Organisation mondiale de la santé (OMS) · Journal articles

L' écologie humaine / Leon Eisenberg et Norman Sartorius

Organisation mondiale de la santé
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Texte intégral

K. Cudlin/Concours international de photo de l'OMS ~'

e tenne d'écologie a d'abord été utilisé par les biologistes du XIXe siècle au sens d'étude des relations entre les organismes et leur milieu. Un écosystème comprend un milieu bien défini, l'ensemble des organismes qui s'y trouvent, les réactions de ces organismes vis-à-vis de ce milieu, et leurs réactions les uns par rapport aux autrès. Ce n'est qu'au XXe siècle que l'on a commencé à parler d'écologie humaine,· en envisageant surtout les populations humaines, leur organisation sociale, les caractéristiques de leurs milieux de vie et les techniques qu'elles mettent en oeuvre. L'écologie humain~ se donne pour tâche l'étude des interactions entre les êtres humains et leur milieu social, physique et biologique. Elle propose des aperçus qui pourront inspirer des mesures susceptibles de favoriser l'équilibre et l'harmonie des écosystèmes dont les populations sont partie intégrante. Eugene Odom a mis en évidence en ces termes l'importance de l'élément humain dans l'écologie: «Naguère encore, l'humanité ne songeait guère à s'interroger sur les échanges gazeux, la purification de l'eau, les cycles des éléments nutritifs et autres fonctions protectrices assurées par des écosystèmes autonomes, avant tout parce que ni le nombre des habitants du globe ni les manipulations du milieu ne suffisaient à modifier les équilibres régionaux ou mondiaux. Aujourd'hui, il est tristement évident que ces équilibres sont modifiés, et rarement dans le bon sens. Le point de vue selon

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lequel chaque problème a sa solution ne suffit plus et doit céder la place à une certaine fonne d'analyse de l'écosystème pour laquelle l'homme n'est plus envisagé à part du milieu, mais comme une partie intégrante de ce dernier». L'écologie humaine ne se résume pas en des considérations portant isolément sur la maladie, la santé, le mode de vie et le milieu, mais elle les considère, avec leurs déterminants, comme faisant partie de systèmes dynamiques. Elle envisage la maladie en tant qu'élément indissociable de l'écosystème et sait qu'en extirpant une maladie, on court le risque de perturber gravement cet écosystème et d'apporter davantage de désordres que la maladie elle-même: c'est précisément ce que la prise de conscience écologique peut contribuer à empêcher. La perspective écologique appliquée aux soins de santé ne se confond pas avec la prise de position écologique de certains partis politiques qui font valoir que l'environnement humain ne doit pas être modifié et qu'il ne doit pas léser l'esthétique. Les catastrophes industrielles et leurs conséquences pour l'environnement ont renforcé le mouvement des «Verts» qui donne au mot «écologie» une acception suffisamment imprécise pour rallier de larges fractions de l'électorat. En fait, si elle les étudie, l'écologie ne s'oppose pas à des modifications de l'environnement ou du fonctionnement de l'écosystème, que, de toute manière, elle sait inévitables. Elle contribue aussi à prévoir les conséquences poSSibles des modifications proposées par les différents

secteurs. Que l'on ne puisse plus prétendre qu'à chaque problème correspond une solution et une seule, est démontré par l'échec des tentatives faites pour combattre la maladie en mettant en oeuvre des mesures isolées: tel, par exemple, l'emploi du DDT contre les vecteurs du paludisme. La chose s'est également vérifiée dans le cas des catastrophes qui se sont prodUites lorsque les travaux d'irrigation des zones arides ont entraîné la multiplication rapide des vecteurs et, par voie de conséquence, une aggravation des maladies transmissibles, ou bien lorsque le défrichement des forêts pour la culture a abouti à une grave érosion de la couche superficielle du sol, ou encore lorsque la concentration de nombreuses industries dans des régions fortement peuplées a gravement compromis la qualité de l'air et provoqué du même coup une augmentation des maladies respiratoires L'écologie humaine peut nous aider à comprendre la maladie. La justesse de ce point de vue est démontrée par l'évolution qu'ont connue les causes de mortalité dans les pays industrialisés «occidentaux» depuis le début du XXe siècle. En 1900, aux Etats-Unis, les trois principales causes de décès étaient la pneumonie, la tuberculose et les maladies diarrhéiques. En 1940, en revanche, la pneumonie n'était plus qu'au cinquième rang, et la tuberculose au septième, tandis que les maladies diarrhéiques ne figuraient plus parmi les dix premières causes de mortalité, et cela alors même que l'on ne disposait toujours pas de SANTÉ DU MONDE.

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traitement efficace contre aucune de ces affections. Comment, dans ces conditions, expliquer ce rapide recul? Une eau plus saine, la pasteurisation du lait, l'élimination hygiénique des déchets, et des logements moins surpeuplés avaient considérablement diminué les occasions d'exposition aux agents pathogènes; d'un autre côté, l'amélioration de la nutrition et de l'hygiène générale, rendue poSSible par le développement économique, avaient augmenté la résistance à la maladie. En 1980, la mortalité par tuberculose était devenue relativement négligeable aux Etats-Unis, et les décès par pneumonie avaient continué à diminuer, ceux qui se produisaient encore concernant surtout des malades âgés, atteints d'autres affections chroniques. Les acquis de ces 40 dernières années sont à porter au crédit de l'introduction d'une chimiothérapie efficace dans les années 40 et des progrès réalisés par la suite dans ce domaine. En revanche, les tableaux de morbidité se sont modifiés pour des raisons qui nous échappent entièrement. C'est ainsi que le rhumatisme articulaire aigu, qui avait à peu près disparu des pays occidentaux, y a récemment resurgi et que les taux de prévalence du cancer de l'estomac ont rapidement diminué aux EtatsUnis au cours de ces dernières décennies malgré l'absence de traitement efficace. Ainsi, les formes les plus graves de l'hystérie et les formes catatoniques de la schizophrénie ont quasiment disparu, l'incidence d'autres maladies mentales, la dépression par exemple, est au contraire SANTË DU MONDE.

en hausse. Les réactions à de nombreuses maladies paraissent également avoir subi une métamorphose: la létalité de certaines maladies transmissibles a diminué dans des proportions considérables - et c'est le cas notamment du choléra et de la peste. Enfin, de nouvelles maladies dont le SIDA est l'exemple le plus frappant, sont venues exercer de terribles ravages. La conviction, très répandue, selon laquelle il existait un nombre fini de maladies qui céderaient toutes un jour ou l'autre s'est trouvée très sérieusaement ébranlée. Depuis quelques annés, l'interaction entre les populations et le monde qu'elles habitent est un autre domaine qui a été marqué par d'importants changements. L'accroissement des populations dont la santé doit être améliorée a atteint de telles proportions que les doctrines du XIXe siècle en matière de santé publique sont devenues caduques. Dans les mégalopoles de 20 millions d'habitants, les soins de santé ne peuvent plus s'inspirer des principes de santé publique ou de ceux qui avaient paru faire leurs preuves dans des cités de moins d'un million de personnes. L'évolution des techniques de transport des gens, des marchandises et de l'énergie et, par voie de conséquence, des modalités de la propagation des maladies, ont remis en question bien des grands principes de la santé communautaire. Jamais auparavant les comportements en matière de santé ne s'étaient trouvés sous l'influence de facteurs aussi nombreux: il est donc peu

L'écologie négligeait autrefois J'élément humain. Aujourd'hui, la médecine tient davantage compte de la dignité humaine et de la qualité de la vie, tant dans les hôpitaux qu'au Sahel, frappé par la sécheresse.

probable que certaines tentatives pour modifier les anciens schémas de comportement, susceptibles pourtant d'améliorer la santé puissent réussir. La médecine avait naguère encore pour principal souci le traitement de la maladie; il lui faut désormais, à l'évidence, s'intéresser tout autant à la prévention de la douleur et du préjudice esthétique, ainsi qu'à la dignité humaine et à la qualité de la vie. La médecine du XIXe siècle entendait faire du système de santé et, au premier chef, du médecin, l'arbitre souverain en matière de prophylaxie et de traitement. A l'avenir, la médecine devra infléchir son orientation de manière à confier davantage de responsabilités aux collectivités et à associer d'autres secteurs de la société à la promotion de la santé et à la prévention des affections. Il appartient à la médecine d'élaborer une éthique sanitaire fondée sur une juste répartition des ressources, même si ce doit être au prix d'une certaine baisse du niveau des soins destinés aux catégories privilégiées. Etat d'équilibre entre les hommes et leur milieu de vie: telle devra désormais appara1Îre la santé. Or, l'écologie humaine peut contribuer au développement d'une telle conception de la santé et de sa promotion. _ 29

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Type de document Journal articles
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé