Un essai de traitement collectif par la diethylcarbamazine dans un village d'hyperendemie onchocerquienne de la region de Bamako (Mali)* A. ROUGEMONT,1 M. E. BOISSON, G. BORGES DA SILVA, & N. ZANDER Une experience de the'rapeutique collective par la diethykcarbamazine dans un village d'hyperendemie onchocerquienne de la re'gion de Bamako (Mali) a Jt6 entreprise en 1975. Des effets secondaires souvent impressionnants qui n'avaient pas ete rapportes pour les expe'riences prcedentes en zone de me'soendemie ont ete observe's avec une fre'quence telle que le sche'ma posologique initial a du etre modifie. Un controle parasitologique de l'infection cutanee apres un an montre une diminution legere de la pre'valence et une diminution importante de l'intensite' de l'infection. L'autotrai- tement semble avoir et6 suivi diversement dans les diffirents groupes sociaux du village. Les avantages, les inconvenients et les conditions d'application de telles actions the'rapeutiques sont pre&cise's dans l'optique d'un renforcement des mesures entomologiques d'un programme de lutte tel que celui du bassin des Volta. Depuis le debut de la phase operationnelle du programme de lutte contre l'onchocercose dans le bassin des Volta, de nombreux specialistes insistent sur la necessite de completer les mesures entomolo- giques par des actions therapeutiques humaines. Malheureusement, les deux seuls medicaments effi- caces actuellement disponibles - la diethylcarba- mazine, un microfilaricide actif per os, et la sura- mine, un macrofilaricide actif par voie intraveineuse - sont d'un maniement delicat, surtout en medecine de masse. Les essais de traitement collectif des villages onchocerquiens par la diethylcarbamazine sont encore peu nombreux et concernent avant tout des villages oiu la maladie sevit 'a l'etat mesoendemique (1, 2). Le schema therapeutique actuellement le plus utilise consiste en l'administration hebdomadaire de faibles doses de diethylcarbamazine (25-50 mg), ce qui a pour effet de provoquer une diminution tr6s sensible de l'intensite de l'infection cutanee et une regression des lesions oculaires benignes. Par ce * Travail de l'U.E.R. de Medecine et de Sant6 tropicales (Directeur: Professeur P. Nne) de I'Universit6 d'Aix- Marseille IT, Marseille, France. 1 Professeur agr6g6 associ6. moyen, on espere en outre aboutir 'a un arret du developpement des lesions oculaires graves provo- quant la cecite et, sur le plan de la transmission, a une diminution du reservoir humain de parasites. On sait que les effets secondaires accompagnant I'administration de diethylcarbamazine sont impor- tants, voire meme dangereux (3, 4), proportionnels a l'intensite de l'infection cutanee. On pouvait donc craindre qu'un traitement collectif en zone d'hyper- endemie ne pose quelques problemes medicaux et psychologiques. C'est dans le but d'evaluer ces deux aspects du probleme et d'en apprecier les effets parasitologiques que l'experience relatee ici a ete tentee. MATERIEL ET MtTHODES Le village de Sanamba est situe dans la region de Bamako, arrondissement de Negala, par 8°22' de longitude ouest et 12°24' de latitude nord, dans une zone de savane guineenne ou ne coulent que des marigots temporaires. II s'agit en fait de trois hameaux, Sanamba, son hameau de culture, et Awala, situes a environ 2 km les uns des autres. L'ensemble represente une population de quelque 300 habitants, dont la moitie sont des enfants. 