La circoncision féminine Hamid Rushwan Professeur d'obstétrique et de gynécologie, Université de Khartoum, Soudan, détachée par le FNUAP au Bureau régional OMS de la Méditerranée orientale
a circoncision féminine est l'une des traditions les plus nuisibles encore pratiquée dans un grand nombre de régions du monde en développement. Cette coutume consiste à exciser une partie, voire la majorité, de l'appareil génital féminin externe, en accompagnant l'opération par une cérémonie, généralement avant l'âge de la puberté. Le terme de «mutilation génitale» est de plus en plus utilisé pour essayer de décrire les conséOn estime aujourd'hui, dans le monde. à 84 millions le nombre de jeunes filles et de femmes ayant subi une forme ou l'autre de circoncision féminine. «Women in the World: an International Atlas)). Simon and Schuster. New York 1986.
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consiste à exciser la pointe du clitoris, voire le clitoris tout entier, ainsi qu'une partie ou l'ensemble des tissus adjacents (petites lèvres). Le type 3 est l'infibulation ou «circoncision pharaonique» et consiste à exciser, non seulement le clitoris et les petites lèvres, mais aussi les grandes lèvres. Les bords à vif sont alors cousus ensemble, ne laissant qu'une mince ouverture pour l'urine et les menstruations. Le type 4, rarement pratiqué, est appelé introcision et consiste à élargir l'ouverture vaginale en coupant le périnée.
Conséquences médicales Bon nombre de conséquences médicales, immédiates et à long terme, résultent de cette pratique. Le saignement est inévitable étant donné le dommage causé aux vaisseaux sanguins. Le choc, inévitable lui aussi, est causé à la fois par la perte de sang et la douleur -puisque l'opération est pratiquée sans anesthésie - varie selon les cas et peut parfois entraîner la mort. L'infection est une complication courante par suite du manque d'hygiène pendant l'opération. Le tétanos et la septicémie (empoisonnement du sang) surviennent également et peuvent être mortels. La rétention d'urine est presque inévitable chez toutes les jeunes filles dans les jours qui suivent l'intervention. A cause de la douleur, de la peur et du gonflement des tissus, elles sont incapables d'uriner, provoquant ainsi des souffrances supplémentaires et une éventuelle infection de l'appareil urinaire. Des lésions des autres tissus entourant l'appareil génital, y compris le canal urinaire, le vagin, le périnée ou le rectum sont probables. Les complications à long terme peuvent entraîner des souffrances qui dureront des années. Le durcissement des cicatrices (chéloïdes) peut causer des problèmes au moment du premier rapport sexuel ou de l'accouchement. La peau cousue dans la plaie de la circoncision peut former des kystes atteignant parfois des proportions énormes nécessitant alors une opération chirurgicale, ou alors, ils s'infectent et provoquent des abcès. On voit souvent apparaître des problèmes de menstruations, y compris la rétention du flux
quences tragiques des formes les plus cruelles de la circoncision féminine. Récemment, l'intérêt pour ce sujet a été très vif dans les pays où cette pratique est courante. Le but des discussions sur ce sujet épineux est d'attirer l'attention des gens sur les effets nocifs qu'elle a sur la santé des femmes et des enfants. Il est également important de souligner qu'il s'agit d'un problème important de santé publique dont la gestion représente une tâche énorme pour les services de santé déjà submergés de ces pays. La circoncision féminine est habituellement pratiquée sur les petites filles à l'âge de sept ou huit ans, tandis que certaines tribus africaines la pratiquent sur des nourrissons et d'autres sur des jeunes femmes. Elle est généralement effectuée par des accoucheuses traditionnelles, des sages-femmes ou une femme âgée du village ayant de l' expérience (ce qui ne signifie pas une formation médicale). Elles n'ont donc pas de connaissances chirurgicales et opèrent dans des conditions peu hygiéniques, au moyen d'un couteau non stérilisé ou d'une pierre aiguisée, et sans anesthésie. Il existe quatre types d'opérations de gravité croissante. Le type 1 est analogue à la circoncision mâle et consiste à circoncir le prépuce clitoridien; c'est l'opération la ·01oins grave. Le type 2 24
«Il y a longtemps, ma soeur est morte des suites d'une circoncision. Elle ne pouvait plus uriner et personne ne l'a emmenée chf?z un médecin. Une de mes filles, circoncise à la manière pharaonique, a eu les mêmes symptômes, accompagnés de fièvre. Le médecin a procédé à une «dé-circoncision». Une femme mariée de 47 ans, illettrée. «On a pratiqué sur moi la circoncision pharaonique. Ma fille, âgée de 17 ans, ne l'a pas subie. Je lui ai dit qu'elle ne me devait pas de reconnaissance dans la vie, si ce n'est pour lui avoir évité la circoncision.» Une femme mariée; aucune mention de l'âge. «Ma mère, mes soeurs et ma femme ont toutes été circoncises à la manière pharaonique. Mes filles le seront aussi. Cela n'a rien à voir avec l'Islam mais parfois, ce sont les sociétés qui gouvernent la vie des gens.» Un homme marié de 33 ans, instituteur.
menstruel, car l'ouverture laissée après la circoncision est trop petite pour permettre un écoulement normal. Cet écoulement insuffisant est par ailleurs responsable de l'accumulation, dans le vagin, de dépôts menstruels et urinaires qui forment des «pierres» provoquant à leur tour des déchirures (fistules) dans le tissu séparant le vagin de l'appareil urinaire et de l'intestin; l'urine et les selles peuvent s'écouler par ces fistules, ce qui engendre une série de problèmes sociaux pour la femme. Les fistules sont aussi le résultat d'un passage vaginal presque fermé au moment de la circoncision et empêchant le travail normal de l'accouchement de se faire. L'infécondité n'est pas rare, compte tenu de la pénétration très difficile au moment des rapports sexuels ou alors des inflammations pelviennes provoquées par les infections chroniques. Les problèmes sexuels sont courants chez les femmes circoncises, surtout au début du mariage et au détriment des relations conjugales. Enfin, on a souvent constaté des problèmes psychologiques, notamment l'angoisse, la dépression, les névroses et les psychoses. SANTe DU MONDE.
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La circonc1s1on féminine a des origines très lointaines et elle a été pratiquée dans un grand nombre d'endroits à travers le monde. De nos jours, elle persiste dans de vastes régions d'Afrique au sein d'une grande variété de tribus. Elle est courante de la côte est à la côte ouest de l'Afrique, de l'Ethiopie au Sénégal et, du nord au sud, de l'Egypte à la Tanzanie. L'excision est également pratiquée dans le sud de la péninsule arabe, le long du golfe. Certaines formes moins graves de circoncision féminine sont encore pratiquées en Ma.laisie et en Indonésie. Certains Africains et immigrants du Moyen-Orient en Europe et aux EtatsUnis continuent à pratiquer la circoncision sur leurs filles, même dans leurs pays d'accueil. Dans certains cas, les parents ont été poursuivis en justice par les autorités de ces pays, particulièrement lorsque l'enfant est morte des suites de complications. Comment la circonclsion féminine a-t-elle pu devenir une coutume tellement ancrée dans les traditions de ceux qui la pratiquent? Ses défenseurs ont beaucoup de mal à donner des explications valables. L'une des raisons les plus fréquemment invoquées est que la foi islamique l'exige. Les théologiens islamiques ont déclaré que c'était faux; qui plus est, cette coutume est rarement pratiquée dans le pays qui est le berceau de la religion musulmane, l'Arabie saoudite, de même que dans les pays musulmans voisins. Or, certains pays continuent à invoquer cet argument erroné. Plus de 50 pour cent des hommes interrogés lors d'un sondage réalisé au Soudan, en 1983, ont répondu que la circoncision féminine était requise par la religion musulmane. Cette fausse croyance a une importance primordiale lorsqu'il s'agit d'établir des stratégies pour abolir cette pratique. Lors du même sondage soudanais, 41 pour cent des femmes interrogées ont déclaré qu'il s'agissait d'une tradition valable puisqu'elle encourageait la propreté, accroissait les chances de mariage des jeunes filles, augmentait la fecondité, protégeait la virginité et évitait l'immoralité.
problèmes de santé et de société qui en résultent. Le système officiel d'éducation est également un moyen primordial de révéler les dangers de la circoncision féminine. Les agents de santé, à tous les échelons du système, joueront un rôle vital pour amener l'éducation à toutes les couches de population. Il faudra surtout éduquer les sages-femmes et les accoucheuses traditionnelles sur les dangers de cette pratique et leur participation à la campagne sera de la plus haute importance puisque ce sont elles qui réalisent «l'opération». L'une des En 1976 déjà, le Directeur général de l'OMS, à cette époque le 0' Halfdan Mahler, attirait l'attention de l'Assemblée mondiale de la · Santé sur la nécessité de «combattre les tabous, les superstitions et les pratiques qui peuvent nuire à la santé des femmes et des enfants, tels que la circoncision féminine et l'infibulation.}> Ultérieurement. le Bureau régional de la Méditerranée orientale a exhorté les Etats Membres à adopter des politiques nationales visant à abolir la circoncision féminine et à démontrer aux accoucheuses et autres guérisseurs traditionnels les effets nocifs de cette habitude.
Une jeune fille à l'âge de la puberté au Soudan. La circoncision féminine est une coutume traditionnelle néfaste encore très répandue dans de nombreux pays.
Abolition de la coutume La circoncision féminine est une coutume traditionnelle nuisible qui devrait être considérée comme un problème de santé publique dans les pays où elle est pratiquée. De nombreux secteurs de la société devront se concerter et unir leurs efforts pour l'abolir, étant donné que les traditions s'éliminent difficilement. L'éducation du public est la première étape de la campagne et il faut utiliser tous les médias pqur souligner tous les SANTF DU MONDr.
difficultés est que leur survie financière dépend généralement de ces opérations. Obtenir leur appui pendant la campagne contre la circoncision marquerait une étape primordiale. Le rôle des chefs religieux est également extrêmement important pour affirmer de nouveau que la circoncision féminine n'est pas exigée par la religion islamique. Les groupes de femmes devraient aussi participer à cette campagne puisque de nombreuses sociétés considèrent cette coutume comme un problème intéressant les femmes. Par le passé, certaines lois ont été adoptées pour punir ceux qui pratiquaient l'excision, mais elles n'ont pas réussi à l'éliminer. Il est essentiel que les communautés où elle est pratiquée étudient sérieusement le problème et établissent, en conséquence, une stratégie pour le régler, dans le contexte de la situation locale. Il faudra peut-être beaucoup de temps pour réussir, mais un effort intensif est nécessaire pour mettre fin aux souffrances de millions de femmes et de fillettes. • 25
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