Organisation mondiale de la santé (OMS) · Journal articles

La désinsectisation des aéronefs : pourquoi? / Norman G. Gratz, Robert Steffen et William Cocksedge

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De la politique a ` l’action

La de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs : pourquoi ? Norman G. Gratz,1 Robert Steffen2 et William Cocksedge3 Le transport involontaire de moustiques vivants a ` bord d’ae ´ ronefs en provenance de pays tropicaux ou ` des maladies a ` transmission vectorielle sont ende ´ miques pose un grave proble ` me. Des contro ˆ les effectue ´ s dans des ae ´ roports internationaux ont re ´ ve ´ le ´ de nombreux cas de de ´ couverte d’insectes vivants, en particulier de moustiques, a ` bord d’ae ´ ronefs en provenance de pays ou ` le paludisme et les arboviroses sont ende ´ miques. Dans certains cas, des espe ` ces de moustiques se sont e ´ tablies dans des pays ou ` elles n’e ´ taient pas connues auparavant. Le transport de moustiques infecte ´s a ` bord des ae ´ ronefs a des conse ´ quences graves comme en te ´ moignent les nombreux cas de « paludisme ae ´ roportuaire » signale ´ s en Europe, en Ame ´ rique du Nord et ailleurs. Il est ne ´ cessaire de de ´ sinsectiser les ae ´ ronefs en provenance d’ae ´ roports situe ´ s dans des zones d’ende ´ mie des maladies tropicales et desservant des zones non ende ´ miques. L’article de ´ crit les me ´ thodes et mate ´ riels disponibles pour la de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs et rappelle les recommandations de l’OMS concernant leur application. Article publie ´ en anglais dans Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (8) : 995-1004.

Introduction De ` s les de ´ buts des transports ae ´ riens internationaux, on s’est inquie ´ te ´ du risque d’introduction, par les ae ´ ronefs, de moustiques vecteurs et des maladies qu’ils transmettent dans des pays ou ´ taient ` ils e jusque-la ` inconnus (1, 2). On s’est ainsi de ´ ja ` demande ´ , de ` s le de ´ but des anne ´ es 30, comment proce ´ der a ` la de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs afin d’e ´ viter ce risque. Avec la participation de ses centres collaborateurs, l’OMS a re ´ alise ´ des essais de terrain sur divers mate ´ riels et me ´ thodes de de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs et en a tire ´ des recommandations. Parmi les me ´ thodes recommande ´ es, celle qui vient au premier plan est la de ´ sinsectisation « cales enleve ´ es », qui consiste a ` appliquer un ae ´ rosol d’insecticide a ` l’inte ´ rieur de l’ae ´ ronef juste avant le roulage (3, 4). De nombreux pays insistent sur la ne ´ cessite ´ de de ´ sinsectiser les ae ´ ronefs a ` l’arrive ´ e, notamment lorsqu’ils viennent de re ´ gions ou ` ` les maladies a transmission vectorielle sont ende ´ miques. Il est courant que les services sanitaires du pays de destination proce ` dent au traitement d’un ae ´ ronef a ` l’arrive ´ e lorsqu’il existe un doute sur l’application du traitement avant ou pendant le vol. Il est en outre arrive ´ qu’une suspension de l’autorisation d’atterrir ait e ´ te ´ e ´ voque ´ e tant que l’e ´ quipage de l’ae ´ ronef a ` l’arrive ´ e ne fournissait pas la preuve que la de ´ sinsectisation avait e ´ te ´ faite. On s’est inquie ´ te ´ des effets inde ´ sirables e ´ ventuels, sur les passagers et l’e ´ quipage, de 1

l’application d’ae ´ rosols de pyre ´ thrinoı ¨des aux fins de de ´ sinsectisation. Une revue de ´ taille ´ e effectue ´e sous la direction de l’OMS a permis de conclure qu’aucun risque toxicologique n’e ´ tait imputable a ` un produit ou une me ´ thode recommande ´ s pour la de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs, et que l’utilisation de ces produits et me ´ thodes en pre ´ sence des passagers et de l’e ´ quipage ne comportait aucun danger (5). Il a e ´ te ´ parfois rapporte ´ que la me ´ thode « cales enleve ´ es » et d’autres types de de ´ sinsectisation par ae ´ rosol utilise ´ s avec les passagers a ` bord, par exemple en de ´ but de descente (6), e ´ taient d’une efficacite ´ limite ´ e et que des moustiques vivants e ´ taient trouve ´s a ` l’arrive ´ e dans des ae ´ ronefs soumis a ` la de ´ sinsectisation « cales enleve ´ es » (7). Il est effectivement possible que des moustiques puissent survivre si les traitements ne sont pas correctement applique ´ s et si les ae ´ rosols n’atteignent pas tous les endroits ou ` les insectes se posent, par exemple dans les compartiments a ` bagages. Il est donc ne ´ cessaire d’ame ´ liorer les me ´ thodes de de ´ sinsectisation (8).

Vecteurs introduits par les ae ´ ronefs ˆt de nombreux cas dans lesquels des On connaı insectes importants du point de vue de la sante ´ publique ont e ´ te ´ introduits d’un pays dans un autre, avec parfois des conse ´ quences graves. Avant l’ave `nement des voyages ae ´ riens dans les anne ´ es 20, de tels e ´ ve ´ nements e ´ taient surtout associe ´ s aux transports maritimes. Par exemple, Anopheles gambiae, l’un des principaux vecteurs du paludisme, a probablement e ´ te ´ introduit au Bre ´ sil en 1930 par un navire franc ¸ ais en provenance du Se ´ ne ´ gal, bien que l’e ´ ventualite ´ d’un transport par ae ´ ronef ne puisse ˆ tre exclue. Ce moustique a e e ´ te ´ pour la premie ` re fois observe ´ dans un champ inonde ´a ` 2,5 km du port de Natal et s’est par la suite e ´ tendu rapidement a ` d’autres re ´ gions du Bre ´ sil, avec pour conse ´ quence une forte Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

Entomologiste me ´ dical, 4, chemin du Ruisseau, 1291 Commugny (Suisse). (Correspondance)

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Unite ´ de me ´ decine des voyages, Institut de Me ´ decine sociale et pre ´ ventive, Universite ´ de Zurich, Zurich (Suisse).

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Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante ´, Gene ` ve (Suisse). Re ´ f. : 00-0285

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Organisation mondiale de la Sante ´ , 2001

La de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs : pourquoi ? augmentation de la transmission du paludisme et une augmentation marque ´ e de la mortalite ´ palustre dans le pays. L’importation puis l’e ´ tablissement de ce vecteur tre ` s efficace ont conduit a ` une e ´ pide ´ mie de paludisme faisant environ 300 000 malades et ˆ ce a 16 000 morts. Gra ` une campagne cou ˆ teuse, ce ˆ tre e vecteur a pu e ´ radique ´ du Bre ´ sil (9). Le Gouvernement bre ´ silien, inquiet quant a ` la possibilite ´ d’une re ´ introduction de A. gambiae dans le pays, a continue ´ d’inspecter les ae ´ ronefs arrivant au ˆ me une fois Bre ´ sil en provenance d’Afrique, me l’e ´ radication acheve ´ e. Sur une pe ´ riode de 9 mois, en 1941-1942, le vecteur a e ´ te ´ trouve ´a ` 7 occasions sur des ae ´ ronefs en provenance d’Afrique. Au cours des inspections, 132 moustiques et 2 mouches tse ´ -tse ´ vivantes ont e ´ te ´ trouve ´ s. Ces observations ont conduit le Gouvernement a ` exiger que tous les ae ´ ronefs en provenance d’Afrique soient de ´ sinsectise ´ s par pulve ´ risation de pyre ` thre avant le de ´ barquement des passagers. La premie ` re observation documente ´ e de la pre ´ sence d’insectes dans un ae ´ ronef remonte a ` 1928, lorsqu’un inspecteur des services sanitaires, monte ´a ` bord du dirigeable Graf Zeppelin a ` son arrive ´ e aux Etats-Unis d’Ame ´ rique, y de ´ couvrit 10 espe ` ces d’insectes sur des plantes (10). Des inspections re ´ alise ´ es sur 102 ae ´ ronefs a ` leur arrive ´e a ` Miami, en 1931, en provenance de divers ae ´ roports des Antilles et d’Ame ´ rique centrale au terme de vols d’une journe ´ e, ont permis de de ´ couvrir 29 spe ´ cimens vivants, dont 28 Culex quinquefasciatus et 1 Aedes aegypti (1). Dans les anne ´ es 30, le Gouvernement indien a ˆ cher e ´ tabli des recommandations visant a ` empe l’importation de moustiques vecteurs de la fie ` vre jaune par des ae ´ ronefs a ` l’arrive ´ e. Ces recommandations consistaient en mesures de de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs par pulve ´ risation a ` l’arrive ´ e, avant l’ouverture des portes. Il e ´ tait e ´ galement recommande ´ que tous les ae ´ ronefs a ` destination de l’Inde soient munis de pulve ´ risateurs a ` main et de pyre ` thre de fac ¸ on que ˆ tre effectue les pulve ´ risations puissent e ´ es pendant les vols long-courriers (2). Les re ´ sultats des signalements d’insectes dans les ae ´ ronefs sont re ´ capitule ´ s au Tableau 1. D’autres rapports font e ´ tat de vecteurs qui se sont probablement e ´ tablis dans des pays apre ` s introduction a ` la faveur de transports internationaux par air ou par mer (19) ; cependant, comme ils ne mentionnent pas explicitement la de ´ couverte de vecteurs dans des ae ´ ronefs, ils n’ont pas e ´ te ´ inclus dans le tableau. Sur plus de 20 000 insectes de ´ couverts dans des ˆ te de 13 ans re ae ´ ronefs au cours d’une enque ´ alise ´ e par l’US Public Health Service (16), il y avait 92 espe ` ces de moustiques, dont 51 e ´ taient inconnues aux EtatsUnis d’Ame ´ rique hors Etats insulaires, a ` Hawaii ou a ` Porto Rico. En 1960-1961, les soutes a ` bagages et les cabines ont e ´ te ´ inspecte ´ es sur 210 ae ´ ronefs a ` l’ae ´ roport de la Nouvelle-Orle ´ ans, 1183 ae ´ ronefs a ` l’ae ´ roport international de Miami et 89 ae ´ ronefs a ` Honolulu. Au total, 81 moustiques ont e ´ te ´ trouve ´s a ` Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

la Nouvelle-Orle ´ ans, 32 a ` Honolulu et 100 a ` Miami. Les espe ` ces trouve ´ es a ` Miami et a ` Honolulu n’e ´ taient en ge ´ ne ´ ral pas des espe ` ces indige ` nes aux Etats-Unis d’Ame ´ rique et les insectes semblaient avoir e ´ te ´ attire ´s davantage par les cabines e ´ claire ´ es que par les soutes a ` bagages (12). Le taux habituel d’infection palustre chez les anophe ` les vecteurs en Afrique est de 2 %. Seuls ˆ te et des quelques moustiques trouvent un ho conditions de survie favorables a ` leur arrive ´e d’Afrique. On a estime ´ que 2000 a ` 5000 anophe ` les ont e ´ te ´ importe ´ s en France au cours d’une pe ´ riode de 3 semaines en 1994, lors de laquelle 6 cas de paludisme ae ´ roportuaire sont survenus a ` Roissy-Charles-deGaulle (29). Pendant cette pe ´ riode, 250 a ` 300 ae ´ ronefs ont atterri en provenance de re ´ gions d’Afrique ou ` le paludisme est ende ´ mique, et on a estime ´ que chaque vol e ´ tait porteur de 8 a ` 20 anophe ` les. Ces chiffres ne tiennent pas compte des moustiques appartenant a ` des espe ` ces vectrices potentielles qui se trouvaient probablement aussi a ` bord. Les moustiques ne sont pas toujours transporte ´ s dans la cabine des passagers. Par exemple, des œufs de A. aegypti ont e ´ te ´ trouve ´ s dans des pondoirspie ` ges installe ´ s aux fins de surveillance dans l’ae ´ roport des Bermudes en 1982, et on a trouve ´ ˆtes larvaires dans la halle de fret. Cette espe des gı ` ce a probablement e ´ te ´ re ´ introduite dans des conteneurs de fret infeste ´ s (27), lesquels pourraient devenir un ve ´ hicule plus courant avec l’augmentation du trafic. A la base ae ´ rienne Forbes, au Kansas, 16 larves vivantes de A. aegypti et de Culex cinerellus ont e ´ te ´ ˆ che qui trouve ´ es en mai 1968 dans de l’eau sur une ba ˆ tre avait e ´ te ´ laisse ´e a ` l’exte ´ rieur au Libe ´ ria avant d’e embarque ´ e sur un avion militaire ame ´ ricain. L’ae ´ ronef avait quitte ´ Charleston (Caroline du Sud) le 28 avril et fait escale au Suriname, au Libe ´ ria et aux Ac ¸ ores (22). On trouve fre ´ quemment des blattes dans les offices des ae ´ ronefs assurant le transport de passagers, et leur introduction dans des pays ou ` elles ˆ tre attribue e ´ taient encore inconnues peut e ´e a ` cette source (30).