3533 - 403 BULL. ORGAN. MOND. SANTt, Vol. 54, 1976 404 A. ROUGEMONT ET AL. Tableau 1. Pr6valence et intensit6 de l'infection onchocerquienne et pr6valence de la c6cit6 par sexes et par groupes d'Age pour le village de Sanamba (Mali) Groupes Hommes Femmes d(Aen sujets examin6s sujets positifs intn c4cit6 sujets examin6s sujets positifs inten- cecit6 ann6es) N % N % sit6 a N % N % N % sit6 a N % 0-4 19 12,0 13 9,8 5-9 30 19,0 1 1 36,7 6,1 24 18,2 5 20,8 3,4 10-14 27 17,1 21 77,8 7,9 1 1 8,3 5 45,5 7,4 15-24 20 12,6 1 9 95,0 19,4 20 15,2 1 6 80,0 13,9 25-34 23 14,6 23 100,0 27,6 35 26,5 34 97,1 17,3 35-44 23 14,6 23 100,0 33,6 3 13,0 14 10,6 13 92,8 21,8 1 7,2 45-54 10 6,3 9 90,0 30,7 2 20,0 6 4,6 6 100,0 26,4 1 16,7 55+ 6 3,8 5 83,3 26,0 1 16,7 9 6,8 9 100,0 20,7 4 44,4 Totaux 158 100,0 111 70,3 16,31 6 3,8 132 100,0 89 67,4 12,9 6 4,6 a Moyennes g6om6triques, a multiplier par 2 pour les comparaisons avec les autres 6tudes cit6es. En mars 1974, toute la population de Sanamba a ete soumise 'a trois biopsies cutanees au niveau soit de la crete iliaque, de 1'epaule et du mollet gauches, soit de la crete iliaque, de la region trochanterienne et de la region sacro-coccygienne, pour un sujet sur deux respectivement. Pour ce faire, trois modeles de pinces 'a sclerotomie ont ete utilises dans un but comparatif.a L'intensite de l'infection cutanee pour chaque individu (charge parasitaire individuelle) est definie comme la moyenne arithmetique du nombre de microfilaires issues des trois biopsies dans les condi- tions d'observation definies par Picq et al. (5). La distribution de frequence des valeurs individuelles conduit i definir la charge parasitaire collective comme la moyenne geometrique des charges indivi- duelles pour chaque sexe et pour chaque groupe d'age. Les instruments, les sites de prelevement et les operateurs etaient les memes pour l'evaluation preli- minaire et pour le premier controle parasitologique. Seuls les sujets ages de plus de 10 ans et ayant subi les deux seies de biopsies ont ete pris en compte pour la comparaison des deux epoques. Les caracteristiques epidemiologiques de ce village en mars 1974 sont resumees au tableau 1. Par a ROUGEMONT, A. ET AL. Evaluation de trois models de pinces ti sclMrotomie pour le diagnostic quantitatif de l'infesta- tion cutande par Onchocerca volvulus. Document non publie WHO/ONCHO/75.1 17. rapport a l'infection, il s'agit d'un village de forte mesoendemie, avec des charges moyennes tres supe- rieures 'a celles observ6es lors des experiences thera- peutiques precedentes (1, 2), qui utilisent la moyenne arithmetique des charges, pratiquement egale au double de la moyenne geometrique utilise'e ici. En ce qui concerne la cecite, le village est une zone d'hyperendemie, avec globalement plus de 4% des sujets incapables de compter les doigts de l'observateur 'a 3 m. L'ESSAI THiRAPEUTIQUE Une equipe composee de deux medecins, de cinq etudiants en troisieme et sixieme annees de mede- cine, d'un infirmier et d'un chauffeur, s'est installee dans le village durant une semaine du 8 au 16 mars 1975. La diethylcarbamazine devait initialement etre administree 'a doses progressives (de 50 'a 400 mg en deux prises journalieres), ce qui permet, dans la plu- part des cas, de passer le cap de la reaction de Maz- zotti en moins de dix jours (6); l'autotraitement par doses hebdomadaires de 50 mg a ensuite plus de chances d'etre poursuivi regulierement. En fait, dans le cas particulier, les effets secondaires ont ete si fre- quents et si importants que la premiere phase du trai- tement a dfi &tre interrompue au bout de 36 heures, durant lesquelles tous les habitants ages de plus de ESSAI DE TRAITEMENT COLLECTIF PAR LA DIE'THYLCARBAMAZINE 405 10 ans avaient recu une dose de 25 mg toutes les 12 heures. Le medicament etait administre sous con- trole medical matin et soir, accompagne d'un anti- histaminique de synthese (dichlorhydrate de bucli- zine, 25 mg). Les sujets presentant une des contre- indications definies par 1'OMS,a en particulier tous les aveugles, recevaient de I'aspirine en guise de placebo. Des explications exhaustives avaient prealable- ment ete donnees aux difftrents groupes sociaux du village, avec demonstration publique de microfilaires vivantes provenant d'un sujet fortement infecte. Les habitants etaient au courant de tous les effets secon- daires possibles et n'ignoraient pas qu'ils seraient proportionnels a leur degre d'infection. Les effets secondaires observes durant les premiers jours de traitement ont ete classifies en: effets individuels a) imme'diats, b) retardes (subjectifs et objectifs), et effets collectifs. Dans leur ensemble, les effets individuels se pre- sentent comme un syndrome toxique avec cephalee, polymyalgie, arthralgie, vertige, asthenie et vraisem- blablement fievre. Dans pres de la moitie des cas s'y ajoute un syndrome ganglionnaire (ganglions lympha- tiques tumefies et douloureux) a predominance inguinale, parfois axillaire, generalise dans deux cas. Des manifestations plus rares telles que oed6mes de la racine des membres inferieurs (5 cas), de l'avant- bras et du poignet ainsi que de la verge et du scrotum ont aussi ete observes (un cas respectivement). II faut enfin signaler 1'eruption maculo-papuleuse, realisant parfois un veritable aedeme dermique, qui a touche la majorite des sujets a des degres divers. Ces manifestations (effets retardes) etaient extre- mement marquees chez les adultes d'age moyen et plut6t rares chez les enfants qui, par contre, etaient particulierement touches par le prurit (effet immediat). En general, ces troubles n'ont cesse d'augmenter en intensite durant les deux jours qu'a dure le traitement continu. Au bout de 36 heures, une vingtaine de personnes agees de 25 et 55 ans, et comprenant autant d'hommes que de femmes, etaient dans un etat inquietant, restant prostrees au fond de leurs cases, avec frissons et polypnee. Trois femmes d'age moyen qui avaient tente de continuer le pilage du mil ont ete trouvees gisant au milieu de la concession, semi-inconscientes, haletantes et gre- lottantes, avec une tension systolique comprise entre 70 et 80 mmHg. a ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTI. Contr6le de l'onchocercose dans la region du bassin de la Volta. Document OMS non publi6 OCP/73.1, annexe II.1. Les sujets presentant une tension systolique <90 mmHg ont alors ete traites par injection intra- veineuse ou intramusculaire de 40 A 80 mg de m'thylprednisolone. Une amelioration sensible du tableau a pu etre observee dans les heures suivantes. Une vieille femme, pourtant, est restee couchee deux jours apr&s l'arret du traitement. Les nombreux cas plus legers etaient traites a raison de 1 a 2 comprimes de 5 mg de deltahydrocortisone, plus 10 mg de dichlorhydrate de buclizine. Au bout de trois jours, soit 24 heures apres l'arret du traitement, les choses sont rentrees dans l'ordre. I1 n'est pas possible cependant de dire si l'amelioration des effets secon- daires a ete provoquee par l'arret du traitement ou par les soins donnes. Malgre les effets secondaires souvent impression- nants, parfois meme inquietants, qui ont suivi l'ad- ministration des premieres doses de die'thylcarba- mazine, les habitants se sont declares en faveur de la poursuite du traitement. On a donc fixe un jour de la semaine oiu chaque responsable distribuerait a sa famille 1/4 de comprime de diethylcarbamazine a 100 mg par personne la premiere semaine, puis 1/2 