Bull. Org. mond. Sant} 1973, 48, 675-683 Bull. Wid Hith Org. La mdningite 'a meningocoques en France de 1968 'a 1972 F. SERRE-BOISSEAU 1 Cette e'tude a JtJ entreprise en raison de l'augmentation de l'incidence de la me'ningite a meningocoques en France depuis 1968 afin de pre'ciser les donnees epideimiologiques caracterisant cette maladie dans ce pays: repartition ge'ographique et saisonniere des cas, sujets atteints, aspects cliniques, renseignements biologiques, essai d'interpre'tation de la poussee actuelle. Il a paru notamment interessant d'obtenir, dans un plus grand nombre de cas, 1'e'tude par un centre hautement specialise des souches de meningocoques prelevees chez des malades ou chez des sujets contacts. En effet, le Centre national et international de reference pour les me'ningocoques, situe a' Marseille, est particulierement qualifie pour effectuer le typage et surtout l'etude de la resistance des souches aux sulfamides et aux antibiotiques dans des conditions homogenes afin d'obtenir des resultats comparables. Du fait des divergences existant sur le plan europe'en en matie're de declaration et de recueil de donnees, il n'a pas ete possible d'elargir l'etude a' ce niveau. Maladie a declaration obligatoire en France, la meningite a meningocoques est au nombre des infections qui preoccupent particuli6rement le Mi- nistere de la Sante publique et de la Securite sociale. Tout cas de meningite a meningocoques doit etre declar6 par tout docteur en medecine qui en a constate l'existence, En outre, tout deces d'u a cette maladie doit aussi etre notifie. La declaration a lieu, des qu'une presomption suffisante ou un diagnostic a ete etabli a l'aide de cartes-lettres tirees de carnets a souche mis gratuite- ment par les prefectures a la disposition des docteurs en medecine. Elle est envoyee a la Direction departe- mentale de l'Action sanitaire et sociale. A la suite de cette declaration, le medecin de la Direction d6partementale de l'Action sanitaire et sociale charge de l'epid6miologie fait proceder a une enquete sur le cas declare. Les enquetes sont etablies, en g6n6ral, selon un modele type diffuse par le Minist6re de la Sante publique et de la Secu- rite sociale et envoyees, en double exemplaire, A la Direction generale de la Sante au Bureau d'Epi- demiologie qui retransmet a l'INSERM 2 un des exemplaires. 1 Assistant a l'Ecole nationale de Sant6 publique, Rennes, France. ' Institut national de la Sant6 et de la Recherche m6dicale. Dans les villes oiu existe un Bureau municipal d'Hygiene, c'est au medecin de ce bureau qu'il appartiendra, a partir des d6clarations qui lui seront communiqu6es, de veiller it l'etablissement des enquetes et a leur envoi au Ministere de la Sant6 publique et de la Securite sociale. Chaque semaine, la Direction departementale de l'Action sanitaire et sociale de chaque d6partement avise - par telegramme et par bulletin recapitu- latif - le Bureau d'Epidemiologie des declarations des maladies contagieuses qui lui ont ete faites. A partir de ces declarations et avec des indications complementaires obtenues par telephone, le Minis- tere de la Sante publique et de la Securite sociale diffuse, chaque semaine, un bulletin epidemiologique qui comporte, entre autres, et par departement, les differentes maladies a declaration obligatoire, dont les meningites a meningocoques. Il existe une sous-declaration certaine des mala- dies a delaration obligatoire. Ce phenomene n'est d'ailleurs pas propre a la