Conse ´ quences de l’importation de moustiques vecteurs Les conse ´ quences pour la sante ´ publique de l’importation de moustiques vecteurs en provenance de pays ou ´ miques vers ` certaines maladies sont ende des pays qui en sont indemnes sont multiples : – si les moustiques sont infecte ´ s, ils peuvent transmettre des maladies dans le pays d’arrive ´ e, par exemple un paludisme ae ´ roportuaire ; ˆner – l’importation d’un vecteur infecte ´ peut entraı l’e ´ tablissement d’une transmission autochtone par un vecteur local ; – les moustiques introduits peuvent s’e ´ tablir dans les pays ou ´ te ´ importe ´ s, en particulier en ` ils ont e zone tropicale ou semi-tropicale ; 181

De la politique a ` l’action Tableau 1. Signalements de moustiques dans les ae ´ ronefs Date 1931 1933 1936-1941 Lieu Miami Kisumu, Kenya Hawaii Origine Caraı¨bes Juba, Soudan Californie Espe ` ces trouve ´ es Re ´ fe ´ rence

1939 1938-1941

Marseille Darwin, Australie

Afrique de l’Ouest

1941-1942 1942-1945 1946-1960

1950 1950 1952 1955-1959

1960-1961 1964-1968 1968 1968 1968-1969 1970-1974

Bre ´ sil Bre ´ sil Etats-Unis d’Ame ´ rique Brownsville Honolulu Houston New York Miami Chypre Auckland, Nouvelle-Ze ´ lande Auckland Bombay, Inde La Nouvelle-Orle ´ ans Honolulu Miami Manille Kansas, Etats-Unis d’Ame ´ rique Nairobi Nairobi Nouvelle-Ze ´ lande

Afrique de l’Ouest Afrique de l’Ouest Asie Ame ´ riques

Culex quinquefasciatus Aedes aegypti Anopheles gambiae s.l. Culex quinquefasciatus Anopheles pseudopunctipennis Culiseta incidens Anopheles gambiae Aedes Anopheles Culex Mansonia Anopheles gambiae s.l. Anopheles gambiae s.l. Anopheles grabhami Anopheles neomaculipennis Anopheles vestipennis

1 11 12 13 14

11 15 16

Portugal Fidji Sydney Fidji ? ?

Anopheles superpictus Aedes aegypti Culex annulirostris Culex annulirostris Culex spp.

5 17 18 19 20 21 22 11 11 23

? Libe ´ ria Afrique Europe Fidji Fidji Hong Kong Hawaii Hong Kong ?

220 moustiques dont 6 espe ` ces non trouve ´ es aux Etats-Unis d’Ame ´ rique 52 moustiques vivants et 482 moustiques morts Larves vivantes de Aedes aegypti et Culex cinerellus 153 moustiques 356 moustiques dont 2 espe ` ces d’Europe Aedes vexans Culex bitaeniorhynchus

1972-1973

Tokyo

1974 1975 1974-1979

1975-1981 1983 1983

Darwin Australie Darwin Brisbane Perth Sydney Tokyo Bermudes Trinite ´

Bali Indone ´ sie ?

Culex quinquefasciatus Culex sp. Aedes aegypti Anopheles subpictus Culex gelidus groupe Culex sitiens Anopheles sundaicus Anopheles subpictus 5517 insectes dont 686 moustiques

24

25 14 14

? ?

3 espe ` ces de moustiques non trouve ´ es au Japon Aedes aegypti 967 insectes dont Aedes aegypti et Anopheles albimanus

26 27 28

– l’introduction et l’e ´ tablissement d’un vecteur importe ´ peuvent ne ´ cessiter un programme de lutte cou ´ te ´ le cas avec ˆ teux, comme cela a e Anopheles gambiae au Bre ´ sil et en Egypte et, re ´ cemment, avec Aedes albopictus aux Etats-Unis d’Ame ´ rique et en Italie. 182

Transmission de maladies par des moustiques importe ´s a ` bord d’ae ´ ronefs ´ roportuaire. La preuve la plus directe Paludisme ae de la transmission de maladies par des moustiques importe ´s a ` bord d’ae ´ ronefs est l’existence du Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