comprime les autres semaines de l'annee. Une visite surprise deux semaines apres notre depart a montre que les habitants affirmaient avoir absorbe leur dose (certains auraient meme pris un comprime entier, car <(ils se sentaient assez forts *). Les effets secon- daires auraient considerablement diminue. RESULTATS APRES UN AN Les tableaux 2 et 3 font etat des resultats pour l'ensemble des trois hameaux. On peut y lire, par sexes et par groupes d'age, le nombre de sujets examines en 1974 et en 1976, le taux de participation en 1976 par rapport 'a 1974, la prevalence et l'inten- site de l'infection en 1974 et 1976 exprimees en fonction des sujets presents aux deux contr6les. A c6te de celles observees entre les sexes et les groupes d'age, des differences importantes sont apparues entre les 3 communautes et, dans une meme communaute, entre les familles. L'analyse de ces caracteristiques amenant a traiter de petits echantillons, nous avons choisi un mode de presenta- tion qui tient compte de chaque individu. Les figures 1 'a 3 montrent la distribution de frNquence des sujets, par sexes, par groupes d'age et par communautes, en fonction de l'augmentation ou de la diminution de l'intensite de l'infection entre 1974 et 1976. Les diminutions sont representees en pourcentage de la valeur originale et les augmenta- A. ROUGEMONT ET AL. Tableau 2. Evolution de la pr6valence et de l'intensit6 de l'infection onchocerquienne, sous traitement, pour les hommes de Sanamba, entre 1974 et 1976 Sujets examines Sujets positifs Intensit6 a Age 1974 1976 1974 1976 1974 1976 10-14 27 11 (40,7) 10 (90,9) b 9 (81,8) b 5,3b 15,gb 15-24 20 15 (75) 15 (100) 14 (93,3) 13,7 13,8 25-34 23 19 (82,6) 19 (100) 16 (84,2) 27,8 9,6 35-44 23 18 (78,2) 17 (94,4) 13 (72,2) 31,5 22,4 45-54 10 9 (90) 9 (100) 7 (77,7) 21,2 9,6 55+ 6 3 (50) 3 (100) 3 (100) 21,2 2,0 Total 109 75 (68,8) 73 (97,3) 62 (82,6) 18,7 12,4 a Moyennes g6omdtriques. b Chiffres calcul6s pour les sujets pr6sents aux deux examens (effectif de 1976). tions en nombre absolu de microfilaires. On a en effet pu constater que la diminution therapeutique de l'infection au niveau cutane est une regression d'al- lure geometrique, les doses successives de diethylcar- bamazine detruisant, semble-t-il, une certaine pro- portion de la population microfilarienne totale inde- pendante de la valeur initiale (6). L'augmentation naturelle de l'infection, par contre, ne saurait etre qu'une progression arithmetique, les nouvelles filaires adultes venant ajouter leurs larves 'a la popu- lation dej"a existante. En tenant compte de la relative imprecision de la methode de biopsie cutanee (<' skin snip )) ainsi que de l'allure des figures 1 'a 4, qui presentent souvent une discontinuite entre 0 et -40%, nous avons considere les diminutions comme ((significatives ) 'a partir de ce dernier niveau. On definit ainsi implicite- ment les sujets ((ayant probablement poursuivi l'autotraitement)> et on calcule facilement leur pro- portion dans chaque groupe (7). La figure 4 presente, de la meme maniere, les donnees pour deux familles caracteristiques de Sanamba. Tableau 3. Evolution de la pr6valence et de l'intensite de l'infection onchocerquienne, sous traitement, pour les femmes de Sanamba, entre 1974 et 1976 Sujets examin6s Sujets positifs Intensit6 a Age 1974 1976 1974 1976 1974 1976 10-14 11 3 (27,2) 2 (66,6) b 2 (66,6) b 7,4 b 0,4 b 15-24 20 11 (55) 10 (90,9) 10 (90,9) 11,2 5,7 25-34 35 27 (77,1) 26 (96,3) 23 (85,1) 15,2 9,9 35-44 14 13 (92,8) 13 (100) 12 (92,3) 16,0 6,0 45-54 6 4 (66,6) 4 (100) 4 (100) 38,7 7,6 55+ 9 4 (44,4) 4 (100) 2 (50) 3,8 1,6 Total 95 62 (65,2) 59 (95,1) 53 (85,4) 13,8 6,4 a Moyennes g6om6triques. b Chiffres calcules pour les sujets pr6sents aux deux examens (effectif de 1976). 406 ESSAI DE TRAITEMENT COLLECTIF PAR LA DIETHYLCARBAMAZINE Fig. 1. Sanamba Fig. 2. Awala 0 0000 0e 0 *I* 0 O 01 0 0 0~ 0o 0o - 0. 0 ®( C 0 1l 000,l 0 0 0 Cr1 age 10-14 + - - 0 * 00 0 *0 0 0 00 0 0 $o oC .0 . .0 (. .- O. c). 100%o80 60 40 20 0 10 20 30 40 Hommes 0 Femmes 0 15 -24 25-34 35 -44 45-54 55s+ so mf Negativations Fig. 1-3. Distribution de frequence des sujets, par sexes, par groupes d'age et par communautes, en fonction de I'augmentation ou de la diminution de l'intensit6 de l'infection. Ordonn6es: nombre de sujets; abscisses, partie gauche: diminution en % de l'intensit6 originale (classes de 20 %); abscisses, partie droite: augmentation en nombre absolu de microfilaires (classe de 10 mf). Fig. 3. Le Hameau Fig. 4. Distribution de fr6quence des sujets par sexes dans deux familles de Sanamba, en fonction de l'aug- mentation ou de la diminution de l'intensit6 de l'infec- tion. (Ordonn6e, abscisse gauche et droite, et signes utilis6s sont les memes que pour les figures 1-3.) 407 age * * * * 10-14 I o 0 0 0 @00 15-24 0 0 le *0 * * * 53 o 0"O e 00 0 25-34 0@00 I 0 @. 01 * @0 35-44 100%-80 60 4 20 0 1 2 3 45-54 100% 80 60 40 20 0 10 20 30 40 50mf 0 0 0 0 10-14 0 , 0 01 0 0 15-24 @00 0 0 1 0 0 0 25-34 0 @ 10 @ 0@o35-44 O *0 O I I I , 45-54 100% S0 60 40 20 0 10 20 30 40 50mf 0 * * * 0 01 0F* 0 0 0 F1 0 01Eo F2 010 001 0!o i _________I ____ 100% 80 60 40 20. 0 10 20 30 40 SOmf - -. - - O-d o! A. ROUGEMONT ET AL. COMMENTAIRES Participation au premier controle parasitologique Comme on peut le voir, elle est relativement satisfaisante chez les sujets d'age moyen (15-45 ans) qui, rappelons-le, constituent le groupe a risque pour les complications oculaires de l'onchocercose. Elle est par contre mediocre pour les enfants et les sujets plus vieux. On peut en outre noter une participation meilleure de la communaute de Sanamba, oiu etait installee l'equipe melicale, par rapport aux deux autres hameaux pour lesquels les sujets de plus de 50 ans et la plupart des enfants ne se sont pas deplaces du tout. Prevalence et intensite de l'infection Dans l'absolu, on ne note que peu de negativa- tions completes des biopsies; la prevalence passe globalement de 97,3% 'a 82,6% chez les hommes, de 95,1 % a 85,4% chez les femmes. Les negativations sont cependant relativement plus frequentes pour la communaute de Sanamba. Comme on pouvait s'y attendre en zone d'hyper- endemie, l'effet est plus sensible sur l'intensite de l'infection: on passe de 18,7 a 12,4 microfilaires chez les hommes, de 13,8 a 6,4 microfilaires chez les femmes (moyennes geometriques). Les figures 1 it 4 permettent en outre de relever les resultats les meilleurs chez les femmes en general et en particulier celles de Sanamba et Awala, dans les groupes d'age moyen, dans la communaute de Sanamba, dans certaines familles (Fig. 4). II faut remarquer i cet egard que la premiere famille est celle du chef du village, vieil homme dont l'autorite domestique souffre du fait que les differents noyaux de sa famille sont disperses dans plusieurs conces- sions. La deuxieme famille est concentree dans une seule concession sous l'autorite d'un chef jeune, aussi ouvert aux actions medicales ( modernes * que peut l'etre un Bambara traditionnel. CONCLUSIONS La comparaison des resultats de cet essai avec les experiences th6rapeutiques pr&edentes appelle quelques remarques: 1. En zone d'hyperendemie, les sujets hebergent un nombre important de vers adultes qui peuvent reinfester la peau a la moindre interruption du traitement, voire meme dans l'intervalle separant les deux prises hebdomadaires. En consequence, les diminutions de l'intensite de l'infection aussi bien que les negativations sont moins importantes et plus rares qu'en mesoendemie. Les effets adverses importants lies ia l'absorption des premieres doses et meme des doses subsequentes en cas de prise irreguliere dissuadent probablement un certain nombre de sujets de poursuivre l'autotrai- tement. L'experience de Rolland et al. (2) de meme que celle de Loreal et al. (1) comportaient, outre les doses d'entretien de 50 mg par semaine, des cures annuelles de 2000 mg a doses progressives en 9 jours dont l'effet parasitologique n'est certainement pas n6gligeable. Cette posologie n'a pu etre appliquee ici pour les raisons qui ont ete dites. Enfin, il faut insister une fois de plus sur le fait que les comparaisons dans le temps et dans l'espace ne sont reellement possibles que pour une meme equipe travaillant selon les memes criteres. 2. Des facteurs d'ordre ethno-sociologique inter- viennent certainement pour expliquer les differences obtenues entre les groupes d'age, les sexes et les familles. Leur analyse precise semble indispensable 'a l'amelioration de l'efficacite de telles operations. 3. Les groupes d'age moyen, qui sont aussi les plus menaces par les complications oculaires de l'onchocercose, semblent les plus motives pour pour- suivre un autotraitement. On devrait peut-tre dore- navant limiter l'administration de diethylcarba- mazine 'a ces groupes. 4. Malgre de nombreux inconvenients, dont quelques-uns ont ete mis en evidence au cours de cette experience, la therapeutique collective par la diethylcarbamazine reste une possibilite 'a ne pas negliger pour plusieurs raisons: diminution des risques de complications oculaires liee 'a une dimi- nution meme partielle de la charge parasitaire cuta- nee; diminution du reservoir parasitaire humain et renforcement de la lutte antivectorielle; diminution des risques lies au traitement radical par la suramine pour les sujets prealablement traites par la diethyl- carbamazine. 5. Le cas echeant, certaines precautions devraient etre prises et certains points eclaircis avant toute phase operationnelle: a) preferer le schema therapeutique qui consiste 'a donner uniquement de faibles doses hebdomadaires 408 ESSAI DE TRAITEMENT COLLECTIF PAR LA DIETHYLCARBAMAZINE 409 (par exemple 25 mg par semaine le premier mois et 50 mg les semaines suivantes) a un traitement initial par doses progressives dont les effets adverses sont imprevisibles; b) etablir une liste exhaustive du type et de la frequence des effets adverses rencontres en therapeu- tique de masse et determiner les moyens de les combattre avec une precision qui permettrait, le cas echeant, a un personnel infirmier de maitriser la situation decrite au cours de ce travail; c) determiner avec precision, par des essais en double insu, l'aide que peuvent apporter des medica- ments comme les antihistaminiques, les corticoides ou les antagonistes des amines biogenes (methyser- gide, etc.); d) poursuivre les efforts de standardisation dans le domaine de la biopsie cutanee quantitative, afin de disposer d'un moyen precis d'evaluation des effets objectifs de la diethylcarbamazine en therapeutique communautaire. REMERCIEMENTS Les auteurs expriment leur gratitude aux habitants de Sanamba, qui ont bien voulu se pr8ter a cette evaluation, aux autorites maliennes, qui l'ont autorisee, a Anne Rougemont ainsi qu'aux stagiaires de l'U.E.R. de Medecine et de Sante tropicales de l'Universite d'Aix-Marseille II, aux etudiants de 1'Ecole nationale de Medecine du Mali, a Amara Siby et Conimba Coulibali, qui ont pr8te leur concours, et ils remercient les Laboratoires SPECIA, UPJOHN, ainsi que FRAYSSE et UCEPHA, qui ont fourni gracieusement les medicaments necessaires. SUMMARY A TRIAL OF LARGE-SCALE DIETHYLCARBAMAZINE TREATMENT IN A VILLAGE OF BAMAKO REGION (MALI) WHERE ONCHOCERCIASIS IS HYPERENDEMIC A trial of large-scale, collective self-medication with diethylcarbamazine was carried out in 1975 in the Bamako region, Mali, in a village where onchocerciasis is hyperendemic. All persons aged 10 years or over were treated, with the exception of subjects presenting any of the contraindications defined by WHO. Originally, it was intended to administer the drug in a gradually increasing daily dosage (from 50 to 400 mg, divided into 2 doses daily), followed by maintenance therapy with a weekly dose of 50 mg for the remainder of the year for all subjects (109 males and 95 females). However, the spectacular and frequent side-effects following the first 3 doses of 25 mg administered at 12-hourly intervals obliged the authors, after 36 hours, to abandon the progressive-dosage treatment. All the classical signs and symptoms usually experienced with the Mazzotti test were observed. About 20 subjects showed a severe toxic and allergic syndrome, which was treated with injections of corticoids. Three women who had attempted to con- tinue pounding millet were found lying semiconscious. Despite the severity of the initial reactions, the villagers agreed to continue weekly self-medication regularly for a year at a dose of 25 mg in the first week and 50 mg in each subsequent week; and it is thought that many of them did follow this schedule entirely or in part. In 1976, the first parasitological follow-up showed a slight decrease in the prevalence of the infection; from 97.3% to 82.6% in males and from 95.1% to 85.4% in females. At the same time, the intensity of the infection diminished appreciably: from 18.7 to 12.4 microfilariae in men and from 13.8 to 6.4 in women (geometric mean) The best results were seen in the hamlet where the medical team was established, in women, in the medium age groups, and in certain families. The advantages and disadvantages of administering diethylcarbamazine on a large scale, and the conditions of its application in a control programme based chiefly on entomological measures, are described. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1. LORfAL, E. Resultats apres 33 mois d'un traite- ment de masse par la DEC de quatre villages du foyer d'onchocercose de la r6gion de Bamako. In: Rapport final de la quatorzieme conference technique de l'OCCGE, Bobo-Dioulasso, ler au S avril 1974. 2. ROLLAND, A. & PROST, A. Analyse du traitement de masse par la DEC de quatre villages du foyer d'onchocercose de Loumana-Banfora (Haute-Volta) sous traitement larvicide antisimulidien depuis 1968. In: Rapport final de la quatorzieme conference tech- nique de l'OCCGE, Bobo-Dioulasso, lerau S avril 1974. 410 A. ROUGEMENT ET AL. 3. FUGLSANG, H. & ANDERSON, J. Collapse during treatment of onchocerciasis with diethylcarbamazine. Transactions ofthe Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, 68: 72-73 (1974). 4. OOMEN, A. P. Fatalities after treatment of onchocer- ciasis with diethylcarbamazine. Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, 63: 548 (1969). 5. PICQ, J. J. ET AL. 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Un essai de traitement collectif par la diéthylcarbamazine dans un village d'hyperendémie onchocerquienne de la région de Bamako (Mali)
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