Shigellosis: disease burden, epidemiology and case management Shigellosis continues to be a major public health problem and remains endemic in many developing countries. Among Shigella species, Shigella dysenteriae type 1 (Sd1) represents a particular threat because of the severity of disease it causes and its epidemic potential. Sd1 epidemics tend to occur at intervals of about a decade. Although few outbreaks have been reported during recent years, the 94
Shigellose: charge de morbidité, épidémiologie et prise en charge des cas La shigellose continue de poser un important problème de santé publique et elle reste endémique dans de nombreux pays en développement. De toutes les espèces de Shigella, Shigella dysenteriae type 1 (Sd1) est particulièrement menaçante en raison de la gravité de la maladie et de son potentiel épidémique. Les épidémies de Sd1 tendent à se déclarer à des intervalles d’une dizaine d’années. Bien que peu de flambées aient été signalées ces dernières années, le WEEKLY EPIDEMIOLOGICAL RECORD, NO. 11, 18 MARCH 2005
problem should not be considered solved. There is no reason to believe that new outbreaks will not occur in the future because the same conditions that prevailed during outbreaks in the past are still present, including overcrowding, poor sanitation, substandard hygiene and unsafe water supplies. No new preventive measures have been developed in the interim. Efforts to control shigellosis should include measures targeting behaviour, personal hygiene, sanitation and water supply in addition to proper case management of patients. Until now, fluoroquinolones such as ciprofloxacin and norfloxacin have been active against Shigella, but outbreaks with Sd1 strains resistant to these antibiotics have been documented recently. If past patterns hold true, new epidemics of shigellosis caused by Sd1 resistant to fluoroquinolones may be expected during the coming years, particularly in South Asia. Detection of past epidemics has often been delayed, and the antibiotic sensitivity profile of the strains was often ignored or its importance not appreciated. Improved epidemiological surveillance systems are needed to detect these epidemics, determine antibiotic sensitivity patterns and prepare for interventions. In this context, a workshop on shigellosis was jointly organized by: WHO; the International Centre for Diarrhoeal Disease Research, Bangladesh (ICDDR,B) Centre for Health and Population Research; the International Vaccine Institute, Republic of Korea; and the United States Agency for International Development at the ICDDR,B in Dhaka, Bangladesh, from 16 to 18 February 2004. Representatives from research laboratories as well as public health professionals from both developing and industrialized countries were present. The purpose of the workshop was: to review the burden of dysentery from different regions of the world; to review surveillance techniques for shigellosis; to prepare recommendations for controlling endemic and epidemic shigellosis (to revise WHO guidelines); to define research priorities that will lead to improve methods for shigellosis control. The emphasis of the workshop was on improved surveillance and on practical interventions for control.
problème ne doit pas être considéré comme résolu. Rien ne permet de penser que de nouvelles flambées ne se produiront pas à l’avenir car les conditions qui régnaient pendant les flambées antérieures restent réunies, et notamment le surpeuplement, les mauvaises conditions d’assainissement, le manque d’hygiène et l’insalubrité de l’eau. Aucune nouvelle mesure de prévention n’a été mise au point depuis. Les mesures de lutte contre la shigellose, outre une prise en charge des cas appropriée, devraient porter sur le comportement, l’hygiène personnelle, l’assainissement et l’approvisionnement en eau. A ce jour, les fluoroquinolones telles que la ciprofloxacine et la norfloxacine ont été actives contre Shigella, mais des flambées dues à des souches de Sd1 résistantes à ces antibiotiques ont été observées récemment. Si les anciens schémas se vérifient, on peut s’attendre ces prochaines années à de nouvelles épidémies de shigellose dues à la résistance de Sd1 aux fluoroquinolones, en particulier en Asie du sud. Dans le passé, les épidémies ont souvent été détectées tardivement et la sensibilité des souches aux antibiotiques a souvent été ignorée ou son importance méconnue. L’amélioration des systèmes de surveillance épidémiologique s’impose pour pouvoir détecter ces épidémies, définir le profil de sensibilité aux antibiotiques et préparer les interventions. C’est dans ce contexte qu’un atelier sur la shigellose a été organisé conjointement par l’OMS, l’ICDDR,B (Centre international de recherche sur les maladies diarrhéiques au Bangladesh), le Centre for Health and Population Research, à l’Institut international des vaccins en Corée, et l’Agency for International Development des Etats-Unis, à l’ICDDR,B, à Dhaka (Bangladesh) du 16 au 18 février 2004. Les représentants de laboratoires de recherche et des professionnels de la santé publique de pays en développement et de pays industrialisés étaient présents. Les objectifs de cet atelier étaient les suivants: Examiner la charge de morbidité liée à la dysenterie dans différentes régions du monde; Examiner les techniques de surveillance de la shigellose; Formuler des recommandations pour la lutte contre la shigellose endémique et épidémique (révision des directives OMS); Définir les priorités de la recherche pour améliorer les méthodes de lutte contre la shigellose. L’atelier a mis l’accent sur l’amélioration de la surveillance et sur les interventions de lutte pratiques.
Burden of disease The burden of shigellosis in Asia was estimated from a review of published studies that were initiated in Asian countries after 1990. Total morbidity and mortality attributable to Shigella were estimated through extrapolations. Overall, shigellosis remains a common disease in the continent. The annual number of Shigella episodes and deaths in Asia was estimated to be 91 million and 414 000 respectively. S. flexneri is the commonest serotype, followed by S. sonnei. Resistance to commonly used antibiotics is frequent, and is alarming in the case of Sd1. Another review aimed to estimate the burden of shigellosis and the evolution of antimicrobial drug resistance of Sd1 over the past 10 years in sub-Saharan Africa. The analysis did not reveal any trends over time towards a reduction of shigellosis burden in the continent. A first wave of outbreaks erupted in the Great Lakes region in 1993–1994. The first reported Sd1 epidemic in West Africa occurred in RELEVE EPIDEMIOLOGIQUE HEBDOMADAIRE, No 11, 18 MARS 2005
Charge de morbidité La charge de morbidité en Asie a été évaluée sur la base d’études effectuées dans des pays d’Asie après 1990, et publiées dans la littérature. La morbidité et la mortalité totales imputables à Shigella ont été évaluées par extrapolation. D’une manière générale, la shigellose reste une maladie courante sur le continent. On estime à 91 millions et 414 000 respectivement le nombre annuel des épisodes de Shigella et des décès dus à cette maladie en Asie. Le sérotype le plus répandu est S. flexneri, suivi de S. sonnei. La résistance aux antibiotiques couramment utilisés est fréquente, et elle est alarmante dans le cas de Sd1. Un autre examen a été effectué pour évaluer la charge de morbidité liée à la shigellose et l’évolution de l’antibiorésistance de Sd1 ces dix dernières années en Afrique subsaharienne. Aucune tendance à la baisse de la charge de morbidité liée à la shigellose n’a été observée sur le continent. Une première vague de flambées a touché la région des Grands Lacs en 1993-1994. La première épidémie de Sd1 signalée en Afrique occidentale s’est déclarée à Abidjan (Côte d’Ivoire) en 95
Abidjan (Côte d’Ivoire) in 1998. The western African region was further affected by numerous outbreaks in 1999 and 2000. Surveillance data collected from 11 countries reported a median incidence rate of bloody diarrhoea of 10.2/1000 population/year. The number of cases of bloody diarrhoea seen in health facilities in Africa can be estimated to reach more than 8 million per year. Resistance of Sd1 to nalidixic acid is more common in countries of the Great Lakes region than in southern and western Africa. However, the clinical efficacy of nalidixic acid has been questioned for many years, even against sensitive strains of Sd1, and experiences from Asia and from the Great Lakes region demonstrate that Sd1 develops resistance within a few years of intense use of this drug, as was the case with previous antimicrobials used to treat shigellosis. Poor effectiveness of nalidixic acid should therefore be expected in future outbreaks on the African continent. More sensitive diagnostic tools and better epidemiological surveillance systems would reduce the delay in detection of outbreaks. Laboratory capacities should be reinforced to better monitor the antimicrobial sensitivity pattern of Sd1 during and between epidemic periods.
1998. La région de l’Afrique occidentale a encore connu de nombreuses flambées en 1999 et 2000. Les données de la surveillance recueillies dans 11 pays ont fait apparaître un taux d’incidence médian de diarrhée sanglante de 10,2/1000 habitants/an. On peut estimer à plus de 8 millions le nombre annuel des cas de diarrhée sanglante observés dans les services de santé en Afrique. La résistance de Sd1 à l’acide nalidixique est plus courante dans les pays de la région des Grands Lacs qu’en Afrique australe et occidentale. L’efficacité clinique de l’acide nalidixique, même contre les souches sensibles de Sd1, est toutefois mise en cause depuis de nombreuses années, et l’expérience acquise en Asie et dans la région des Grands Lacs montre que la souche Sd1 devient résistante après quelques années d’utilisation intensive de ce médicament, comme ce fut le cas des antimicrobiens précédemment utilisés contre la shigellose. Il faut donc s’attendre à une faible efficacité de l’acide nalidixique lors des futures flambées sur le continent africain. Des instruments diagnostiques plus sensibles et des systèmes de surveillance épidémiologiques améliorés accéléreraient la détection des flambées. Les capacités de laboratoire devront être renforcées pour mieux suivre le profil de sensibilité de Sd1 aux antimicrobiens pendant et entre les épidémies.
Update on epidemiology and transmission of shigellosis Since 1980, the ICDDR,B has maintained a systematic surveillance system for diarrhoeal diseases among hospitalized patients in Dhaka. Shigellae have been isolated from about 10% of patients during this time, with S. flexneri being the most common species. Overall, shigellosis tends to occur more frequently before and after the rainy season, and the Shigella peak season seems to follow the cholera season by a few weeks. Rates of infections with Sd1 appear to follow a 10-year cycle; with each new cycle, the epidemic strain seems to acquire resistance to the antibiotics that were commonly used for treatment. Thus, nearly all strains of Sd1 are now resistant to nalidixic acid and to commonly used antibiotics. Recently, outbreaks of dysentery caused by Sd1 resistant to ciprofloxacin and the other newer quinolones have been observed in Bangladesh, India and Nepal. It is possible that these outbreaks herald the onset of a new epidemic of shigellosis caused by strains resistant to ciprofloxacin. New findings from environmental studies demonstrate that Shigellae can be found in environmental water samples, including at times when no cases of S. dysenteriae were being isolated from patients. Transmission of Shigella is typically from person to person. Several investigations have demonstrated that transmission of the disease increases with poor hand hygiene, contaminated drinking-water, inadequate sanitation and poor toileting behaviours. Indeed, poor toileting practices may lead to contamination of hands and subsequently of stored drinking-water and food. However, epidemiological investigations suggest that intrafamilial transmission accounts for only a minority of dysentery cases. Interventions to prevent transmission of Shigella include improving hand hygiene, ensuring drinkingwater quality with point-of-use water disinfection and safe water storage, improving sanitation conditions, altering toileting practices to minimize contact between hands and stool, and fly control where appropriate. Numerous studies have documented that the use of soap and water to wash hands results in a significant reduc96
Le point sur l’épidémiologie et la transmission de la shigellose Depuis 1980, le Centre international de recherche sur les maladies diarrhéiques au Bangladesh assure la surveillance systématique des maladies diarrhéiques chez les malades hospitalisés à Dhaka. Les shigelles ont été isolées chez environ 10% des malades pendant cette période, S. flexneri étant l’espèce la plus courante. La shigellose est généralement plus fréquente avant et après la saison pluvieuse, et le pic de Shigella semble se situer quelques semaines après la saison du choléra. Les taux d’infection par Sd1 semblent suivre un cycle décennal; à chaque nouveau cycle, la souche semble acquérir une résistance aux antibiotiques qui étaient couramment utilisés. Ainsi, presque toutes les souches de Sd1 sont désormais résistantes à l’acide nalidixique et aux antibiotiques courants. Des flambées de dysenterie due à Sd1 résistante à la ciprofloxacine et aux autres quinolones plus récentes ont été observées récemment au Bangladesh, en Inde et au Népal. Ces flambées pourraient annoncer le début d’une nouvelle épidémie de shigellose due à des souches résistantes à la ciprofloxacine. Les résultats d’études environnementales récentes démontrent que Shigella peut être présente dans de l’eau prélevée dans l’environnement, alors que S. dysenteriae n’est pas isolée chez des malades. La transmission de Shigella est généralement interpersonnelle. Plusieurs études ont montré que les mains sales, l’eau de boisson contaminée, les mauvaises conditions d’assainissement et une hygiène inadéquate aux toilettes favorisent la transmission de cette maladie. Une hygiène inadéquate aux toilettes peut en effet conduire à la contamination des mains puis à celle des réserves d’eau de boisson et d’aliments. Les enquêtes épidémiologiques indiquent toutefois que la transmission intrafamiliale ne représente qu’une minorité des cas de dysenterie. Les interventions destinées à prévenir la transmission de Shigella sont les suivantes: meilleure hygiène des mains, assurance de la qualité de l’eau de boisson, y compris la désinfection de l’eau avant utilisation et le stockage de l’eau dans de bonnes conditions, amélioration des conditions d’assainissement, modification des pratiques d’hygiène aux toilettes pour réduire au maximum le contact entre les mains et les selles, et élimination des mouches le cas échéant. De nombreuses études ont établi que l’utilisation d’eau et de savon pour se laver les mains s’accompaWEEKLY EPIDEMIOLOGICAL RECORD, NO. 11, 18 MARCH 2005
tion of diarrhoeal risk. Chemoprophylaxis of contacts of cases is strongly discouraged. Although the need for a Shigella vaccine is urgent, progress to date has been hampered by the antigenic complexity of Shigella species, the lack of cross-protective epitopes among the different species and a lack of the understanding of the protective immune response. Several approaches have been used, the most advanced being the use of live, attenuated Shigella strains. Several candidates are based on S. flexneri 2a, and one is based on S. sonnei. Volunteer studies have shown that the vaccine candidates SC602 and CVD1203 against S. flexneri 2a and WRSS1 against S sonnei were immunogenic and protective when challenged with the homologous strain. Unfortunately, higher immunogenic doses were associated with severe adverse events, and further evaluation of these vaccine candidates is warranted. Another approach has been to include live carrier strains, such as Escherichia coli, to deliver the Shigella lipopolysaccharide O antigen. Initial clinical trial evaluation has shown that these strains are immunogenic. A variation of this approach is to deliver a mixture of Shigella strains. Conjugate vaccines have been developed and evaluated in phase I and II volunteer studies. Three vaccine candidates have demonstrated immunogenicity and efficacy in adults. Thus, although there is much progress, the challenges remain the same: which strains should be included in a vaccine candidate for global use? What are the attenuating mutations needed in the live strains? What are the protective immunological mechanisms and the correlates of protection? Furthermore, the vaccine candidates need to be evaluated in clinical trials in children in endemic regions.
gnait d’une réduction sensible du risque de diarrhée. La chimioprophylaxie pour les contacts des cas est fortement déconseillée. Malgré le besoin urgent d’un vaccin contre Shigella, les progrès à ce jour ont été entravés par la complexité antigénique des espèces de Shigella, l’absence d’épitopes permettant une protection croisée entre les différentes espèces et une connaissance insuffisante de la réponse immunitaire protectrice. Plusieurs méthodes ont été utilisées, la plus avancée étant l’utilisation de souches vivantes, atténuées, de Shigella. Plusieurs vaccins potentiels reposent sur S. flexneri 2a, et un sur S. sonnei. Des études avec des volontaires ont montré que les vaccins potentiels SC602 et CVD1203 contre S.flexneri 2a et WRSS1 contre S. sonnei conféraient immunité et protection en présence de la souche homologue. Des doses immunogènes supérieures sont malheureusement associées à de graves réactions indésirables, et une nouvelle évaluation de ces vaccins potentiels s’impose. Une autre méthode utilisée a consisté à inclure des souches porteuses vivantes, comme Escherichia coli, pour véhiculer l’antigène O lipopolysaccharidique de Shigella. Les premiers essais cliniques ont montré que ces souches étaient immunogènes. Une variante de cette méthode consiste à administrer un mélange de souches de Shigella. Des vaccins conjugués ont été mis au point et évalués dans des études de phases I et II chez des volontaires. Trois vaccins potentiels ont montré leur immunogénicité et leur efficacité chez l’adulte. Bien que des progrès importants aient été accomplis, les problèmes restent les mêmes: quelles souches faut-il inclure dans un vaccin potentiel destiné à être utilisé à l’échelle mondiale? Quelles sont les mutations qui permettent d’atténuer les souches vivantes? Quels sont les mécanismes immunologiques de la protection et quels sont les facteurs qui déterminent la protection? Les vaccins potentiels doivent en outre être soumis à des essais cliniques chez les enfants des régions d’endémie.
Surveillance techniques for shigellosis Historically, nonmotile, anaerogenic, auxotrophic bacteria resembling E. coli and associated with dysentery were grouped in the genus Shigella. So-called species (S. boydii, S. dysenteriae, S. flexneri and S. sonnei) cannot be easily identified by biochemical properties only. Definite identification requires serotyping. There are 15 serotypes in S. dysenteriae, 6 serotypes in S. flexneri, 18 serotypes in S. boydii and 1 serotype in S. sonnei. Subserotypes have been described, and non-agglutinable Shigella strains are increasingly isolated. Molecular taxonomy (based on DNA hybridization) and multiple gene sequence data indicate that all Shigella “species” and serotypes (except S. boydii serotype 13) constitute a single genomic species with E. coli. Shigella should be considered as special E. coli clones that are nonmotile, anaerogenic, auxotrophic, carrying invasive plasmid and strictly adapted to humans. The methods for processing of stool, environmental and food specimens for the detection of Shigella differ because of different bacterial loads and the presence of different types of competitive organisms. Ideally, bacteriological analysis of patient specimens should be performed within 2–4 hours of sample collection. If specimens need to be stored they should be placed at 4 oC in transport media (buffered glycerol in saline or Cary-Blair). Enrichment is not usually required for stool specimens, although enrichment of food and environmental samples may be necessary given the low numbers of viable organisms present. RELEVE EPIDEMIOLOGIQUE HEBDOMADAIRE, No 11, 18 MARS 2005
Techniques de surveillance de la shigellose Les bactéries non mobiles, anaérogènes et auxotrophes ressemblant à E. coli et associées à la dysenterie ont toujours été regroupées sous le genre Shigella. Les dites «espèces» (S. boydii, S. dysenteriae, S. flexneri et S. sonnei) sont difficilement identifiables par leurs seules propriétés biochimiques. Une identification formelle nécessite un sérotypage. Il existe 15 sérotypes de S. dysenteriae, 6 sérotypes de S. flexneri, 18 sérotypes de S. boydii et 1 sérotype de S. sonnei. Des sous-sérotypes ont été décrits et des souches non agglutinables de Shigella sont de plus en plus souvent isolées. Les données de la taxonomie moléculaire (basées sur l’hybridation de l’ADN) et du séquençage de gènes multiples indiquent que toutes les «espèces» et tous les sérotypes de Shigella (excepté le sérotype 13 de S. boydii) constituent, avec E. coli, une même espèce génomique. Les shigelles pourraient être considérées comme des clones particuliers de E. coli qui sont non mobiles, anaérogènes, auxotrophes, porteurs de plasmides invasifs et strictement adaptés à l’être humain. Les méthodes de traitement des échantillons de selles et des échantillons environnementaux et alimentaires pour la détection de Shigella diffèrent en raison des charges bactériennes différentes et de la présence de différents types de microorganismes concurrents. L’analyse bactériologique des prélèvements humains devrait de préférence être effectuée dans les 2-4 heures suivant leur recueil. Si des échantillons doivent être conservés, ils seront placés dans un milieu de transport à 4 oC (glycérol tamponné en soluté salin ou milieu de Cary-Blair). L’enrichissement, en général, n’est pas indispensable pour les échantillons de selles mais il peut être nécessaire d’enrichir les échantillons alimentaires ou environnementaux compte tenu du faible nombre de microorganismes viables présents. 97
Pathophysiology and clinical management of shigellosis The use of antimicrobials in shigellosis alleviates the dysenteric syndrome, fever and abdominal cramps, reduces the duration of pathogen excretion, interrupts disease transmission and reduces the risk of potential complications. However, empiric antimicrobial therapy requires knowledge of the antimicrobial resistance pattern of Shigella strains circulating locally. Trends in antimicrobial resistance were reviewed from the literature and using data from stool or rectal swab cultures from hospital patients and outpatients in Dhaka (1970–2003), as well as from community-based surveillance in an urban slum of Dhaka city (2002–2003). The choice of antimicrobials in treating shigellosis has become limited. Tetracycline, ampicillin, co-trimoxazole and nalidixic acid are no longer effective in many countries, especially in patients infected with Sd1. The workshop recommended that nalidixic acid should no longer be used for the management of Shigella infection and that ciprofloxacin should become the first-line treatment for shigellosis. Complications of shigellosis are multiple. They include: stress ulcer; necrotizing enterocolitis; rectal prolapse, reactive arthritis and, less commonly, Reiter’s syndrome and polyarthritis. The more severe, often life-threatening, complications of shigellosis include hyponatraemia, hypoglycaemia, bacteraemia and septicaemia, leukemoid reaction, haemolysis, and acute renal failure including haemolytic–uraemic syndrome, intestinal obstruction/ toxic megacolon, various types of central nervous system disorders, and negative acute and long-term nutritional impact. Rare complications include: urinary tract infections and prostatitis; intestinal perforation, appendicitis and splenic abscesses; in-utero fetal transmission; rhabdomyolysis, joint infections and osteomyelitis; pneumonia; as well as cardiac (myocarditis, bradycardia, atrioventricular block), ocular (conjunctivitis, corneal ulcer, uveitis, etc.), hepatic (cholestasis, hepatic failure), cutaneous (purpura, urticaria, etc.) and nervous system complications (central speech disorder, peripheral neuropathy, Guillain–Barré syndrome, etc.).
Physiopathologie et prise en charge clinique de la shigellose L’administration d’antimicrobiens contre la shigellose atténue le syndrome dysentérique, la fièvre et les douleurs abdominales, réduit la durée de l’excrétion d’agents pathogènes, interrompt la transmission de la maladie et réduit le risque de complications potentielles. Toutefois, avant l’antibiothérapie empirique, il est indispensable de connaître le profil de l’antibiorésistance des souches locales de Shigella. Les tendances de l’antibiorésistance ont été étudiées dans la littérature et d’après les données des cultures de selles ou de prélèvements rectaux provenant de malades hospitalisés ou ambulatoires de Dhaka (1970-2003), et les données de la surveillance en communauté dans un taudis urbain à Dhaka (20022003). Le choix des antimicrobiens pour le traitement de la shigellose est devenu limité. La tétracycline, l’ampicilline, le cotrimoxazole et l’acide nalidixique ne sont plus efficaces dans de nombreux pays, en particulier chez les malades infectés par Sd1. Les participants à l’atelier ont recommandé que l’acide nalidixique ne soit plus utilisé pour la prise en charge de l’infection par Shigella et que la ciprofloxacine devienne le traitement de première intention de la shigellose. Les complications de la shigellose sont multiples: ulcère de stress; entérocolite nécrosante; prolapsus rectal, arthrite réactive et, plus rarement, syndrome de Reiter et polyarthrite. Les complications plus graves, souvent mortelles, de la shigellose sont notamment les suivantes: hyponatrémie; hypoglycémie, bactériémie et septicémie, réaction leucémoïde, hémolyse et insuffisance rénale aiguë, y compris le syndrome hémolytique-urémique, occlusion intestinale/mégacôlon toxique, troubles divers du système nerveux central, et impact nutritionnel aigu et à long terme négatif.
Les complications rares sont notamment les suivantes: infections urinaires et prostatite; perforation intestinale, appendicite et abcès de la rate; transmission fœtale intrautérine; rhabdomyolyse, infections des articulations et ostéomyélite; pneumonie; ainsi que des complications cardiaques (myocardite, bradycardie, bloc AV), oculaires (conjonctivite, ulcère de la cornée, uvéite, etc.), hépatiques (cholestase, insuffisance hépatique), cutanées (purpura, urticaire, etc.) et nerveuses (troubles centraux de la parole, neuropathie périphérique, syndrome de Guillain-Barré, etc.).
Conclusions The review of the situation with regard to shigellosis led to revision of the WHO guidelines for the control of dysentery. The main modifications brought to these guidelines concerned: the development of guidelines for the control of dysentery in general, rather than focused on Sd1 outbreaks only; the need to put more emphasis on interventions targeting hand-washing practices, among other prevention methods; the need to change antibiotics recommended for the treatment of cases of shigellosis. Nalidixic acid should no longer be recommended. Fluoroquinolones should be used as the first-line treatment for all patients suffering from shigellosis. Patients should also receive zinc supplementation.1 1
Conclusions L’examen de la situation concernant la shigellose a amené l’OMS à réviser ses directives en matière de lutte contre la dysenterie. Les principales modifications apportées concernaient: L’élaboration de directives relatives à la lutte contre la dysenterie en général de préférence à des directives axées uniquement sur les flambées de Sd1. La nécessité de mettre davantage l’accent sur les interventions visant à encourager les gens à se laver les mains, entre autres méthodes de prévention. La nécessité de modifier les antibiotiques recommandés pour le traitement des cas de shigellose. L’acide nalidixique ne devrait plus être recommandé. Les fluoroquinolones devraient être le traitement de première intention pour tous les malades atteints de shigellose. Une supplémentation en zinc devrait également leur être administrée.1 1
See No. 39, 2004, pp. 355–356.
Voir No 39, 2004, pp.355-356.
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WEEKLY EPIDEMIOLOGICAL RECORD, NO. 11, 18 MARCH 2005
Revision of the guidelines is in process and a revised version shall be available in the near future. In addition, a number of research topics to be addressed, in order of priority, were listed: research to improve interventions dedicated to handwashing practices; research on surveillance and risk factors for outbreaks; in the domain of case management, research on antimicrobials should be the priority. This ranges from developing new drugs, adapting treatment regimens and developing combination therapy to new packaging and presentation; the role of non-antimicrobial agents (antibacterial peptides), diet and vitamin A should also be further studied; the development of reliable rapid diagnostic assays and of good enrichment medium should urgently be addressed for improving diagnosis and surveillance; research on Shigella in the environment should also be conducted. Development and validation of methods to transport DNA versus intact strains is also needed in view of the difficulties in transporting bacterial strains. Ⅲ
La révision des directives est en cours et le texte sera disponible sous peu. Une liste de sujets de recherche a été établie, par ordre de priorité: Recherches destinées à améliorer les interventions visant à encourager les gens à se laver les mains. Recherches sur la surveillance et les facteurs de risque de flambées. Dans le domaine de la prise en charge des cas, la priorité devrait être accordée aux recherches sur les antimicrobiens, à la mise au point de nouveaux médicaments, à l’adaptation des schémas thérapeutiques et à l’élaboration de traitements associés, et à de nouveaux conditionnements et de nouvelles présentations. Le rôle d’agents autres que des antimicrobiens (peptides antimicrobiens), de l’alimentation et de la vitamine A doit également être approfondi. Des tests diagnostiques rapides et fiables et un bon milieu d’enrichissement doivent être mis au point d’urgence pour améliorer le diagnostic et la surveillance ; des recherches sur Shigella dans l’environnement doivent aussi être effectuées. La mise au point et la validation de méthodes de transport de l’ADN plutôt que des souches entières sont également nécessaires compte tenu des difficultés que pose le transport des souches de bactéries. Ⅲ