Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants Résumé La santé pour tous, y compris les réfugiés et les migrants : l’heure est venue d’agir Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants Résumé Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé [World report on the health of refugees and migrants : summary] ISBN 978-92-4-005484-4 (version électronique) ISBN 978-92-4-005485-1 (version imprimée) © Organisation mondiale de la Santé 2022 Certains droits réservés. La présente œuvre est disponible sous la licence Creative Commons Attribution – Pas d’utilisation commerciale – Partage dans les mêmes conditions 3.0 IGO (CC BY-NC-SA 3.0 IGO ; https:// creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/3.0/igo/deed.fr). Aux termes de cette licence, vous pouvez copier, distribuer et adapter l’œuvre à des fins non commerciales, pour autant que l’œuvre soit citée de manière appropriée, comme il est indiqué ci-dessous. 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Les migrations : un sujet crucial pour la santé mondiale 3 2.1 Les déplacements et les migrations obligent à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins de santé des réfugiés et des migrants 4 2.2 Les conflits et les catastrophes mettent les systèmes de santé sous pression 4 2.3 La santé ne commence ni ne finit pas aux frontières des pays 6 2.4 Des réponses pangouvernementales et intersectorielles sont essentielles 7 2.5 Le rôle de l’OMS 7 3. Au-delà du secteur de la santé : déterminants de la santé des réfugiés et des migrants 8 3.1 Caractéristiques et comportements individuels 10 3.2 Environnement social et économique 10 3.3 Environnement physique 11 4. Décès, danger et très mauvais état de santé 12 4.1 Décès et disparition 13 4.2 Pandémie de COVID-19 13 4.3 Santé au travail 14 4.4 Santé sexuelle et reproductive 14 4.5 Santé de la mère et de l’enfant 15 4.6 Maladies non transmissibles 16 4.7 Santé mentale 16 4.8 Maladies transmissibles 16 5. Arguments en faveur de systèmes de santé inclusifs 18 5.1 Prestation de services 19 5.2 Personnel de santé 19 5.3 Accès aux produits médicaux, aux vaccins et aux technologies 20 5.4 Systèmes d’information sanitaire 20 5.5 Financement 20 5.6 Leadership et gouvernance 21 6. Collecte de données de meilleure qualité 22 6.1 Méthodologie utilisée pour l’examen 23 6.2 Résultats de l’examen 24 7. Prochaines étapes 26 7.1 Réorienter les systèmes de santé pour un monde en mouvement : une approche stratégique 26 7.2 Tout est possible ensemble : de la politique à la pratique et à l’action pour un avenir en bonne santé 27 Références bibliographiques 29 vAujourd’hui, il y a environ un milliard de migrants dans le monde, soit à peu près une personne sur huit. L’expérience de la migration est un déterminant essentiel de la santé et du bien-être, et les réfugiés et les migrants restent parmi les personnes les plus vulnérables et les plus négligées dans de nombreuses sociétés. Ce rapport est le premier à présenter un panorama mondial de la santé et des migrations et il appelle à mener de toute urgence une action concertée en faveur des réfugiés et des migrants à travers le monde pour qu’ils aient accès à des services de santé qui tiennent compte de leurs besoins. Il montre combien il est urgent d’étudier et de combattre les causes profondes des migrations et de réorienter radicalement les systèmes de santé dans un monde où l’on se déplace de plus en plus. Que ce soit par choix ou parce qu’on y est contraint, bouger est dans la nature humaine et fait partie de la vie. Quelles que soient les raisons d’une personne, les circonstances, son origine ou sa condition de migrant, il nous faut clairement réaffirmer que la santé est un droit pour tous et que la couverture sanitaire universelle doit inclure les réfugiés et les migrants. Les temps sont difficiles. Conjugués les uns aux autres, la maladie, la famine, les changements climatiques et la guerre menacent la sécurité mondiale et font peser un poids sans précédent sur nos sociétés et nos économies. Parallèlement, la pandémie de COVID-19 continue d’avoir des conséquences disproportionnées à la fois sur la santé et sur les moyens de subsistance des réfugiés et des migrants et de causer des difficultés particulières pour les travailleurs migrants. Au début de 2022, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires faisaient face à des crises humanitaires complexes en Afghanistan, en Éthiopie, en République arabe syrienne, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen, dont chacune a provoqué des mouvements de population de masse et mis à rude épreuve les systèmes de santé des pays d’accueil. Puis est arrivée la guerre en Ukraine, qui a porté le nombre total de personnes déplacées à plus de 100 millions pour la première fois de l’histoire. Avant-propos vi Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Mais on ne mesure pas encore toutes les conséquences de ces bouleversements, car, comme le montre ce rapport, les réfugiés et les migrants ne sont pas entièrement visibles dans les données disponibles, grave lacune qu’il faut combler. Il faut investir pour renforcer les politiques visant à promouvoir la santé des réfugiés et des migrants et pour les appliquer en faisant appel à des méthodes innovantes de recueil et d’analyse de données. Nous exhortons les gouvernements, les institutions, les donateurs et les autres partenaires à faire preuve de créativité et à agir avec compassion pour améliorer la santé des personnes mobiles, et ce dans tous les secteurs de la société. Je vous invite à lire ce rapport et à vous joindre à l’engagement de l’OMS et de ses partenaires à bâtir un monde plus sain et plus résilient pour tous. Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus Directeur général Organisation mondiale de la Santé vii Préface Une personne sur huit dans le monde est un migrant ou une personne déplacée, et ce chiffre augmente. Il est largement admis que l’expérience du déplacement et de la migration est un déterminant essentiel de la santé et du bien-être. Il est par conséquent crucial pour la santé mondiale de traiter le problème des migrations. L'OMS est fondamentalement résolue à ne laisser aucune de ces personnes de côté. Elle a donc investi pour rassembler et analyser des données mondiales et établi ce Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants. S’appuyant sur des données aussi complètes que possible recueillies partout dans le monde, ce rapport est le tout premier à montrer à pareille échelle et avec autant de détail la multitude de problèmes sanitaires auxquels sont confrontés des centaines de millions de réfugiés et de migrants. Le rapport présente des preuves indéniables que les indices de santé peuvent être mauvais chez les réfugiés et les migrants, principalement à cause de conditions de vie et de travail médiocres, qui ont des répercussions négatives sur la santé et le bien-être des réfugiés, des migrants et des demandeurs d’asile, entre autres. Les indices sanitaires sont souvent beaucoup moins bons pour les réfugiés et les migrants que pour les populations qui les accueillent, à quoi s’ajoutent leur vulnérabilité et des facteurs ayant une influence néfaste sur leur santé. Le rapport souligne combien il est crucial d’agir sur ces déterminants négatifs en dehors du secteur de la santé quand il est question de la santé des réfugiés et des migrants. Deux des principales constations du rapport sont la quasi-absence de données comparables entre pays et dans le temps sur la santé des réfugiés et des migrants et le fait qu’elles ne sont pas ventilées en fonction du statut migratoire dans les ensembles de données sanitaires mondiales. Le rapport met en lumière des lacunes importantes en matière de qualité des données et d’étendue des connaissances au niveau mondial et appelle à investir pour recueillir des données adaptées à l’usage qu’il est prévu d’en faire et pour assurer une surveillance et un suivi qui permettront d’élaborer, sur la base de ces renseignements, des politiques et des plans de mise en œuvre. Si ces données indispensables ne sont pas réunies, les réfugiés et les migrants continueront d’être laissés pour compte et il sera impossible d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Du fait des changements climatiques et de l’augmentation du nombre de conflits, de plus en plus de personnes se déplacent. L’impact des changements climatiques viii Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé anthropiques se fait déjà sentir sur 80 % de la superficie terrestre, où habite 85 % de la population mondiale. On prévoit que plus de 200 millions de personnes supplémentaires seront contraintes de se déplacer d’ici à 2050. Il existe des solutions. Ce rapport donne des indications pratiques sur la façon de remédier aux disparités dont pâtit la santé des réfugiés et des migrants et de s’attaquer aux causes profondes qui ont une influence néfaste sur leur santé. Parmi ces facteurs figurent ceux qui ne dépendent pas du secteur de la santé strictement parlant, comme l’éducation, le sexe, l’âge et le statut migratoire. Les systèmes de santé existants doivent être réorientés pour inclure les réfugiés et les migrants dans tous les services et programmes, conformément aux principes d’universalité des soins de santé primaires et de couverture sanitaire universelle. Il convient de suivre la façon dont évoluent les déterminants de la santé des réfugiés et des migrants, leur statut et les indices sanitaires les concernant pour évaluer les progrès accomplis, ou non, dans la réalisation des ODD et d’autres objectifs et cibles. Étant donné que la santé et le bien-être des réfugiés et des migrants recoupent différents secteurs de la société, le secteur de la santé doit jouer un rôle moteur et facilitateur. L’ampleur du problème étant si patente et puisque nombre d’approches prometteuses ont été recensées, il est maintenant possible pour les pays, les institutions et les chercheurs de prioriser les mesures et les investissements nécessaires pour surveiller et améliorer la santé des migrants dans la perspective des ODD. Le treizième programme général de travail de l’OMS définit un cadre pour mener de toute urgence l’action nécessaire d’après les principes consistant à promouvoir la santé, à protéger le monde contre les maladies et à accorder une attention prioritaire aux populations les moins bien desservies et les plus vulnérables. Ces principes sont conformes au Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à l’engagement qui y est pris de ne laisser personne de côté. Le Plan d’action mondial de l’OMS pour promouvoir la santé des réfugiés et des migrants fait aussi de la santé un élément essentiel de la protection et de l’aide aux réfugiés et aux migrants et de la bonne gouvernance des migrations. Des politiques et des cadres nationaux et internationaux ont été mis en place à juste titre dans l’ensemble du monde pour faire face au problème de la santé et des migrations, mais il reste des disparités importantes. Il nous faut maintenant agir en adoptant des approches qui associent l’ensemble des pouvoirs publics et de la société pour protéger la santé des réfugiés et des migrants ainsi que celle des populations d’accueil. Par ce rapport, l’OMS et son Programme Santé et migrations réaffirment leur engagement à œuvrer pour la santé de tous les réfugiés et migrants à travers le monde. Nous espérons que ce rapport tirera la sonnette d’alarme, suscitera la compassion, permettra de mieux comprendre la question et, surtout, incitera à prendre des mesures concrètes pour dispenser des soins de santé véritablement universels, sans que personne ne reste invisible, ne soit privé de services de santé essentiels de bonne qualité et ne soit laissé de côté. La santé pour tous, y compris les réfugiés et les migrants : l’heure est venue d’agir. Dre Zsuzsanna Jakab Directrice générale adjointe Organisation mondiale de la Santé Dr Santino Severoni Directeur Programme Santé et migrations ix Remerciements L’OMS remercie les nombreux experts et organismes qui ont contribué à la planification, à l’élaboration et à la révision de ce rapport. Direction et coordination Le présent rapport a été établi sous la supervision stratégique et la direction technique de Santino Severoni, Directeur du Programme Santé et migrations de l’OMS, à Genève (Suisse). Rifat Hossain, Responsable technique de l’unité Données et bases factuelles du Programme Santé et migrations de l’OMS a coordonné la mise au point et la publication du rapport. Soorej Puthoopparambil, Chef du Centre collaborateur de l’OMS pour les migrations et les données sanitaires à l’Université d’Uppsala, en Suède, a fourni des conseils d’ordre méthodologique et technique sur le contenu général du rapport. Rédacteurs techniques Le rapport a été rédigé par Andrew Wilson, Leyla Alyanak et Felicity Thompson. Contributeurs et arbitres scientifiques de l’OMS Les membres du personnel et les consultants suivants du Programme Santé et migrations ont révisé les différentes versions provisoires du rapport en vérifiant les données et les informations ou en apportant une aide technique : Richard Alderslade, Giuseppe Domenico Annunziata, Rimu Byadya, Veronica Cornacchione, Mohammad Darwish, Cetin Dikmen, Palmira Immordino, Kanokporn Kaojaroen, Joowon Kim, Alexandra Ladak, Khawla Nasser Aldeen, Miriam Orcutt, Rita Sa Machado, Ana Cristina Sedas, David Tellez et Marie Wolf. Les membres du personnel et consultants de l’OMS dont les noms suivent ont aussi contribué au contenu technique et à la révision du rapport. Siège de l’OMS Elizabeth Aime-Mcdonald, Rajiv Bahl, Anand Balachandran, Valentina Baltag, Julia Berenson, Gautam Biswas, Elaine Borghi, Francesco Branca, James Campbell, Richard Michael Carr, David Clarke, Giorgio Cometto, Bernadette Daelmans, Luz de Regil, Khassoum Diallo, Theresa Diaz, Tessa Edejer, Albis Francesco Gabrielli, Philippe Glaziou, Laurence Grummer- x Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Strawn, Ahmadreza Hosseinpoor, Devora Lillia Kestel, Katherine Kirkby, Monika Kosinska, Etienne Krug, Joseph Douglas Kutzin, Jae-se Lee, Daniel Low-Beer, Blerta Maliqi, Mary Mandahar, Silvio Mariotti, Michelle Mcisaac, Claude Meyer, Gerardo Zamora Monge, Allisyn Carol Moran, Marjolaine Nicod, Alana Margaret Officer, Kathy O’Neill, Sarah Paulin-Deschenaux, Kumanan Rasanathan, Briana Rivas-Morello, Nathalie Laure Roebbel, Sebastian Rositano, Sylvie Eliane Schaller, Gerard P. Schmets, Slim Slama, Marcus Marcellus Stahlhofer, Chelsea Maria Taylor, Meelan Thondoo, Tamitza Toroyan, Inka Weissbecker et Diane Wu. Bureaux régionaux de l’OMS Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique : Ernest Dabire et Abdou Salam Gueye ; Bureau régional de l’OMS pour les Amériques : Candelaria Araoz, James Fitzgerald, Julie Helene Issa, Camila Polinori et Ciro Ugarte ; Bureau régional de l’OMS pour l’Asie du Sud-Est : Lin Aung, Aarti Garg, Stephen Paul Jost et Edwin Salvador ; Bureau régional de l’OMS pour l’Europe : Jozef Bartovic, Kristina Mauer-Stender, Elisabeth Waagensen et Gundo Weiler ; Bureau régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale : Rana Al Naggar, Ali Ardalan, Hala El Shazly, Awad Mataria et Tonia Rifaey ; Bureau régional de l’OMS pour le Pacifique occidental : Isabel Constance Espinosa, Kira Fortune, Tsering Kalden Lama, Caroline Lukaszyk, Angela Pratt et Jaitra Sathyandran. Examens de la littérature régionale Le rapport s’appuie sur des examens approfondis de la littérature spécialisée publiée dans toutes les Régions de l’OMS, effectués sous la supervision des bureaux régionaux de l’OMS. Pour la Région africaine de l’OMS, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par Jo Vearey (responsable), Yacine Ait Larbi et Marta Luzes de l’entreprise à vocation sociale Samuel Hall, Nairobi (Kenya), et Edward Govere, Thea de Gruchy, Langa Mlotshwa et Rebecca Walker du African Centre for Migration and Society, Wits University (Afrique du Sud). Pour la Région OMS des Amériques, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par Báltica Cabieses (responsable), María Inés Álvarez, Alice Blukacz, Marcelo Lizana, Alexandra Obach et Isabel Rada du Programa de Estudios Sociales en Salud, Instituto de Ciencias e Innovaciones Médicas, Universidad del Desarrollo, Santiago (Chili). Pour la Région OMS de l’Asie du Sud-Est, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par Anjali Borhade (responsable), Nisha Bharti, Subhojit Dey, Isha Jain et Vishika Yadav de la Fondation Disha, New Delhi (Inde). xi Pour la Région européenne de l’OMS, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par les équipes suivantes : Gianfranco Costanzo (responsable), Andrea Cavani, Alessandra Diodati, Anteo Di Napoli, Concetta Mirisola, Alessio Petrelli et Leuconoe Grazia Sisti de l’Institut national pour la promotion de la santé des populations migrantes et la lutte contre les maladies de la pauvreté, Rome (Italie) ; Alessandra Bettiol et Irene Mattioli de l’Université de Florence, Florence (Italie) ; Pietro Amedeo Modesti de l’hôpital universitaire Careggi, Université de Florence, Florence (Italie) ; et (pour les pays russophones) Alexey Novozhilov de l’Institut fédéral de recherche pour l’organisation et l’informatique en santé, Moscou (Fédération de Russie). Pour la Région OMS de la Méditerranée orientale, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par Jocelyn DeJong (responsable), Chaza Akik, Zeinab Dirani, Layal Hneiny et Eman Sharara de l’Université américaine de Beyrouth, Beyrouth (Liban). Pour la Région OMS du Pacifique occidental, la littérature a été examinée, puis une synthèse en a été faite et rédigée par Lisa Grace S. Bersales (responsable), Kristine Faith Agtarap, Claire Berja, Clarinda Lusterio Berja, Michael Dominic Del Mundo et Aileen Guyos de l’Université des Philippines, Manille (Philippines). Synthèse des analyses de données Les analyses de données faites au niveau régional ont été synthétisées par les équipes suivantes : Catherine K. Ettman et Sandro Galea (Université de Boston, États-Unis d’Amérique) ; Paul Spiegel, David Tellez, Maryada Vallet et Cyndy Vasquez (Université Johns Hopkins, États-Unis d’Amérique) ; et Lisa Grace S. Bersales, Kristine Faith Agtarap, Claire Berja, Clarinda Lusterio Berja, Michael Dominic Del Mundo et Aileen Guyos (Université des Philippines, Manille, Philippines). Les personnes suivantes ont apporté des contributions et donné des conseils précieux sur l’analyse et la présentation des données d’enquêtes sur les ménages : Trevor Croft et Shea Rutstein (Enquêtes démographiques et de santé) ; Holly Newby (a travaillé précédemment pour les Enquêtes démographiques et de santé et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance) ; Atilla Hancioglu et Turgay Unalan (Enquêtes en grappes à indicateurs multiples, Fonds des Nations Unies pour l’enfance) ; Olivier Dupriez, Aivin Vicquierra Solatorio et Matthew John Welch (Banque mondiale et Réseau international d’enquêtes sur les ménages). Contributions institutionnelles Les experts suivants ont apporté de nombreux conseils et contributions techniques : Elisa Benes, Bálint Náfrádi, Andonirina Rakotonarivo et Valentina Remerciements xii Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Stoevska (Organisation internationale du travail) ; Julia Black, Nuwe Blick, Frank Laczko et Elisa Mosler Vidal (Organisation internationale pour les migrations, Centre d’analyse des données migratoires mondiales) ; Aleksandar Arnikov, Poonam Dhavan, Chiaki Ito, Kit Leung, Janice Lopez, Maeva Peek, Guglielmo Schinina, Agan Sweetmavourneen, Jacqueline Weekers, Kolitha Wickramage et Alice Wimmer (Organisation internationale pour les migrations, Division Migration et santé) ; Grace Sanico Steffan (Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme) ; Jan Beise, Daniela Knoppik, Ralf Moreno, Sebastian Palmas et Danzhen You (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) ; Monica Aguayo, Miguel Castillo, Xavier Mancero, Rolando Ocampo Fernanda Reynoso, Zulma Sosa et Daniel Taccari (Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes) ; Ann Burton, Tarek Abou Chabake, Ibrahima Diallo, Sandra Harlass et Peter Ventevogel (Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés) ; Enrico Bisogno, Tejal Jesrani Haslinger, Claire Healy, Angela Me et Philipp Meissner (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime) ; Ginette Azcona, Antra Bhatt et Alembirhan Berhe (ONU-Femmes) ; Gero Carletto et Olivier Dupriez (Banque mondiale) ; S. Irudaya Rajan et Dilip Ratha (Banque mondiale, Alliance mondiale pour le savoir sur les migrations et le développement) ; Bjorn Gillsater, Harriet Mugera, Katherine Perkins et Charlotte Persson (Centre commun Banque mondiale-HCR de données sur les déplacements forcés) ; Michael Flynn (Global Detention Project, Genève, Suisse) ; Amal de Chickera, Ottoline Spearman et Laura van Waas (Institute on Statelessness and Inclusion) ; Christelle Cazabat (Observatoire des situations de déplacement interne, Genève, Suisse) ; Clara P.C. Fast (Duke University, Durham, États-Unis d’Amérique) ; et Laibah Ashfaq, Paige Chu, Andrea Cortinois, Caitlin Manderville, Ryan Y. Ruan et Andrea Sanchez Martinez (Université de Toronto, Toronto, Canada). Arbitres scientifiques extérieurs Le rapport a également été revu dans son intégralité par des experts mondiaux des différentes questions abordées : Shea Rustein (Enquêtes démographiques et de santé) ; Bernadette Nirmal Kumar (European Public Health Association/Lancet Migration) ; Thomas H. Gassert (Université de Harvard, Cambridge, États-Unis d’Amérique) ; Iffat ElBarazi, Michal Grivna et Syed Mahboob Shah (Institute of Public Health, College of Medicine and Health Sciences, United Arab Emirates University, Abu Dhabi, Émirats arabes unis) ; Anders Hjern (Institut Karolinska, Solna, Suède) ; Paul Bukuleke (Université Makarere, Kampala, Ouganda) ; Gianfranco Costanzo et Leuconoe Grazia Sisti (Institut national pour la promotion de la santé des populations migrantes et la lutte contre les maladies de la pauvreté et Centre collaborateur de l’OMS pour les données sur la santé des migrants et le renforcement des capacités, Rome, Italie) ; Cesar Infante Xibille (Institut national de santé publique, Mexique) ; Osman Dar (Royal Institute of International Affairs, Londres, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord) ; Ibrahim Abubakar et Rita Issa (University College London, xiii Londres, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord) ; Charles Agyemang (Université d’Amsterdam, Amsterdam, Pays-Bas) ; Francesco Castelli et Beatrice Formenti (Université de Brescia, Brescia, Italie) ; Steffanie Ann Strathdee (Université de Californie, San Diego, États-Unis d’Amérique) ; Indika Karunathilake (Université de Colombo, Sri Lanka) ; et Jaime Miranda (Universidad Peruana Cayetano Heredia, San Martin de Porres, Pérou). Contributions financières L’OMS remercie de leur contribution financière à l’élaboration et à la production de ce rapport l’Institut national italien pour la promotion de la santé des populations migrantes et la lutte contre les maladies de la pauvreté, le Ministère fédéral allemand de la santé, le Ministère italien de la santé, la Fédération de Russie et la Direction générale des partenariats internationaux de la Commission européenne, par l’intermédiaire du Programme de partenariat Renforcement des systèmes de santé pour la couverture sanitaire universelle. Remerciements xiv Sigles et acronymes BADEHOG Banque de données d’enquêtes auprès des ménages (Banco de Datos de Encuestas de Hogares) COVID-19 maladie à coronavirus 2019 CSU couverture sanitaire universelle DESA Département des affaires économiques et sociales de l’ONU EDS Enquête démographique et de santé ODD objectif de développement durable OIM Organisation internationale pour les migrations OMS Organisation mondiale de la Santé Treizième PGT treizième programme général de travail, 2019-2023 (OMS) 1. Introduction Dans le Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) compile des éléments clés concernant les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les réfugiés et les migrants sur le plan sanitaire tout au long de leur voyage, et révèle les graves lacunes au niveau des données et des connaissances à l’échelle mondiale. Le rapport présente également des informations sur les bonnes pratiques et des études de cas sur les mesures mises en place par les gouvernements et d’autres acteurs du monde entier, y compris les réfugiés et les migrants eux-mêmes, ainsi que sur les mesures collectives envisageables. Ces mesures visent à faire en sorte que des recherches, des politiques et des actions multisectorielles efficaces soient lancées pour améliorer la santé des réfugiés et des migrants. En plus de présenter les données et les éléments dont on dispose actuellement à l’échelle mondiale sur la santé et les migrations, le rapport indique également les possibilités et les défis actuels et à venir. 1 Une réfugiée ougandaise, instructrice diplômée de yoga, enseigne aux réfugiés et aux Kenyans du camp de réfugiés de Kakuma des méthodes alternatives pour rester en bonne santé physique et mentale. © HCR / Samuel Otieno 2 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Le rapport a été rédigé à partir de plus 82 000 documents, provenant à la fois de la littérature scientifique et de la littérature grise dans les principales langues, y compris toutes les langues officielles de l’OMS, et de l’exploration de toutes les enquêtes auprès des ménages pertinentes et disponibles, assorties d’analyses et d’examens menés par des experts mondiaux et régionaux. Ce rapport se concentre uniquement sur les réfugiés et les migrants internationaux (désignés sous l’appellation « réfugiés et migrants »). Les problèmes rencontrés sur le plan sanitaire par les migrants internes et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (qui migrent ou sont déplacées sans traverser de frontière internationale) feront l’objet de rapports ultérieurs. Le présent document de synthèse reprend les principales conclusions du rapport. Veuillez consulter le rapport complet pour une analyse détaillée des éléments disponibles. 1.1 Définitions utilisées dans le présent rapport Les professionnels, les universitaires et les organisations internationales traitant des questions de santé et de migrations, de même que les experts de la Commission de statistique de l’Organisation des Nations Unies débattent actuellement de la définition à donner au terme « migrant », notamment en ce qui concerne la prise en compte de la durée du séjour et du motif du déplacement et de la migration. Les termes et définitions les plus fréquemment utilisés dans le présent rapport sont répertoriés ci-dessous. Migrant. Personne en situation de déplacement d’un endroit à un autre, qu’elle traverse ou non une frontière internationale. Migrant international. Toute personne qui change de pays de résidence habituelle. Sauf indication contraire, les migrants dont il est question dans le présent rapport sont les migrants internationaux. Réfugié. Toute personne ayant quitté son pays d’origine qui a besoin d’une protection internationale parce qu’elle craint d’être poursuivie ou exposée à des menaces sérieuses pour sa vie, son intégrité physique ou sa liberté dans son pays d’origine en raison de persécutions, d’un conflit armé, de violences ou de troubles graves à l’ordre public. Demandeur d’asile. Personne qui demande à bénéficier d’une protection internationale. Tout demandeur d’asile n’est pas nécessairement reconnu comme réfugié à l’issue du processus, mais tout réfugié reconnu comme tel a dans un premier temps été demandeur d’asile. Travailleur migrant international. Migrant international qui est employé ou à la recherche d’un emploi dans son pays de résidence actuel, conformément à la définition de l’Organisation internationale du travail. Migrant en situation irrégulière (également migrant clandestin, sans- papiers). Personne en cours de déplacement ou en situation de déplacement ayant traversé une frontière internationale et qui n’est pas autorisée à entrer ou à séjourner dans l’État concerné en vertu de la législation de cet État et des accords internationaux auxquels cet État est partie. Pour des définitions plus complètes applicables aux réfugiés et aux migrants, voir le glossaire principal du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et le glossaire de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) (1,2). 32. Les migrations : un sujet crucial pour la santé mondiale Le nombre de migrants internationaux et de personnes déplacées de force a atteint des niveaux records au cours de la dernière décennie et continue d’augmenter. Les déplacements et les migrations sont des déterminants clés de la santé des réfugiés et des migrants, et ils ont également des conséquences pour les populations des pays situés le long des voies migratoires. De nombreuses raisons peuvent pousser les personnes à quitter leur pays : elles peuvent fuir une catastrophe naturelle, un conflit ou les changements climatiques, ou être à la recherche de perspectives économiques, d’expériences culturelles et d’éducation. Ces déplacements sont en grande partie prévisibles mais, comme le démontre l’impact de la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19), le monde peut également être pris au dépourvu. Dans la municipalité colombienne d’Arauquita, les autorités locales et leurs partenaires humanitaires ont installé des abris et apporté de l’aide aux personnes récemment arrivées du Venezuela. © OMS / OPS / Karen Gonzalez 4 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Les réfugiés et les migrants apportent beaucoup aux lieux vers lesquels ils se déplacent (3). En revanche, ils ont des besoins qui leur sont propres en matière de santé, comme le reste de la population d’un pays. S’ils sont ignorés, ces besoins peuvent coûter plus cher aux réfugiés, aux migrants et aux pays d’accueil que si ces populations avaient été prises en compte dès le départ dans les politiques et programmes nationaux (4). En plus d’influer sur la santé des réfugiés et des migrants eux-mêmes, les déplacements et les migrations peuvent également avoir des conséquences pour les populations des pays situés le long des voies migratoires. Par conséquent, la prise en charge des réfugiés et des migrants est essentielle à la santé de tous. Au-delà des points évoqués, il est difficile de généraliser, car les schémas migratoires varient considérablement en fonction des itinéraires et des méthodes de voyage, des raisons expliquant les déplacements et les migrations, et de la démographie, ce qui a un impact sur la santé. Les grandes tendances présentées ci-dessous en matière de migrations et de santé mondiale offrent un cadre permettant de tirer les principales conclusions du présent rapport. 2.1 Les déplacements et les migrations obligent à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins de santé des réfugiés et des migrants Ces 10 dernières années, le nombre de migrants dans le monde a presque doublé, avec un total de 281 millions de personnes en situation de déplacement à l’échelle mondiale en 2020 (5).1 Si certains flux sont prévisibles en raison de facteurs tels que la croissance économique et les changements démographiques, l’histoire récente a montré que les urgences sanitaires – comme la pandémie de COVID-19 – et les conflits peuvent survenir brusquement. Les systèmes de santé et de protection sociale doivent être préparés à des bouleversements soudains. Malheureusement, les déplacements sont également en augmentation ; ils peuvent et doivent être réduits par la prise de décisions rationnelles au niveau des gouvernements. L’augmentation des mouvements de population a de profondes répercussions sur les systèmes de santé de tous les pays touchés par les déplacements et les migrations, tant pour les populations migrantes que pour les populations d’accueil (Figure 1). Répondre aux besoins de santé des populations en situation de déplacement fait également partie intégrante des principes de santé publique et est conforme au droit à la santé de toutes les personnes vivant à l’intérieur des frontières d’un pays. 2.2 Les conflits et les catastrophes mettent les systèmes de santé sous pression Les services de santé de toutes les Régions de l’OMS sont mis à rude épreuve par les répercussions des conflits qui éclatent et qui reprennent, ainsi que par l’impact d’autres catastrophes. Outre les morts et les blessés parmi les civils et les combattants, les risques de maladies transmissibles et de problèmes de santé mentale ont augmenté, et les établissements de santé ont été pris pour cible ou fortement touchés 1 En mai 2022, alors que la rédaction du présent rapport était terminée, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a fait savoir que le nombre de personnes forcées de fuir les conflits, la violence, les violations des droits humains et la persécution avait dépassé la barre des 100 millions pour la première fois. Le nombre de personnes déplacées de force dans le monde se rapprochait déjà des 90 millions fin 2021, à la faveur de nouvelles vagues de violence ou de conflits prolongés dans des pays. Cependant, en mai 2022, la guerre en Ukraine avait forcé le déplacement de 8 millions de personnes à l’intérieur du pays et avait fait plus de 6 millions de réfugiés en provenance d’Ukraine depuis son déclenchement. Les migrations : un sujet crucial pour la santé mondiale 5 Figure 1. Migrants internationaux, réfugiés et demandeurs d’asile (pourcentage de la population totale), par Région de l’OMS, mi-2020 Source : Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (5). Pacifique occidental Europe Afrique Méditerranée orientale Asie du Sud-Est Amériques Migrants internationaux : 13,5 % (100 816 833) Hommes : 6,6 % (48 911 578) Femmes : 6,9 % (51 905 255) Réfugiés et demandeurs d’asile : 5,0 % (7 873 548) Âge médian de tous les migrants internationaux : 44,1 ans Migrants internationaux : 3,5 % (22 049 842) Hommes : 4,0 % (11 569 246) Femmes : 3,0 % (10 480 596) Réfugiés et demandeurs d’asile : 21,0 % (5 927 542) Âge médian de tous les migrants internationaux : 31,9 ans Migrants internationaux : 22,8 % (46 916 863) Hommes : 16,0 % (30 840 327) Femmes : 6,8 % (16 076 536) Réfugiés et demandeurs d’asile : 36,3 % (9 593 354) Âge médian de tous les migrants internationaux : 31,9 ans Migrants internationaux : 2,7 % (11 768 016) Hommes : 2,0 % (5 743 000) Femmes : 0,7 % (6 025 016) Réfugiés et demandeurs d’asile : 9,8 % (1 195 269) Âge médian de tous les migrants internationaux : 34,7 ans Migrants internationaux : 15,7 % (24 618 179) Hommes : 7,8 % (12 347 569) Femmes : 8,0 % (12 270 610) Réfugiés et demandeurs d’asile : 9,6 % (712 849) Âge médian de tous les migrants internationaux : 34,9 ans Migrants internationaux : 6,7 % (72 642 744) Hommes : 3,3 % (35 395 181) Femmes : 3,4 % (37 247 563) Réfugiés et demandeurs d’asile : 18,4 % (6 152 256) Âge médian de tous les migrants internationaux : 34,1 ans 6 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé par des pannes d’électricité et des difficultés d’approvisionnement. Plus en aval, la faim due à la perturbation des approvisionnements alimentaires fait planer le spectre de la famine et de la malnutrition. De plus, ces conflits ralentissent, voire annulent, les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Les réfugiés et les demandeurs d’asile représentent environ 12 % des migrants à l’échelle mondiale et les pays à revenu faible ou intermédiaire, qui accueillent 86 % des réfugiés dans le monde, en assument une charge disproportionnée (6). Au cours des prochaines décennies, un certain nombre d’autres tendances et phénomènes – allant de l’urbanisation à l’accélération du trafic de migrants – auront une influence sur les migrations, mais également sur les besoins en matière de santé des personnes en situation de déplacement. Des études récentes laissent entendre que l’impact des changements climatiques anthropiques peut déjà se faire sentir sur 80 % de la superficie terrestre, où habite 85 % de la population mondiale (7). Les changements climatiques peuvent agir comme un facteur direct des migrations (par exemple lorsqu’une catastrophe naturelle fait des blessés) ou comme un facteur indirect (par exemple lorsque les changements environnementaux jouent sur les maladies à transmission vectorielle). Ils peuvent également multiplier les risques en interagissant avec des facteurs culturels, sociaux, économiques et politiques, et en aggravant leurs effets. Par exemple, la rareté des ressources peut intensifier les conflits, réduire les opportunités économiques et mettre à rude épreuve les infrastructures publiques. Les réfugiés et les migrants peuvent participer à l’effort de production dans les pays qu’ils adoptent, pour autant que des politiques et des pratiques soient en place pour promouvoir leur santé. 2.3 La santé ne commence ni ne finit pas aux frontières des pays Bien que de nombreux réfugiés et migrants soient relativement en bonne santé, il y a parmi eux des enfants et des personnes âgées, des personnes handicapées et des personnes dont la santé a été fragilisée par leur voyage ou la situation dans laquelle ils vivaient dans leur pays d’origine. D’autres peuvent tomber malades dans leur pays d’accueil, avoir des enfants ou se blesser au travail. Ces besoins en matière de santé traversent les frontières, mais de nombreux pays limitent la couverture sanitaire en fonction du statut migratoire, de sorte que l'assurance-maladie et les services de santé peuvent être limités et que les dépenses de santé à la charge des réfugiés et des migrants pour les services non urgents peuvent être prohibitives. Les réfugiés et les migrants peuvent participer à l’effort de production dans les pays qu’ils adoptent, pour autant que des politiques et des pratiques soient en place pour promouvoir leur santé. Par exemple, la proportion de médecins migrants employés par les systèmes de santé dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques a augmenté ces 20 dernières années : 30 % des médecins nés à l’étranger viennent de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et 3 à 4 % de pays à revenu faible (8). En revanche, des politiques qui séparent les familles, limitent l’accès aux services médicaux ou sociaux, ou encore tolèrent ou favorisent la violence, la discrimination ou le trafic illicite, produisent de mauvais résultats en matière de santé. L’inclusion des réfugiés et des migrants dans les services de santé est conforme aux ODD, aux normes mondiales en matière de droits humains et au principe consistant à ne laisser personne de côté. 2.4 Des réponses pangouvernementales et intersectorielles sont essentielles La santé, les déplacements et les migrations ont un lien intrinsèque avec la santé dans le monde, le développement mondial et la gouvernance des migrations. Au niveau international, ces programmes mondiaux ont consacré la prise en compte des besoins des réfugiés et des migrants en tant que domaines stratégiques essentiels à la concrétisation des objectifs politiques. De nombreux cadres, accords et résolutions ont été conclus au cours de la dernière décennie, notamment deux pactes mondiaux, l’un sur les migrants (9) et l’autre sur les réfugiés (10), plusieurs résolutions de l’Assemblée mondiale de la Santé (2008, 2017, 2018) (11-13), deux consultations mondiales sur la migration et la santé (2010, 2017) (14,15) et le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (16). Ces documents constituent conjointement la base qui permet de faire progresser les politiques et de promouvoir l’action multisectorielle visant à inclure les réfugiés et les migrants dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques, à intégrer leurs besoins spécifiques, à assurer la continuité des soins dans le contexte de la couverture sanitaire universelle (CSU) pendant les différentes phases du cycle de déplacement et de migration, et à les protéger contre les mauvais traitements, la discrimination et les mauvaises conditions de vie et de travail. De même, au niveau national, des approches pangouvernementales sont nécessaires, assorties de politiques intégrant l’ensemble des secteurs concernés en consultation avec les services de santé. De telles politiques dans les pays d’origine, de transit et de destination sont susceptibles d’améliorer l’état de santé des personnes en situation de déplacement de diverses manières, en leur garantissant un logement, une alimentation, des soins médicaux, une éducation, un traitement équitable et des possibilités économiques adaptés. Cependant, des ressources importantes seront nécessaires pour appuyer la coopération technique, dynamiser l’action intersectorielle et mettre en place des bases factuelles orientant la démarche à adopter. 2.5 Le rôle de l’OMS Depuis 2019, les activités de l’OMS sont menées dans le cadre de son treizième programme général de travail, 2019-2023 (17). Le cadre du treizième programme général de travail donne la priorité aux principes directeurs qui visent à promouvoir la santé, à assurer la sécurité mondiale et à servir les personnes vulnérables. Il met à nouveau l’accent sur l’engagement à ne laisser personne de côté, notamment les réfugiés et les migrants, pris dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 (16). Le treizième programme général de travail se concentre sur les cibles du triple milliard afin de produire des effets mesurables sur la santé des populations au niveau des pays. Dans le prolongement de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, adoptée par les Nations Unies en 2016 (18) – qui reconnaissait les engagements nationaux spécifiques pris par les États Membres et les priorités et principes directeurs nécessaires pour promouvoir la santé des réfugiés et des migrants – les États Membres de l’OMS ont adopté le Plan d’action mondial pour promouvoir la santé des réfugiés et des migrants, 2019-2023 lors de la Soixante-Douzième Assemblée mondiale de la Santé en 2019 (19). 7 Les migrations : un sujet crucial pour la santé mondiale 8 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 3. Au-delà du secteur de la santé : déterminants de la santé des réfugiés et des migrants Bien qu’il soit essentiel de se pencher sur les résultats en matière de santé, il est également fondamental de se préoccuper des déterminants sous- jacents d’une mauvaise santé. Le fait que de nombreux déterminants ne relèvent pas de l’influence directe du secteur de la santé indique une ligne de conduite pratique : les ministères de la santé doivent prendre l’initiative de promulguer des approches pangouvernementales et pansociétales pour assurer la santé des réfugiés et des migrants. Les résultats en matière de santé ne peuvent être appréhendés, et encore moins améliorés, sans comprendre les contextes sous-jacents, les conditions et les déterminants favorables qui les façonnent. Agir sur ces déterminants sera souvent plus efficace et moins coûteux que de fournir des traitements et des services de santé lorsque les gens sont déjà malades. Une famille hondurienne faisant partie d’une « caravane de migrants » marche sur la route au Guatemala. © UNICEF / Daniele Volpe 9 Au-delà du secteur de la santé : déterminants de la santé des réfugiés et des migrants Les déterminants de la santé sont les mêmes pour les réfugiés et les migrants que pour le reste de l’humanité. Cependant, leur statut migratoire peut ajouter une couche de complexité qui, associée à d’autres déterminants, les rend particulièrement vulnérables et a des conséquences sur leur état de santé (Figure 2). Bien que les catégories ne soient pas fixes et se recoupent, l’OMS classe ces déterminants comme se rapportant à : • des caractéristiques et des comportements individuels – génétique, genre, comportement personnel et âge ; • l’environnement social et économique – éducation, connaissances en santé, revenu et statut social, situation professionnelle et conditions de travail, réseaux de soutien social, culture et services de santé ; et • l’environnement physique – eau potable et air pur ; lieux de travail sains ; habitations, collectivités et routes sans danger ; et alimentation et nutrition. L’expérience du déplacement et de la migration est en elle-même un déterminant de la santé, et l’étude des différentes phases des déplacements et des migrations aide à mettre en lumière les répercussions d’une telle expérience. Figure 2. Déterminants de la santé et phases des migrations Source : reproduit avec l’autorisation de l’éditeur de Dahlgren & Whitehead (20). Phase de transit Phase prémigratoire Phase d’arrivée et d’intégration Phase de retour Conditions de vie et de travail Âge, sexe et facteurs héréditaires Réseaux s ociaux et communautaires Facteur s liés au mode de vie individuel Conditions soc ioéconomiques, culture lles et environnementales générales 10 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 3.1 Caractéristiques et comportements individuels Les rôles, les normes et les comportements liés à l’âge et au genre façonnent bon nombre des défis auxquels sont confrontés les réfugiés et les migrants, à toutes les étapes de leur vie. Les menaces qui pèsent sur l’état de santé vont de la violence physique, sexuelle et émotionnelle au sein du foyer à la discrimination et aux mauvais traitements dans des secteurs professionnels en particulier. Ces facteurs jouent sur l’accès aux services de santé et sur la façon dont ces services répondent aux besoins spécifiques des réfugiés et des migrants tout au long de leur vie, notamment à un âge avancé. Par exemple, les femmes et les filles sont plus exposées à de telles menaces à différentes phases de la migration. Les femmes ont des besoins spécifiques qui nécessitent des services supplémentaires, par exemple en matière d’accouchement, d’hygiène et de sécurité physique. Ces préoccupations ne nient pas la vulnérabilité des hommes et des garçons, mais il y a moins de preuves de cette vulnérabilité, souvent parce que la stigmatisation empêche le signalement systématique des violences sexuelles et que l’accompagnement et les services au bénéfice des hommes et des garçons ne sont pas adaptés. Le vieillissement est un facteur de plus en plus important en matière de santé mondiale, et tout indique que les réfugiés et les migrants âgés sont confrontés à de plus grands risques pour la santé en fonction d’un ensemble de déterminants. Par exemple, la proportion de personnes âgées de 50 ans et plus dans les pays fragiles, dans lesquels les conflits et les catastrophes sont plus susceptibles de se produire, devrait passer de 12,3 % (219,9 millions) en 2020 à 19,2 % (586,3 millions) en 2050 (21). 3.1.1 Enfants non accompagnés ou séparés Il convient d’attirer tout particulièrement l’attention sur la tranche d’âge des enfants non accompagnés ou séparés. Ils sont particulièrement exposés aux violences physiques et sexuelles, et risquent également de développer des problèmes de santé mentale. Pendant le transit, ces enfants, en particulier les filles, rejoignent parfois des familles ou des groupes avec lesquels ils n’ont aucun lien de parenté pour se sentir protégés ; néanmoins, ces familles ou groupes sans lien de parenté peuvent se rendre coupables d’exploitation et de violence. Les facteurs contribuant au risque élevé de développer des problèmes de santé mentale comprennent la séparation forcée de l’enfant avec sa famille, le décès d’un membre de la famille proche et le manque de soutien social. Les données recueillies aux Pays-Bas indiquent que le type de structure d’accueil dans lequel résident les enfants non accompagnés ou séparés a une influence sur leur santé mentale : les enfants non accompagnés ou séparés recueillis dans des grands centres d’accueil vivaient dans un environnement de moins bonne qualité et présentaient davantage de problèmes de santé mentale que les enfants vivant dans d’autres logements, tels que de petites unités de vie ou des familles d’accueil. 3.2 Environnement social et économique Les déterminants sociaux et économiques touchent de façon disproportionnée les populations les plus vulnérables. Ce sont ces déterminants (plutôt que les maladies ou les problèmes de santé en eux-mêmes) qui expliquent la plupart des effets négatifs sur la santé que subissent les réfugiés et les migrants. Par exemple, les réfugiés et les migrants ayant un faible niveau d’éducation ont souvent de moins 11 Au-delà du secteur de la santé : déterminants de la santé des réfugiés et des migrants migratoire, qui peut également déterminer si les réfugiés et les migrants sont inclus dans les politiques et programmes nationaux ou s’ils peuvent bénéficier de l’accompagnement des organisations internationales. Une question aussi essentielle que la recherche d’eau potable peut parfois constituer un vrai défi. L’insécurité alimentaire peut également constituer un problème majeur, en particulier parmi les travailleurs migrants, qui adoptent parfois des stratégies d’adaptation néfastes, en changeant par exemple leurs habitudes alimentaires ou en sautant des repas pour envoyer de l’argent dans leur pays. Alors que le recours à la détention des immigrants se développe dans le monde entier, il existe des preuves substantielles du fait que des décès, des suicides et des cas d’automutilation se produisent dans ces structures, souvent en raison de facteurs tels que des conditions insalubres et des soins de santé limités, mais également en raison de l’incertitude quant à l’avenir. Quelque 80 pays placent en détention des enfants migrants et le nombre annuel d’enfants détenus peut atteindre 330 000, même si cela est interdit par le droit international (22). bons résultats en matière de santé physique ou mentale que ceux qui ont un niveau d’éducation plus élevé. Les déplacements et les migrations interrompent souvent l’éducation, qui peut être difficile d’accès ou entravée par des normes culturelles qui encouragent les parents à ne pas scolariser les enfants, et en particulier les filles. L’élimination de ces obstacles est dans l’intérêt des pays de transit et d’accueil, car l’éducation et les écoles répondent également à un certain nombre d’autres besoins sanitaires et sociaux, par exemple en tant que lieux où sont mis en œuvre les programmes de vaccination et où sont proposées des interventions nutritionnelles communautaires. Le revenu est un autre déterminant clé. En plus d’être un obstacle à l’accès aux services de santé, l’insécurité économique peut aggraver l’état de santé physique et mentale des réfugiés et des migrants. Par exemple, les données recueillies dans les camps de réfugiés de différentes parties du monde ont mis en évidence une corrélation entre un revenu plus faible et une prévalence plus élevée de maladies chroniques. De plus, la sécurité économique peut avoir un impact positif sur la santé ; par exemple, l’accès au marché du travail et la génération de revenus améliorent considérablement la santé mentale des réfugiés. 3.3 Environnement physique Les conditions de vie et de travail jouent souvent sur la santé des réfugiés et des migrants. Par exemple, lorsque les travailleurs migrants passent beaucoup de temps sur leur lieu de travail ou dans des dortoirs, il a été constaté que la surpopulation et une ventilation insuffisante contribuaient à la propagation des maladies transmissibles. L’accès à un logement sûr et sécurisé peut varier considérablement en fonction du statut 12 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 4. Décès, danger et très mauvais état de santé Outre les méthodes classiques employées pour faire face aux maladies, il convient également de les aborder sous l’angle des déplacements et des migrations, en tenant compte de l’intégralité du cycle migratoire – lieux d’origine, de transit, d’arrivée et de retour – et les solutions doivent être adaptées à chaque groupe cible en particulier. Partout dans le monde, les réfugiés et certains groupes de migrants, tels que les travailleurs migrants internationaux peu qualifiés, sont en moins bonne santé que les personnes vivant dans les pays d’accueil si les conditions dans lesquelles ils vivent et travaillent ne sont pas propices à la santé. Si des mesures sont prises à temps, notamment par des initiatives visant à promouvoir la santé, les maladies peuvent être prévenues ou traitées pour éviter qu’elles ne deviennent un fardeau pour les réfugiés et les migrants, ou Une travailleuse migrante venue du Myanmar se fait vacciner contre la COVID-19 à Mae Sot, en Thaïlande, en novembre 2021. La campagne de vaccination menée à la suite d’une enquête du Ministère de la santé publique visait à protéger contre la COVID-19 les travailleurs migrants de retour en Thaïlande au moment où le pays a rouvert ses frontières. © OMS / Anat Duangjan 13 Décès, danger et très mauvais état de santé pour la population qui les accueille, ce qui permet aux réfugiés et aux migrants d’offrir une contribution active à leur pays d’origine et de destination. 4.1 Décès et disparition Plus de 47 296 personnes ont perdu la vie sur les routes migratoires du monde entier entre 2014 et 2021, selon le Projet sur les migrants disparus de l’OIM. Parmi elles, 20 464 personnes ont disparu lors de traversées maritimes. Près de 8000 cas de décès ou de disparition sont dus à une cause inconnue ou mixte (23). Ces données – qui proviennent d’un large éventail de sources (par exemple les gardes-côtes et les médecins légistes, les articles de presse, les organisations non gouvernementales et les enquêtes et entretiens avec les migrants) – sont un indicateur sans appel et tragique du caractère dangereux des migrations. La plupart des personnes qui meurent ne peuvent pas être correctement identifiées, laissant leurs familles dans une incertitude perpétuelle quant à leur sort. 4.2 Pandémie de COVID-19 La COVID-19 a montré, une fois de plus, que si les réfugiés et les migrants ne sont pas inclus dans les stratégies nationales de santé publique – telles que celles qui concernent la préparation et la riposte – leur santé et la santé des communautés qui les accueillent ne peuvent pas être protégées ni favorisées. Selon les données disponibles, les réfugiés et les migrants ont été touchés de manière disproportionnée par la pandémie de COVID-19 : elle a accru la charge de morbidité qui pèse sur eux, réduit leurs revenus, eu des conséquences sur leur bien-être social et mental, et limité leur mobilité en raison des restrictions de voyage. Les secteurs critiques qui emploient généralement des réfugiés et des migrants ont subi de plein fouet les conséquences de la pandémie. Les personnes qui vivaient et travaillaient dans des espaces surpeuplés étaient particulièrement exposées. Un rapport que l’OMS a publié récemment, rédigé en collaboration avec l’Université de Gand, l’Université de Copenhague et le consortium ApartTogether, reposait sur une enquête menée auprès de 30 000 réfugiés et migrants dans le monde. Il montre que la pandémie de COVID-19 a eu des effets considérables sur l’accès au travail, la sécurité personnelle et les moyens financiers des réfugiés et des migrants, ainsi que sur leur bien-être social et mental (24). Les réfugiés et les migrants vivant dans la rue ou dans des logements ou des centres d’asile où la sécurité n’est pas garantie, ainsi que les migrants en situation irrégulière, sont ceux pour lesquels la pandémie a eu les répercussions les plus graves. Ces mêmes groupes, ainsi que les répondants sans éducation formelle, étaient également moins susceptibles de consulter un professionnel de santé en cas de symptômes évocateurs de la COVID-19. Les principales raisons pour lesquelles ces personnes n’ont pas consulté étaient les contraintes financières (35 %) et la crainte d’être expulsées (22 %). De nombreuses données montrent également que les femmes et les filles réfugiées et migrantes ont été durement éprouvées sur bien des plans, que ce soit en ce qui concerne leur santé mentale ou leur capacité à gagner leur vie. Certaines femmes et filles ont été rendues plus vulnérables au mariage d’enfants et à la traite des êtres humains en raison de la fermeture des écoles, du chômage et de l’insécurité accrue touchant les moyens de subsistance. On s’attendait en outre à ce que de nombreuses filles ne retournent pas à l’école après leur réouverture. Dans le même temps, il existe des exemples positifs de flexibilité de la part de pays qui ont tenu compte des réfugiés et des migrants, quel que soit leur statut, et qui les ont invités à faire des tests de dépistage de la COVID-19, à se faire vacciner et à se faire soigner, si nécessaire. Il y a également eu des exemples de pays dont les dirigeants ont profité de la pandémie pour élargir ou améliorer l’accès aux services de santé pour les réfugiés et les migrants, au-delà de la prise en charge de la COVID-19 (Figure 3). 14 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Figure 3. Raisons pour lesquelles les migrants et les réfugiés ne consultent pas un professionnel de santé en cas de symptômes évocateurs de la COVID-19 Source : OMS (24). 4.3 Santé au travail Les travailleurs migrants représentent près des deux tiers des 281 millions de migrants dans le monde (5). À l’échelle mondiale, par rapport aux travailleurs de la population d’accueil, les travailleurs migrants sont moins susceptibles de faire appel aux services de santé et plus susceptibles d’avoir subi un accident de travail. Dans les emplois qu’ils occupent, les travailleurs migrants sont souvent confrontés à la saleté, au danger et à l’exigence (« 3-D jobs » en anglais pour « dirty, dangerous and demanding »). Ils travaillent souvent dans des secteurs à haut risque dans lesquels le salaire est bas, les conditions sont mauvaises et leur santé physique et mentale est menacée, avec notamment de la maltraitance. Ils sont moins susceptibles de faire appel aux services de santé pour diverses raisons. Les travailleurs migrants de sexe masculin ont tendance à travailler dans des secteurs où il existe un risque élevé de blessures physiques et, par conséquent, ils sont habituellement davantage victimes d’accidents de travail. Dans certains territoires à revenu élevé, la prévalence d’au moins un accident de travail était de 47 % chez les migrants originaires de pays à revenu faible ou intermédiaire (25). 4.4 Santé sexuelle et reproductive Les réfugiés et les migrants sont souvent moins bien desservis que les habitants des pays d’accueil en matière de santé sexuelle et reproductive : selon la région et les circonstances (par exemple dans les camps ou en cas de migration irrégulière), ils peuvent être confrontés à des niveaux élevés de violence sexuelle, méconnaître la contraception et y avoir peu recours, et voir leurs besoins non satisfaits en matière de planification familiale. Des facteurs sociaux et culturels, tels que la barrière de la langue, le statut juridique et les connaissances Aucun service de santé disponible Aucun droit aux soins de santé Manque de moyens financiers Peur de l’expulsion Aucun moyen de transport Méconnaissance des endroits où il est possible de consulter un médecin/agent de santé Méconnaissance de la langue Décision de s’auto-isoler Manque de confiance envers les médecins/agents de santé Seulement si les symptômes s’aggravent Peur d’être contaminé à l’hôpital/au cabinet/dans l’établissement de santé Conviction selon laquelle le coronavirus n’est pas si grave 34,6 % 21,9 % 12,5 % 10,0 % 5,4 % 4,2 % 4,0 % 2,8 % 1,8 % 1,4 % 0,8 % 0,6 % 15 Décès, danger et très mauvais état de santé en matière de santé, peuvent mettre à mal la santé sexuelle et reproductive, tout comme le fait dans certaines régions de privilégier des méthodes contraceptives traditionnelles. 4.5 Santé de la mère et de l’enfant Les femmes réfugiées et migrantes ont habituellement moins accès aux services de santé destinés aux mères et aux enfants que les femmes de leur pays d’accueil. Cela se vérifie particulièrement en ce qui concerne l’accès aux soins prénatals, qui est influencé par des facteurs tels que le statut migratoire et le niveau d’études. Les données factuelles montrent que les femmes réfugiées et migrantes présentent un risque plus élevé d’issue négative pendant la grossesse et l’accouchement. L’accès aux soins prénatals est un enjeu clé dans plusieurs Régions. Dans la Région OMS de la Méditerranée orientale, par exemple, les femmes réfugiées et migrantes ont déclaré avoir assisté à moins de visites de soins prénatals que les femmes du pays d’accueil. Les données d’enquête recueillies auprès des réfugiés syriens au Liban ont montré que les raisons les plus évoquées pour expliquer l’absence de consultation pour des soins prénatals étaient principalement liées aux frais à payer, suivis de la conviction selon laquelle ces services n’étaient pas nécessaires (Figure 4). Incapacité à payer les frais Figure 4. Raisons les plus évoquées (%) par les réfugiés syriens au Liban pour expliquer le fait de ne pas avoir consulté les services de soins prénatals, 2015-2020 Source : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (26-31). 2015 2018 2016 2019 2017 2020 62 30 32 47 21 38 44 30 38 44 26 19 28 Conviction selon laquelle les soins prénatals ne sont pas nécessaires Longs délais d’attente Méconnaissance des structures assurant des soins prénatals 18 26 70 17 10 Absence de données 16 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 4.6 Maladies non transmissibles Comme c’est le cas pour la plupart des populations, les réfugiés et les migrants souffrent de plus en plus de maladies non transmissibles, notamment de maladies cardiovasculaires, d’hypertension, de problèmes de santé liés à la nutrition, de maladies inflammatoires et de maladies rénales, et ils sont également confrontés à la consommation de substances psychoactives et aux troubles en découlant. Il existe souvent un lien entre cette charge de morbidité et une résidence prolongée dans le pays d’accueil, en particulier dans les pays d’accueil à revenu intermédiaire et à revenu élevé. Le diagnostic du cancer intervient la plupart du temps à des stades plus avancés chez les réfugiés et les migrants, qui adoptent moins les mesures préventives ou rencontrent des difficultés d’accès. De même, le diabète et l’hypertension sont diagnostiqués plus tard chez certains réfugiés et migrants, par rapport à la population d’accueil. La Région africaine de l’OMS a la prévalence de l’hypertension la plus élevée (27 %) de toutes les Régions de l’OMS, et cela se reflète chez les migrants provenant de cette Région qui vivent dans la Région européenne (32). 4.7 Santé mentale Devenir réfugié ou migrant peut être source de stress dans différents domaines, ce qui est susceptible d’avoir un impact sur la santé mentale. Dans de nombreux pays, les cas de psychose sont plus nombreux chez certains groupes de migrants que dans la population générale (33). Les causes de stress peuvent inclure l’absence de soutien familial ou social, la discrimination, l’appartenance ethnique ou la durée du séjour dans le pays d’accueil. Selon des estimations récentes de la prévalence, l’OMS a révélé que le fardeau des troubles mentaux atteint 22,1 % dans les populations touchées par des conflits (34). Certaines populations ayant été confrontées aux conflits et aux guerres, comme les jeunes migrants et les adolescents, sont plus touchées par une mauvaise santé mentale. La prévalence de la dépression est habituellement plus élevée chez les réfugiés et les enfants non accompagnés ou séparés de leur famille ; cependant, cela dépend fortement de leurs conditions de vie et des traumatismes subis lors de leur déplacement. Les soins de santé mentale pour les réfugiés et les migrants doivent être abordés de manière globale, par un traitement, mais également par la prise en compte des déterminants de la santé, y compris du statut migratoire. 4.8 Maladies transmissibles Rien n’indique que les réfugiés et les migrants propagent des maladies dans les pays d’accueil. En revanche, ils peuvent eux-mêmes être plus susceptibles d’être contaminés en raison de facteurs de risque environnementaux liés à leurs conditions de vie et de travail. Les routes migratoires et les voies empruntées pour les déplacements exposent les populations réfugiées et migrantes à un certain nombre de maladies transmissibles pendant le transit, à l’arrivée dans les pays d’accueil, voire à chacune de ces étapes. On sait que les réfugiés et les migrants représentent une part importante des personnes vivant avec le VIH ou le sida dans certains pays dans lesquels la prévalence du virus et du syndrome est faible parmi la population d’accueil ; pourtant, des études montrent qu’une grande partie de ces réfugiés et migrants ont été infectés après leur arrivée dans le pays d’accueil, ce qui signifie que le système de santé n’a pas saisi l’occasion de prévenir la propagation de la maladie. Dans les environnements à revenu élevé, dans lesquels la prévalence de la tuberculose est faible, les réfugiés et les migrants constituent une part plus importante des personnes atteintes de tuberculose (Figure 5). Les mauvaises conditions de vie et la pauvreté en général frappent souvent de nombreuses communautés de réfugiés et de migrants ; les zones de vie surpeuplées et mal ventilées rendent les réfugiés et les migrants plus 17 Décès, danger et très mauvais état de santé vulnérables à la tuberculose. Par exemple, les données issues des camps de réfugiés en Éthiopie indiquent que l’infection à VIH a un lien avec l’échec du traitement contre la tuberculose. Une étude rétrospective comparant les résultats des traitements contre la tuberculose a révélé des taux de réussite plus faibles (74,2 %) chez les réfugiés par rapport aux populations d’accueil des communautés environnantes en Éthiopie (88,1 %) (36). En outre, les déplacements et les migrations peuvent compliquer l’accès aux traitements contre la tuberculose, entraver l’observance du traitement et contribuer à la pharmacorésistance. Dans certains territoires à revenu élevé, la tuberculose pharmacorésistante est une préoccupation émergente parmi les populations réfugiées et migrantes. Cela souligne la nécessité d’assurer la continuité des soins tout au long des voies migratoires et une fois les migrants arrivés à destination, ainsi que de remédier aux mauvaises conditions de vie et de travail afin de prévenir de nouvelles infections et de faciliter l’accès aux traitements en cas de contamination. Le paludisme est une préoccupation nouvelle dans les pays à faible transmission et où la maladie n’est pas endémique, qui sont également des pays de destination. On constate une transmission intrarégionale du paludisme dans la Région africaine et la Région des Amériques de l’OMS. Dans les camps de réfugiés en Éthiopie et en Ouganda, par exemple, la transmission du paludisme continue de toucher particulièrement les jeunes enfants, notamment ceux qui ont moins de 5 ans. Les migrants vénézuéliens en Colombie sont de plus en plus nombreux à chercher à consulter des professionnels de santé après avoir contracté le paludisme (37-39). Ces exemples mettent en lumière la nécessité de prendre des mesures de lutte contre le paludisme dans les zones de transit et de proposer des traitements dans les camps de réfugiés et dans le cadre des migrations de main- d’œuvre. De même, diverses maladies tropicales et parasitaires largement endémiques dans une ou plusieurs Régions de l’OMS (par exemple l’hépatite, la leishmaniose et la maladie de Chagas) risquent de se propager vers d’autres Régions en l’absence de diagnostic et de traitement rapides au bénéfice des populations mobiles, en particulier dans les pays de destination. Figure 5. Proportion de cas de tuberculose chez les personnes nées à l’étranger, 2020 Source : OMS (35). Premier quartile : 1 à 4 % Deuxième quartile : 4,1 à 17 % Troisième quartile : 17,1 à 57 % Quatrième quartile : 57,1 à 98 % Absence de données Sans objet 18 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé Les séances d’éducation sanitaire contribuent à promouvoir une alimentation saine et à prévenir le diabète dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie. © OMS / Tania Habjouqa 5. Arguments en faveur de systèmes de santé inclusifs Par rapport aux populations d’accueil, des obstacles supplémentaires – dépenses de santé à la charge des réfugiés et des migrants, langue, restrictions d’accès en fonction du statut migratoire et prestataires ayant besoin d’une formation pour fournir des soins adaptés – pourraient entraver l’accès des réfugiés et des migrants aux services de santé et les empêchent d’y recourir. En outre, l’absence de données collectées de manière systématique sur la santé des réfugiés et des migrants dans les systèmes nationaux d’information sanitaire rend difficile la fourniture de services basés sur les besoins. Le présent rapport se penche sur la situation des systèmes de santé dans divers pays et analyse les lacunes, les bonnes pratiques et le leadership par l’intermédiaire des six blocs constitutifs des systèmes de santé de l’OMS : la prestation de services, le personnel de santé, l’accès aux médicaments essentiels, les systèmes d’information sanitaire, le financement, ainsi que le leadership et la gouvernance. 19 Arguments en faveur de systèmes de santé inclusifs 5.1 Prestation de services La prestation de services aux populations marginalisées ou vulnérables constitue un défi ; dans le cas des réfugiés et des migrants, ils sont non seulement confrontés aux mêmes obstacles que la population locale, mais ils peuvent également rencontrer des obstacles supplémentaires liés à leur statut migratoire. Parmi les obstacles institutionnels aux soins, on peut citer par exemple l’obligation de présenter des documents officiels avant de pouvoir accéder aux services, de même que les dépenses de santé à la charge des patients. En outre, un lien a été établi entre les politiques d’immigration restrictives et les effets néfastes sur la santé des réfugiés et des migrants ; dans plusieurs Régions, la crainte de l’expulsion après avoir consulté un professionnel de santé a été reconnue comme un obstacle à l’accès aux services de santé parmi les groupes de migrants, et en particulier chez les migrants en situation irrégulière. Les données recueillies dans 84 pays entre 2018 et 2021 montrent que, dans la moitié d’entre eux, les réfugiés et les migrants ont accès à tous les services de santé financés par les pouvoirs publics aux mêmes conditions que les citoyens de ces pays, quel que soit leur statut migratoire (Figure 6). 5.2 Personnel de santé Dans de nombreux pays, le personnel de santé n’est pas suffisamment formé pour fournir des services de santé adaptés aux réfugiés et aux migrants. Le personnel de santé doit être en mesure de proposer des soins adaptés sur le plan culturel et de faire face aux problèmes de santé associés aux déplacements et aux migrations. Même dans les pays à revenu élevé, les professionnels de santé possédant les compétences nécessaires pour fournir aux réfugiés et aux migrants des soins adaptés sur le plan culturel ne sont pas assez nombreux. D’après les données disponibles, il est possible et rentable de faire en sorte que les systèmes de santé et les soignants connaissent les spécificités Figure 6. Les réfugiés et les migrants bénéficient-ils du même statut que les citoyens pour accéder aux services de santé financés par les pouvoirs publics ? Informations provenant de 84 pays, 2018-2021 % d e pa ys Source : OIM, données non publiées, 2022. Accès à tous les services, quelle que soit la situation migratoire Accès à tous les services en fonction de la situation migratoire Accès aux services de soins d’urgence seulement Aucun accès aux services de santé 50 37 8 5 60 50 40 30 20 10 0 20 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé des réfugiés et des migrants sur le plan sanitaire et en tiennent compte, ce qui serait également bénéfique pour les populations d’accueil. Des efforts visant à renforcer ces capacités, notamment en faisant participer les réfugiés et les migrants à la prestation des services de santé, sont en cours dans toutes les Régions, bien que les ressources soient souvent insuffisantes. Dans de nombreux territoires à revenu élevé, les migrants constituent une part importante du personnel de santé du pays d’accueil, ce qui met en lumière leur contribution. 5.3 Accès aux produits médicaux, aux vaccins et aux technologies Le rapport montre que les réfugiés et les migrants peuvent rencontrer des difficultés pour accéder aux médicaments, en particulier dans les camps de réfugiés. Cela s’explique souvent par des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement, les coûts, le manque de produits de diagnostic et de médicaments adéquats, et la discrimination. En conséquence, il arrive que les réfugiés et les migrants recourent à l’automédication ou utilisent des médicaments non prescrits ou des antibiotiques. Pour lutter contre ces pratiques, il faut sensibiliser aux conséquences qu’elles peuvent avoir, par exemple le développement éventuel d’une résistance aux antimicrobiens, et améliorer l’accès aux soins. Les politiques relatives à la couverture vaccinale des réfugiés et des migrants varient considérablement, et cette couverture vaccinale est parfois faible dans les populations réfugiées et migrantes. Le renforcement des activités de vaccination transfrontalières et de la surveillance des migrations saisonnières pourrait accroître l’adoption de la vaccination, tout comme l’amélioration des services de dépistage. Les services de vaccination devraient être adaptés aux comportements en matière de demande de soins et au cadre de vie des réfugiés et des migrants. 5.4 Systèmes d’information sanitaire L’une des plus grandes difficultés rencontrées lors de la rédaction de ce rapport a été de recueillir des informations précises sur la santé des réfugiés et des migrants. Cela s’explique par l’absence de données épidémiologiques collectées de manière systématique (à la fois à partir de la surveillance générale et du dépistage à l’arrivée ou aux frontières), à un manque de normalisation des données au sein des pays et des Régions, à des problèmes de comparabilité entre les données en raison de paramètres chronologiques ou géographiques au moment de leur collecte, et à l’incapacité de ventiler les données par statut migratoire. En outre, pour cerner les besoins des réfugiés et des migrants sur le plan sanitaire pendant le parcours d’accueil tout en respectant leurs droits humains et leur droit à la confidentialité, il faut des politiques de protection des données efficaces et efficientes, ainsi que des systèmes de dépistage intégrés aux systèmes d’information sanitaire en lien avec la prestation des soins de santé. 5.5 Financement Le coût est un obstacle majeur à l’accès aux soins de santé dans toutes les Régions. Les réfugiés et les migrants n’ont souvent pas les moyens de payer les frais à leur charge pour accéder aux services de santé. Même lorsqu’ils ont droit à des services de santé, ils sont souvent confrontés à des coûts cachés, par exemple pour le transport ou la traduction, qu’ils ne peuvent pas se permettre. En conséquence, ils ont tendance à dépenser globalement moins pour les services de santé que leurs populations d’accueil. Même lorsqu’il existe des services de santé gratuits ou subventionnés, tout indique que de nombreux réfugiés et migrants ne les connaissent pas. En 21 Arguments en faveur de systèmes de santé inclusifs outre, il est prouvé que le coût de l’exclusion des réfugiés et des migrants de la couverture sanitaire est plus élevé que celui de leur inclusion ; c’est un sujet qui mérite d’être approfondi. 5.6 Leadership et gouvernance Le point de départ d’un système de santé sensible aux besoins des réfugiés et des migrants est le leadership et la gouvernance. Lorsque les politiques sont inclusives et qu’il existe des structures de soutien pour la mise en œuvre et le suivi, les efforts visant à réduire les inégalités en matière de santé entre les réfugiés et les migrants donnent des résultats meilleurs et plus rapides. Par exemple, certains pays ont mis en œuvre une véritable couverture sanitaire universelle, ce qui a facilité l’inclusion des réfugiés et des migrants dans cette couverture. Pour citer un autre exemple, certains pays ont levé les restrictions à l’accès aux soins de santé afin que tous les réfugiés et migrants puissent faire des tests de dépistage de la COVID-19 et se faire vacciner. Non seulement il est rentable de faire en sorte que les systèmes de santé et les soignants connaissent les besoins des réfugiés et des migrants en matière de santé et en tiennent compte, mais cela profite également aux populations d’accueil par le renforcement des systèmes de santé dans leur ensemble. Un travailleur migrant utilise un télékiosque pour parler à un médecin depuis son dortoir à Singapour. © OMS / Juliana Tan 22 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 6. Collecte de données de meilleure qualité Il y a pénurie d’informations et de données factuelles comparables d’un pays à l’autre et au fil du temps. Les données sur les soins de santé pour les réfugiés et les migrants sont de mauvaise qualité parce qu’elles ne sont pas ventilées en fonction d’un statut migratoire clairement défini, qu’elles ne sont pas systématiquement collectées et qu’elles ne sont pas représentatives. Bien que nous ayons besoin de davantage de données, le plus important est de faire en sorte que les données recueillies soient de qualité afin de veiller à ce que personne ne soit laissé de côté. Lorsque les États membres ont adopté les ODD, ils ont réaffirmé que ces objectifs ne seraient atteints que lorsque les besoins de tous seraient satisfaits. Pour faire en sorte que les cibles soient atteintes pour tous, il est fondamental de souligner combien l’appel à recueillir des données ventilées lancé dans la cible 17.18 des ODD est important, car cela est essentiel pour mesurer les progrès. L’échéance initiale fixée à 2020 a été dépassée sans que les choses aient vraiment avancé. En réponse, l’OMS a entrepris un examen exploratoire des données d’enquêtes internationales sur la santé et les migrations, le premier du genre. L’examen devait révéler des tendances et servir de base pour faire un suivi des progrès accomplis dans la réalisation des ODD. En fait, il a mis en évidence les insuffisances des données existantes. Deux infirmières passent en revue les dossiers de patients dans la salle de travail de l’hôpital Mama Lucy Kibaki à Nairobi, au Kenya. © OMS / Khadija Farah 23 Collecte de données de meilleure qualité Les données ne permettent pas encore de mesurer avec précision les avancées vers la réalisation des cibles des ODD pour les réfugiés et les migrants. L’examen est à la fois un rappel et un signal d’alarme pour les gouvernements, pour les organisations régionales et internationales, ainsi que pour les chercheurs : des mesures pratiques doivent être prises de toute urgence si l’on entend atteindre les ODD. L’examen fait ressortir deux points : il faut recueillir plus de données, mais également des données de meilleure qualité et plus robustes qui puissent être comparées au sein des pays, entre eux et au fil du temps. Ces données devraient inclure des renseignements sur l’état de santé, le statut migratoire et les déterminants socioéconomiques et environnementaux de la santé qui prévalent. Ce n’est que lorsque ces données seront disponibles qu’il sera possible d’évaluer avec précision l’état de santé des réfugiés et des migrants (voir l’encadré). Bien que l’examen ne permette pas de dégager des données de référence robustes pour un indicateur ou une cible en particulier, il laisse entrevoir ce qui pourra être fait si des données exhaustives étaient recueillies à l’avenir de manière systématique. 6.1 Méthodologie utilisée pour l’examen L’examen exploratoire a porté sur cinq grands ensembles de données : • l’Enquête démographique et de santé (EDS) ; • l’Enquête en grappes à indicateurs multiples (MICS) ; • l’Enquête sociale européenne ; • le Programme international pour le suivi des acquis des élèves ; • la banque de données d’enquêtes auprès des ménages (ou BADEHOG, Banco de Datos de Encuestas de Hogares). Les pays et les enquêtes étaient pris en compte aux conditions suivantes : • disponibilité des données et de la documentation en anglais ; • période de référence à partir de 2015 ; • pourcentage de migrants supérieur ou égal à 1 %, le minimum pour une analyse probante. Les pays candidats ayant répondu au cycle 6 de l’enquête MICS et à la phase VII de l’EDS, et ayant publié leurs données en ligne étaient au nombre de 77. En revanche, seuls 28 d’entre eux remplissaient pleinement les critères d’inclusion, disposaient de données pouvant être ventilées par statut migratoire et par sexe et, par conséquent, pouvaient être pris en compte dans l’examen. (L’annexe du rapport complet fournit de plus amples renseignements sur la méthodologie utilisée dans le rapport et pour l’examen.) L’absence de données ventilées sur les réfugiés et les migrants fait qu’il est difficile : • de comprendre leurs besoins sur le plan sanitaire et d’y répondre ; • d’élaborer des approches inclusives en matière de santé publique à leur égard ; • de faire un suivi des progrès accomplis vers la réalisation des objectifs nationaux et mondiaux en matière de santé ; et • pour les décideurs, d’arriver à comprendre les enjeux de santé publique qui se produisent sur leur territoire et relèvent donc de leur responsabilité, et de parvenir à répondre à ces enjeux. Plus de données, mais surtout des données de meilleure qualité 24 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 6.2 Résultats de l’examen L’examen des enquêtes a peut-être fourni moins de données que prévu, mais il a permis de mettre en évidence les difficultés et la possibilité d’utiliser les enquêtes auprès des ménages pour découvrir des données sur la santé et les migrations. Aucune des difficultés soulevées par l’examen n’est insurmontable, et il est maintenant urgent de lancer un examen complet de toutes les sources de données. À l’avenir, les rapports devraient tenir compte d’une variété d’ensembles de données, ainsi que de sources de données novatrices. Lorsque cela sera fait, il sera possible d’évaluer où investir des ressources et comment progresser vers la réalisation des ODD et la mise en place de la CSU. Les principales questions soulevées par l’examen de l’enquête sont décrites dans les sections suivantes. 6.2.1 Données factuelles représentatives Les réfugiés et les migrants sont largement invisibles dans les données officielles relatives aux ODD liés à la santé, et les données dont on dispose sont encore moins nombreuses pour les populations difficiles à atteindre. Les données factuelles issues des publications examinées dans le rapport proviennent en majorité de trois des six Régions de l’OMS seulement et couvrent principalement les pays de destination à revenu élevé (Figure 7). Pourtant, les trois autres Régions accueillent une part importante des réfugiés et des migrants. Cela prouve combien il est urgent d’aider les Régions à développer leurs capacités de recherche et de production de données factuelles. Bien que les réfugiés et les demandeurs d’asile ne représentent que 12 % des personnes ayant franchi une frontière internationale, ils comptent pour près de 34 % des personnes étudiées dans les publications examinées (Figure 8) (6). Dans près d’un tiers des publications étudiées, rien ne précise le groupe de migrants sur lequel porte l’étude. En outre, dans les enquêtes, la proportion de migrants ne reflète pas toujours les proportions réelles telles qu’elles sont rapportées dans les estimations mondiales produites par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA). Les maladies transmissibles et la santé mentale étaient les problèmes de santé les plus couramment étudiés. Bien que cela ait permis de générer des données factuelles essentielles dans ces domaines, d’autres questions de santé, telles que les maladies non transmissibles et la santé sexuelle et reproductive, doivent être étudiées de la même manière. Cela permettra une analyse plus complète de la charge de morbidité pesant sur les réfugiés et les migrants. Il est essentiel que les données utilisées pour l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes soient représentatives de la population cible ; par conséquent, il est urgent de corriger les biais présents dans les publications. 6.2.2 Taille de l’échantillon Le caractère exhaustif de l’enquête est une autre des difficultés rencontrées. Ce n’est que récemment que les enquêtes ont commencé à recueillir des données portant spécifiquement sur le suivi des migrations internationales, et ces données ne sont pas collectées dans tous les pays. Lorsque les données sont collectées, il se peut que la taille de l’échantillon utilisé pour les enquêtes n’ait aucune validité statistique et ne soit pas représentative des populations réfugiées et migrantes résidant dans un pays. La validité statistique est encore plus difficile à obtenir après ventilation en fonction du statut migratoire et d’autres facteurs, tels que le handicap ou la profession. Les inconnues associées à la migration irrégulière ajoutent également un élément de difficulté pour s’assurer de l’exhaustivité des données. 6.2.3 Difficultés de définition Il est difficile dans le cadre des enquêtes mondiales d’identifier une personne comme étant migrante, car les personnes en situation de déplacement peuvent être définies différemment selon les pays et les organisations. Bien que le statut de réfugié soit clair dans la mesure où il est défini dans la Convention de Genève de 1951 (40), il n’y a pas de 25 Collecte de données de meilleure qualité Figure 7. Pourcentage de documents inclus dans l’examen, par Région de l’OMS Région africaine Région des Amériques Région de la Méditerranée orientale Région européenne Région de l’Asie du Sud-Est Région du Pacifique occidental 11 % 23 % 23 % 27 % 9 % 7 % Figure 8. Pourcentage de documents inclus dans l’examen, par groupe de migrants étudiés Réfugiés Non précisé Travailleurs migrants Plusieurs groupes de migrants Enfants et adolescents migrants Demandeurs d’asile Immigrants clandestins (sans-papiers) Étudiants internationaux 998 | 31 % 989 | 31 % 545 | 17 % 328 | 10 % 164 | 5 % 104 | 3 % 69 | 2 % 17 | 1,0 % consensus mondial sur la définition du migrant. Les définitions utilisées par l’OIM et le DESA en sont un bon exemple. La définition de l’OIM est une aide opérationnelle permettant de faire émerger les défis concernant les migrations, d’en débattre et de recueillir des informations ; la définition du DESA est statistique et vise à clarifier la collecte et l’analyse des données. Les questions utilisées par les enquêtes examinées pour identifier et définir le statut migratoire sont également très variées. 26 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé 7. Prochaines étapes Il ne fait aucun doute que le défi à relever est majeur et de nombreuses approches prometteuses ont été déterminées. Il est donc maintenant possible pour les pays, les institutions et les chercheurs de hiérarchiser les actions et les investissements nécessaires pour surveiller et améliorer la santé dans le contexte des migrations, conformément aux ODD. Le treizième programme général de travail offre un cadre pour y parvenir (16). La mise en œuvre de systèmes de santé publique inclusifs et robustes conformes au principe de la CSU permettrait d’identifier et d’appuyer rapidement les personnes ayant besoin de services de santé, avant qu’un certain nombre de problèmes s’aggravent. En attendant que ces systèmes soient mis en œuvre à grande échelle, des efforts ciblés seront nécessaires pour sauvegarder et promouvoir la santé des réfugiés et des migrants. Il est à espérer que des systèmes de santé publique inclusifs et réactifs seront mis sur pied dans un proche avenir, ce qui permettrait à la communauté mondiale de considérer les réfugiés et les migrants comme faisant partie intégrante d’une société prospère. Ainsi, nous ne parlerons plus de « santé des réfugiés et des migrants », mais de « notre santé ». 7.1 Réorienter les systèmes de santé pour un monde en mouvement : une approche stratégique La question de la santé et des migrations a été placée sur le devant de la scène par le treizième programme général de travail, qui donne la priorité aux principes directeurs que sont la promotion de la santé, la protection de la population mondiale contre les maladies et l’accent mis sur les populations les moins desservies et les plus vulnérables. Ce positionnement est conforme au Programme de développement durable à l’horizon 2030, dans le cadre duquel les pays se sont engagés à ne laisser personne de côté (16), et aux cinq grandes priorités de l’OMS (41). Pour atteindre ces priorités, deux approches clés s’imposent. 7.1.1 Intégrer les migrations aux soins de santé primaires, fondement de la CSU La CSU fait partie intégrante des cadres directeurs de l’OMS depuis plusieurs années. L’OMS vise maintenant à faciliter la mise en œuvre d’approches intégrées des systèmes de santé pour tendre vers une CSU et une sécurité sanitaire véritables, qui reposeraient sur la base des soins de santé primaires. Cette dynamique tendant à réorienter les systèmes de santé de façon radicale, en faisant des soins de santé primaires le fondement de la CSU, est essentielle et ne pourra pas s’enclencher si les réfugiés et les migrants sont exclus. Cette stratégie s’accompagne d’un basculement en faveur de la promotion de la santé et de la prévention des maladies, qui repose sur l’action sur les déterminants de la santé et les risques pour la santé ; le renforcement des systèmes et des outils nécessaires pour la préparation et la riposte aux épidémies et aux pandémies, 27 Prochaines étapes soutenu par des réformes de la gouvernance et du financement ; et l’exploitation de l’ensemble des possibilités offertes par la science, l’innovation et la recherche, les données et les technologies numériques. Le Programme santé et migrations de l’OMS est ancré dans ces éléments fondamentaux. Une telle intégration suppose de restaurer, d’élargir et de pérenniser l’accès aux services de santé essentiels, en particulier les services concernant la promotion de la santé et la prévention des maladies, et de réduire les dépenses de santé à la charge des patients. Il faut également se concentrer sur les populations les plus mal desservies et les plus vulnérables, en particulier les femmes, les enfants et les adolescents, ainsi que les réfugiés et les migrants. L’accent doit être mis sur l’accès aux vaccins, aux médicaments, aux produits de diagnostic, aux dispositifs médicaux et aux autres produits de santé. Enfin, pour ce qui est de la question essentielle des ressources humaines, des investissements s’imposent dans le personnel de santé afin qu’il bénéficie de la formation, des compétences, des outils, de l’environnement de travail et de la juste rémunération dont il a besoin pour offrir des soins sûrs, efficaces et de qualité. 7.1.2 Plan d’action mondial Les ODD et le treizième PGT de l’OMS posent le cadre global dans lequel s’inscrit le Plan d’action mondial pour promouvoir la santé des réfugiés et des migrants, 2019-2023 de l’OMS (19). L’objectif du Plan d’action mondial est de montrer que la santé est une composante essentielle de la protection et de l’assistance aux réfugiés et aux migrants, ainsi que de la bonne gouvernance des migrations. Plus précisément, il vise à améliorer la santé mondiale en se préoccupant de la santé et du bien-être des réfugiés et des migrants de manière intégrée et complète, et dans le cadre des efforts globaux visant à répondre aux besoins en matière de santé quelles que soient les circonstances. Il reconnaît qu’afin de prévenir les inégalités, les possibilités et des difficultés en matière de santé publique que génèrent les réfugiés et les migrants ne peuvent être distinguées de celles que génèrent la population hôte. Cette approche se justifie non seulement par des motivations humanitaires, mais aussi parce qu’elle est le reflet d’une pratique rationnelle de la santé publique. Dans un monde dans lequel la population est de plus en plus en mouvement, la santé des réfugiés et des migrants est désormais l’un des problèmes de santé publique les plus urgents auxquels nous sommes confrontés. Voici les mesures essentielles et urgentes sur lesquelles nous devons travailler ensemble pour le bien de la santé de tous. 7.2 Tout est possible ensemble : de la politique à la pratique et à l’action pour un avenir en bonne santé Les mesures stratégiques exposées ci-dessous visent à orienter la réflexion des gouvernements et des autres parties prenantes du monde entier, mais également à les inciter à travailler ensemble pour mettre sur pied des politiques et des interventions essentielles visant à garantir de réelles avancées dans le domaine de la santé et des migrations. 1. Élaborer des plans d’action de santé publique à court et à long terme qui incluent les réfugiés et les migrants. Les politiques relatives à la santé et aux migrations devraient s’appuyer sur des besoins de santé documentés et sur des pratiques et des normes fondées sur des données probantes. Il faut pour cela garantir la cohérence des politiques adoptées par les différents ministères responsables d’un éventail de domaines en lien avec l’état de santé des réfugiés et des migrants : le ministère de la santé, évidemment, mais aussi les ministères des finances, de la protection sociale, du travail, de l’immigration, du logement et de l’éducation. Les plans d’action à venir en 28 Rapport mondial sur la santé des réfugiés et des migrants : résumé matière de santé publique devraient prévoir des évaluations régulières pour analyser si le système de santé répond aux besoins des réfugiés et des migrants. 2. Renforcer les capacités et accroître la sensibilité des systèmes de santé pour répondre aux besoins des réfugiés et des migrants. En s’appuyant en partie sur les expériences acquises pendant la pandémie de COVID-19, l’OMS a déterminé trois composantes nécessaires à la mise en œuvre d’une approche intégrée des politiques en matière de migration et de santé publique. Il s’agit de garantir : • une protection sanitaire et un accès aux territoires et régions dans le cadre des procédures d’asile pour les personnes qui ont besoin d’une protection internationale ; • une certaine souplesse à l’égard du statut migratoire pour faire en sorte que les migrants clandestins (sans papiers) aient légalement et en toute sécurité accès aux services de santé ; et • un accès non discriminatoire aux soins de santé qui assure l’égalité d’accès aux services de santé pour tous, indépendamment du statut migratoire, de la nationalité, du genre, de l’identité de genre, de l’âge ou de l’appartenance ethnique. 3. Favoriser une meilleure compréhension de la promotion de la santé et des besoins en matière de santé des réfugiés et des migrants. Des efforts de plaidoyer et d’éducation à la santé publique sont nécessaires pour renforcer la mobilisation en faveur de la sauvegarde et de la promotion de la santé des réfugiés et des migrants, ainsi que pour assurer une large participation des réfugiés et des migrants, du grand public, des gouvernements et d’autres parties prenantes à ces activités. 4. Inclure activement les réfugiés et les migrants aux systèmes de protection sociale. Il faut investir dans la santé des réfugiés et des migrants non seulement parce qu’il s’agit d’une bonne stratégie de santé publique, mais aussi parce que la santé est un droit fondamental de tout être humain. Dans la mesure où les réfugiés et les migrants sont souvent lourdement désavantagés sur le plan social et environnemental, ils devraient être intégrés aux dispositifs de protection sociale, y compris aux programmes de sécurité sociale. 5. Renforcer les systèmes d’information sanitaire en incluant un cadre et des indicateurs de responsabilisation. Les politiques qui ne s’appuient pas sur des données factuelles sont inefficaces et il est peu judicieux de collecter ces données et des informations sans cadre directeur. Par conséquent, l’orientation stratégique de la politique applicable au domaine de la santé et des migrations doit être fondée sur un cadre de résultats et appuyée par des systèmes d’information sanitaire renforcés. 6. Promouvoir la recherche mondiale, intensifier la production de connaissances et renforcer les capacités de recherche dans le domaine de la santé et des migrations. La recherche est une priorité du Programme santé et migrations de l’OMS, et elle est essentielle pour combler les lacunes mondiales en matière de données probantes sur la santé et les migrations. Le programme collaborera avec les principales parties prenantes pour mener des recherches opérationnelles dans les domaines prioritaires déterminés, dans le but de renforcer les capacités de recherche sur la santé et les migrations aux niveaux national, régional et mondial et de veiller à ce que les données probantes générées soient exploitées pour orienter les politiques et la mise en œuvre. 29 1. UNHCR master glossary of terms [base de données en ligne]. Genève, Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, 2021 (https://www.unhcr.org/glossary/, consulté le 21 janvier 2022). 2. Glossary on migration. Genève, Organisation internationale pour les migrations, 2019 (https://publications.iom.int/system/files/ pdf/iml_34_glossary.pdf, consulté le 21 janvier 2022). 3. Comment les immigrés contribuent à l’économie des pays en développement. 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Programme Santé et migrations Organisation mondiale de la Santé 20, Avenue Appia 1211 Genève 27, Suisse Site internet : https://www.who.int/teams/health-and-migration-programme Courriel : healthmigration@who.int