Organisation mondiale de la santé (OMS) · Publications

Manuel de communication sur les risques appliquée à la sécurité sanitaire des aliments

Organisation mondiale de la santé
Voir le document original

Le texte intégral est hébergé par l’organisation qui le publie. lawenc.com indexe les métadonnées et renvoie vers la source officielle.

Texte intégral

MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS SÉRIE SÉCURITÉ SANITAIRE ET QUALITÉ DES ALIMENTS 2 ISSN 2519-0806 Photo de couverture (de gauche à droite): © WHO/Francoise Fontannaz; © FAO/J. Thompson Pour de plus amples informations sur les activités conjointes FAO/OMS, veuillez contacter: BUREAU DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS DÉPARTEMENT DE L’AGRICULTURE ET DE LA PROTECTION DES CONSOMMATEURS ORGANIZATION DES NATIONS UNIS POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE Viale Terme di Caracalla 00153 - Rome, Italie E-mail: Food-Quality@fao.org Website: www.fao.org/food/food-safety-quality ou DÉPARTEMENT SÉCURITÉ DES ALIMENTS ET ZOONOSES ORGANIZATION MONDIALE DE LA SANTÉ Ch-1211 Genève 27 Swisse E-mail: foodsafety@who.int Website: www.who.int/foodsafety ORGANISAT ION DES NAT IONS UNIES POUR L 'AL IMENTAT ION ET L 'AGRICULTURE ORGANISAT ION MONDIALE DE LA SANTÉ ROME, 2018 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aucune prise de position quant au statut juridique ou au stade de développement des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Le fait qu’une société ou qu’un produit manufacturé, breveté ou non, soit mentionné ne signifie pas que la FAO ou OMS approuvent ou recommandent ladite société ou ledit produit de préférence à d’autres sociétés ou produits analogues qui ne sont pas cités. Les opinions exprimées dans ce produit d’information sont celles du/des auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques de la FAO ou OMS. ISBN 978-92-5-131044-1 (FAO) ISBN 978-92-4-254944-7 (WHO) © FAO et OMS, 2018 Certains droits réservés. Ce travail est mis à la disposition du public selon les termes de la Licence Creative Commons - Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 Organisations Internationales (CC BY-NC-SA 3.0 IGO; https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/3.0/igo/deed.fr). Selon les termes de cette licence, ce travail peut être copié, diffusé et adapté à des fins non commerciales, sous réserve de mention appropriée de la source. Lors de l’utilisation de ce travail, aucune indication relative à l’approbation de la part de la FAO ou OMS d’une organisation, de produits ou de services spécifiques ne doit apparaître. L'utilisation du logo de la FAO ou OMS n'est pas autorisée. Si le travail est adapté, il doit donc être sous la même licence Creative Commons ou sous une licence équivalente. Si ce document fait l’objet d’une traduction, il est obligatoire d’intégrer la clause de non responsabilité suivante accompagnée de la citation indiquée ci-dessous: «Cette traduction n’a pas été réalisée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ou OMS. La FAO/ OMS ne sont pas responsables du contenu ou de l'exactitude de cette traduction. L'édition originale anglais doit être l'édition qui fait autorité.» Tout litige relatif à la présente licence ne pouvant être résolu à l'amiable sera réglé par voie de médiation et d'arbitrage tel que décrit à l'Article 8 de la licence, sauf indication contraire contenue dans le présent document. Les règles de médiation applicables seront celles de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (http://www.wipo.int/ amc/fr/mediation/rules) et tout arbitrage sera mené conformément au Règlement d'arbitrage de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI). Documents de tierce partie. Les utilisateurs qui souhaitent réutiliser des matériels provenant de ce travail et qui sont attribués à un tiers, tels que des tableaux, des figures ou des images, ont la responsabilité de déterminer si l'autorisation est requise pour la réutilisation et d’obtenir la permission du détenteur des droits d'auteur. Le risque de demandes résultant de la violation d’un composant du travail détenu par une tierce partie incombe exclusivement à l’utilisateur. Ventes, droits et licences. Les produits d'information de la FAO sont disponibles sur le site web de la FAO (www.fao.org/publications) et peuvent être acquis par le biais du courriel suivant: publications-sales@fao.org. Les demandes pour usage commercial doivent être soumises à: www.fao.org/contact-us/licence-request. Les demandes relatives aux droits et aux licences doivent être adressées à: copyright@fao.org. Citation requise: FAO et OMS. 2018. Manuel de communication sur les risques appliquée à la sécurité sanitaire des aliments. Rome 108 pp. (URL). Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO. i i i MANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SECURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS TABLE DES MATIÈRES Remerciements .......................................................................................................................... vi Abréviations.............................................................................................................................. vii INTRODUCTION ET OBJECTIF ............................................................................................ 1 Contexte .......................................................................................................................................1 Raisons justifiant l’élaboration de ce manuel............................................................................2 But et public cible........................................................................................................................2 Portée ...........................................................................................................................................3 Méthode .......................................................................................................................................3 Format et utilisation du manuel .................................................................................................4 Références ....................................................................................................................................5 CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS, ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? .................................. 6 Objectif ................................................................................................................................... 8 1.1 Qu’est-ce que la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments? ...................................................................................................................... 8 1.2 Pourquoi la communication sur les risques est-elle importante? ................................. 9 1.3 Les objectifs de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ...................................................................................................................... 10 1.4 Défis à relever pour une communication efficace sur les risques ................................ 12 1.5 Pourquoi la perception des risques est-elle importante? ............................................. 14 1.6 Application de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ...................................................................................................................... 17 1.7 Parties prenantes et publics cibles .................................................................................. 19 Principales références ............................................................................................................ 21 CHAPITRE 2 LES PRINCIPES D’UNE COMMUNICATION SUR LES RISQUES EFFICACE ................... 22 Objectif .................................................................................................................................. 24 2.1 Confiance dans l’information et les institutions publiques ......................................... 24 2.2 Principes d’une communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ...................................................................................................................... 26 2.3 L’importance de la planification ..................................................................................... 31 Principales références ............................................................................................................ 36 i v MANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS CHAPITRE 3 PRINCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRATION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES RISQUES LIÉS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS ........................... 38 Objectif .................................................................................................................................. 40 3.1 Comprendre la nature du problème de sécurité sanitaire des aliments ...................... 40 3.2 Comprendre les besoins des publics cibles ................................................................... 47 3.3 Quelle est l’histoire du risque, dans quel contexte politique et environnement médiatique apparaît-il? .................................................................................................... 53 3.4 Comprendre les responsabilités des communicateurs dans le cadre de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ................. 55 Principales références ............................................................................................................ 59 CHAPITRE 4 METTRE EN PRATIQUE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS .......................................................................... 60 Objectif .................................................................................................................................. 62 4.1 Connaître le public cible ................................................................................................. 62 4.2 Comment comprendre les publics cibles ...................................................................... 63 4.3 Interactions avec les parties prenantes ........................................................................... 66 4.4 Faire face aux incertitudes .............................................................................................. 70 4.5 Élaboration des messages ............................................................................................... 73 4.6 Choisir des voies/outils/méthodes de communication ................................................ 78 4.7 Interagir avec les médias ................................................................................................. 80 4.8 Interagir avec les autres pays et au-delà ......................................................................... 81 4.9 Suivi et évaluation ........................................................................................................... 83 Principales références ............................................................................................................ 86 ANNEXES MATÉRIEL COMPLÉMENTAIRE ...................................................................................... 87 Annex 1: Évaluation rapide de la communication sur les risques ..................................... 88 Annex 2: Outil d’évaluation de la perception du risque .................................................... 91 Annex 3: Écriture accessible - Directives face à de faibles niveaux d’alphabétisation ................................................................................................................... 93 Lectures complémentaires ........................................................................................................95 Sites internet proposant des documents de formation pertinents .........................................96 Glossaire .....................................................................................................................................97 vMANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS FIGURES Figure 1.1 Les trois volets de l’analyse des risques.................................................................................... 8 Figure 3.1 Exemples d’informations sur la sécurité sanitaire des aliments adaptées à différents publics cibles............................................................................................................ 51 Figure 4.1 Exemple d’une bonne utilisation des outils visuels pour communiquer de manière efficace des informations sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ......... 76 v i MANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS REMERCIEMENTS La FAO et l’OMS tiennent à exprimer leur gratitude et leur appréciation aux experts internationaux de la communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments qui ont participé à l’atelier de rédaction qui s’est tenu à Rome en octobre 2013 et à la révision des différentes ébauches, à savoir Ryan Baker (Agence de la santé publique du Canada, Canada), Andrew P. Benson (International Food Information Council and Fondation, États-Unis), Lynn J. Frewer (Université de Newcastle, Royaume-Uni), Barbara Gallani (Food and Drink Federation, Royaume-Uni), William Hallman (Université Rutgers, États-Unis), Eunsook Moon (Administration de la Corée chargée des aliments et des médicaments, Corée), Rose Omari (Science and Technology Policy Research Institute STPRI/EATSAFE Ghana), Amy Philpott (WatsonGreenllc, États-Unis) et Laura Smiley (Autorité européenne de sécurité des aliments, Italie). La FAO et l’OMS remercient également les spécialistes qui ont contribué au test préalable du Manuel réalisé dans le cadre de l’atelier régional pour l’Europe et l’Asie centrale organisé par la FAO/OMS: «Renforcement des capacités en matière de communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments» qui s’est tenu à Budapest en juin 2015, à savoir Melinda Frost (OMS/ Consultante internationale) et Shira Tabachnikoff (Autorité européenne de sécurité des aliments, Italie). Le document a également fait l’objet d’un processus d’examen par des pairs, auquel ont participé Sharon Natanblut (Food and Drug Administration, États-Unis), Laura Smiley (Autorité européenne de sécurité des aliments, Italie), et Ian Young (Université de Guelph, Canada). La FAO et l’OMS tiennent à remercier la Food and Drug Administration des États-Unis pour le financement partiel de ce manuel dans le cadre du projet ID. GCP/GLO/443/ USA. La FAO et l’OMS tiennent également à exprimer leur gratitude et apréciation aux nombreuses personnes qui ont contribué, à travers leurs commentaires et leurs conseils, à l’élaboration et à l’examen de ce manuel. La rédaction et le test préalable du Manuel ont été coordonnés par Andrijana Rajic´ (FAO) en collaboration avec Heleen van Dijk (Communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments/Consultante internationale, Pays-Bas), Caroline Merten (FAO), Eleonora Dupouy (FAO), Francoise Fontannaz-Aujoulat et Mina Kojima (OMS). v i i MANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS ABRÉVIATIONS BPA Bisphenol A BMTF Bœuf maigre à texture fine CAC Commission du Codex Alimentarius E. coli Escherichia coli EFSA Autorité Européenne de Sécurité des Aliments FAO Organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture FDA United States Food and Drug Administration OGM Organismes génétiquement modifiés BPF Bonnes pratiques de fabrication INFOSAN Réseau international des autorités de sécurité sanitaire des aliments ONG Organisation non gouvernementale OMS Organisation mondiale de la santé PHAC Agence de Santé publique du Canada © W HO /S er ge y Vo lk ov 1INTRODUCTION ET OBJECTIF CONTEXTE La communication sur les risques est définie comme l’échange d’informations et d’opinions sur les risques et les facteurs liés aux risques entre les responsables de leur évaluation et de leur gestion, les consommateurs et les autres parties intéressées (FAO/WHO, 1998). La communication sur les risques est un élément essentiel du paradigme de l’analyse des risques. Le principal objectif de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments est d’aider toutes les parties prenantes à comprendre les raisons qui justifient les décisions prises pour évaluer les dangers et gérer les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, afin qu’elles puissent juger en connaissance de cause les dangers et les risques sanitaires auxquels elles sont exposées dans leur vie (EFSA, 2012). La communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments permet également d’éclairer et d’améliorer les décisions prises en matière d’évaluation et de gestion des risques. La communication sur les risques est par exemple nécessaire pour aider les gestionnaires de risques à saisir l’impact possible de leurs décisions et ainsi à évaluer leur efficacité. Pour réduire les risques de dangers pour la sécurité sanitaire des aliments, la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments est généralement un processus continu (par exemple, la promotion des pratiques d’hygiène). Les responsabilités des autorités nationales de sécurité sanitaire des aliments en matière de gestion des risques ont considérablement augmenté ces dernières années. Cela s’explique notamment par la mondialisation, les vastes mouvements des populations, la portée accrue du commerce agroalimentaire et de la distribution de produits agro-alimentaires et les préférences des consommateurs sans cesse en évolution. Ces facteurs provoquent également le retour de dangers et de risques sanitaires connus, ou l’émergence de risques et de dangers nouveaux ou inconnus. Parallèlement, de nombreuses autorités en charge de la sécurité sanitaire des aliments restent confrontées à des difficultés pour établir ou améliorer leurs capacités d’analyse des risques sanitaires des aliments, en raison de la concurrence de nombreuses autres priorités et des pressions économiques mondiales. 2MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS La responsabilité de gestion des risques s’accompagne de la responsabilité de communiquer des informations sur les risques à toutes les parties intéressées, d’une manière qui soit compréhensible pour chaque public. Les décideurs et les gestionnaires des risques au sein des gouvernements ont l’obligation: > d’assurer une communication efficace sur les risques auprès des parties intéressées lors de l’élaboration des analyses scientifiques et techniques; > de favoriser la participation du grand public et des autres parties prenantes, le cas échéant, au processus d’analyse des risques; et > de comprendre et de répondre aux facteurs à l’origine des préoccupations du grand public concernant les risques pour la santé (FAO/WHO, 1998), et de réaliser des évaluations techniques des risques. RAISONS JUSTIFIANT L’ÉLABORATION DE CE MANUEL Les récentes épidémies mondiales, régionales et nationales de maladies d’origine alimentaire et/ou les vastes rappels de denrées alimentaires ont eu des impacts négatifs sur la confiance des consommateurs à l’égard de la sécurité sanitaire des aliments mis sur le marché et des secteurs de la production et du commerce des produits agro-alimentaires (Sandman & Lanard, 2011). Les analyses à posteriori de ces événements ont montré l’importance d’une utilisation plus efficace des principes et des pratiques de la communication sur les risques. Les pays sont encouragés à développer et à évaluer leurs plans et pratiques de communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, et à tirer profit de leurs propres expériences et de celles d’autres pays. À mesure qu’augmente l’utilisation d’Internet et des médias sociaux, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, s’accroît également la demande du public pour plus de transparence et plus d’informations sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, confirmant l’importance de mettre en place des stratégies efficaces de communication sur les risques, relatifs à la sécurité sanitaire des aliments et à la santé publique en général. BUT ET PUBLIC CIBLE Le but de ce manuel est d’aider les pays, les autorités nationales en charge de la sécurité sanitaire des aliments et les acteurs de la chaîne alimentaire à établir ou à améliorer leurs capacités et leurs pratiques de communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Les publics cibles sont les autorités nationales en charge de la sécurité sanitaire des aliments, les gestionnaires, les décideurs et les spécialistes qui: > gèrent ou établissent des unités d’analyse des risques alimentaires (y compris la communication sur les risques), et/ou; 3INTRODUCT ION ET OBJECT IF > remplissent ou contribuent à des fonctions de communication sur les risques dans le cadre de la gestion de la sécurité sanitaire des aliments (et le cadre plus large de l’analyse des risques). Ce manuel s’adresse également aux ministères et aux organismes en charge de l’agriculture/l’agroalimentaire (y compris le secteur vétérinaire) et de la santé publique, qui partagent souvent la responsabilité qui incombe au gouvernement en matière de sécurité sanitaire des aliments au niveau national et/ou régional. PORTÉE Ce manuel se concentre sur des principes pratiques et de bonnes pratiques de la communication sur les risques, en vue de soutenir la gestion des risques dans les situations d’insécurité sanitaire des aliments (y compris des problèmes de qualité) associées à des dangers biologiques, chimiques ou physiques. Les aspects nutritionnels et la protection des aliments ne font pas partie du cadre de ce manuel. Les risques de contamination par rayonnement ont été exclus, car l’OMS dirige actuellement une initiative qui vise à évaluer les risques de contamination par rayonnement et les situations d’urgence en la matière, en lien avec la sécurité sanitaire des aliments (publication prévue en 2016). Ce manuel est axé sur l’utilisation de la communication sur les risques dans le processus d’analyse des risques, afin de gérer à la fois les situations d’urgence liées à des risques sanitaires des aliments (par exemple, l’apparition de foyers de maladies d’origine alimentaire) et les questions de sécurité sanitaire des aliments non-urgentes ou plus durables (par exemple, les campagnes de promotion de la sécurité sanitaire des aliments et de la santé). Bien que ce manuel soit principalement axé sur la sécurité sanitaire des aliments, de nombreux aspects sont applicables à la communication sur les risques à l’appui de la sécurité de l’alimentation animale, de la santé animale et de la gestion des maladies zoonotiques. MÉTHODE Les documents précédemment publiés ayant trait à la communication sur les risques ainsi que les guides et les matériaux de formation existants ont été évalués afin d’éviter une duplication des efforts et de déterminer l’étendue, la méthodologie et le format de ce manuel. L’objectif était d’élaborer un manuel qui soit utile pour un large éventail de pays et de régions et qui mettent l’accent tout particulièrement sur les besoins des pays à revenu faible et intermédiaire. L’approche participative et technique sur laquelle s’est appuyée le processus d’élaboration de ce manuel a été conçue et coordonnée par la FAO en collaboration avec l’OMS. Divers spécialistes techniques ont été réunis afin de représenter les différentes régions et parties prenantes de la sécurité sanitaire des aliments (les gouvernements nationaux, les organisations régionales, le secteur agro-alimentaire, 4MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS les consommateurs et la recherche). Une réunion de quatre jours s’est tenue à Rome en août 2013. Le projet de manuel a fait l’objet d’un essai préalable lors de l’atelier régional de la FAO sur le renforcement des capacités de communication sur les risques en matière de sécurité sanitaire des aliments, organisé en collaboration avec l’OMS, à Budapest, en Hongrie (juin 2014). La version post-atelier du manuel a été révisée par des examinateurs externes, sélectionnés sur la base des recommandations des participants à l’atelier. FORMAT ET UTILISATION DU MANUEL Le manuel s’articule autour de quatre chapitres techniques. Malgré les efforts considérables qui ont été faits pour réduire les chevauchements et les répétitions d’informations, certains aspects ont parfois dû être répétés afin de permettre une transition, d’apporter des précisions, d’approfondir un aspect ou de l’aborder sous différentes perspectives. Le manuel commence par une vue d’ensemble des principaux objectifs et des concepts clés de la communication sur les risques (chapitre 1). Le deuxième chapitre décrit l’importance de la confiance pour une communication sur les risques efficace et présente les principes d’une bonne communication sur les risques et l’importance de la planification pour une communication efficace. Les deux derniers chapitres se penchent sur les principaux critères à prendre en considération dans le cadre de la communication sur les risques en matière de sécurité sanitaire des aliments (chapitre 3) et fournissent des détails supplémentaires sur «comment communiquer » sur les risques dans des conditions réelles (chapitre 4). Vous trouverez tout au long du manuel des conseils et des exemples traitant de diverses questions ayant trait à la sécurité sanitaire des aliments dans différentes régions, afin d’illustrer les principes et les pratiques d’une communication sur les risques efficace. À la fin de chaque chapitre, se trouvent les principales sources/ références utilisées pour élaborer chacun des chapitres. 5INTRODUCT ION ET OBJECT IF RÉFÉRENCES FAO/OMS (1998). L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments, Étude FAO - Alimentation et Nutrition N°70, Organisation des Nation Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome. http://www.fao.org/3/a-x1271f/ EFSA (2012). Quand les aliments se déchaînent. Bonnes recettes de communication sur les risques. http://www.efsa.europa.eu/fr/corporate/pub/riskcommguidelines Sandman et Lanard (2011). Explaining and proclaiming uncertainty: Risk communication lessons from Germany’s deadly E. coli outbreak. http://www. psandman.com/col/GermanEcoli.htm OMS. La contamination des denrées alimentaires par rayonnement et communication sur les risques alimentaires. Recommandations pour de meilleures pratiques (publication prévue en 2016). Organisation mondiale de la santé, Genève. 6© F AO /G iu lio N ap ol ita no CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS, ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? 7CHAPITRE 1 RÉSUMÉ DU CHAPITRE: > La communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments est définie comme un échange d’informations et d’opinions entre des personnes, concernant les risques et les facteurs liés aux risques associés aux dangers et aux risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. > La communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments est importante pour protéger la santé publique, animale, végétale et environnementale et la qualité de vie des populations, y compris des facteurs socio-économiques tels que les moyens de subsistance. > La communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments vise: à permettre aux populations de protéger leur santé contre les risques liés à des problèmes d’insécurité sanitaire des aliments en leur communiquant des informations qui leur permettront de prendre des décisions éclairées en la matière; à faciliter le dialogue et la compréhension entre toutes les parties prenantes; et à améliorer l’efficacité générale du processus d’analyse des risques. > La communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments implique d’informer non seulement sur les risques mais également sur les avantages. Communiquer des informations sur les risques et les avantages permet aux individus de prendre des décisions éclairées concernant leurs choix alimentaires. > Il est important de comprendre et de tenir compte des perceptions de l’opinion à l’égard des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, afin d’élaborer des messages efficaces. La manière dont les personnes perçoivent les risques constitue la base de leurs attitudes, de leurs intentions et de leurs comportements. > Selon le type de problème, il est possible d’adopter diverses approches de communication sur les risques. Des situations d’urgence nécessitent une réponse rapide (comme l’apparition de foyers de maladies d’origine alimentaire), tandis que des problèmes persistants (comme de faibles niveaux d’aflatoxines dans les aliments, qui constitue un risque important en terme de santé publique, bien que non urgent) nécessiteront une communication constante avec les parties prenantes et les publics cibles, y compris les consommateurs. 8MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS OBJECTIF L’objectif principal de ce chapitre est de présenter les principaux objectifs et les concepts clés de la communication sur les risques, ainsi que les facteurs qui peuvent contribuer au succès de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Le chapitre se penche sur la communication sur les risques dans le cadre de la sécurité sanitaire des aliments, sur la nécessité de favoriser la participation et le dialogue avec les parties prenantes, sur la communication des risques et des avantages, et sur l’importance de prendre en compte la perception du risque pour une communication efficace sur les risques. Le chapitre décrit les principaux défis à relever pour mettre en œuvre une communication sur les risques efficace, ainsi que les avantages d’élaborer une stratégie efficace et inclusive de communication sur les risques. Ce chapitre ouvre ainsi la voie aux chapitres suivants, dans lesquels de nombreux concepts et facteurs seront explicités plus en détail. 1.1 QU’EST-CE QUE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS? Le cadre d’analyse des risques est un outil largement adopté et utilisé pour la sécurité sanitaire des aliments dans de nombreux pays. Le cadre est composé de trois volets interconnectés: l’évaluation des risques, la gestion des risques, et la communication sur les risques (figure 1.1). La figure 1.1 présente les définitions FAO/OMS des trois volets1. FIGURE 1.1 LES TROIS VOLETS DE L’ANALYSE DES RISQUES 1 La Commission du Codex Alimentarius a défini ces termes en détail. L’essentiel de ces définitions est présenté ici. Les définitions complètes du Codex sont disponibles à l’adresse suivante: http://www. codexalimentarius.org/procedures-strategies/procedural-manual/fr/ Source: FAO/OMS ANALYSE DES RISQUES GESTION DES RISQUES COMMUNICATION SUR LES RISQUES 9CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? > L’évaluation des risques est le processus utilisé pour estimer et caractériser les risques de manière quantitative ou qualitative. > La gestion des risques est la mise en balance et la sélection des options et des mesures de contrôle, le cas échéant, pour assurer un niveau de protection approprié. > La communication sur les risques est l’échange d’informations et d’opinions sur les risques et les facteurs liés aux risques entre les responsables de leur évaluation et de leur gestion, les consommateurs et les autres parties intéressées. La communication sur les risques est un volet essentiel de l’analyse des risques. Dans le cadre de la sécurité sanitaire des aliments, la communication sur les risques sert à favoriser l’échange d’informations et d’opinions entre les parties prenantes concernées sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments et les facteurs connexes. Les parties prenantes incluent notamment les gouvernements, les consommateurs, le secteur agro-alimentaire, les ONG, les chercheurs et les médias. La communication sur les risques vise à favoriser des prises de décisions éclairées, à faciliter la compréhension mutuelle entre les parties prenantes, et la plupart du temps, à informer et à améliorer les processus d’évaluation et de gestion des risques. 1.2 POURQUOI LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES EST-ELLE IMPORTANTE? De nombreuses personnes sont exposées quotidiennement à des dangers et des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement. La fréquence et l’ampleur de l’exposition dépendent des mesures de contrôle mises en place le long de la chaîne sanitaire des aliments, des habitudes alimentaires des consommateurs, et de l’accès et de la disponibilité d’aliments sains au niveau local. Le rapport de l’OMS sur les Estimations sur la charge mondiale de morbidité imputable aux maladies d’origine alimentaire (WHO, 2015) rapporte que 600 millions – soit une personne sur dix dans le monde – tombe malade chaque année après avoir mangé des aliments contaminés. Les maladies d’origine alimentaire sont la cause de 420 000 décès par année. Le rapport inclue les estimations de la charge des maladies d’origine alimentaire causées par 31 bactéries, virus, parasites, toxines et produits chimiques. Les estimations sont basées sur les meilleures données disponibles à l’époque du reporting. Une communication efficace sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments peut améliorer: > le bien-être physique des personnes; > l’environnement dans lequel nous vivons (la santé des animaux, de l’environnement et des plantes); et > notre qualité de vie globale, y compris les facteurs socio-économiques tels que les moyens de subsistance et les facteurs psychologiques. 10 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS L’exigence de communiquer efficacement sur les risques sanitaires des aliments repose sur la nécessité éthique de veiller à ce que la société soit protégée, autant que possible, contre ces risques. 1.3 LES OBJECTIFS DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS Le principal objectif de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments est de protéger la santé des personnes en leur fournissant des informations qui leur permettront de prendre des décisions éclairées concernant leurs comportements alimentaires. Sur la base des informations sur les risques, les personnes peuvent: décider d’éviter un aliment particulier, apprendre à le manipuler ou à le préparer en vue de réduire les risques, ou apprendre ce qu’elles peuvent faire pour se protéger si elles sont exposées au risque. Pour permettre aux personnes de prendre des décisions éclairées à l’égard des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, il est important que l'information sur les risques soit transmise de façon convaincante, qu’elle soit facile à comprendre et perçue comme fiable et précise, qu’elle prenne en compte les besoins et les préoccupations des publics cibles, et qu’elle les aide à déterminer la démarche à adopter. Permettre aux personnes de prendre des décisions éclairées à l’égard des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments peut, dans certains cas, impliquer de communiquer sur les risques et les avantages associés à certains choix alimentaires. C’est par exemple le cas lorsque les avantages d’un régime alimentaire varié l’emportent sur les risques potentiels, ou lorsqu’un aliment à risque pour certains consommateurs peut être bénéfique pour d’autres (voir l’encadré 1.1 à titre exemple). Dans ces conditions, afin de permettre aux personnes de prendre des décisions avisées quant à leur consommation alimentaire, il est particulièrement important de cibler l’information concernant les risques sur les groupes de population les plus vulnérables à ces risques (par exemple les femmes enceintes, les très jeunes, les personnes âgées, et celles dont le système immunitaire est affaibli), et de s’assurer que toutes les parties prenantes ont accès aux informations concernant les risques et les avantages. Dans certaines situations, afin de protéger la santé publique, les personnes doivent simplement suivre des pratiques sanitaires scientifiques (comme l’utilisation de l’eau chaude pour désinfecter le matériel, le lavage des mains, etc.). Se conformer à ces pratiques n’est pas toujours un choix (par exemple, les transformateurs de produits alimentaires doivent se conformer aux règles de sécurité sanitaire des aliments). Dans ces cas, la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments vise la plupart du temps à informer les personnes des raisons pour lesquelles elles doivent se conformer à ces pratiques, plutôt qu’à leur permettre de prendre leurs propres décisions concernant ces risques. 11 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? E N C A D R É 1 . 1 LA NÉCESSITÉ D’UNE COMMUNICATION RISQUES-AVANTAGES CIBLÉE Manger du poisson est parfois associé à une consommation accrue de méthylmercure. Parallèlement, l’augmentation de la consommation d’acides gras de type oméga-3, présent dans les poissons, a des bienfaits pour la santé. Les avantages et les risques liés à la consommation de poisson varient également au sein de la population. Par exemple, les femmes enceintes ou les personnes immunodéprimées sont plus à risque face aux contaminants comme le méthylmercure. Toutefois, si l’on incite tout le monde à manger moins de poisson, les personnes qui ne sont pas vulnérables pourront être défavorisées. De même, si les femmes enceintes réduisent leur consommation de tous les types de poissons, elles seront également désavantagées, car la consommation de poisson présente des avantages pour l’enfant en développement ou le fœtus. L’information sur les risques doit donc cibler les personnes à risque, et fournir des informations sur les personnes qui bénéficieront d’une réduction de leur consommation de certains poissons et sur celles qui au contraire n’en tireront aucun avantage. (Source: FAO/OMS) La communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments est utilisée pour faciliter la compréhension et le dialogue entre toutes les parties prenantes, y compris les consommateurs, sur les questions de sécurité sanitaire des aliments. Lorsque cela s’avère possible, la communication sur les risques doit s’appuyer sur un dialogue interactif entre toutes les parties concernées dans le processus de communication sur les risques. Il est important d’engager un dialogue avec les personnes exposées et vulnérables au risque, les personnes qui peuvent influencer et maîtriser le risque, les autres parties prenantes concernées ou intéressées, et le public en général. Dialoguer avec les parties prenantes offre la possibilité d’obtenir des informations pertinentes pour éclairer les décisions relatives à la communication sur les risques. Pour communiquer de manière efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, il est essentiel de comprendre les besoins d’information des publics cibles afin d’élaborer des messages adaptés et ainsi de maximiser leur efficacité et leur diffusion. En dialoguant avec les parties prenantes, les décideurs peuvent également obtenir des informations pertinentes, qui serviront à informer ou à compléter les processus d’évaluation et/ou de gestion des risques, augmentant ainsi la probabilité que les décisions seront adaptées aux objectifs. Par exemple, les parties prenantes peuvent fournir des informations sur: les personnes exposées au risque, les sources potentielles ou probables de danger, l’efficacité probable de diverses options de gestion pour le contrôle et la prévention des risques, etc. Les parties prenantes peuvent également contribuer à l’identification des conséquences imprévues de certaines décisions en matière de gestion des risques. Une partie prenante est un individu ou groupe de personnes qui pourra être touché(s) par un problème particulier, ou avoir une influence en la matière. Il s’agit notamment des gouvernements, des acteurs du secteur agro- alimentaire, des ONG, des universités et des instituts de recherche, des médias et des consommateurs. Le public cible est un groupe ou sous-groupe de parties prenantes à qui s’adresse spécifiquement le message ou la communication sur les risques. Il s’agit notamment des consommateurs potentiels, des populations vulnérables, et des entreprises qui produisent, stockent, distribuent et vendent de la nourriture, ou des agences non gouvernementales qui s’intéressent à la question de la sécurité sanitaire des aliments. 12 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS E N C A D R É 1 . 2 ÉCHANGE D’INFORMATIONS DANS LE CADRE DU PROCESSUS DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES: NIVEAUX D’INTERACTIVITÉ Fourniture d’informations Il s’agit de communiquer des informations sur le risque lui-même, sur qui est affecté par le risque, et sur ce qui est fait pour l’atténuer. Si possible, il convient également de diffuser des informations sur les mesures concrètes qui peuvent être prises afin d’améliorer la santé publique en lien avec les risques sanitaires des aliments (promotion de la santé). Dialogue Il s’agit d’une communication interactive, permettant l’échange d’idées ou d’informations entre les parties prenantes, par exemple entre ceux qui sont touchés par les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments et le grand public, et les responsables de la communication, de l’évaluation et de la gestion des risques. Engagement Il s’agit du processus par le biais duquel une organisation associe les parties prenantes, et d’autres personnes ou organisations intéressées, dans l’élaboration des politiques visant à gérer les risques alimentaires (par exemple, une conférence de consensus ou un jury citoyen, des processus dans le cadre desquels un rapport est remis aux décideurs politiques). La communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments vise également à améliorer le processus d’analyse des risques, grâce à l’engagement sociétal. Les décisions liées à l’évaluation et à la gestion des risques peuvent être sujettes à controverse. Les différentes parties prenantes (comme des membres d’une communauté, des militants, des fonctionnaires gouvernementaux, des scientifiques et des cadres d’entreprise) peuvent ne pas être d’accord avec la nature, l’ampleur ou la gravité du risque en question, ou la meilleure façon de le gérer. Comprendre les attentes de la société en ce qui concerne l’évaluation, la gestion et la communication des risques peut favoriser des processus décisionnels plus inclusifs concernant les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, leur évaluation et leur gestion. Les parties prenantes devraient par conséquent être impliquées dès le début du processus d'analyse des risques, et non à la fin. Par exemple, lorsque les gestionnaires de risques identifient les questions qui serviront à évaluer les risques, il est recommandé de les diffuser (par exemple sur un site Web) et de les ouvrir aux commentaires afin de permettre aux parties prenantes de donner leur opinion. Les évaluations des risques menées avec au moins une forme de participation des parties prenantes donnent généralement lieu à moins d’opposition de la part des parties prenantes, et permettent de renforcer la confiance dans le processus et la compréhension des résultats par toutes les parties prenantes. 1.4 DÉFIS À RELEVER POUR UNE COMMUNICATION EFFICACE SUR LES RISQUES Ce manuel aborde et illustre les nombreux défis à relever pour communiquer de manière efficace sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments (voir encadré 1.3). Malgré ces défis, communiquer efficacement sur les risques est 13 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? particulièrement important du fait des nombreux avantages qui en découlent pour la santé publique, la sécurité sanitaire des aliments et le commerce des produits agroalimentaires. Le développement et le succès d’un programme de gestion des risques, complet et responsable, repose notamment sur une communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Les pays sont parfois confrontés à des défis institutionnels qui compliquent la tâche de communiquer de manière efficace sur les risques. Par exemple, il arrive que les pays à faible revenu, comme les pays à revenu plus élevé d’ailleurs, manquent de ressources et d’expertise pour détecter les dangers alimentaires et évaluer leurs risques. L’absence de données fiables sur les dangers et les risques alimentaires nuit à la compréhension des questions de sécurité sanitaire des aliments et à la capacité de les gérer et de communiquer sur ces risques. Les pays à faible revenu, comme les pays à revenu plus élevé, sont souvent confrontés à une absence de mandats et de responsabilités clairement définis pour les ministères et les institutions publiques compétentes. Il n’est par exemple pas toujours évident de déterminer qui ou quelles institutions sont responsables de l’évaluation, de la gestion et de la communication sur les risques, ou de l’élaboration des politiques et de leur mise en œuvre. En outre, la coordination et le partage des informations entre les différentes institutions en charge de la sécurité sanitaire des aliments sont souvent insuffisants. Il est important, en vue de l’adoption et de la mise en œuvre efficaces du cadre d’analyse des risques, que les responsabilités liées à l’évaluation, à la gestion et à la communication sur les risques soient clairement définies, et que les différentes institutions collaborent et partagent leurs informations. E N C A D R É 1 . 3 PRINCIPAUX DÉFIS À RELEVER POUR UNE COMMUNICATION EFFICACE SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS > Identifier tous les publics cibles et comprendre leurs perceptions des risques, leurs préoccupations et leurs besoins de communication. > Établir et maintenir la confiance dans les sources d'information sur les risques, et dans les institutions responsables de l’évaluation et de la gestion des risques. > Communiquer sur les incertitudes lorsqu’elles existent, et que ce qui est fait pour les réduire et les atténuer. > Veiller à ce que la communication sur les risques soit adaptée aux évolutions de l’environnement externe de sorte qu’elle reflète toujours l’état actuel des risques. > Identifier les différences/écarts entre les connaissances scientifiques et celles des publics cibles. > Identifier les obstacles à une communication efficace avec chaque catégorie de public cible (par exemple, l’exclusion sociale des groupes vulnérables, les facteurs socio-économiques ou culturels, les infrastructures locales ou régionales, ou des conséquences imprévues de la communication). > Assurer la coordination des messages sur les risques entre les divers communicateurs qui communiquent sur le même problème de sécurité sanitaire des aliments. > Communiquer de manière claire et en temps opportun. > Minimiser les conséquences imprévues de la communication. 14 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS 1.5 POURQUOI LA PERCEPTION DES RISQUES EST-ELLE IMPORTANTE? Une communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments doit prendre en compte à la fois la perception des risques et les risques identifiés dans l’évaluation des risques. Il est important de faire une nette distinction entre les dangers, les risques, et la perception des risques. Pour certains dangers, le risque pour les personnes est parfois très faible en raison d’une exposition limitée. Cependant, la perception du risque par le public et les préoccupations de la société peuvent être élevées en raison de la façon dont ils perçoivent d’autres caractéristiques du problème en question. Par exemple, les personnes sont généralement plus préoccupées par un danger alimentaire lorsqu’elles y sont exposées involontairement ou qu’elles ne peuvent pas exercer de contrôle sur leur exposition au danger. Sur la base du même niveau objectif de risque et de conséquences, plusieurs facteurs influent sur la perception du risque (voir encadré 1.4). E N C A D R É 1 . 4 FACTEURS AYANT UNE INFLUENCE SUR LA PERCEPTION DU RISQUE Facteur Perception du risque plus élevée Perception du risque moins élevée Perception de l’origine du danger D’origine non naturelle/humaine Danger d’origine naturelle Perception de la contrôlabilité Incontrôlable Contrôle personnel Connaissances scientifiques Risques inconnus des scientifiques Risques connus des scientifiques Familiarité Nouveau risque Risque connu Caractère volontaire de l’exposition Exposition involontaire Choix concernant l’exposition Perception du potentiel catastrophique De nombreuses personnes sont affectées en même temps Les personnes sont affectées au cours d’une longue période de temps Gravité des conséquences Graves conséquences (quelle que soit leur probabilité) Conséquences sans gravité Immédiateté des conséquences Les conséquences sont immédiates Les conséquences sont différées Qui est touché Les personnes vulnérables (p.ex. les enfants, les nourrissons, les femmes enceintes…) Il n’est pas question de vulnérabilité Équilibre perçu entre les risques et des avantages Répartition inégale des risques et des avantages Répartition équitable des risques et des avantages Préoccupations éthiques et morales Le risque est considéré comme éthiquement ou moralement répréhensible (p.ex. des actes frauduleux) Pas de préoccupations éthiques et morales Un danger est un agent biologique, chimique ou physique présent dans un aliment, ou l’état de cet aliment, pouvant avoir un effet adverse sur la santé. Un risque est fonction de la probabilité d’un effet néfaste sur la santé et de sa gravité, résultant de la présence d’un ou de plusieurs danger(s) dans un aliment. La perception du risque est le jugement que les personnes portent à l’égard des caractéristiques, de la probabilité et de la gravité d’un risque spécifique. 15 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? Le principe le plus important est le fait que les attitudes, les intentions et les comportements dépendent de la façon dont les personnes perçoivent les risques, indépendamment des estimations techniques des risques. Ainsi, pour communiquer de manière efficace, il est extrêmement important d’identifier et de tenir compte des perceptions du public dans le cadre du processus de communication sur les risques (voir encadré 1.5 à titre d’exemple). Communiquer sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments implique non seulement de communiquer sur les résultats des évaluations des risques techniques, mais aussi de s’attaquer aux facteurs qui influent sur la perception du risque. Pour ce faire, les communicateurs doivent s’efforcer de comprendre comment les caractéristiques du problème influencent la façon dont celui-ci est perçu, avant d’élaborer des messages visant à communiquer sur les risques. E N C A D R É 1 . 5 PRÉSENCE D’ARSENIC DANS LE RIZ ET LES PRODUITS À BASE DE RIZ AUX ÉTATS-UNIS2 Résumé des faits Septembre 2012, le magazine américain de défense des consommateurs Consumer reports signale la découverte de niveaux importants d’arsenic inorganique, un agent cancérigène, dans 200 échantillons de 60 produits à base de riz disponibles dans les épiceries américaines, y compris des produits populaires consommés par les adultes et les enfants. Le rapport a reçu une large attention des médias et a suscité l’intérêt du public. Le jour-même, la U.S Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine responsable des denrées alimentaires et des médicaments, a publié les résultats de 200 échantillons de riz et de produits à base de riz testés en vue de détecter la présence d’arsenic inorganique. Ces données préliminaires faisaient partie d’un sous-ensemble d’environ 1 300 échantillons prélevés dans le cadre des travaux en cours de l’agence pour comprendre et gérer les risques éventuels liés à l’arsenic et associés à la consommation alimentaire aux États-Unis. Les résultats correspondaient dans une large mesure à ceux publiés par Consumer reports, mais ont fait l’objet de moins d’attention. Principaux défis pour la communication sur les risques: > Communiquer à propos d’un danger alimentaire chimique lorsqu’il n’y a pas suffisamment de données scientifiques pour évaluer le risque à long terme, alors que l’opinion publique est particulièrement préoccupée. Actions et résultats Bien que la FDA et Consumer reports ait trouvé des niveaux comparables d’arsenic inorganique dans les produits testés, les recommandations adressées aux consommateurs étaient très différentes. Dans sa publication et son communiqué de presse, Consumer Reports a formulé des conseils spécifiques sur la façon de limiter son exposition à l’arsenic inorganique dans le riz et les produits à base de riz, en établissant des différences pour les nourrissons, les enfants et les adultes. La FDA a quant à elle déclaré qu’il était prématuré de préconiser un changement des habitudes alimentaires concernant la consommation de riz et de produits à base de riz, en attendant que des analyses plus approfondies soit réalisées. L’agence a ainsi recommandé 2 Ce cas a été aimablement proposé par William K. Hallman, PhD, Rita M. McWilliams, PhD, et Angela Senger-Mersich, MS, Université Rutgers. La description complète du cas est fournie à l’annexe B1. >> 16 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS aux consommateurs de continuer à manger de façon équilibrée, en consommant notamment une grande variété de céréales. L’agence a également annoncé qu’elle allait tester de nouveaux échantillons, une étape importante compte tenu du grand nombre de produits qui contiennent du riz et des produits dérivés du riz, tels que la farine de riz et le sirop de riz brun, qui font partie des ingrédients de la plupart des aliments que les américains consomment régulièrement. La FDA a en outre expliqué qu’elle s’engageait également à effectuer une évaluation des effets d’une exposition à long terme à l’arsenic inorganique. En choisissant de ne pas faire de recommandations plus spécifiques concernant la consommation de riz et de produits à base de riz, la FDA a déclaré qu’il était important de «ne pas aller plus vite que la science», comme un haut fonctionnaire de l’agence l’a expliqué. Bien que la FDA ait la responsabilité de s’en tenir aux preuves scientifiques, certains ont critiqué son approche et ont estimé que dans l’attente d’une évaluation rigoureuse des risques, l’agence était trop circonspecte. À l'époque, la FDA n’a pas pris en considération le risque potentiellement accru pour les personnes qui dépendent, pour des raisons médicales ou culturelles, d’un régime alimentaire à base de riz, elle n’a pas suffisamment reconnu les risques potentiels pour les nourrissons, et n’a pas abordé les risques pour les femmes enceintes. D’autres ont critiqué la retenue de la FDA en raison des taux élevés de consommation de riz et de produits à base de riz par certaines minorités ethniques et populations vulnérables aux Etats-Unis. La FDA a également omis de fournir des conseils aux personnes sur la manière de limiter leur exposition. L’approche de la FDA et la couverture médiatique qui s’en est suivi, ont peut-être conduit les consommateurs à se tourner vers les orientations spécifiques du magazine Consumer Reports pour obtenir des conseils faisant autorité. Enseignements tirés Lorsque l’opinion publique exprime de fortes préoccupations, il convient d’être particulièrement sensible aux facteurs qui influencent la perception des risques par le public. Les communicateurs des risques doivent reconnaître et répondre aux préoccupations de l’opinion publique dans leurs communications. L’absence de réponse aux préoccupations du public peut amener les individus à se tourner vers d’autres sources d’information. Les personnes ont tendance à être plus préoccupées par les risques lorsque ceux qui apparaissent comme les plus vulnérables sont exposés aux risques. Même en l’absence de connaissances sur les risques, il est important de reconnaître ouvertement dans la communication les catégories les plus vulnérables au risque et à ses conséquences. Informer explicitement les consommateurs des stratégies les plus efficaces pour réduire l’exposition au danger, tout en prenant soin de les informer de ce qui est connu et de ce qui ne l’est pas à propos de l’efficacité de ces stratégies. La capacité à exercer un contrôle personnel efficace sur les risques est également importante. Dans ce cas, la FDA aurait pu expliquer qu’il n’y avait pas de base scientifique pour formuler des recommandations alimentaires spécifiques, mais que si les consommateurs souhaitaient le faire, ils pouvaient prendre des mesures de leur propre chef pour réduire leur exposition à l’arsenic inorganique dans le riz et les produits à base de riz. La manière dont les personnes perçoivent l’acceptabilité des risques et des avantages associés à divers aliments et pratiques alimentaires repose sur un ensemble de jugements de valeur personnels et sociétaux. Cependant, de nombreux communicateurs des risques se concentrent principalement sur l’information 17 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? scientifique concernant le risque. Les sciences naturelles ne permettent cependant pas de déterminer ce que les individus, les cultures, ou les sociétés considèrent comme un risque acceptable ou un compromis acceptable entre risques et avantages. Les messages techniques sur les risques, à leur tour, sont parfois associés à des jugements de valeur de la part de ceux qui les développent. C’est par exemple le cas lorsque des classements des risques réalisés par des experts qualitatifs servent à prioriser les interventions visant à atténuer les risques. La mesure dans laquelle les valeurs du communicateur influencent les messages doit être transparente. 1.6 APPLICATION DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS La communication sur les risques peut être appliquée à tous les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Cependant, par soucis d’efficacité, il convient d’appliquer diverses stratégies et méthodes de communication selon le type de risque rencontré. Il est ainsi important que les communicateurs des risques adaptent leur stratégie de communication pour répondre aux spécificités de chaque problème de sécurité sanitaire des aliments. Les études de cas présentées dans ce manuel fournissent des éclairages et des recommandations utiles à cet égard. Il est tout d’abord important de déterminer si le problème de sécurité sanitaire des aliments sur lequel il convient de communiquer est un problème d’urgence ou un problème plus durable. Lors d’une urgence en matière de sécurité sanitaire des aliments, les messages sont souvent directs et diffusés de manière urgente et fréquente. C’est par exemple le cas lorsque des données signalent la présence d’un foyer de maladie d’origine alimentaire ou lorsque des tests de produits alimentaires suggèrent une contamination microbiologique ou physique des aliments potentiellement dangereux pour la santé. Une urgence en matière de sécurité sanitaire des aliments nécessite une réponse rapide et le temps manque parfois pour consulter pleinement tous les publics cibles et parties prenantes concernés afin d’éclairer le processus d’élaboration du message. Il est possible que certaines informations concernant l’ampleur et l’impact du risque ou les publics affectés soient incomplètes, bien qu’il faille aborder ces questions dans la communication. En outre, la coordination de la communication entre les différents acteurs est d’autant plus importante qu’il convient d’éviter la diffusion de messages contradictoires qui pourraient confondre le public. En revanche, les problèmes persistants liés à la sécurité sanitaire des aliments exigent souvent une communication qui s’inscrit dans la durée, et des informations plus détaillées sur les risques sont la plupart du temps disponibles. Par exemple, la communication peut se concentrer sur le rôle des parties prenantes pour assurer des pratiques de manipulation, de stockage, de préparation et de consommation des aliments appropriées, et sur la nécessité d’améliorer l’infrastructure nécessaire à cet égard (voir encadré 1.6 à titre d’exemple). Dans ces cas, les messages sont souvent élaborés, affinés, et diffusés au fil du temps ou à des moments spécifiques où le risque 18 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS est plus élevé (par exemple, durant les mois d’été une communication axée sur une cuisson appropriée des hamburgers, et pendant les vacances de Noël sur la cuisson de la dinde ou la conservation/utilisation des restes). E N C A D R É 1 . 6 CONTAMINATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES PAR LES AFLATOXINES EN AFRIQUE3 Résumé de la situation Les aflatoxines représentent une menace sérieuse pour la santé des humains et des animaux domestiques en Afrique, parce qu’elles contaminent souvent les produits agricoles. Les contaminations par les aflatoxines ont une incidence directe sur la sécurité alimentaire car dans la plupart des pays africains, les denrées de base comme le maïs et les arachides sont généralement fortement contaminées par les aflatoxines, augmentant ainsi l’exposition des populations à ces toxines. D’autres cultures de consommation courante, telles que le manioc, sont également sujettes à une contamination par les aflatoxines. Par ailleurs, la contamination par les aflatoxines est une cause majeure des pertes pré- et post-récolte, qui réduisent davantage encore la quantité de nourriture disponible sur les marchés et pour les ménages sur tout le continent. Ces toxines peuvent également entraîner une perte de revenus et de bénéfice en termes de commerce intérieur, régional et international. Le manque de sensibilisation au problème constitue l’un des principaux défis pour un meilleur contrôle des aflatoxines. En outre, du fait que la toxine peut passer inaperçue et que ses conséquences sur la santé (par exemple le cancer) sont souvent différées dans le temps, les gens croient généralement qu’il n’y a aucun risque. Principaux défis pour la communication sur les risques: > Sensibiliser les parties prenantes – comme les agriculteurs, les consommateurs et tous les autres acteurs de la chaîne alimentaire, les agents de vulgarisation agricole, les professionnels de la santé, les chercheurs et les décideurs politiques – au problème des aflatoxines et aux mesures d’atténuation possibles. Actions Une campagne durable de sensibilisation sur les aflatoxines a été mise en œuvre au Bénin, au Ghana et au Togo par les clubs Rotary et l’Institut international d’agriculture tropicale de 2001 à 2004. La campagne ciblait les agriculteurs, les commerçants, les transformateurs, les minotiers et les consommateurs. Le Rotary a favorisé la participation de nombreuses parties prenantes dans l’élaboration des messages et du matériel promotionnel: > Un sondage d’opinion a été réalisé pour fournir des indications sur les connaissances des populations sur ces toxines, les risques qu’elles posent, et les pratiques visant à limiter la contamination des céréales. Les résultats ont permis d’identifier les perceptions et les besoins d’information du public, et ont orienté l’élaboration du thème, des messages et de l’approche de la campagne. > Pour élaborer des messages clés, un atelier réunissant des parties prenantes a été organisé avec des représentants des publics cibles, des médias, des scientifiques, des autorités de régulation, des agriculteurs, du secteur agro-alimentaire, des exportateurs, de la société civile et d’autres institutions publiques compétentes et des partenaires du développement. 3 Ce cas a été aimablement proposé par Mme Rose Omari, EatSafe Ghana. >> 19 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? En vue de faire prendre conscience aux populations de la menace que représentent les aflatoxines, le Rotary a intégré dans les messages des données sur les effets des aflatoxines au niveau local et des informations sur les stratégies de gestion. Un grand nombre de voies et d’outils de communication ont été utilisés pour atteindre les différents publics cibles, y compris des jeux de rôle sur les marchés, des ateliers communautaires et des rencontres dans divers lieux publics, un jeu-concours sur les aflatoxines dans les écoles de tout le pays et la diffusion de documentaires à la télévision et de messages radiophoniques. Enseignements tirés Dans les situations d’insécurité sanitaire des aliments qui nécessitent une communication continue, les messages sont souvent élaborés, affinés et diffusés au fil du temps auprès des publics cibles. Lorsque l’on tente de répondre à des problèmes de sécurité sanitaire des aliments durables mais méconnus du public, il peut être nécessaire d’inscrire la communication dans la durée, en vue de convaincre les parties prenantes et l’opinion publique de la nécessité de prendre des mesures appropriées. Les problèmes durables de sécurité sanitaire des aliments qui provoquent l’intérêt de la société ou qui préoccupent l’opinion publique nécessitent également une communication qui s’inscrit dans la durée. Par exemple, la communication peut aborder les risques et les avantages potentiels de la biotechnologie alimentaire, l’utilisation des OGM dans la production agro-alimentaire, ou les nanotechnologies dans le secteur alimentaire. Lorsque le niveau de risque est inconnu et que les mesures qui doivent être prises sont incertaines, le communicateur peut avoir la responsabilité de s’efforcer, en collaboration avec les parties prenantes, de mieux comprendre les attentes de la société concernant la meilleure façon de gérer le risque. Les efforts de communication devront également être constamment mis à jour à mesure que de nouvelles connaissances scientifiques sur les risques sont disponibles. 1.7 PARTIES PRENANTES ET PUBLICS CIBLES Les parties prenantes sont au cœur de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments pour les raisons susmentionnées (section 1.3). Pour chacun des objectifs de communication, il est essentiel que toutes les parties prenantes et tous les publics cibles soient identifiés. Lorsque c’est possible, toutes les parties prenantes intéressées devraient avoir accès au processus de communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Inclure les parties prenantes dans les efforts de communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments comporte de nombreux avantages potentiels. Dialoguer avec les parties prenantes aide les communicateurs à: > Identifier les lacunes dans les connaissances sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments qui sont en cours d’examen. 20 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS > Comprendre la perception et les préoccupations des parties prenantes à l’égard du risque. > Identifier les obstacles possibles à la communication, ainsi que les sources d’information et canaux de communication privilégiés et les plus appropriés. > Identifier et remédier aux éventuelles conséquences imprévues de la communication. Par ailleurs, un processus de collaboration avec les parties prenantes permettra également de: > générer plus d'idées. > identifier des préoccupations qui n’auraient pas été reconnues autrement. > inclure des perspectives différentes. > contribuer à susciter l’approbation et à établir un large soutien à l’effort de communication. > faciliter la coordination des efforts de communication entre les différents ministères gouvernementaux (comme par exemple, la santé, l’agriculture et le commerce) et d’autres parties prenantes qui partagent la responsabilité d’assurer la sécurité sanitaire des aliments au niveau national ou autre. Pour toutes ces raisons, identifier les parties prenantes et les publics cibles et engager avec eux un dialogue pour éclairer les décisions relatives à la communication sur les risques renforce la possibilité que la communication soit efficace et améliore ainsi la gestion des risques. 21 CHAPITRE 1 : QU ’EST-CE QUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS , ET POURQUOI EST-CE IMPORTANT? PRINCIPALES RÉFÉRENCES FAO/OMS (1998). L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments, Étude FAO - Alimentation et Nutrition N°70, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome. http://www.fao.org/3/a-x1271f/ FAO/OMS (2010). Consultation mixte d’experts FAO/OMS sur les risques et bénéfices de la consommation de poisson http://www.fao.org/docrep/018/ba0136f/ ba0136f.pdf FAO/OMS (édition provisoire). Analyse des risques appliquée à la sécurité sanitaire des aliments – Partie 1: Manuel de synthèse et de référence. http://www.fsc.go.jp/sonota/foodsafety_riskanalysis.pdf Frewer, L.J., Fischer, A.R.H., Brennan, M., Bánáti, D., Lion, R., Meertens, R.M., Rowe, G., Siegrist, M., Verbeke, W. et Vereijken, C. M.J.L. (sous presse). Risk/ benefit communication about food – a systematic review of the literature. Critical reviews in Food Science and Nutrition. http://dx.doi.org/10.1080/10408398.2013 .801337 Slovic, P. E. (2000). La perception du risque. Earthscan Publications. OMS (2013). Maladies diarrhéiques. Aide-mémoire n°330. http://www.who.int/ mediacentre/factsheets/fs330/fr/ OMS (2015). Estimations de l’OMS sur la charge mondiale de morbidité imputable aux maladies d’origine alimentaire http://www.who.int/foodsafety/publications/ foodborne_disease/fergreport/en/ OMS. La contamination des denrées alimentaires par rayonnement et communication sur les risques alimentaires. Recommandations pour de meilleures pratiques (à paraître). Organisation mondiale de la santé, Genève. 22 LES PRINCIPES D’UNE COMMUNICATION SUR LES RISQUES EFFICACE CHAPITRE 2 © S eb as tia n Li st e/ NO OR fo r FA O / F AO 23 CHAPITRE 2 RÉSUMÉ DU CHAPITRE: > La confiance dans l’information et dans les institutions publiques est essentielle pour une communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Les personnes qui se méfient des messages sur les risques sont peu susceptibles de croire l’information qui leur est donnée et donc d’agir en conséquence. Cela peut avoir des répercussions graves sur leur santé, mais également sur l’environnement, le commerce agro-alimentaire et l’économie dans son ensemble. > La communication sur les risques de sécurité sanitaire des aliments, à tous les niveaux, doit s’appuyer sur les principes clés d’une bonne communication. Il s’agit notamment de: la transparence, l’ouverture, la réactivité et la rapidité, qui contribuent à l’instauration et au maintien de la confiance. > Il est important d’être ouvert et transparent à l’égard du processus de prise de décision. Dans le cadre de l’analyse des risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, cela s’applique spécifiquement à l’évaluation des risques, à la gestion et à la communication des décisions. Cela signifie également offrir des occasions de dialoguer avec les parties prenantes, lorsque cela s’avère possible, et la possibilité pour le public de veiller au bon déroulement des processus. > Communiquer de manière réactive et en temps opportun, même en présence d’incertitudes ou de lacunes en termes de connaissances sur les risques, contribue à protéger la santé publique et à renforcer et maintenir la confiance. Une planification adéquate permet aux organisations de développer une réponse précoce, bien coordonnée et efficace face aux risques d’insécurité sanitaire des aliments. 24 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS OBJECTIF L’objectif principal de ce chapitre est de présenter l’importance de la confiance pour une communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Les principes clés d’une bonne communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments sont les suivants: l’ouverture, la transparence, la rapidité et la réactivité. Ce chapitre décrit également les étapes nécessaires pour une planification (et une coordination) efficace(s) de la communication sur les risques de sécurité sanitaire des aliments. 2.1 CONFIANCE DANS L’INFORMATION ET LES INSTITUTIONS PUBLIQUES La confiance est essentielle pour une communication sur les risques efficace. Les gens tendront à ne pas croire ou à ne pas respecter une information qui provient d’une institution ou d’une personne en laquelle ils n’ont pas confiance. Cela peut aboutir à une gestion inefficace des risques et avoir des répercussions graves sur la santé, l’environnement, le commerce agro-alimentaire et l’économie. Les gens sont plus enclins à faire confiance à des sources d’information ou des institutions crédibles, c’est-à-dire dont ils considèrent qu’elles possèdent les connaissances et l’expertise nécessaires sur le sujet de la communication, et qu’elles ont démontré leur intégrité et leurs compétences en rapport avec le sujet de la communication. Il est essentiel que le public ait confiance dans les capacités de ceux qui sont chargés de l’évaluation, de la gestion et de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Pourtant, l’expertise ne suffit pas à instaurer la confiance. Dans l’évaluation de la fiabilité, le public prend également en considération les motivations qui peuvent conduire les sources d’information à communiquer des messages particuliers. Par exemple, certaines sources peuvent susciter la méfiance si elles sont considérées comme partiales ou ayant des intérêts particuliers lorsqu’elles communiquent sur un risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments. Les messages diffusés par une entreprise à propos des risques concernant la sécurité sanitaire de leurs produits, peuvent être accueillis avec scepticisme par le public. Les personnes sont beaucoup plus enclines à croire les sources d’informations qui: > n’ont pas de raisons évidentes de fausser les informations ou d’émettre des conclusions ou des conseils intéressés, et; > partagent leurs valeurs et leurs préoccupations, et qui sont en mesure de démontrer que leurs décisions servent l’intérêt supérieur de la protection de la santé publique. Par exemple, la première conférence de presse fédérale visant à donner des informations au public à propos de l’épidémie de listériose au Canada (cas présenté plus en détail dans l’encadré 2.3. du présent chapitre) a été menée par le Ministre de l’agriculture, et non par le Ministre de la Santé. Cela a donné l’impression que La confiance est définie comme la croyance en l’honnêteté, l’impartialité et la bienveillance d’une source ou d’une institution à évaluer, gérer et communiquer sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, conformément à l’intérêt public. La crédibilité est la mesure dans laquelle une source ou une institution est perçue comme ayant les connaissances et l’expertise pour évaluer, gérer et communiquer à propos d’un risque. 25 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE la question était principalement traitée comme un enjeu ayant trait à la sécurité agro-alimentaire, plutôt que comme un problème de santé publique. Le fait que, pendant l’épidémie, l’accent ait été mis sur l’agriculture plutôt que sur la santé publique était en contradiction avec la perception du public et a probablement contribué à l’érosion de la confiance. C O N S E I L Les communicateurs sur les risques ne doivent pas s’attendre à ce que le public leur fasse confiance ou les écoute du seul fait qu’ils sont experts en sécurité sanitaire des aliments ou en situation d’autorité. Pour renforcer leur crédibilité, ils doivent s’employer activement à faire preuve d’honnêteté et d’empathie et à démontrer qu’ils ont le sens des valeurs partagées et que leurs décisions et recommandations visent à protéger la santé publique. Les personnes ont également tendance à faire confiance à des sources d'information, qu’elles perçoivent comme honnête, du fait qu’elles transmettent des informations sur les risques de façon ouverte, fidèle et transparente. La méfiance est souvent associée au fait d’avoir exagéré, démenti ou déformé des informations à plusieurs reprises dans le passé. Il est important que les personnes pensent que les institutions chargées de la sécurité sanitaire des aliments travaillent en faveur de l’intérêt public, et qu’elles prendront les mesures nécessaires pour protéger la santé des humains, des animaux et de l’environnement, au-delà des intérêts économiques, politiques ou personnels spécifiques d’un individu, d’une entreprise, ou d’une organisation politique. Ce concept est parfois désigné par le terme de «confiance sociale». E N C A D R É 2 . 1 LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA PRÉSENCE DE PESTICIDES DANS LES FRUITS ET LÉGUMES AUX ÉTATS-UNIS4 Résumé Chaque année aux États-Unis, l’Environmental Working Group (EWG) publie une liste intitulée ‘Dirty Dozen’: une liste composée de douze fruits et légumes frais dont les niveaux de résidus de pesticides sont comparativement élevés. Leurs messages clés sont les suivants: quel que soit le niveau de résidus de pesticides, celui-ci est trop élevé, et pour ce qui concerne les douze produits de la liste, achetez, dans la mesure du possible, des produits bio. La publication annuelle de la liste ‘Dirty Dozen’ se traduit, chez les consommateurs, par une perception négative de ces fruits et légumes, un message qui va à l’encontre des conseils diététiques encourageant la consommation de fruits et légumes, car les bienfaits d’une alimentation riche en fruits et légumes l’emportent sur les risques d’exposition aux pesticides, dans le cadre des niveaux réglementaires. 4 Ce cas a été aimablement proposé par Mme Amy Philpott, Watson Green LLC. L’honnêteté est la mesure dans laquelle une source ou une institution transmet des informations sur un risque d’une manière ouverte, exacte et transparente. >> 26 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Principal défi pour la communication sur les risques > Corriger la perception négative des consommateurs à l’égard des douze fruits et légumes publiés dans la liste ‘Dirty Dozen’ du EWG. Actions: > L’Alliance pour l’alimentation et l’agriculture (Alliance), qui représente les associations agricoles, les producteurs/exportateurs – individuels ou en groupe – de produits biologiques et conventionnels, a lancé une campagne visant à lutter contre les perceptions négatives des consommateurs. Les messages clés sont les suivants: > Les pesticides sont fortement réglementés et contrôlés par le gouvernement; > À quelques exceptions près, les niveaux de résidus des produits présents sur la liste respectent toujours les seuils de tolérance établis par le gouvernement et sont sans danger; > L’EWG utilise la peur et non les faits L’Alliance a cité des études sur son site Internet, et inclus des entretiens vidéo et des témoignages de chercheurs et d’experts de la santé indépendants, ainsi que d’agriculteurs. La crédibilité de l’Alliance s’en est trouvée probablement renforcée. Pour l’Alliance, avoir à ses côtés des producteurs biologiques, qui soutiennent ses messages, réduit en outre le risque d’être perçue comme promouvant ses intérêts propres. Les stratégies de communication de l’Alliance ont participé à renforcer sa crédibilité auprès du public comme une source d’information digne de confiance, et ont probablement affaibli la crédibilité du EWG en tant que source d’information. Enseignements tirés En cas de messages contradictoires, le choix du message à croire dépendra dans une large mesure de la confiance personnelle accordée au messager. Pour renforcer la fiabilité d’une source d’information, il est recommandé de recourir à des expertises scientifiques indépendantes et crédibles, d’être honnête, et d’éviter de donner l’impression de promouvoir ses propres intérêts. La confiance peut être facilement ébranlée par une communication inefficace ou inappropriée. Les conséquences de la perte de confiance du public peuvent être graves pour de nombreux secteurs. Cela peut se traduire par une interruption ou une interdiction du commerce agro-alimentaire, et avoir de graves conséquences sur le plan économique. Les mécanismes de transparence, d’ouverture, de réactivité et de rapidité sont non seulement essentiels pour établir et maintenir la confiance, mais ils contribuent également au processus, souvent lent, de restauration de la confiance, lorsqu’elle est au plus bas. 2.2 PRINCIPES D’UNE COMMUNICATION EFFICACE SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS La communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments doit reposer sur les principes d’une bonne communication. Il s’agit notamment 27 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE de l’ouverture, de la transparence, de la rapidité et de la réactivité, qui sont tous importants pour le développement et le maintien de la confiance. Les principes clés d’une bonne communication sur les risques sont les suivants: > Ouverture > Transparence > Rapidité > Réactivité 2.2.1 Ouverture et transparence L’ouverture se réfère à la possibilité de dialoguer et de collaborer avec toutes les parties prenantes de la sécurité sanitaire des aliments, y compris ceux qui sont concernés par le risque et ceux qui en sont éventuellement responsables. L’évaluation, la gestion et la communication des risques doivent être effectuées dans un environnement ouvert, offrant notamment des possibilités de dialogue, à certains moments, avec les parties prenantes. Par exemple, les parties prenantes peuvent être invitées à présenter des données probantes, à participer à des réunions au cours desquelles les solutions en matière de gestion des risques sont discutées, et/ou à commenter les versions provisoires des messages, avant leur finalisation. Favoriser la participation des parties prenantes et du public, peut augmenter la confiance dans le processus d’analyse des risques en général, et dans celui de communication des risques en particulier. Bien que l’engagement des parties prenantes soit utile et important, il doit être entrepris de façon à minimiser la lassitude des parties prenantes, liée au nombre croissant de problèmes faisant l’objet de consultations publiques. Il est ainsi important de fournir des informations concises et précises, et d’expliquer les raisons pour lesquelles il est dans l’intérêt des parties prenantes de participer à la mobilisation. Pour favoriser l’engagement des parties prenantes, il est important de s’assurer que les résultats serviront à éclairer les processus décisionnels et d’élaboration des politiques. Dialogue et engagement ne signifient pas obligatoirement que les processus de gestion des risques et de prise de décisions doivent être conjoints. Cependant, le dialogue et l’engagement doivent servir à déterminer ce qui est pris en compte dans les décisions, et il est important de communiquer clairement la manière dont les contributions des parties prenantes ont été considérées et traitées. On parle de transparence, lorsqu’un ensemble de politiques, de pratiques et de procédures ont été mises en œuvre pour permettre aux parties prenantes et au public intéressé de comprendre comment ont été prises les décisions concernant l’évaluation, la gestion et la communication des risques. Cela signifie que les parties prenantes et le public devraient avoir accès aux informations sur lesquelles se fondent les décisions, ainsi qu’à la documentation concernant le processus décisionnel. Par exemple, il est possible de publier sur un site Internet les rapports de recherche et les procès verbaux des réunions, ou de les rendre accessibles sur demande. 28 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS La transparence permet au public de veiller au bon déroulement des processus décisionnels et contribue ainsi à renforcer la confiance dans les institutions et les organisations responsables de l’évaluation, la gestion et la communication des risques. Toutefois, il n’est pas toujours possible de divulguer toutes les informations, en raison de préoccupations légitimes en matière d’exclusivité et de confidentialité. Être clair et cohérent par rapport aux règles qui s’appliquent à la transparence ne pose généralement pas de problème, à condition que les règles soient justifiées. Néanmoins, si les limites à la transparence sont considérées comme une volonté superflue de conserver le secret, la perte de confiance de la part du public est inévitable. E N C A D R É 2 . 2 TRANSPARENCE ET OUVERTURE La transparence et l’ouverture ne sont pas interchangeables. Une institution ou un responsable de la communication sur les risques peuvent être ouverts sans être transparents et vice versa. Par exemple, une institution ou un communicateur sur les risques peuvent être transparents et être prêts à publier toutes les informations en leur possession sur un site Web, sans pour autant favoriser la participation des parties prenantes aux processus décisionnels. Dans le cas contraire, une organisation ouverte peut inviter de nombreuses parties prenantes à participer à un processus interactif, sans pour autant faire part de la manière dont les contributions ont été utilisées. Afin de garantir l’application des meilleures pratiques en matière de communication sur les risques, il est fortement recommandé de mettre en œuvre les principes d’ouverture et de transparence. Permettre à des détracteurs, qui jouissent d’une grande notoriété, d’examiner, de regarder et/ou de participer à la prise de décision peut renforcer la confiance et, en fin de compte, l’impact positif de la communication sur les risques. Toutefois, l’ouverture et la transparence à elles seules ne peuvent pas garantir la confiance. Le public doit également juger que les décisions sont prises de manière compétente et dans l’intérêt de la protection de la santé publique. C O N S E I L En raison de la diversité des opinions des parties prenantes, il n’est pas toujours possible de parvenir à un consensus sur la façon d’évaluer, de gérer ou de communiquer sur les risques de sécurité sanitaire des aliments. Il est important de veiller à ce que l’absence de consensus soit expliquée de manière transparente. 2.2.2 Rapidité et réactivité Communiquer en temps opportun est essentiel pour la protection de la santé publique, contribue à établir et à maintenir la confiance, et peut empêcher la diffusion de rumeurs et d’informations fausses. Communiquer de manière précoce est également important pour éviter des perturbations du commerce agro-alimentaire – et les répercussions négatives sur le plan économique – qui peuvent résulter de la propagation de rumeurs et d’informations erronées. 29 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE Plus que sur le risque lui-même, de nombreuses controverses se concentrent sur la question: «pourquoi n’avons-nous pas été informés plus tôt». Même si les informations disponibles ne sont pas nombreuses, il est recommandé de communiquer sur la façon dont les autorités enquêtent sur l’événement et quand davantage d’informations seront disponibles. Pour favoriser une communication transparente et en temps utiles, il est souvent nécessaire de communiquer sur les incertitudes à propos du risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments. Les situations d’insécurité sanitaire des aliments, qui exigent une communication d’urgence pour prévenir ou réduire les risques de dégâts majeurs, sont souvent associées à de nombreuses lacunes dans les connaissances. Lorsque des incertitudes subsistent, il convient de les reconnaître et de les expliquer, tout en informant le public sur ce qui est fait par les évaluateurs et les gestionnaires des risques pour faire face à ces incertitudes, et sur les implications pour les publics cibles (voir encadré 2.3 pour un exemple). Faire face aux incertitudes fera l’objet d’un examen détaillé dans le chapitre 4 de ce manuel. E N C A D R É 2 . 3 LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES LORS DE L’ÉCLOSION DE LISTÉRIOSE CAUSÉE PAR DES PRODUITS CARNÉS TRANSFORMÉS AU CANADA EN 20085 Résumé de la situation Au Canada en 2008, suite à une éclosion de listériose, 57 personnes sont tombées malades et 23 personnes sont mortes. Lorsque le problème est apparu, il a rapidement été constaté que plusieurs cas avaient été causés par des bactéries possédant des empreintes génétiques identiques, ce qui laissait penser qu’il s’agissait d’une source commune. Bien que les premiers indices semblaient indiquer les viandes transformées comme source de l’épidémie, celle-ci n’a été confirmée que quatre semaines après les premiers cas de maladie, et 10 jours après que les preuves sont venues étayer l’hypothèse d’une éclosion nationale de listériose. Principal défi pour la communication sur les risques: > Informer le public à propos d’un risque potentiel pour la santé, malgré les incertitudes concernant l’origine du risque Actions et résultats L’Agence de santé publique du Canada a choisi d’attendre que la source de la maladie soit confirmée en laboratoire – 10 jours après l’identification de l’éclosion de listériose au niveau national – avant de communiquer sur l’éclosion de la maladie. Même si la source était incertaine, le gouvernement aurait pu communiquer avec le public à propos des enquêtes qu’il menait, partager des conseils de sécurité sanitaire au sujet de la listériose, informer le public sur la manière de se protéger de l’infection et de prévenir d’autres maladies. Cela aurait pu empêcher certains cas d’infection. Le retard dans la communication à propos de l’éclosion de listériose a également attiré de nombreuses critiques qui ont entamé la crédibilité du gouvernement, et ont lourdement pesé sur la couverture médiatique et les débats parlementaires au sujet de l’épidémie. Les médias ont remis en question la compétence du gouvernement à gérer l’épidémie et 5 Ce cas a été aimablement proposé par M. Ryan Baker, Agence de santé publique du Canada. >> 30 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS l’ont accusé de mettre les intérêts des producteurs au-dessus de ceux du public. Cela a dégradé la confiance du public à l’égard du gouvernement, et réduit l’efficacité de toutes les communications subséquentes. Enseignements tirés Face à un risque important pour la santé publique, il est essentiel de communiquer rapidement et de manière transparente, même lorsque tous les faits ne sont pas connus, pour protéger les personnes du risque et pour conserver la confiance du public. Avec l’arrivée d’Internet et des médias sociaux, l’information, notamment sur la sécurité sanitaire des aliments, circule beaucoup plus vite. C’est une des raisons pour lesquelles il est important de communiquer rapidement et régulièrement. Si une organisation ne communique pas en temps opportun, d’autres risquent de le faire à sa place, ce qui pourrait nuire aux objectifs de communication de l’organisation. La réactivité est la mesure dans laquelle les responsables de la sécurité sanitaire des aliments prennent en considération les besoins et les attentes des publics cibles dans leurs activités de communication. Par exemple, certaines personnes se méfieront des messages de risque, si ces derniers ne comportent que des informations techniques sur l’évaluation des risques et ne prennent pas en compte leurs perceptions et leurs préoccupations. Pour qu’une communication sur les risques soit réactive, il est important de comprendre les besoins d’information et les attentes en matière de communication des publics cibles, et d’inclure ces informations dans les activités de communication. Les communicateurs des risques doivent aussi être réactifs aux changements qui surviennent dans l’environnement externe, y compris des événements inattendus (par exemple un problème de désinformation, l’émergence de questions et de préoccupations imprévues, la diffusion d’idées fausses), et doivent réviser ou renforcer leurs messages en conséquence. C O N S E I L Les responsables de communication sur les risques doivent établir, entretenir et parfois restaurer la confiance, pour veiller à ce que les parties prenantes écoutent les messages de communication sur les risques et agissent en conséquence. À cet effet, il est utile de: > Créer des occasions de dialogue avec les parties prenantes à des moments appropriés tout au long du processus d’analyse des risques. > Rendre les documents accessibles au public pour permettre aux parties prenantes d’examiner et de comprendre les processus décisionnels. > Communiquer rapidement, même lorsque des incertitudes subsistent. La rapidité est essentielle. > Être à l'écoute des besoins et des préoccupations des personnes potentiellement concernées par le risque. Dialoguer avec les parties prenantes et assurer un suivi des plans de communication sur les risques, peuvent contribuer à sensibiliser les communicateurs aux besoins des parties prenantes et aux changements qui surviennent dans l’environnement externe. 31 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE 2.3 L’IMPORTANCE DE LA PLANIFICATION La planification est au cœur du processus de développement d’une stratégie de communication efficace sur les risques de sécurité sanitaire des aliments (voir encadré 2.4 pour un exemple). Bien qu’il soit impossible de prévoir, de préparer et de planifier des réponses à tous les problème potentiels de sécurité sanitaire des aliments, la priorisation et la planification des réponses doivent permettre de mettre en œuvre des communications plus précoces et plus efficaces, afin de réduire les impacts négatifs sur le public et les parties prenantes. E N C A D R É 2 . 4 COMMUNICATION SUR LES RISQUES AU COURS DES ÉPIDÉMIES RÉCURRENTES DE CHOLÉRA AU GHANA6 Résumé de la situation Le choléra touche régulièrement de nombreuses régions du Ghana et de l’Afrique dans son ensemble, et provoque de nombreuses maladies et décès. Le nombre de personnes infectées peut grimper très rapidement, et l’Afrique continue d’observer de larges éclosions ou épidémies de choléra, qui constituent un problème majeur de santé publique. Il est plus rapide de maîtriser une épidémie de choléra, lorsque le public sait comment contribuer à limiter la propagation de la maladie. Informer sur les mesures de prévention (notamment l’éducation en matière de sécurité sanitaire des aliments, de salubrité de l’eau et d’hygiène) est donc crucial dans la lutte contre les épidémies de choléra. Principal défi pour la communication sur les risques: > Élaborer une stratégie de communication sur les risques bien coordonnée, rapide et efficace face aux épidémies récurrentes de choléra. Actions Pour lutter contre les épidémies de choléra, le Ghana a élaboré une vaste stratégie de communication sur les risques, dans le cadre de laquelle: > Un réseau multi-acteurs a été mis en place afin de collaborer sur la stratégie de communication en faveur de la prévention du choléra et des pratiques d’hygiène personnelle durant les épidémies; > Des bénévoles sont formés pour communiquer sur les mesures de prévention du choléra; > Les vendeurs de produits alimentaires et les producteurs d’eau potable sont formés pour améliorer la salubrité de leurs produits; > Toutes les régions et districts sont alertés en vue d’intensifier la surveillance des diarrhées; > Des matériels d’éducation sanitaire sur le choléra – axés sur la sensibilisation, la prévention et l’hygiène personnelle – sont distribués dans les zones touchées; > Des communiqués de presse sont envoyés aux médias pour sensibiliser le public; > Différents canaux et méthodes de communication sont utilisés pour atteindre différents publics cibles, y compris des visites à domicile, des jeux de rôle et des séances communautaires organisés dans les marchés, les écoles et les lieux de culte. 6 Ce cas a été aimablement proposé par Mme Rose Omari, EatSafe Ghana. >> 32 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Enseignements tirés La communication sur les risques peut prendre la forme de nombreuses activités différentes. Ce cas illustre l’importance d’élaborer un plan de communication sur les risques pour favoriser une réponse bien coordonnée, précoce et efficace face aux risques de sécurité sanitaire des aliments. Au niveau le plus élémentaire, le plan de communication sur les risques doit clairement identifier qui fera quoi et comment, avant, pendant et après l’émergence d’un problème de sécurité sanitaire des aliments. Certains aspects de la planification de la communication sur les risques diffèrent selon que l’on se trouve face à une situation d’urgence ou de non-urgence. Par exemple, lors d’un incident de sécurité sanitaire des aliments d’urgence, les messages de risque doivent la plupart du temps être élaborés dans un laps de temps très court et en consultation avec un éventail d’organismes plus vaste que dans des situations normales. Planifier la communication sur les risques est important pour toutes les parties prenantes de la chaîne alimentaire et, bien que certains aspects puissent être communs, la plupart des plans de communication sont spécifiques à chaque organisation. Nous allons ici nous pencher sur les principes généraux de la planification. Les chapitres suivants du Manuel s’intéresseront plus en détails aux différentes étapes de la planification de la communication sur les risques. Avant de communiquer au sujet d’un problème de sécurité sanitaire des aliments, l’équipe de communication sur les risques doit: 1. Prioriser les questions de sécurité sanitaire des aliments et recueillir des informations. Il convient de dresser une liste des problèmes possibles de sécurité sanitaire des aliments et de les classer en fonction de la probabilité qu’ils se produisent et de leur impact éventuel sur les parties prenantes. Il est impossible de prévoir tous les problèmes possibles de sécurité sanitaire des aliments. Cependant, il est possible d’identifier les risques les plus probables/ou ceux dont les répercussions seraient les plus graves. C’est au sujet de ces questions de sécurité sanitaire des aliments que les responsables de la communication sur les risques doivent recueillir des informations. 2. Identifier les activités de communication sur les risques nécessaires. La prochaine étape est d’identifier toutes les activités de communication qui doivent être accomplies afin de communiquer efficacement sur les risques découlant des principaux problèmes de sécurité sanitaire des aliments identifiés (par exemple, engager le dialogue avec les parties prenantes, élaborer les messages, tester les messages, diffuser les messages, et coordonner la communication). 33 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE >> 3. Recueillir des informations sur les personnes et les ressources disponibles pour les activités de communication, et identifier les lacunes en termes de capacités et de ressources. Il est utile d’identifier les personnes, les compétences et les connaissances qui sont disponibles et qui peuvent contribuer à la réalisation des activités de communication (voir encadré 2.5). Cela peut inclure des collègues au sein de la même organisation ou la participation d’experts externes (des scientifiques, des experts en la matière, des experts en relations publiques et autres), selon les compétences et les connaissances nécessaires. Il est également important d’identifier les lacunes en matière de capacités et de ressources. E N C A D R É 2 . 5 PLANIFICATION: IDENTIFIER LES RESSOURCES ET LES CAPACITÉS NÉCESSAIRES POUR MENER À BIEN DIFFÉRENTES ACTIVITÉS DE COMMUNICATION Lors de l’élaboration du plan de communication sur les risques de sécurité sanitaire des aliments, il peut être utile de dresser un inventaire des ressources et des capacités disponibles, au niveau interne et externe, pour soutenir les activités de communication. Cela inclut notamment une évaluation des ressources financières nécessaires pour mener à bien les activités de communication ou pour faire appel à des services d’experts externes. Cela comprend également l’identification des personnes – et de leurs compétences et connaissances – qui sont disponibles pour contribuer à la réalisation des différentes activités de communication. Le tableau ci-dessous donne quelques exemples. Un agent de vulgarisation du Salvador apprend aux agriculteurs à vacciner la volaille contre la choléra. 34 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Activités de communication Exemples de ressources et de capacités Écoute à travers un dialogue Des personnes en mesure de surveiller les médias traditionnels et non traditionnels pour détecter les questions émergentes, les confusions, les rumeurs qui circulent, etc.; des entreprises de recherche axées sur les consommateurs Élaboration des messages Des rédacteurs expérimentés; des éditeurs; des personnes qui peuvent aider à communiquer dans plusieurs langues; des experts en relations publiques Approbation des messages Des personnes en mesure d’approuver rapidement des alertes et des avis pour une diffusion publique en cas de risque (potentiel) pour la santé publique Diffusion de l’information Des porte-paroles formés pour s’adresser aux médias; des personnes qui peuvent aider à diffuser l’information via différents canaux (comme les médias sociaux, les lignes d’assistance téléphonique); des personnes ou des organisations qui peuvent atteindre des populations vulnérables «difficiles à atteindre»; des moyens structurés et réguliers de diffusion de l’information au public et aux médias (comme les sites Web, les communiqués de presse, les séances d’information pour les médias ou les parties prenantes) Coordination de la communication Un/des porte-parole(s) principal/aux, des protocoles de coordination des activités de communication Pour fournir une réponse précoce lors d’un événement d’urgence, des ressources et des capacités spécifiques sont nécessaires. L’annexe 1 présente un outil qui peut être utilisé pour évaluer les capacités d’une organisation à intervenir rapidement, à coordonner ses messages avec d’autres organisations, à diffuser des informations, et à s’engager dans un dialogue avec les parties prenantes, lors de l’émergence d’une situation d’urgence en matière d’insécurité sanitaire des aliments. 4. Identifier et comprendre les publics cibles et collaborer avec les parties prenantes. Pour élaborer et diffuser des messages efficaces concernant les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, il est essentiel d’identifier, de comprendre, et de collaborer avec les publics cibles et les parties prenantes. Les questions de sécurité sanitaire des aliments affectent de multiples parties prenantes et il peut s’avérer difficile de toutes les identifier. L’encadré 2.6 présente un modèle qui peut être utilisé pour identifier les diverses parties prenantes. 5. Élaborer et diffuser les messages. Bien comprendre la nature du problème de sécurité sanitaire des aliments et les besoins des publics cibles en termes de communication permet d’élaborer des 35 CHAPITRE 2 : LES PR INCIPES D ’UNE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES EFF ICACE messages qui répondent à ces besoins et fournissent des informations pertinentes sur le risque. 6. Assurer le suivi et l’évaluation. Il est important d’identifier et de réfléchir à l’impact que les activités de communication sur les risques ont ou ont eu sur les comportements des publics cibles. C’est une occasion de tirer des leçons, mais aussi de mettre à jour les messages, de revoir les voies de communication et éventuellement d’adapter la communication à l'évolution des perceptions. Les résultats de l'évaluation doivent être intégrés dans le document de planification afin d’être pris en compte au cours des utilisations successives du plan. E N C A D R É 2 . 6 Identification des parties prenantes Les questions de sécurité sanitaire des aliments affectent de multiples parties prenantes, y compris les populations vulnérables, les travailleurs de première ligne dans le domaine de la santé, les producteurs primaires et agro-alimentaires, et les partenaires gouvernementaux. Il est difficile d’identifier toutes ces parties prenantes, d’autant plus qu’elles ne sont pas nécessairement proches/en contact avec l’organisation. Le modèle ci-dessous peut aider à identifier ces multiples parties prenantes. Énumérer les parties prenantes dans chaque groupe (cercle), en commençant par le plus petit cercle (populations vulnérables exposées) et en terminant par le cercle l’extérieur. (Adapté de: Santé Canada et Agence de la santé publique du Canada) PAR TIES PRENANTES CONCERNÉES AU TR ES PART IES PRENANTES AFFECTÉES CE UX Q UI PE UVE NT INFLUENCER LE RISQUE POPULATIONS VULNÉRABLES EXPOSÉES 36 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS PRINCIPALES RÉFÉRENCES EFSA (2012). Quand les aliments se déchaînent. Bonnes recettes de communication sur les risques. http://www.efsa.europa.eu/fr/corporate/pub/riskcommguidelines FAO/OMS (1998). L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments, Étude FAO - Alimentation et Nutrition N°70, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome. http://www.fao.org/3/a-x1271f/ FAO/OMS (2011). Guide FAO/OMS d’application des principes et procédures d’analyse des risques lors des urgences en matière de sécurité sanitaire des aliments. http://www.fao.org/docrep/015/ba0092f/ba0092f00.pdf Frewer, L. J., Howard, C., Hedderley, D., et Shepherd, R. (1996). What determines trust in information about food-related risks? Underlying psychological constructs. Risk Analysis, 16(4): 473-486. Ministère de la santé du Royaume-Uni (2009). Communicating about risks to public health: Pointers to Good Practice. http://www.bvsde.paho.org/tutorial6/ fulltext/pointers.pdf OMS (2005). Lignes directrices sur la communication lors des flambées de maladies. http://www.who.int/csr/resources/publications/WHO_CDS_2005_28fr.pdf?ua=1 37 MANUEL DE COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES APPL IQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS © F AO /J im H ol m es 38 CHAPITRE 3 © F AO /J im H ol m es PRINCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRATION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES RISQUES LIÉS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS 39 CHAPITRE 3 RÉSUMÉ DU CHAPITRE: > Comprendre la nature du problème de sécurité sanitaire des aliments est essentiel pour déterminer les méthodes et les approches de communication les plus appropriées. Il s’agit de comprendre la nature des risques, des avantages et des dangers impliqués, ainsi que la qualité/fiabilité des données disponibles. Il s’agit également de comprendre ce qui peut être fait pour atténuer le risque, qui a la capacité de le faire, et quelles conséquences involontaires pourraient survenir, du fait de la lutte contre le risque. > Pour mettre en place une communication efficace, il est également essentiel de comprendre les publics cibles. Les communicateurs doivent comprendre ce que les publics cibles savent déjà à propos du risque et les lacunes dans les connaissances qui doivent être comblées, mais ils doivent aussi déterminer les préoccupations et perceptions spécifiques des publics cibles à l’égard du risque. Comprendre ces aspects contribue à éclairer le contexte dans le cadre duquel les publics cibles doivent être informés et le type d’information dont ils ont besoin. > Pour être efficace, lors de l’élaboration des messages sur les risques, les communicateurs doivent prendre en compte le contexte culturel et socio-économique des publics cibles. Il est important de comprendre le rôle unique que joue la nourriture dans les cultures et les sociétés, les rôles attribués aux sexes dans les cultures et les sociétés particulières, ainsi que les besoins linguistiques et les capacités de lecture des différentes populations. > Pour déterminer comment atteindre les publics cibles, il est essentiel de déterminer les sources d’information considérées comme fiables, fréquemment utilisées et accessibles aux publics cibles, ainsi que les canaux de communication qu’ils utilisent et auxquels ils ont accès. > Les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments doivent également être examinés à la lumière de l’environnement historique, politique et médiatique spécifique dans laquelle ils se produisent. Comprendre ces aspects contribue à déterminer le type d'informations nécessaires pour faire face à un problème de sécurité sanitaire des aliments. > Pour déterminer le niveau d’intervention et les efforts nécessaires pour faire face à un problème de sécurité sanitaire des aliments, il est important de prendre en considération à la fois le degré d’impact sur la santé humaine et le niveau de préoccupation du grand public à l’égard du problème. 40 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS OBJECTIF L’objectif de ce chapitre est de présenter et d’examiner les facteurs clés qui doivent être pris en considération en vue de choisir les approches et les pratiques les mieux adaptées pour communiquer des informations concernant un risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments. Le chapitre se penche plus en détail sur l’importance de comprendre la nature du problème spécifique de sécurité sanitaire des aliments, et d’identifier les publics cibles qui doivent être atteints. Le chapitre examine également les raisons pour lesquelles il est essentiel de prendre en compte le contexte historique, politique et médiatique dans lequel apparaît le problème de sécurité sanitaire des aliments. Ce chapitre fournit ainsi un complément d’informations sur certains concepts et principes introduits ou présentés brièvement dans les chapitres 1 et 2, afin d’en favoriser une meilleure compréhension. 3.1 COMPRENDRE LA NATURE DU PROBLÈME DE SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS Pour être efficace, les responsables de la communication sur les risques doivent avoir une compréhension claire de la nature du problème de sécurité sanitaire au sujet duquel ils doivent communiquer, et une bonne compréhension de la façon d’adapter leurs efforts de communication en conséquence. Sans cette compréhension, les messages élaborés et les interactions nécessaires avec les parties prenantes et les publics cibles risquent d’être improductifs. Pire encore, si les messages sont fondés sur des informations erronées ou ne répondent pas aux besoins spécifiques des publics cibles, ils peuvent aboutir à des malentendus, provoquer un sentiment de méfiance, et détériorer la crédibilité de l’organisation. Cela peut à terme résulter en une incapacité à protéger la santé publique, l’environnement ou la production et le commerce de produits alimentaires salubres. 3.1.1 Quelle est la nature des risques et des avantages potentiels? Il est important d’avoir une bonne compréhension des risques (et des avantages) spécifiques, associés à un problème particulier de sécurité sanitaire des aliments. Il est ainsi fondamental de recueillir des informations essentielles concernant: > Qui et quoi pourrait être affectés? > Dans quelle mesure? > Quelles seraient les conséquences? > Avec quelle probabilité? > Dans quel délai (c.-à-d. des effets immédiats ou différés)? Par exemple, si les conséquences sont immédiates et graves, il conviendra de diffuser une communication d’urgence, qui diffère souvent du type de communication mis en place face à des risques de sécurité sanitaire non-urgents (voir encadré 3.1. sur E. coli). 41 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS E N C A D R É 3 . 1 L’ÉPIDÉMIE DE E. COLI O157:H7 DANS LES ÉPINARDS FRAIS AUX ÉTATS-UNIS EN 20067 Résumé de la situation En 2006, les Etats-Unis ont connu une flambée de maladie d’origine alimentaire causée par E. coli O157: H7. Au moment où l’épidémie et le risque ont été identifiés, 50 personnes étaient tombées malades et une personne était morte. Une enquête menée par la U.S. Food & Drug Administration (FDA), l’agence américaine responsable de la santé publique et chargée de surveiller la sécurité sanitaire des fruits et des légumes frais aux États-Unis, a identifié les épinards comme cause possible de l’épidémie. Principal défi pour la communication sur les risques: > Communiquer au sujet d’un risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments, dont la cause est incertaine mais qui est perçue comme représentant une menace immédiate avec de graves conséquences possibles. Actions La FDA a émis une alerte à l’adresse des consommateurs, les enjoignant à ne pas manger d’épinards frais en sachets, en prévenant les associations nationales du secteur quelques heures à l’avance. Cela a permis au secteur de répondre immédiatement et d’arrêter toute récolte, transport et vente d’épinards. Les distributeurs alimentaires et le secteur des fruits et légumes ont fait remonter à la FDA des commentaires à propos des préoccupations du public et de la confusion des consommateurs concernant les produits à éviter, ce qui a permis à la FDA de modifier ses messages pour fournir des éclaircissements, et répondre aux préoccupations du grand public. La FDA a publié des communiqués quotidiens. Outre le recours aux médias pour communiquer avec les consommateurs, la FDA a utilisé son site Web pour fournir des mises à jour et des lignes téléphoniques d’information pour les consommateurs. La FDA a organisé régulièrement des téléconférences avec les médias et les acteurs du secteur. Les responsables politiques concernés ont également été informés dans le cadre de réunions en face-à-face. Enseignements tirés La communication dans les situations d’urgence à propos d’un risque de sécurité sanitaire diffère des communications destinées à traiter des problèmes plus durables: > Il est souvent nécessaire de recourir à des communications directes et plus fréquentes avec les principales parties prenantes, car ces dernières sont généralement en demande de mises à jour régulières (par exemple les acteurs du secteur, les médias et les responsables gouvernementaux, ainsi que le grand public). > Les messages doivent être élaborés en un laps de temps relativement bref, et ont parfois besoin d’être modifiés et mis à jour rapidement, à mesure que de nouvelles informations sont disponibles, ou que des mesures de gestion des risques sont mises en œuvre. Il convient également, la plupart du temps, de modifier les messages, pour répondre aux nouvelles préoccupations des parties prenantes et les publics cibles et dissiper les confusions. En raison de l’urgence de la situation, il n’y a souvent pas assez de temps pour engager pleinement tous les publics cibles et toutes les parties prenantes concernées dans 7 Ce cas a été aimablement proposé par Mme Amy Philpott, Watson Green LLC. >> 42 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS l’élaboration du message. Toutefois, un plan général de communication en situation de crise, élaboré à l’avance en consultation avec les parties prenantes, représente une opportunité pour réfléchir et élaborer des messages et des stratégies de communication sur les risques, avant qu'il ne soit nécessaire de les employer pour répondre aux situations d’urgence. Il convient d’utiliser des voies de communication qui permettent une diffusion rapide et un échange direct d’informations avec les différentes parties prenantes. Il est important de mettre en place des canaux de communication bidirectionnels, afin de fournir aux parties prenantes et aux publics cibles des possibilités de trouver ou de fournir des informations, et de recevoir des commentaires sur des préoccupations spécifiques et des besoins de communication plus vastes. En réalité, l’urgence avec laquelle il faut communiquer s’inscrit généralement dans un continuum. En effet, la nécessité de communiquer sur un risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments, apparait la plupart du temps suite à l’émergence d’une situation d’urgence en termes de santé publique, qui nécessite des réponses immédiates. Cependant, dans un deuxième temps, les activités de communication sur les risques concernant les mêmes problèmes peuvent s’inscrire dans le cadre de stratégies globales visant à prévenir de futures urgences du même type. Il est important de comprendre la probabilité et la gravité des effets d’un risque d’insécurité sanitaire des aliments pour déterminer les stratégies de communication sur les risques à adopter avec les différentes parties prenantes. Par exemple, lorsque la probabilité d’effets indésirables est très faible, mais que les conséquences potentielles sont graves, il peut s’avérer nécessaire de fournir des informations concernant le risque sur le site Web de l’organisation pour communiquer avec le grand public, lorsque l’opinion publique n’exprime pas de vives inquiétudes. Cependant, il peut s’avérer nécessaire de déployer des efforts de communication accrus et de diffuser des messages différents à l’intention des parties prenantes qui peuvent aider à surveiller le risque et à minimiser la probabilité d’effets indésirables (par exemple, les inspecteurs en charge de la sécurité sanitaire des aliments, les législateurs, les acteurs du secteur). Comprendre qui et/ou ce qui est affecté est important pour déterminer la/ les cible(s) principale(s) de la communication. Il est particulièrement important d’identifier les populations vulnérables et leurs niveaux d’exposition possibles, en gardant à l’esprit que dans toutes les sociétés les personnes les plus vulnérables sont généralement les très jeunes enfants, les personnes très âgées, les femmes enceintes et les personnes dont le système immunitaire est affaibli à la suite d’une maladie ou en raison d’une nutrition inadéquate. L’information devra cibler ces groupes, qui peuvent avoir des besoins de communication très spécifiques. Les responsables de la communication sur les risques doivent soigneusement évaluer s’il existe divers niveaux de tolérance au risque, et les reconnaître le cas échéant (voir par exemple l’encadré 1.5. à propos de l’arsenic dans le riz et ses produits dérivés, présenté au chapitre 1). Pour éviter des modifications indésirables dans les habitudes de consommation, il est également important d’évaluer la relation 43 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS entre les avantages et les risques liés à la consommation d’un produit alimentaire qui présente un risque, et de déterminer si cette relation diffère selon les personnes (à titre d’exemple voir l’encadré 1.1. au chapitre 1, sur l’importance d’une communication ciblée sur les risques-avantages). La collecte d’informations auprès des parties prenantes (par exemple les données du marché, les systèmes de distribution, la traçabilité des ingrédients) et des consommateurs (par exemple les apports alimentaires) peuvent contribuer à une meilleure compréhension de la nature des risques encourus en cas de problème d’insécurité sanitaire des aliments. 3.1.2 Quelle est la nature du risque? Les responsables de la communication sur les risques doivent avoir une compréhension scientifique claire de la nature des risques encourus lors de l’émergence d’un problème de sécurité sanitaire des aliments, ainsi que de la manière dont les personnes peuvent réagir face à différents dangers. Il s’agit par exemple de déterminer les niveaux d’exposition au danger (quelle quantité et sur quelle période), et l’origine du risque (danger chimique ou biologique). En cas de danger biologique, il est essentiel de déterminer la quantité d’agent pathogène qui doit être consommée pour provoquer la maladie (la dose infectieuse), afin d’évaluer le risque potentiel. Des adultes en bonne santé peuvent être exposés à des niveaux limités de danger à travers la consommation de produits agroalimentaires crus contaminés (par exemple des produits frais ou du poisson) ou des aliments traités, manipulés ou cuits de manière inadéquate, sans pour autant contracter de signes cliniques de la maladie. Les viandes, les poissons, les volailles, les fruits, les légumes et autres denrées alimentaires crus sont rarement stériles. L’exposition à des niveaux élevés de dangers peut provoquer des maladies graves. Il est important de noter que le grand public tend à être préoccupé par un danger alimentaire lorsque de nombreuses personnes sont exposées (par exemple, le danger est présent dans des produits couramment utilisés, ou dans un large éventail de produits), lorsque ceux qui apparaissent comme les plus vulnérables sont exposés, lorsque le danger est perçu comme artificiel (par exemple, les dangers chimiques), ou lorsqu’un danger peut avoir des répercussions graves sur la santé, quel que soit le niveau d’exposition. Dans ces circonstances, la communication doit veiller à intégrer et à répondre à ces préoccupations, et il peut même être nécessaire de communiquer clairement l’étendue du danger et le niveau réel de risque lié au problème de sécurité sanitaire des aliments. Pour certains dangers, comme certains types de E. coli, la maladie est possible quel que soit le niveau de contamination. Ainsi, la découverte de ce type de dangers entraîne un rappel immédiat des aliments contaminés et leur destruction. Dans ces cas, il est évidemment essentiel de communiquer rapidement. Les conséquences d’une exposition à long terme à certains dangers chimiques présents dans l’alimentation doivent également être pris en compte et abordés dans la communication. Par exemple, l’exposition à de petites quantités de certaines 44 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS toxines (comme le plomb) peut entraîner une accumulation de ces toxines dans l’organisme au fil du temps et provoquer des problèmes sur le long terme. La plupart du temps, ces effets à long terme ne sont pas bien compris. Il convient toutefois de le reconnaître dans la communication sur les risques pour des raisons de transparence et pour permettre à tout un chacun de prendre des décisions éclairées. Lorsque le danger est encore inconnu ou que le niveau de risque n’est pas déterminé, il peut être utile de recueillir des informations auprès des parties prenantes (par exemple des experts (internationaux) pour réaliser une évaluation rapide des risques). Parfois, les connaissances scientifiques ne suffisent pas à fournir une compréhension claire de la nature d’un danger (par exemple les risques émergents comme les maladies à prions). Face à l’incertitude ou au manque de connaissances sur les risques, la communication devient alors très importante. Le chapitre 4 présente des conseils sur la façon de gérer l’incertitude. 3.1.3 Apprécier la qualité/certitude des données disponibles Il arrive que les données nécessaires pour déterminer la nature des risques et des avantages associés à un problème de sécurité sanitaire des aliments soient disponibles dans le cadre du processus ordinaire d’analyse des risques. Toutefois, en particulier dans les situations où il convient de mettre en place une communication d’urgence pour prévenir ou réduire les risques de préjudice grave, les données disponibles sont la plupart du temps incomplètes et incertaines. Pour communiquer efficacement dans des conditions où l’information sur les risques est entourée d’incertitudes, les responsables de la communication sur les risques doivent avoir une vision claire des incertitudes qui existent à propos du risque d’insécurité sanitaire des aliments. A cette fin, les évaluateurs des risques doivent documenter les incertitudes qui persistent lors de l’évaluation des risques, et les communiquer précisément aux gestionnaires et aux communicateurs des risques. Les limites de l’évaluation des risques doivent également être exprimées de manière à être comprises par un public non-technique, afin de renforcer la transparence et de permettre aux parties prenantes concernées d’apprécier le processus décisionnel et de faire des choix éclairés à mesure que la situation évolue. 3.1.4 Comprendre ce qui peut être fait à propos du risque Les responsables de la communication sur les risques doivent comprendre ce que les personnes peuvent faire pour limiter leur exposition au danger. Il est particulièrement important de permettre au public d’exercer une forme de contrôle personnel, et la communication sur les risques doit veiller à informer les personnes des mesures qu’elles peuvent prendre pour réduire le risque. Lorsque les personnes n’ont pas la possibilité de maîtriser leur exposition au risque, il est particulièrement important de les informer des mesures qui sont prises pour le réduire à leur place. Il peut être utile de dialoguer avec les parties prenantes pour éclairer les décisions prises en matière de gestion des risques. Pour gérer efficacement un 45 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS >> risque d’insécurité sanitaire des aliments, il est essentiel pour les gestionnaires de risques d’avoir une bonne compréhension de ce qui peut être fait pour atténuer le risque, et de qui a la capacité de le faire. Par exemple, décider de mettre en œuvre une campagne d’information visant à encourager ceux qui manipulent les aliments à se laver les mains ne sera évidemment pas efficace si ces derniers n’ont pas un accès aisé à l’eau potable. Or, les travailleurs individuels n’ont pas nécessairement le contrôle, l’autorité et les ressources pour obtenir un accès à l'eau potable. Celui- ci dépend probablement de ceux qui possèdent ou contrôlent l’infrastructure. La communication doit donc également cibler ceux qui possèdent ou contrôlent l’infrastructure de travail. Outre le fait de comprendre qui est capable de faire quoi, les gestionnaires de risques doivent également déterminer les motivations ou les incitations qui peuvent être nécessaires pour mettre en œuvre avec succès des mesures d’atténuation des risques. Par exemple, si les agriculteurs et les commerçants ne sont pas incités à adopter de bonnes pratiques de production pour améliorer le contrôle de la production agro-alimentaire à la ferme en raison des coûts à engager, il peut être nécessaire de mettre en place des mesures d’incitation positives ou négatives (comme le versement d’indemnités, la mise en application de lois), pour promouvoir un changement de comportement. Dialoguer avec les parties prenantes peut fournir aux gestionnaires des risques des renseignements sur ceux qui ont la capacité de réduire efficacement le risque, et sur les motivations ou incitations qui pourraient être nécessaires pour mettre en œuvre avec succès des mesures d’atténuation des risques (voir encadré 3.2). E N C A D R É 3 . 2 COMMUNICATION SUR LES RISQUES AU BRÉSIL À PROPOS DE LA MALADIE DE CHAGAS8 Résumé de la situation La maladie de Chagas est une maladie assez commune au Brésil et en Amérique latine dans son ensemble, qui provoque chez les êtres humains de nombreuses maladies voire même des décès. La maladie de Chagas est causée par un parasite, qui se transmet la plupart du temps par la consommation de légumes ou de fruits crus contaminés. Pour réduire le risque de maladie de Chagas à travers la consommation de produits frais contaminés, le Gouvernement brésilien a mis en place un programme obligatoire qui préconise de Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) auprès de tous les acteurs qui commercialisent des aliments et des boissons à base de fruits et de légumes crus. Ils reconnaissent cependant que la mise en œuvre de ces mesures est souvent difficile. Le gouvernement a élaboré et mis en place une campagne de communication sur les risques, visant à sensibiliser les vendeurs de rue et les producteurs de denrées alimentaires aux risques de transmission, et à leur fournir des informations sur les pratiques de contrôle à mettre en œuvre pour réduire la transmission de la maladie de Chagas à travers la consommation d’un fruit très prisé dans le bassin du fleuve Amazone: la baie d’açai. Une campagne de prévention a également été élaborée à destination du grand public, pour le sensibiliser aux risques potentiels liés à la consommation de produits à base de baie d’açai. 8 Ce cas a été gracieusement proposé par M. Enrique Pérez Gutiérrez, Docteur, Organisation panaméricaine de la santé/Organisation mondiale de la santé. 46 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Principal défi pour la communication sur les risques: Promouvoir les BPF auprès des vendeurs de rue et des producteurs de denrées alimentaires en matière de traitement et de commercialisation des baies d’açai, en vue d’éliminer ou de réduire les risques sanitaires liés à la maladie de Chagas provoquée par une consommation de produits à base de baie d’açai contaminés. Actions et résultats Le gouvernement a dialogué avec les parties prenantes pour déterminer la perception des risques et les préoccupations sanitaires liées à la maladie de Chagas associée à une consommation de produits à base de baies d’açai contaminées. Les campagnes d’éducation ont ciblé les vendeurs de rue et les producteurs de denrées alimentaires. Il s’agissait notamment de réaliser des démonstrations des étapes à suivre pour transformer les baies d’açai, et de proposer du matériel éducatif à propos des BPF des produits dérivés de la baie d’açai. Pour motiver les vendeurs de rue et les producteurs de denrées alimentaires à se conformer aux BPF, le gouvernement a diffusé des messages visant à accroître, chez les producteurs alimentaires, la perception des risques et des conséquences sanitaires possibles s’ils ne respectaient pas les BPF. La campagne a renforcé la prise de conscience de l’importance des BPF pour réduire le risque de contamination des produits, a amélioré la salubrité des produits à base de baies d’açai, et devrait aboutir à une réduction des cas de maladie de Chagas, provoqués par la consommation de produits contaminés. Enseignements tirés Dialoguer avec les parties prenantes peut fournir des renseignements utiles concernant les mesures à mettre en place pour motiver la mise en œuvre des mesures d’atténuation des risques. 3.1.5 Prévoir et faire face aux conséquences imprévues Il est important de passer par un processus de délibération visant à identifier, à prévoir et à atténuer d’éventuelles conséquences involontaires, qui peuvent être liées aussi bien à la communication qui attire l’attention sur les risques qu’aux efforts qui sont conçus pour y faire face. À titre d’exemple, prévenir des populations à faible revenu que les denrées de base qu’ils consomment sont potentiellement contaminées ou insalubres, sans leur fournir d’alternatives appropriées, risque simplement de créer de l’anxiété sans pour autant contribuer à la protection de la santé publique. Il est également important de prendre en considération des changements involontaires dans les décisions de consommation alimentaire résultant de stratégie de communication sur les risques inefficaces (voir par exemple l’étude de cas sur l’arsenic dans l’eau et l’alimentation présentée dans l’encadré 3.3, ainsi que l’encadré 1.1 sur la communication ciblée sur les risques-avantages). 47 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS E N C A D R É 3 . 3 DE L’ARSENIC DANS L’EAU ET LA NOURRITURE Résumé de la situation L’arsenic est une substance chimique que l’on retrouve communément dans l’eau et dans les denrées alimentaires. La forme la plus dangereuse, l’arsenic inorganique est une substance cancérigène répandue dans l’environnement, que l’on peut observer à certains niveaux dans le riz et les légumes. L’arsenic organique, qui est moins nocif, est très répandu dans les fruits de mer. Principal défi pour la communication sur les risques: > Les produits chimiques dans les aliments sont souvent perçus comme non naturels et le grand public a tendance à être plus préoccupé lorsque le risque d’insécurité sanitaire est lié à la présence de produits chimiques dans leur alimentation. Du fait que toute communication sur l’arsenic est susceptible de renforcer la perception des risques, les communicateurs doivent veiller à ce que les personnes continuent de consommer des fruits de mer, des légumes et du riz non contaminé, car une réduction de la consommation de ces produits peut avoir des effets négatifs sur la santé. L’information sur les risques doit par conséquent fournir des conseils clairs sur ce que les personnes peuvent faire pour réduire leur exposition à l’arsenic inorganique, ainsi que ce qu’ils doivent faire pour maintenir une alimentation saine, afin d’éviter des changements dans les choix alimentaires qui pourraient être nuisibles pour la santé. C O N S E I L S Dialoguer avec les parties prenantes et les publics cibles au cours de la phase d’élaboration des messages, et tester les messages auprès des publics cibles, peut aider à prévoir d’éventuelles conséquences imprévues de la communication. 3.2 COMPRENDRE LES BESOINS DES PUBLICS CIBLES Avoir une bonne compréhension de la nature du problème d’insécurité sanitaire des aliments est extrêmement important pour éclairer les besoins de communication, mais ce n’est que la moitié de ce qui est nécessaire pour planifier et mettre en œuvre avec succès des activités de communication sur les risques. Il est en effet tout aussi essentiel d’avoir une compréhension claire des publics cibles qui doivent être atteints. Pour déterminer le contexte dans le cadre duquel les publics cibles doivent être informés et le type d’information dont ils ont besoin, il est important d’identifier les aspects suivants: > Qu’est-ce que les publics cibles savent déjà sur le risque? > Comment agissent-ils sur la base de cette connaissance? > Quelles lacunes dans les connaissances convient-il de combler? > Quelles sont les préoccupations et perceptions spécifiques des publics cibles à propos du risque? 48 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS 3.2.1 L’environnement culturel et socio-économique des publics cibles Pour déterminer les besoins des publics cibles en matière de communication sur les risques, les communicateurs doivent respecter et prendre en considération la culture, les croyances et le statut socio-économique de leurs publics. Le rôle unique de la nourriture dans la culture et la société Lorsqu’ils élaborent des messages sur les risques, les communicateurs doivent prendre en compte les rôles uniques que les habitudes alimentaires et les méthodes de préparation des aliments jouent au sein des cultures et de la société (voir encadré 3.4.). Les pratiques de préparation et de consommation des aliments sont souvent enracinées dans des cultures et traditions culinaires spécifiques. Suggérer que ces modes de préparation ou ces pratiques de consommation (ce que les gens font) posent problème, peut être perçu comme une critique de leur identité (ce que les gens sont). En conséquence, ces croyances, ces traditions et ces pratiques sont difficiles à changer simplement en fournissant des informations sur les risques en termes de sécurité sanitaire des aliments. Par exemple, dans certaines cultures, le contact à mains nues avec la nourriture est perçu comme faisant partie intégrante de la préparation de la nourriture dans le respect de la tradition. Le simple fait de suggérer que les préparateurs alimentaires devraient porter des gants peut être interprété comme une accusation contre eux, qui signifie que leurs pratiques culinaires, étroitement liées à leur culture, sont dangereuses. Au lieu de simplement communiquer des informations sur les risques, les messages seront plus efficaces s’ils fournissent des informations sur les méthodes qui permettent de réduire le risque, sans pour autant modifier fondamentalement le sens de la nourriture ou des pratiques culinaires (par exemple, des informations sur la façon de cuire des plats traditionnels en respectant des températures minimales de sécurité). E N C A D R É 3 . 4 LE RÔLE DE L’ALIMENTATION DANS LA CULTURE ET LA SOCIÉTÉ Les pratiques alimentaires et de préparation des aliments jouent un rôle unique dans des cultures et les sociétés, et doivent être prises en compte lors de l’élaboration des messages sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. > La nourriture représente un aspect fondamental des pratiques religieuses, culturelles et traditionnelles (par exemple, la préparation et la consommation rituelles de certains aliments). > Les choix alimentaires sont un moyen de communiquer son identité personnelle ou son appartenance culturelle, ou d’exprimer un point de vue idéologique (par exemple ne pas manger de produits (ou certains produits) à base de viande). > Certains aliments ont une importance symbolique particulière (par exemple, le lait, le miel, les fruits et les légumes peuvent être associés à la santé, la pureté et la santé). Le frelatage de ces produits peut être considéré comme particulièrement répréhensible, et les risques liés à la contamination de ces aliments peuvent également être perçus comme beaucoup plus graves en raison de leur valeur symbolique. 49 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS Les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments ne peuvent pas être complètement évités, et dans certaines circonstances, les décisions quant à l’acceptabilité des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments sont simplement motivés par des réalités économiques. En l'absence d'alternatives abordables, de nombreuses personnes n’ont quasiment pas d’autre choix que de consommer des aliments qui sont, dans une certaine mesure, dangereux. Pour ces populations, communiquer uniquement sur les risques associés à ces produits, sans fournir les informations ou les ressources nécessaires pour minimiser le risque ou permettre des choix alimentaires différents, a peu de chance de participer à une amélioration de la santé publique. Quels sont les rôles attribués à chaque sexe? Les rôles et responsabilités attribués aux hommes et aux femmes, pour ce qui concerne l’acquisition et la préparation de la nourriture, le contrôle sur les ressources, l’accès à l’éducation, et les taux d’alphabétisation peuvent également différer considérablement entre les sociétés et les cultures. Dans de nombreuses cultures, ce sont principalement les femmes qui déterminent quels aliments la famille va manger et comment ils seront préparés. Dans de nombreux pays, les femmes sont également chargées de cultiver des produits alimentaires. Les femmes partagent entre elles des méthodes de préparation et des choix alimentaires sûrs (et dangereux), qui se transmettent généralement de mères en filles. Ainsi, de nombreux de risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments sont sous le contrôle des femmes et il convient donc de déployer des efforts spécifiques, pour atteindre les femmes. L'OMS sensibilisant à la sécurité sanitaire del aliments lors de l'exposition alimentaire de Milan en 2015. © W HO /F ra nc oi se F on ta nn az 50 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS En revanche, dans certains pays, conformément aux traditions culturelles ou religieuses, ce sont les hommes qui sont les principaux décideurs, même si la responsabilité de nourrir la famille incombe aux femmes. Dans d’autres cultures et familles, le choix des aliments et les pratiques de préparation des aliments sont des décisions partagées, et, dans certains cas, ce sont les hommes qui sont chargés d’acheter (ou de produire) les aliments et de les préparer. Ainsi, il est essentiel de déterminer la composition des publics cibles – principalement des femmes ? des hommes ? les deux ? – et les rôles attribués à chacun en fonction des normes et des attentes culturelles, afin d’adapter les stratégies de communication, les messages, les voies et les méthodes d’interaction en conséquence ? Besoins linguistiques Les sociétés multiculturelles et multilingues exigent des efforts de communication sur les risques adaptés en conséquence. Malheureusement, en raison des compétences et des ressources supplémentaires qui sont nécessaires pour communiquer dans plusieurs langues, par défaut, de nombreux communicateurs sur les risques tendent à interagir avec les publics cibles dans la langue dominante. Cependant, communiquer des informations essentielles sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments dans une seule langue peut involontairement: > avoir des effets néfastes sur la santé de ceux qui ne parlent pas cette langue. > envoyer le message à ceux qui ne parlent pas cette langue que le communicateur ne se soucie pas de leur santé. En particulier dans les cas d’éclosions de maladies d’origine alimentaire ou d’incidents de contamination, si un produit alimentaire affecté est consommé dans des villages, des quartiers, ou des régions où une langue ou un dialecte particulier est parlé, les messages visant à alerter le public sur ces produits doivent aussi être diffusés dans cette langue ou dialecte. Capacité de lecture L’accès aux informations écrites sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments et la capacité de les lire peuvent varier selon les populations en raison de problèmes de distribution, de vision, et d’alphabétisation. En conséquence, communiquer sur les risques uniquement sous forme écrite est peu susceptible de répondre aux besoins de nombreux publics, même dans les pays riches. Pour certaines personnes, l’information sur les risques doit être diffusé d’une manière qui ne repose pas sur la capacité de lire (par exemple, via la radio, la vidéo/la télé, des podcasts, le bouche- à-oreille, des images, des histoires, des chansons, des pièces ou autre performances). 51 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS 3.2.2 Comment atteindre les publics cibles? Pour être efficace, la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments nécessite des mécanismes de diffusion adaptés aux publics visés. Pour chacun des publics cibles, il est important d’identifier les sources d’information, les canaux et les moyens de communication à la fois les plus utilisés par les publics cibles et les plus appropriés pour la diffusion des messages. Sources d’information et porte-paroles Pour déterminer les sources d’information qui peuvent contribuer à la communication sur les risques, les responsables de la communication sur les risques doivent comprendre quelles sont les sources d’information que chacun des publics cibles considère comme digne de confiance, crédible et fiable. Cette question a déjà été examinée dans le chapitre 2. Il est important de noter que les sources d’information FIGURE 3.1 EXEMPLES D’INFORMATIONS SUR LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS ADAPTÉES À DIFFÉRENTS PUBLICS CIBLES © Tous droits réservés. Guide sur la salubrité de aliments Pour les personnes ayant un système immunitaire affaibli. Santé Canada, 2010. Adapté avec la permission du Ministre de la Santé, 2015. © Tous droits réservés. Guide sur la salubrité des aliments Pour les femmes enceintes. Santé Canada, 2010. Adapté avec la permission du Ministre de la Santé, 2015. © Tous droits réservés. Guide sur la salubrité des aliments Pour les 60 ans et plus. Santé Canada, 2010. Adapté avec la permission du Ministre de la Santé, 2015. 52 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS les plus fiables ne sont pas nécessairement les plus fréquemment utilisées. Il est non seulement important de déterminer le degré de confiance dans les sources d’information sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, mais également d’identifier les sources les plus fréquemment utilisées, et celles qui parviennent le mieux à atteindre les publics cibles. Les communicateurs sur les risques doivent collaborer avec des sources d’information crédibles et accessibles. Par exemple, dans les pays où la population est composée de groupes divers et où certaines personnes sont difficiles à atteindre et risquent d’être exclues de la communication sur les risques, il peut être important de collaborer avec les organisations locales ou communautaires pour atteindre tous les publics cibles. Les programmes communautaires de communication sur les risques ont montré leur efficacité, ils sont cependant chronophages et exigeants en termes de capitaux et de main-d’œuvre. Les ONG, les organisations internationales et les organisations communautaires sont souvent utiles pour la réalisation de ces programmes, et les gouvernements ont tout intérêt à soutenir ces organisations et à collaborer avec elles. Les organisations doivent également choisir un porte-parole pour communiquer avec le public. Une communication sur les risques efficace repose à la fois sur le fait d’être compris et sur le fait d’être cru. Par conséquent, il est important de choisir un porte-parole sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, techniquement compétent et qui connaît clairement les problèmes liés au risque, confiant dans sa capacité à en parler, et, qui, de par son comportement et ses actions, inspire la confiance. Pour obtenir la confiance du public, le communicateur – et les communications – doit démontrer qu’il détient les connaissances et l’expertise nécessaires, faire preuve d’ouverture et d’honnêteté, montrer de l'attention et de l'empathie. Il n’est généralement pas difficile d’identifier des experts techniques qui possèdent les connaissances et l’expertise requises en matière de risques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Cependant, bien que l’expertise technique soit essentielle pour établir la confiance et la crédibilité, elle ne suffit pas. Lorsque le porte-parole détient une vaste expérience mais n’est pas en mesure d’interagir avec les gens ordinaires, cela suggère une forme de distanciation du communicateur à l’égard des gens «normaux», qui tend à réduire à la fois sa fiabilité et son efficacité. Par conséquent, il est important de trouver des communicateurs possédant une bonne expertise technique, mais également en mesure de parler facilement et honnêtement avec le public, de comprendre leurs préoccupations, et d’y répondre de façon appropriée. Les bons communicateurs adaptent leurs stratégies de communication en vue de répondre au mieux aux besoins de ceux avec lesquels ils souhaitent communiquer. Ils sont également prêts à reconnaître quand ils n’ont pas toutes les réponses, et savent comment ajuster leur communication en conséquence. Il n’est pas toujours facile de trouver une seule personne possédant l’expertise technique, les compétences et l’expérience nécessaires en matière de communication, de sorte qu’il peut être nécessaire d’associer plusieurs personnes qui, ensemble, réunissent les compétences requises. Cela implique parfois de choisir un 53 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS communicateur principal, qui possède de bonnes compétences et une expérience solide en matière de communication, qui bénéficie du soutien d’un groupe d’experts techniques. Il peut également se révéler utile de former les experts techniques sur certains enjeux sociaux et stratégies de communication, en vue de renforcer leurs compétences en matière de communication sur les risques. Il est particulièrement important de s’appuyer sur un porte-parole de confiance et bien formé dans les situations d’urgence. Cependant, l’importance et l’utilité du porte-parole ne se limite pas aux situations d’urgence. Des porte-paroles célèbres peuvent par exemple être utiles pour promouvoir des campagnes de sensibilisation aux risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Vecteurs et méthodes d’information Pour atteindre les publics visés, il est essentiel d’utiliser des voies et des méthodes de communication appropriées. Les communicateurs doivent comprendre quels canaux et quelles méthodes de communication (médias, sites Web, rencontres communautaires, etc.) sont les plus appropriés pour communiquer avec chacun des publics cibles. Tous les publics cibles n’ont pas nécessairement accès, ou envie, d’utiliser les mêmes canaux de communication. Les sites peuvent se révéler d’une maigre utilité dans les pays en développement où la majorité du public cible ne bénéficie que d’un accès limité à Internet. Cependant, les sites Web sont souvent utilisés par les professionnels (les entreprises agro-alimentaires, les responsables de la santé environnementale, les travailleurs de la santé, et les médias) pour diffuser l’information auprès des consommateurs. Le chapitre 4 revient plus en détail sur les canaux et les méthodes de communication. 3.3 QUELLE EST L’HISTOIRE DU RISQUE, DANS QUEL CONTEXTE POLITIQUE ET ENVIRONNEMENT MÉDIATIQUE APPARAÎT-IL? Pour déterminer le type d’informations nécessaires pour faire face à un problème spécifique d’insécurité sanitaire des aliments, les communicateurs doivent également tenir compte du contexte historique, politique et médiatique dans lequel le problème survient. Les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments doivent être examinés à la lumière du contexte particulier dans lequel ils surviennent. Pour mieux comprendre le contexte qui caractérise un problème d’insécurité sanitaire des aliments, il est essentiel de connaître l’historique du risque. Par exemple, si une entreprise a des problèmes récurrents d’insécurité sanitaire des aliments, qui affectent ses produits, on peut s’attendre ce que le degré de confiance du public à l’égard de cette entreprise soit faible. Lorsque cette société se retrouve de nouveau confrontée à un problème lié à la sécurité sanitaire des aliments, les responsables de la communication sur les risques devront non seulement communiquer sur le risque lui-même, mais ils devront aussi faire face à la méfiance du public et expliquer pourquoi le même problème s’est produit à nouveau, et ce qui est fait pour l’empêcher de se reproduire à l’avenir. 54 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS >> Les approches de la communication sur les risques peuvent également varier selon que le risque fait l’objet de controverses, en raison de convictions politiques divergentes, d’avis scientifiques discordants, ou des opinions fortes ou différentes d’ONG ou de groupes de défense. Pour faire face et répondre aux opinions divergentes des parties prenantes qui communiquent également sur le risque, les communicateurs doivent déterminer quand et comment réagir, dans le cadre d’une stratégie solide de communication (voir l’encadré 3.5 à titre d’exemple). De même, le type, le ton, et/ou le degré de couverture médiatique qui été accordé à un problème d’insécurité sanitaire des aliments peut être déterminant pour décider quoi et comment communiquer. La manière dont les questions relatives à la sécurité sanitaire des aliments sont décrites dans les médias détermine ce que les gens connaissent des risques, et influence ce qu’ils pensent à leur sujet. Il est ainsi particulièrement important de comprendre la manière dont les médias communiquent sur la nature du risque, sur ce qui l’a provoqué et sur qui est responsable (à la fois de l’émergence du risque et de sa résolution), pour déterminer les thèmes à aborder et les informations à fournir au public dans le cadre de la stratégie de communication. E N C A D R É 3 . 5 BISPHENOL A DANS LES BIBERONS9 Résumé de la situation Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique artificiel souvent incorporé dans les matériaux en plastique destinés à l’emballage des aliments et des boissons. Dans les années 1990, des chercheurs ont constaté que ce composé chimique tendait à se dégager du plastique et à passer dans l’eau, laissant craindre une consommation involontaire de BPA, potentiellement dangereuse pour la santé (comme des troubles de l’appareil reproducteur, des cancers du sein et de la prostate, et des problèmes de comportement neurologique). Principal défi pour la communication sur les risques: > Communiquer au sujet du BPA alors que les experts expriment des avis très différents quant au risque pour les consommateurs, et comment gérer cette situation. Actions et résultats De nombreux organismes de réglementation à travers le monde ont réalisé des expériences pour évaluer le risque lié au BPA. Des groupes de défense des consommateurs et des agents de changement des milieux universitaires, politiques et publics ont pris la parole dans les médias pour dénoncer l’utilisation du BPA, renforçant par la-même l’inquiétude du grand public. Cette attention du grand public a donné lieu à une série d’actions contradictoires ou confuses des organismes gouvernementaux, des autorités de santé, des médias et des principales parties prenantes dans le monde entier, qui ont inquiété davantage l’opinion publique. 9 Ce cas a été gracieusement proposé par Mme Elizabeth L. Petrun, Docteur, Université du Maryland et M. Andrew P. Benson, International Food Information Council and Foundation. La présentation complète du cas est accessible à l’adresse suivante: http://www.foodinsight.org/case-study-Bisphenol- A-in-baby-bottles 55 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS À titre d’exemple, Santé Canada (l’organisme canadien responsable des réglementations relatives à l’alimentation et la santé) a décidé d’interdire le BPA dans les biberons, à la suite de quoi une grande entreprise a annoncé aux États-Unis qu’elle ne vendrait plus de biberons contenant du BPA. La FDA aux États-Unis a décidé de réexaminer le BPA et a choisi de ne pas interdire le composé chimique, car ils ont déterminé, sur la base d’une évaluation des données scientifiques, que le BPA ne présentait pas de risque significatif pour les consommateurs. Depuis cette décision, des groupes de défense des consommateurs, aussi bien au niveau des États qu’à l’échelle nationale, n’ont eu de cesse de faire pression sur leurs gouvernements, incitant plusieurs États américains à interdire l’utilisation du BPA dans les biberons et les emballages d’autres produits destinés aux enfants. La manière dont le risque a été géré a également varié selon les pays. Certains pays ont décidé d’interdire l’utilisation du BPA dans les matériaux d’emballage alimentaire, tandis que d’autres ont continué à l’autoriser. Enseignements tirés Des avis divergents et l’impossibilité d’établir un consensus sur la façon de gérer un risque potentiel peut élever le degré de préoccupation du grand public et faire planer un doute concernant qui croire et à qui faire confiance. Lorsqu’ils communiquent lors de situations où des opinions divergentes coexistent, les responsables de la communication sur les risques doivent aborder et répondre aux différents avis exprimés par d’autres parties prenantes qui communiquent également sur le risque, et s’efforcer de faire preuve d’honnêteté, d’expertise, et d’un sens des valeurs partagées, pour augmenter leur crédibilité. Il convient également d’inclure dans la stratégie de communication des précisions sur les raisons pour lesquelles il arrive que les résultats des évaluations des risques portant sur des problèmes identiques ou similaires diffèrent, afin d’éviter toute confusion entre les diverses parties prenantes. Il est également important de montrer que les différents acteurs, qui présentent des preuves «contradictoires», sont dans un processus d’échange et d’expliquer ce qui est fait pour parvenir à un consensus. Pour éviter la diffusion de messages contradictoires et la confusion du public, il est important de favoriser des processus de collaboration (inter)nationaux sur les questions de communication sur les risques, entre les différentes agences gouvernementales, mais aussi avec d’autres parties prenantes telles que les associations de consommateurs et les acteurs du secteur. 3.4 COMPRENDRE LES RESPONSABILITÉS DES COMMUNICATEURS DANS LE CADRE DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS Les responsables de la communication sur les risques doivent définir des responsabilités au regard de la situation spécifique d’insécurité sanitaire des aliments. Étant donné que les ressources à leur disposition sont limitées, les communicateurs doivent décider le degré d’intervention et la quantité d’efforts nécessaires pour faire face à un problème particulier d’insécurité sanitaire des aliments. Cela dépend largement du degré d’impact sur la santé publique et du niveau de préoccupation de l’opinion publique. 56 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Dans certains cas, les responsabilités du communicateur sont claires. Par exemple, dans les situations où la menace est immédiate et susceptible d’avoir de graves conséquences, il existe un devoir éthique et probablement une obligation réglementaire de communiquer rapidement et largement des mises en garde adaptées et autres informations destinées à inciter les personnes à prendre les mesures nécessaires pour protéger leur état de santé. La découverte de la contamination d’un produit par des agents pathogènes d’origine alimentaire relèverait certainement de cette catégorie (voir l’encadré 3.1. sur E. coli). En revanche, dans les situations où les données scientifiques suggèrent que les risques pour la santé publique sont très faibles, et où l’opinion publique ne semble pas particulièrement inquiète, la réponse appropriée peut consister simplement à rendre l’information accessible à ceux qui pourraient la chercher, en publiant par exemple un communiqué de presse ou en publiant l’information directement sur un site Web. La définition des responsabilités est plus complexe lorsque les communicateurs sont confrontés à une situation où les estimations techniques des risques ne correspondent pas à la perception du risque par l’opinion publique. Dans les cas où l’impact du risque sur la santé publique est élevé, mais l’intérêt du public est faible, les communicateurs ont une obligation morale de protéger la santé publique. Pour ce faire, il se peut qu’ils doivent aller au-delà d’une simple mise à disposition d’informations et qu’ils aient à déployer des efforts visant à accroître l’intérêt et la prise de conscience du public et à persuader les parties prenantes et l’opinion publique de la nécessité de prendre des mesures appropriées. En revanche, dans les situations où les craintes publiques dépassent considérablement l'impact sur la santé publique, les communicateurs peuvent être confrontés à des choix difficiles. Dans certains cas, leur responsabilité peut consister à mettre en perspective le risque, tout en répondant de manière appropriée aux raisons profondes de l’inquiétude de l’opinion publique. Toutefois, il est important de rappeler que la perception des risques par l’opinion publique peut parfois dépasser les risques identifiés dans les évaluations scientifiques. Ceci ne signifie pas automatiquement qu’il faille «corriger» l’attitude de l’opinion publique, pour l'aligner avec le avis des experts. Par exemple, le fait qu’un risque lié à la sécurité sanitaire des aliments provoque très peu de maladies ou de décès ne signifie pas nécessairement que celui-ci est culturellement acceptable. De même, un risque même faible peut être considéré comme inacceptable s’il est contrôlé ou imposé par certaines personnes, ou s’il est associé à d’autres facteurs qui augmentent la perception du risque. Néanmoins, clarifier le degré de risque, tout en reconnaissant les préoccupations du public, peut aider les consommateurs à prendre des décisions plus avisées en ce qui concerne leurs choix alimentaires (l’encadré 3.6 présente un exemple de la façon dont la communication sur les risques peut reconnaître les préoccupations du public). Lorsqu’un risque alimentaire est identifié ou perçu, les aliments affectés ou d’autres aliments produits dans la région touchée, sont la plupart du temps «stigmatisés». Cela a des répercussions économiques importantes et tend à affaiblir les moyens de subsistance des producteurs locaux. La communication sur les risques 57 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS >> relatifs à la sécurité sanitaire des aliments doit toujours placer le risque dans son contexte et fournir des informations précises sur les risques, en vue de minimiser une stigmatisation injustifiée. E N C A D R É 3 . 6 COMMUNIQUER SUR L’UTILISATION DE L’AMMONIAQUE DANS LA VIANDE DE «BŒUF MAIGRE À TEXTURE FINE»10 Résumé de la situation En 2012, les médias américains ont critiqué la production et l’utilisation de bœuf maigre à texture fine (BMTF). Le BMTF est produit à partir des restes de viande provenant des carcasses de bœuf dépouillées, sur lesquelles est ensuite pulvérisé de l’ammoniaque pour réduire l’incidence potentielle des agents pathogènes ou une contamination microbienne. Le produit qui résulte de ces opérations est ajouté à certains produits carnés comme les hamburgers. LE BMTF est une source de protéines maigres peu coûteuse pour les consommateurs, et le processus de fabrication permet de réduire le gaspillage alimentaire en récupérant de la viande qui serait autrement gaspillée. L’utilisation d’ammoniaque dans le processus de production du BMTF a été approuvée par le Ministère américain de l’agriculture. Cependant, la représentation négative qui a été faite par les médias a remis en question la salubrité du BMTF, a accru la perception du risque par l’opinion publique et a eu un impact négatif sur le degré d’acceptabilité. Bien que l’impact de la consommation de BMTF sur la santé publique soit stable et apparemment faible, l’impact négatif sur le plan économique, du fait de la représentation négative dans les médias, pourrait quant à lui être considérable. Principal défi pour la communication sur les risques: > La principale société concernée a dû réagir pour lutter contre la perception élevée du risque et la faible acceptabilité de l’opinion publique à l’égard de ses produits, provoquée par une représentation négative dans les médias. Cela afin d'éviter des perturbations économiques et la perte d’une source de protéines maigres bon marché pour les consommateurs. Actions et résultats La société a, au départ, principalement avancé des arguments scientifiques, sans se préoccuper de la perception des risques par l’opinion publique. Quand la crise s’est prolongée, elle a tenté de lutter contre la perception des risques de diverses manières. Pour tenir compte du fait que la plupart des personnes considèrent la présence de produits chimiques dans les aliments comme non naturelle, la société a expliqué que l’ammoniac était naturellement présent dans les denrées alimentaires, et qu’augmenter légèrement le niveau d’ammoniac déjà présent dans le bœuf permettait en réalité d’améliorer la sécurité sanitaire des aliments. En suggérant que la faible dose d’ammoniaque utilisée dans le traitement du BMTF pour tuer les bactéries dangereuses n’était pas plus nocive que la nourriture consommée chaque jour par les consommateurs, la société a essayé de mettre le risque en perspective. 10 Ce cas a été gracieusement proposé par M. Andrew P. Benson, International Food Information Council and Foundation, avec l’assistance de Mme Deborah Sellnow, Université de Wayne State et M. Timothy Sellnow, Université du Kentucky. La présentation complète de ce cas est accessible à l’adresse suivante: http://www.foodinsight.org/case-study-communicating-about-the-use-of-ammonia-in-lean-finely- textured-beef 58 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Pour faire face au fait que les consommateurs n’avaient pas été informés de la présence de BMTF dans le bœuf haché acheté dans les grandes surfaces (exposition involontaire), elle a annoncé qu’elle allait, de manière volontaire, étiqueter tous les produits à base de bœuf contenant du BMTF, afin de permettre aux consommateurs de maîtriser personnellement leur exposition. Ces messages sont arrivés trop tardivement dans la crise, et ont été diffusés sur le site Web de la société. L’information n’était ainsi accessible qu’à ceux qui avaient accès à un ordinateur et étaient prêts à passer du temps sur le site Web de l’entreprise. Suite au portrait dressé dans les médias, la demande des consommateurs a reculé considérablement et très rapidement. Cela a eu des répercussions financières importantes pour la principale société concernée, entrainant la perte de nombreux emplois en raison de la fermeture des usines de transformation. Cela s’est également traduit par une hausse du coût et de la teneur en matières grasses des produits à base de bœuf pour les consommateurs. Enseignements tirés Dans les situations où les craintes de l’opinion publique excèdent considérablement l’impact réel sur la santé publique, les communicateurs doivent mettre le risque en perspective, tout en répondant de manière appropriée aux raisons qui sous-tendent les préoccupations de l’opinion publique. Les crises liées à la perception du risque nécessitent une communication rapide et globale sur les risques pour prévenir des répercussions négatives sur le plan économique. En outre, la communication doit tenir tout particulièrement compte des facteurs qui influencent la perception des risques par l’opinion publique. Les responsables de la communication sur les risques sont plus efficaces quand ils reconnaissent les perceptions du grand public et qu’ils élaborent des messages qui visent spécifiquement à y remédier. L’annexe 2 présente un outil qui peut contribuer à l’identification des situations, qui bien que non urgentes, peuvent nécessiter une communication d’urgence du fait que le public a une perception élevée du risque, même si l’impact réel sur la santé est faible. Dans les cas où l’impact sur la santé publique est inconnu et où les mesures qui doivent être prises sont incertaines, le rôle du communicateur peut être de faire prendre conscience de l’existence d’un risque potentiel, de fournir des informations sur les connaissances actuelles à ce sujet, et sur les options à l’étude pour y remédier. Le communicateur peut également avoir la responsabilité de s’engager avec les parties prenantes en vue de mieux caractériser la nature du danger et de parvenir à un consensus sur la meilleure façon de le maîtriser. 59 CHAPITRE 3 : PR INCIPAUX FACTEURS À PRENDRE EN CONSIDÉRAT ION AVANT DE COMMUNIQUER SUR LES R ISQUES L IÉS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS PRINCIPALES RÉFÉRENCES Coombs, W. T. (2011). Ongoing crisis communication: Planning, managing, and responding (3e éd.). Thousand Oaks, Californie: Sage Publications. FAO/OMS (2011). Guide FAO/OMS d’application des principes et procédures d’analyse des risques lors des urgences en matière de sécurité sanitaire des aliments. http://www.fao.org/docrep/015/ba0092f/ba0092f00.pdf Fischoff, B., Brewer, N. T., & Downs, J. (2011). Communicating Risks and Benefits: An Evidence-Based User’s Guide. Washington, DC: Food and Drug Administration. http://www.fda.gov/AboutFDA/ReportsManualsForms/Reports/ucm268078.htm Food and Drug Administration (2012). Bad Bug Book, Foodborne Pathogenic Microorganisms and Natural Toxins. Second Edition. http://www.fda.gov/ downloads/Food/FoodborneIllnessContaminants/UCM297627.pdf Hallman, W. (2008). Communicating about microbial risks in foods. Dans D. W. Schaffner (Ed.), Microbial risk analysis of foods (p. 205-262). Washington D. C.: Groupe de presse de la Société américaine de microbiologie. Ravenscroft, P., Brammer, H., & Richards, K. (2011). Arsenic pollution: a global synthesis (Vol. 94). John Wiley & Sons. Sellnow, T., Ulmer, R., Seeger, M., & Littlefield, R. S. (2009). Effective risk communication: A message centered approach. New York: Springer. 60 © F AO /G iu lio N ap ol it an o / FA O CHAPITRE 4 METTRE EN PRATIQUE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS 61 CHAPITRE 4 RÉSUMÉ DU CHAPITRE: > La coordination des efforts de communication doit faire partie intégrante du plan d’intervention. Une coordination efficace des efforts de communication entre les différentes parties prenantes contribue à la diffusion de messages cohérents, qui favorisent la clarté et permettent d’éviter les confusions parmi les publics cibles. > Entretenir de bonnes relations avec les parties prenantes nécessite un investissement continu et une gestion attentive. Les communicateurs doivent instaurer et entretenir de bonnes relations de travail avec les parties prenantes concernées. > Dans les situations où il est nécessaire de communiquer sur un risque sanitaire des aliments, alors que les informations disponibles sont incertaines et/ou incomplètes, les communicateurs doivent clairement signaler les informations qui sont confirmées, celles qui sont pertinentes mais incertaines, et ce qui est fait pour réduire les incertitudes et lutter efficacement contre le risque. > Des messages de communication sur les risques efficaces fournissent aux publics cibles des informations précises et adaptées à leurs besoins, décrivent le risque et donnent des renseignements sur ce qui est fait pour l’atténuer et sur les mesures que les individus peuvent prendre pour réduire leur exposition au risque. > Pour élaborer des messages efficaces, les communicateurs doivent s’efforcer de dialoguer avec les parties prenantes et de favoriser leur participation à l’élaboration des messages, de tester les messages auprès des publics cibles avant une diffusion plus large, et de contrôler et d’ajuster les messages à mesure que la situation évolue. > Assurer le suivi de la communication et évaluer l’efficacité des messages peut être utile pour éclairer la communication actuelle ainsi que les futures stratégies de communication. Il est important de déterminer si les publics ont reçu et compris les messages, et s’ils ont réagi de façon appropriée. 62 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS OBJECTIF L’objectif de ce chapitre est de convertir les messages clés présentés dans les chapitres précédents en orientations pratiques pour la mise en œuvre d’une stratégie de communication efficace sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Il s’agit notamment de promouvoir de manière constante la coordination des efforts de communication, des approches pratiques sur la façon d’identifier et de comprendre les publics cibles et leurs besoins en matière d’information, et la manière de s’engager et d’interagir avec les parties prenantes de manière efficace. Le chapitre fournit également des orientations concernant: les processus décisionnel visant à déterminer le moment et la manière de communiquer sur les risques en présence d’incertitudes; l’élaboration des messages sur les risque liés à la sécurité sanitaire des aliments; et le suivi et l’évaluation des activités de communication sur les risques. 4.1 CONNAÎTRE LE PUBLIC CIBLE Communiquer sur les risques c’est avant tout s’adresser à des personnes, il est par conséquent essentiel de connaître et de comprendre les publics cibles avant d’élaborer des messages à leur intention (l’encadré 4.1 présente divers exemples de publics cibles). L’identification des publics cibles dépend du but de la communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, à savoir: > Fournir des informations pour favoriser des décisions éclairées; > Convaincre d’adopter une approche particulière (c.-à-d. la promotion de la santé); ou > Engager un dialogue et une concertation pour déterminer la meilleure approche. L’identification des publics cibles doit s’appuyer sur des processus de concertation avec les parties prenantes. Il est important de prendre en considération: > Qui et/ou ce qui est directement affecté par le risque? > Qui peut avoir une influence, positive et négative, sur le problème en question (par exemple, qui peut effectivement réduire le risque et apporter des solutions)? > Qui est touché indirectement par le problème et doit être informé du risque (par exemple, les soignants, les gouvernements, etc.)? Par exemple, dans une situation de flambée de listériose, avec des cas confirmés de maladies chez des consommateurs d’un certain âge, il convient de mettre en place une stratégie de communication visant à réduire le risque. Il faut pour cela atteindre différents publics cibles à travers différents canaux. Divers messages devront donc être élaborés pour communiquer avec: > Les consommateurs âgés, qui vivent de façon autonome chez eux, pour les informer de l’importance d’adopter de bonnes pratiques d’hygiène pour la préparation et la conservation des aliments (éventuellement par le biais de dépliants ou de brochures envoyés à leur domicile); 63 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS > Les personnes qui prennent soin de personnes âgées, pour les sensibiliser à l’importance d’adopter de bonnes pratiques d’hygiène lorsqu’ils s’occupent de personnes vulnérables (via des courriers adressés aux familles et aux personnels soignants, y compris des conseils sur la façon de manipuler et de conserver des aliments); > Le personnel de restauration dans les maisons de soins pour les personnes âgées, afin de les informer de leurs responsabilités et des meilleures pratiques dans ces environnements (via des affiches à coller dans les zones de préparation des aliments); > Les hôpitaux et leurs fournisseurs de produits alimentaires, pour les sensibiliser sur les meilleures pratiques (à travers notamment l'élaboration de directives ou la mise à jour des directives existantes). E N C A D R É 4 . 1 QUI SONT LES PUBLICS CIBLES? Les publics cibles de la communication sur les risques varient en fonction de l’objectif finalité de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, le type de risque et les facteurs socio-culturels. Voici quelques exemples de différents publics cibles: > le grand public, y compris les groupes les plus à risque (populations vulnérables) > les femmes, du fait de leur rôle prépondérant dans la manipulation/l’achat des denrées alimentaires > les décideurs > les organismes de réglementation en matière de sécurité sanitaire des aliments > les praticiens de la santé publique > les agriculteurs/les producteurs primaires > les petits/moyens/gros fabricants de produits alimentaires > les producteurs alimentaires informels > les commerçants, les vendeurs de produits alimentaires > les distributeurs alimentaires > les fournisseurs de produits agrochimiques > les employeurs et les employés du secteur alimentaire (production et restauration) 4.2 COMMENT COMPRENDRE LES PUBLICS CIBLES Comme indiqué au chapitre 3, chaque public cible a des exigences et des besoins différents en matière d’information, auxquels il convient de répondre par le biais d’un porte-parole/d’une source en qui/laquelle ils ont confiance et dans une langue qu’ils comprennent (voir l’encadré 4.2 qui propose diverses solutions pour communiquer avec les populations vulnérables). Il est important de déterminer et de comprendre ce que les publics cibles savent déjà à propos du risque, les lacunes dans les connaissances qu’il convient de combler, et leurs préoccupations et perceptions spécifiques à l’égard du risque. Il est également important de respecter et de prendre en considération leur culture, leurs croyances et leur statut socio-économique. 64 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS >> Selon le temps et les ressources disponibles, plusieurs méthodes permettent d’obtenir des informations sur la meilleure façon d’adapter et de diffuser des messages: des entretiens avec les publics cibles; des réunions pour tester les messages proposés auprès d’un groupe sélectionné; des études qualitatives (par exemple des groupes de discussion); ou des études quantitatives (par exemple des enquêtes) (l’encadré 4.3 présente une liste détaillée de sources qui peuvent contribuer à l’identification des populations et de leurs besoins en matière d’information dans le cadre d’une communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments). Voici quelques questions utiles qu’il convient de se poser: > Qu’est-ce que le public cible comprend du risque? > Quelles sont les fausses idées qui circulent à ce propos? > Qu’est-ce que le public cible veut savoir à propos du risque? > Le public cible considère-t-il le risque comme faible ou élevé? > Quelles sont les préoccupations et perceptions spécifiques des publics cibles à l’égard du risque? Par exemple, selon les publics cibles, qui sont les plus vulnérables au risque? > Comment les publics cibles préfèrent-il recevoir des informations sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments? Via des scientifiques, des ONG, des médias, ou par le biais d’un fonctionnaire ou d’un porte-parole officiel du gouvernement? > En quelles sources d’information les publics cibles ont-ils confiance? Les médias, les scientifiques, les gestionnaires et les communicateurs sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments et les ONG bénéficient-ils de leur confiance? > Les publics cibles ont-ils accès aux sources et aux canaux d’information qui sont prévus pour la communication? > Quels sont les leaders d’opinion susceptibles d’influer sur les publics cibles? Les réponses à ces questions aideront à déterminer les lacunes qui doivent être comblées, les préoccupations auxquelles il convient de répondre, et les sources et canaux d’information qui peuvent aider à informer les publics cibles à propos du risque. E N C A D R É 4 . 2 COMMENT ATTEINDRE LES POPULATIONS VULNÉRABLES? Le public cible peut être un sous-groupe très spécifique de la population, qui en raison de ses caractéristiques ou du contexte est particulièrement vulnérable à un risque d’insécurité sanitaire des aliments et/ou sont difficiles à atteindre par les voies de communication classiques. Il est important de se demander si un groupe vulnérable a des besoins très spécifiques en matière de communication auxquels il est possible de répondre via les réseaux existants ou via des réseaux conçus spécialement à cet effet. Le tableau suivant présente quelques exemples de voies de communication possibles adaptées à différentes populations vulnérables. 65 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS Catégories Exemples de réseaux de communication Femmes enceintes Praticiens de la santé, médias sociaux, médias spécialisés Patients immunodéprimés Praticiens de la santé, infirmières spécialisées, associations de patients, soignants, pairs éducateurs Personnes malvoyantes Associations de malvoyants, écoles pour les enfants non- voyants, publications en braille Personnes malentendantes ou souffrant d’un trouble de la parole Associations, interprètes en langage des signes Personnes âgées Infirmières communautaires, visites à domicile, brochures imprimées en grands caractères, médias (radios locales, publications destinées aux personnes âgées), réunions communautaires Communautés rurales ou isolées Réunions communautaires, chefs et leaders d’opinion au sein de la communauté, médias communautaires Personnes isolées Services sociaux Enfants Enseignants, organisations de parents, télévision, médias sociaux Personnes souffrant de problèmes d’apprentissage Personnels soignants, enseignants Populations vivant dans la pauvreté Services sociaux, banques alimentaires, missions, refuges, etc. "Les personnes âgées" comme public cible: femme du groupe ethnique des Huaves au Mexique. © F AO /R . G ri so lia 66 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS E N C A D R É 4 . 3 PLANIFICATION: COMMENT S’Y PRENDRE POUR CONNAÎTRE LES PUBLICS CIBLES? Une bonne compréhension des caractéristiques des différentes catégories de la population (par ex. ce qu’ils mangent, leur attitude face au risque, leur confiance dans les institutions, les normes culturelles et sociales), de leurs représentants (par ex. les organes commerciaux, les dirigeants communautaires, les blogueurs influents) et de leurs besoins et de leurs préférences en matière d’information (par ex. les niveaux d’alphabétisation, les langues parlées, l’accès à l’information) peut contribuer à la préparation d’un large éventail de scénarios de communication sur les risques. Il est possible d’identifier les différentes populations et leurs exigences en matière d’information dans le cadre d’une stratégie de communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, à travers notamment: > Des entretiens avec les parties prenantes et l’écoute de leurs commentaires > De petits groupes de discussion avec des représentants des publics cibles > Des études qualitatives et quantitatives sur les consommateurs (ce que les consommateurs savent, ce qu’ils ne savent pas, leurs préoccupations et leurs perceptions à l’égard du risque, les sources d’information qu’ils utilisent et en lesquelles ils ont confiance. Cette méthode est plus souvent utilisée pour les questions de sécurité sanitaire des aliments non-urgente, mais elle peut être utilisée à une plus grande échelle, pour faire face aux crises complexes, le cas échéant) > Une veille médiatique, afin de déterminer les nouvelles et l’information déjà à la disposition du grand public et, si possible, la manière dont le public semble réagir > Les recensements les plus récents (en se penchant sur les caractéristiques démographiques, ethniques et religieuses qui peuvent influer sur les habitudes de consommation alimentaire) > Des enquêtes alimentaires et nutritionnelles (habitudes de consommation, informations sur les denrées de substitution possibles) > Des enquêtes sur les marchés (habitudes d’achat et de manipulation des aliments) > Des sites Web et réseaux sociaux (identification des communautés en ligne et des langues utilisées, par ex. communautés de mères, groupes d’âges spécifiques, canaux préférés des minorités ethniques) > Des organisations de consommateurs, des groupes d’intérêts particuliers (par ex. des personnes souffrant d’allergies, des groupes religieux), des associations commerciales 4.3 INTERACTIONS AVEC LES PARTIES PRENANTES Dans la plupart des cas, la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments concerne directement et indirectement différents ministères gouvernementaux, des entreprises individuelles et des groupes sectoriels, des organisations de consommateurs et des particuliers. La coordination des efforts de communication entre ces parties prenantes est tout aussi importante que la coordination des autres mesures mises en œuvre, et doit faire partie intégrante de la stratégie de communication. C’est particulièrement important, et difficile, dans les situations d’urgence, lorsque les messages doivent être modifiés fréquemment, et élaborés dans un laps de temps très court, en consultation avec un éventail d’organismes et de parties prenantes plus large que dans des situations normales (voir encadré 4.5 à titre d’exemple). 67 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS C O N S E I L S Dans les situations d’urgence, il est souvent utile d’identifier une agence gouvernementale qui sera chargée de coordonner des efforts de communication, et de nommer un ou plusieurs porte-parole(s) qui représenteront les agences gouvernementales, pour assurer la cohérence des messages émanant des pouvoirs publics, afin d’éviter les confusions. L’absence de coordination augmente le risque que les ressources allouées à la communication soient gaspillées, que la stratégie de communication ne bénéficie pas des connaissances et des canaux de communication propres aux parties prenantes, et que l’information publique prête à confusion voire qu’elle soit porteuse de contradictions. La crédibilité d’une organisation est compromise et son efficacité mise en danger lorsque sa communication n’est pas cohérente et coordonnée avec celle de ses parties prenantes. Par exemple, dans le cas de la contamination par les aflatoxines, les scientifiques qui ont participé à l’évaluation des risques ont partagé leurs conclusions au sein de la communauté scientifique, mais ils ne les ont pas partagé avec les responsables de la gestion des risques et ils ne les ont pas communiqué au grand public (voir également http://www.modernghana.com/news/18385/1/shock-scientific-reportkenkey- causes-cancer.html). À la suite de la diffusion de ces conclusions dans les médias, les scientifiques et les gestionnaires de risque ont communiqué différents messages à propos des risques, qui ont semé la confusion et ont érodé la confiance. La coordination de la communication et la collaboration avec les parties prenantes concernées permettent non seulement de promouvoir des messages cohérents, mais offrent également la possibilité de: > Mieux comprendre la situation, > Obtenir des informations quant aux préoccupations des publics cibles, et > Tirer profit de la capacité de communication et de la crédibilité d’autres organisations pour aider à diffuser l’information, le cas échéant. Souvent, plus l’engagement des parties prenantes est grand, plus la confiance du public est élevée, ce qui tend à renforcer l’acceptation des messages par les publics cibles et par la même l’adoption de mesures de protection appropriées. E N C A D R É 4 . 4 L’ÉPIDÉMIE DE E. COLI O157:H7 DANS LES ÉPINARDS FRAIS AUX ÉTATS-UNIS EN 200611 (Cette étude de cas est également présentée dans le chapitre 3, mais certains points supplémentaires sont abordés ici, afin d’illustrer les avantages d’une diffusion coordonnée de messages). Résumé de la situation En 2006, les Etats-Unis ont connu une flambée de maladie d’origine alimentaire causée par E. coli O157: H7. Au moment où l’épidémie et le risque ont été identifiés, 50 personnes étaient 11 Ce cas a été aimablement proposé par Mme Amy Philpott, Watson Green LLC. >> 68 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS tombées malades et une personne était morte. Une enquête menée par la U.S. Food and Drug Administration (FDA), a identifié les épinards comme cause possible de l’épidémie. Principal défi pour la communication sur les risques: > Collaborer avec les parties prenantes en vue de délivrer des messages coordonnés dans le cadre d’une situation d’insécurité sanitaire des aliments d’urgence nécessitant une réponse rapide. Actions > La communication entre les parties prenantes a été coordonnée de diverses façons: > La FDA a informé les associations nationales du secteur quelques heures à l’avance qu’elle allait émettre une alerte à l’intention des consommateurs pour les enjoindre à ne pas manger d’épinards frais en sachets. Cela a permis aux acteurs du secteur de répondre immédiatement et de cesser toute récolte, transport et vente d’épinards. > Afin de minimiser la confusion du public, le secteur de la production de produits frais a collaboré avec la FDA en diffusant les mêmes messages de communication sur les risques. Le secteur a également renforcé la crédibilité de la FDA, en conseillant aux consommateurs de suivre les recommandations de la FDA et en encourageant les entreprises à coopérer avec la FDA afin de résoudre le problème. > Les distributeurs alimentaires ont fait remonter à la FDA des commentaires à propos des préoccupations du public et de la confusion des consommateurs concernant les produits à éviter, ce qui a permis à la FDA de modifier ses messages pour fournir des éclaircissements, et répondre aux préoccupations du grand public. > Les associations nationales et régionales des secteurs des produits frais ont coordonné leurs messages, ont communiqué avec les médias, et ont publié des mises à jour régulières à l’intention des producteurs de fruits et de légumes, des transporteurs, des détaillants, des grossistes, des distributeurs alimentaires et autres. > La FDA a organisé régulièrement des conférences avec des représentants des associations sectorielles et les médias. Toutefois, le calendrier initial de ces conférences a quelque peu entravé la diffusion efficace des messages. En effet, la FDA organisait ses conférences avec les médias, une heure avant celles avec les acteurs du secteur. Les journalistes tendaient à appeler les dirigeants des associations du secteur, immédiatement après les conférences de la FDA, pour leur poser des questions. Cependant, les représentants du secteur n’avaient pas encore été informés et ne pouvaient ainsi pas répondre. Enseignements tirés Collaborer avec les parties prenantes en vue d’une diffusion coordonnée des messages est essentiel pour améliorer l’efficacité de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. Il est important que toutes les parties prenantes concernées par le problème d’insécurité sanitaire des aliments collaborent à la diffusion des messages, dans la mesure du possible. Une collaboration efficace avec les parties prenantes repose nécessairement sur des relations solides, qui ne peuvent être facilement établies au cours d’une situation d’urgence qui exige une intervention rapide. Il est donc important d’identifier, d’établir et d’entretenir à l’avance des relations de travail avec les parties prenantes 69 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS concernées. Établir des relations de travail régulières facilite ensuite la coordination et la collaboration quand survient un risque lié à une situation d’insécurité sanitaire des aliments. Il peut être utile de développer des plans et des protocoles communs avec les parties prenantes, afin de guider la façon dont les organisations collaboreront au cours d’un problème de sécurité sanitaire des aliments. Tester et s’entraîner à la réalisation de ces plans et protocoles peut contribuer au renforcement des relations et des collaborations futures. Entretenir des relations avec les parties prenantes exige un investissement continu. À cet effet, des mécanismes favorisant la participation des parties prenantes doivent être mis en place pour faciliter l’échange d’informations en cas de besoin. Il est important d’identifier les principales parties prenantes avec lesquelles il convient de collaborer en cas de problème de sécurité sanitaire des aliments et de les hiérarchiser afin de renforcer l’efficience des efforts déployés. Pour prioriser les parties prenantes – selon le but de leur participation –, il est utile de les organiser en catégories. Par exemple: > Les décideurs dont les décisions permettront de diminuer/augmenter le risque (par ex. les transformateurs agro-alimentaires) > Les parties prenantes les plus affectées par le risque et les organisations qui les représentent > Celles qui ont le plus d’influence (confiance et portée) > Celles qui pourraient aider l’organisation à atteindre ses objectifs de communication > Celles qui pourraient entraver le bon déroulement de la stratégie de communication de l’organisation C O N S E I L S Principes pour établir de bonnes relations avec les parties prenantes: > Être ouvert et transparent (par ex. ne pas dissimuler les réunions, partager les comptes-rendus). > Respecter les intérêts des parties prenantes. > Communiquer tôt et régulièrement sur les questions d’intérêt commun. > Écouter et s’efforcer de comprendre les besoins et les points de vue des parties prenantes. > Ne promettre que ce qui peut être fait, et s’assurer de le faire. Bonnes pratiques pour comprendre et favoriser la participation des parties prenantes: > Établir et maintenir des listes de contact afin de pouvoir partager l’information et engager les parties prenantes rapidement en cas de besoin. > Partager régulièrement des informations avec les parties prenantes pour entretenir les relations. C’est important qu’il y ait un risque ou pas. Par exemple, partager des informations sur des recherches en cours, expliquer comment les problèmes de sécurité sanitaire des aliments sont gérés et décrire le rôle de l’organisation peut être utile pour s’assurer que les parties prenantes sont bien informées et améliorer leur capacité à communiquer lors de l’émergence d’un risque. >> 70 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS > Rencontrer les parties prenantes régulièrement pour échanger des informations, obtenir des renseignements sur les publics cibles, solliciter des commentaires sur les approches adoptées, et établir des partenariats en vue d’améliorer la communication. > Recourir à divers types de réunion (par ex. des conversations bilatérales, des séances d’information de groupe par téléconférence, des panels de citoyens, des consultations en ligne), qui facilitent la participation des parties prenantes. > Trouver un cadre commun et des possibilités d’élaborer, de mettre en œuvre et de tester les plans et protocoles de communication convenus conjointement. Dans la mesure du possible, les communicateurs doivent solliciter la participation des principales parties prenantes pour éclairer la planification de leur communication et l’élaboration de leurs messages. Il est important d’utiliser des approches de travail adaptées à chacune des parties prenantes. En collaborant avec ces parties prenantes, les responsables de la communication des risques peuvent obtenir des informations précieuses sur les publics cibles, obtenir de l’aide pour diffuser les messages à ces publics cibles, et atténuer le risque que les parties prenantes puissent entraver les objectifs de communication de l’organisation. Les points de vue et l’expertise des parties prenantes peuvent contribuer à l’élaboration et à la diffusion de messages efficaces, mais ne doivent jamais exercer trop d’influence sur les décideurs. Si les personnes ont la sensation que certaines parties prenantes exercent une influence excessive, cela peut avoir des répercussions négatives sur la confiance qu’elles accordent à une organisation et à ses messages. 