moins de 10 par an) et peuvent ne tou- cher qu'un ou deux animaux a la fois. Dans la region cotiere, les cas rapportds sont rares depuis des annees. Un tres grand nombre de doses de vaccin asso- cie anti-charbon bacteridien et symptomatique sont administrees chaque annee (703 549 en 1990, 483 067 en 1991). Les autres mesures de lutte contre le charbon sont les suivantes: reglementation relative a l'elimination des car- casses; WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994 355 M6morandum - interdiction portant sur la vente de la viande d'animaux morts de cause non diagnostiquee; - mise en quarantaine de la region touchee et vac- cination, qui devra se poursuivre trois mois au- dela du demier cas notifie; - mise en place de methodes convenables de desin- fection et de decontamination des endroits et du materiel contamines; - campagnes d'education menees par le personnel de la sante publique et veterinaire, visant a faire savoir aux populations qu'il ne faut pas manger de viande qui n'a pas ete inspectee. Afrique du Sud En Afrique du Sud, le charbon a ete decrit pour la premiere fois en 1838 par un historien-voyageur et c'est en 1876 que cette maladie a ete scientifique- ment confirmee pour la premiere fois, meme si Bacillus anthracis a ete isole lors de fouilles menees dans le parc national Kruger sur des os datant de plus de 200 ans. L'incidence de la maladie a nettement progresse dans les premieres annees de ce siecle, atteignant un pic en 1923, annee au cours de laquelle 30 000 a 60 000 animaux en sont morts. La legislation en matiere de lutte contre le char- bon date de 1911 et en 1923 le gouvemement decida de foumir gratuitement la vaccination a tous les ele- veurs. La vaccination annuelle des bovins est restee obligatoire et a entraine une diminution des flambees de charbon chez le betail, faisant passer le nombre de cas d'environ 1000 par an a moins de 3 par an, les cas diminuant egalement chez l'homme, jusqu'a l'arret de la vaccination gratuite a la fin de l'annee 1987. Depuis cette date, le nombre des vaccinations a considerablement baisse. En Afrique du Sud, le charbon se propage rare- ment au-dela des premiers cas chez les animaux domestiques, car il est rapidement jugule par des mesures de lutte efficaces: - des confirmation du diagnostic, la region ou la ferme touchee est mise en quarantaine, laquelle est appliquee par les services veterinaires natio- naux, et levee soit trois semaines apres la vacci- nation, soit trois semaines apres le demier cas de charbon diagnostique, si celui-ci survient plus tard; - tout le bMtail de la ferme et des regions avoisi- nantes est vaccine par le Department of Animal Health; - un traitement par les antibiotiques (par exemple une association de penicilline et de deshydro- streptomycine) est autorise, mais doit etre suivi d'une vaccination au bout de 10 'a 14 jours (les antibiotiques sont interdits dans les 10 jours qui precedent ou qui suivent une vaccination); - les animaux infectes sont isoles et abattus sous la direction d'un responsable agree; - les carcasses contaminees ne doivent pas etre ouvertes et doivent etre incinerees ou enterrees avec de la chaux eteinte en grande quantite; - la desinfection des locaux est effectuee avec une solution de formaldehyde a 5% ou conformement aux directives de 1'OMS (document non publie WHO/Zoon./87.163, 1987). Le diagnostic est confirme par un frottis sanguin examine par un veterinaire des services nationaux ou dans l'un des 14 laboratoires regionaux. Les preleve- ments de tissus sont envoyes au Veterinary Institute d'Onderstepoort pour confirmation en culture. Le vaccin vivant prepare 'a partir de spores (souche Steme) est fabrique a l'Institut d'Onderste- poort et coufte 0,30 rand (US$ 0,10) par dose. La chute tres nette des ventes de vaccins depuis 1988- 1989 est le reflet du desinteret des eleveurs apres de longues periodes sans flambees de charbon et de l'incapacite des autorites a faire appliquer la loi sur la vaccination. Dans le cas des animaux sauvages, 52 especes se sont averees sensibles au charbon dans le parc natio- nal Kruger, notamment le koudou, le nyala et l'anti- lope rouanne qui sont tres vulnerables. Les adultes sont manifestement plus vulnerables que les jeunes ou les jeunes adultes. Les charognards comme les vautours et les hyenes jouent un r8le