La de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs : pourquoi ? paludisme ae ´ roportuaire, ou paludisme d’ae ´ roport, c’est-a ` -dire de cas de paludisme dans l’enceinte et au voisinage des ae ´ roports internationaux, chez des personnes qui n’ont pas re ´ cemment voyage ´ dans des re ´ gions ou ´ mique et qui n’ont pas ` la maladie est ende e ´ te ´ re ´ cemment transfuse ´ es. Le paludisme ae ´ roˆ tre distingue portuaire doit e ´ du paludisme d’importation, qui concerne des personnes qui ont contracte ´ l’infection au cours d’un se ´ jour dans une zone d’ende ´ mie et qui sont tombe ´ es malades apre ` s leur retour. L’existence du paludisme ae ´ roportuaire montre la ne ´ cessite ´ de de ´ sinsectiser les ae ´ ronefs en provenance de re ´ gions ou ` transmission ` les maladies a vectorielle sont ende ´ miques. Chaque cas de paludisme ae ´ roportuaire repre ´ sente une importation d’anophe ` les infecte ´s a ` bord d’un ae ´ ronef. Les ˆ tre arboviroses, par exemple la dengue, peuvent e transmises par des moustiques importe ´ s vecteurs de ˆ mes des arboviroses l’infection. Comme les sympto sont en ge ´ ne ´ ral non spe ´ cifiques, le diagnostic est difficile et des cas isole ´ s peuvent passer inaperc ¸ us. Un cas de dengue ae ´ roportuaire est ne ´ anmoins apparemment survenu chez des voyageurs allemands (31). La transmission de la leishmaniose par des phle ´ botomes au Tadjikistan a e ´ te ´ observe ´e a ` la suite de l’importation de ces insectes a ` bord d’he ´ licopte ` res en provenance d’Afghanistan (32). Le paludisme ae ´ roportuaire est rendu particulie ` rement dangereux par le fait que les me ´ decins ont en ge ´ ne ´ ral peu de raisons de le soupc ¸ onner, en particulier si le sujet n’a pas voyage ´ re ´ cemment dans des re ´ gions d’ende ´ mie. Le diagnostic peut par ˆ tre retarde conse ´ quent e ´ et le de ´ ce ` s peut survenir avant que la maladie n’ait e ´ te ´ correctement diagnostique ´ e et traite ´ e, notamment dans les cas de paludisme a ` Plasmodium falciparum (33). Plusieurs re ´ capitulatifs des cas connus de paludisme ae ´ roportuaire ont e ´ te ´ re ´ dige ´ s (34-39). Le Tableau 2 pre ´ sente une version a ` jour des informations (38) concernant les pays dans lesquels des cas confirme ´ s ou probables de paludisme ae ´ roportuaire ont e ´ te ´ rapporte ´ s. En 1997, une me ` re et sa fille qui s’e ´ taient re ´ cemment rendues en Islande au de ´ part du Luxembourg et qui n’avaient jamais voyage ´ dans une zone d’ende ´ mie, ont contracte ´ le paludisme ; elles habitaient dans un village situe ´ 1 a ` 2 kilome ` tres a ` l’est de l’ae ´ roport de Luxembourg. En 1999, un couple s’est rendu par avion du Luxembourg en Ecosse via Bruxelles le 30 mai et est rentre ´ au Luxembourg le 18 juin ; la femme est tombe ´ e malade fin juillet et la pre ´ sence de P. falciparum a e ´ te ´ confirme ´ e par examen d’un frottis sanguin ; un frottis re ´ alise ´ chez son mari e ´ tait e ´ galement positif ; un troisie ` me malade, qui n’avait pas voyage ´ par avion, habitait dans un village situe ´ 3 a ` 4 kilome ` tres a ` l’est de l’ae ´ roport de Luxembourg. Ces cinq cas sont survenus au cours de pe ´ riodes de canicule qui ont pu permettre la survie de moustiques importe ´ s. Tous les malades pre ´ sentaient une thrombope ´ nie se ´ ve ` re (40). Paludisme transmis par les bagages. Le Tableau 2 inclut les cas de paludisme dans lesquels Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

les vecteurs infecte ´ s ont e ´ te ´a ` l’e ´ vidence transporte ´s dans des bagages jusqu’a ` des endroits parfois situe ´s a ` une distance conside ´ rable de l’ae ´ roport d’arrive ´ e, et qui ont transmis la maladie lors de l’ouverture de ces bagages (41-43). Dans tous ces cas, des recherches approfondies n’ont montre ´ aucun vecteur indige ` ne et aucune preuve de transmission locale du paludisme. ´ sur la piste d’ae ´ roport. Paludisme contracte Trois cas documente ´ s de paludisme sont survenus chez des passagers qui ont contracte ´ l’infection sans avoir quitte ´ l’ae ´ ronef pendant une escale de transit dans un pays d’ende ´ mie. Deux de ces cas sont survenus a ` l’ae ´ roport d’Abidjan et un a ` Banjul (Gambie), pendant un voyage entre deux pays exempts d’ende ´ mie. De plus, deux passagers et un membre d’e ´ quipage d’un vol des Middle East Airlines entre le Liban et le Bre ´ sil ont pre ´ sente ´ un paludisme apre ` s leur arrive ´e a ` destination. P. falciparum a e ´ te ´ diagnostique ´ environ deux semaines apre ` s le vol et les ˆ pitaux de malades ont e ´ te ´ traite ´ s dans des ho Sa ˜ o Paulo. Aucun autre passager parmi les 360 personnes a ` bord de l’ae ´ ronef n’a pre ´ sente ´ de re ´ action positive. L’investigation a montre ´ que les malades n’avaient pas e ´ te ´ infecte ´ s au Bre ´ sil et il est probable ˆ te d’Ivoire. qu’ils l’ont e ´ te ´ pendant une escale en Co ˆ t de deux heures a Pendant l’arre ` l’ae ´ roport d’Abidjan, les portes de l’ae ´ ronef e ´ taient reste ´ es ouvertes, ce qui a probablement permis a ` un moustique infecte ´ de pe ´ ne ´ trer dans la cabine (44). L’un des cas impliquant l’ae ´ roport d’Abidjan concernait une Britannique de 37 ans habitant au Cap et qui s’e ´ tait rendue au Royaume-Uni ; 14 jours apre `s son arrive ´ e, elle a e ´ te ´ prise de fie ` vre et de malaises, et a e ´ te ´ traite ´e a ` domicile par des antibiotiques. Trois jours apre ` s, la fie ` vre est monte ´e a ` 40 oC, la malade a perdu connaissance et a e ´ te ´ hospitalise ´ e avec des convulsions et une thrombope ´ nie. P. falciparum a e ´ te ´ identifie ´ , un traitement approprie ´ ae ´ te ´ administre ´, et la patiente s’est re ´ tablie apre ` s une longue pe ´ riode de maladie. Elle ne s’e ´ tait jamais rendue dans une zone d’ende ´ mie palustre. Lors du vol entre Johannesburg et l’Europe, l’avion s’e ´ tait pose ´ a ` Abidjan pendant environ une heure ; la passage ` re n’avait pas quitte ´ sa place mais avait remarque ´ que les portes de l’avion e ´ taient reste ´ es ouvertes. L’appareil n’avait pas e ´ te ´ traite ´ avant le de ´ part. Tous les passagers ayant transite ´ par une zone ou ´ mique ` le paludisme est ende ont e ´ te ´ invite ´s a ` prendre un traitement prophylactique et il a e ´ te ´ sugge ´ re ´ aux compagnies ae ´ riennes de traiter les ae ´ ronefs en transit par pulve ´ risation d’insecticide (45). Dans un autre cas impliquant l’ae ´ roport d’Abidjan, une Britannique de 63 ans habitant a ` Johannesburg s’e ´ tait rendue au Royaume-Uni en juillet 1989. Neuf jours apre ` s son arrive ´ e, elle a e ´ te ´ prise de fie ` vre et de malaises et a e ´ te ´ traite ´ e en ambulatoire pour une gastro-ente ´ rite. Cinq jours plus tard, un icte ` re et des frissons sont apparus et la malade a e ´ te ´ hospitalise ´ e pour une suspicion d’he ´ patite : l’icte ` re e ´ tait intense, la malade e ´ tait semi-inconsciente et la tempe ´ rature e ´ tait de 40 oC. 183

De la politique a ` l’action Tableau 2. Pays dans lesquels des cas confirme ´ s ou probables de paludisme ae ´ roportuaire ont e ´ te ´ rapporte ´ s, 1969-aou ˆ t 1999 Pays France Belgique Suisse Royaume-Uni Italie Etats-Unis d’Ame ´ rique Luxembourg Allemagne Pays-Bas Espagne Israe ¨l Australie Total 9 0 3 4 0 0 – 0 0 0 0 0 3 9 0 3 1 0 – 0 2 1 0 0 Pe ´ riode 1969-1977 1978-1986 1987-1995 1996-1998 1999 11 7 5 0 3 3 – 2 0 1 0 0 3 1 1 7 0 1 2 1 0 0 1 1 – – – – – – 3 1 – – – – Total 26 17 9 14 4 4 5 4 2 0 1 1 89

Transmission autochtone du paludisme a ` la suite de l’importation de vecteurs infecte ´s Un grave proble ` me de sante ´ publique pourrait se poser si l’introduction de vecteurs infecte ´s conduisait a ` la transmission du paludisme par des vecteurs locaux, surtout si la transmission reprenait dans une re ´ gion ou ` la maladie avait ˆt plusieurs auparavant e ´ te ´ ende ´ mique. On connaı cas de transmission du paludisme, bien que limite ´ e, re ´ introduite dans des pays d’ou ` la maladie avait e ´ te ´ e ´ radique ´ e, comme l’Allemagne (51), l’Italie (52) et les Etats-Unis d’Ame ´ rique (53-56). Dans la plupart des cas, un passager infecte ´e ´ tait en cause, mais certaines flambe ´ es peuvent avoir e ´ te ´ provoque ´ es par l’importation de moustiques infecte ´ s.

Vecteurs exotiques introduits par les ae ´ ronefs L’importation d’espe ` ces exotiques de moustiques par les ae ´ ronefs peut avoir des conse ´ quences graves, car ces espe ` ces peuvent s’e ´ tablir dans le pays ou ` elles ont e ´ te ´ introduites. Bien que cette hypothe ` se soit peu probable pour les moustiques tropicaux importe ´ s dans des pays de climat tempe ´ re ´ , des espe ` ces introduites se sont e ´ tablies dans plusieurs ˆ ıles du Pacifique Sud. Ces nouvelles populations pre ´ occupent les autorite ´s sanitaires d’Australie et de Nouvelle-Ze ´ lande et ont conduit a ` exiger une de ´ sinsectisation efficace des ae ´ ronefs en provenance de re ´ gions dans lesquelles des ˆ tre espe ` ces vectrices peuvent avoir e ´ te ´ introduites et s’e e ´ tablies (57, 58). Il existe de nombreux cas de vecteurs exotiques introduits puis e ´ tablis dans des pays ou ´ taient ` ils e inconnus auparavant. Il est difficile de ve ´ rifier de quelle fac ¸ on un moustique peut avoir e ´ te ´ introduit, sauf si l’espe ` ce en question est de ´ tecte ´ e dans un ae ´ roport ou un port de mer international ou leurs environs imme ´ diats. Plusieurs espe ` ces ont e ´ te ´ introduites dans les ˆ ıles du Pacifique par les ae ´ ronefs, ˆle de Guam de comme le montre la de ´ couverte sur l’ı Anopheles barbirostris, un vecteur du paludisme au Viet Nam et dans d’autres re ´ gions d’Asie du Sud-Est (59). Anopheles indefinitus et Culex fuscanus ont e ´ te ´ tous deux introduits a ` Guam et Saipan apre ` s la Deuxie ` me Guerre mondiale probablement par des ae ´ ronefs ; A. indefinitus, vecteur puissant du paludisme, a sans aucun doute e ´ te ´a ` l’origine des flambe ´ es observe ´ es a ` Guam en 1966 et 1969 (60, 61). A. aegypti et Aedes albopictus ont e ´ te ´ largement disse ´ mine ´s a ` la faveur du commerce international, principalement a ` l’e ´ tat de pontes dans des pneus usage ´ s (62), bien que le transport par ae ´ ronef ait probablement e ´ te ´ a ` l’origine de l’introduction de l’espe ` ce aux Bermudes (27), en Bolivie (63), et a ` Trinite ´ -et-Tobago (64). Des flambe ´ es de dengue ont suivi l’introduction de A. albopictus dans les ˆ ıles Salomon et de Aedes vigilax a ` Fidji par les ae ´ ronefs (65). A. albopictus a e ´ te ´ introduit en Europe (66-68), en Afrique (69, 70), au Bre ´ sil et aux Etats-Unis d’Ame ´rique (71, 72) a ` l’e ´ tat d’œufs pondus dans des pneus Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

L’examen de pre ´ le ` vements de sang a montre ´ la pre ´ sence de P. falciparum. La malade a e ´ te ´ traite ´ e par voie intraveineuse par de la quinine et s’est bien ˆ te re ´ tablie. L’avion s’e ´ tait arre ´a ` Abidjan pendant une heure ; la passage ` re n’avait pas quitte ´ sa place, mais les portes e ´ taient reste ´ es ouvertes. L’appareil avait e ´ te ´ traite ´ avant le de ´ collage. Il a e ´ te ´ suppose ´ que la malade avait contracte ´ le paludisme au cours du vol entre des re ´ gions exemptes d’ende ´ mie, apre ` s avoir e ´ te ´ pique ´e ˆ te par un anophe ` le infecte ´ alors que l’avion e ´ tait arre ´a ` ˆ tre avant que la pulve Abidjan, peut-e ´ risation ne soit effectue ´ e (46). Deux cas de transmission du paludisme sont survenus sur un vol des Ethiopian Airlines entre Heathrow et Rome (47, 48) ; ces deux cas ont peutˆ tre e ˆ me moustique infecte e ´ te ´ pique ´ s par un me ´. La survenue de cas relativement nombreux de paludisme ae ´ roportuaire a ` Paris et a ` Bruxelles refle ` te le grand nombre de vols en provenance d’Afrique centrale et occidentale. La plupart des cas e ´ taient dus a ` P. falciparum. Au moins cinq de ´ ce ` s en ont re ´ sulte ´ , et tous les cas sont survenus chez des personnes n’ayant aucune immunite ´ contre la maladie, ce qui explique une mortalite ´ relativement e ´ leve ´ e de 6 %. Le de ´ lai important avant que le diagnostic correct ne soit pose ´ ˆne a fre ´ quemment entraı ´ l’aggravation de la maladie ou l’apparition de complications. Dans les cinq cas survenus en Suisse en 1990, on estime qu’il a pu ˆ mes et le s’e ´ couler 7 jours entre les premiers sympto diagnostic de paludisme. Dans au moins un cas, ce de ´ lai a atteint 31 jours (49). Isaa ´ que les rapports publie ´s ¨ cson (11) a estime de paludisme ae ´ roportuaire ne refle ` tent que les cas les plus graves et que les cas be ´ nins ont e ´ te ´ soit conside ´ re ´ s comme ne justifiant pas une publication, soit spontane ´ ment re ´ solutifs sans avoir e ´ te ´ diagnostique ´ s en tant que cas de paludisme. Il se peut que certains cas de paludisme grave n’aient pas e ´ te ´ ˆne correctement diagnostique ´ s, et aient entraı ´ des ˆ mes graves ou la mort (50). sympto 184

La de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs : pourquoi ? usage ´ s. Une espe ` ce ame ´ ricaine, Aedes atropalpus, a e ´ te ´ ˆ me fac introduite en Italie de la me ¸ on (73). A. aegypti s’est propage ´ dans la plupart des pays d’Ame ´ rique du Sud et d’Ame ´ rique centrale ou ´ tait ` il e de ´ ja ` pre ´ sent avant les tentatives d’e ´ radication. La plus grande partie de cette propagation est probablement imputable a ` l’importation de pneus ou de re ´ cipients contenant des œufs de cette espe ` ce. En 1943, la Bolivie a e ´ te ´ le premier pays d’Ame ´ rique latine a ` re ´ ussir l’e ´ radication de A. aegypti. En 1980, cette espe ` ce a e ´ te ´ rede ´ couverte en ville de Santa Cruz, a ` proximite ´ de l’ae ´ roport et pre ` s de la gare (74). Elle s’est rapidement re ´ pandue, en particulier dans les quartiers anciens de la ville, ou ` 25 % des habitations ˆtes e ´ taient infeste ´ es. On a d’abord de ´ couvert des gı larvaires de A. aegypti dans des maisons proches de l’ae ´ roport de Santa Cruz, et cette espe ` ce peut avoir e ´ te ´ apporte ´ e par ae ´ ronef de Cali (Colombie). Elle est maintenant largement re ´ partie dans toute la Bolivie, tout comme la dengue. En Ame ´ rique du Sud ou en Ame ´ rique centrale, a ` l’exception du Bre ´ sil, il semble que l’on ne recherche pratiquement jamais les moustiques vecteurs a ` bord des ae ´ ronefs. L’extension croissante de l’aire de re ´ partition de A. albopictus n’a pas e ´ te ´ associe ´e a ` une augmentation de la transmission des arbovirus. Cette espe ` ce a e ´ te ´ trouve ´ e pour la premie ` re fois au Mexique en 1988 (75) et s’est depuis largement re ´ pandue dans le pays ; ˆ les et femelles de en 1995, des spe ´ cimens sauvages ma A. albopictus ont e ´ te ´ trouve ´ s naturellement infecte ´s par le virus de la dengue (76). En 1994-1995, le virus Potasi et le virus Cache Valley ont e ´ te ´ tous deux isole ´s de A. albopictus dans l’Illinois (Etats-Unis d’Ame ´rique) (77). Aedes polynesiensis, vecteur de la filariose, est maintenant e ´ tabli dans toute la Polyne ´ sie franc ¸ aise et on estime que le trafic ae ´ rien a davantage contribue ´ que le trafic maritime a ` sa dispersion (78). Un grand nombre des re ´ gions dans lesquelles des espe ` ces de moustiques exotiques se sont e ´ tablies sont des ˆ ıles ; les communications entre les ˆ ıles du Pacifique e ´ loigne ´ es les unes des autres se font principalement par avion, et leur climat et leur e ´ cologie sont semblables ; une espe ` ce e ´ tablie sur une ˆ ıle peut donc facilement se propager et s’e ´ tablir sur une autre. De nombreuses espe ` ces de moustiques sont arrive ´ es par ae ´ ronef dans des pays ou ´ taient ` elles n’e pas indige ` nes ; dans la plupart des cas, cette arrive ´ e n’a pas e ´ te ´ suivie d’un e ´ tablissement de l’espe ` ce. Il est peu probable qu’un moustique tropical comme A. gambiae re ´ ussisse a ` s’e ´ tablir dans des re ´ gions tempe ´ re ´ es d’Europe ou d’Ame ´ rique du Nord au-dela ` de la bre ` ve pe ´ riode de l’anne ´ e ou ´ ratures lui ` les tempe conviennent. Les pays dont le climat est plus chaud courent un risque beaucoup plus grand d’invasion par A. gambiae, comme cela s’est produit au Bre ´ sil et en Egypte. En revanche, A. albopictus est remonte ´ vers le nord jusqu’au Minnesota aux Etats-Unis d’Ame ´rique ; les souches introduites en Ame ´ rique du Nord et au Bre ´ sil e ´ taient toutes deux originaires de la frange septentrionale de l’aire de re ´ partition de l’espe ` ce et sont bien adapte ´ es pour survivre aux tempe ´ ratures Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

estivales et hivernales (79). La souche de A. albopictus e ´ tablie en Italie a probablement e ´ te ´ importe ´ e de Ge ´ orgie (Etats-Unis d’Ame ´ rique) dans des pneus usage ´ s (68). En cas de re ´ chauffement climatique mondial, les vecteurs et les maladies qu’ils transmettent pourraient s’e ´ tendre bien au-dela ` de leur aire de re ´ partition actuelle (80). Le nombre important d’espe ` ces de moustiques introduites dans des pays ou ´ taient inconnues ` elles e auparavant indique que de telles introductions ne sont pas rares. Elles peuvent survenir a ` la faveur de n’importe quel moyen de transport international. Il est cependant e ´ vident que les ae ´ ronefs peuvent transporter relativement vite les moustiques d’un endroit a ` l’autre, ce qui augmente leurs chances de survie dans les zones d’arrive ´ e.

Cou ˆt e ´ conomique des vecteurs et maladies introduits L’introduction du paludisme par quelque moyen que ce soit dans une re ´ gion ou ` cette maladie n’est pas ˆ tre cou ende ´ mique peut e ˆ teuse en termes de traitement, d’hospitalisation, d’investigations e ´ pide ´ miologiques, de journe ´ es de travail perdues, de souffrances ˆ me de mortalite et me ´ . L’e ´ tude de 142 malades atteints de paludisme introduit aux Etats-Unis d’Ame ´ rique a montre ´ que l’infection e ´ tait be ´ nigne chez 110 d’entre eux, de gravite ´ moyenne chez 21 et se ´ ve ` re chez 11 ; deux malades sont de ´ ce ´ de ´ s. Le cou ˆ t moyen du traitement par cas e ´ tait de US $2743,51. Le cou ˆt moyen du traitement par cas be ´ nin e ´ tait de US $467,54, par cas de gravite ´ moyenne de US $2701,16 et par cas se ´ ve ` re de US $12 515,52. Pour 42 patients, au moins un des e ´ le ´ ments du traitement n’e ´ tait pas conforme aux recommandations en vigueur au moment de l’e ´ tude ; les autres cas ont e ´ te ´ traite ´ s d’une fac ¸ on juge ´ e approprie ´ e (81). Une analyse des cou ´ te ´ re ´ alise ´ e en France ˆ ts a e sur 33 malades atteints de paludisme importe ´ , dont 4 avaient e ´ te ´ hospitalise ´ s en unite ´ de soins intensifs et un est de ´ ce ´ de ´ pendant son hospitalisation ; le cou ˆt cumule ´ de ces cas e ´ tait au moins e ´ gal a ` 660 000 francs franc ¸ ais (environ US $100 000) (82). Ce total ne tenait pas compte du cou ´ es de travail ˆ t des journe perdues ni des autres de ´ penses impose ´ es a ` la famille des malades, ni non plus des cou ´ ce ` s. Lors ˆ ts du de d’une autre e ´ tude sur le paludisme importe ´ en France, le cou ´ de paludisme, ˆ t total d’un cas non complique tenant compte des de ´ penses me ´ dicales et d’un conge ´ maladie moyen de deux semaines, a e ´ te ´ estime ´ a ` 6400 euros (environ US $5000) pour les malades hospitalise ´ s et 1400 euros (environ US $1100) pour les malades ambulatoires (83). Si une espe ` ce de moustiques vectrice de paludisme s’e ´ tablit apre ` s avoir e ´ te ´ introduite dans ˆ tre tre une re ´ gion, le cou ´ limination peut e `s ˆ t de son e ˆle de la important. Le paludisme a e ´ te ´e ´ radique ´ de l’ı Re ´ union, dans l’oce ´ an Indien, en 1949 ; cependant, en 1988, 155 cas de paludisme importe ´ ont e ´ te ´ ˆle et trois cas autochtones ont e de ´ tecte ´ s sur l’ı ´ te ´ 185

De la politique a ` l’action note ´ s. Le cou ˆ t de la prise en charge de ces cas introduits et de la transmission locale qui a suivi a e ´ te ´ de US $3 350 000 par an (0,65 % du budget total de la sante ´ dans le pays), soit US $6,00 par habitant et par an ; 77 % de ce montant ont e ´ te ´ consacre ´s a ` la lutte antivectorielle (84). cas de paludisme ae ´ roportuaire en Europe a e ´ te ´ observe ´ en France (Tableau 2), essentiellement en raison des nombreux vols directs en provenance de re ´ gions d’Afrique ou ´ mique. Pour ` la maladie est ende faire face a ` cette situation, les autorite ´ s sanitaires de l’ae ´ roport Roissy-Charles-de-Gaulle ont axe ´ leurs efforts sur les vols a ` risque et ont proce ´ de ´ a ` une information et une sensibilisation des compagnies ae ´ riennes desservant les ae ´ roports situe ´ s dans des ˆne zones impalude ´ es. Ces mesures ont entraı ´ une de ´ sinsectisation correcte de 73 % des vols a ` risque en 1995 et 87 % en 1996. Malgre ´ une re ´ sistance aux pyre ´ thrinoı ¨des observe ´ e chez A. gambiae s. l. en Afrique de l’Ouest, le niveau d’efficacite ´ du traitement des ae ´ ronefs par pulve ´ risation d’ae ´ rosols de perme ´ thrine reste acceptable (39). Les recommandations les plus re ´ centes de l’OMS concernant la de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs ont e ´ te ´ publie ´ es en 1995 (5) et en 1998 (86). Les me ´ thodes suivantes sont utilise ´ es : . La me ´ thode « cales enleve ´ es », comme de ´ crit plus haut. . La pulve ´ risation avant le vol et en de ´ but de descente, semblable a ` la me ´ thode « cales enleve ´ es » a ` part que le premier traitement de la cabine est pratique ´ au sol, avant l’embarquement des passagers. Cette me ´ thode permet d’ouvrir les compartiments a ` bagages, les toilettes et les vestiaires et de les traiter convenablement avec un ae ´ rosol insecticide contenant de la perme ´thrine. Cette pulve ´ risation est comple ´ te ´ e par un traitement en vol avec un insecticide a ` action rapide (« knockdown »). . Le traitement re ´ manent consiste a ` pulve ´ riser a ` intervalles re ´ guliers un insecticide a ` effet re ´ manent sur les surfaces internes de l’ae ´ ronef, a ` l’exclusion de celles qui servent a ` la pre ´ paration des repas. La fre ´ quence des applications de ´ pend de la dure ´e d’efficacite ´ de l’insecticide. Ce traitement est comple ´ te ´ par des applications ponctuelles sur les surfaces fre ´ quemment nettoye ´ es. ˆ tre La me ´ thode de traitement par ae ´ rosol peut ne pas e totalement efficace, car elle est souvent applique ´ e de fac ¸ on incorrecte. D’autres me ´ thodes ou approches ˆ tre plus efficaces ont e ´ te ´ propose ´ es, qui pourraient e que la me ´ thode « cales enleve ´ es » ou la me ´ thode en de ´ but de descente. L’application re ´ manente a ` intervalles re ´ guliers de perme ´ thrine ou d’un autre insecticide efficace et sans danger dans les cabines, couple ´e a ` l’utilisation d’un ae ´ rosol avant l’embarquement, devrait constituer une alternative efficace et sans danger aux me ´ thodes actuellement utilise ´ es ou recommande ´ es pour les ae ´ ronefs quittant des re ´ gions ou ` les maladies transmises par des moustiques sont ende ´ miques. Les ae ´ ronefs servant au transport de passagers sont re ´ gulie ` rement traite ´ s par des insecticides contre les blattes et autres insectes nuisibles dans les offices et les toilettes. Certains des insecticides applique ´ s, sous forme de produits re ´ manents et d’ae ´ rosols ˆ mes applique ´ s sous volume ultra-faible, sont les me Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

Diagnostic du paludisme ae ´ roportuaire Les cas de paludisme diagnostique ´ s chez des personnes qui n’ont pas voyage ´ re ´ cemment dans des re ´ gions d’ende ´ mie ni rec ¸ u de transfusion sanguine et qui ne sont pas des usagers de drogues intraveineuses sont habituellement classe ´ s comme cas de paludisme ae ´ roportuaire. Ces cas surviennent pour la plupart dans les environs des ae ´ roports internationaux d’arrive ´ e de vols transportant des vecteurs infecte ´ s. Toutefois, les moustiques infecte ´s ˆ tre transporte peuvent e ´ s par des ve ´ hicules ou par le vent a ` des distances conside ´ rables de ces ae ´ roports. C’est manifestement ce qui s’est produit dans deux cas de paludisme grave a ` P. falciparum survenus dans des endroits situe ´s a ` 10 km et 15 km de l’ae ´ roport de Gatwick en 1983 (85) et dans deux cas survenus a ` 7,5 km de l’ae ´ roport de Roissy-Charles-de-Gaulle dans la re ´ gion parisienne (37). A une telle distance d’un ae ´ roport, on ne pense gue ` re a ` une suspicion de paludisme. L’absence ou le retard du diagnostic peut ˆner un traitement inapproprie entraı ´ ou la mort.

Discussion et conclusion Il est largement de ´ montre ´ que des vecteurs de maladies, en particulier des moustiques, sont importe ´ s dans les pays par les ae ´ ronefs, et que cette importation peut effectivement conduire a ` la transmission de maladies. De nombreux cas de paludisme ae ´ roportuaire, dont plusieurs mortels, ont e ´ te ´ enregistre ´ s ; d’autres cas ont probablement e ´ chappe ´ au diagnostic. Des vecteurs exotiques peuvent s’e ´ tablir, comme on l’a constate ´ , dans des re ´ gions ou ´ taient inconnus auparavant, ce qui peut avoir ` ils e des conse ´ quences graves au niveau de la transmission des maladies dont les moustiques sont les vecteurs. Le cou ´ riodique des ae ´ ronefs ˆ t du traitement pe par pulve ´ risation d’un insecticide re ´ manent et/ou de l’application d’une pulve ´ risation spatiale avant le de ´ collage d’une re ´ gion de forte ende ´ micite ´ est faible par rapport aux cou ´s a ` l’hospitalisation, aux ˆ ts associe journe ´ es de travail perdues et a ` la mortalite ´ qui ˆ tre dues aux moustiques vecteurs. peuvent e ˆ cher Il est par conse ´ quent important d’empe l’importation de vecteurs a ` bord des ae ´ ronefs et le risque de transmission de maladies qui s’ensuit. De plus, l’application de mesures approprie ´ es re ´ duirait la possibilite ´ d’installation des vecteurs dans des pays ou ` ils ont e ´ te ´ introduits et dans lesquels ils e ´ taient encore inconnus. Les mesures prises a ` Paris montrent que cette pre ´ vention est re ´ alisable. Le plus grand nombre de 186

La de ´ sinsectisation des ae ´ ronefs : pourquoi ? que ceux qui sont utilise ´ s contre les insectes importants du point de vue de la sante ´ publique. Les traitements contre les insectes nuisibles sont effectue ´ s une fois par mois ou imme ´ diatement apre `s le retour d’un ae ´ ronef a ` sa base si des blattes ou des insectes piqueurs ont e ´ te ´ observe ´ s par l’e ´ quipage. La plupart des traitements sont destine ´s a ` la lutte contre les blattes, qui ne sont pas rares dans les offices. Lorsque les offices et les toilettes sont traite ´ s par une application re ´ manente de perme ´ thrine, le traitement ˆ tre effectue antimoustiques des cabines peut e ´ avec le ˆ me produit et par les me ˆ mes ope me ´ rateurs, et le cou ˆt supple ´ mentaire du traitement de la cabine ne devrait ˆ tre excessif. En Europe et dans les alors pas e Ame ´ riques, les ope ´ rateurs de lutte antivectorielle qualifie ´ s et habilite ´ s n’utilisent que des insecticides approuve ´ s pour l’application sur les ae ´ ronefs. On ne dispose pas d’informations sur la nature des ope ´ rations de lutte contre les insectes nuisibles ni sur les pesticides utilise ´ s en dehors d’Europe et d’Ame ´ rique du Nord. Il est ne ´ cessaire de faire proce ´ der de temps a ` autre a ` une fumigation des ae ´ ronefs par des ope ´ rateurs hautement qualifie ´ s et habilite ´ s en cas de pre ´ sence de rongeurs ou d’infestation massive ˆ tre mis par des blattes. Pour cela, l’ae ´ ronef doit e hors service pendant 7 a ` 15 heures. Les autorite ´s sanitaires ae ´ roportuaires et les responsables de la flotte ae ´ rienne sont tenus informe ´ s des fumigations en cours. n

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Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 4, 2001

Informations clés
Type de document Journal articles
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé