Organisation mondiale de la santé (OMS) · Governing Bodies documents

Allocution prononcée par M. Maumoon Abdul Gayoom, président de la République des Maldives à la cinquante-huitième Assemblée mondiale de la Santé : Genève, lundi 16 mai 2005

Organisation mondiale de la santé
Voir le document original

Le texte intégral est hébergé par l’organisation qui le publie. lawenc.com indexe les métadonnées et renvoie vers la source officielle.

Texte intégral

ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE CINQUANTE-HUITIEME ASSEMBLEE MONDIALE DE LA SANTE Point 4 de l’ordre du jour A58/DIV/7 19 mai 2005

Allocution prononcée par M. Maumoon Abdul Gayoom, Président de la République des Maldives à la Cinquante-Huitième Assemblée mondiale de la Santé Genève, lundi 16 mai 2005

Mme Elena Salgado, Président de la Cinquante-Huitième Assemblée mondiale de la Santé, Monsieur le Docteur Lee Jong-wook, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, distingués délégués, Mesdames et Messieurs : Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter, Madame, de votre élection à la présidence de la Cinquante-Huitième Assemblée mondiale de la Santé et de vous souhaiter plein succès dans l’exercice de cette mission importante. Je tiens aussi à remercier le Dr Lee Jong-wook, Directeur général de l’OMS, de m’avoir invité à m’adresser à cette session de l’Assemblée mondiale de la Santé. C’est incontestablement un grand privilège auquel je suis extrêmement sensible. J’ai eu le plaisir de recevoir le Dr Lee à Malé l’année dernière. Son attachement à la cause de la santé dans le monde et sa détermination à atteindre les objectifs de l’OMS forcent l’admiration. Avant de continuer, j’aimerais relever que M. Bill Gates prendra la parole après moi. Si je ne me trompe pas, sa Fondation s’est engagée à verser pour plus de US $3,6 milliards de subventions en faveur de la santé dans le monde à des organisations du monde entier, dont l’OMS. Je ne doute pas exprimer vos sentiments à tous en adressant mes remerciements les plus sincères à M. Gates et à sa Fondation pour cette contribution importante à la cause de la santé dans le monde. Madame le Président, Mesdames et Messieurs les délégués : J’aimerais m’entretenir avec vous de questions qui intéressent profondément les Maldives, mon pays, mais aussi le reste du monde. Dans cette magnifique Salle des Assemblées, située au coeur de cette ville historique qu’est Genève, dans un site naturel d’une telle beauté, il nous est peut-être difficile d’imaginer l’énormité et l’ampleur des catastrophes naturelles et des problèmes écrasants auxquels sont confrontés des millions d’individus dans de nombreuses parties du monde.

A58/DIV/7

Imaginez une belle journée ensoleillée sur une petite île tropicale qui s’élève d’un mètre à peine au-dessus du niveau de la mer. Des enfants jouent sur les plages. Tous ceux qui sont valides ou presque sont sortis pêcher en mer ou sont au travail quelque part sur l’île. Tout à coup, sans que rien l’ait annoncé, la mer enfle et une vague d’environ quatre mètres de haut s’abat sur l’île tout entière. Quelques minutes plus tard, la mer se retire alors que le tsunami poursuit son chemin à travers l’Océan indien. L’instant d’après, des êtres chers ont disparu à jamais, l’île tout entière n’est que décombres et ses habitants sont en état de choc. C’est ce qui est arrivé aux Maldives le 26 décembre 2004. Un tiers de la population a été touché directement, beaucoup ont perdu leurs moyens de subsistance et 5 % environ ont dû être déplacés. Près de deux décennies de développement et quelque 62 % du PIB ont été balayés. Le taux de croissance de l’économie, qui devait se situer aux alentours de 7 %, atteint maintenant à peine 1 %. De nombreux gouvernements et organismes donateurs ont entrepris de réunir des sommes importantes pour nous aider dans nos efforts de relèvement et de reconstruction, et nous leur en sommes infiniment reconnaissants. Notre crainte est cependant que l’aide qui nous a été promise tarde trop à se matérialiser. Nous sommes aussi très préoccupés de constater que la communauté des donateurs a été très lente à se mobiliser pour la tâche essentielle qu’est la remise en état du réseau de distribution d’eau et d’égouts. Il est tout aussi urgent de nettoyer les débris, les décombres et les déchets qui se sont accumulés après le tsunami pour prévenir l’apparition de problèmes de santé publique. Toutefois, les fonds manquent aussi cruellement dans ce domaine et l’on constate que l’on a tardé à prendre conscience de la situation. Madame le Président : Au sujet des nombreux problèmes de santé publique qui se posent dans le monde, je pense avec horreur aux milliers de personnes qui meurent chaque jour en Afrique subsaharienne, toutes de maladies évitables. Par ailleurs, dans les villes polluées, des millions d’enfants succombent chaque année à des infections respiratoires aiguës. Partout dans le monde, des milliers d’individus meurent aussi du VIH/SIDA, de formes de tuberculose pharmacorésistante et d’autres maladies transmissibles. Sans doute l’humanité n’a-t-elle jamais été confrontée à un problème aussi grave que celui posé maintenant par l’épidémie de VIH/SIDA. Plus de 20 millions d’individus sont morts du SIDA dans le monde et l’on estime à 40 millions le nombre de ceux qui sont maintenant infectés par le virus. Madame le Président : Le monde d’aujourd’hui est devenu très petit. La mondialisation, la rapidité des transports aériens et les échanges commerciaux ont multiplié les possibilités de partenariats et d’intégration socio-économique, mais ils ont aussi créé des conditions propices à la propagation, en quelques jours à peine, de maladies infectieuses d’un bout à l’autre de la terre. Alors que des maladies transmissibles comme le paludisme, la tuberculose et le choléra continuent de poser de graves problèmes de santé publique dans de nombreux pays, l’apparition de nouveaux agents pathogènes suscite également de vives inquiétudes. Le SRAS a été la manifestation la plus récente et la plus importante de ces infections nouvelles, mais nous sommes également tous concernés par la grippe aviaire observée maintenant dans plusieurs 2

A58/DIV/7

pays d’Asie. L’agent pathogène a apparemment franchi la barrière d’espèces et fait plusieurs victimes chez l’homme. On pense qu’il pourrait se transformer en une nouvelle souche pandémique contre laquelle les populations humaines ne seraient pas ou peu immunisées. D’après la communauté scientifique, une telle pandémie pourrait faire plus de 100 millions de victimes. Alors que les pandémies risquent de tuer des millions d’individus partout dans le monde, il existe aussi des problèmes de santé bien localisés mais qui peuvent avoir un impact tout aussi, sinon plus, dévastateur sur les communautés qui y sont exposées. La thalassémie est aux Maldives un problème très important. Un habitant sur cinq en est porteur et un nouveau-né sur 120 est atteint de cette maladie génétique. Le seul traitement susceptible d’apporter la guérison est la greffe de moelle osseuse, qui ne peut être proposée aux Maldives et est d’un coût prohibitif à l’étranger. Si des mesures préventives ne sont pas prises pour réduire l’incidence de la thalassémie aux Maldives, des projections sérieuses montrent que, d’ici 50 ans, le coût des traitements pourrait absorber plus de 40 % des dépenses de santé par habitant. Madame le Président : Une coopération internationale serait essentielle pour faire face à la situation sanitaire mondiale qui a si profondément évolué et au tableau actuel des maladies transmissibles. La nécessité de développer les moyens dont nous disposons a conduit à la création du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, au titre duquel des milliards de dollars ont été alloués à l’amélioration de la santé. Toutefois, avec des systèmes de santé dont les équipements et les personnels sont insuffisants, rares sont les pays en développement qui sont en mesure de tirer pleinement parti des possibilités sans précédent qui leur sont ainsi offertes. Je suis certain que l’OMS peut jouer un rôle crucial pour surmonter cet obstacle et aider les pays à profiter de cette occasion de développer leur système de santé. Madame le Président : On parle beaucoup aujourd’hui du réchauffement de la planète mais l’on ne parle pas assez, loin s’en faut, des effets des changements climatiques sur la santé. Le programme Action 21, qui est le modèle du développement durable pour le XXIe siècle, a érigé en principe intangible la protection de la santé et mis en lumière le lien étroit qui existe entre la santé et l’environnement. Que l’on habite dans un petit village ou dans une grande ville, que l’on vive dans un taudis ou dans un château, que l’on travaille dans une ferme ou à l’usine, que l’on ait pour abris une hutte de boue dans un delta ou une maison au sommet d’une colline, l’état de l’environnement influe profondément sur notre santé. D’après les statistiques de l’OMS, plus de cinq millions d’enfants meurent chaque année de maladies et d’états pathologiques liés à l’environnement dans lequel ils vivent, étudient et jouent. Dans le monde en développement, les principales causes de mortalité chez l’enfant sont les infections respiratoires aiguës qui sont aggravées par la pollution de l’air, les cas de diarrhée liés à la contamination des aliments et de l’eau, et le paludisme. Ces décès, qui représentent une perte considérable pour l’humanité, pourraient je crois tous être prévenus.

3

A58/DIV/7

Madame le Président : Le changement climatique est la conséquence la plus universelle de la dégradation de l’environnement qui, déjà, affecte la santé de l’homme de diverses manières. Aujourd’hui, nous savons avec certitude que les activités humaines modifient le climat. Au terme de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992, les gouvernements sont tenus de procéder à des évaluations officielles des risques que les changements climatiques font peser sur la santé de leur population. Réaffirmons aujourd’hui notre engagement à nous acquitter de cette responsabilité essentielle. Madame le Président : Dans un pays comme les Maldives, l’environnement pose des problèmes sanitaires particuliers. Les îles de l’archipel sont petites, avec du sable poreux et de fines nappes d’eau potable. La population est dispersée sur 200 îles en communautés généralement très petites. Le coût des soins de santé est élevé, sans économie d’échelle. Mais, même ainsi, la situation sanitaire de la population s’est beaucoup améliorée au cours des deux dernières décennies, non seulement grâce à une baisse importante de la mortalité infantile, juvénile et maternelle et à l’allongement de la durée moyenne de vie, mais aussi à la stabilisation de la croissance démographique. Cela étant, l’eau, l’assainissement et la gestion des eaux requièrent encore notre attention de toute urgence. En fait, dans l’action que nous avons entreprise pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, les principaux défis qu’il nous faut relever sont liés à l’eau, à l’assainissement et à la nutrition. Non seulement l’environnement influe sur la morbidité, mais il menace aussi la survie même de la nation. La forme la plus grave de la dégradation de l’environnement est bien entendu le réchauffement qui pourrait finir par tuer les coraux qui sont la base de notre habitat. Si les coraux venaient à mourir, ce serait bien sûr pour nous la ruine sur le plan économique, mais la population se trouverait aussi privée de la source essentielle de nourriture que lui apportent les poissons. Une élévation de la température altérerait aussi le tableau épidémiologique en favorisant la multiplication des maladies d’origine vectorielle et l’émergence de formes plus virulentes de maladies tropicales. Et, peut-être pire encore, avec l’élévation du niveau des mers, les nappes aquifères et les sols pourraient être contaminés par une salinisation excessive. Le Groupe intergouvernemental sur les changements climatiques prévoit des augmentations sensibles de la température au cours des années et des décennies à venir. Il en résultera une élévation du niveau de la mer et une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Il y a de nombreuses années que cette menace, maintenant imminente, a été diagnostiquée et que le pronostic a été énoncé. Pour faire face aux maladies et aux pandémies qui nous menacent dans un monde devenu plus petit, il nous faut une vision globale susceptible de faire naître et d’entretenir l’action collective qui s’impose dans le monde et entre les différents secteurs. Les liens qui existent entre l’environnement et la santé montrent que, pour relever les défis dans ces deux domaines, il faut un partenariat mondial au sein duquel chacun sera une partie de la solution et non un problème. Madame le Président, Mesdames et Messieurs les délégués : Je suis fermement convaincu que l’humanité est comme le corps humain ; quand une partie du corps souffre, c’est l’individu tout entier qui est atteint. Plus que d’autres, ceux qui travaillent dans le 4

A58/DIV/7

secteur de la santé savent ce que cela signifie de voir un sourire éclairer à nouveau le visage d’un enfant et de ramener à la vie celui qui était sur le point de la perdre. Mais, au bout du compte, il vaut tout de même mieux prévenir que guérir. Que cela soit notre objectif lorsque nous nous attacherons à promouvoir la salubrité de l’environnement. Je vous remercie.

=

=

=

5

Informations clés
Type de document Governing Bodies documents
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé