Organisation mondiale de la santé (OMS) · Journal articles

Définir et mesurer les inégalités de santé : approche basée sur la distribution de l' espérance de santé / E. E. Gakidou, C. J. L. Murray et J. Frenk

Organisation mondiale de la santé
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De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´: approche base ´ e sur la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ E. E. Gakidou,1 C. J. L. Murray2 et J. Frenk3 Le pre ´ sent article propose une approche permettant de conceptualiser la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ et de la rendre ope ´ rationnelle, ces ine ´ galite ´s e ´ tant de ´ finies comme les diffe ´ rences de sante ´ entre individus dans une population. Nous partons du principe que la sante ´ est un e ´ le ´ ment intrinse ` que du bien-e ˆ tre de sorte que nous devons nous pre ´ occuper des ine ´ galite ´ s de sante ´ , qu’elles soient ou non corre ´ le ´ es avec des ine ´ galite ´ s touchant a ` d’autres aspects du bien-e ˆ tre. Par ailleurs, la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ doit refle ´ ter toute la gamme des issues sanitaires, fatales ou non. Cette notion est rendue ope ´ rationnelle a ` l’aide du concept de dure ´ e de vie en bonne sante ´ . L’espe ´ rance de sante ´ individuelle est pre ´ fe ´ rable, pour mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´, a ` la dure ´ e de vie en bonne sante ´ car elle exclut les diffe ´ rences de dure ´ e de vie ve ´ cue en bonne sante ´ dues simplement au hasard. En d’autres termes, le parame ` tre inte ´ ressant dans l’e ´ tude des ine ´ galite ´ s de sante ´ est la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ parmi les individus d’une population. Il est possible de re ´ sumer l’ine ´ galite ´ de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ en mesurant les e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne (c’est-a ` -dire les e ´ carts entre les individus et la moyenne pour la population) ou les e ´ carts interindividus. La formulation exacte de la mesure re ´ sumant les ine ´ galite ´ s de ´ pend de trois choix normatifs. Une meilleure compre ´ hension de l’avis des personnes concernant ces choix servira de base a ` l’e ´ tude d’une mesure normalise ´ e OMS des ine ´ galite ´ s de sante ´. Article publie ´ en anglais dans Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (1) : 42-54.

Introduction Les ine ´ galite ´ s de sante ´ figurent parmi les principales pre ´ occupations des responsables des politiques de sante ´ (1-20). Les seuls re ´ sultats moyens ne sont plus conside ´ re ´ s comme suffisants pour refle ´ ter la performance d’un pays sur le plan sanitaire, et la distribution de la sante ´ dans une population est aussi un indicateur essentiel. L’OMS s’inte ´ resse a ` la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ en tant que dimension distincte de la performance des syste ` mes de sante ´ (21). Les ine ´ galite ´ s de sante ´ sont de ´ finies comme les variations interindividus de l’e ´ tat de sante ´ dans une population (14). Cette approche, conforme a ` la mesure des ine ´ galite ´ s dans d’autres domaines, comme l’e ´ conomie, permet de faire des comparaisons entre pays et d’e ´ tudier les de ´ terminants des ine ´ galite ´ s de sante ´ (22). Cet article e ´ tablit une distinction entre la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ et celle des niveaux de sante ´ moyens pour s’inte ´ resser a ` la premie ` re. L’e ´ quilibre a ` maintenir entre les politiques visant a ` ame ´ liorer le niveau de sante ´ moyen et celles qui ont 1

Analyste des politiques sanitaires, Service de conseil e ´ conomique, Organisation mondiale de la Sante ´ , 1211 Gene ` ve 27 (Suisse). (Correspondance) Directeur, Programme mondial des bases factuelles a ` l’appui des politiques de sante ´ , Organisation mondiale de la Sante ´ , Gene ` ve (Suisse).

essentiellement pour objet de re ´ duire les ine ´ galite ´ s de sante ´ est une importante question, mais il n’est pas dans notre propos d’y apporter ici une re ´ ponse. Dans la premie ` re section, nous allons tenter de de ´ terminer quel est le parame ` tre que nous aimerions, de pre ´ fe ´ rence a ` tout autre, voir e ´ galement re ´ parti dans une population. En d’autres termes, nous ˆ cherons de re ta ´ pondre a ` une question classique en matie ` re de sante ´ : « Quelle e ´ galite ´ recherchonsnous ? » (23). Dans un de ´ bat sur les ine ´ galite ´ s de sante ´ , il est essentiel d’indiquer d’abord le parame ` tre qui nous inte ´ resse, puis de le mesurer en fonction des donne ´ es disponibles. Dans la deuxie ` me section, nous examinerons les divers moyens de re ´ sumer la distribution du parame ` tre en question et de calculer un indice des ine ´ galite ´ s de sante ´ . Nous allons aussi passer en revue les trois proble ` mes normatifs distincts qui sont ainsi souleve ´ s. Dans la troisie ` me section, nous aborderons la strate ´ gie globale de l’OMS pour mesurer ce parame ` tre et nous concluˆ t fondamental que rons en faisant ressortir l’inte ´ re pre ´ sente cette approche de la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ pour la recherche et la formulation des politiques.

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Quelle e ´ galite ´ recherchons-nous ? La question « Qu’aimerions-nous voir e ´ galement distribue ´ dans la population ? » soule ` ve plusieurs proble ` mes e ´ thiques et techniques. Devons-nous conside ´ rer qu’il y a e ´ galite ´ parfaite lorsque tous les #

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Directeur exe ´ cutif, Bases factuelles et information a ` l’appui des politiques de sante ´ , Organisation mondiale de la Sante ´ , Gene ` ve (Suisse). Re ´ f. : 0320

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The ` me spe ´ cial – Ine ´ galite ´ s de sante ´ ˆ me nombre d’anne individus vivent le me ´ es, lorsqu’ils ˆ me niveau de sante jouissent du me ´ , ou ` lorsqu’ils ont ˆ me e exactement le me ´ tat de sante ´a ` tous les stades de leur existence ? Dans la pre ´ sente section, nous allons traiter de certaines questions normatives associe ´ es au choix du parame ` tre que nous aimerions voir e ´ galement distribue ´ dans une population. 25 ans, puis du diabe ` te a ` 50 ans, et enfin la maladie d’Alzheimer a ` 65 ans. La zone situe ´ e sous la courbe repre ´ sente la dure ´ e de vie en bonne sante ´ de cette personne ou, en d’autres termes, le nombre d’anne ´ es en pleine sante ´ qui e ´ quivaudrait aux 100 ans ve ´ cus par elle dans un e ´ tat de sante ´ parfois infe ´ rieur a ` ce que l’on conside ` re comme pleinement satisfaisant. Le calcul de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ de cet individu i de ´ pend des coefficients de ponde ´ ration attribue ´s a ` ces e ´ tats de sante ´ infe ´ rieurs a ` une pleine sante ´ . Les me ´ thodes et raisonnements applicables a ` la de ´ termination des coefficients de ponde ´ ration de l’e ´ tat de sante ´ sont traite ´ s ailleurs (27-32). Nous devons e ´ tablir une distinction entre la dure ´ e de vie en bonne sante ´ des individus et les divers risques sanitaires auxquels ils sont expose ´s a ` chaque stade de leur existence. Les risque sanitaires sont les probabilite ´ s de de ´ ce ` s ainsi que d’incidence et de gue ´ rison des issues non fatales auxquelles chaque ˆ ge. Nous ne sommes pas individu fait face a ` chaque a capables de mesurer les risques sanitaires au niveau individuel, mais nous mettons au point des me ´ thodes pour le calcul de valeurs approche ´ es. En combinant les risques d’un e ´ tat infe ´ rieur a ` une pleine ˆ ges, sante ´ auxquels un individu est expose ´a ` tous les a nous pouvons calculer son espe ´ rance de sante ´ , c’esta ` -dire le nombre d’anne ´ es qu’il peut s’attendre a ` vivre en pleine sante ´ . On peut conside ´ rer les risques sanitaires comme la dure ´ e de vie en bonne sante ´ sous-jacente ou la dure ´ e de vie en bonne sante ´ comme le re ´ sultat de la survenue d’une se ´ rie de risques sanitaires.a Pour que tous les individus d’une cohorte aient ˆ me dure la me ´ e de vie en bonne sante ´ , deux conditions sont ne ´ cessaires et suffisantes : il faut ˆ me espe que tous aient la me ´ rance de sante ´ et que leurs courbes individuelles du risque de de ´ ce ` s et du risque d’incidence et de re ´ mission d’issues non fatales soient rectangulaires. L’e ´ galite ´ des espe ´ rances de sante ´ signifie que les surfaces situe ´ es sous les fonctions de survie en sante ´ (Figure 2) sont e ´ gales.b Une courbe de risque rectangulaire signifie que les risques de mortalite ´ , d’incidence et de re ´ mission sont

Egalite ´ de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ Imaginons une cohorte d’individus ne ´ s en l’an 2000. Que devons-nous observer pour pouvoir dire qu’il y a une comple ` te e ´ galite ´ de sante ´ entre les membres de cette cohorte ? On pourrait commencer par affirmer ˆ me dure que tous devraient avoir la me ´ e de vie en bonne sante ´ . En d’autres termes, nous aimerions que ˆ me tous les membres de la cohorte vivent le me ˆ me nombre d’anne ´ es et jouissent, en moyenne, du me e ´ tat de sante ´ pendant toute leur vie. La dure ´ e de vie en bonne sante ´ est une mesure synthe ´ tique de la survie et des issues sanitaires non fatales ponde ´ re ´ es en fonction des pre ´ fe ´ rences. Il existe une abondante documentation sur des mesures synthe ´ tiques de la sante ´ des populations refle ´ tant a ` la fois la mortalite ´ et les issues sanitaires non fatales (pour une vue d’ensemble, voir 24). Dans la litte ´ rature de l’e ´ conomie sanitaire, on trouve de nombreuses allusions aux anne ´ es de vie ajuste ´ es sur la qualite ´ qui sont une mesure du gain de sante ´ ˆ ce a individuel obtenu gra ` des interventions qui modifient a ` la fois la survie et la qualite ´ de l’e ´ tat de sante ´ (voir, par exemple, 25, 26). La notion d’une dure ´ e de vie en bonne sante ´ est, pour l’essentiel, le ˆ me concept, mais applique me ´a ` un individu pendant toute sa dure ´ e de vie. La Figure 1 illustre, a ` titre d’exemple, la dure ´ e de vie en bonne sante ´ d’un individu i. Si cet individu avait ve ´ cu 100 ans en pleine sante ´ puis e ´ tait mort brusquement, sa dure ´ e de vie en bonne sante ´ couvrirait toute la surface du graphique qui e ´ quivaut a ` 100 ans. Toutefois, sa sante ´ n’a pas e ´ te ´ constamment excellente, de sorte que nous repre ´sentons sa dure ´ e de vie en bonne sante ´a ` l’aide d’une courbe diffe ´ rente qui est celle de la Figure 1. L’individu indique ´ a ` la Figure 1 est ne ´ en parfaite sante ´ , mais il a eu un accident de ve ´ hicule a ` moteur a `

Une litte ´ rature bien e ´ tablie fait de l’espe ´ rance de sante ´ une mesure de la sante ´ de la population qui incorpore une information sur la mortalite ´ et les issues sanitaires non fatales (33, 34). Nous appliquons cette notion a ` un individu pour re ´ sumer les risques sanitaires a ` priori en fonction de l’a ˆ ge. La fonction de survie en sante ´ d’un individu est la suivante : HS (x ) = S (x ) S j (Pjx .Wjx ) ou ` HS (x) est la survie en sante ´a ` l’a ˆ ge x, S (x) la probabilite ´ d’e ˆ tre en vie ´ d’e ˆ tre dans un e ´ tat j a ` l’a ˆ ge x (qui tient a ` l’a ˆ ge x, Pjx la probabilite compte a ` la fois de la survenue et de la re ´ mission de l’affection j ) et Wjx le coefficient de ponde ´ ration attribue ´ en fonction de sa gravite ´a ` l’e ´ tat j a ` l’a ˆ ge x1 sur une e ´ chelle ou ` ze ´ ro correspond au de ´ ce ` s et un a ` une pleine ´ gression monotone avec sante ´ . Si nous supposons que HS (x) est en re l’a ˆ ge, nous pouvons re ´ sumer la combinaison des risques sanitaires et le coefficient de ponde ´ ration attribue ´ aux diffe ´ rents e ´ tats en fonction de leur gravite ´ ainsi que la mortalite ´ en une mesure unique du risque ˆ tre conside ´ re ´ e comme le seul risque auquel sanitaire h (x), qui peut e un individu sera expose ´ de sorte que sa survie en sante ´ aura la forme suivante : HS (x). 42 Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000 b

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De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ ˆ gesc. Etant donne e ´ gaux a ` 0 ou a `1a ` tous les a ´ qu’il est absolument impossible que toutes les courbes de risque soient rectangulaires (nous ne parviendrons jamais a ` ramener le risque de traumatisme a ` ze ´ ro), l’ide ´ al d’une e ´ galite ´ des dure ´ e de vie en bonne sante ´ ne sera jamais re ´ alise ´. En outre, des diffe ´ rences de dure ´ e de vie en bonne sante ´ uniquement dues au hasard risquent de ne pas convenir pour mesurer les ine ´ galite ´ s sanitaires. Des circonstances fortuites peuvent rendre tre `s diffe ´ rentes les dure ´ es de vie en bonne sante ´ de ˆ me fonction de personnes ayant exactement la me survie en sante ´ . La Figure 2a illustre une certaine ˆ ge corresponfonction de survie en sante ´ d’apre ` s l’a dant a ` une espe ´ rance de sante ´ de 56,5 ans, et la Figure 2b la distribution des dure ´ es de vie en bonne sante ´ observe ´ e dans une population ou ` tous les individus ont e ´ te ´ expose ´s a ` la distribution des risques sanitaires indique ´e a ` la Figure 2a. Au de ´ part, chacun des membres de cette population avait une espe ´ rance de vie en bonne sante ´ de 56,5 ans, mais du seul fait du hasard, les dure ´ es de vie en bonne sante ´ s’e ´ chelonnent entre 1 an et 110 ans. Il est tout a ` fait remarquable que tout l’e ´ ventail des dure ´ es de vie en bonne sante ´ de la Figure 2b soit associe ´ a ` une comple ` te e ´ galite ´ des risques sanitaires. A 20 ans par exemple, chacun des membres de ˆ tre en pleine la population avait 93 % de chances d’e sante ´ , ce qui signifie qu’en raison de circonstances fortuites, 93 d’entre eux seraient en pleine sante ´ a ` ˆ me 20 ans mais pas les 7 autres. Le risque e ´ tait le me ˆ tre ine pour chacun mais l’issue allait e ´ gale. Or nous affirmons que nous ne sommes pas inte ´ resse ´ s par les ine ´ galite ´ s dues au hasard (ou a ` la chance), de ` s lors que tous les individus e ´ taient expose ´ s au de ´ part a ` un risque absolument identique. Cette position consistant a ` exclure la chance des conside ´ rations relatives a ` l’e ´ galite ´ae ´ te ´ adopte ´ e dans de nombreux travaux sur l’e ´ quite ´ . C’est ainsi que Sen (23) soutient que nous devons rechercher l’e ´ galite ´ des capacite ´ s individuelles et non pas l’e ´ galite ´ dans la re ´ alisation de ces capacite ´s – ce qu’il appelle le fonctionnement. L’e ´ galite ´ des dure ´ es de vie en bonne sante ´ ne ˆ tre obtenue que si les risques d’incidence et pourrait e de re ´ mission des issues sanitaires non fatales, et les risque de de ´ ce ` s, e ´ taient e ´ gaux a ` 0 ou a ` 1 pour la totalite ´ de la population. Etant donne ´ qu’une telle situation est irre ´ alisable et qu’il est peu probable que les diffe ´ rences de niveau des ine ´ galite ´ s de sante ´ observe ´ es entre pays soient dues au fait que la part du hasard ou de la chance diffe ` re d’un pays a ` l’autre, nous nous inte ´ ressons davantage aux distributions des risques sanitaires entre les individus d’une population et a ` leur comparaison interpopulations. Pour la mortalite ´ , des courbes de risque rectangulaires signifient que ` tous les individus ont un risque de de ´ ce `s e ´ gal a ` ze ´ ro jusqu’a ` un a ˆ ge x ou le risque devient e ´ gal a ` 1 pour toute la population. Pour les issues sanitaires non fatales, des courbes de risque rectangulaires signifient qu’a ` un a ˆ ge donne ´ , le risque d’incidence d’une affection ou de re ´ mission de cette affection et e ´ gal a ` 0 ou 1 pour l’ensemble de la population. Les courbes de risque individuelles peuvent varier tant que l’espe ´ rance de vie en bonne sante ´ demeure la me ˆ me. Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000 c

Egalite ´ des risques sanitaires Chaque individu a un profil de risques sanitaires par ˆ ge que l’on peut re a ´ sumer dans une fonction de survie en sante ´ (semblable a ` celle indique ´ e pour une cohorte a ` la Figure 2a. Ce profil des risques sanitaires comporte deux caracte ´ ristiques. Premie ` rement, la surface situe ´ e sous la courbe de la Figure 2a est l’espe ´ rance de sante ´ de l’individu, c’est-a ` -dire la dure ´e de vie moyenne en bonne sante ´ d’un individu auquel correspond cette fonction de survie en sante ´ d. Deuxie ` mement, la forme de la courbe de survie en sante ´ peut varier sans que la surface situe ´ e sous la courbe change. Tant les diffe ´ rences d’espe ´ rance de sante ´ entre individus que les diffe ´ rences de forme des risques ˆ ge peuvent contribuer a sanitaires selon l’a ` l’ine ´ galite ´ des dure ´ es de vie en bonne sante ´ . Pour permettre de mieux comprendre les contributions de ces deux d

Cette fonction a la forme suivante : L HE = $HS (x ) dx 0 ou ` HE est l’espe ´ rance de sante ´ , HS (x) la probabilite ´ d’une pleine sante ´a ` l’a ˆ ge x, et L la limite de la vie humaine. 43

The ` me spe ´ cial – Ine ´ galite ´ s de sante ´ facteurs, nous allons utiliser la relation line ´ aire fre ´ quemment observe ´ e entre le logarithme des taux ˆ ge et l’a ˆ ge (35, 36).e de mortalite ´ par a La Figure 3a indique le logarithme du risque de mauvaise sante ´ ou de de ´ ce ` s pour deux populations distinctes. Dans chacune d’elles, tous les individus font ˆ me ensemble de risques sanitaires, comme face au me l’indique la figure, et l’espe ´ rance de sante ´ est, dans les deux cas, de 56,5 ans. Etant donne ´ que la pente de la courbe des risques sanitaires de la population A est infe ´ rieure a ` celle de la population B, la distribution des dure ´ es de vie en bonne sante ´ (indique ´ e par la Figure 3b) a une variance plus faible pour la population A que pour la population B (437 pour la population A contre 568 ˆ me que la moyenne est pour la population B), alors me identique dans les deux cas. Silber (37) et LeGrand (38, 39) ont cherche ´a ` ˆ ge au de mesurer l’ine ´ galite ´ de l’a ´ ce ` s – il ne s’agit pas ˆ me de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ , mais du me concept applique ´ aux seuls risques de de ´ ce ` s – due aux variations de la pente du logarithme du taux de mortalite ´ . La Figure 4 illustre chez les femmes du Royaume-Uni un phe ´ nome ` ne couramment observe ´: a ` mesure que la mortalite ´ diminue, la pente du logarithme du taux de de ´ ce ` s augmente. En d’autres termes, il existe une e ´ troite relation entre le niveau de ˆ ge au de la mortalite ´ et l’ine ´ galite ´ de l’a ´ ce ` s (ou du nombre d’anne ´ es ve ´ cues) a ` laquelle contribue la pente de la courbe du logarithme du taux de de ´ ce ` s. Il n’est donc pas surprenant que LeGrand et Silber aient conclu qu’a ` mesure que la mortalite ´ s’abaisse, l’ine ´ galite ´ mesure ´ e de cette manie ` re en fait autant. Si chacun, dans les populations A et B, a une espe ´ rance de sante ´ identique et si le profil des risques ˆ ge ne diffe sanitaires par a ` re que par la pente et l’interception du logarithme des risques sanitaires par ˆ ge, ce facteur de l’ine a ´ galite ´ de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ est-il approprie ´ pour mesurer les ine ´ galite ´ s de ˆ tre sante ´ ? Un certain nombre d’arguments peuvent e avance ´ s pour montrer que la variation interpopulations du sche ´ ma ge ´ ne ´ ral des risques sanitaires peut ne ˆ tre d’un tre ˆ t. Premie pas e ` s grand inte ´ re ` rement, il existe dans toutes les populations une e ´ troite relation entre la ˆ ge, de sorte pente de la courbe du risque de de ´ ce ` s et l’a que l’ine ´ galite ´ ainsi mesure ´ e diminue a ` mesure que la ˆt. Deuxie mortalite ´ de ´ croı ` mement, si l’espe ´ rance de sante ´ est maintenue constante, rares sont les politiques ou interventions qui permettront de modifier la pente de la courbe de cette relation de manie ` re a ` re ´ duire l’ine ´ galite ´ de la dure ´ e de vie en bonne sante ´. Troisie ` mement, il n’est pas du tout e ´ vident que ˆ me pre chacun aura la me ´ fe ´ rence quant au profil par ˆ ge des risques sanitaires. a L’e ´ tude des diffe ´ rences entre groupes sociaux et diverses analyses portant sur des zones restreintes montrent qu’au sein d’une cohorte, l’espe ´ rance de sante ´ varie largement d’un individu a ` l’autre (1, 12, 15, ˆ ges 40-42). Certains individus sont expose ´s a ` tous les a a ` des risques de mauvaise sante ´ et de mortalite ´ beaucoup plus e ´ leve ´ s que d’autres, et cette variation ˆ ge donne interindividus de l’espe ´ rance de sante ´a ` un a ´ n’est pas refle ´ te ´ e par la courbe de la survie en sante ´ moyenne de la population. La fonction de la survie en sante ´ indique des probabilite ´ s moyennes et ne donne aucune information additionnelle sur la distribution de ces probabilite ´ s dans la population. La Figure 5 illustre la dure ´ e de vie en bonne sante ´ d’une population ou ´ rances individuel` les espe les de sante ´ s’e ´ chelonnent entre 47 ans et 82 ans, mais ou ` la pente de la fonction logarithme des risques ˆ me pour tous les individus. Les sanitaires est la me fonctions de survie en sante ´ de tous les individus se situent entre les limites indique ´ es a ` la Figure 5a et leur sont paralle ` les. La courbe en gras du milieu repre ´ sente le risque moyen de mauvaise sante ´ dans ˆ ge, ce qui correspond a la population a ` chaque a ` une espe ´ rance de sante ´ de 56,5 ans. La Figure 5b montre qu’une population dans laquelle la courbe des risques sanitaires se situe n’importe ou ` entre les deux limites ˆ me ine de la Figure 5a pre ´ sentera a ` peu pre ` s la me ´ galite ´ des dure ´ es de vie en bonne sante ´ qu’une population ˆ me pour ou ` la courbe des risques sanitaires est la me tous les individus (courbe B de la Figure 5a). En termes de dure ´ e de vie en bonne sante ´ , les deux populations pre ´ sentent donc un degre ´ d’ine ´ galite ´ presque identique ; toutefois, si l’on conside ` re la distribution de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ attendue, ou espe ´ rance de sante ´ (Figure 5a), on admettra sans doute que la population ou ` les espe ´ rances de sante ´ se situent dans une fourchette de 47 a ` 82 ans pre ´ sente une bien plus grande ine ´ galite ´ de sante ´ que celle ou ´ rance de sante ´ est de ` l’espe 56,5 ans pour tous. Les variations interindividus de l’espe ´ rance de sante ´ semblent beaucoup plus importantes que les diffe ´ rences interpopulations de pente de la courbe ˆ ge. moyenne des risques sanitaires en fonction de l’a La Figure 5 illustre aussi un phe ´ nome ` ne important qui ressort de l’observation d’une cohorte quelconque. L’espe ´ rance de sante ´ moyenne est de 56,5 ans, mais la dure ´ e de vie en bonne sante ´ effectivement accomplie par la cohorte est de 58,7 ans. Les individus a ` haut risque tendent a ` de ´ ce ´ der a ` un ˆ ge, de sorte que la mortalite plus jeune a ´ effective a ` des ˆ ges plus avance a ´ s refle ` te les risques de ceux qui ont une meilleure espe ´ rance de sante ´ . Cet effet se ´ lectif conduit a ` une situation paradoxale ou ´ galite ´ de ` l’ine l’espe ´ rance de sante ´ augmente la dure ´ e moyenne effective de vie en bonne sante ´ de la cohorte. La Figure 5a indique aussi que le facteur chance ˆ le important dans la re joue un ro ´ alisation de l’attente. Il y a une tre ` s grande diffe ´ rence entre les distributions de l’espe ´ rance de sante ´ qui vont d’une variation nulle dans la cas de la population B a ` une forte variation pour la population A, mais peu de diffe ´ rence entre les distributions de l’issue (Figure 5b), a ` savoir la dure ´e de vie en bonne sante ´ . Un accroissement tre ` s sensible Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

e La loi de la mortalite ´ de Gompertz (35) ne s’applique qu’aux taux de mortalite ´ au-dessus de l’a ˆ ge de 20 ans. Le risque de de ´ ce ` s entre la naissance et l’a ˆ ge de 20 ans diminue avec l’a ˆ ge. Re ´ cemment, des analyses approfondies des taux de mortalite ´ au-dela ` des a ˆ ges de 75 ou 80 ans ont montre ´ qu’ils n’augmentent pas aussi rapidement que la loi de mortalite ´ le laisserait pre ´ voir (36).

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De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ de l’ine ´ galite ´ de l’espe ´ rance de sante ´ a un effet relativement restreint sur la distribution des dure ´ es de vie en bonne sante ´. Nous pensons que la distribution des espe ´ rances de sante ´ dans une cohorte est plus inte ´ ressante pour l’e ´ tude de l’ine ´ galite ´ de sante ´ que la distribution ˆ me, nous des dure ´ es de vie en bonne sante ´ . De me estimons que la forme de la courbe du risque sanitaire moyen ou la variation de la forme des courbes du risque sanitaire si l’espe ´ rance de vie demeure ˆ t. Toutefois, constante peuvent pre ´ senter un inte ´ re nous constatons qu’elle est moins pertinente pour l’e ´ tude des ine ´ galite ´ s de sante ´ que la simple distribution de l’espe ´ rance de sante ´.

Distribution de l’espe ´ rance de sante ´ due a ` des facteurs ine ´ vitables ou a ` un choix On peut soutenir que nous ne devrions pas nous inte ´ resser a ` deux composantes de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ dans une cohorte : celle qu’il n’est pas possible de modifier et celle qui re ´ sulte du choix d’individus qui, en toute connaissance de cause, de ´ cident de re ´ duire leur espe ´ rance de sante ´ en se livrant a ` des activite ´s a ` risque. S’il existait des diffe ´ rences d’espe ´ rance de sante ´ auxquelles on ne puisse jamais reme ´ dier a ` l’aide des technologies actuelles ou a ` venir, on pourrait a ` juste titre affirmer que nous devrions nous en de ´ sinte ´ resser, tout comme nous avons dit nous de ´ sinte ´ resser de la dispersion des dure ´ es de vie en bonne sante ´ dues uniquement au hasard. Mais quelle est la composante de la distribution de ˆ te pas a l’espe ´ rance de sante ´ qui ne se pre ` une intervention ? Celle qui est due a ` des facteurs ge ´ ne ´ tiques ? Celle qui est due aux hasards de la naissance ? Dans les deux cas, l’argument selon lequel nous ne pouvons pas intervenir pour modifier les effets sur la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ est tre ` s probablement spe ´ cieux. Compte tenu des ame ´ liorations actuelles de la technologie et des futurs progre ` s, il est probable que ces composantes de la distribution de l’espe ´ rance de ˆ tre influence sante ´ pourront e ´ es et il convient donc de ne pas les exclure d’une mesure de l’ine ´ galite ´ de sante ´. Tout aussi importante sans doute est l’absence de toute preuve concluante d’importantes variations interpopulations de la contribution des ge ` nes, etc. La composante de la distribution des espe ´ rances de sante ´ due a ` des facteurs ine ´ vitables est probablement peu importante et tout a ` fait impossible a ` e ´ valuer. Nous allons donc conside ´ rer de ´ sormais qu’il vaut mieux ne pas se pre ´ occuper de cet aspect. Qu’en est-il des risques pris volontairement ? Quelle est la part de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ d’une population qui est due aux choix parfaitement e ´ claire ´ s d’individus porte ´ s sur les comportements a ` risque ? Il semble que l’on s’engage ˆ mement glissante. Quels choix ici sur une pente extre influant sur la sante ´ fait-on en pleine connaissance de cause ? Allons-nous exclure les effets du tabac sur l’espe ´ rance de sante ´ – alors que ces effets sont sans Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

doute tre ` s important – sous pre ´ texte que le tabagisme ˆ me si nous pre re ´ sulte d’un choix ? Me ´ tendons que ce choix e ´ tait e ´ claire ´ , doit-on pour autant ne pas en tenir compte ? Notre avis est que la re ´ ponse a ` cette 45

The ` me spe ´ cial – Ine ´ galite ´ s de sante ´

question est non. Premie ` rement, dans la plupart des cas, les risques sanitaires ne sont pas pris en raison d’un gou ´ re ´ pour les comportements a ` ˆ t immode risque, mais pour d’autres motifs et sans que les conse ´ quences en soient clairement perc ¸ ues.f Deuxie ` mement, la part re ´ elle de la volonte ´ dans la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ est sans doute ˆ tre ignore tre ` s faible et peut e ´ e. Cet argument est du ˆ me ordre que ceux qui sont invoque me ´ s dans le domaine des ine ´ galite ´ s de revenu ou ` la variation des revenus due a ` des diffe ´ rences de choix entre loisirs et activite ´ s re ´ mune ´ ratrices dans une population est syste ´ matiquement ignore ´ e dans la mesure des ine ´ galite ´ s de revenu. Le cou ˆ t d’une information comple ` te sur les conse ´ quences sanitaires des diffe ´ rents choix est souvent prohibitif. La plupart des individus sont force ´ s de faire des choix base ´ s sur une information incomple ` te ou incorrecte. Lorsque le choix relatif a ` une prise de risque et ses conse ´ quences sont se ´ pare ´ s dans le temps, le degre ´ de de ´ sinte ´ re ˆ t pour le futur peut largement influencer les choix en matie ` re de sante ´ . C’est ainsi qu’il faudrait, a ` notre avis, inclure dans la mesure des ine ´ galite ´s de sante ´ celles qui sont le fait d’individus chez qui ce degre ´ est e ´ leve ´. ´ conomistes (44) soutiennent depuis Certains philosophes (43) et e longtemps que le de ´ faut de pre ´ voyance ou myopie est une faute de jugement qui risque d’avoir des conse ´ quences ne ´ fastes pour celui qui en est atteint. 46 f

Des mesures de l’espe ´ rance de sante ´ au sein d’une cohorte aux mesures portant sur une pe ´ riode donne ´e Si nous pouvions mesurer directement, pour chaque individu, les risques d’incidence d’e ´ tats morbides, de ˆ ge, nous serions re ´ mission et de mortalite ´a ` chaque a capables de de ´ terminer la distribution des espe ´ rances de sante ´ dans une cohorte. Aux fins de l’e ´ laboration des politiques, attendre plus de cent ans pour mesurer l’ine ´ galite ´ de sante ´ dans chaque cohorte de naissances ne serait gue ` re utile. Etant donne ´ que l’ine ´ galite ´ de sante ´ est une composante critique de la performance d’un syste ` me de sante ´ , nous devons la mesurer en n’utilisant que l’information recueillie au cours d’une pe ´ riode donne ´ e. En d’autres termes, il nous faut conceptualiser une mesure temporelle de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´. Pour estimer une telle mesure temporelle, nous ne disposons d’information que sur un individu i a ` ˆ ge a. Pour e une a ´ valuer la distribution des espe ´ rances de sante ´ , nous devons rapporter cette mesure a ` la ˆ ge pour d’autres distribution des risques a ` un autre a individus. Il nous faut donc un principe formel permettant de relier entre eux les risques observe ´s chez diffe ´ rents individus afin d’estimer l’espe ´ rance de sante ´ d’une cohorte de naissances hypothe ´ tique expose ´e a ` des risques observe ´ s au moment conside ´ re ´. Pour e ´ valuer la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ sur une pe ´ riode donne ´ e, nous pouvons appliquer l’une des deux strate ´ gies suivantes : soit utiliser une variable, telle qu’un indicateur de la situation socioe ´ conomique, pour relier entre eux des individus a ` des ˆ ges diffe a ´ rents – ce qui sous-estimerait toutefois la distribution des espe ´ rances de sante ´ car on part de l’hypothe ` se que toute variation des risques sanitaires est pre ´ dite par la variable socio-e ´ conomique choisie –, soit supposer l’existence d’une corre ´ lation arbitraire ˆ ge infe des risques entre les groupes d’a ´ rieure ou e ´ gale a ` un. L’estimation des distributions des risques est un proble ` me fondamental car elles sont largement inobservables. En re ´ sume ´ , nous estimons que la quantite ´ la plus pertinente pour l’e ´ tude des ine ´ galite ´ s de sante ´ est la distribution des espe ´ rances de sante ´ entre individus, calcule ´ e sur une certaine pe ´ riode a ` l’aide d’une me ´ thode clairement de ´ finie permettant de relier entre elles les distributions des risques sanitaires ˆ ges diffe a ` des a ´ rents.

Re ´ sumer la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ dans une mesure de l’ine ´ galite ´ de sante ´ La Figure 6 illustre la distribution des espe ´ rances de sante ´ dans trois populations A, B et C. Quelle est la distribution la plus ine ´ gale ? Si, sur ce graphique, l’axe des abscisses repre ´ sentait le revenu au lieu de l’espe ´ rance de sante ´ , on s’accorderait a ` penser que la distribution B est moins ine ´ gale que les distributions C et A. Cette conclusion simple se fonde sur la Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ notion d’utilite ´ marginale de ´ croissante du revenu, a ` savoir qu’un dollar additionnel pre ´ sente de moins en ˆt a moins d’inte ´ re ` mesure que le revenu augmente. La ˆ me variance que A, mais une distribution B a la me moyenne supe ´ rieure. Si l’on se re ´ fe ` re au coefficient de Gini, mesure de l’ine ´ galite ´ couramment utilise ´ e, les ˆ me degre distributions A et C ont le me ´ d’ine ´ galite ´ tandis que la distribution B pre ´ sente un moindre degre ´ d’ine ´ galite ´ que A et C. D’aucuns pourraient ˆ me estimer que les distributions A et C ont le me degre ´ d’ine ´ galite ´ en ce qui concerne le revenu, mais ˆ tre moins acceptable en cette conclusion est peut e matie ` re de sante ´ . La notion d’utilite ´ marginale de ´ croissante ne s’applique pas ici de fac ¸ on aussi convaincante. Certains diront que C est manifestement pire que A ou B et qu’ils ne peuvent pas faire de distinction entre A et B. L’abondante litte ´ rature concernant la mesure des ine ´ galite ´ s de revenu (23, 4548) est tre ` s utile pour la conception d’une mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ , mais ce simple exemple montre que la sante ´ pre ´ sente, par rapport au revenu, des diffe ´ rences fondamentales qu’il convient de prendre en conside ´ ration. A ce jour, les travaux consacre ´s a ` la mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ ne s’e ´ tendent pas vraiment sur les mesures synthe ´ tiques des distributions de la sante ´.

individu avec celle de chacun des autres, et non plus avec la moyenne pour la population. Nous proposons de donner a ` ces mesures la forme ge ´ ne ´ rale suivante :

IID(a, b ) =

i=1 j=1

S S| yi – yj|a

n

n

eq. (2)

2n2mb

Deux types de mesures des ine ´ galite ´ s de sante ´ En nous fondant sur le large e ´ ventail de mesures utilise ´ pour re ´ sumer la distribution des revenus (48) et compte tenu du fait que des diffe ´ rences absolues, et pas seulement relatives, de l’espe ´ rance de sante ´ peuvent pre ´ senter de l’importance, nous proposons deux types de mesures : les e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne et les e ´ carts interindividus. ` la moyenne. Ecarts individuels par rapport a La mesure des e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne compare la sante ´ de chaque individu a ` la moyenne pour la population. Cette mesure a la forme ge ´ ne ´ rale suivante :

ou ´ de l’individu i et yj la sante ´ de ` yi est la sante l’individu j, m est la sante ´ moyenne de la population et n l’effectif de la population. Les parame ` tres a et b ˆ mes que pour les mesures des e sont les me ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne de ´ crits plus haut. Un exemple bien connu de ce type de mesure est le coefficient de Gini (49), souvent utilise ´ pour mesurer la distribution des revenus, ou ` a = 1 et b = 1. Le coefficient de Gini est souvent repre ´ sente ´ comme graphiquement de ´ rive ´ de la courbe de population de Lorenz (50), mais il est en fait alge ´ briquement e ´ gal a ` l’e ´ quation (2) ci-dessus. Il convient de noter que lorsque a = 2, l’e ´ cart individuel par rapport a ` la moyenne et l’e ´ cart interindividus pour une distribution donne ´ e dans la population sont identiques. Pour toute autre valeur de a, ils sont diffe ´ rents.

IMD(a, b ) =

i=1

S| yi – m|a

n

eq. (1)

nmb

ou ´ de l’individu i, m la sante ´ moyenne de ` yi est la sante la population et n l’effectif de la population. Le parame ` tre a change l’importance des diffe ´ rences de sante ´ observe ´ es aux extre ´ mite ´ s de la distribution par rapport a ` celles qui sont observe ´ es pre ` s de la moyenne de la distribution. Le parame ` tre b de ´ termine jusqu’a ` quel point la mesure est simplement relative par rapport a ` la moyenne, ou absolue. Toutefois de nombreuses autres mesures d’e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne sont e ´ galement possibles. Lorsque b = 1 la mesure est strictement relative, et lorsque b = 0, elle donne des e ´ carts absolus par rapport a ` la moyenne ; toutefois, b ˆ tre toute valeur entre 0 et 1 refle pourrait e ´ tant diverses dimensions situe ´ es entre les e ´ carts individuels relatif et absolu par rapport a ` la moyenne. Ecarts interindividus. Un autre groupe de mesures consiste a ` comparer la sante ´ de chaque Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

Choix d’un indice unique des ine ´ galite ´s de sante ´ Pour des comparaisons types, nous devons choisir un indice unique des ine ´ galite ´ s de sante ´ pour re ´ sumer la distribution des espe ´ rances de sante ´ dans une population. Ce choix suppose que l’on a re ´ pondu a ` trois questions essentiellement normatives : quelle ˆ tre type de mesure convient-il d’utiliser ? Quelle doit e ˆ tre la valeur de b ? Les la valeur de a ? Et quelle doit e pre ´ fe ´ rences individuelles concernant ces trois choix ˆ tre de normatifs peuvent e ´ termine ´ es a ` l’aide d’une se ´ rie de questions qui isolent l’effet de chacun sur l’indice d’ine ´ galite ´. Nous allons donner quelques exemples illustrant ce qu’impliquent ces choix. Pour simplifier notre de ´ monstration, nous utilisons une population de sept individus. Dans chaque exemple, des anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es d’un individu relativement favorise ´ (ayant une longue espe ´ rance de sante ´) a ` un individu moins avantage ´ . Ces transferts seront de ´ crits dans le texte et sont aussi illustre ´ s par 47

The ` me spe ´ cial – Ine ´ galite ´ s de sante ´ les Figures 7 a ` 9. Trois types de choix sont a ` faire et pour chacun, nous pre ´ sentons deux populations. La ˆne question est alors la suivante « Qu’est-ce qui entraı la plus forte re ´ duction de l’ine ´ galite ´ : le transfert a ` la population A ou le transfert a ` la population B » ? ´ galite ´ relative ou ine ´ galite ´ absolue. L’un Ine des choix fondamentaux permet d’indiquer si nous sommes davantage inte ´ resse ´ s par des diffe ´ rences sanitaires absolues, des diffe ´ rences relatives, ou un me ´ lange des deux. A l’aide de cette question, nous tentons de de ´ terminer dans quelle mesure les individus sont pre ´ occupe ´ s par l’ine ´ galite ´ relative, par l’ine ´ galite ´ absolue ou par une certaine combinaison de ces deux formes d’ine ´ galite ´ . La situation de ´ crite a ` la Figure 7 est la suivante : les populations A et B pre ´ sentent des distributions semblables de l’espe ´ rance de sante ´ entre les sept individus, mais a ` des niveaux diffe ´ rents. Dans la population A, la moyenne est de 20 ans et dans la population B, elle atteint 60 ans. Dans la population A, 5 anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es d’un individu qui a 35 ans d’espe ´ rance de vie sante ´a ` un autre chez qui cette espe ´ rance n’est que de 5 ans. Dans la population B, 5 anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es d’un individu ayant une espe ´ rance de sante ´ de 75 ans (la plus forte dans cette population) a ` un autre dont l’espe ´ rance de sante ´ est de 45 ans (la plus faible dans cette population). Quel est celui de ˆne la plus forte ces deux transferts qui entraı diminution de l’ine ´ galite ´ de sante ´? Avec des questions de ce genre, nous pouvons de ´ terminer les pre ´ fe ´ rences des gens pour une valeur de b situe ´ e entre 0 et 1. ´ du gain/de la perte de sante ´ . Le Intensite deuxie ` me choix normatif porte sur la question de savoir si les gains ou pertes de sante ´ qui se produisent ˆ tre traite aux extre ´ mite ´ s de la distribution doivent e ´s diffe ´ remment de ceux qui se situent pre ` s de la moyenne. Conside ´ rons les deux re ´ ductions des ine ´ galite ´ s de sante ´ de ´ crites a ` la Figure 8. Les deux ˆ me niveau d’espe populations ont le me ´ rance de sante ´ , avec une valeur moyenne de 20 ans. Dans la population A, 5 anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es de l’individu ayant la plus forte valeur (35 ans) a ` celui qui a la plus faible (5 ans). Dans la population B, 5 anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es de l’individu qui a 30 ans d’espe ´ rance de sante ´a ` celui qui n’a que 10 ans. Quel est celui de ces ˆne la plus forte re deux transferts qui entraı ´ duction de l’ine ´ galite ´ de sante ´? Si le choix se porte sur la population A, la mesure utilise ´ e devra donner un poids supe ´ rieur aux transferts de sante ´ qui s’effectuent aux extre ´ mite ´ s de ˆ te la distribution. Si l’enque ´ n’a pas de pre ´ fe ´ rence, tous ˆ me nombre d’anne les transferts du me ´ es doivent ˆ tre ponde alors e ´ re ´ s de fac ¸ on e ´ gale, ou ` qu’ils se situent dans la distribution. S’il choisit la population A, a est supe ´ rieur a ` 1 ; s’il n’a pas de pre ´ fe ´ rence pour l’un ou l’autre sce ´ nario, a = 1. En posant d’autres questions dans lesquelles le nombre d’anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ transfe ´ re ´ es varie, on peut de ´ terminer la valeur exacte de a. ´ carts individuels par Ecarts interindividus ou e ` la moyenne. Le troisie rapport a ` me choix porte sur un autre type de mesures : celles des e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne ou celles des e ´ carts interindividus. A la Figure 9, les deux re ´ ductions de l’ine ´ galite ´ de sante ´ illustrent ce choix. Les deux populations ont la ˆ me espe me ´ rance de sante ´ moyenne et dans les deux ˆ me quantite cas, on transfe ` re exactement la me ´ de sante ´ . Toutefois, la distribution initiale de la sante ´ est diffe ´ rente dans les deux populations. Dans l’une et l’autre, 15 anne ´ es d’espe ´ rance de sante ´ sont transfe ´ re ´ es de l’individu situe ´ a ` la limite supe ´ rieure de la distribution (35 ans) a ` celui qui est a ` la limite infe ´ rieure (5 ans). La question est ici encore la suivante « Quel est celui des deux sce ´ narios qui repre ´ sente la plus forte diminution de l’ine ´ galite ´ ? » Ceux qui optent pour A ou B expriment l’opinion que ce qui compte n’est pas seulement le point de de ´ part et d’arrive ´ e d’un individu mais aussi la situation du reste de la population. Ceux qui ne choisissent pas entre A et B sont d’avis que ce qui est re ´ ellement important est le changement absolu re ´ alise ´ , quelle que soit la situation des autres personnes dans la distribution. Dans le premier cas, nous allons utiliser une mesure des e ´ carts inter-individus alors que dans le second, nous aurons recours a ` une mesure des e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne. Les choix normatifs concernant l’intensite ´ du transfert et le type de mesures ne sont pas Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

48

De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ entie ` rement dissociables. Les mesures des e ´ carts ˆ me lorsque a = 1, sont plus interindividus, me sensibles aux transferts de risque e ´ quivalents les plus e ´ loigne ´ s de la moyenne. Le Tableau 1 indique les ine ´ galite ´ s des trois distributions de la Figure 6, calcule ´ es pour quelques valeurs parame ´ triques des mesures de ´ crites plus haut. A l’aide d’une se ´ rie de questions, nous pouvons obtenir des valeurs individuelles pour e ´ tablir un indice synthe ´ tique de la distribution de l’espe ´ rance de ˆ tes de sante ´ . Des enque ´ mographiques ou des sondages simplifie ´ s pourraient donner des informations provenant d’un large e ´ ventail d’individus. Nous ne proposons pas d’e ´ thique empirique pour re ´ soudre en aveugle le proble ` me des choix normatifs et nous ˆt que les re pensons pluto ´ sultats de la mesure de ces valeurs aupre ` s de personnes tre ` s diverses constitueront un apport utile dans un processus de re ´ flexion pour le choix d’un indice des ine ´ galite ´ s de sante ´. Une e ´ tude pre ´ liminaire limite ´ e nous porte a ` croire que la plupart des personnes opteront pour une mesure associant les ine ´ galite ´ s absolue et relative, attribuant un poids supe ´ rieur aux e ´ carts les plus e ´ loigne ´ s de la moyenne et prenant en conside ´ ration les individus situe ´ s dans l’intervalle. Toutefois, ces questions doivent manifestement donner lieu a ` une e ´ valuation empirique plus large des valeurs propose ´ es par diffe ´ rentes personnes.

Comment rendre ope ´ rationnelle la mesure des ine ´ galite ´s d’espe ´ rance de sante ´ Si nous admettons que le parame ` tre inte ´ ressant pour mesurer l’ine ´ galite ´ de sante ´ est la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ sur une certaine pe ´ riode, comment peut-on mesurer cette dernie ` re ? On ne peut pas observer les risques, seulement les issues. Nous sommes d’avis qu’une approximation raisonˆ tre nable de la distribution des risques sanitaires peut e obtenue a ` l’aide de diverses techniques. En associant ces techniques, on dispose d’une strate ´ gie assez efficace pour estimer la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ . Cette strate ´ gie se de ´ compose en quatre approches distinctes : la mesure de la distribution du risque de de ´ ce ` s chez l’enfant ; la mesure de la distribution du risque de de ´ ce ` s chez l’adulte ; la mesure de la distribution de l’espe ´ rance de vie et de l’espe ´ rance de sante ´ par des analyses portant sur des zones restreintes ; et enfin, la mesure de la distribution des issues non fatales. Tableau 1. Calcul des mesures de l’ine ´ galite ´ de sante ´ pour trois distributions de l’espe ´ rance de sante ´a Distribution A a=1 a=2 Ecarts individuels b = 0 par rapport a ` la moyenne b = 1 Ecarts interindividus a

Distribution B a=1 a=2 2,40 0,03 1,71 0,02 9,26 0,11 9,26 0,11

Distribution C a=1 a=2 4,68 0,06 3,31 0,04 34,47 0,43 34,47 0,43

2,40 0,06 1,71 0,04

9,26 0,23 9,26 0,23

b=0 b=1

Voir les de ´ tails a ` la Figure 6

Risque de de ´ ce ` s chez l’enfant Nous pouvons observer la variation de la proportion ˆ me me d’enfants d’une me ` re qui sont de ´ ce ´ de ´ s. Ce la nous informe sur la distribution du risque de de ´ ce `s chez l’enfant a ` un niveau d’agre ´ gation tre ` s fin (celui des me ´ nages). Par une simulation, nous pouvons e ´ valuer la diffe ´ rence entre la distribution des issues et celle qui aurait sans doute re ´ sulte ´ d’une e ´ gale distribution du Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

risque. Les e ´ tudes sur la mesure des niveaux de vie ˆ tes de (51), les enque ´ mographiques et sanitaires (52) ˆ tes ainsi que de nombreux recensements et enque permettent d’avoir largement acce `s a ` des donne ´ es sur ˆ ges divers et l’ensemble des enfants ne ´ s de femmes d’a sur les survivants. Nous avons applique ´ cette strate ´ gie pour mesurer la mortalite ´ chez l’enfant (22).

Risque de de ´ ce ` s chez l’adulte Nous ne disposons pas de bonnes donne ´ es pour mesurer la distribution de la mortalite ´ des adultes. On pourrait, en principe, utiliser des informations sur la 49

The ` me spe ´ cial – Ine ´ galite ´ s de sante ´ le principal proble ` me pose ´ par ce type d’information tient a ` la comparabilite ´ des re ´ ponses adresse ´ es par des personnes dont la culture, le degre ´ d’instruction et le revenu varient. Les riches, par exemple, rapportent souvent des issues sanitaires non fatales pires que celles des pauvres (53, 54). Les proble ` mes de ˆ tre re comparabilite ´ doivent e ´ solus avant que ces ˆ tre utilise se ´ ries de donne ´ es ne puissent e ´ es pour contribuer a ` l’estimation de l’espe ´ rance de sante ´ dans une population. Pour l’OMS, il convient de poursuivre simultane ´ ment la mise au point de me ´ thodes et de se ´ ries de donne ´ es pour mesurer ces diverses dimensions de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ . De nouvelles me ´ thodes permettant d’inte ´ grer ces diffe ´ rentes mesures en une estimation unique de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ dans les populations s’imposent.

Conclusion Nous proposons dans le pre ´ sent article un cadre base ´ sur quatre notions cle ´ s pour mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ . Premie ` rement, nous partons du principe que la ˆ tre et sante ´ est une composante intrinse ` que du bien-e nous devons donc nous pre ´ occuper des ine ´ galite ´ s de sante ´ , qu’elles soient ou non corre ´ le ´ es avec les ˆ tre. Deuxie ine ´ galite ´ s d’autres dimensions du bien-e `mement, nous estimons que toute mesure des ine ´ galite ´ s de sante ´ doit refle ´ ter la totalite ´ des diverses issues sanitaires fatales et non fatales afin de tenir pleinement compte de la sante ´ dans toute sa complexite ´ . Nous rendons cette notion ope ´ rationnelle a ` l’aide du concept de la dure ´ e de vie en bonne sante ´ . Troisie ` mement, nous proposons d’ame ´ liorer cette mesure qu’est la dure ´ e de vie en bonne sante ´ en adoptant l’espe ´ rance de sante ´ qui exclut les diffe ´rences d’espe ´ rance de vie en bonne sante ´ dues simplement au hasard. En d’autres termes, le parame ` tre inte ´ ressant pour l’e ´ tude des ine ´ galite ´ s de sante ´ est la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ entre les individus d’une population. Quatrie ` mement, l’ine ´ galite ´ de la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ ˆ tre re peut e ´ sume ´ e par la mesure des e ´ carts individuels par rapport a ` la moyenne ou des e ´ carts interindividus. La forme exacte de la mesure utilise ´ e pour re ´ sumer cette ine ´ galite ´ de ´ pend de trois choix normatifs. Une meilleure connaissance des vues des gens sur ces choix normatifs servira de base a ` l’e ´ tude d’une mesure standard OMS des ine ´ galite ´ s de sante ´. Notre approche contraste avec celle propose ´e par LeGrand (38, 39) et Silber (37) dont la principale pre ´ occupation est la forme de la courbe du taux de ˆge. Leur me de ´ ce ` s moyen de la population par a ´ thode ˆtre une diminution mondiale des ine fait apparaı ´ galite ´s de sante ´ , mais leurs conclusions sont entie ` rement dues au fait que la forme de la courbe du risque de de ´ ce `s ˆ ges change de fac moyen aux divers a ¸ on pre ´ visible a ` mesure que l’espe ´ rance de vie augmente. Notre avis est qu’il faut se focaliser sur la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ entre les individus. Il n’y a aucune raison de penser que cette distribution se resserre Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

survie de membres de fratries, mais elles concerneraient la mortalite ´ moyenne pendant des de ´ cennies et cela poserait des proble ` mes techniques non encore re ´ solus. ˆ tre mises au point. D’autres strate ´ gies devront e

Distribution de l’espe ´ rance de vie ou de l’espe ´ rance de sante ´ dans des groupes Nous pouvons diviser la population en groupes dont les membres devraient avoir des espe ´ rances de vie similaires et mesurer directement leurs perspectives de sante ´ . Avec cette me ´ thode, on va ine ´ vitablement sousestimer la distribution de l’espe ´ rance de sante ´ . Plus les groupements seront affine ´ s et plus notre approximation sera proche de la ve ´ ritable distribution de l’espe ´ rance de sante ´ dans la population. C’est ainsi qu’une analyse de ´ taille ´ e de comte ´ s des Etats-Unis d’Ame ´ rique par ˆge, de sexe et de race a re groupe d’a ´ ve ´ le ´ un intervalle de 41,3 ans entre les espe ´ rances de vie moyennes des comte ´ s situe ´s a ` chaque extre ´ mite ´ du spectre (15). Distribution des issues sanitaires non fatales La mesure des issues sanitaires non fatales sur des e ´ chelles de cate ´ gorisation continues ou polychotomiques donne davantage d’informations pour estimer la distribution du risque entre les individus. De ˆ tes utilisant des instruments divers nombreuses enque renseignent sur l’e ´ tat de sante ´ auto-notifie ´ . Jusqu’ici, 50

De ´ finir et mesurer les ine ´ galite ´ s de sante ´ re ´ gulie ` rement a ` mesure que l’espe ´ rance de sante ´ augmente. Les premiers re ´ sultats concernant la distribution des risques de de ´ ce ` s d’enfants entre pays indiquent qu’il n’y a aucune relation entre le taux de de ´ ce ` s d’enfants et la distribution du risque entre les individus (22). En s’inte ´ ressant davantage a ` l’ine ´ galite ´ des ˆ ge, on peut renforcer l’inte ˆt risques sanitaires par a ´ re porte ´a ` certains proble ` mes de sante ´ . C’est ainsi que de nombreuses expositions professionnelles bien de ´ termine ´ es qui n’influent pas de fac ¸ on marque ´ e sur le niveau moyen d’espe ´ rance de sante ´ de la population peuvent, pour une petite minorite ´ , contribuer a ` augmenter nettement les risques. Une meilleure quantification de la distribution de l’espe ´ rance de ˆtre le ro ˆ le d’expositions sante ´ pourrait faire apparaı professionnelles et d’expositions environnementales locales dans l’ine ´ galite ´ des risques. En nous inte ´ressant a ` l’ine ´ galite ´ des risques sanitaires dans les pays en de ´ veloppement, nous pourrions aussi attirer l’attention sur l’impressionnante ine ´ galite ´ du risque de de ´ ce ` s chez les adultes de sexe masculin. Aux EtatsUnis d’Ame ´ rique par exemple, elle est beaucoup plus e ´ leve ´ e dans cette cate ´ gorie de la population que chez l’enfant et chez l’adulte de sexe fe ´ minin (15). Pour mesurer la distribution de l’espe ´ rance de ˆ tes sante ´ , il va falloir utiliser les donne ´ es d’enque transversales sur la pre ´ valence des issues sanitaires non fatales. Mesurer l’ine ´ galite ´ de sante ´ revient essentiellement a ` comparer la distribution de l’e ´ tat de sante ´ des individus au sein de populations et a ` comparer les distributions dans diffe ´ rentes populations. Si l’on utilise les e ´ tats de sante ´ autonotifie ´s ˆ tes sur recueillis au moyen de divers types d’enque l’e ´ tat de sante ´ (par exemple SF-36, EUROQOL ou ˆ tes sur les activite les enque ´ s de la vie quotidienne) pour estimer l’espe ´ rance de sante ´ , il faut veiller a ` ce que ces donne ´ es soient comparables en de ´ pit des diffe ´ rences culturelles. Il semblerait que les instruments qui servent aujourd’hui a ` mesurer l’e ´ tat de ˆ tes risquent de donner des sante ´ sur la base d’enque re ´ sultats qui ne sont pas comparables (54-56). On espe ` re que les e ´ tudes entreprises sur l’ine ´ galite ´ ame ´ lioreront la comparabilite ´ des re ´ ponses obtenues aupre ` s de groupes culturels diffe ´ rents lors des ˆ tes sur l’e enque ´ tat de sante ´. On s’accorde de plus en plus a ` penser que l’ame ´ lioration du niveau moyen de sante ´ n’est pas un indicateur suffisant de la performance d’un syste ` me de sante ´ . La distribution de cette ame ´ lioration est une dimension tout aussi importante de la performance. Pour placer les ine ´ galite ´ s de sante ´ au cœur du de ´ bat sur les politiques, nous devons mettre au point de meilleures me ´ thodes de mesure. Ainsi seulement pourrons-nous de ´ terminer la ve ´ ritable ampleur du proble ` me et suivre les progre ` s accomplis dans la voie d’une solution. n

Remerciements Nous tenons a ` remercier les personnes suivantes de leur contribution et de leurs commentaires : Gary King, Rafael Lozano, Joshua Slomon, Daniel Wikler, Sarah Marchand et Philip Musgrove.

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Bulletin de l’Organisation mondiale de la Sante ´ Recueil d’articles No 3, 2000

Informations clés
Type de document Journal articles
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé