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Alerte vectorielle : invasion et propagation d’Anopheles stephensi en Afrique et à Sri Lanka

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Alerte vectorielle : invasion et propagation d’Anopheles stephensi en Afrique et à Sri Lanka MENACE IDENTIFIÉE Anopheles stephensi, vecteur extrêmement compétent de Plasmodium falciparum et P. vivax, est considéré comme un vecteur efficace du paludisme en milieu urbain. Il existe trois formes biologiques de An. stephensi, dont les formes « type » et « intermédiaire » sont des vecteurs efficaces dans les zones rurales et périurbaines, notamment en Inde. La troisième forme – « mysorensis » – est considérée comme un vecteur moins efficace, bien qu’elle ait été impliquée dans la transmission du paludisme dans certaines zones rurales en Afghanistan et en Iran. Jusqu’en 2011, la répartition des cas signalés d’An. stephensi était limitée à certains pays d’Asie du Sud et à certaines régions de la péninsule arabique. Depuis, le vecteur a été collecté à Djibouti (2012), en Éthiopie (2016), au Soudan (2016), à Sri Lanka (2017), en Somalie (2019) et, plus récemment, au Nigéria (2020) et au Yémen (2021). Les larves d’Anopheles stephensi se trouvent dans des réservoirs d’eau domestiques et d’autres récipients d’eau artificiels, et elles peuvent également exploiter un large éventail de gîtes larvaires dans l’environnement local (y compris les habitats cryptiques comme les puits profonds). Le vecteur survit également aux très fortes températures pendant la saison sèche, lorsque la transmission du paludisme tend à diminuer. En outre, on a constaté que An. stephensi est résistant à de multiples classes d’insecticides dans de nombreux endroits, y compris en Afrique, ce qui pose des problèmes pour le combattre. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère que la propagation de An. stephensi peut compromettre gravement la lutte contre le paludisme et l’élim- ination de la maladie en Afrique et en Asie du Sud, et elle a récemment lancé une initiative contre la propagation de An. stephensi en Afrique (1). Avant le lancement de cette initiative, une alerte vectorielle avait été établie pour exhorter les États Membres de l’OMS et leurs partenaires exécutifs – en particulier ceux d’Afrique subsaharienne – à prendre des mesures immédiates indiquées ci-dessous (2). La présente mise à jour comprend de nouvelles données sur la présence du vecteur et les enseignements tirés au cours des dernières années, en particulier en ce qui con- cerne la surveillance. Alors que l’invasion par le vecteur est signalée dans d’autres pays, il est désormais beaucoup plus urgent de déterminer l’étendue de l’invasion, de prendre des mesures en conséquence et de constituer un corpus de données probantes pour surveiller et combattre plus facilement ce vecteur et contribuer à déterminer dans quelle mesure il est possible de l’éliminer des zones envahies. 2QUE DEVRAIENT FAIRE MAINTENANT LES PAYS MENACÉS PAR LA PROPAGATION D’AN. STEPHENSI ? Les pays devraient prendre les mesures suivantes : • Inclure An. stephensi dans les stratégies et les directives nationales préexistantes pour la surveillance des vecteurs. Comme les gîtes larvaires d’An. stephensi et ceux d’Aedes spp. se chevauchent, les programmes nationaux de lutte antipaludique sont invités à étudier la possibilité d’intégrer les activités de surveillance et de lutte avec celles concernant les vecteurs d’arbovirus, comme envisagé dans le document intitulé Global Vector Control Response 2017–2030 (3), et à procéder à cette intégration si cela est possible. Les pays sont invités à rendre compte des succès remportés et des difficultés rencontrées lors de l’intégration de la surveillance et de la lutte contre Aedes spp. et An. stephensi, en vue de faciliter des tentatives similaires dans d’autres États Membres de l’OMS. • Apprendre au personnel concerné à identifier morphologiquement le vecteur et à reconnaître les gîtes larvaires et les sites de repos habituels d’An. stephensi. • Assurer activement une surveillance et des contrôles ponctuels pour An. stephensi dans les zones urbaines, les zones périurbaines et les zones où un risque d’introduction a été repéré, en plus de la surveillance systématique dans les zones rurales. L’échantillonnage devrait d’abord porter sur les stades aquatiques de l’espèce, car les méthodes de collecte d’adultes peuvent exiger beaucoup de main-d’œuvre sans permettre d’obtenir un grand nombre de vecteurs. Cependant, dans certains contextes, la collecte d’adultes par aspiration dans des abris pour animaux a donné de bons résultats. Les programmes souhaiteront peut-être envisager différentes méthodes de collecte pour déterminer lesquelles sont les plus efficaces dans un contexte donné. Les gîtes larvaires typiques sont les réservoirs artificiels disposés par l’être humain, en particulier les réservoirs d’eau à l’intérieur et à l’extérieur des habitations, les collecteurs d’eau de pluie, les réservoirs d’eau sur les toits, les puits, les grandes citernes artificielles et même les bassins d’eau propre. • Élever les larves ou les nymphes jusqu’au stade adulte et identifier An. stephensi sur la base des caractéristiques morphologiques de la femelle adulte telles que décrites dans Coetzee (4). Si possible, les œufs devraient être collectés sur les femelles adultes pour identifier la forme d’An. stephensi (type, mysorensis ou intermédiaire). • Conserver les échantillons dans des tubes Eppendorf sur gel de silice pour l’analyse moléculaire, à la fois pour confirmer l’identification morphologique initiale et pour étudier la dynamique des populations dans une zone récemment envahie. Quelques spécimens bien épinglés doivent être également conservés dans les laboratoires nationaux d’entomologie de référence. S’il n’y a pas d’installations de séquençage, les chercheurs peuvent envoyer un message à l’adresse vectorsurveillance@who.int pour demander de l’aide en vue d’identifier les formes moléculaires de l’espèce et pour établir le profil des mécanismes de résistance. • Décrire la bionomie (heures et lieux de piqûre, sites de repos, gîtes larvaires, etc.) d’An. stephensi pour contribuer à l’orientation des mesures de lutte. • Communiquer à l’OMS les résultats de toute activité de surveillance qui comprend des efforts pour détecter An. stephensi en remplissant le « Formulaire de l’OMS pour signaler la détection des espèces d’Anopheles vectrices et invasives » (5) et en l’envoyant par courriel à l’adresse vectorsurveillance@who.int. La détection sera ensuite affichée sur la Carte des menaces du paludisme (https://apps.who.int/malaria/maps/threats/). Si des recherches ciblées d’An. stephensi ne permettent pas de détecter le vecteur, ces résultats « négatifs » doivent également être signalés. L’OMS invite également les pays à communiquer les enseignements pratiques tirés de leurs activités de surveillance afin de faciliter la mise à jour de la présente alerte vectorielle, ainsi que les activités de surveillance menées ailleurs. • S’il y a suffisamment de larves ou de nymphes, celles-ci doivent être élevées jusqu’au stade adulte afin de permettre l’évaluation de la résistance aux insecticides suivant les 3procédures de l’OMS pour tester la sensibilité des vecteurs (6). Les résultats des tests doivent être communiqués à l’OMS en même temps que les données sur l’occurrence du vecteur. • Si des échantillons sont soumis à un test ELISA pour détecter la présence de sporozoïtes, l’homogénat des échantillons positifs doit être chauffé à 100 °C pendant 10 minutes et soumis à un nouveau test. Cela évitera les faux positifs dus à la présence de sang animal, ce qui est courant pour An. stephensi. • Le Règlement sanitaire international (2005) (7) doit être appliqué pour que tous les points d’entrée soient exempts de vecteurs, afin de réduire autant que possible le risque de propagation d’An. stephensi. QUE DEVRAIENT FAIRE LES PAYS DANS LES ZONES OÙ LE VECTEUR A ÉTÉ DÉTECTÉ ? Lorsque le vecteur a été détecté, les pays devraient prendre les mesures suivantes : • Entreprendre des interventions contre An. stephensi dans le but de combattre cette espèce. Il s’agit notamment de valider l’efficacité des interventions de lutte antivectorielle quant à leur impact contre le vecteur et à la prévention des cas de paludisme. Cela nécessitera un effort soutenu en vue d’améliorer et d’étendre les activités de surveillance et de lutte. • Veiller à ce que la lutte contre An. stephensi se concentre immédiatement sur la gestion des gîtes larvaires du vecteur en milieu urbain et périurbain. Les activités recommandées sont les suivantes : • la suppression des gîtes larvaires, y compris si possible la fermeture ou la couverture des puits désaffectés ; • la modification des gîtes larvaires pour empêcher les moustiques d’y accéder, y compris l’installation de couvercles hermétiquement scellés sur les réservoirs d’eau ; et • lorsqu’il n’est pas possible de supprimer ou de modifier les gîtes larvaires, un traitement avec des larvicides chimiques ou biologiques préqualifiés par l’OMS, conformément aux directives de l’OMS (8). • Ordonner aux autorités locales d’effectuer régulièrement une surveillance, de cartographier les gîtes larvaires restants et nouveaux, et d’inspecter les gîtes une fois par semaine pour y rechercher la présence de larves, dans la mesure du possible. • Introduire et appliquer des lois pour réglementer les pratiques de stockage de l’eau et les travaux de construction afin d’éviter la création de gîtes larvaires potentiels. • Étudier la possibilité d’instaurer ou de renforcer l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide ou la pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent dans les zones où An. stephensi est présent. • Apporter des améliorations aux logements (par exemple, installer des moustiquaires sur les fenêtres et les portes) pour empêcher les moustiques de pénétrer dans les habitations, afin d’éviter que les êtres humains y soient exposés. • Faire mieux connaître cette espèce de moustique au grand public, notamment en intégrant des messages sur An. stephensi dans les supports et les programmes existants d’information, d’éducation et de communication et de changement social et comportemental pour les vecteurs de la dengue, lorsqu’ils existent. Les activités de changement social et comportemental visent à contribuer à la réduction du nombre de gîtes larvaires et à prévenir la prolifération des vecteurs. • Faire participer les communautés locales et les établissements scolaires à la surveillance et à la lutte contre An. stephensi. • Appliquer le Règlement sanitaire international (2005) pour que les aéroports, les ports maritimes, les postes-frontières et les autres points d’entrée et de sortie soient exempts de vecteurs. Traiter les aéronefs et les navires au départ et à l’arrivée pour tuer les insectes suivant les directives de l’OMS (9). • Surveiller les cas de paludisme, en particulier dans les zones urbaines et périurbaines, pour détecter toute augmentation potentielle de leur nombre, car cela peut indiquer la présence d’An. stephensi et sa contribution à la transmission. Dans ces situations, il est particulièrement important de vérifier les antécédents de voyage des cas. • Privilégier l’évaluation de l’efficacité contre An. stephensi des interventions de lutte antivectorielle existantes et nouvelles en vue d’étendre l’arsenal contre ce vecteur. Cette évaluation prioritaire devrait s’ajouter aux besoins d’évaluation existants de nouveaux outils contre les vecteurs autochtones du paludisme. References 1. WHO initiative to stop the spread of Anopheles stephensi in Africa. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2022 (https://apps.who.int/iris/handle/10665/363318, consulté le 7 décembre 2022). 2. Alerte vectorielle : invasion et propagation d’Anopheles stephensi : corne de l’Afrique, République du Soudan et zones géographiques environnantes, et Sri Lanka : note d’information. Genève: Organisation mondiale de la Santé, 2019 (https://apps.who.int/iris/ handle/10665/326666, consulté le 7 décembre 2022). 3. Global vector control response 2017–2030. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2017 (https://apps.who.int/iris/handle/10665/259002, consulté le 7 décembre 2022). 4. Coetzee M. Key to the females of Afrotropical Anopheles mosquitoes (Diptera: Culicidae). Malar J. 2020;19:70. doi:10.1186/s12936-020-3144-9. 5. Formulaire de l’OMS pour signaler la détection des espèces d’Anopheles vectrices et invasives. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2019 (https://cdn.who.int/media/ docs/default-source/documents/publications/gmp/whogmp-invasive-species-reporting- form-fr.xlsm, consulté le 7 décembre 2022). 6. Manual for monitoring insecticide resistance in mosquito vectors and selecting appropriate interventions. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2022 (https://apps.who.int/iris/ handle/10665/356964, consulté le 7 décembre 2022). 7. Règlement sanitaire international (2005), troisième édition. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2016 (https://apps.who.int/iris/handle/10665/246187, consulté le 7 décembre 2022). 8. Larval source management: a supplementary malaria vector control measure: an operational manual. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2013 (https://apps.who.int/ iris/handle/10665/85379, consulté le 7 décembre 2022). 9. WHO aircraft disinfection methods and procedures. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2016 (https://apps.who.int/iris/handle/10665/339863, consulté le 7 décembre 2022). Alerte vectorielle : invasion et propagation d’Anopheles stephensi en Afrique et à Sri Lanka [Vector alert: Anopheles stephensi invasion and spread in Africa and Sri Lanka] ISBN 978-92-4-007054-7 (version électronique) ISBN 978-92-4-007055-4 (version imprimée) © Organisation mondiale de la Santé 2023. Certains droits réservés. La présente publication est disponible sous la licence CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

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Type de document Publications
Date d'adoption
Source Organisation mondiale de la santé