France et se retrouve, avec plus ou moins d'ampleur, dans les autres pays. A ce sujet, le N° 27 des Cahiers de Sante publique de l'Organisation mondiale de la Sant6 donne des indications interessantes. Des sanctions existent qui ne sont pas appliquees. En ce qui concerne la menin- gite a meningocoques, en raison de l'inquiktude suscitee par cette maladie, il semblerait que la sous- 3066 - 675 F. SERRE-BOISSEAU declaration ne soit pas aussi importante que dans le cas de la rougeole ou de la scarlatine, par exemple. A l'occasion de la poussee saisonniere de janvier 1972, le Ministere de la Sante publique et de la Securit6 sociale a appel6 A plusieurs reprises l'atten- tion du corps medical sur la n6cessite de d6clarer tout cas suspect de meningite A m6ningocoques ainsi que sur l'importance du typage des souches. Il est certain qu'A l'heure actuelle un certain nombre de cas ne sont pas declar6s, dont il n'est guere possible de preciser le nombre. Pour une maladie donnee, il est admis que les declarations se font dans le temps d'une maniere homogene. En consequence, le pourcentage de sous- .d6claration reste a peu pres constant au cours de plusieurs ann6es successives. Une augmentation des notifications correspondra donc A une recrudescence effective de la maladie. Toutefois il faudra se rap- peler aussi qu'une maladie dont l'importance aug- mente est generalement mieux declaree. C'est a partir des declarations et des enquetes recues a la Sous-Direction de l'Hygiene publique que l'etude sur la m6ningite a m6ningocoques en France, de 1968 a 1972, a pu etre menee a bien. Depuis 1968, une recrudescence de l'incidence de la meningite A meningocoques est observee en France. Ce phenomene n'est d'ailleurs pas isol6: il est signale par un certain nombre d'autres pays d'Europe. La Suisse, apres avoir connu une poussee de meningite a meningocoques en 1963, a subi depuis 1968 une nouvelle recrudescence de cette maladie. La Grece, A la suite d'une epidemie de meningite a meningocoques en 1968, a entrepris l'etude des serotypes circulants et de leur resistance aux anti- bacteriens divers. En Belgique, l'augmentation de la frequence de cette maladie a commence des 1969 et s'est pour- suivie depuis lors. Les tranches d'age specifiquement touchees sont les memes qu'en France avec, notam- ment, l'atteinte importante des sujets de moins de 5 ans (64% des cas). Le serotype B demeure pre- dominant chez les malades et les porteurs sains. En Italie, A une recrudescence en 1963, a succede une poussee en 1968, 1969 et 1970. L'hospitalisation de tous les cas de meningite a meningocoques est prevue. Aux Pays-Bas, apres une pouss6e en 1963, une ipidemie a eu lieu en 1966, qui ne parait pas avoir concern6 les autres pays europeens. En URSS, depuis 1965, l'indice de morbidite s'est eleve regulierement tandis qu'on assistait A une curieuse propagation d'ouest en est de la maladie. 0 C) LL C4 r-00 N 00 CD a) oCD 0Y 0 C.0 C 0 .E '0 E 'a) C0.) Cla 0) CU I- 0 i n- .0 E0 00 o .0 E 0 0 z 0 .0 0 0 0 .D o ECD Cl) 4- C00 0 .5 m 2 0 1D .0 .LD '0 .> c c _ 0 N 0: 0m D DCD CD f% 0O 0 CD CD t °° CD CD CD CD 0 - N oo r% C D CD CD CD CD N _ C')co CD CD r% 0 N et CD CD e CD00_ - N _ CDeO N Ns 0 CD O N D st 0 0 0 0 0) 0 N C' 0m CD CDr% o v N N 0 0 0 N CD CD rb f% (% 0 676 - 0 .0 00 0cr tD C., 0 le .Lo '0 C.) 0 co 0 0In 0 0 0 '0q .0 CL)-0c 0 CO 0 a 0 N._ u . . 0 bn LA MdNINGITE A MiNINGOCOQUES EN FRANCE DE 1968 A 1972 L'attitude des pays vis-i-vis de la circulation du meningocoque consiste, soit i recommander des mesures chimioprophylactiques a l'egard des sujets contacts ou des porteurs de germes, soit a d6conseiller la chimioprevention syst6matique pour 6viter les phenomenes de resistance. Il est regrettable qu'il n'existe pas, pour l'instant, un recueil homogene des donnees en Europe, ce qui permettrait de mieux suivre la circulation des differents types de meningocoques et l'evolution de leur resistance ainsi que les divers facteurs concou- rant a l'eclosion d'une 6pidemie. En effet, dans certains pays oLu la notification de cette maladie est obligatoire, il arrive que la declaration confonde sous une unique rubrique la declaration de menin- gites autres que celles a meningocoques. Ce n'est pas le cas de la France oLu la maladie No 13 corres- pond exclusivement a la meningite a m6ningocoques. Dans des pays oZu cette maladie ne constitue pas un probleme de sante publique, il arrive - comme par exemple au Danemark - que la notification obliga- toire des cas ait ete supprim6e. Il serait interessant de connailtre quels facteurs - en dehors des facteurs climatiques et de conditions sanitaires favorables- permettent i certains pays d'etre pratiquement 6par- gnes par cette maladie. On peut esperer qu'au cours des annees a venir un effort, au plan europ6en, en matibre d'informa- tion permettra de cerner, d'une part le r6le de l'exis- tence de l'agent bact6rien en un lieu geographique donne et d'autre part les conditions maximales de r6ceptivite d'un sujet face a cet agent - r6ceptivite qui peut le conduire de la simple rhino-pharyngite a meningocoques a la meningite a m6ningocoques, voire au purpura fulminans m6ningococcique. On connait l'existence de variations cycliques sai- sonnieres ou seculaires de certaines maladies trans- missibles. Pour la France, il est habituel d'enregistrer un maximum hivemo-printanier de la m6ningite L meningocoques. Mais le nombre de cas correspon- dant La cette el6vation saisonniere a r6gulierement augmente de 1968 a 1972, comme le montre le graphique d'evolution de la maladie, par mois, durant cette periode (tableau 1; fig. 1). Une precedente pouss6e de meningite Li menin- 100 80 Ln 40 CD Z I IFioEl11I lI,I ,1 ,I 111,,I,11 11 ,, I 1968 1969 1970 1971 1972 I.H ..... Fig. 1. La m6ningite a m6ningocoques en France: evolution de 1968 3 1972. Source: Ministere de la Sant6 publique et de la Securit6 sociale (statistique hebdomadaire). --- 1-1 677 678 F. SERRE-BOISSEAU gocoques s'etait produite en 1963, de meme qu'en Italie, aux Pays-Bas et en Suisse. A cette 6poque, le nombre de cas fut, pour l'ann6e, de 1523 et l'in- dice de morbidit6 atteignit 3,2 pour 100 000 pour la France entiere. Amorc6e des d6cembre 1962, cette augmentation semble avoir pris naissance en milieu militaire, dans le d6partement de la Meuse. Son originalit6 principale r6side dans le fait qu'elle atteignit essentiellement les grands enfants, les ado- lescents et les adultes. Les nourrissons de moins d'un an ne representaient en effet que 19% des cas en 1963. Le sexe masculin fut le plus touche. La letalit6 fut de l'ordre de 8%. Les chiffres correspondant 'a la periode 1963 'a 1972 sont indiques dans le tableau 2. Tableau 2. Etude de la meningite A meningocoques: morbidit6 et letalite de 1963 a 1972 a Ann6o Nombre ondice de Nombre Taux deAne do cas 100 000t pur do d6cbs I6talit6 bI000habitants 1963 1 523 3,2 121 7,9 1964 1029 2,1 104 10,1 1965 727 1,4 87 1 1,9 1966 593 1,2 56 9,4 1967 516 1,0 73 14,1 1968 743 1,48 65 8,7 1969 860 1,70 65 7,5 1970 1106 2,17 96 8,6 1971 1 354 2,64 98 7,2 1972 1 409 2,73 91 6,4 a Source: Minist6re de la Sant6 publique et de la S6curit6 sociale. b Taux de 14talit6: nombre de d6c&s pour 100 cas. On remarque que la morbidite liee a la meningite a meningocoques a d6cru de fa$on reguli6re depuis la poussee de 1963 jusqu'en 1967 pour marquer une nouvelle reprise a partir de 1968. L'augmentation actuelle est caracterisee par les 6lements ci-apres. RfPARTITION DANS L'ESPACE I1 s'agit d'une end6mie tres dispersee en ce qui concerne la repartition geographique des cas. A de rares exceptions pres, l'ensemble des departements est touch6 par la maladie et l'on note, chez beaucoup d'entre eux, une augmentation notable de l'indice de morbidite de 1968 a 1972 (tableau 3; fig. 2).1 I1 n'apparait pas, pour l'heure, de corr6lation entre l'incidence dans les d6partements industrialises et le degre de pollution atmospherique de ces d6parte- ments. Les indices de morbidit6 ont et6 calcules en utili- sant les estimations moyennes de population en milieu d'ann6e 6tablies par l'INSEE.' RiPARTITION DANS LE TEMPS On observe un caractere classique de la m6ningite a meningocoques: la repartition des cas sur toute l'annee avec, toutefois, une poussee hiverno-prin- taniere comportant un ou plusieurs clochers, l'inci- dence maximale se situant en mars pour 1968 et 1969, en avril pour 1970, en f6vrier pour 1971 et en janvier pour 1972 (tableau 1; fig. 1). Cela est en accord avec les calculs de coefficients saisonniers et permet une certaine prevision des poussees. A ce propos, il serait interessant de rechercher l'existence d'une correlation avec un ou plusieurs facteurs climatologiques. LES PERSONNES MALADES En regle g6n6rale, hormis l'eventualite tres rare d'atteinte quasi simultanee ou de petits foyers en milieu militaire a l'occasion de l'arriv6e de jeunes recrues, il n'existe que des cas disperses: un cas unique dans une famille ou au sein d'une collectivite (creche, ecole, usine). De plus, on sait actuellement que le malade n'est pas le contaminateur mais la victime de la collectivite qui l'a contamine. Le sexe masculin, en 1971 et en 1972, est signifi- cativement plus touch6 que le sexe feminin et ceci pour un risque d'erreur inferieur i 1 % (P < 0,01) en 1971, et i 1 pour 10 000 (P < 0,0001) en 1972. Cela n'apparaissait pas en 1970, peut-etre en raison du nombre insuffisant d'enquetes re9ues. Une etude plus precise de ce ph6nom6ne, par tranche d'age, donne un r6sultat identique quelle que soit la tranche d'age prise en consideration. Dans les deux sexes, la frequence de l'infection parait diminuer avec l'age. Ainsi en 1970, sur 100 cas observes dans le sexe masculin, 48 sont apparus chez I Une photocopie du tableau donnant les indices de morbidit6 par d6partement et par ann6e de 1968 a 1972 peut etre obtenue sur demande adress6e a la Bibliotheque de l'OMS, Geneve, Suisse. ' Institut national de la Statistique et des Etudes 6cono- miques. LA MENINGITE A MiNINGOCOQUES EN FRANCE DE 1968 A 1972 679 Tableau 3. La m6ningite A m6ningocoques en France: diff6rence par d6partement entre l'indice moyen de morbidit6 calcul6 pour l'ensemble des ann6es 1969, 1970, 1971 et 1972 pour 100 000 habitants et l'indice de morbidit6 de 1968 Indice moyen de Indice de morbidit6 Diff6rence Departement morbidit6 pour les entre les deux en 1968 ann6es 1969, indices 1970,1971 et 1972 Indice moyon de Indice de morbidit6 Diff6rence D6partement morbidit6 pour les entre les deux en 1968 ann6es 1969, indices 1970, 1971 et 1972 Ain 2,65 Aisne 1,32 Allier 1,03 Alpes de Haute-Provence 0,96 Hautes-Alpes 1,09 Alpes- Maritimes 1,79 Ardeche 1,16 Ardennes 3,54 Aribge Aube 1,10 Aude 0,71 Aveyron 0,35 Bouches-du-Rh6ne 1,83 Calvados 0,76 Cantal 1,18 Charente 1,50 Charente-Maritime 0,82 Cher 1,31 Conebze 1,26 Corse 1,90 C6te-d'Or 0,94 C6tes-du-Nord 5,52 Creuse Dordogne 0,53 Doubs 0,93 Orome 0,87 Eure 1,03 Eure-et-Loir 1,64 Finistere 1,68 Card 1,45 Haute-Garonne Gers 1,65 Gironde 1,58 H6rault 1,17 ille-et-Vilaine 1,21 Indre 1,21 lndre-et-Loire 0,45 Isere 1,04 Jura 1,28 Landes 1,43 Loir-et-Cher 2,23 Loire 0,55 .Haute-Loire 0,48 Loire-Atlantique 2,42 Loiret 0,23 Lot 0,66 Lot-et-Garonne 2,41 Lozbre Maine-et-Loire 1,70 4,10 3,20 2,19 1,41 3,32 0,63 2,31 3,20 1,65 2,15 1,35 1,09 1,82 2,22 2,39 3,83 2,65 1,20 3,05 3,47 2,22 2,90 1,46 2,23 1,87 2,70 2,46 2,20 3,24 1,16 1,60 3,22 1,81 2,11 1,33 2,14 1,45 1,54 4,54 2,57 2,24 2,97 1,69 2,39 1,60 1,33 1,19 0,35 2,71 + 1,45 Manche + 1,88 Marne + 1,16 Haute-Marne + 0,45 Mayenne + 2,23 Meurthe-et-Moselle -1,16 Meuse + 1,15 Morbihan - 0,34 Moselle + 1,65 Nievre + 1,05 Nord + 0,64 Oise + 0,74 Orne - 0,01 Pas-de-Calais + 1,46 Puy-de-D6me + 1,21 Pyr6nees-Atlantiques + 2,33 Hautes-Pyr6n6es + 1,83 Pyr6n6es-Orientales - 0,11 Bas-Rhin + 1,79 Haut-Rhin + 1,57 Rh6ne + 1,28 Haute-Saone - 2,62 Sa8ne-et-Loire + 1,46 Sarthe + 1,70 Savoie + 0,94 Haute-Savoie + 1,83 Ville de Paris + 1,43 Seine-Maritime + 0,56 Seine-et-Marne + 1,56 Yvelines - 0,29 Sbvres (Deux) + 1,60 Somme + 1,57 Tarn + 0,23 Tarn-et-Garonne + 0,94 Var + 0,12 Vaucluse + 0,93 Vend6e + 1,00 Vienne + 0,50 Haute-Vienne + 3,26 Vosges + 1,14 Yonne + 0,01 Belfort (Territoire de) + 2,42 Essonne + 1,21 Hauts-de-Seine - 0,03 Seine-St-Denis + 1,37 Val-de-Marne + 0,67 Val d'Oise - 1,22 + 0,35 + 1,01 Total France entibre 0,66 3,07 0,93 0,39 1,69 1,44 2,21 1,44 0,40 1,48 2,01 2,76 1,35 0,90 1,56 0,88 3,53 0,60 0,82 0,48 0,72 2,59 1,03 1,83 1,43 1,07 0,65 1,96 0,30 1,36 0,30 1,09 3,23 0,84 2,13 1,75 1,45 1,54 1,40 3,36 1,74 1,84 2,21 3,09 2,42 1,15 2,15 1,38 1,07 1,89 4,73 3,94 3,29 0,85 2,95 2,57 4,77 2,83 2,42 2,35 1,96 2,96 1,19 0,53 1,91 3,12 2,01 1,56 0,16 2,10 2,37 2,18 2,67 3,50 0,90 2,19 1,57 2,08 2,64 2,73 1,99 2,60 1,29 2,28 1,20 3,25 2,74 2,01 2,95 2,80 3,53 + 0,49 - 0,92 + 0,45 + 0,68 + 0,20 + 3,29 + 1,73 + 1,85 + 0,45 + 1,47 + 0,56 + 2,01 + 1,48 + 1,52 + 0,79 + 1,08 - 0,57 + 0,59 + 0,53 + 1,09 + 2,64 + 1,29 - 1,03 -0,87 + 0,27 + 0,94 + 1,11 + 2,02 + 1,54 + 0,60 + 0,83 + 1,27 + 0,99 -0,59 + 1,89 -0,14 + 0,85 - 0,16 + 0,74 -0,20 - 0,11 + 1,00 + 0,17 + 0,74 - 0,29 + 1,11 1,48 2,31 + 0,83 F. SERRE-BOISSEAU Yat Vi'OW L W~~~MtA n J. ba. I St Vs~~~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~~S ^---L~~~~~~~~~~~~~~ce J AaT Fig. 2. La meningite 3 meningocoques en France: difference par departement entre l'indice moyen de morbidite calcule pour 1'ensemble des annees 1969, 1970, 1971, 1972 pour 100000 habitants et l'indice de morbidit& de 1 968. 680 LA MENINGITE A MlNINGOCOQUES EN FRANCE DE 1968 A 1972 des enfants de 0 a 4 ans (dont 19 chez des enfants de moins d'un an et 10 chez des enfants d'un an). De meme, toujours en 1970, sur 100 cas observes dans le sexe f6minin, 58 se sont manifest6s chez des fillettes de 0 a 4 ans (dont 20 chez des enfants de moins d'un an et 16 chez des enfants d'un an). Une situation identique a ete observ6e pour l'an- nee 1971: pour 100 cas observ6s dans le sexe mascu- lin, 51 concernaient des enfants de 0 a 4 ans (dont 17 des sujets de moins d'un an et 10 des sujets d'un an); pour 100 cas observes dans le sexe feminin, 54 etaient apparus chez des enfants de 0 a 4 ans (dont 14 chez des enfants de moins d'un an et 13 chez des sujets d'un an). La situation est inchangee en 1972 oiu pour 100 cas observes dans le sexe masculin, 62 concernaient des enfants de 0 a 4 ans (dont 19 des sujets de momns d'un an et 18 des sujets d'un an); pour 100 cas observ6s dans le sexe f6minin, 47 etaient apparus chez des enfants de 0 a 4 ans (dont 10 chez des enfants de moins d'un an et 13 chez des sujets d'un an). On note Ia une tendance nouvelle: la moindre atteinte des enfants de moins d'un an de sexe feminin par rapport aux ann6es anterieures. La mortalit6 demeure plus importante chez les enfants en bas age, ce qui est classique. Le taux de l6talite pour l'ensemble des cas en 1971 est de l'ordre de 7,2% et en 1972 de 6,4%. A ce sujet, I'amelioration de la therapeutique a permis de reduire les deces nombreux causes jadis par cette maladie: en 1952, par exemple, le taux de letalit6 avait ete de 28,5 %. TABLEAU CLINIQUE Le syndrome meninge classique avec cephal6e, vomissements, contracture mening6e, est habituelle- ment retrouv6. De plus, il semble que les manifesta- tions de type purpura soient souvent signal6es (environ 40% des enqu8tes en 1972). Enfin l'evolu- tion a partir d'un 6tat clinique serieux est en g6neral tres rapide, soit vers la guerison, soit vers le deces. RENSEIGNEMENTS BIOLOGIQUES Dans les enquetes etudiees, 291 en 1970 pour 1106 d6clarations, 717 en 1971 pour 1354 declara- tions et 876 en 1972 pour 1409 declarations, le m6ningocoque a ete retrouve dans le liquide cephalo- rachidien dans environ 60% des cas en 1970 et 1971, et 68% des cas en 1972, sans doute parce que la recherche de ce germe a e effectuee d'une maniere plus systematique durant cette periode. Le typage a pu etre fait seulement pour 13% des souches en 1970, pour 16% en 1971 et pour 40% en 1972. Le meningocoque de type B demeure le grand responsable des atteintes (80% des cas), suivi de loin par les types A, puis C. La pr6dominance du s6rotype B pose un probleme quant a la realisation d'une prophylaxie de la meningite a m6ningocoques par la vaccination. INTERPRLTATION DE LA POUSSE ACTUELLE Des groupes de travail se sont r6unis a plusieurs reprises au Ministere de la Sante publique et de la Securite sociale pour etudier les causes possibles de la poussee actuelle. 11 etait logique de penser que, peut-etre, l'intro- duction d'un nouveau serotype venu de l'Afrique sahelienne, le serotype A, n'etait pas etrangere a cette extension. Jusqu'ici l'examen des enqu8tes reques tant pour 1970 que pour 1971 et 1972 a montre que le serotype B restait conceme' au premier chef. Par ailleurs, le Centre national et international de reference pour les m6ningocoques, situ6 a Mar- seille, a observe une recrudescence de la resistance des differentes souches de meningocoques aux anti- bacteriens divers. II y a Ia un probleme qui peut se reveler grave de consequences pour le futur. Il a ete constate, en particulier, que les souches isolees chez les porteurs sains de collectivites militaires etaient plus souvent resistantes aux antibacteriens que les souches etudiees chez les malades de la population en g6neral et cela d'une fa9on significative. C'est ainsi que les souches etudiees se sont reve- lees r6sistantes a: 1 sulfamide dans 43% des cas; 2 sulfamides dans 13% des cas; 3 sulfamides dans 10% des cas. La resistance 6tait test6e avec des concentrations superieures a 50 mg/litre, ce qui est eleve. Il existe une circulation permanente du m6ningo- coque. Celui-ci ne devient pathogene que chez un certain nombre de sujets, dans des conditions qu'il convient de d6terminer par des enquetes plus pous- sees. Une etude pr6liminaire du probleme a permis de constater qu'un nombre important de sujets atteints 6taient soit en 6tat de surmenage ou de fatigue ou relevaient de maladie telle que bronchite, otite, sinusite, rougeole ou toute autre affection, soit 681 F. SERRE-BOISSEAU appartenaient a des populations ( migrantes * - fran- 9aises ou non - socialement et economiquement defavoris6es. Dans ce dernier cas, les enfants malades avaient en particulier, soit ete l'objet d'une trans- plantation geographique d'un pays ou milieu de vie a un autre, soit de conditions nutritionnelles, ou hygieniques ou d'habitat defavorables, soit d'une maladie intercurrente au cours du mois precedant l'apparition de la m6ningite a meningocoques. II s'agit donc de sujets en etat de diminution de leur resistance en raison d'une infection ou de conditions d'environnement defectueux. MESURES MISES EN CEUVRE EN CAS DE M:NINGITE A MENINGOCOQUES Actuellement, et bien que l'efficacite de ces mesures soit tres contestable, tout cas de meningite 'a menin- gocoques donne lieu automatiquement a la mise en ceuvre, dans l'entourage du sujet malade, des actions suivantes: eviction scolaire des freres et sceurs pen- dant 10 jours; chimioprophylaxie <(a minima * dans l'entourage immediat du malade (famille, voisins de classe), desinfection des locaux oui a sejourne le malade. Le malade, quant ia lui, est isole et hospitalise pour recevoir un traitement adequat. La recherche du meningocoque et le typage de la souche, s'il y a lieu, sont pratiques a partir du liquide cephalo- rachidien, du sang ou du mucus rhino-pharynge. A defaut, une reaction d'hemagglutination indirecte peut etre faite lorsque aucun germe n'a pu etre isole dans le liquide cephalo-rachidien ou le sang du malade; cette reaction, mise au point des 1968 par le Centre international de reference pour les menin- gocoques, est utile pour le diagnostic des meningites d'origine meningococcique. L'eviction scolaire prend fin 15 jours apres la guerison clinique ou plus tot si deux examens bacte- riologiques pratiques a 8 jours d'intervalle sont nega- tifs. Quand un ou plusieurs cas de meningite a menin- gocoques apparaissent dans une collectivite, on ne procede pas it la fermeture de l'etablissement. En effet, l'apparition d'un cas clinique de meningite a meningocoques dans une collectivite est toujours precedee d'une epidemie latente de portage rhino- pharyng6 de meningocoques, le malade n'etant pas l'importateur mais le revelateur de la contamination ambiante. Dans le cas d'une collectivite tres fermee (internat, caserne), l'apparition d'un foyer epid6mique donne parfois lieu a une prophylaxie de l'ensemble. DERNItRES INFORMATIONS DISPOMBLES Au cours des cinq premiers mois de 1973, une importante poussee endemique saisonniere de la maladie a ete observee en janvier, avec 264 cas de- clares pour toute la France, contre 84 en decembre 1972 et 214 en fevrier 1973. En mars, avril et mai 1973, les cas notifies ont et6 respectivement de 189, 135 et 139. A la date du ler juin, 941 cas ont ete enregistr6s depuis le debut de 1973 (chiffre provisoire) contre 802 pour la periode correspondante de 1972. Et l'on observe en rapport avec le d6but de la periode esti- vale, la diminution de l'incidence de la meningite ia meningocoques avec une moyenne de 30 notifica- tions par semaine, les cas groupes etant, comme pre- cedemment, exceptionnels. Il n'est pas possible, pour le debut de l'ann6e 1973, de donner les resultats des prelevements adresses au Centre international de reference pour les menin- gocoques a Marseille. Les resultats obtenus par ce Centre en 1972 ont ete les suivants en ce qui con- cerne l'identification de la souche du meningocoque responsable. Pour 603 souches adressees a ce Centre, 315 ont pu etre typees avec les resultats suivants: type A: 32, soit 10% des cas types; type B: 256, soit - 82% des cas types; type C: 22, soit 6% des cas types; autres types: 5, soit 2% des cas typOs. Ce qui correspond aux resultats obtenus en 1971 et aux resultats observes dans les enquetes reques pour le debut de 1973. Le meningocoque du type B est, bien entendu, r6parti sur l'ensemble du pays. Une etude de la repartition geographique des serotypes A, B ou C n'a, pour l'heure, montre aucun site preferentiel. Quoi qu'il en soit, le nombre de souches typees par rapport aux cas oii le meningocoque est retrouve reste encore insuffisant, en depit d'une amelioration certaine dans ce domaine. En attendant la mise au point d'un modele mathe- matique simple permettant de representer 1'epide- miologie de la meningite ia meningocoques en France et qui apporterait des eclaircissements sur cette maladie, il convient de preserver l'avenir en limitant au maximum la chimioprophylaxie qui sera reservee aux seuls sujets contacts les plus proches du malade et vivant habituellement avec lui dans le cadre fami- lial ou scolaire, ou aux sujets appartenant a une collectivite tres fermee. 682 LA MiNINGITE A MANINGOCOQUES EN FRANCE DE 1968 A 1972 SUMMARY MENINGOCOCCAL MENINGITIS IN FRANCE FROM 1968 TO 1972 A study of meningococcal meningitis carried out in France over a 5-year period starting in 1968 has shown a constant increase in the incidence of the disease-nearly always in the form of isolated cases-in virtually every part of the country. The disease reaches a seasonal peak during winter and early spring. During the 5-year period the highest in- cidence invariably occurred in the 0-4year age group; within this group most cases appeared in infants under 2 years of age. More boys than girls contract meningo- coccal meningitis; and it tends in particular to develop in persons who have had their resistance weakened-for example, by intercurrent disease-or who are exposed to poor environmental conditions, especially insalubrious housing. These observations suggest that there are high-risk sections of the population and that it would be useful to devise a mathematical model to define the epidemiology of the disease within a selected group, such as a day nursery or kindergarten. The distribution of more definite information throughout Europe might lead to a better understanding of the large cyclic variations of the disease. For the time being, since there is no vaccine against serotype B meningococcus, which is responsible for most cases, and because the strains in circulation have shown increasing resistance, chemoprophylaxis must be kept to a minimum. 4 683
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La méningite à méningocoques en France de 1968 à 1972
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