4.4 FAIRE FACE AUX INCERTITUDES Les risques évoluent, parfois rapidement, et impliquent souvent que certaines informations sont incertaines ou incomplètes. Communiquer en temps opportun est essentiel pour une communication efficace sur les risques, et il faut souvent pour cela communiquer à propos des incertitudes. Les gestionnaires de risques sont souvent réticents à communiquer sur le risque tant que toutes les incertitudes n’ont pas été levées et que tous les faits n’ont pas été éclaircis. Les gestionnaires de risques avancent diverses raisons pour expliquer pourquoi ils ne souhaitent pas communiquer des informations incertaines. > La crainte de la panique – La diffusion d’informations incertaines sur le risque pourrait accroître le degré d’inquiétude du public à un niveau de panique, ce qui pourrait entraîner des comportements irrationnels. En fait, les études montrent que l’effet de panique est rare et, que fournir des informations, mêmes limitées ou incertaines, réduit la probabilité de créer un sentiment d’inquiétude. > La crainte de perdre le contrôle – Cette crainte repose sur l’idée fausse que les organisations, en dissimulant leurs analyses des risques au public, peuvent maîtriser le problème. En réalité, les questions de risque sont souvent hors de ce contrôle, et ne pas communiquer à leur sujet, en raison des incertitudes, peut 71 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS >> aboutir à une perte de confiance du public en l’organisation. Il est préférable de communiquer à propos des incertitudes pour faire preuve de leadership et instaurer une relation de confiance avec les publics. > La crainte des retombées économiques – Cette crainte repose sur la préoccupation, souvent légitime, que la communication d’informations incertaines (par ex. des denrées suspectées d’être le foyer d’une éclosion de maladie d’origine alimentaire) puisse avoir des retombées économiques négatives pour le secteur. Cependant, les études montrent qu’en réalité, il est possible d’éviter les principaux coûts économiques en communiquant suffisamment tôt et en fournissant les meilleures informations disponibles. En atténuant la propagation de la maladie, il est possible d’éviter des coûts liés aux soins de santé ainsi que d’éventuels frais occasionnés par des actions en justice contre les entreprises et les gouvernements. > L’absence d’alternatives alimentaires – Il s’agit de situations où aucune alternative alimentaire n’est disponible ou abordable, et dans lesquelles si les individus arrêtent de manger la nourriture associée au risque, cela pourrait avoir des conséquences graves sur leur santé. Communiquer, même dans des conditions d’incertitudes, permet aux publics cibles de prendre des mesures pour se protéger, renforce la capacité de l’organisation à communiquer efficacement sur les (futurs) problèmes de risque relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, grâce à l’instauration d’une relation de confiance avec les publics cibles, et peut atténuer les coûts financiers à long terme liés au risque. Lors d’une éclosion de maladie d’origine alimentaire, la décision de communiquer alors qu’il existe des incertitudes, peut avoir un impact significatif sur la propagation de la maladie et la gravité de l’épidémie. Il peut s’écouler un certain temps entre le moment où la maladie apparaît et celui où les résultats des laboratoires confirment la source. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes risquent de tomber malade (voir par exemple le cas de la listériose présenté dans l’encadré 2.3, dans le chapitre 2). Attendre la confirmation de la source par les laboratoires avant de communiquer, c’est prendre le risque que davantage de personnes tombent malades. Il est préférable de communiquer rapidement sur la possibilité d’une épidémie, de mentionner que la source est inconnue mais à l’étude, et de fournir aux consommateurs et aux populations vulnérables des conseils sur les précautions qu’ils peuvent prendre pour se protéger. E N C A D R É 4 . 5 COMMUNIQUER À PROPOS DES INCERTITUDES Dans le cadre d’une communication sur un risque lié à un problème de sécurité sanitaire des aliments, où l'information sur le risque est associée à des incertitudes et/ou lorsqu’il existe des lacunes dans les connaissances, il est important de: > Reconnaître les zones d’incertitude > Communiquer sur ce qui est fait pour réduire les incertitudes > Communiquer les conséquences possibles des incertitudes restantes pour la sécurité sanitaire des aliments 72 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS > Fournir des conseils sur ce qu’il est possible de faire au niveau individuel pour se protéger En outre, il est important de: > Reconnaître que les premiers messages pourront être amenés à changer à mesure que de nouvelles informations seront collectées et/ou vérifiées. > Diffuser des compléments d’information dès que possible, en présentant les implications de ces nouvelles informations pour les personnes et les mesures qui peuvent être prises pour protéger la sécurité sanitaire des aliments et prévenir les maladies. L’encadré 4.6 fournit un exemple de directive visant à faciliter les processus décisionnels relatifs à la divulgation (ou non) d’informations concernant le risque. E N C A D R É 4 . 6 COMMUNIQUER DE MANIÈRE PRÉCOCE: UN EXEMPLE D’OUTIL D’AIDE À LA PRISE DE DÉCISION Dans chaque situation d’urgence, le débat ressurgit pour savoir quoi et quand publier des informations à destination du grand public. Pour être efficace, les communicateurs sur les risques doivent faire preuve de transparence et s’efforcer de communiquer rapidement, afin d’instaurer et de maintenir la confiance du public, même lorsque l’information scientifique à disposition est incomplète. Quelles informations communiquer et quand? Avant de décider de recommander (ou pas) la publication des informations sur les risques, les responsables doivent se poser plusieurs questions: 1. Les personnes à risque ont-elles besoin de ces informations pour éviter de tomber malade, réduire la propagation de la maladie, et/ou pour se protéger elles-mêmes et leurs proches d’une menace pour leur santé? Si la réponse est OUI – L’information doit être rendue publique et accessible de manière rapide et proactive 2. La publication de l’information permettra-t-elle de favoriser la confiance des citoyens et des partenaires en: > Étayant le contexte de la situation? > Donnant des détails permettant de prendre des décisions? > Reconnaissant qu’il demeure des incertitudes? > Indiquant ce qui pourrait arriver, afin d’encourager une préparation émotive et pratique? Si la réponse est OUI à l’une ou plusieurs de ces questions – L’information doit être rendue publique et accessible de manière rapide et proactive 3. Existe t-il une raison valable de ne pas divulguer les informations sur le risque? Notamment: > La diffusion de ces informations pourrait compromettre la sécurité nationale ou une enquête en cours. > La diffusion de ces informations pourrait enfreindre les lois sur la vie privée ou des politiques de confidentialité. > La diffusion de ces informations pourrait entraîner la stigmatisation de groupes ethniques spécifiques. > La diffusion de ces informations pourrait exposer l’organisation à des risques juridiques. Si la réponse est OUI – L’information sur les risques, à juste titre, ne doit pas être divulguée. Il convient cependant, dans tous les cas, d’informer en priorité les personnes à risque. (Source: Santé Canada et Agence publique de la santé du Canada) 73 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS 4.5 ÉLABORATION DES MESSAGES Une bonne compréhension de la nature du problème de sécurité sanitaire des aliments et des besoins des publics cibles en matière de communication, permet d’élaborer des messages qui répondent à ces besoins et qui fournissent des informations pertinentes à propos du risque. Avant de concevoir les messages, il est important de se poser les questions suivantes: > Quel est le problème de sécurité sanitaire des aliments? > Quel est le risque pour le(s) public(s) cible(s)? > Quelles sont les préoccupations et les perceptions du(des) public(s) cible(s) à l’égard du risque? Leader de la communauté des femmes au Sénégal engageant les communautés à améliorer l'hygiène alimentaire. © W HO /F ra nc oi se F on ta nn az 74 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS > Que peu(ven)t faire le(s) public(s) cible(s) pour se protéger du risque? > Quelles sont les informations incertaines ou manquantes à propos du risque? > Qu’est-ce qui est fait pour réduire les incertitudes? > Qu’est-ce qui est fait pour gérer le risque? > Quelles autres informations sont pertinentes pour le(s) public(s) cible(s)? Il est également important d’élaborer des messages clés qui résument les informations qui doivent être communiquées. Les étapes suivantes peuvent être utiles en vue d’élaborer des messages clés: 1. Identifier les préoccupations spécifiques au(x) public(s) cible(s). 2. Analyser les préoccupations afin d’identifier des thèmes récurrents et des concepts généraux qui doivent être abordés. 3. Élaborer des messages clés pour répondre à ces préoccupations (à la fois générales et spécifiques). 4. Pour chaque message clé, identifier les faits et les données qui permettent de l’étayer. 5. Tester les messages auprès d’un échantillon du(des) public(s) cible(s) auxquels ils s’adressent. 6. Planifier la diffusion des messages (identifier notamment des canaux de diffusion adaptés au(x) public(s) cible(s)). Il peut être utile de réunir une équipe interdisciplinaire composée de représentants des parties prenantes, afin d’évaluer pleinement les préoccupations et les priorités des différents publics cibles et d’élaborer les messages clés (à titre d’exemple, voir l’étude de cas sur l’aflatoxine présentée dans l’encadré 1.6, dans le chapitre 1). Pour éviter toute distorsion ou déformation de l’information scientifique, il est important de présenter l’information dans un langage compréhensible pour le public cible et de manière conviviale. Pour le grand public, par exemple, les messages bien ciblés dans un langage non technique sont les plus efficaces. Les consommateurs sont particulièrement intéressés par des informations spécifiques sur la nature, la forme, la gravité ou l’ampleur du risque et sur les mesures qu’ils peuvent prendre s’ils sont exposés au risque. Les messages doivent être simples, diffusés en temps utiles (mis à jour), précis, répétés et cohérents. Il est important de toujours inclure et de mettre en avant les mesures que les personnes peuvent prendre pour réduire leur exposition au risque. Les messages doivent non seulement souligner la gravité du risque, les publics les plus vulnérables, et ce qui est fait pour gérer le risque, mais également donner les moyens d’éviter le risque autant que faire se peut. 75 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS Lors de l’élaboration des messages, il est important d’envisager l’utilisation d’outils visuels (comme des diagrammes ou des illustrations) pour capter l’attention du public cible, atteindre des catégories de la population qui peuvent être plus réceptives aux images qu’aux mots, ou expliquer des faits qui seraient autrement difficiles à formuler. Les outils visuels sont souvent adaptés pour communiquer avec les populations immigrées qui ne maîtrisent pas la langue locale, ainsi qu’avec des personnes ayant un faible niveau d’alphabétisation. En règle générale, les messages peuvent être étayés par: de simples représentations graphiques (diagrammes en barres ou camemberts); des histoires vraies qui illustrent les messages clés et auquel le public cible peut s’identifier; des images qui décrivent la nature du risque; des recommandations émanant des organes faisant autorité; et des bonnes pratiques. Il est également important de mentionner la source des données présentées dans le message afin d’accroître la crédibilité du message. Il est particulièrement important de prendre en compte les besoins des personnes malvoyantes; des personnes souffrant d’un trouble de la parole, de l’ouïe ou autre; et toutes les personnes défavorisées, dont l’handicap pourrait affecter la façon dont ils reçoivent et traitent l’information. Le message doit atteindre tous les publics cibles et répondre à leurs besoins d’information. L’annexe 3 présente des recommandations sur la façon d’écrire des messages à l’intention des publics peu alphabétisés. Pour une communication efficace sur les risques, il est essentiel de prendre en considération et de surveiller d’éventuelles conséquences imprévues provoquées par les messages. Faire valider les messages par les parties prenantes concernées au cours de la phase d’élaboration des messages, et tester les messages auprès des publics cibles, permet d’identifier à l’avance d’éventuelles conséquences imprévues de la communication sur les risques. MODÈLE POUR L’ÉLABORATION DE MESSAGES SUR LES RISQUES Vous pouvez consulter des exemples de messages sur les risques, aux adresses suivantes: > Avis de santé publique (source: Agence de santé publique du Canada): Cas d’infection à E. coli O157:H7 associés à du fromage fabriqué par Gort’s Gouda Cheese Farm http://www.phac-aspc.gc.ca/fs-sa/phn-asp/2013/ecoli-0913-fra.php > Avis de santé publique (source: Agence de santé publique du Canada): Infections à E. coli O157:H7 associées à des burgers de bœuf http://www.phac-aspc.gc.ca/fs-sa/phn-asp/ecoli-1212-fra.php > DESCRIPTION DU RISQUE > CONSEILS AUX CONSOMMATEURS > CITATION (D’UNE SOURCE FIABLE ET DIGNE DE CONFIANCE, PAR EX. UNE AUTORITÉ PUBLIQUE NATIONALE, UN EXPERT INDÉPENDANT) RÉITÉRANT LES CONSEILS AUX CONSOMMATEURS > EXPLICATION DE CE QUI EST FAIT POUR RÉDUIRE LE RISQUE > RENSEIGNEMENTS PERTINENTS COMPLÉMENTAIRES. 76 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS S’il n’est pas possible d’engager les parties prenantes dans l’élaboration des messages, il convient de les informer au préalable de la diffusion des messages, en particulier si l’on souhaite qu’ils participent à la diffusion de ces messages ou s’ils doivent ensuite amener à répondre à des questions relatives au risque ou à son atténuation (voir encadré 4.8 à titre d’exemple). FIGURE 4.1 EXEMPLE D’UNE BONNE UTILISATION DES OUTILS VISUELS POUR COMMUNIQUER DE MANIÈRE EFFICACE DES INFORMATIONS SUR LES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS (Source: OMS) 77 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS E N C A D R É 4 . 7 COMMUNICATION SUR LES RISQUES DANS UNE SITUATION DE SUSPICION DE FOYER D’HÉPATITE A AU ROYAUME-UNI12 Résumé de la situation En 2011, on a soupçonné l’apparition d’un foyer d’hépatite A au Royaume-Uni. Bien que la Health Protection Agency (HPA) ait suspecté les tomates séchées au soleil comme source de l’épidémie, la Food Standards Agency (FSA) a conclu qu’aucun lien définitif ne pouvait être établi entre la suspicion de foyer et une source alimentaire spécifique. Principal défi pour la communication sur les risques: > Informer le public d’une éventuelle épidémie d’hépatite A. Actions et résultats La HPA a signalé l’apparition suspectée de l’épidémie et inclus dans son rapport une forte suspicion de lien entre le foyer suspecté et les tomates séchées en bocal. Les médias ont été informés du rapport de la HPA et ont couvert la nouvelle. Cela a provoqué une vague d’inquiétude chez les consommateurs qui ont contacté les fabricants alimentaires pour leur demander s’ils devaient retourner les pots et les produits à base de tomates séchées qu’ils avaient chez eux. Les fabricants de tomates séchées en bocal n’avaient pas été informés au préalable du rapport et ont donc contacté la FSA pour obtenir plus d’informations sur la source de l’épidémie, afin d’utiliser leurs systèmes de traçabilité pour vérifier si leurs produits étaient impliqués. Ils ont ainsi été informés qu’aucun lien définitif n’avait été établi entre les tomates séchées et le foyer suspecté, et que rien n’indiquait qu’un produit en particulier était à blâmer ou devait être examiné. Cela a déconcerté les fabricants et créer de la confusion chez les consommateurs. Si les bonnes pratiques avait été respectées, la HPA et la FSA auraient dû organisé une réunion de cadrage avec les acteurs du secteur, avant de publier le rapport, afin de leur expliquer leur évaluation de la situation et de clarifier les points de désaccord entre les agences. Cela aurait permis de mieux appréhender les éventuelles conséquences imprévues de la communication. Étant donné que les données probantes étaient insuffisantes pour suggérer des mesures de protection, la collaboration avec les acteurs du secteur aurait probablement abouti à la suppression du lien supposé entre le foyer suspecté et les tomates séchées dans le rapport, évitant ainsi la confusion des fabricants et des consommateurs. Enseignements tirés Il est important de prendre en considération d’éventuelles conséquences imprévues de la communication. Il est important de dialoguer avec les parties prenantes concernées au cours de l’élaboration des messages, en vue d’anticiper d’éventuelles conséquences inattendues. La communication doit être coordonnée avec les parties prenantes concernées, afin de leur donner l’opportunité de se préparer à répondre aux questions ou de prendre des mesures appropriées. Les parties prenantes concernées doivent être informées du contenu de la communication avant sa diffusion. 12 Ce cas a été gracieusement proposé par Mme Barbara Gallani, Food and Drink Federation du Royaume-Uni. 78 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS 4.6 CHOISIR DES VOIES/OUTILS/MÉTHODES DE COMMUNICATION L’efficacité des différents canaux de communication dépend de l’objectif de la communication sur les risques, du contenu ou de la nature des messages (par ex. l’urgence), et de leur accessibilité et utilisation par les publics cibles (c’est l’objet du chapitre 3). Les sites Web, par exemple, peuvent être un outil efficace pour communiquer avec un large public dans les situations où obtenir un feedback n’est pas une priorité. Cependant, les sites ne sont pas appropriés quand le communicateur souhaite engager le public et recevoir des commentaires, à moins que le site ne dispose d’applications spéciales qui permettent aux utilisateurs de répondre à des questions spécifiques (par ex. des consultations publiques en ligne). Dans les situations où il convient de fournir des conseils alimentaires, notamment dans les situations d’urgence, les médias constituent généralement le moyen le plus rapide pour diffuser des informations. Si vous souhaitez découvrir d’autres d’exemples de voies de communication et des situations où elles sont le plus appropriés, veuillez consulter le chapitre IV du Guide de communication sur les risques de l’EFSA, dont vous trouverez les références à la fin du chapitre. Il n’existe pas de voie de communication unique pour transmettre les messages aux publics cibles ou atteindre l’objectif de la communication sur les risques. Par conséquent, il est important, dans la mesure du possible, de combiner différentes méthodes (à titre d’exemple, voir l’encadré 1.6 qui porte sur la communication à propos d’une contamination par les aflatoxines ou l’encadré 2.4 qui présente une stratégie de communication sur les risques au cours d’une épidémie de choléra). Voici quelques exemples de méthodes ou voies de communication: > Média (électroniques et imprimés) > Sites Internet > Courriels > Documents imprimés (publications, fiches d’information, t-shirts et casquettes, autocollants, porte-clefs, posters, panneaux d’affichage, etc.) > Publications numériques > Réunions, ateliers, groupes de discussion > Consultations publiques > Partenariats/réseaux de parties prenantes > Médias sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn, etc.) > Blogs > Podcasts > Webinaires > Journées/réunions d’information 79 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS D’autres voies de communication peuvent s’avérer utiles dans les pays à revenu faible et intermédiaire, notamment: > Des pièces de théâtre ou des jeux de rôles interprétés par des troupes traditionnelles dans les communautés > Des documentaires > Des ateliers communautaires workshops/des réunions publiques (de village) > Des services d’informations (en utilisant par ex. des camionnettes d’information qui sillonnent les zones rurales) > Des discours lors de rassemblement religieux ou culturels > Des réunions communautaires > Des démonstrations > Des forums de discussions avec des leaders d’opinion > Des jeux-concours > Des programmes de vulgarisation (sur des thèmes comme la sécurité sanitaire des aliments, la nutrition, les pratiques agricoles, la santé) E N C A D R É 4 . 8 UTILISER LES MÉDIAS SOCIAUX POUR COMMUNIQUER SUR DES RISQUES RELATIFS À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS Les médias sociaux jouent un rôle important dans la façon dont les individus et les organisations partagent des informations au sujet des risques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Ce sont des canaux de communication qui présentent de nombreux avantages, mais également des limites. Avantages: 1. Les médias sociaux (comme Twitter, Facebook, Weibo) permettent d’atteindre un vaste public, toujours croissant, aux quatre coins du monde. Plus d’un milliard de personnes utilisent les médias sociaux régulièrement chaque mois. 2. Ce sont des outils particulièrement utiles pour identifier les publics cibles et les parties prenantes concernées par le problème. 3. Ils peuvent servir à répondre aux questions et aux préoccupations du public, à rétablir la vérité en cas de mésinformation, et à éclairer les plans de communication et les messages. 4. Établir des réseaux d’abonnés sur les médias sociaux avant l’apparition d’un problème et communiquer de façon proactive à travers ces canaux lors de l’émergence d’un risque, peut contribuer à positionner l’organisation comme une source crédible d’information sur la question. 5. Ils peuvent être utilisés pour partager des informations dans des formats qui peuvent être réutilisés, comme des podcasts (radio), des vidéos (télévision), des tweets et des mises à jour (pour les médias écrits). Limites: a. Les médias sociaux sont un canal de communication qui n’atteint que les personnes qui bénéficient d’un accès à Internet et qui sont abonnées à ces services. De nombreuses communautés vulnérables n’ont pas accès à Internet, il convient >> 80 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS dont d’utiliser d’autres méthodes pour s’assurer que ces publics cibles reçoivent l’information. b. Dans certaines situations d’urgence, il arrive que les infrastructures nécessaires pour utiliser les médias sociaux soient indisponibles (par ex. pas d’électricité ou de réseau Internet). c. Les modes d’utilisation changent continuellement et nécessitent une évaluation en temps réel pour déterminer si l’information atteint les publics cibles. d. D’après les études disponibles, les messages partagés via des médias sociaux ont un impact limité sur les changements de comportement. (Source: Santé Canada et l’Agence de santé publique du Canada) 4.7 INTERAGIR AVEC LES MÉDIAS Interagir avec les médias constitue un élément essentiel de la plupart des stratégies de communication sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Pour interagir de manière efficace avec les médias, il est important d’être conscient des principaux facteurs qui déterminent la couverture médiatique des questions liées aux risques, notamment: > La peur > Les conflits > La dénonciation > La dissimulation > David contre Goliath (c.-à-d. un conflit entre des intérêts concurrents mais déséquilibrés, où l’opprimé, contre toute probabilité, triomphe de l’adversaire qui était censé être plus fort) > L’impact visuel > Les questions très médiatisées ou les personnalités éminentes Pour travailler efficacement avec les médias lors de l’émergence d’un risque lié à la sécurité sanitaire des aliments, il convient de s’être préparé au préalable à interagir avec les médias. Cela peut notamment consister à: > Identifier, établir et maintenir des relations avec des journalistes qui couvrent régulièrement les questions de sécurité sanitaire des aliments. Il est important de cibler aussi bien les journalistes qui bénéficient d’une large couverture médiatique que ceux qui atteignent les publics cibles. > Identifier et former des portes-paroles dont le rôle sera de parler aux médias, en tenant compte du fait que la capacité à bien communiquer est dans ce cas plus importante que l’expertise scientifique. > Préparer des documents d’information pour les médias sur les risques communs liés à la sécurité sanitaire des aliments et sur la façon dont l’organisation œuvre, avec d’autres, pour y faire face. 81 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS > Collaborer avec les principales parties prenantes afin de prévoir la manière de coordonner les réponses aux médias lors de l’émergence d’un risque. Pour accroître l’efficacité de la stratégie médiatique, lors de l’apparition d’un risque lié à la sécurité sanitaire des aliments, il convient de: > Être proactif. Les premières voix qui s’élèvent tendent à influencer le ton de la couverture médiatique. > Identifier et cibler les médias auxquels ont accès en priorité les publics cibles, et adapter le matériel médiatique en fonction. > Coordonner, autant que possible, les réponses aux médias avec les parties prenantes. > Envisager diverses méthodes pour atteindre les médias (par ex. des conférences de presse régulières, des téléconférences, des webcasts, des communiqués de presse, des publications en ligne, des comptes sur les réseaux sociaux, etc.). > Détecter et corriger. Assurer un suivi étroit de la couverture médiatique et corriger les informations erronées ou trompeuses le plus rapidement possible permettra d’éviter une répétition des erreurs. Procéder à une évaluation des interactions avec les médias une fois que le problème a été résolu, permet d’obtenir des indications utiles pour le futur. Il s’agit notamment de: > Examiner et analyser la couverture médiatique concernant le risque pour apprécier l’efficacité de l’approche adoptée à l’égard des médias. Par exemple, les messages ont-ils été rapportés avec exactitude? Ont-ils été diffusés dans les médias ciblés en priorité? > Collaborer avec les parties prenantes pour améliorer la coordination sur la base des enseignements tirés. > Dialoguer avec des journalistes clés, pour bénéficier de leur expertise au sujet de l’approche adoptée. 4.8 INTERAGIR AVEC LES AUTRES PAYS ET AU-DELÀ Dans les situations d’urgence, il est important de se mettre en contact le plus rapidement possible avec les parties prenantes internationales. Cela permettra aux autorités de sécurité sanitaire des aliments de discuter de l’urgence et de travailler sur les approches d’évaluation des risques en amont de leur exécution. Cela pourra permettre également aux pays de mobiliser des ressources, déterminer les moyens de traiter les urgences collectivement et soutenir les pays qui n’auraient pas la capacité de faire des évaluations de riques complètess. Communiquer à l’avance sur la gestion des risques peut faciliter l’accord sur l’approche à prendre au niveau de l’évaluation et la gestion des risques et assurer ainsi une réponse cohérente (y compris en ce qui concerne les recommendations pour les consommateurs). Dans les cas où l’urgence porte sur un produit domestique 82 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS isolé, il peut être tout de même utile d’informer les parties prenantes internationales car les produits pourraient être exportés, également par l’intermédiaire de réseaux de distributions informels (par exemple les achats par internet). De plus amples recommendations sur l’échange d’informations entre pays sont disponibles dans le document du Codex CAC/GL 19-1995 intitulé « Principes et lignes directrices pour les échanges d’information dans les situations d’urgence en matière de sécurité sanitaire des aliments « (document en révision). Lorsque des aliments contaminés sont introduits sur le marché mondial, il est essentiel que les autorités de sécurité sanitaire des aliments nationales communiquent avec tous les pays impliqués, ainsi qu’avec toutes les parties prenantes internationales. En considérant la communication avec la communauté internationale, on utilisera les systèmes existants pour échanger l’information. Le réseau INFOSAN (Réseau International des Autorités de Sécurité Sanitaire des Aliments) facilite l’échange d’informations entre ses membres pendant le processus d’évaluation, de gestion et de communication des risques et peut être une ressource d’information essentielle pendant les crises d’urgence liées à la sécurité sanitaire des aliments. Le site communautaire INFOSAN est une plateforme en ligne qui permet aux membres d’INFOSAN d’échanger des informations, des expériences et des conseils, de poser des questions et de s’apporter ainsi un support mutuel, y compris sur le développement des messages de communication des risques (Voir encadré 4.9). Au travers du processus, les membres d’INFOSAN peuvent bénéficier de leurs savoirs respectifs et se développer professionnellement. E N C A D R É 4 . 9 INFOSAN Le Réseau International des Autorités de Sécurité Sanitaire des aliments est un réseau géré conjointement par la FAO et l’OMS. Ce réseau est utilisé pour la diffusion globale d’informations importantes sur la sécurité sanitaire des aliments. Le Secrétariat INFOSAN maintient la liste des points de contacts d’urgence et autres points focaux dans les pays membres. Pendant les urgences, le secrétariat d’INFOSAN est en lien étroit avec les points de contacts d’urgence pour collecter et partager des informations factuelles au niveau international et les actions prises pour gérer les risques. Les informations rapportées à INFOSAN sont validées par les pays concernés. Des alertes sont développées et partagées ensuite sur le Réseau Communautaire INFOSAN, qui est une plateforme sécurisée. INFOSAN peut également faciliter la mise en place du processus de conformité avec le Règlement Sanitaire International (IHR, 2005) qui demande que les événements d’urgence pouvant avoir des implications internationales soient rapportés à l’OMS Les points de contact INFOSAN urgence doivent travailler en étroite collaboration avec le point focal national IHR. 83 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS 4.9 SUIVI ET ÉVALUATION La communication sur les risques est un processus à double sens. Il ne s’agit pas simplement de transmettre un message, mais plutôt de déterminer ce que les publics cibles veulent savoir et ce que l’organisation doit leur dire, et ensuite de s’assurer que le message est bien reçu et compris, et qu’il aboutit à des décisions optimales qui protègent et améliorent la sécurité sanitaire des aliments et la santé publique. Élaborer une stratégie de communication sur les risques qui inclut des activités de recherche et associe les parties prenantes a plus de chances d’être efficace. En outre, assurer le suivi de la communication sur les risques et évaluer les efforts de communication à la fois pendant et après la mise en œuvre de la stratégie, permet de réaliser des ajustements pertinents pour les publics cibles, mais également de tirer des leçons précieuses qui permettront d’améliorer les futures communications sur les risques. Les problèmes de risque évoluent constamment, et ceux liés à la sécurité sanitaire des aliments évoluent souvent rapidement. Il est ainsi essentiel d’adopter une approche globale, systématique et continue du suivi et de l’évaluation, en vue de rendre les activités de communication des risques aussi efficaces que possible. Par exemple, le suivi des conséquences fortuites de la communication et des questions, des préoccupations et des idées fausses, permet de faire face à ces imprévus rapidement et de manière pertinente. L’encadré 4.10 énumère les types de questions qu’il convient de se poser pour assurer le suivi et l’évaluation de la communication sur les risques. L’encadré 4.11 énumère des méthodes qui peuvent être utilisées pour assurer le suivi et l’évaluation de la communication sur les risques. Un suivi et évaluation efficace de la communication sur les risques permet non seulement de déterminer quoi, comment et avec qui l’organisation a besoin de communiquer concernant un problème de sécurité sanitaire des aliments, mais offre aussi des informations précieuses sur la façon dont le risque lui-même devrait être géré, notamment grâce aux commentaires des publics cibles. 84 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS E N C A D R É 4 . 1 0 SUIVI ET ÉVALUATION DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES Assurer le suivi de la stratégie de communication sur les risques et évaluer les efforts de communication à la fois pendant et après un événement de sécurité sanitaire des aliments, est essentiel afin de rendre les activités de communication aussi efficaces que possible. Les organisations doivent s’engager à assurer le suivi et évaluation de leurs activités de communication et investir en conséquence. Types de questions à se poser dans le cadre du suivi de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments: 1. Les publics cibles reçoivent-ils les messages? a. Si non, pourquoi? 2. Les publics cibles réagissent-ils aux messages? a. Si oui, réagissent-ils comme prévu? b. Si non, pourquoi? c. De nouvelles questions ou préoccupations sont-elles apparues? 3. Quelles sont les parties prenantes qui communiquent au sujet du risque? a. Les informations communiquées par les autres parties prenantes sont-elles différentes de celles communiquées par l’organisation? 4. La perception du risque par le public cible a-t-elle changé? a. De nouveaux problèmes sont-ils apparus, qui pourraient modifier la perception du risque à propos du problème de sécurité sanitaire des aliments en question? 5. Combien de médias diffusent les messages de l’organisation et à quelle fréquence? Types de questions à se poser dans le cadre de l’évaluation des activités de communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments: 1. Les besoins des publics cibles en matière de communication ont-ils changé? 2. Devons-nous modifier nos messages? a. Si oui, comment? 3. Est-il nécessaire d’utiliser d’autres canaux de communication? a. Si oui, lesquels? 4. Les parties prenantes participent-elles, ou ont-elles participé, à l’élaboration et à la diffusion des messages? a. Si non, pourquoi et comment les inclure à l’avenir? b. Si oui, les parties prenantes impliquées sont-elles les plus pertinentes? 5. Les médias rapportent-ils les messages de l’organisation de manière précise? 6. L’usage qui est fait des médias est-il efficace? 7. Des progrès ont-ils été accomplis en vue de la réalisation des objectifs de communication? 85 CHAPITRE 4 : METTRE EN PRAT IQUE LA COMMUNICAT ION SUR LES R ISQUES RELAT IFS À LA SÉCURITÉ SANITA IRE DES AL IMENTS E N C A D R É 4 . 1 1 COMMENT ASSURER LE SUIVI ET L'ÉVALUATION DES MESSAGES ET DES STRATÉGIES DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES? Il existe différentes façons d’assurer le suivi de la communication sur les risques et d’évaluer l'efficacité des messages et des stratégies de communication, notamment: Méthode Description et objectifs Concertation avec les parties prenants Consultation avec les parties prenantes pendant et après le risque relatif à la sécurité sanitaire des aliments, pour savoir ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas, en vue de modifier l’approche adoptée et de tirer des leçons pour l’avenir. Suivi sur les médias sociaux Suivi régulier des conversations sur les médias sociaux pour identifier les questions et les préoccupations émergentes au sein de l’opinion publique et des publics cibles. Ces informations permettront d’ajuster la stratégie et les messages. Suivi et analyse des médias Suivi et analyse de la couverture médiatique sur le risque, en vue d’ajuster la stratégie et les messages à mesure que le problème évolue, et évaluation de l’efficacité globale de l’approche et des messages une fois que le problème est résolu. Par exemple, il peut être utile d’examiner si les messages ont été rapportés fidèlement, et s’ils ont été couverts dans les médias ciblés. Examen des retombées sur Internet Suivi de la façon dont les documents de l’organisation sont utilisés en ligne (par ex. nombre de vues, de téléchargements, de partages, etc.) et analyse des commentaires des utilisateurs, afin d’ajuster la stratégie de communication et les documents à l’appui, à mesure que la situation évolue et une fois que le problème est résolu. Enquêtes ciblées Suivi des opinions des publics cibles au fil du temps pour apprécier le profil et le nombre de personnes qui ont reçu et accepté les messages clés. Ce type d’enquête fournit également des informations sur les méthodes de communication les mieux adaptées aux publics cibles. Ces enquêtes peuvent être réalisées régulièrement, généralement par l’intermédiaire d’instituts de sondage. Mise à jour de l’évaluation des risques Suivi, par exemple, du risque réel pour la santé, du nombre de malades et des niveaux de contamination, afin de déterminer si le risque augmente ou diminue et donc de savoir si les efforts de communication ont été efficaces. 86 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS PRINCIPALES RÉFÉRENCES Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (2012). Crisis and Emergency Risk Communication Manual.http://emergency.cdc.gov/cerc/ resources/pdf/cerc_2012edition.pdf Codex Alimentarius Commission. Revised 2013. Codex guidelines for the exchange of information in food control emergency situations, CAC/GL 19-1995. http://www. codexalimentarius.org/download/standards/36/CXG_019e.pdf EFSA (2012). Quand les aliments se déchaînent. Bonnes recettes de communication sur les risques. http://www.efsa.europa.eu/fr/corporate/pub/riskcommguidelines INFOSAN. Réseau International des autorités de sécurité sanitaire des aliments http://www.who.int/foodsafety/areas_work/infosan/fr/ Joy Online (1999). http://ghanaweb.net/GhanaHomePage/soccer/artikel. php?ID=8883 Kelay Tanika et Fife-Schaw Chris (2010). Effective Risk Communication: A Guide to Best Practice. http://www.techneau.org/fileadmin/files/Publications/Publications/ Deliverables/D6.3.1-2.report.pdf OMS (2005). Lignes directrices sur la communication lors des flambées de maladies. http://www.who.int/csr/resources/publications/WHO_CDS_2005_28fr.pdf?ua=1 OMS (2001). Cinq clefs pour des aliments plus sûrs (poster) http://www.who.int/ foodsafety/publications/consumer/en/5keys_fr.pdf OMS (2015). Cinq clefs pour des aliments plus sûrs (educational video) tch?v=POIHmjuBp6w&feature=youtu.be OMS. Règlement Sanitaire International (IHR-2005) http://www.who.int/ihr/fr/ Protocols for Health Emergency Risk Communication, Communications and Public Affairs Branch, Health Canada and the Public Health Agency of Canada, May 2013 (v.18) The Ghanaian Chronicle (1998). http://www.modernghana.com/news/18385/1/ shock-scientific-reportkenkey-causes-cancer.html 87 ANNEXES MATÉRIEL COMPLÉMENTAIRE LES OUTILS PRÉSENTÉS ICI SONT DES EXEMPLES, AIMABLEMENT FOURNIS PAR SANTÉ CANADA ET L’AGENCE DE SANTÉ PUBLIQUE DU CANADA, ET ADAPTABLES À D’AUTRES PAYS. ILS PEUVENT SERVIR DE LIGNES DIRECTRICES POUR LES PAYS QUI SOUHAITENT METTRE EN PLACE UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES. IL EST POSSIBLE QUE LE MATÉRIEL COMPLÉMENTAIRE DE CE MANUEL SOIT MIS À JOUR À L’AVENIR, AFIN D’INCLURE DES LIGNES DIRECTRICES PLUS GÉNÉRIQUES OU D’AUTRES EXEMPLES EN PROVENANCE DE DIFFÉRENTS PAYS. 88 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS ANNEXE 1 ÉVALUATION RAPIDE DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES Le but de cet outil est d’aider les organisations à identifier les domaines qui posent généralement problème pour la communication sur les risques. Le paragraphe 2.3 – L’importance de la planification (chapitre 2) – se penche sur l’identification des lacunes dans les capacités nécessaires pour mener à bien les différentes activités de communication. ÉVALUATION RAPIDE DE LA COMMUNICATION SUR LES RISQUES (source (avec modifications): Santé Canada et l’Agence de santé publique du Canada) L’outil d’évaluation rapide s’appuie sur les capacités de communication sur les risques requises dans le Règlement sanitaire international de l’OMS. Son objectif est de vous aider à identifier les domaines qui posent généralement problème dans votre organisation et à faciliter la discussion sur la façon dont les capacités pourraient être améliorées. Veuillez noter: Vos réponses ne sont pas officielles, et sont uniquement destinées à un usage personnel. Instructions: Pour chaque capacité requise, attribuez un numéro de 1 à 10 en fonction de votre expérience et de votre opinion. Sur cette échelle, «1» correspond à faible et «10» à solide. Par exemple: «3, nous pourrions probablement le faire, mais rien n’est écrit ni formalisé à cet égard» ou «8, nous faisons cela bien la plupart du temps, les systèmes et les processus nécessaires sont en place et ont été testés.» 1. Transparence et première annonce d’un risque réel ou potentiel: La gestion des informations relatives à une urgence liée à la sécurité sanitaire des aliments (santé publique), y compris le premier message d'avertissement à la population d'un risque potentiel et la transparence du processus décisionnel, contribue à assurer que les personnes à risque – réel ou potentiel – peuvent se protéger elles-mêmes et à maintenir et renforcer la confiance entre les autorités, les populations et les parties prenantes. Les capacités suivantes assurent le succès de cette composante: Capacités nationales de 1 à 10 1. La capacité à approuver rapidement des avertissements et des mises en garde en vue d’une distribution publique, dans une situation de risque réel ou potentiel pour la santé publique. 89 ANNEXES Les capacités suivantes assurent le succès de cette composante: Capacités nationales de 1 à 10 2. La capacité d’émettre des alertes ou des mises en garde concernant l’émergence d’un risque réel ou potentiel, en dehors des heures des bureau (par ex. en soirée et les jours fériés), et de s’assurer que les populations minoritaires et difficiles à atteindre sont informés des alertes ou des mises en garde, par le biais de documents traduits et adaptés à leurs besoins. 3. La capacité à respecter les principes décisionnels – inscrits dans une règlementation, une politique ou des directives officielles – concernant la publication en temps opportun des informations relatives à un risque réel ou potentiel pour la santé publique. 4. La capacité à garantir que les décisions et les actions en lien avec la transparence seront évaluées après l’événement à l’aune des principes convenus. 2. Coordination de la communication des pouvoirs publics: En raison de la nature interjuridictionnelle des urgences relatives à la sécurité sanitaire des aliments (santé publique), les autorités en charge de la sécurité sanitaire des aliments et de la santé publique doivent être en mesure d’engager et de coordonner la communication publique avec les autres organisations concernées, y compris en déterminant les rôles et responsabilités des organismes chefs de file et des organismes d’appui. Cette capacité permet de tirer parti des ressources publiques disponibles pour la communication, de coordonner les messages en vue de réduire la possibilité de confusion et de chevauchements d’information, et de renforcer la portée et l’influence des conseils fournis. Les capacités suivantes assurent le succès de cette composante: Capacités nationales de 1 à 10 1. La capacité à identifier des points focaux pour la communication, parmi les organismes publics en charge des situations d’urgence de santé publique, et à identifier leurs rôles et responsabilités. 2. La capacité à établir une structure formelle visant à coordonner les efforts de communication des organisations partenaires concernées par les urgences de santé publique. 3. La capacité de partager les messages et stratégies de communication publique avec les organisations et institutions partenaires en situation d’urgence de santé publique, avec l’aval de l’équipe de gestion des urgences. 4. La capacité à accéder de manière efficace aux capacités de communication sur les risques dans les situations d’urgence, au sein des organisations partenaires, y compris des éléments clés comme les services de traduction et la diffusion des messages par les réseaux de communication externes. 5. La capacité à solliciter les réseaux communautaires qui peuvent atteindre des populations parlant des langues différentes ou des communautés culturelles différentes. 3. Diffusion de l’information, y compris les relations avec les médias: En raison des contraintes de temps associées aux situations d’urgence, de la forte demande d’informations, et du rôle crucial des conseils et des mises en garde pour minimiser la menace, il est essentiel que les informations soient diffusées de manière rapide et efficace. Les médias 90 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS de masse restent incontournables pour diffuser des informations, mais il est de plus en plus important d’accéder à d’autres sources d’information considérées comme fiables par les populations à risque, y compris les nouveaux médias, les réseaux de partage d’informations et les médias non traditionnels. Les capacités suivantes assurent le succès de cette composante: Capacités nationales de 1 à 10 1. La capacité à garantir la disponibilité de porte-paroles publics, qualifiés et formés, en mesure de parler aux journalistes pendant les situations d’urgence de santé publique. 2. La capacité à répondre efficacement aux demandes des médias de masse durant les situations d’urgence au moyen de protocoles permettant de gérer la forte demande d'information, les importants volumes de questions des médias de masse et la fréquence des séances d’information avec les médias. 3. La capacité à accéder de manière efficace et efficiente à d’autres canaux de diffusion, y compris Internet, les SMS, les services d’assistance téléphonique, les médias sociaux, les listes de diffusion, les réseaux de partenaires formels et informels, les crieurs de village et les systèmes de diffusion publique. 4. La capacité à mener des évaluations rapides des publics cibles parmi les groupes de population à risque et à atteindre rapidement les populations vulnérables, «difficiles à atteindre», défavorisées ou minoritaires pour leur fournir des informations d’urgence pertinentes, adaptées à leurs capacités linguistiques, à leur niveau d’alphabétisation, et à leur environnement socio- économique. 5. La capacité à garantir que des documents et des messages d’information/ d’éducation/de communication portant sur des éléments communs aux réponses d’urgence – tels que les bonnes pratiques d’hygiène personnelle, de manipulation des aliments, et de soins à domicile des malades – ont été élaborés et traduits dans les langues appropriées. 4. Écoute à travers le dialogue: Écouter ceux qui sont touchés et concernés de manière structurée et réfléchie est essentiel pour garantir l’efficacité des efforts de communication et éclairer les processus décisionnels dans les situations d’urgence. Un fort engagement aux côtés des personnes touchées et concernées est nécessaire pour déterminer leur perception des risques et agir en conséquence, en adaptant les messages, les documents et les stratégies de communication. Les capacités suivantes assurent le succès de cette composante: Capacités nationales de 1 à 10 1. La capacité à recueillir et à traiter les points de vue et les perceptions des individus, des partenaires et des communautés affectées par une urgence de santé publique ainsi qu’à adapter les stratégies de communication, au besoin. 2. La capacité à surveiller les médias traditionnels et non traditionnels, notamment à assurer un suivi des questions en suspens, des besoins d’information, des points de confusion et des rumeurs. 3. La capacité à utiliser des modèles de collecte d’information simplifiés, spécifiques aux situations d’urgence pour faciliter un dialogue efficace dans ce genre d’événements. 4. La capacité à refléter les résultats des processus d’écoute et d’évaluation dans les décisions relatives à la gestion de la situation d’urgence. 91 ANNEXES ANNEXE 2 OUTIL D’ÉVALUATION DE LA PERCEPTION DU RISQUE Cet outil est utile pour identifier les situations non urgentes qui peuvent nécessiter une communication de type situation d’urgence parce que le public a une perception du risque élevé, même si l’impact sur la santé réelle est faible. Ce sujet est abordé au paragraphe 3.4 du chapitre 3: Comprendre les responsabilités des communicateurs dans le cadre de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. OUTIL D’ÉVALUATION DE LA PERCEPTION DU RISQUE (Source: Santé Canada et l’Agence publique de santé du Canada) Dans certaines situations, il arrive que le public ait une perception du risque élevée concernant un problème particulier, même si le risque réel est faible. Dans ces situations, il est parfois nécessaire de mettre en œuvre une stratégie de communication sur les risques aussi intense qu’en cas d’urgence réelle, pour préserver la confiance de l’opinion publique et des acteurs concernés. Il n’est pas aisé d’identifier les situations non urgentes qui peuvent nécessiter une communication publique d’urgence. Les questions suivantes visent à guider les débats. 1. L’opinion publique semble-t-elle montrer des signes particuliers d’intérêt à l’égard de la question?  Y a-t-il eu des appels des médias à cet égard (ou à propos d’un thème lié)?  Les médias de masse ont-ils couvert la question?  Si oui, quels étaient la période et le ton de la couverture?  Existe-t-il des signes d’une activité importante sur les médias sociaux à l’égard de cette question (ou d’une question liée)?  Si oui, quels étaient la période et le ton des discussions?  Existe-t-il des groupes de défenses/des ONG qui communiquent actuellement ou qui ont récemment communiqué à cet égard?  Si oui, quel est leur message? 2. Y a-t-il des signes d’une haute visibilité au sein de l’environnement public ?  Cette question a-t-elle fait l’objet d’une attention publique particulière aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France ou dans d’autres pays?  Si oui, quels étaient la période et le ton de l’activité et de la couverture?  Les enquêtes publiques montrent-elles un intérêt particulier pour la question?  Le risque est-il lié à un prochain événement important – par exemple une célébration ou une période de l’année?  Le risque perçu affecte-t-il de nombreux citoyens/régions du pays? 92 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS 3. Le risque en question possède-t-il des caractéristiques susceptibles d’exacerber la perception du risque?  Le risque perçu est-il susceptible d’affecter les enfants ou les nourrissons?  Le risque perçu est-il d’une nature particulièrement redoutée (qui engendre la mort ou des blessures graves)?  Dans le passé, ce risque ou un risque similaire ont-ils bénéficié d’une forte visibilité?  L’opinion publique a-t-elle une mauvaise image (en termes de confiance) de la source du risque perçu – en supposant que ce soit une entreprise ou un pays?  Le risque perçu est-il spécifique à un groupe de consommateurs déjà vulnérables? 93 ANNEXES ANNEXE 3 ÉCRITURE ACCESSIBLE – DIRECTIVES FACE À DE FAIBLES NIVEAUX D’ALPHABÉTISATION Cet outil vise à faciliter l’écriture de messages accessibles aux parties prenantes ayant un faible niveau d’alphabétisation, comme discuté au paragraphe 4.5 du chapitre 4: Élaboration des messages. ÉCRITURE ACCESSIBLE – DIRECTIVES FACE À DE FAIBLES NIVEAUX D’ALPHABÉTISATION (Source: Santé Canada et l’Agence publique de santé du Canada) > Il existe quelques règles simples pour s’assurer que votre message atteindra un public ayant un faible niveau d’alphabétisation: > Commencer par l’information la plus importante. Captez l’attention des publics en leur fournissant les informations qu’ils doivent connaître, les mesures qu’ils doivent prendre et pourquoi c’est important pour eux. > Limiter le nombre de messages. Concentrez-vous sur ce que le public a besoin de savoir et de faire. > Une idée à la fois. Évitez de mélanger les idées et les messages. > Choisir soigneusement ses mots. > Utilisez des mots courts. > Limitez l’utilisation du jargon technique ou de mots scientifiques. > Soyez constant dans le choix des mots. > Utilisez la langue parlée. (Par exemple, «Cela peut vous rendre malade» vs «Il se pourrait que cela provoque des effets néfastes sur votre santé.») > Privilégier les phrases courtes. Pas plus de 8-10 mots lorsque c’est possible. > Une idée par phrase. > Utiliser la voix active. Mettez l’accent sur le sujet de la phrase qui fait l’action. (Par exemple, «Fumer provoque des maladies cardiaques» et non «Les maladies cardiaques sont causées par le tabagisme.») > Éviter les énumérations, dans la mesure du possible. Privilégiez les listes à puces aux énumérations séparées par des virgules. MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS Questions à prendre en considération Les questions suivantes sont utiles pour vous aider à déterminer si le texte est facile à comprendre: > Une personne âgée que vous connaissez comprendrait-elle ce texte? > Un enfant de 12 ans comprendrait-il ce texte? > Dans la mesure du possible, le langage utilisé est-il clair et le jargon scientifique a-t-il été évité? > Les phrases sont-elles courtes, environ 8-10 mots par phrase? > Les mots plus longs sont-ils évités au profit de mots plus courts? > Ce texte fournit-il aux lecteurs des informations sur le risque immédiat pour la santé, notamment ce qu’ils ont besoin de savoir? > Le texte propose-t-il aux lecteurs des mesures qu’ils peuvent prendre, et explique- t-il pourquoi c’est important pour eux? 94 95 LECTURES COMPLÉMENTAIRES Byrd-Bredbenner, C., Berning, J., Martin-Biggers, J., & Quick, V. (2013). Food Safety in Home Kitchens: A Synthesis of the Literature. International Journal of Environmental Research and Public Health, 10(9), 4060-4085. Covello, V. & Sandman, P.M. (2001). Risk communication: Evolution and revolution. http://www.monitor2manage.com.au/userdata/downloads/p_/ Covello%20and%20Sandman_%20Risk%20communication_%20Evolution%20 and%20Revolution.pdf Frewer, L. J., van der Lans, I. A., Fischer, A. R., Reinders, M. J., Menozzi, D., Zhang, X., de Berg, I. & Zimmermann, K. L. (2013). Public perceptions of agri- food applications of genetic modification–A systematic review and meta-analysis. Trends in Food Science & Technology, 30, 2, 142–152. Lofstedt, R. (2003). Risk communication: pitfalls and promises, European Review, 11(3): 417–435. http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.320.78 48&rep=rep1&type=pdf Lundgren, R.E. & McMakin, A.H. (2013). Risk communication, a handbook for communicating environmental, safety and health risks. http://books.google. fr/books?id=hImlVRZsPw0C&pg=PT52&lpg=PT52&dq=when+was+risk+co mmunications+born&source=bl&ots=LKC8Sircfe&sig=ICE20pTTfZWmDgo 2S00MjMJW618&hl=en&sa=X&ei=07xUUsT5Meam0AWC0YDICw&redir_ esc=y#v=onepage&q=when%20was%20risk%20communications%20 born&f=false Rutsaert, P., Pieniak, Z., Regan Á., McConnon Á., Kuttschreuter, M., Lores, M., Lozano, N., Guzzon, A., Santare, D. & Verbeke, W. (2014). Social media as a useful tool in food risk and benefit communication? A strategic orientation approach. Food Policy, 46, 84-93. Rutsaert, P., Regan, Á., Pieniak, Z., McConnon, Á., Moss, A., Wall, P. & Verbeke, W. (2012). The use of social media in food risk and benefit communication. Trends in Food Science & Technology, 30, 84-91. Social Issues Research Centre (2001). Guidelines on science and health communication. Oxford: SIRC. http://www.sirc.org/publik/revised_guidelines.shtml Social Issues Research Centre (2006). MESSENGER: Media, science and society; engagement and governance in Europe. Oxford: SIRC. http://www.sirc.org/ messenger/Final_Report_Draft_1.pdf Spanish Agency for Consumer Affairs, Food Safety and Nutrition (AECOSAN). Sharing protocols, experiences and knowledge on management and communication during food crisis. aesan.msssi.gob.es/AESAN/docs/docs/.../Sharing_ protocols_2014.pdf Service de santé publique des États-Unis (1995). Risk communication: Working with individuals and communities to weigh the odds. http://odphp.osophs.dhhs. gov/pubs/prevrpt/archives/95fm1.htm 96 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS SITES INTERNET PROPOSANT DES DOCUMENTS DE FORMATION PERTINENTS Site Web du Centre international d’excellence dans la communication sur les risques sanitaires des aliments http://www.foodriskcommunications.org/ Site Web de l’International Food Information Council Foundation www.foodinsight.org Site Web de FoodRisc Resource Centre. Un centre de ressources sur la communication des risques et des avantages alimentaires http://resourcecentre.foodrisc.org/ OMS. Site Web sur la communication des risques http://www.who.int/risk-communication/en/ 97 GLOSSAIRE Ce glossaire présente les définitions de travail de quelques termes fréquemment utilisés dans le manuel. Le cas échéant, les définitions incluent ou s’appuient sur la terminologie existante et acceptée internationalement. L’objectif de ce glossaire n’est pas de définir et d’élaborer de nouvelles normes mais de fournir une terminologie commune dans le cadre de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. ANALYSE DES RISQUES: Processus comportant trois volets: évaluation des risques, gestion des risques, et communication sur les risques13. CANAL/VOIE DE COMMUNICATION: Média utilisé pour échanger des informations entre personnes, par exemple les médias imprimés ou les réunions communautaires. COMMUNICATION SUR LES RISQUES: Échange d'informations et d'opinions sur les risques et les facteurs liés aux risques entre les responsables de leur évaluation et de leur gestion, les consommateurs et les autres parties intéressées 14. COMMUNICATEUR DES RISQUES: Personne responsable de la communication sur les risques. CONFIANCE: Croyance en l’honnêteté, l’impartialité et la bienveillance d’une source ou d’une institution à évaluer, gérer et communiquer sur les risques liés à la sécurité sanitaire des aliments, conformément à l'intérêt public. CONFIANCE SOCIALE: Conviction que les institutions chargées de la sécurité sanitaire des aliments agissent en vue d’optimiser la protection humaine et environnementale, et qu’elles ne nuiront pas délibérément à l’homme ou à l’environnement15. CONSOMMATEUR: Acheteur ou utilisateur final des produits alimentaires. CRÉDIBILITÉ: Mesure dans laquelle une source ou une institution est perçue comme ayant les connaissances et l’expertise pour évaluer, gérer et communiquer à propos d’un risque. Sources 13 FAO/OMS. 2013. Commission du Codex Alimentarius. Manuel de procédure. 21e édition. (Disponible à: ftp://ftp.fao.org/codex/Publications/ProcManuals/Manual_21f.pdf). 14 FAO/WHO. L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments (available at: http://www.fao.org/docrep/009/x1271f/x1271f00.htm) 15 Delhey, J., & Newton, K. (2005). Predicting cross-national levels of social trust: global pattern or Nordic exceptionalism? European Sociological Review, 21(4), 311-327. 98 MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES AL IMENTS DANGER: Agent biologique, chimique ou physique présent dans un aliment, ou état de cet aliment, pouvant avoir un effet adverse sur la santé16. DIALOGUE: Échange interactif d’idées ou d’informations entre personnes. ENGAGEMENT: Processus grâce auquel une organisation associe les parties prenantes, et d’autres personnes ou organismes intéressés, dans l’élaboration des politiques visant à gérer les risques alimentaires. ÉVALUATION DES RISQUES: Processus utilisé en vue d’apprécier les risques sur les plans quantitatif et qualitatif, et de les caractériser17. GESTION DES RISQUES: Pondération et sélection des options, et application de mesures de contrôle appropriées afin de garantir un niveau adéquat de protection18. HONNÊTETÉ: Mesure dans laquelle une source ou une institution transmet des informations sur un risque d’une manière ouverte, honnête et transparente19. NIVEAU APPROPRIÉ DE PROTECTION: Niveau de protection considéré comme approprié par le Membre établissant une mesure sanitaire ou phytosanitaire pour protéger la santé et la vie des personnes et des animaux ou préserver les végétaux sur son territoire20. OUVERTURE: Possibilité d’impliquer et de dialoguer avec toutes les parties prenantes dans le cadre de la communication sur les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments, y compris avec ceux qui sont touchés par le risque et ceux qui en sont potentiellement responsables. PARTIE PRENANTE: Individu ou groupe de personnes qui pourrai(en)t être touché(s) par un problème particulier, ou qui peu(ven)t avoir une influence en la matière. PERCEPTION DU RISQUE: Jugement que les personnes portent à l’égard des caractéristiques, de la probabilité et de la gravité d’un risque spécifique. PROMOTION DE LA SANTÉ: Communication d’informations sur des actions concrètes qui peuvent être prises afin d’améliorer la santé publique en lien avec les risques relatifs à la sécurité sanitaire des aliments. 16 FAO/OMS. 2013. Commission du Codex Alimentarius. Manuel de procédure. 21e édition. (Disponible à: ftp://ftp.fao.org/codex/Publications/ProcManuals/Manual_21f.pdf). 17 FAO/WHO. L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments (available at: http://www.fao.org/3/a-x1271f/ 18 FAO/WHO. L’application de la communication des risques aux normes alimentaires et à la sécurité sanitaire des aliments (available at: http://www.fao.org/3/a-x1271f/ 19 Van Kleef, E., Houghton, J. R., Krystallis, A., Pfenning, U., Rowe, G., Van Dijk, H., Van der Lans, I.A. & Frewer, L. J. (2007). Consumer evaluations of food risk management quality in Europe. Risk Analysis, 27(6), 1565-1580. 20 Accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires. Disponible à: http://www.wto.org/ french/tratop_f/sps_f/spsagr_f.htm 99 GLOSSAIRE PUBLIC CIBLE: Groupe ou sous-groupe de parties prenantes à qui s’adresse spécifiquement le message ou la communication sur les risques. QUALITÉ DES ALIMENTS: Attributs qui influencent la valeur d’un produit pour le consommateur. Cela inclut des variables subjectives telles que la couleur, la taille, l’odeur, la saveur, la texture, la fraîcheur, la propreté et l’apparence générale. RÉACTIVITÉ: Mesure dans laquelle les responsables de la sécurité sanitaire des aliments répondent, dans leurs activités de communication, aux besoins et aux attentes des publics cibles en matière de communication sur les risques. RISQUE: Fonction de la probabilité d’un effet néfaste sur la santé et de sa gravité, du fait de la présence d’un ou plusieurs danger(s) dans un aliment21. SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS: Assurance que les aliments sont sans danger pour le consommateur quand ils sont préparés et/ou consommés conformément à l’usage prévu22. SÉCURITÉ ALIMENTAIRE: Elle est assurée lorsque toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine23. TRANSPARENCE: Ensemble de politiques, de pratiques et de procédures qui permettent aux parties prenantes et au public intéressé de comprendre comment sont prises les décisions relatives à l’évaluation, la gestion et la communication sur les risques. 21 FAO/OMS. 2013. Commission du Codex Alimentarius. Manuel de procédure. 21e édition. (Disponible à: ftp://ftp.fao.org/codex/Publications/ProcManuals/Manual_21f.pdf). 22 CAC. 2003. Principes généraux d’hygiène alimentaire (CAC/RCP 1- 1969). Disponible à: http:// www.fao.org/fao-who-codexalimentarius/standards/list-standards/fr/ 23 FAO. 1996. Sommet mondial de l’alimentation. (Disponible à: http://www.fao.org/docrep/003/ W3613F/W3613F00.HTM).

I5863FR/1/10.18 ISBN 978-92-5-131044-1 ISSN 2519-0806 9 7 8 9 2 5 1 3 1 0 4 4 1 UNITÉ DE SÉCURITÉ SANITAIRE ET QUALITÉ DES ALIMENTS BUREAU DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE SECTION DE L’AGRICULTURE ET DE LA PROTECTION DES CONSOMMATEURS WWW.FAO.ORG/FOOD/FOOD-SAFETY-QUALITY/HOME-PAGE/FR Ce manuel FAO/OMS a été développé pour aider les autorités nationales de sécurité sanitaire des aliments et les parties prenantes de la chaîne alimentaire à établir ou renforcer leurs pratiques et capacités à communiquer sur les risques. Ce manuel s’adresse aux institutions des secteurs de l’agriculture/agroalimentaire et de la santé publique qui se partagent fréquemment la responsabilité gouvernementale de la sécurité sanitaire des aliments au niveau du pays et/ou de la région. Ce manuel explique les principes et les meilleures pratiques de communication sur les risques pour gérer les événements indésirables associés aux dangers biologiques, chimiques ou physiques. Il couvre l’utilisation de la communication des risques dans le contexte de l’analyse des risques pour gérer aussi bien les urgences que les questions courantes comme le développement de campagnes de promotion de la santé. Beaucoup d’aspects sont applicables à la sécurité des aliments pour animaux, la santé animale ou la gestion des maladies zoonotiques pour une communication sur les risques efficace. MANUEL DE COMMUNICATION SUR LES RISQUES APPLIQUÉE À LA SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS

Informations clés
Type de document Publications
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé