www.who.int/apoc La bataille victorieuse de l’apoc contre le vecteur de la cécité des rivières Programme africain de Lutte contre L’onchocercose JAF18/INF/DOC.3 Guinée Equatoriale Ile de Bioko APOC ex-OCP Une préparation minutieuse, un esprit d’équipe solide, une expertise de haut niveau et une déter- mination inébranlable sont les qualités qui ont permis à l’APOC, le Programme africain de lutte contre l’onchocercose, d’éliminer de l’île de Bioko la simulie, vecteur de l’onchocercose ou cécité des rivières. Située dans le Golfe de Guinée à 32 kilomètres de la côte du Cameroun, Bioko a une superficie totale d’environ 2000 kilomètres carrés (près de 800 miles carrés) et est la plus grande des cinq îles volcaniques habitées faisant partie du ter- ritoire de la République de Guinée Equatoriale. La capitale du pays, Malabo, est située sur la côte nord de l’île de Bioko. Pour la communauté internationale de la santé, l’île de Bioko a la distinction incertaine d’être la seule île connue au monde où l’onchocercose est endémique. Grâce à la persévérance de l’APOC, elle mérite aujourd’hui la réputation d’être, selon toute vraisemblance, la seule île au monde où la simulie, vecteur de la maladie a été éliminée et où l’objectif d’éliminer la maladie elle-même n’est plus un rêve fantaisiste. Ce succès de l’APOC est certainement à l’origine de l’enthousiasme du Président Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée Equatoriale lorsqu’il déclarait lors de la Réunion du Comité Régional de l’OMS pour l’Afrique en septembre 2010 : «Le succès des efforts de l’APOC pour éliminer le vecteur de la maladie sur l’île de Bioko suscite l’espoir dans la lutte contre les pandémies telles que l’onchocercose. J’attends à présent l’application de ces efforts victorieux sur la par- tie continentale de notre pays.» De toute évidence, l’APOC et ses partenaires sont vraiment dignes d’éloges dans leur lutte contre le vecteur de l’onchocercose sur l’île, étant donné les obstacles auxquels ils ont dû faire face pour atteindre leurs objectifs – obstacles qui avaient conduit de nombreux experts à jeter le doute sur les chances de succès de l’opération. Pour les 250 000 habitants de l’île de Bioko, ce qu’a accompli l’APOC signifie déjà l’espoir d’un avenir libéré des piqûres incessantes du mout- oumoutou, nom local de la simulie, et des vers parasites qu’elle transmet ; libéré des démange- aisons insupportables et de la nécessité de se gratter, souvent jusqu’à l’os ; libéré des papules urticariennes disgracieuses et de la dépigmen- tation de la peau ; libéré de la cécité qui donne à la maladie son nom ; et enfin, libéré de la contrainte d’abandonner les villages et les terres fertiles bordant les rivières où se reproduisent les simulies et où on est exposé à leurs piqûres. Assurément, sur l’île de Bioko, l’espèce particu- lière de simulies qui transmet l’onchocercose - Simulium yahense, forme Bioko, est très répandue: pendant la saison des pluies, qui dure de mai à décembre, lorsque les rivières ont un courant rapide favorable à la reproduction du Simulium, les habitants de Bioko peuvent chacun La bataille victorieuse de l’apoc contre le vecteur de la cécité des rivières La b at a iL Le v ic to ri eu se d e L’a po c co n tr e Le v ec te u r d e La c éc it e d es r iv iè re s 3 w w w .w ho .in t/a po c subir, en moyenne, plus de 500 piqûres par jour de la simulie femelle à la recherche de sang. Ce «facteur de nuisance» a dans le passé rendu la vie difficile, voire insupportable, pour beaucoup d’habitants de l’île. «Ma mère raconte qu’elle ne peut guère se rappeler une époque où elle n’avait pas de démangeaisons de la peau. Il lui semblait qu’elle avait eu des démangeaisons toute sa vie», se souvient une jeune fille vivant sur l’île. «Au fil des ans, le grattage constant ne faisait que s’empirer, causant beaucoup de saignements qui conduisirent à des cicatrices et à des blessures très laides sur ses jambes et ses fesses. Son mari avait honte d’elle et la chassa, elle et nous les enfants de chez lui. Ayant nulle part où aller ... elle s’enfuit du village et prit ses enfants avec elle.» La simulie vectrice de la maladie était dev- enue tellement incrustée au fil des siècles que la perspective de l’éradiquer de l’île semblait impossible. En effet, dans les années 1990, avant le début des campagnes de l’APOC, de nombreux experts étaient sceptiques. Ils soulignaient le terrain accidenté et la végétation très dense qui empêchent l’accès à environ 90% de la surface de l’île. Sur un tel terrain, disaient-ils, il serait impossibles à des équipes au sol de recueillir les informations nécessaires sur les cours d’eau, telles que le débit et autres paramètres, et sur les gîtes de reproduction des simulies vectrices. La seule alternative, disaient-ils, serait d’utiliser des hélicoptères pour localiser les gîtes de reproduc- tion dans les rivières et ensuite de pulvériser les rivières avec des larvicides, mais ces activités seraient certainement entravées par l’épaisse canopée de la forêt dense. Heureusement, il y avait aussi quelques opti- mistes obstinés qui répliquaient par des argu- ments positifs. En appui à leur argumentation, il y avait par exemple l’isolement géographique de l’île de Bioko. Une réinvasion par des simulies vectrices exogènes serait, soutenaient-ils, peu probable, car l’île est située à au moins 40 kilomètres de la plus proche des sources de réinvasion au Cameroun. Elle est également hors de portée des vents dominants qui pourraient transporter les vecteurs. D’autre part, il n’existe qu’une seule espèce de vecteur de l’onchocercose sur l’île de Bioko, qui est différente des espèces (S. squamosum et S. damnosum) prédominantes au Cameroun. Un autre facteur positif était qu’on aurait seulement besoin de quantités rela- tivement faibles d’insecticides pour pulvériser les rivières, étant donné que peu de ces rivières coulent pendant la saison sèche et celles où la pulvérisation est nécessaire sont très courtes (environ trois à quatre kilomètres de long). Evidemment, il fallait des preuves pour clore le débat sur la question. Une série d’activités exploratoires fut donc entreprise à la fin des années 1980, suivie au cours des années 1990 par des études approfon- dies menées par des scientifiques d’institutions européennes et d’autres personnes travail- lant pour l’OCP, le Programme de lutte contre l’onchocercose en Afrique de l’Ouest. (L’OCP avait été lancé en 1974 et effectuait encore des cam- pagnes de pulvérisation d’insecticides largement réussies contre le vecteur Simulium dans sept des onze pays de l’Afrique de l’Ouest couverts par son mandat.) Les activités exploratoires en question compre- naient les suivantes: – 1989 – Une enquête épidémiologique menée sur 1723 habitants de l’île de Bioko dans 12 villages révéla que 76% de ces habitants étaient infectés par l’onchocercose. La maladie, de toute évidence, était un grave problème de santé publique sur l’île. – 1996 – Une étude entomologique menée dans l’île de Bioko sous l’égide de l’APOC (qui venait d’être lancé l’année précédente) conclut que 52 rivières totalisant 1.020 km devraient être traitées avec des larvicides pour éliminer le vecteur de l’île. – 1999 – Des tests effectués par des spécialistes de l’APOC et de l’ex-OCP montrèrent que les larves des simulies présentes sur l’île de Bioko étaient sen- sibles (c.à.d. vulnérables) à l’insecticide téméphos et que cet insecticide serait efficace dans les conditions d’écoulement des rivières prévalant sur l’île pendant la saison sèche, saison durant laquelle les activités de traitements larvicides seraient entreprises. – 1999 – Une étude d’impact environnemental montra également qu’une campagne de traitements larvicides avec le téméphos ne causerait pas de dommages importants à l’environnement, y com- pris les poissons, les crevettes et autres organ- ismes vivants non ciblés par la campagne. La b at a iL Le v ic to ri eu se d e L’a po c co n tr e Le v ec te u r d e La c éc it e d es r iv iè re s 5 w w w .w ho .in t/a po c attaquer le vecteur Simulium Malgré les doutes encore exprimés dans certains milieux de la communauté de lutte contre l’onchocercose, l’APOC décida en 1998 de lancer une attaque tous azimuts pour éliminer le vecteur de l’île de Bioko. La bataille se déroula en quatre phases distinctes : phase 1: préparation Les préparatifs de la campagne d’élimination eurent lieu entre 1999 et 2000. Ils comprenaient la mise en place de points de capture des simulies vectrices en vue d’établir les taux de piqûre et fournir des données de base pour les activités ultérieures. Des techniciens entomologistes locaux furent formés au travail de terrain nécessaire pour une campagne d’élimination du vecteur, telle que la collecte et l’identification des simulies vectrices aux différents stades du cycle de vie de l’insecte et leur examen à la recherche de larves du filaire Onchocerca volvulus qui cause l’onchocercose. phase 2: essai de traitements larvicides au sol Un essai de traitements larvicides à grande échelle au moyen d’épandages de téméphos au Gauche : Capture en vrac de sumilies par des villageoises formées. droite : Equipe nationale du Programme ONCHO. sol sur les gîtes de reproduction de Simulium précédemment identifiés fut mené pendant cinq semaines à partir du 12 février 2001 dans toute la partie nord (plus accessible) de l’île. Après cinq semaines, les simulies étaient encore présentes dans plusieurs zones et l’essai fut interrompu. Les traitements larvicides au sol n’atteignaient manifestement pas assez de gîtes de reproduction des simulies pour éliminer le vecteur. phase 3: campagne initiale de traite- ments larvicides aériens combinés à des traitements larvicides au sol Des plans furent apprêtés pour le lancement d’une attaque sur deux fronts contre la simulie, au moyen non seulement d’opérations au sol, mais également par des épandages aériens. Les préparatifs de cette campagne prirent la plus grande partie de l’année 2002. Ils comprenaient: • des formalités administratives consomma- trices de temps pour l’obtention des autori- sations pour qu’un hélicoptère de location, équipé d’un système d’épandage/pulvérisa- tion et de communication à haute technolo- gie ainsi que de pièces de rechange, puisse survoler le Nigeria à partir de sa base au Togo, pour atteindre la Guinée Equatoriale; • d’autres formalités administratives pour établir une base temporaire à Malabo et utiliser l’hélicoptère pour des épandages aéri- ens sur l’île de Bioko; • encore d’autres formalités administratives pour permettre qu’un aéronef de type Cessna puisse être utilisé pour transporter les tech- niciens, des mécaniciens et autre personnel de la campagnie entre Malabo et le Togo; • la formation des pilotes d’hélicoptères et des techniciens entomologistes équato-guinéens pour les missions hautement complexes et souvent dangereuses de vol au-dessus de gorges et de ravins parfois cachés par l’épaisse canopée de la forêt dense tout en effectuant la cartographie des gîtes de reproduction et les épandages de larvicides. Les opérations de traitements larvicides combi- nés au sol et aériens à grande échelle furent ef- fectuées de février à mai 2003. Au début du mois de mai, les taux de piqûre de simulies étaient tombés à zéro et aucune larve de simulie n’était trouvée dans aucun des gîtes de reproduction qui avaient été pulvérisés. L’espoir que ces résul- tats seraient durables était grand et l’optimisme de l’APOC justifié. Mais hélas, en quelques mois le vecteur était réapparu, principalement dans les montagnes du nord de Bioko. De toute évi- dence, quelques gîtes de reproduction avaient échappé aux missions de traitement larvicide. Gauche : Traitement insecticide au sol. droite : Prospection larvaire des gîtes de reproduction. phase 4: campagne finale de traite- ments larvicides aériens combinés à des traitements larvicides au sol La déception face à l’échec de la campagne de 2003 semblait donner raison aux pessimistes. Mais elle ne fit qu’accroître la détermination de l’APOC et de ses partenaires, qui décidèrent de monter une dernière tentative, celle de la dernière chance. Les préparatifs de la dernière campagne prirent la majeure partie de l’année 2004. Puisque les premières simulies femelles à réapparaître après les opérations de 2003 avaient été observées dans les montagnes du nord de l’île de Bioko, c’est là que l’APOC concentra ses efforts de recherches préliminaires pour identifier les gîtes de reproduction qui avaient pu échapper aux frappes de 2003. Du 31 janvier au 15 mai 2005, tous les gîtes connus de reproduction des simulies dans l’île reçurent des traitements hebdomadaires de larvicides par hélicoptère ou au sol ou par les deux méthodes. Environ 120 gîtes de reproduction par semaine furent traités au sol simultanément par deux équipes, chacune travaillant selon un circuit donné, afin de couvrir tous les gîtes de reproduction connus sur l’île. Pendant la période de 15 semaines de pulvérisation, la capture et la dissection des simulies se poursuivirent quotidiennement afin de déterminer la densité du vecteur et les taux de transmission de O. volvulus, et de détecter éventuellement les simulies qui pourraient avoir échappé aux efforts d’élimination. La surveillance de tous les gîtes de reproduction fut également poursuivie pendant neuf mois après la cessation des activités de traitement et ne produisit aucune preuve de résurgence du vecteur. La b at a iL Le v ic to ri eu se d e L’a po c co n tr e Le v ec te u r d e La c éc it e d es r iv iè re s 7 w w w .w ho .in t/a po c tendance annuelle du nombre de piqûres, bioko sud, 2003 jusqu’à juin 2010 2003 2005 2006 2007 2008 2009 2010 20 000 18 000 12 000 8000 4000 0 0 0 0 0 0 17 387 5229 tendance annuelle du nombre de piqûres, bioko nord, 2002 jusqu’à juin 2010 2002 20072005 20092003 20082006 2010 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 0 53 878 29 137 8916 0 0 0 0 0 La persévérance a payé A la date du 5 mars 2005, les piqûres de simulies avait cessé sur toute l’étendue de l’île. A partir du mois d’avril de la même année, les équipes de surveillance entomologique n’ont trouvé aucune simulie piqueuse et plus aucune larve dans aucun des gîtes de reproduction connus. Depuis lors, une équipe bien formée de techniciens locaux de Bioko exécute un programme de surveillance à long terme mis en place par l’APOC et ses partenaires. Les activités de surveillance de l’équipe n’ont trouvé à ce jour aucun vecteur de la cécité des rivières. En mai 2006, une réunion de l’OMS tenue au Burkina Faso stipula que le vecteur pouvait être déclaré éliminé après trois années de surveillance sans aucun signe de présence de la simulie. Aujourd’hui, plus de six ans après le repérage de la dernière simulie, le vecteur peut bel et bien être considéré éliminé. Mais la vigilance continue. Le mot de la fin Sur l’île de Bioko elle-même, l’humeur est positive. Beaucoup d’habitants de l’île racontent maintenant à leurs jeunes enfants des histoires sur le moutoumoutou qui parcourait librement toute l’île, semant la détresse, la maladie cécitante et la désolation sociale et économique. Aujourd’hui, des jardins et des terres agricoles prospèrent sur les rives des cours d’eau que les gens avaient abandonnées par crainte de la simulie. Pour l’ APOC et ses partenaires, une bataille a en fait été gagnée. Il est vrai que la bataille fut livrée sur une île relativement petite. Mais ce qu’a réalisé l’APOC a des implications beaucoup plus larges dont les répercussions vont bien au-delà de Bioko. Pour tous les pays africains qui luttent pour se débarrasser de la cécité des rivières, cette victoire donne de l’espoir que le travail peut être fait, en dépit d’obstacles presque insurmontables. «Aujourd’hui», déclare le Dr Luis Gomes Sambo, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, «l’ APOC est une «success story» (une belle réussite) de santé publique qui apporte le soulagement à des millions de personnes en Afrique». Une histoire qui montre ce qui peut être accompli avec une planification minutieuse, l’esprit d’équipe, l’expertise nécessaire et la persévérance. programme africain de lutte contre l’onchocercose (apoc) organisation mondiale de la santé b.p. 549 – ouagadougou – burKina Faso tél: +226-50 34 29 53 / 50 34 29 59 / 50 34 29 60 Fax: +226-50 34 28 75 / 50 34 26 48 dirapoc@oncho.afro.who.int www.who.int/apoc © ap oc 20 12 – Gr ap hi c d es ig n: Li sa sc hw ar b – ph ot os : a po c – W Ho /a po c/ Ja F1 8/ in F/ do c. 3 www.who.int/apoc Programme africain de Lutte contre L’onchocercose
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