tres important dans la dissemination des spores charbonneuses. Les mouches a viande se nourrissent de liquides orga- niques sur les carcasses ouvertes, puis deposent des gouttelettes infectieuses de materiel fecal et stomacal sur la vegetation, qui est ensuite broutee par des ani- maux comme le koudou. Les flambees surviennent habituellement a la fin de l'hiver et se poursuivent jusqu'au debut de l'ete, avant les premieres grandes pluies. Les facteurs qui jouent un r8le dans les flam- bees chez les animaux sauvages des trois parcs natio- naux d'Afrique du Sud sont: 1) la concentration des animaux; 2) le surpaturage; 3) la stagnation et la concentration des ressources en eau; et 4) le stress nutritionnel. Les mesures classiques de lutte destinees aux animaux domestiques ne sont pas applicables aux animaux sauvages et, si une flambee de charbon sur- vient chez ces demiers, on vaccine les animaux en utilisant des flechettes a usage unique tirees d'un helicoptere. Cette methode a ete utilisee avec succes dans le parc Kruger et dans les reserves avoisinantes. En dehors de la vaccination, la lutte chez les ani- maux sauvages repose sur l'incineration des car- casses (lorsqu'on les trouve), sur le fait d'eviter que WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994356 Charbon: programmes de lutte et de recherche en Afrique les points d'eau soient infectes par des vautours ou autres, sur les pratiques de bruflis du veld, et en evi- tant la surabondance de gibier par des abattages selectifs. Programmes nationaux de lutte contre le charbon et activitds de recherche Surveillance et recuell des donndes Pour mieux combattre le charbon, il faut ameliorer les methodes de surveillance et de recueil des don- nees. Cela signifie que toutes les suspicions de cas doivent etre confirmees par des tests de laboratoire fiables et que toutes les morts soudaines et inexpli- quees survenues chez des animaux doivent faire l'objet d'investigations. Si en Afrique le charbon reste un probleme de sante chez l'homme et chez l'animal et la cause de pertes economiques importantes, l'incidence et l'ef- fet reels de cette maladie dans de nombreux pays africains sont mal connus, parce qu'on n'y applique pas des methodes normalisees de surveillance et de recueil des donnees. Dans bon nombre de pays ddve- loppes, oju l'on s'est attaque energiquement a la pre- vention de cette maladie, elle est presque entierement eliminee. Pour pouvoir effectuer une surveillance et un recueil des donndes dans de bonnes conditions, il faut: 1) Analyser toute suspicion de cas et toute mort inexpliquee chez un animal; le diagnostic sera confirmen par des epreuves de laboratoire (frottis san- guins correctement colores, isolement de B. anthra- cis et, le cas echeant, epreuves de mise en evidence du pouvoir pathogene et de la virulence ou tests serologiques). 2) Creer des stations de surveillance sur le terrain, dirigees par un veterinaire qualifie qui pourra mener les recherches necessaires et recueillir les echan- tillons appropries pour confirmation. Ces stations devront etre suffisamment approvisionnees en lames de verre et disposer d'un microscope de bonne quali- te pour l'examen des frottis recueillis chez tous les animaux morts inopinement. Elle doit etre en mesure de preparer et de recueillir des frottis sanguins et des prelevements chez les animaux soup,onn's d'avoir succombe au charbon ainsi que dans l'environne- ment, pour les envoyer a un laboratoire equipe pour les tests de confirmation bacteriologique et autres. 3) Ces stations de surveillance sur le terrain doivent disposer de questionnaires normalises a faire remplir par tous les proprietaires d'animaux. En outre, en cas d'epidemie importante, il peut etre utile de creer une equipe speciale constituee de membres du personnel des services veterinaires locaux, centraux, ou univer- sitaires, de membres des services de sante publique et, le cas echeant, des services de conservation de la nature, pour analyser la flambee et formuler des recommandations sur les mesures a prendre. La sero- logie est utile mais, a l'heure actuelle, l'antigene necessaire n'est pas disponible dans le commerce. Les tests serologiques sont donc reserves aux centres specialises et aux projets de recherche plut6t qu'au diagnostic de routine. Notification et information On estime que le charbon n'est toujours pas une maladie a declaration obligatoire dans environ 54% des pays d'Afrique. Un autre facteur qui contribue a l'inexactitude des informations est le fait que, tres souvent, les responsables de terrain ne reconnaissent pas les cas cliniques et que les laboratoires nationaux ne sont pas en mesure d'effectuer les tests neces- saires. L'insuffisance de la cooperation intersecto- rielle est egalement responsable des erreurs de notifi- cation. Pour que la notification et l'information soient fiables, il faut que: 1) les stations de surveillance conservent les dos- siers de tous les cas de charbon enregistres et que le responsable en poste envoie regulierement des rap- ports a tous les services conceme's; 2) tous les cas presumes de charbon soient confir- mes par un laboratoire de sorte que la notification soit exacte; 3) la loi oblige les proprietaires de betail a signaler toute mort inexpliquee; 4) les propri6taires qui signalent de leur plein gre la maladie recoivent une aide, par exemple la vaccina- tion, la .desinfection et l'elimination des carcasses a titre gratuit; 5) dans les parcs nationaux et les reserves d'ani- maux, tous les cas presumes soient rapportes aux sta- tions de surveillance sur le terrain; 6) toutes les stations de terrain aient a leur disposi- tion une brochure sur la maladie (decrivant brieve- ment ce qu'est le charbon, les animaux susceptibles de le contracter, le mode de transmission, la biologie du bacille, les symptomes, le traitement, la preven- tion, la decontamination et l'elimination des car- casses). Elimination des carcasses et d*.infaetinn/dAnnntamination L'elimination des carcasses et la ddsinfection et la decontamination ulterieures des endroits infectes WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994 357 M6morandum visent a interrompre le cycle 6piddmiologique de la maladie. En ce qui concerne l'elimination propre- ment dite, des problemes peuvent surgir lorsque la maladie n'est pas imm6diatement identifiee et que la carcasse n'est pas correctement trait6e. De la meme facon, l'absence de desinfectants appropries pose souvent des problemes dans les pays africains. Ceux que l'on trouve actuellement sur le marche ne sont pas efficaces contre les spores du charbon et il faut etudier la possibilite d'utiliser des desinfectants dis- ponibles localement, ou d'autres methodes. Il faut envisager d'appliquer les methodes suivantes: 1) Me'thodes physiques (incineration et enfouisse- ment). L'incineration, lorsqu'elle est correctement faite, est la m6thode la plus fiable pour d6truire les spores. L'enfouissement comporte la possibilite d'une contamination durable de l'environnement. Toutefois, pour bruiler une carcasse, il faut de grandes quantites de bois, ce dont on ne dispose pas toujours. L'elimination doit etre supervisee par des responsables des services veterinaires ou autres per- sonnes qualifiees, telles que les membres des equipes de surveillance ou des equipes speciales de lutte contre le charbon. L'ideal est de confirmer bacterio- logiquement l'efficacite de la methode employee. 2) Me'thodes chimiques. Avant de pouvoir recom- mander une des substances chimiques produites loca- lement, il faut confirmer son action sporicide au laboratoire. Toutes les stations de surveillance doivent dis- poser de quantites suffisantes de desinfectants, qui ne doivent etre employes que sous la direction d'un personnel qualifie. Il faudrait legif6rer en matiere de collecte et d'elimination des carcasses et de desinfec- tion des locaux contamines. L'industrie de la viande, notamment les abattoirs et autres entreprises de trai- tement des produits animaux (cuirs et peaux, laine et poils, farine d'os, etc), doivent conserver suffisam- ment de desinfectant pour pouvoir desinfecter leurs locaux, au cas oiu il y aurait des cas inopines de char- bon. Des brochures d'information sur la desinfection et la decontamination des locaux en cas de charbon doivent etre mises a la disposition des eleveurs et des equipes de surveillance. R6le et fonctions des laboratoires de diagnostic Pour surveiller correctement le charbon, un labora- toire doit etre en mesure: - d'etudier et de confirmer dans les plus brefs delais toutes les suspicions de cas de charbon; - de mettre au point des methodes et des instruc- tions et de foumir au personnel de terrain le materiel necessaire pour realiser les prelevements et les envoyer au laboratoire; - d'effectuer les tests de laboratoire les plus appro- pries. On trouvera a la Fig. 1 un organigramme des methodes proposees pour l'isolement et l'identification de B. anthracis et pour la confir- mation du diagnostic; - de communiquer ses resultats a tous les groupes concemnes; - de mettre en place et d'entretenir le systeme de notification voulu a l'echelon national. Production de vaccin anticharbonneux et approvisionnement Pour qu'un vaccin anticharbonneux soit retenu, il doit satisfaire a certaines conditions et normes: - le vaccin doit etre produit conformement aux normes intemationales et selon des methodes agreees, notamment en matiere d'activite, de toxicite anormale et autres epreuves de contr6le de la qualite dans la ligne de celles figurant dans le rapport du Comite OMS d'experts de la Stan- dardisation biologique (OMS, Serie de Rapports techniques, N° 361, 1967); - ce vaccin doit etre sans danger pour toutes les especes animales cibles; - il doit etre efficace et assurer une protection d'au moins 12 mois; En outre: - il doit etre facile a obtenir en cas de besoin; - les responsables de terrain doivent avoir des ins- tallations de stockage du vaccin; - l'equipe speciale nationale devra disposer de reserves de vaccin destinees a parer a toute situa- tion d'urgence; - on encouragera les recherches visant a produire un vaccin plus facile a administrer et assurant une protection plus durable que les vaccins actuels. Hygiene alimentaire, formation et education En Afrique, de nombreuses personnes sont mortes du charbon, souvent apres avoir consomme de la viande contaminee ou manipule des carcasses infectees. Pour eviter de tels problemes, il faut veiller aux points suivants: - la viande doit etre correctement inspectee avant d'etre distribuee pour la consommation (y com- pris la viande des animaux abattus dans les reserves); - la viande des animaux morts inopinement ou les carcasses de ceux "trouves morts pour des rai- sons inconnues" ne doit pas etre distribuee pour la consommation humaine; WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994358 Charbon: programmes de lutte et de recherche en Afrique Fig. 1. Organigramme des m6thodes propos6es pour l'isolement et l'identification de B. anthracis et la confirmation du diagnostic Dans certaines circonstances, les epreuves chez l'animal peuvent etre n6cessaires/in6vitables 62,50C pendant 15 min (Postulats de Koch) PRELEVEMENT ECHANTILLON PROVENANT DE HUMAIN PRELEVEMENT/MATERIEL ANIMAL L'ENVIRONNEMENT Echantillons frais provenant d'un animal Echantillons anciens/decompos6s presentant des signes cliniques/des ant6c6dents 6vocateurs de la maladie ou traites (farine dos, peaux, etc) ~~~~~~~I Detection antigenique (par ex. test d'Ascoli) Melanger a 2 volumes d'eau distill6e ou detection de la toxine charbonneuse sterile pour obtenir une suspension Preparer des volumes de ± 10 ml d'echantillon non dilud et de dilutions de la suspension a 1:10, 1:100, 1:1000IfD fl r (diluer dans de l'eau distill6e sterile) Coloration de M'Fadyean Ensemencer sur des frottis de sang, du directement sur de la (Coloration de liquide vesiculaire ou gdlose au sang M'Fadyean sur L autre liquide tissulaire Ensemencer les dilutions non chauff6es frottis sanguin (voir plus bas) prelev6 au moment de la mort de 1'animal v Mettre au bain-marie a 62,5°C pendant 15 minutes (ou soumettre a un "choc alcoolique" en ajoutant un volume egal d'ethanol a 95-100% pendant 1 heure) +Ensemencer les dilutions traitees par la chaleur/par l'alcool (voir ci-dessous) Etaler 10 a 100 pl de chaque Etaler 250 a 300 pI de chaque dilution dilution sur de la gelose au sang + (avant et apres traitement par la polymyxine (dilutions non chaleur/alcool) sur de la gelose PLETachauff6es/non trait6es A Ilalcool) ou sur de la g6lose au sang simple (dilutions trait6es A Ia 37IC pendant 48h chaleur/a l'alcool) 37°C jusqu'au lendemain j Rechercher dans les colonies typiques l'absence d'hemolyse, I'absence de mobilitd, la sensibilite au phage gamma et la sensibilite a la penicilline Transvaser une tete d'epingle de colonie suspecte dans + 2,5 ml de sang defibrine (de n'importe quelle espece, bien que le sang de cheval semble preterable) 37°C pendant 5 h ou jusqu'au lendemain Faire un frontis et le colorer au M'Fadyean PLT La presence de bacilles encapsules typiques (capsule rose entourant un bacille bleu foncd, souvent quadrangulaire, et parois isole, mais en general en chaine de deux ou plusieurs bacilles) signe la presence de Bacillus anthracis virulent a PLET = gelose polymyxine-lysozyme-EDTA-acetate de thallium. WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994 A 359 un| Memorandum - il faut sensibiliser le grand public aux dangers d'une telle consommation par le biais de semi- naires, d'affiches et des medias; - la reglementation relative a l'inspection des viandes et la formation dans ce domaine doivent etre regulierement reexaminees; - toutes les entreprises de traitement des produits cames doivent etre equipees et formees pour la decontamination et la desinfection de leurs locaux au cas oiu une carcasse infectee par le charbon entrerait dans la chaine de traitement. Le sechage est une methode courante de conser- vation de la viande en Afrique; sous cette forme, la viande est facile a transporter sur de longues dis- tances et se conserve longtemps. Toutefois, elle devient un moyen potentiel de dissemination des spores de charbon si elle provient d'un animal infecte. Equipes speciales et cooperation intersectorielle La cooperation intersectorielle est indispensable si l'on veut lutter efficacement contre le charbon. Dans les pays en developpement oiu cette maladie consti- tue toujours un grave probleme, il convient d'accor- der un rang de priorite eleve a la formation d'equipes speciales. Ces demieres seront composees de membres du personnel des ministeres suivants: Agri- culture, Alimentation et Pecheries; Sante; Tourisme (conservation de la nature); Environnement. Les operations de ces equipes speciales se feront a tous les niveaux, depuis la prise en charge de l'epi- demie sur le terrain jusqu'aux mesures a l'echelon national. Dans chaque ministere interesse, il y aura un responsable des questions liees au charbon, a savoir: - surveillance et notification; - sensibilisation du public; - installations de terrain pour le diagnostic, l'elimi- nation des carcasses, la desinfection, la deconta- mination et la vaccination, assurant notamment que les stocks de vaccins et de desinfectants sont conserves dans de bonnes conditions; - hygiene alimentaire; - quarantaine. La recherche en Afrique: besoins et programmes Les participants sont convenus de la necessite de poursuivre les recherches en matiere de lutte contre le charbon, compte tenu des conditions qui regnent en Afrique, dans les domaines suivants. i) Facteurs e'pide'miologiques contribuant aux flam- be'es de charbon en Afrique: mecanismes d'infection par une exposition a des sols, de l'eau ou d'autres matieres contaminees; mecanismes conduisant a l'infection humaine, dynamique de la transmission du charbon chez les animaux domestiques et sau- vages et chez 1'homme; effet des facteurs saisonniers et climatiques sur la survenue de la maladie, en parti- culier effet de la secheresse en Afrique; pratiques socio-economiques dans les villages africains en relation avec l'endemicite de la maladie. ii) Recherche ope'rationnelle pour les e'quipes spe- ciales de lutte contre le charbon en Afrique: recueil de materiels diagnostiques et leur transport au labo- ratoire de diagnostic; methodes d'elimination des carcasses applicables dans les conditions rencontrees en Afrique; methodes applicables de desinfection/ decontamination des sites et regions touches en Afrique; premiers soins aux sujets ayant contracte le charbon; cooperation intersectorielle, y compris avec les secteurs responsables de la conservation de la nature; et analyse du couit/avantages des operations de lutte contre le charbon en Afrique. iii) Mise au point d'un vaccin anticharbonneux et campagnes de vaccination: production et controle du vaccin en Afrique; efficacite du vaccin en Afrique; stabilite, duree de l'immunite induite et innocuite du vaccin; mise au point d'un vaccin anticharbonneux administrable par voie orale aux animaux. iv) Recherche en matiere de me'thodes diagnostiques en Afrique: mise au point d'une methodologie dia- gnostique simple et economique destinee a l'Afrique; mise au point d'une methodologie serologique pour la surveillance et le diagnostic; identification et sen- sibilite aux antibiotiques de B. anthracis isole a par- tir des prelevement cliniques, d'echantillons prove- nant de l'environnement et d'aliments. v) Recherche ope'rationnelle en matiere d'hygiene de l'abattage des animaux: securite biologique de l'abattage des animaux, et inspection des animaux abattus pour y rechercher des signes de charbon. vi) Autres domaines de recherche: cooperation intersectorielle, systemes de sante et legislation en matiere de lutte contre le charbon en Afrique; utilisa- tion optimale des patures et des terres contamines par le charbon pour des projets agricoles sans risque; pathogenese du charbon afin de mieux comprendre les risques, par exemple dans les abattoirs. Cooperation internationale Le Groupe a adopte les plans de travail qui suivent pour la periode 1993-1995 et est convenu des mesures devant etre prises par les pays participants dans le cadre de la collaboration entre groupes de travail: WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994360 Charbon: programmes de lutte et de recherche en Afrique 1) Pour faciliter le recueil rapide d'informations epi- demiologiques des le debut d'une epidemie de char- bon, on etablira et on distribuera dans les pays d'endemie une "feuille d'urgence" (liste de controle courte mais complete des mesures a prendre par les proprietaires de betail en cas de flambee de charbon). On invitera les eleveurs a suivre les instructions figu- rant sur cette feuille et a informer le veterinaire et/ou le bureau de sante publique le plus proche, de facon que l'on puisse declencher les autres dispositifs d'ur- gence. 2) On s'efforcera de faire en sorte que les labora- toires de diagnostic disposent du minimum indispen- sable en matiere d'installations, de materiel et de personnel technique qualifie. Des necessaires de recueil des prelevements et de preparation des frottis devront etre distribues aux veterinaires, aux respon- sables de la sante publique ou autres agents delegues localement pour recueillir rapidement des echan- tillons diagnostiques. 3) Il convient d'identifier les laboratoires qui pro- duisent du vaccin anticharbonneux en Afrique et de preciser: le type de vaccin produit, la capacite et les normes de production, la stabilite et l'innocuite des vaccins produits, le controle de la production, ainsi que le prix du vaccin et la quantite en stock pouvant etre, le cas echeant, distribuee dans les districts eloi- gnes ou exportee vers d'autres pays. Il faut egale- ment reexaminer l'ensemble de la cha1ne du froid et l'efficacite des vaccins. On etablira une reserve de vaccin anticharbonneux a usage humain pour les membres des professions 'a risque. 4) On recueillera davantage d'informations sur les couts de la mise en place des equipes speciales de lutte contre le charbon, y compris les ressources necessaires pour la desinfection/decontamination, l'elimination des carcasses, l'inspection des viandes, le transport, l'education du grand public et autres activites necessaires. 5) On organisera au niveau local/national des cours de formation destines au personnel technique et des campagnes d'6ducation destinees au grand public dans les regions d'endemie. A cet effet, on preparera et on distribuera dans les pays pilotes retenus des directives relatives au diagnostic, a la prevention et a la lutte contre le charbon, des films video, des affiches et des trousses de diagnostic. 6) L'approche proposee en 1991 lors de la reunion du groupe de travail (document WHO/CDS/VPH/ 91.98) et visant a ameliorer la surveillance, la lutte et la recherche en matiere de charbon dans un certain nombre de pays pilotes, sera sans plus attendre mise en aeuvre au Kenya, en Republique-Unie de Tanza- nie et en Zambie, et dans tout autre pays ayant mani- feste son intereft dans ce domaine. Par ailleurs, conformement aux propositions du rapport de 1991, les pays pilotes examineront soigneusement quelles sont les methodes les meilleures, dans leur propre contexte, pour diffuser les informations et les ins- tructions necessaires aux divers niveaux de l'infra- structure, de l'eleveur/proprietaire au Ministfere de l'Agriculture (ou a son equivalent), en passant par les services veterinaires. 7) Pour que tous ces plans puissent e'tre mis en ceuvre le plus rapidement possible, un atelier de for- mation sur la surveillance, le diagnostic et la lutte contre le charbon devra etre organise pour le person- nel technique des pays africains. L'OMS envisage d'organiser cet atelier en collaboration avec les centres collaborateurs europeens de l'OMS et de la FAO dans ce domaine au cours de la periode bienna- le 1994-1995. Conclusions Le charbon reste une maladie endemique dans de nombreuses regions d'Afrique, en depit des efforts deployes par les secteurs de la Sante publique et veterinaire, de l'Agriculture, de l'Environnement et des Affaires Sociales pour lutter contre cette mala- die. Les situations et les habitudes locales, aux- quelles vient s'ajouter la complexite de l'epidemiolo- gie du charbon en Afrique (depuis l'extension des zones et terres agricoles contaminees jusqu'a la coexistence du betail et des animaux sauvages), sont egalement des facteurs qui font obstacle a la mise en ceuvre de programmes de lutte efficaces dans ces pays. Toutefois, la science et la technologie actuelles devraient pouvoir etre appliquees a la lutte contre le charbon, et des plans de cooperation intemationale visant a soutenir les programmes de lutte nationaux seraient precieux. A l'occasion de visites dans les regions d'ende- mie du district de Kalabo, dans la province occiden- tale de la Zambie, on a pu utilement identifier les problemes et les besoins rencontres en matifere de collaboration dans la lutte anticharbonneuse en Afrique. Les activites du Groupe de travail se poursuivront conformement aux plans de travail convenus. Recommandations 1) Surveillance et notification. Si une legislation appropriee rendant obligatoire la notification des cas de charbon est en place dans la plupart des pays, le probleme reside au niveau de l'eleveur/proprietaire, qui ne signale pas toujours les cas au veterinaire en poste localement ou a son equivalent. Il a donc ete recommande que: WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994 361 M6morandum a) les mesures d'incitation destinees aux proprie- taires de betail pour qu'ils notifient les cas de char- bon comprennent une offre de vaccination gratuite pour le reste du troupeau apres confirmation de la maladie au laboratoire; b) un effort concerte soit consenti pour inserer dans la loi une clause obligeant les hopitaux et les dispen- saires a notifier les cas de charbon survenus chez l'homme au responsable veterinaire regional/de dis- trict et/ou pour identifier d'autres moyens permettant d'etablir/d'assurer une collaboration etroite entre les services medicaux, veterinaires et de conservation de la nature. Etant donne le probleme que pose souvent la distance separant les communautes oiu un cas ou une epidemie peuvent se produire des stations veteri- naires les plus proches, on a estime que l'objectif devait etre, pour chaque mort inopinee survenant dans un troupeau, de trouver un moyen pour qu'un frottis sanguin soit prepare automatiquement et exa- mine a la premiere occasion. Ce moyen sera par exemple d'avoir, dans chaque communaute, une per- sonne de confiance a qui l'on a donne des instruc- tions suffisantes. c) une meilleure surveillance des morts inexpliquees par le personnel veterinaire de terrain soit exerc6e afin d'ameliorer la surveillance du charbon; d) chaque pays participant choisisse une region a etudier de fa,on approfondie pour determiner quelles sont l'incidence et les causes reelles des morts inex- pliquees dans cette zone; e) la recommandation relative a la mise en place d'dquipes speciales aux niveaux national et regional, qui figure dans les "WHO Guidelines for surveillan- ce and control of anthrax in humans and animals" (document non publie WHO/Zoon.93. 170, annexe VII, page 72), soit appliquee. 2) Soutien apporte' par les laboratoires de diagnos- tic. Les mises en culture au laboratoire doivent etre considerees comme des methodes d'appui indispen- sables pour le diagnostic, et etre rendues possibles par la mise a disposition du materiel, des produits et des instructions appropries, au moins au niveau du laboratoire veterinaire de district. La recherche et la mise au point d'autres epreuves, applicables sur place et ne faisant appel a aucun materiel onereux, tel qu'un microscope, doivent etre prioritaires. I1 convient d'elaborer des directives simples pour le diagnostic clinique du charbon chez l'animal et chez l'homme, afin d'obtenir les meilleures chances de determiner correctement l'incidence du charbon dans une region, meme en l'absence d'un laboratoire de diagnostic. 3) Elimination des carcasses, de'sinfection et de'con- tamination. Des recherches devront etre menees dans les pays participants (pays pilotes) pour determiner dans quelles conditions une "politique d'equarissage et de transformation des dechets" peut etre appli- quee. Cette recommandation comporte quatre volets: a) les pays participants doivent &re informes des plans, de la construction et des besoins operationnels (par exemple la quantite et le type de combustible requis) des installations d'equarissage et de transfor- mation des dechets; b) ces memes pays devront faire une etude de faisa- bilite concemant la mise en place de ces usines, le transport des carcasses et l'approvisionnement en combustible; c) certaines etudes devront etre effectudes pour determiner quelle est l'efficacite de l'incineration comme moyen de decontamination du site otu a ete trouvee une carcasse infectee, une fois cette demiere correctement (ou incorrectement) enlevee; d) I1 convient d'elaborer une methode reglementaire de desinfection, applicable aux situations rencontrees en Afrique. 4) Vaccins et vaccinations. Des enquetes sur le suivi des animaux vaccines devront etre effectuees pour etudier: a) les effets possibles de la variabilite des conditions de production, de stockage et de distribution sur l'efficacite des vaccins; b) les taux de seroconversion chez les animaux vac- cines; c) la duree de la protection induite par le vaccin. I1 a ete admis qu'en Afrique, tout comme en Europe et en Amerique du Nord, le vaccin a usage humain ne devrait etre employe que chez les membres des professions a risque. 5) Hygiene alimentaire. I1 semble qu'il existe des reglementations en matiere d'hygiene dans la plupart des pays africains, mais les problemes semblent resi- der dans leur application, en particulier dans les zones rurales. En general, l'inspection n'est exigee que pour la viande destinee a la vente. I1 a ete recommande d'inspecter desormais toutes les car- casses destinees a la consommation humaine. Au niveau du village, il faudrait former une per- sonne a l'inspection des carcasses destinees a la consommation humaine. Cette personne pourrait etre la meme que celle proposee dans la recommandation 1) ci-dessus, chargee de faire des frottis sur tout ani- mal mort inopinement. Des dispositions du meme type peuvent etre prises pour l'inspection des carcasses provenant des abattages selectifs effectues dans les reserves et proposees a la consommation humaine. WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994362 Charbon: programmes de lutte et de recherche en Afrique Il faut trouver un moyen de mieux sensibiliser le public a ce probleme. 6) Equipes speciales et cooperation intersectorielle. Un des principaux problemes rencontres dans la lutte contre le charbon est l'absence de communication et de collaboration entre les services veterinaires et medicaux. I1 faut trouver le moyen de faire passer l'information entre ces services pour ce qui conceme les maladies zoonosiques et en vue d'un eventuel partage des installations necessaires. On pourrait ameliorer la communication en organisant des cours communs sur diverses zoonoses. La necessite d'eta- blir une collaboration et une communication inter- sectorielles a egalement ete soulignee en ce qui conceme les personnels des services veterinaires et de conservation de la nature. Les liens entre les eleveurs et le personnel de conservation de la nature doivent eux aussi etre ren- forcds. Il appartient aussi au personnel des pays pilotes d'essayer d'ameliorer cet etat de fait chaque fois qu'un probleme se pose. Des equipes speciales nationales/de district a caractere permanent, dont chaque membre connaet parfaitement son role, devront etre mises en place de facon a pouvoir etre mobilisdes immediatement, le cas echeant. L'equipe spdciale de district doit etre en mesure de poser un diagnostic et doit avoir des plans d'action deja prets applicables a la situation rencon- tree localement. Ces plans comprendront des instruc- tions relatives aux approvisionnements et a l'utilisa- tion des vaccins, des desinfectants, etc. WHO Bulletin OMS. Vol 72 1994 363

Informations clés
Type de document Journal articles
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé