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Sénégal : savoir local comme mouvement d’une minorité et d’un business non-lucratif - l’histoire de l’ARED

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Sénégal : Savoir local comme Notes CA mouvement d’une minorité et d’un business non-lucratif : L’histoire de l’ARED ’histoire e n°13 de IK Notes d’octobre 1999 et leur publication continue est L (« Sahelian Languages, Indig- enous Knowledge And Self-Man- agement, ») indiquait que financée à 75% par les produits de vente des livres-mêmes. ARED est aussi très actif en matière de formation Notes sur les Connaissances Autochtones l’alphabétisation dans les langues (CERFLA était créé pour développer africaines, présentement en pointe la vocation de formateur de dans un certain nombre de pays à l’organisation) et dans la culture du travers le continent, constitue un im- savoir local. Comment cette portant moyen pour l’expression et le organisation a-t-elle réussi, et quelles développement du savoir local. Les sont les leçons de cette expérience à ce programmes d’alphabétisation et jour qui viennent « insuffler de d’éducation non-formelle à travers l’énergie au savoir local » ? toute la région donnent de la « voix » — ne serait-ce qu’au niveau local — Le contexte culturel aux groupes et associations communautaires qui n’en avaient pas La culture peul représente la auparavant. Mais ces programmes se communauté minoritaire la plus heurtent souvent à un grand obstacle : grande au Sénégal. Près du tiers des 9 le manque de documents en langues millions d’habitants que compte le nationales pour les néo-alphabétisés. pays parle fulfulde, deuxième après le Wolof, langue nationale majoritaire du Le problème est en passe d’être pays. Majoritaires nulle part mais résolu au Sénégal pour les locuteurs prédominants dans les régions sub- du fulfulde, d’une manière riche nationales, les locuteurs du fulfulde et d’enseignements. Cet article présente autres variantes de cette langue se brièvement l’expérience de l’ARED dénombrent à plus de 25 millions à (Associés en Recherche et Education No. 38 pour le Développement) et du Novembre 2001 CERFLA (Centre d’Etudes pour la Recherche et la Formation en Les Notes CA sont des rapports périodiques sur les initiatives en matière de Langues Africaines), deux Connaissances Autochtones en Afrique organisations non-lucratives très liées subsaharienne. Elles sont publiées par le opérant dans les régions fulaphones du Centre pour la gestion de l’information et pays, et qui travaillent depuis les de la connaissance (Knowledge and Learning Center) de la Région Afrique, qui douze dernières années à soutenir représente la Banque mondiale dans le l’alphabétisation populaire dans cette cadre d’un partenariat établi avec des langue. communautés, des ONG, des institutions du développement et des organisations ARED tient actuellement une multilatérales. Les opinions exprimées dans maison d’édition qui vend entre 30 000 cet article sont celles des auteurs et ne Banque mondiale devraient pas être attribuées au Groupe de et 50 000 volumes de documents la Banque mondiale ou à ses partenaires chaque année, avec une dans le cadre de cette initiative. Une page prédominance des langues sur les CA est disponible sur l’internet aux sénégalaises. Les livres sont coordonnées suivantes : http:// principalement distribués au Sénégal, www.worldbank.org/aft/ik/default.htm 2 travers l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Cameroun zones urbaines du Sénégal, qui souhaitaient voir leurs septentrional. Les Peul sont un groupe ancien de bergers, et enfants se familiariser davantage avec leur propre culture. donc un peuple essentiellement nomade, peut-être Au cours des années suivantes, l’ARP — stimulée en d’origines égyptiennes du temps de la préhistoire, qui se sont partie par la propagation des programmes d’alphabétisation dispersés à travers les régions de savane de l’Afrique en langues africaines et en partie par la menace de centrale et occidentale, et se sont ensuite sédentarisés dans l’adoption du Wolof comme langue officielle commune pour certaines zones par le biais de la conversion religieuse et de le pays — orienta ses énergies à promouvoir des centres conquête politique. Ils ont aussi émigré vers un certain d’alphabétisation locaux en fulfulde au Sénégal même. Des nombre de pays d’Afrique et plusieurs villes d’Europe, du centaines de centres de ce genre ont été créés durant les cinq Moyen Orient et d’Asie du Sud. années qui ont suivi — des centres subventionnés par les A partir de la fin des années 1950, cette expérience de tra- structures gouvernementales ou des projets officiels de dition culturelle forte et de statut de minorité donna développement, mais aussi créés en grand nombre sur ini- naissance à une revitalisation culturelle. En 1958, un tiative des communautés locales elles-mêmes. En revanche, sénégalais locuteur du fulfulde qui vivait au Caire depuis les normes de qualité étaient typiquement d’un niveau bas ; vingt ans, publia un roman en langue fulfulde — Ndikkiri les systèmes d’écriture utilisés étaient extrêmement variés, Joom Moolo, ou « Ndikkiri le fils aîné, un Guitariste » — et la documentation de post-alphabétisation était très rare. écrit comme un exercice en souvenir de sa terre natale. Mais l’enthousiasme était réel, et l’initiative était C’était l’histoire — à relents nostalgiques, irrévérencieux et passionnément un pur produit du pays. exubérants — d’un Peul anti-héros qui abandonna foyer et En vue de remédier aux faiblesses perçues de la domicile pour embrasser successivement des carrières campagne, un groupe d’auteurs fulfulde créa en 1989 un d’artiste, de pasteur religieux et finalement de leader Groupe d’initiative pour la Promotion des livres en Langue charismatique, poursuivi de façon incessante par les Nationale (GIPLLN), afin de tirer ensemble les textes autorités politiques, mais triomphant et restauré au bout du existants et faciliter leur distribution aux centres compte dans sa culture et sa famille. L ’auteur choisit d’alphabétisation. Le réflexe était louable, mais l’initiative d’écrire dans une transcription latine de la langue plutôt que s’était avérée plus ambitieuse qu’un groupe d’auteurs l’« ajami » habituel ou transcription basée sur l’arabe, déjà pouvait gérer tout seul. Par conséquent, les activités ont été en usage restreint depuis plusieurs années parmi l’élite transférées l’année suivante à une nouvelle association non- religieux. lucrative immatriculée aux Etats-Unis, l’ARED. Les Bien que truffé d’erreurs typographiques que les membres du GIPLLN composaient l’essentiel du Conseil correcteurs de manuscrits égyptiens n’avaient d’Administration, mais des sénégalais techniquement manifestement pas pu détecter, le livre acquit formés et une chercheuse américaine mariée à un locuteur progressivement un culte de lecture à travers la diaspora du fulfulde ont été intégrés comme personnel de l’organe peul. Un premier lecteur, qui plus tard devint un éditeur de exécutif de l’association. L’ARED entreprit de reproduire en documents en langue fulfulde, décrit l’effet que le livre eut langue fulfulde le stock de textes disponibles et d’en sur lui. Il se retrouvait hors de sa résidence en train de développer d’autres, essentiellement comme une prestation dévorer le roman à 3 heures du matin, pour ne pas déranger au service des nouveaux centres d’alphabétisation. le sommeil de ses voisins de chambre. Je pouvais m’asseoir sur le trottoir en train de lire Ndikkiri. A Un succès inattendu chaque page, je pouvais à peine m’empêcher de rire à haute L’entreprise réussit bien au-delà des attentes de ses voix, assis seul dans la rue. Le lendemain, j’amusais mes amis promoteurs. La combinaison des cours d’alphabétisation, avec des histoires de Ndikkiri pendant que nous prenions le avec une communauté de diaspora de plus en plus thé ensemble. A la fin, tous mes amis qui étaient alphabétisés consciente, et l’accroissement du nombre d’ONG en fulfulde étaient impatients de lire le livre… impliquées dans le développement de meilleurs canaux de dissémination et de contact avec les populations peul, La naissance d’un mouvement offrirent « un marché » de plus en plus étendu, même s’il était modeste au départ, pour de telles publications. Le Ce genre d’enthousiasme contribua à donner naissance à nombre de volumes vendus annuellement augmenta de 6 un mouvement d’alphabétisation en fulfulde et de 000 en 1988 à 41 000 en 2000, et celui des titres publiés partit renouveau culturel parmi ceux vivant au Proche Orient. De d’une petite poignée à plus de 150. Un total de 95% des là, l’initiative s’étendit jusqu’en France, et en 1982 rentra à ventes venait des clients au Sénégal. Les prix étaient fixés la maison au Sénégal sous la forme de l’Association pour la de manière à couvrir les coûts de production et assurer une Renaissance du Poular (ARP), une organisation regroupant marge bénéficiaire potentielle de 25% aux revendeurs. des locuteurs du fulfulde d’outre-mer et ceux vivant dans les 3 Les « revendeurs » en fait n’incluent aucune des grandes sion en fulfulde de L’Aventure Ambiguë, l’œuvre de renommé librairies du pays, qui ne s’occupaient pas — et ne du romancier sénégalais Cheikh Amadou Kane, traduite s’occupent toujours pas — de documentation en langue sous sa propre direction. Ce qui est intéressant, c’est que africaine. ARED compte plutôt sur de petits commerçants et dans tous les deux cas cités, le personnel de l’ARED et les entrepreneurs qui voient l’intérêt de leurs textes pour les revendeurs ont des témoignages de lecteurs parmi la popula- lecteurs locaux et achètent quelques douzaines pour tion de fonctionnaires et d’étudiants qui admettent n’avoir revendre. Leur histoire favorite à cet égard parle d’un jeune jamais totalement compris le sujet jusqu’à voir la version homme qui marcha de Kayes (dans le Mali voisin) à Dakar, fulfulde. la capitale du Sénégal, derrière un grand troupeau de bœufs. La dernière source mais non la moindre, sauf Il vendit son bétail sur le marché urbain et arriva à l’ARED numériquement parlant, concerne des manuscrits non avec une partie de son butin : plus d’un million de FCFA sollicités soumis par des auteurs isolés. De telles (soit $ 1 500 E.U.). L ’argent était déjà prévu pour acheter soumissions ont été très rares jusqu’à une époque récente, des publications en langue fulfulde afin de les revendre dans en partie parce que l’ARED n’avait pas arrêté des normes la région de Kayes, des volumes commandés à l’avance par claires de contrat et de rémunération pour des auteurs des commerçants locaux là-bas. Le jeune homme emporta isolés. Ces problèmes sont à présent réglés, toutefois : les une petite bibliothèque à la gare du train, confiant de auteurs de publications reçoivent 10% des produits de vente réaliser un bon bénéfice de retour à la maison. de leurs livres en deux versements. En outre, l’organisation a décidé à sa toute dernière assemblée générale Une riche palette de publications d’encourager systématiquement les soumissions d’auteurs isolés afin de promouvoir une large base locale de publica- Jusqu’en fin 2000, ARED et son prédécesseur, le GIPLLN, tions pour cette catégorie d’auteurs ; et le nombre total de avaient disséminé 350 000 exemplaires de leurs publica- tels travaux écrits qui ont paru s’élève maintenant à six. tions, représentant 168 titres différents, dont 85 écrits ou traduits en langue fulfulde, et le reste dans d’autres langues sénégalaises, y compris le français. Cette masse de docu- Les politiques fiscales mentation peut être subdivisée de deux manières ARED ne distribue pas gratuitement ses livres, mais essaie informatives au moins – par sujet et par source. Les publica- plutôt de fixer les prix à un niveau qui couvre les coûts de tions couvrent les sujets clés suivants : production plus une commission pour les potentiels • des manuels d’alphabétisation et de calcul (sept titres publiés revendeurs, tout en restant à la portée des bourses en 2000, dont deux sont nouveaux) ; sénégalaises. La plupart des titres coûtent actuellement l’équivalent de $1,50 E.U. Certains sont subventionnés par • des romans, contes et autre littérature créative (un nouveau des donateurs extérieurs, comme les ONG désirant utiliser titre l’année dernière) ; des manuels d’alphabétisation ou commander des docu- • des informations sur le développement et la société civile (six ments traitant de thèmes de développement, ou des institu- titres publiés en 2000, dont deux sont nouveaux) ; tions bilatérales souhaitant produire des documents d’extension pour des projets qu’elles financent. D’autres • des traités sur le savoir local et des pratiques traditionnelles ou sont assurés par les « fonds d’investissement » propres de religieuses (trois titres, dont deux sont nouveaux) ; et l’ARED, ou les économies qu’ils ont réalisées à partir de • des textes instructifs sur le management et le renforcement des leurs efforts multiples de formation et de publication durant capacités (une nouvelle publication). des années. Au total, ARED couvre actuellement 75% du coût de ses publications à travers la vente des livres et les autres 25% par le biais des subventions et de ses propres Quatre sources différentes ont été utilisées pour les docu- fonds d’investissement, faisant de lui à quelque chose près, ments écrits. La première c’est les textes — surtout créatifs la source de publications en langue africaine dans l’Afrique ou religieux — dont les auteurs sont les membres de l’Ouest francophone qui s’autofinance. fondateurs du GIPLLN et de l’ARED eux-mêmes. En seconde position viennent les documents développés et Durant les dernières années de cette décennie, les écrits par le personnel de l’ARED, principalement sa série revenus de l’organisation étaient énormément renforcés par de manuels d’alphabétisation de base. La troisième deux clients. Le premier, c’était l’aide étrangère en soutien catégorie comprend les nouveaux livres développés par le aux programmes d’alphabétisation gouvernementaux et qui personnel de l’ARED, ou des publications existantes — sous le faire faire sénégalais ou stratégie de traduites en langue sénégalaise par celui-ci, à la demande décentralisation — finançait une multitude d’ONG pour d’un donateur extérieur. Des publications de cette nature développer leurs propres initiatives d’alphabétisation locale incluent tout, des manuels d’extension agricole à une ver- et les autorisait à acheter des manuels et des textes 4 d’entreprises de publication comme ARED, qui avait • Une capacité à déchiffrer les indications de temps et à dis- développé des documents certifiés efficaces. Au sujet du vol- cerner des « créneaux » de développement pour des publi- ume de ces commandes, par exemple, le nombre de livres cations en langue nationale africaine et le développement d’alphabétisation de base en fulfulde vendus surgit de moins de l’alphabétisation a été également essentielle. Beaucoup de 9 000 en 1995 à plus de 40 000 exemplaires. La seconde dans l’esprit actuel de la décentralisation, du source était le soutien inestimable de l’organisme mondial renforcement local et de renouveau culturel fait bien de secours d’urgence Lutheran World Relief (LWR) au marcher la formule, mais un peu d’esprit d’entreprenariat cours de la moitié de la décennie, pour à la fois former les et de finesse est requis pour capitaliser là-dessus. associations locales, et développer et publier une variété de • Un bon appui institutionnel en comptabilité et une bonne documents. Au total, 47 de ces publications étaient financées gestion se sont avérés aussi déterminants. ARED entièrement ou partiellement par LWR. Mais son soutien bénéficie ici d’un système et d’une piste d’enregistrement s’était nettement réduit à partir de 1998, dû à des problèmes pour la gestion des ressources, et de son statut que cet organisme rencontrait dans sa propre collecte de d’association immatriculée aussi bien aux Etats-Unis fonds. ARED était obligé de réduire la taille de son person- qu’au Sénégal. nel, consolider ses activités, et concentrer ses efforts dans des domaines d’intérêt susceptibles de créer de nouveaux • Ironiquement, peut-être, les aspects de la révolution de business. L ’effort a apparemment payé. En 2000, ARED l’information ont simplifié et soutenu le travail de publica- produisait 12 nouveaux titres et CERFLA assurait 26 tion en langues africaines. Des ordinateurs sont à même nouvelles sessions de formation, pendant que le nombre to- d’identifier les origines spécialisées des sonorités tal de livres vendus rebondissait de moins de 23 000 dans spécifiques d’une langue qui causaient de sérieux ob- l’année qui a suivi la réduction de ses souscriptions clés, à stacles à l’âge de la machine à taper, des maisons d’édition 41 000 exemplaires. modernes rendent relativement aisées la conception et la production de documents locaux, et le courrier électronique resserre les liens entre partenaires éloignés. Les leçons apprises Quelles leçons retenir de l’expérience ARED ? Tout d’abord, l’histoire d’ARED indique clairement — au moins dans les situations auxquelles l’association a eu à faire face Reconnaître qu’une ressource est en voie de disparition au Sénégal au cours des deux dernières décennies — qu’il A ces facteurs on devrait ajouter le statut de minorité tout est possible de développer un business non-lucratif et une comme la résistance particulière de la communauté peul, entreprise de publication dévolus à l’alphabétisation en qui ont conféré à cette tentative une certaine aura de « cause langue africaine et à la dissémination du savoir local. Il y a sacrée ». Rien ne cadre aussi bien les valeurs du savoir lo- des formules maniables qui reposent essentiellement sur cal et la volonté de se perpétuer, nous semble-t-il, qu’une des ventes locales et services payants (bien qu’en partie prise de conscience généralisée qu’il s’agit d’une ressource assurés à travers le réseau des ONG et fonds d’aide), sans en voie de disparition. une grosse souscription des institutions donatrices. ARED a survécu pendant cette transition et s’est organisé pour con- tinuer de croître. Plusieurs facteurs non-financiers ont pourtant joué un rôle crucial dans la réussite de l’association : • ARED et CERFLA sont tout aussi bien un « mouvement » qu’un business non-lucratif. Les contribu- tions d’un certain nombre de meneurs politiques au sein même de la communauté fulaphone, à la fois dans la diaspora et localement au Sénégal, ont été déterminantes dans la maturation et la croissance de ces associations. Cet article a été rédigé par Dr Peter Easton de l’Université de l’Etat de Floride, et Dr Sonja Fagerberg-Diallo de l’ARED. Pour de plus amples informations, bien vouloir contacter l’ARED à la Villa 8253, Sacré Cœur 1, Dakar, Sénégal, tél. : (221) 825-7119, ou 824-5098, fax : (221) 824-7097, ou par courrier électronique à ared@enda.sn .

Основные сведения
Тип документа Brief
Дата принятия
Страна Сенегал
Источник Всемирный банк