PROGRAMME AFRICAIN DE LUTTE CONTRE L'ONCHOCERCOSE (APoC) PANORAMA DE LA SITUATION DES PROJETS D'ELIMINATION DU VECTEUR I For Acri;a To: CE-ÿ 3lm -lr Pfu C; fo'u For lnformolion Tor3rÀ C yC^J csÀ C-§P8fo RECU 2 3 trtARs 2002 ÂPOC/DlË Mai 2002 6LL 2.3 0 ). O)- ADDENDUM Le présent document sera accompagné de : a) Iconographie b) Tableaux c) Figures Ces éléments sont en cours de sélection. j RECU 2 3 uaRs znnz APOC/DIR 2PLAN 1. INTRODUGTION 3 2. NOTES SUR L'ONGHOCERGOSE EN AFRIQUE CENTRALE ET DE L'EST : VEGTEURS-MALADIE-LUTTE ...............4 3. CRITERES DE SELEGTION DES FOYERS 6 1. Présentation du foyer. 2. Nature des travaux 3. Résultats acquis 4. Situation du TIDC dans le foyer de Tukuyu...... 5. Budget des activités « Elimination du vecteur » 6. Discussions-Commentaires .......... 7. Conclusions-Suggestions............. 4.2. FOYER DE BIOKO ...................18 4.2.1. Nature des travaux................. .................18 4.2.2. Résultats acquis ...................19 4.2.3. Situation TIDC dans le Foyer.......... ......24 4.2.4. Bodget des Actrvités « Elimination du Vecteur » ................ .........24 4.2.5. Discusslons - Commentaires........... .......24 4.2.6. Conclusions-Suggeshons .......................21 4.3. FOYER DE ITWARA ...............2s 4.3.1. Présentation du foyer..... ......29 4.3.2. Nature des travaux................. .................30 4.3.3. Résultats acqurs ...................30 4.3.4. Situation TIDC dans le Foyer.......... .......33 4.3.5. Budget des Activrtés d'élimination du vecteur........ ......................33 4.3.6. Drscussions-Commentaires... .................33 4.3.7 Conclusions - Suggestions ......................34 4 4 4 4 4 4 4 ...6 ...7 ...8 .13 .t4 .14 .16 j -t J.t 1. INTRODUCTION L'onchocercose, filariose dermique due au développement dans le tissu sous-cutané de I'homme d'un nématode dénommé Onchocerca Volvulus, pose toujours un grave problème de santé publique dans une grande partie de I'Afrique tropicale. Ainsi, en 1996, cette endémie touchait17,5 millions de personnes dont 15 millions (85 %) vivaient dans les pays situés en dehors de I'aire du Programme de Lutte contre I'Onchocercose en Afrique de I'Ouest (de son sigle anglais OCP). Le Programme Africain de Lutte contre I'Onchocercose (APOC) a donc été conçu pour combattre cette importante parasitose dans les zones non incluses dans l'aire de IocP. L'objectif général de la lutte contre I'onchocercose est habituellement de parvenir à maîtriser durablement I'endémie. Mais I'objectif ultime fixé à APOC est l'élimination de cette maladie en tant qu'important problème de santé publique et obstacle au développement socio-économique dans toute I'Afrique; La stratégie adoptée est la distribution sous D i rectives Communautai res de I' lvermectine (Tl DC). Toutefois, depuis le lancement des opérations du Programme APOC, des projets d'élimination du vecteur sont venus en appui au TIDC dans certains pays. Approuvés par le Comité des Agences Parrainantes (CAP) et ratifiés par le Forum d'Action Commune (FAC), ces projets sont en cours en Ouganda (foyers d'ltwara et de Mpamba-Nkusi), en Tanzanie (foyer de Tukuyu) et en Guinée Equatoriale (foyer de Bioko). La stratégie de lutte retenue dans tous ces foyers est le traitement larvicide au sol. L'objectif visé est d'éliminer le vecteur et en conséquence la maladie en utilisant des méthodes respectueuses de l'environnement. Le Programme APOC s'est engagé dans ces activités d'élimination du vecteur sur la base d'éléments tels que la taille et le degré d'isolement des foyers, les données de base disponibles et le coût des campagnes. Par ailleurs, il est admis que ce type de lutte présente plusieurs avantages : interruption immédiate de la transmission, pas de conséquences pour I'environnement, I'effet de la lutte est en principe définitif. Au départ, il était donc entendu que l'élimination du vecteur dans les foyers devrait être complète, définitive et rapide. L'acceptation et le financement par le Programme APOC des différents projets d'élimination du vecteurse sont étalés de 1996 à 1998. A ce jour, au minimum trois ans se sont écoulés et il importe de savoir où en sont ces projets. La présente synthèse tente donc de faire le point sur l'état d'avancement des travaux effectués depuis le démarrage des activités dans chacun des foyers. 42. NOTES SUR L'ONCHOCERCOSE EN AFRIQUE CENTRALE ET DE L,EST : VECTEURS.MALADIE.LUTTE. Les conséquences désastreuses des manifestations oculaires de I'onchocercose sont bien connues. En revanche, dans un passé récent, les souffrances provoquées par les lésions cutanées dues à l'onchocercose et les intolérantes démangeaisons qui les accompagnent étaient inconnues. Or, il est établi aujourd'hui que I'onchodermite représente un fardeau important et que ses manifestations entraînent de graves répercussions psychologiques non seulement sur les malades, mais aussi sur leurs familles et les communautés. Par ailleurs, les démangeaisons sont les effets les plus pénibles de l'onchodermite; or il arrive que dans certaines communautés, 80 o/o de la population souffrent de cette affection. En Afrique, les vecteurs connus de I'onchocercose appartiennent au complexe S. damnosum, au groupe S. neavei et au groupe S. albivirgulatum. Dans le cas particulier de l'Afrique Centrale et de I'Est nous pouvons retenir : les vecteurs du complexe S. damnosum ont tendance à se confiner dans de petites poches qu'entourent soit des populations de simulies non anthropophiles, soit des écosystèmes qui ne leur conviennent pas. Les espèces deviennent alors sédentaires et les tendances aux migrations ne se rencontrent guère chez ces simulies. Comme elles se reproduisent en général dans de grands cours d'eau, leurs gîtes sont relativement accessibles pour l'épandage des larvicides. Des opérations ponctuelles de lutte antivectorielle devraient donc pouvoir être exécutées dans ces foyers avec un bon rapport coûUefficacité. Dans plusieurs foyers, le vecteur est S. neavei, groupe d'espèces qui requiert la présence de crabes d'eau douce que les stades préimaginaux utilisent comme support. De ce fait, la population de S. neavei n'atteint généralement pas les fortes densités observées chez S. damnosum. En outre, les données bibliographiques indiquent que ce groupe d'espèces a de la difficulté à reconstituer ses populations lorsqu'elles ont été fortement réduites. Jusqu'en 1987, la lutte contre I'onchocercose reposait exclusivement sur la lutte contre le vecteur; cette dernière continue d'être I'arme de choc. Toutefois, avec I'avènement de l'ivermectine, on dispose d'un nouvel outil qui a radicalement modifié les stratégies de lutte. Ces dernières sont en grande partie déterminées d'une part, par la localisation géographique des pathologies et d'autre part, par I'existence, I'efficacité et le coût des outils d'intervention qui sont : I'ivermectine : qui est un microfilaricide administré à I'homme par voie orale, la lutte antivectorielle : grâce à des épandages d'insecticides, elle permet de rompre la chaîne de la transmission par destruction du vecteur à son stade le plus vulnérable, c'est-à-dire au stade larvaire. La périodicité des traitements est fonction de la durée du développement des stades préimaginaux et notamment le temps qui sépare l'éclosion des larves et leur passage au stade nymphe. Dans I'aire de I'OCP, la lutte contre la maladie a été essentiellement basée sur la lutte contre les vecteurs. Dans I'aire de I'APOC, cette stratégie s'avère souvent techniquement impossible ou peu rentable. C'est pour cette raison que la méthode principale ,- 5utilisée par APOC est la distribution à base communautaire de I'ivermectine. Toutefois, dans quelques foyers isolés, la chimiothérapie devrait être complétée par une élimination des vecteurs. En Afrique de l'Ouest, on ne connaît pas de cas d'élimination des vecteurs de l'onchocercose car les simulies du complexe S. damnosum se déplacent sur de longues distances. Par contre, en Afrique de I'Est, le recours à des traitements au sol des gîtes larvaires a permis d'éliminer les vecteurs de I'onchocercose dans six petits foyers répertoriés au Kenya, en République Démocratique du Congo et en Ouganda. Ce succès indiquequ'une opération d'élimination des vecteurs pourrait être entreprise dans tout foyer présentant des caractéristiques similaires à ceux de ces six foyers. L'expérience a montré que des opérations de lutte à échelle réduite, qui ne couvrent pas convenablement tout le foyer, peuvent néanmoins avoir des effets sensibles sur les vecteurs du groupe S. neavei si elle se poursuivent sur plusieurs mois ou si elles sont effectuées par intermittence sur des cycles de 6 à 8 semaines. Dans ces foyers à S. neavei, l'élimination est la solution au problème de I'onchocercose. Cette dernière est d'autant avantageuse que : - les risques de résistance et d'endommager I'environnement sont faibles ; - les coûts des insecticides sont réduits car la lutte est intermittente. Le fait d'utiliser régulièrement des insecticides fait courir des risques potentiels à I'environnement aquatique. En raison de ce risque, la plus grande attention doit être accordée aux protocoles de surveillance du milieu aquatique et au choix du larvicide. Ce choix est lié au produit (rapport coûVefficacité, toxicité pour la faune non cible, caractéristiques de la formulation), au cours d'eau (régime hydrologique, caractéristiques du gîte) et à la population simulidienne en présence (niveau de sensibilité au produit préconisé). Quel que soit I'insecticide utilisé, les concentrations doivent impérativement avoir un effet létal de 100 % sur les populations larvaires de simulies par la vague insecticide et un effet négligeable sinon nul sur la faune non cible. Dans les traitements au sol, différents travaux ont montré de très bonnes performances du Temephos en concentré émulsifiable à 20 % de matière active. C'est un organophosphoré biodégradable, sans effets toxiques sur les mammifères et les poissons. Son impact sur la faune non cible est modéré. Par ailleurs, I'expérience de I'OCP permet de retenir que le Bacillus thuringiensis H14 (Bt) pourrait également être utilisé. Ce produit est un insecticide d'origine biologique. ll est à noter qu'une erreur d'appréciation dans les quantités d'insecticides à épandre peut avoir de multiples répercussions sur un programme de lutte antivectorielle. En cas de surdosage, le surplus de consommation en insecticides a des conséquences financières et/ou écologiques importantes si le produit utilisé est coûteux ou relativement toxique. A I'inverse, les sous dosages peuvent d'une part, favoriser I'apparition de populations simulidiennes résistantes et d'autre part, provoquer une remontée des taux de piqûres et donc de la transmission. C'est pourquoi un réseau de surveillance hydrobiologique doit être mis en place, au début du Programme, sur I'ensemble des rivières traitées. Les résultats des traitements insecticides sur les populations des vecteurs et la transmission du parasite sont appréciés grâce à l'évaluation entomologique. Elle débute avant les opérations de lutte par I'inventaire exhaustif des gîtes larvaires et le recueil des données de base sur l'identité des espèces du complexe, les taux de piqûres et les potentiels de transmission. Pendant les opérations, la surveillance entomologique permet de déceler une production locale importante de simulies due à des défaillances de traitement ou à des résistances et de détecter un apport exogène de vecteurs. Les traitements peuvent .t 6alors être allégés, voire supprimés dans les régions où il n'y a pas de simulies. L'évaluation entomologique, en permettant de vérifier I'efficacité des traitements au niveau des stades préimaginaux (prospection des rivières) et imaginaux (capture, identification, dissection des femelles) constitue la clef de voûte des opérations de lutte. Les données recueillies lors de l'évaluation entomologique permettent d'établir les indices entomologiques de transmission que sont le Taux Annuel de Piqûres (TAP) et le Potentiel Annuel de Transmission (PAT). lls quantifient respectivement I'agression simulidienne et la transmission du parasite pour un sujet placé en un point précis, choisi parce qu'il est représentatif de la situation la plus dangereuse qui prévaut dans la région. Le TAP et le PAT sont de bons indicateurs comparatifs de la situation entomologique; ils constituent habituellement les bases de l'évaluation des résultats de la lutte antivectorielle. 3. CRITERES DE SELECTION DES FOYERS L'élimination du vecteur ne peut être entreprise que dans un foyer répondant à un certain nombre de critères : Le foyer doit être isolé (à I'abri notamment de la réinvasion par des simulies exogènes). Le vecteur doit être identifié afin d'adapter la lutte à I'espèce. L'activité d'élimination du vecteur doit être facile à gérer et garantir une rentabilité rapide des investissements pour une augmentation de la productivité et une réduction du besoin de TIDC à long terme. 4. PANORAMA DE LA SITUATION DANS LES FOYERS 4.1. FOYER DE TUKUYU Les données bibliographiques sur l'onchocercose dans le foyer de Tukuyu sont relativement abondantes: FISHER (1932), HAWKING (1940), Anonyme (1976, 1977), LE BERRE (1979), WALSH et al (1981), PEDERSON et I\4AEGGA (1985), WALSH et al (1985), PEDERSON et KOLSTROP (1986), MAEGGA (1992), MAEGGA et CUPP (1993,1994), WALSH et MAEGGA (1996). Les auteurs se sont particulièrement intéressés aux volets entomologiques, épidémiologiques, cytotaxonomique et lutte contre les vecteurs par des insecticides. Ces différents travaux permettent de caractériser ce foyer. 4.1.1. Présentation du foyer Le foyer de Tukuyu, situé à la frontière entre la Tanzanie et le ftlalawi, couvre une superficie d'environ 3000 km2. La région considérée s'étend entre 9"05'- 9'45'de longitude Ouest et 33"20 - 34'24' de latitude Ouest ; elle va du lac Nyasa (sud) aux montagnes volcaniques situées au nord et concerne deux districts (Rungwe, Kyela) de deux régions administratives (trlbeya region, lringa region). Le foyer ainsi délimité a été déclaré isolé, car circonscrit par les barrières naturelles que sont le lac Nyasa et les montagnes environnantes (Livingstone, Rungwe, Umalila, Undali, IMporoto). t- 1-t Le climat de la région est caractérisé par une saison sèche (uin - octobre) et une saison des pluies (novembre - mai). Toutefois, les pluies s'étalent sur toute I'année et le maximum de précipitations s'observe en mars, avril et mai. L'on enregistre régulièrement en certains points jusqu'à 2000 mm de pluies par an. La température est relativement froide au sommet des montagnes (moyenne 6"C). Par contre dans les plaines, il fait chaud et humide toute I'année. Cette situation est en rapport avec la présence des montagnes qui annulent I'influence des éventuels vents saisonniers. Le foyer de Tukuyu est drainé par trois bassins fluviaux dont les cours d'eau principaux sont la Kiwira, la Mbaka et le Lufilyo. lls prennent leurs sources en altitude (2400- 2800 m) sur le Mont Rungwe. Puis, ils descendent vers la plaine en dévalant les pentes de la montagne, d'où la création de rapides et partant de conditions favorables (notamment en saison sèche) à I'installation de stades préimaginaux de S. damnosum s. /. Sur leurs parcours, la Kiwira et le Lufilyo reçoivent quelques affluents (Luswisi, Mwabisi, Rumakali) en provenance d'autres montagnes (Mporoto, Undali, Kipengere, Livingstone). Songwe, situé à l'ouest et en dehors du foyer est un cours d'eau frontalier avec le Malawi. La végétation varie de la savane arborée à la forêt dense, en passant par la forêt dégradée. Cette dernière couvre la plus grande partie du foyer de Tukuyu. Par contre, les deux premiers types de végétation tapissent uniquement les pentes et les sommets des montagnes. La population de la zone d'étude est répartie dans les districts de Kyela et Rungwe qui regroupent la plus forte population humaine du foyer (environ 69 habitants/km2). Dans leur immense majorité, les gens sont impliqués dans l'agriculture intense qui est menée sur les fertiles sols volcaniques. La forêt a été en partie entamée au profit d'immenses plantations agroindustrielles (thé, café, cacao, banane, riz, canne à sucre), de cultures maraîchères et fruitières (tomates, mangues, avocats, oranges). La pêche le long des cours d'eau et sur le lac Nyasa, est pratiquée par une partie de la population. Les travaux d'identification de PEDERSON et MAEGGA (1985) et de MAEGGA et CUPP (1993, 1994) indiquent que les simulies impliquées dans la transmission dans le foyer de Tukuyu appartiennent au complexe S. damnosum. ll s'agit plus précisément de S. damnosum forme Kiwira. Les autres simulies capturées par I'homme dans la zone sont S. Nyasalandicum et S. bovls. La prévalence la plus élevée (62.8 %) de l'onchocercose a été enregistré à Kilugu, village situé à 760 m d'altitude sur le Lufilyo. Les populations humaines installées en amont ou en aval de Kulugu présentent des taux de prévalence plus faibles (20 à 51 %). Dans toute la zone, les lésions dermatologiques sont sévères et constituent le véritable problème de l'onchocercose. En relation avec la prévalence, la zone est couverte par un programme de distribution d'ivermectine depuis juillet'1 994. 4.1.2. Nature des travaux De nombreuses enquêtes ponctuelles ont été effectuées dans le foyer de Tukuyu avant le démarrage des activités de I'APOC. Elles se sont étalées de 1976 à 1997 et la synthèse de tMaegga (19997) indique qu'elles ont portées sur : - la détermination et la répartition des niveaux d'endémicité ; - la localisation des gîtes préimaginaux ; 8I'identification des vecteurs ; la dynamique des populations préimaginales ; la dynamique des populations adultes ; le comportement des populations adultes (notamment rythme d'agressivité) ; les caractéristiques vectrices des femelles de S. damnosum (taux de parturité, infestations des simulies, transmission de l'onchocercose) ; la détermination de la durée de vie larvaire ; la faisabilité d'activités d'élimination du vecteur. Le protocole approuvé par APOC en 1996 prévoyait également la localisation des gîtes principaux notamment ceux situés en altitude ; la collecte des larves de S. damnosum s. /. dans le Carnoy sur tout gîte positif ; la capture et la dissection de simulies provenant de points présélectionnés (Lufilyo crater sur la rivière Lufilyo, Lwanga Masoko sur le bas Kiwiri, Pont de Tapio sur le bas Lufilyo et Kambasegela sur la Mbaka) ; la collecte de données pluviométriques et hydrologiques ; la formation des personnels. Enfin, pour l'élimination du vecteur de l'onchocercose dans le foyer de Tukuyu, l'épandage du Temephos comme larvicide antisimulidien a été préconisé. Avant toute opération, une enquête a été effectuée pour: déterminer la portée effective du Temephos ; mesurer la sensibilité des larves de S. damnosum s./. au Temephos ; former le personnel local à la prise en charge des essais en rivière et des tests de sensibilité. 4.1.3. Résultats acquis La présentation des résultats tient compte de la période de collecte des données, soit avant, soit après le démarrage des activités de I'APOC dans le foyer. Cette distinction devrait permettre : d'apprécier les éléments qui ont permis à APOC de s'engager dans des activités d'élimination du vecteur à Tukuyu ; de faire le point sur l'état d'avancement de l'élimination du vecteur dans le foyer. 4.1.3.1. Données collectées avant APOG a) Prospection des gîtes Dans les années 1970 et 1980, des stades préimaginaux de S. damnosum s.l. ont été récolté, en saison sèche et en saison des pluies, sur les rivières Kiwira, tVbaka et Lufilyo (Le Berre, 1970 ; Guillet, 1981 ; Walsh et al, 1981 , 1985). Les travaux de Pederson et Maegga (1985), puis Walsh et Maegga (1996) confirment que des gîtes larvaires de S. damnosum s. /. existent dans le foyer de Tukuyu. En saison sèche comme en saison des pluies, les trois principales rivières (Kiwira, t\4baka, Lufilyo) et quelques affluents hébergent des stades préimaginaux de S. damnosum s. /.. La production simulidienne reste néanmoins la plus importante en période d'étiage et sur les gîtes situés à mi-altitude (600-700 m). la dispersion est importante en saison des pluies. Par contre, en saison sèche, les gîtes productifs sont localisés sur les cours moyens des rivières 9principales. Outre ces dernières, la rivière Songwe et son affluent (Mwati) hébergent en saison sèche, quelques stades préimaginaux de S. damnosum s. /.. ll en est de même de la rivière Lumbira dont le cours inférieur, du fait des nombreux gîtes, est une importante source de simulies (S. damnosum s.l. notamment). Les identifications cytotaxonomiques ([t4aegga, 1992; Maegga et CUPP, 1993, 1gg4) indiquent que l'espèce de S. damnosum qui pond ses æufs dans les trois principales rivières du foyer de Tukuyu est S. damnosum, forme Kiwira. En effet, sur 970 larves identifiées, g10 (environ 94 %) étaient des S. damnosum forme Kiwira. Par ailleurs, 509 larves provenant de l'éclosion d'æufs pondus par 70 femelles gorgées sur des captureurs, ont été toutes identifié comme étant de la forme Kiwira. Ce vecteur est différent des autres formes de S. damnosum présentes dans les foyers voisins. b) Gapture - dissection - transmission Entre 1979 et 1981, des captures d'adultes pourdéterminer le cycle d'activité de S. damnosum s. /. et préciser ses caractéristiques vectrices ont été effectué sur 9 sites répartis dans le foyer de Tukuyu. En chacun de ces points, deux jours consécutifs de capture ont eu lieu tous les quinze jours, soit 4 jours par mois. La capture était étalée sur toute la journée. La dissection de ces mouches et la recherche d'O. Volvulus permettent de retenir que la transmission de I'onchocercose était essentiellement une transmission de saison sèche (étiage), en raison de la forte densité des femelles piqueuses et de leur meilleur contact avec les populations humaines. Elle était particulièrement élevée à proximité des villages à forte prévalence. La corrélation pluviométrie - température - taux de piqûres a été confirmée au travers d'une étude menée en 1987 et 1988 surquatre des neufs sites précédents. Elle indique que les ABR étaient bas et n'ont dépassé 20.000 que sur le cours moyen du Lufilyo. Les plus fortes densités simulidiennes en saison sèche ont été obtenu entre 500 et 800 m d'altitude. Les taux de parturité étaient bas (22 %) et le PAT généralement inférieur à 1000. Par contre le taux de femelles pares infectieuses étaient élevés (38,3 %). Pederson et lMaegga (1985), après examen d'une population de 19500 S. damnosum forme Kiwira, ont établi que le taux annuel de piqûres fluctuait entre2000 et 23800. La dissection de 13200 femelles (68 % de la capture) a permis d'enregistrer 7,6 % d'infectées, 1 ,5 % d'infectieuses et un PAT fluctuant entre 0 et 1 1 20. Ce dernier taux a été observé dans une zone où la prévalence moyenne était de 54,6 %. Au terme de cette étude, les auteurs ont confirmé que la transmission était un phénomène de saison sèche. c) Traitements larvicides Au regard de son expérience des foyers Kenyan et Ougandais, dès '1990 Walsh estimait qu'il était techniquement possible, à I'aide de traitements insecticides, d'éliminer les vecteurs (5. damnosum s. /. et S. neavei), des foyers d'onchocercose de Tanzanie. Le coût de telles opérations dépendait largement de la nature du terrain et de l'étendue des gîtes larvaires de chaque foyer. Compte tenu des très bonnes performances du Temephos en concentré émulsifiable à 20 % de matière active, il a été préconisé pour les traitements au sol dans le foyer de Tukuyu. Cet insecticide a été utilisé avec succès dans plusieurs foyers (notamment Soghi en Ouganda) mais n'avait jamais été expérimenté à Tukuyu. Toutefois, Guillet (1981)a étabtrque la sensibilité des larves de ce foyer était normale. Par ailleurs, la durée du développement préimaginal (æuf - adulte) en laboratoire était à 19"5-21"C, de trors semaines dont deux pour la durée de vie larvaire. Par contre les différents essais sur le -l 10 terrain pour déterminer la durée séparant la ponte de l'æuf de l'éclosion de I'adulte, étaient restés infructueux. L'efficacité opérationnelle du Temophos dans le foyer de Tukuyu a été estimé en prenant en compte I'expérience acquise à I'OCP (Walsh, 1985;Wash et al, 1981 ; Kurtak, 1990) et les résultats obtenus dans I'ouest de l'Ouganda (Garms et al, 1986). Ainsi, dans les conditions hydrologiques de Tukuyu, il a été retenu que les doses à épandre seraient de 0,33 I et 0,4 l/m3, respectivement pour des débits supérieurs et inférieurs à 10 m3/s. Pour ce qui est de la période de traitement, I'analyse de la distribution annuelle des densités simulidiennes a permis à Pederson et Maegga (1985) de retenir que la saison sèche (1uin à novembre) est la période où I'accès aux gîtes est le plus aisé. Par ailleurs, les débits des cours d'eau sont en baisse régulière et progressive et les gîtes larvaires sont confinés à certains endroits des cours d'eau. Pour toutes ces raisons, il a été retenu que les traitements insecticides auraient lieu en saison sèche. Chaque gîte serait traité toutes les deux semaines et en principe 8 cycles de traitement s'étalant sur 16 semaines devraient suffire pour l'élimination du vecteur. Quant aux points d'épandage, une prospection détaillée des principales rivières et de leurs affluents avait permis d'en retenir 26. d) Prévalence Le premier rapport sur I'onchocercose en Tanzanie concerne le foyer de Tukuyu (Fisher, 1932). Hawking (1940) confirme la présence de I'onchocercose dans le foyer. La distribution de cette maladie a donc été établie de façon progressive (Woodruff, '1965 ; Who, 1966;Wegesa, 1970). En 1995, Who estime à 650.000 le nombre de personne atteintes d'onchocercose mais la taille exacte de I'endémie restait à préciser au travers d'enquêtes. Granback (1973) détermine que 64 % des 260 personnes examinées dans le village de Lufilyo étaient porteurs de microfilaires d'O. Volvulus. Pederson et Kolstrop (1986) examinent 2349 personnes âgées de 1 an et plus. Cet échantillon provenant de 21 villages, a revelé que le taux de prévalence le plus élevé (62,8 o/o) a élé enregistré à 760 m d'altitude dans le village de Kilugu. Ce dernier est situé sur le cours moyen du Lufilyo. Dans les 20 autres villages, la prévalence fluctuait entre 20 o/o el 51 %. Les atteintes dermatologiques constituent le problème primordial car même les faibles charges parasitaires entraînent des lésions chez certaines personnes. Or Mwaiko et al (1990) estimaient qu'environ 120.000 personnes étaient atteintes d'onchocercose dans le foyer. La distribution d'lvermectine a démarré en 1994 et jusqu'en 1998, respectivement 20.000, 25.000, 40.000 et 42.000 personnes avaient bénéficié du traitement. e) lsolement du foyer de Tukuyu La localisation géographique du foyer, circonscrit par des barrières naturelles (lac Nyasa, montagnes), a naturellement conduit à l'idée que le foyer était isolé. Cette situation particulière, si elle était vérifiée, rendrait possible l'élimination du vecteur. En 1981, suite à une série de prospections incluant les rivières Lumbila et Songwe, Guillet concluait que le foyer n'était pas aussi isolé que le laissait envisager l'environnement géographique. Par conséquent, l'élimination du vecteur devenait hypothétique. Les études cytotaxonomiques (tt/aegga, 1992; IVaegga et CUPP, 1993 et 1994) venaient lever les doutes de Guillet (1981)quant à l'isolement du foyer de Tukuyu. En effet, en dehors de S. damnosum forme Kiwira, aucun autre cytotype n'a pu immigrer dans le foyer. Autrement dit, du point de vue cytotaxonomique, il s'agit d'un foyer isolé ne comprenant que I'espèce S. damnosum forme Kiwira. Le degré d'isolement est d'ailleurs très t- l11 élevé, sinon une seule forme ne serait jamais devenue aussi prédominante dans la zone. C'est donc au regard de ces travaux, des études entomologiques (Pederson et Maegga, 1985) et épidémiologiques (Pederson et Kolstrop, 1986) que le foyer de Tukuyu a été déclaré isolé. Une élimination du vecteur dudit foyer pouvait y être entreprise avec de réelles chances de succès (Walsh et Maegga, 1996). 4.1.3.2. Données collectées après le démarrage des activités APOG a) Prospection Entre octobre et décembre 1998, la productivité des gîtes des principales rivières (Kiwira, [Mbaka, Lufilyo) a été régulièrement suivie. Cette étude visait à déterminer la limite supérieure (en altitude) de la répartition des stades préimaginaux. Ainsi 31 gîtes géoreférencés et prospectés pour la récolte de stades préimaginaux dans les régions de t\4beya (Rungwe, Kyela, lleye, Mbarali), lringa (Ludewa) et Rukwa (Sumbawanga, Mbeya). Sur 18 gîtes positifs, seulement t hébergeait des S. damnosum s. /. Dans les districts de Rungwe et Kyela, seulement un gîte a été trouvé positif sur les 17 prospectés. En septembre-octobre 1999 S. damnosum s. /. était présent dans l'ensemble des gîtes (13) répertoriés sur les principales rivières (10 gîtes) et sur certains affluents (3 gîtes). ll y avait cependant une discordance nette entre I'abondance des populations imaginales et la rareté des populations préimaginales dans les gîtes. Dans I'année 1999,24 gîtes ont été prospectés et 14 hébergeaient des larves et/ou des nymphes de S. damnosum s.l. Tous les gîtes positifs ont été géoréférencés et les larves prélevées dans le Carnoy. Cette activité s'est poursuivie en février 2000 où deux gîtes ont été trouvés positifs sur les 11 prospectés. En 2000, les prospections effectuées en dehors des limites préétablies (Walsh et f\4aegga, 1996) ont permis de visiter 27 gîtes dont 13 positifs sur les cours d'eau principaux(Kiwira, t\4baka, Lufilyo). En outre, sur les 21 gîtes prospectés sur les affluents, I hébergeaient des stades préimaginaux de S. damnosum s. /. Du point de vue altitude, la répartition de S. damnosum s./. était comprise entre 472 m et 1000 m environ. Cette répartition était variable selon les bassins fluviaux. b) Gapture - Dissection Entre octobre et décembre 1998, une journée de capture par mois a été effectuée à Tapio et Kambasegela contre deux jours à Liifilyo-crater et Lwangwa-Masako. Ces points de capture correspondent à différents niveaux de prévalence dans la zone sous traitement ivermectine. Ainsi 225 femelles ont été capturés et disséquées. Ces dissection ont permis d'enregistrer 99 femelles pares (44%),19 infectées (19%)et 7 infectieuses (7%). Entre janvier et décembre 1999, 144 jours de captures ont été permis de récolter 1362 femelles à Lufilyo-Crater (499 femelles), Lwangwa-[tlasako (635), Tapio-Bridge (149) et Kambasegela (79). La dissection de 1357 femelles a révélé 390 pares (28,7%),40 infectéés (10,2%) et 3 infectieuses (0,76%). Le PAT est de 83 car le PII/T est de 23 en juin, 60 en août et nul pour les 10 autres mois. La densité simulidienne moyenne était de 9 prqûres par homme et par jour; mais en tenant compte d'une répartition par point de capture, elle étaitde 3, 10,13 et6 respectivementà kambasegela, Lufilyo-crater, Lwangwo- lVasako et Tapio-Bridge. L'évaluation entomologique conduite entre janvier et décembre 2000 indique qu'en 144 jours,6240Temelles ont été capturées à Lwangwa-lVlasako (1815), Tapio-Bridge(1893), Kambasegela (300) et Lufilyo Crater (2230). De ces femelles,5756 ont été t2 disséquées dont 1761 pares (30.5%), 144infectées (8%) et 18 infectieuses (1%). Le MBR fluctue entre I et 3930,465 et 3810,30 et 1695 et entre g8 et 3068 respectivement à Lwangwa-Masako, Tapio-Bridge, Kambasegela et Lufilyo crater. Pour ces mêmes points de capture, le PAT est dans l'ordre de 112,282, 135 et 149. Quel que soit le point de capture, le PMT est nul pendant six mois de I'année :janvier, février, mars, avril, mai et novembre. En 2001, 9923 femelles ont été capturées dans le foyer de Tukuyu. La densité moyenne était de 48 piqûres par homme et par jour. Par ailleurs les femelles étaient les plus abondantes sur le Lufilyo (66 piqûres par homme par jour), puis sur le Kiwira (38 piqûres d'homme/jour) et enfin sur la tVlbaka (14 piqûres/homme/jour). Pour ces mêmes cours d'eau, le ttllBR fluctuait respectivement entre 430 et 5880, entre 38 et 4073 et entre 15 et 2550. Les données de la dissection ne sont pas disponibles. c) Traitements larvicides Les tests de sensibilité conduits en octobre 1999 indiquent que les larves ont été soumises à une série de concentrations:0,00975 mg/l,0,039 mg/|,0,156 mg/|,0,3125 mg/|, 0,625 mg/|, 1,25 mgll et 2,5 mg/|. La sensibilité est excellente puisqu'à 20-22"C. On enregistre successivement 50%, 90% et 100% de mortalité avec respectivement des concentrations de 0,156 mg/|,0,3125 mg/l et 0,625 mg/l et plus. Ces résultats indiquent que la sensibilité des larves au Temephos est bonne. En effet, la CL 95 de la mortalité faible (uniquement larves mortes) s'élève à 0,66 mg/|. Deux essais en rivière du Temephos ont été réalisés en 1999 sur la Mbaka et la Lufilyo. Pour ce dernier cours d'eau, la section choisie était d'environ 15 km. Ce bief a été traité à la dose de 0.4 l/m3, soit une concentration de 0,33 mg/|. En raison de I'inaccessibilité, aucune évaluation n'a été faite avant et après traitement au delà de la confluence Lufilyo-Rumakali. Quant aux résultats obtenus sur la tr/baka, ils indiquent une bonne portée du Temephos. En effet, pour un débit de 4,3 m3/s et une dose de 0,1 mg/|, la portée effective (100 % de décrochement) a été de 7,060 km. ll faut noter que la limpidité de I'eau de la rivière (turbidité inférieure ou égale à SJTU) et sa température (18-'19'C) contribuent à atténuer I'effet du Temephos. Ce dernier se fixe d'abord sur les particules en suspension (nécessité d'une turbidité élevée) qui sont ensuite ingérées par les larves. Par ailleurs, toute température inférieure à 21"C devient un facteur limitant pour la toxicité des organophosphorés (singulièrement le ïemephos). Entre juillet et septembre 2000, deux tests de sensibilité ont été réalisés sur les rivières Kiwira et Lufilyo. Avec une CL95 de 0,384 mg/l pour la mortalité forte, les résultats indiquent une bonne sensibilité au Temephos surces deux cours d'eau. On note 100 % de mortalité à 0, 625 mg/l, mais quelques moribondes subsistent aux doses de 0,625 mg et 1,25 mg/I. Les essais en rivière du Bt H14 tecknar sur la rivière Mbaka montrent qu'à la dose normale de 0,72 I par m3/s et un débit de 2.5 m3/s, on enregistre seulement 41,3 o/o de détachement des larves âgées à 4,5 km du point d'épandage. La portée efficace maximale observée est d'environ 1 km. Par ailleurs, sur la rivière Lufilyo, à la dose de 0,54 I par m3/s et un débit de 8,586 m3/s, la mortalité des larves âgées est seulement de 16,2 %. L'efficacité du tecknar était presque nulle à 6 km. La première campagne de traitement au sol destinée à éliminer S. damnosum s. /. du foyer de Tukuyu par épandage de temephos, a eu lieu de décembre 2OO1à février 2002. Les trois bassins du foyer (Kiwira, tr/baka, Lufilyo) ont été soumis, pendant six semaines, à un traitement hebdomadaire de Temephos, à la dose de 1,33 mg/|. Chaque semaine, I'insecticide a été épandu en 53 points et un total de 881 litres de temephos a été utilisé pour t- 13 toute la campagne. Les résultats indiquent qu'avant le traitement, 35 gîtes prospectés hébergeaient tous des stades préimaginaux de S. damnosum s.l. Après la première semaine de traitement, aucun gîte visité sur les rivières principales n'a été trouvé positif. Par contre, sur les affluents, deux gîtes positifs ont été répertoriés sur le kasyabona et un affluent du IVbaka (Mb300). L'absence totale de nymphes indique cependant une excellente efficacité du temephos. d) lsolement du foyer Les données acquises après les travaux de Walsh et Maegga (1996) indiquent que le fleuve Songwe, frontière naturelle entre la Tanzanie et le [Malawi dans sa partie avale héberge des S. damnosum s. /. (NOTF, 2000). Par ailleurs, des affluents de ce cours d'eau prennent leur source sur le territoire du foyer essentiellement le long de la Mwalisi. Ce dernier est le principal affluent de la rivière Kiwira et débouche dans sa partie hébergeant des S. damnosum s. /. En outre, bon nombre d'affluents du Songwe peuvent, à partir de ce fleuve, constituer des couloirs de contamination du Mwalasi. Enfin, les rivières Songwe et Kiwira se côtoient pratiquement du poste frontière au lac Nyasa. ll faut noter qu'au Sud-est du foyer, à quelques Km de la Lumbira, se trouve la rivière Kilondo. Elle est importante, pérenne et pourrait également abriter S. damnosum s. /.. Le fleuve Songwe étant situé en dehors du foyer de Tukuyu, ce dernier peut-il être isolé ? 4.1.4. Situation du TIDG dans le foyer de Tukuyu Le projet TIDC dans le foyer de Tukuyu a 1 an. Les données collectées entre mai 2000 et avril 2001 peuvent être résumées comme suit : La population du foyer de Tukuyu est répartie dans 46 villages dont 38 dans le district de Rungwe et 8 dans celui de Kyela. Ces districts sont situés dans les zones de méso et d'hyper endémie onchocerquienne. En novembre 2000,261 boîtes de mectizan représentant 130.500 comprimés de 3 mg ont été livrées au NOTF. Pour l'exécution des activités, 82.635 USD (dont 47270 USD transférés au NOTF) ont été mis en place par APOC. Ce financement a servi à I'acquisition de matériels et à la prise en charge des dépenses liées aux travaux de terrain. Les objectifs de formation des personnels techniques impliqués dans le TIDC, ont été réalisés à 87-100 %. La population du foyer de Tukuyu est estimée à 84.31 0 personnes dont 65.21 1 ont été traités avec 123.000 comprimés d'ivermectine. Le taux de couverture est de 66 %. Les personnes non éligibles (enfants en dessous de 5 ans, femmes enceintes, malades) et les absents représentent respectivement 17 % et9,7 %. C'est dire que le taux de couverture de 66 % est excellent et ce d'autant que les personnes qui refusent le traitement ne représentent que 0,3 %. En conclusion, nous retiendrons que le TIDC se déroule de façon satisfaisante dans le foyer de Tukuyu. Les dispositions prises (notamment effectuer le traitement en saison sèche, mettre en place le financement et acquérir I'ivermectine à temps) devraient contribuer à améliorer le taux de couverture des prochaines campagnes TIDC. t4 4.1.5. Budget des activités « Elimination du vecteur » Pour permettre le démarrage et la poursuite des activités d'élimination du vecteur, le Programme APOC a assuré un appui financier régulier sous forme de lettres d'accord. Le tableau ci-dessous résume le volet budget du projet. 4.1 .6. Discussions-Commentaires Au regard des différents résultats présentés ci-dessus, il apparaît qu'avant le démarrage des activités de I'APOC, de nombreuses informations techniques étaient déjà disponibles grâce aux enquêtes ponctuelles effectuées dans le foyer de Tukuyu. Ces données ont d'ailleurs permis de retenir ce foyer pour y mener une activité d'élimination du vecteur. Toutefois, avant le démarrage de la lutte, I'appui de I'APOC a permis de préciser certains points. ll s'agit notamment du choix des points de capture, de la détermination de la durée de vie larvaire sur le terrain, de la détermination des caractéristiques vectrices des simulies sur I'ensemble du foyer, de l'échantillonnage et la répartition de toutes les espèces de simulies présentent dans le foyer, de la détermination des points d'épandage de I'insecticide, de la portée effective du Temephos et de la sensibilité des larves au produit sur les principales rivières et affluents et enfin de la formation des personnels sur tous les aspects (technique, pratique) de l'évaluation entomologique. Ces différents résultats sont analysés dans des paragraphes portant sur la distribution de S. damnosum s. /. dans le foyer, l'isolement du foyer, la lutte contre le vecteur et l'évaluation entomologique. a) Distribution de S. damnosum L'élimination du vecteur est la résultante d'une efficacité totale des traitements larvicides de tous les gîtes de reproduction du vecteur préalablement recensés sur une période suffisamment longue. Or les points d'épandage destinés à couvrir l'ensemble des gîtes sont passés de 26 (Walsh et Maegga, 1996) à 53 (Barro,2002), traduisant en partie une augmentation du nombre de gîtes. En effet, suite aux prospections, il apparaît que les principaux affluents de la Kiwira et de la tvlbaka sont presqu'entièrement colonisés par S. damnosum s. /.. De plus, les petits ruisseaux qui se jettent dans les cours d'eau (rivières principales, affluents) dont les biefs abritent des S. damnosum s. l. sont également colonisés à leurs embouchures. Les résultats des prospections effectuées en 1998, 1999, 2000 et 2001 indiquent que la distribution de S. damnosum s. l. dans le foyer de Tukuyu est beaucoup plus importante et plus large que les limites figurant dans le rapport Walsh et l\4aegga (1996). On trouve le vecteur de l'onchocercose aussi bien en amont qu'en aval desdits limites. Par ailleurs, compte tenu de I'abondance des affluents secondaires, il est probable que certains une partie de I'année (voire toute I'année), d'où la possibilité de gîtes hébergeant des S. damnosum s. 1.. C'est dire que la distribution actuelle de S. damnosum s. /. dans le foyer de Tukuyu n'est peut-être pas encore définitivement établie. Période couverte Cash Vire sur le terrain US $ Montant dépensé US $ Achat d'équipement Coût total Oct 98-Sept 99 25,011 11,880 88,355 100,235 Oct 99- Sept 00 50,717 32,518 92,455 124,973 Oct O0-Sept 01 43,199 29,216 8,000 37,216 Oct 01-Sept 02 49,983 NA 17,940 17,940 Total 167,910 73,614 206,750 280,364 15 b) lsolement du foyer La première condition requise pour entreprendre l'élimination du vecteur dans un foyer est que ce dernier soit isolé. Dans le cas particulier du foyer de Tukuyu, des critères essentiellement géographiques (présence de barrières naturelles) et cytotaxonomiques (S. damnosum forme Kiwira est I'unique vecteur du foyer) ont amené certains auteurs (Walsh et Maegga, 1996; Le Berre, 1970) à conclure que ledit foyer était isolé. Par contre, d'autres travaux (Guillet, 1981 ; NOTF, 2000; Barro, 2000 et 2001) signalent la présence de S. damnosum s. /. dans le cours moyen de Songwe, frontière naturelle entre la Tanzanie et le lValawi. Par ailleurs, les nombreux petits affluents du Songwe, en période d'écoulement, pourraient être des sources de réapprovisionnement en S. damnosum s. /.. Certes, tous ces cours d'eau sont situés en dehors du foyer de Tukuyu, mais la capacité de vol de S. damnosum s. /. est telle qu'elle lui permettrait d'atteindre n'importe quel gîte du foyer. ll est à noter que certains cours d'eau sont si proches du foyer, qu'une simple dispersion serait suffisante. Ces derniers résultats commandent une réévaluation entomologique du bassin de la Songwe, situé à l'Ouest du foyer, en Tanzanie mais également au Malawi. ll devra en être de même avec la rivière Kilondo, située au sud du foyer; elle est importante, pérenne et pourrait héberger S. damnosum s. /. En attendant, le doute est permis quand à l'attribution de foyer isolé à celui de Tukuyu. c) Lutte contre le vecteur Les tests de sensibilité conduits en 1999 et 2000 rejoignent les observations de travaux antérieurs (Guillet, 1981 ;Walsh et al,'1981 ;Garms et al, 1986) et confirment les très bonnes performances du Temephos en concentré émulsifiable à 20 % de matière active. Les essais en rivière ont non seulement permis de résoudre le problème de la portée du Temephos mais de montrer la supériorité de ses performances par rapport à celles du Bt H14 Tecknar. Aussi, la première campagne d'élimination du vecteur s'est avérée efficace, car après seulement une semaine de traitement, aucun gîte positif n'a été décelé sur les rivières principales. En outre, l'absence totale de nymphes traduit également I'efficacité du Temephos sur les gîtes des affluents. Ce produit demeure I'insecticide de choix pour la lutte contre S. damnosum s. /. dans le foyer de Tukuyu. Pour chaque série d'épandage, reste à résoudre les problèmes de circuits des traitements, d'accessibilité aux points d'épandage, de détermination des quantités à épandre (en l'absence d'échelle de crue) et du cycle d'épandage (relation avec la température de l'eau des rivières qui détermine la durée de vie larvaire). c) L'évaluation entomologique L'évaluation entomologique est I'outil pour apprécier les résultats des traitements insecticides sur les populations de vecteurs et la transmission du parasite. Les données recueillies, bien que présentant parfois des informations différentes d'un document à I'autre, peuvent être caractérisées par quelques traits : les captures présentent de très grandes variations dans le nombre de femelles récoltées d'une année à I'autre. Ainsi, pour le même point de capture, le même mois et le même nombre de jours de capture, le tt/BR enregistré en 2000 à Tapio- Bridge est de 3 à 607 fois plus élevé que celui observé en 1999 au même point de capture. ll en est de même à Kambaseoela, Lufilyo crater et Lwangwa-tt/asako. ll est généralement admis qu'en dehors des périodes de réinvasion, lorsque la densité simulidienne baisse, l'âge physiologique augmente et vice-versa. Les résultats collectés à Tukuyu n'obéissent pas à cette règle. La population 1,6 simulidienne disséquée semble en toute période constituée de jeunes femelles. ll faut noter que cette partie de la population est habituellement capturée dans les premières heures de la matinée (7 h - I h) ou aux dernières heures de I'après-midi(16h-18h). Aucune femelle infectieuse n'a été capturée en 1999 à Kambasegela Lufilyo-Crater et Tapio. Or 527 femelles pares ont été disséqué dont 55 infectées. Même à Lwangwa-Masako, seulement 3 femelles infectieuses ont été recensées. Certes le PMT est nul pour certains mois de I'année 2000, mais chacun des PAT obtenus aux différents points de capture est supérieur (PAT minimum = 112 à Lwangwa-Masako ; PAT maximum = 282 à Tapio Bridge) au seuil tolérable de 100 Li/homme/an en zone de savane d'Afrique de I'Ouest. 4.1 .7 . Gonclusions-Suggestions Le projet « Elimination du vecteur à Tukuyu » présente actuellement des points faibles qui doivent être relevés afin de rendre plus efficaces les activités de lutte. Par conséquent, et pour espérer atteindre I'objectif visé, nous nous proposons d'énumérer certains éléments sur lesquels il sera nécessaire de porter une attention : l'élimination du vecteur exige une efficacité totale des traitements larvicides menés sur tous les gîtes de reproduction. Compte tenu de la topographie du terrain dans le foyer de Tukuyu, il est indispensable de poursuivre les prospections, notamment en période d'étiage où la portée du Temephos est considérablement réduite. La nécessité des contrôles larvaires pour évaluer I'efficacité des épandages de larvicides, l'augmentation probable du nombre de cours d'eau à traiter et la topographie du terrain exigent, pour la qualité des prestations, un recrutement d'agents temporaires lors de chaque campagne de lutte. Les échelles de crue existantes dans le foyer sont généralement situées aux extrémités (aval, amont) des cours d'eau. De ce fait, leur exploitation est difficile au niveau des cours moyens qui s'avèrent être les zones des plus fortes densités simulidiennes. Par ailleurs, il n'existe aucune échelle de crue sur les affluents. Cette situation reste à corriger (installation d'échelles de crue, réactualisation des courbes de tarage) afin de permettre une bonne prévision des doses et des quantités de larvicides à épandre. Afin de suivre l'évolution des peuplements d'organismes lotiques autres que les simulies, sous I'effet des traitements larvicides antisimulidiens, il est nécessaire de disposer de données hydrobiologiques de référence. ll est donc indispensable de recueillir un maximum de données sur I'entomofaune et I'ichtyofaune. Certains auteurs affirment que le foyer de Tukuyu est isolé. D'autres par contre au regard de la proximité de la rivière Songwe, de ses affluents et de la présence de S. damnosum s. /. sur certains de ces cours d'eau, émettent des réserves. ll est donc nécessaire de procéder à la réévaluation entomologique du bassin de la Songwe en Tanzanie et au lValawi. Les résultats des traitements insectrcides sur la population de vecteurs et la transmission du parasite sont appréciés grâce à l'évaluation entomologique. Or les données actuelles de capture présentent de graves discordances. ll est impératif l- t7 que de vigoureuses actions (sensibilisation, supervision) soient prises afin de rendre ces données plus fiables. L'exécution du projet « Elimination du vecteur » à Tukuyu suppose des moyens matériels et logistiques. Ces derniers, mis à la disposition du projet par ApoC, ne sont que partiellement consacrés aux activités dudit projet. Une solution reste à trouver, afin que tous les moyens dégagés par APOC soient effectivement consacrés à I'exécution du projet. Au regard des différents points retenus ci-dessus, et qui résument les nombreuses difficultés surgies lors de sa réalisation pratique sur le terrain, l'éradication de S. damnosum s. /. par épandage au sol dans le foyer de Tukuyu, risque d'être un objectif trop ambitieux. 18 4.2. FOYER DE BIOKO L'île de Bioko est une masse de terre d'origine volcanique de 2017 Km2 (72 Km de long sur 35 Km de large). Elle est située dans le golfe de Guinée, au large des côtes du Cameroun et du Gabon, entre les latitudes 3'48'N et 3"12'N et les longitudes 12"7'E et 12'40'8. L'île est caractérisée par un relief très accidenté constitué de montagnes dont certains sommets sont particulièrement élevés (Basile peak : 3011 m ; Caldera da Luba : 2661 m ; Biao peak: 2009 m). Le climat est de type équatorial à deux saisons : une saison sèche (novembre à mars) et une saison des pluies (avril à octobre). La température moyenne annuelle est de 25"C. La pluviométrie varie de 1930 mm au Nord à 10990 mm au Sud. L'île de Bioko appartient à la ceinture de la forêt tropicale. Environ g0% du territoire est couvert de forêts. Elles sont particulièrement denses et couvrent entièrement les rivières dont l'accès est très difficile. A I'amont comme à I'aval de la route principale, seules les pistes qui sillonnent les champs de cacao autorisent des accès aux rivières. Le réseau hydrographique est fait de petites rivières à faibles débits qui descendent des montagnes. Certains cours d'eau ne présentent pas de zone tampon (estuaire, lagon) ; elles débouchent directement dans la mer, d'où I'influence de I'eau de mer sur leur faune aquatique. Du fait de la pente, les rivières coulent vite (0,5 m/s). Elles sont particulièrement nombreuses (247) mais courtes. La longueur moyenne est d'environ 7 Km (maximum: 15 Km). Chaque cours d'eau héberge une multitude de gîtes. L'épidémiologie de l'onchocercose rappelle celle des forêts tropicales d'Afrique de l'Ouest (t\tlas et al, 1995). La prévalence moyenne est d'environ 75% (85o/o chez les personnes âgées de plus de 15 ans). Pour le TIDC, la population cible est estimée à 60.000 personnes. L'île de Bioko est la seule île connue à ce jour présentant une endémie onchocerquienne. Cette particularité offre une opportunité unique d'élimination du vecteur. Ce dernier est un membre du complexe S. damnosum identifié sous I'appellation S. yahense forme Bioko. La localisation géographique de l'île met celle-ci à I'abri d'une réinvasion. Cet isolement, 40 Km des côtes Camerounaises, a fait penser à un programme d'élimination du vecteur associé à la distribution d'ivermectine quia démarrée depuis 1990. 4.2.1. Nature des travaux Les études du vecteur de I'onchocercose sur l'île de Bioko ont commencé en 1989. Puis une étude de TDR sur la faisabilité de l'élimination du vecteur dans ce foyer a été réalisée en 1996. Enfin, en 1999, différentes études complémentaires ont été conduites dans le cadre du projet financé par APOC et intitulé « Elimination du vecteur de l'île de Bioko ». Les objectifs sont spécifiques à chaque étude et se présentent comme suit : a) Etude de TDR sur la faisabilité déterminer la productivité des gîtes larvaires en saison sèche ; tracer les plans des traitements insecticides ; 19 établir I'identité des vecteurs, en relation avec celle des simulies des zones les plus proches, pour apprécier le degré d'isolement de ces vecteurs ; évaluer les possibilités de réinvasion à partir des côtes ; collecter toute information utile à I'exécution des projets « Elimination du vecteur ». b) Elimination du vecteur de l'île de Bioko former l'équipe nationale à la collecte des données entomologiques de base ; collecter les données entomologiques de base ; établir les données de base relatives à I'impact des traitements sur I'environnement (obtenir les données de base sur la faune aquatique ; évaluer I'impact du Temephos sur les invertébrés et l'ichtyofaune dans les rivières de l'île) ; étudier la sensibilité des populations larvaires de S. damnosum s. /. au Temephos ; étudier la dynamique des rivières et affluents. 4.2.2. Résultats acquis Le pro;et d'élimination du vecteur est I'aboutissement de nombreuses années (au moins 10 ans) d'études préliminaires, en vue de déterminer la faisabilité d'une telle opérationà Bioko. Les différents résultats sont présentés ci-après dans des rubriques intitulées : isolement de l'île, prospection, traitements larvicides et évaluation entomologique. a) Prospections des gîtes Les travaux effectués en avril et mai 1996 par tVike indiquent que 224 rivières ont été prospectées, soit environ 91% de I'ensemble des cours d'eau de l'île. A cette période, 20 des rivières prospectées étaient inaccessibles dont 17 hébergeaient des larves de S. Yahense forme Bioko. Par contre, 130 (58%) des rivières présentaient un écoulement et 45 (20%) étaient positifs en stades préimaginaux de Simuliidae dont 23 (1OYo) S. damnosum s./. Les 297 prospections effectuées ont permis de répartir les cours d'eau en deux catégories : ceuxqui hébergeaient S. damnosum s. /. et ceux dont l'écoulement était suffisant pour I'installation des stades préimaginaux de S. damnosum s. ./. ll faut noter également que 2'1 rivières n'avaient pu être prospectées dont 12 étaient capables d'héberger des gîtes à S. damnosum s. /.. Quant à I'appartenance cytotaxonomique, les 474 spécimens examinés indiquaient qu'il s'agissait exclusivement de S. yahense. Ses caractéristiques chromosomiques ne correspondant pas à celles du Yahense standard, il a été baptisé S. yahense forme Bioko. Les nombreuses prospections effectuées en janvier-février 1999 (Barro) confirment que les rivières sont nombreuses, courtes (en moyenne 7 Km de long) et jalonnées de chutes et de rapides. Leurs débits étaient généralement faibles (inférieurs à 1 m3/s), d'où une colonisation insignifiante par S. damnosum s. /. .Même les supports artificiels n'étaient pas densément colonisés à la troisième semaine. En outre, la plupart des larves étaient aux stades intermédiaires. Aucun stade préimaginal n'a été récolté au-délà de 600 m d'altitude ou dans les eaux dont la température était inférieure à 22"5 C. En mars-avril 1999, Meyer procède à une série de prospections des rivières de l'île de Bioko. ll retient que la plupart des cours d'eau sont protégés par une végétation luxuriante, d'où la difficulté des prospections. Le Sud, environ 40o/o de l'île est inaccessible au sol. En saison sèche, le débit des cours d'eau est généralement compris entre 0,2 et 1 m3/s. Toutefois, trois rivières présentaient à l'aval, des débits supérieurs à 1 m3/s. L'eau, fraîche (19'C<T< 26"C) et claire (turbidité généralement inférieure à SJTU), coule sur le sol rocheux à une vitesse moyenne de 0,5m/s (0,3m/s<Vitesse<1m/s). Les stades préimaginaux étaient rares à cause des fluctuations du niveau d'eau consécutives à des pluies 20 intermittentes. Les prospections sur le Musola et I'Eba (affluent) indiquent qu'entre 500 m et 800 m, il n'y avait pas de S. damnosum s. l. Checke et al. procèdent en avril 1999, à de nouvelles prospections sur 11 rivières de l'île. L'objectif était de déterminer I'altitude maximale à laquelle S. damnosum s. /. peut coloniser les gîtes. Des stades préimaginaux ont été récolté sur les rivières Tiburones (nord), Musola, Boolo, Apu, Coo et Baloapi. Les essais effectués à 345 m, 554 m et 808 m n'ont permis de collecter que des Simuliidae autres que S. damnosum s. /.. il est à noter que c'était la première fois qu'un gîte positif était découvert sur le Baloapi. En décembre 1999, la prospection a porté sur certains cours d'eau de la région de lt/aluba. Les résultats présentés par MC Call (1999) indiquent que 24 sites dont 8 en altitude (350-1100 m) ont été visités. S. damnosum s. /. (stades préimaginaux) a été rencontré dans cinq rivières (Nale, Baloapi, Toa, Bioco et une rivière sans nom) qui ne figurent pas sur la liste établie par Wilson (1996). Aucun gîte positif n'a été trouvé au-dessus de 600 m d'altitude, ni dans les eaux dont la température était inférieure à 22"5 C. Par contre, dans la région de fMoca, deuxfemelles piqueuses ontété capturées à 750 m et 1250 m d'altitude. A la période de I'enquête, le débit était de 1.05,0.34 et 1.05 m3/s, respectivement sur les rivières Apu, Biala et Malaho. Dans le cadre des études portant sur la répartition des gîtes préimaginaux sur l'île de Bioko, 54 rivières ont été visités en début de saison des pluies fiuin-juillet). Mas et al. (2000) retiennent que sur ces cours d'eau, la température de l'eau était de 25'C. Par ailleurs, sur 52 rivières accessibles, 30 hébergeaient des Simuleidae. ll faut noter qu'à la même période, de nombreux adultes de S. damnosum s. /. ont été capturées pendant les prospections. La prospection effectuée en janvier-février 2001, juste avant le début des traitements larvicides avait pour but de déterminer les points d'accès aux rivières, les rivières à traiter, les points d'épandage et les doses à appliquer en chaque site. Ainsi, 39 gîtes ont été prospectés dont 8 hébergeaient des stades préimaginaux de S. damnosum s. 1.. La température de l'eau fluctuait entre 18'9 et 25"C. Les débits s'étalaient de 0.01 à 5 m3/s. L'insecticide a été déversé en 40 points et sur les 10 gîtes contrôlés après le traitement,3 étaient positifs. En février 2001, Meyer et tVlike ont procédé à la prospection du sud de l'île de Bioko, entre Riaba et Luba. Sur 40 rivières, ils ont noté quatre bassins principaux (llady, [\Ioaba, Osa, Ole). Chacune de ces rivières est une succession de rapides et de chutes. A la période de la prospection, la rivière Osa était presque sèche mais les trois autres présentaient un bon écoulement. Les débits étaient de 20-30m3/s et 5-10m3/s respectivement sur les rivières [/oba et Ole. Ces débits sont tels que le BT semble tout indiqué pour les traitements des gîtes. Reste que ces traitements, par voie aérienne, prendraient du temps du fait du relief. Des stades préimaginaux ont été récoltés, parfois en abondance, sur ces cours d'eau ; ils utilisaient comme supports, des feuilles et des tiges immergées dans l'eau. Quant aux petits affluents, ils étaient couverts de végétation mais à cause de la topographie du terrain, des ouvertures existent et devraient permettre des traitements aériens. b) Captures-dissections-transmission Dès 1992, les captures effectuées sur les rivières Sampaca et Timbabe ont permis d'établir les fluctuations annuelles du IVBR. De janvier à avril, les densités simulidiennes sont généralement faibles (MBR < 100). Par contre, de mai à décembre, le IVIBR fluctue entre 300 et 4000 et entre 1000 et 8000 respectivement à Timbabe et Sampaca. Le maximum de capture est observé en octobre. 2l En 1996, la dissection de 56 femelles a permis d'observer 14 pares (25 %) dont 2 portaient des larves infectantes. A titre de comparaison, 369 femelles conservées en alcool depuis 1993 ont été ramollies, colorées et disséquées. Les résultats indiquent 42 femelles infectées (11,4o/o) et 8 infectieuses (2,2 %). Entre janvier et avril 1999, 3146 femelles ont été récoltées en 29 jours de captures effectuées à Sampaka, Barley Corn, Musola et Balada Luna Oba. Parmi les 878 femelles disséquées, l'âge physiologique fluctuait entre 14.8 % et 77.3 %. Les taux d'infestations étaient particulièrement élevés (femelles infectées : 44 o/o; femelles infectieuses : 8 %). En mars 2000, Mas et Tirados enregistraientT4Lill000 pares et un PIMT égal à 1S. Ces résultats ont permis d'extrapoler les données de Green (1993) et d'obtenir un maximum de 400 Li/1000 pares et un PMT de 1600. Enfin, en 1997, Mc Call et Mas observaient 1440 Li/1000 pares dans les résultats des dissections. Des captures suivies de dissections ont été effectuées en avril-mai 2000 sur les rivières Sampaka (Sampaka), Apu (Barley Corn), Musola (Musola) et Ruma (Balacha de Riaba). En 31 jours,5.138 femelles ont été capturées,2.890 disséquées dont 1.215 pares (42 %), 85 infectées (6.9 %) et 25 infectieuses (2 o/o). La densité simulidienne moyenne pour la période était d'environ 166 piqûres par homme et par jour (minimum = 40 ; maximum = 383) d'où un MBR habituellementélevé (minimum = 1305;maximum = 11.475). En tenant compte d'une répartition par point de capture, l'âge physiologique fluctuait entre 33,5 % et 53 %. Quant aux taux d'infestations, ils se situaient entre 1,6 o/o et 1 1 ,5 % et entre 0,5 o/o et 5 % respectivement pour les femelles pares infectées et infectieuses. La transmission était la plus faible en mai à Balacha (PMT = 1 1) et la plus forte en avril à Musola (PMT = 270). Les résultats des captures effectuées en février 2001, pendant le traitement larvicide, se présentent comme suit: 9 points de capture, 17 jours de capture (1 à 3 jours par point), 3293 femelles capturées dont 1304 disséquées. Les pourcentages de femelles pares vont de 23,6%à64o/oetlestauxd'infestationsde5.3o/oà25%(femellesinfectées) etde0à9% (femelles infectieuses). En dehors de Moca at river Chuba (6 femelles, MBR = 300), les densttés simulidiennes étaient relativement élevées (MBR minimum = 2970; maximum = 10380). Les essais réalisés sur I'amont des cours d'eau ont permis de capturer 632 femelles dont 149, 279, 198 et 6 respectivement à 550 m, 600 m, 780 m et 1250 m. c) Traitementslarvicides tt/ike (1996), au terme d'une prospection menée sur I'ensemble des cours d'eau de l'île de Bioko, retenait que 1020 Km de biefs appartenant à 52 rivières devaient être mis sous traitement larvicide. La période idéale pour les traitements est celle allant de janvier à avril car I'hydrologie, les précipitations et les densités simulidiennes sont particulièrement favorables à une bonne campagne. L'insecticide préconisé est le Temephos en concentré émulsifiable à 20 % de matière active à cause de ses qualités (biodégradable, sans effet toxique sur les mammifères et les poissons, impact modéré sur la faune non cible et bonne portée efficace). Le traitement est prévu pour être effectué au sol mais I'inaccessibilité de certains gîtes pourrait entraîner l'utilisation d'un hélicoptère. Barro (1999) note q'avec 100 o/o de mortalité à 0.3125 mgll, les résultats des test tnsecticides réalisés sur des larves récoltées dans les rivières Musola et Apu étaient excellents. Ces études de sensibilité indiquent qu'à des débits de 0.14 m3/s et 1.6 m3/s, correspondaient respectivement des portées efficaces de 650 m, 25 Km et 38 Km. La première campagne de traitement au sol a eu lieu à Bioko pendant la saison sèche (anvier - mars) 2001. Elle a été précédée par la collecte de données de pré traitement portant sur la cytotaxonomie, la sensibilité du vecteur aux insecticides, la 22 répartition des espèces (notamment en altitude) et l'impact des traitements larvicides sur la faune non cible. A la période des travaux, seulement 30 cours d'eau coulaient suffisamment pour pouvoir être traités. Comme sept (7) de ces cours d'eau ont des bassins complexes (nombreux petits affluents, inaccessibilité), sur 248 points d'épandage proposés, seulement 92 ont été retenues. Les débits des rivières étaient inférieures à 1m3is, I'eau était claire (turbidité<Sjtu) et fraîche (1 9"<T"<24"c). Le personnel pour les épandages était de 10 personnes réparties en deux équipes dont chacune comportait un chef d'équipe, 3 techniciens et un chauffeur. Outre les épandages, ce personnel était intégré à d'autres activités : capture et dissection des simulies, travaux d'hydrobiologie, tests de sensibilité et prospection des rivières. L'insecticide pour les traitements au sol est le téméphos et la dose opérationnelle était de 0.41lm3/s de débit. Cet insecticide a été répandu grâce à des pulvérisateurs (5 au total) type Berthoud Cosmos 18. Pour couvrir tout le traitement, un stock composé de 2000 I de téméphos, 500 I de Bt et 40 I de Rhodamine avaient été expédié à Bioko. Pour faire face à un problème de retard dans la livraison de ce stock, 150 I de téméphos supplémentaires ont été expédié en urgence par voie aérienne. Le traitement a débuté le 12 février 2001et a été continu pendant 5 semaines. Certes le traitement était prévu pour douze cycles mais il s'est arrêté après la cinquième application pour des raisons techniques. ll faut noter que la portée de I'insecticide a été de 1 à 3 km. Par ailleurs, le cycle de développement préimaginal et la recolonisation des supports étaient lents. Enfin, la densité des populations adultes a chuté rapidement après le démarrage des traitements ; elle est même devenue nulle en certains points après 4 cycles de traitement. d) Prévalence IMas et al (1995), suite à une enquête épidémiologique conduite sur toute l'île, retiennent que la prévalence moyenne était de 75 % (85 o/o chez les personnes âgées de plus de 15 ans). La population à risque était alors estimée à 62.000 personnes. L'épidémiologie est de type forestier, caractérisé par 0.8 % de cécité, 31 % de porteurs de nodules, 29 % de porteurs de lésions dermatologiques et la lymphoadenopathies estimées à 42 %. La plupart des villages se situent dans la partie Nord de l'île, à 2-3 Km de la mer. La prévalence de l'onchocercose est élevée dans toutes les localités. Elle est de 76.5 % à Basapu, situé à 3 Km seulement de Malabo. Quant à la prévalence la plus élevée (87.1 %), elle a été enregistré à Ureca dans le Sud de l'île. Une enquête épidémiologique menée en 1989 auprès d'une population de 1759 habitants provenant de 12 villages, avait permis d'enregistrer une prévalence de 74.6% (hyperendémie). En 1998, après 9 ans de distribution d'lvermectine à la population des mêmes villages, le taux de prévalence n'était plus que 38.2o/o (hypoendémie) pour une population de 1167 habitants. ll en est de même pour les pourcentages de porteurs de nodules et de lésions dermatologiques qui ont chuté respectivement de 2.8o/o et7.9%. e) lsolement de l'île Les activités d'élimination du vecteur ne peuvent être entreprises que dans un foyer isolé (Walsh, 1990). Celui de Bioko réuni un certain nombre de critères pour un isolement géographique . les sources de réinvasion les plus proches sont les environs du [/ont Cameroun situé au Nord-est et la partie de la côte Camerounaise située à I'Est. Les distances respectives de ces lieux sont de 40 Km et 80-130 Km. L'océan atlantique est à I'Ouest et au Sud se trouvent les îles Principe (240 Km), Sao Tomé et Anabon. 23 cette dernière n'a jamais abrité de S. damnosum s. /. (Mas, non publié) et les simulies n'ont pas été examinées au niveau des deux autres (Santos gracio, lggo). Les conditions météorologiques limitent sévèrement la possibilité de déplacement des simulies du continent vers l'île. En effet, presque toute I'année, les vents dominants, en provenance du Sud ou Sud-ouest, traversent l'île en direction du continent. Même au plus fort de la saison sèche, rarement la zone intertropicale de convergence (ITCZ) atteint l'île (Teran, 1962). Une provenance des simulies du Nord ou de l'Est est improbable car opposée à la direction des vents dominants. Les critères cytotaxonomiques et morphologiques (Mike, 1996) retiennent que la population simulidienne de Bioko est essentiellement constituée de S. yahense forme Bioko. Or toute éventuelle réinvasion ne pourrait provenir que des côtes camerounaises, où les espèces sont s. squamosum et s. damnosum s. s.. c'est dire que la population de Bioko est génétiquement isolée. f) lmpact des traitements sur I'environnement Brooks et Jackson effectuent en mars-avril 1999, une enquête sur l'île de Bioko pour déterminer la répartition des Odonates. Les résultats indiquent que les 17 sites visités se situent à 1500 m,600 m et en dessous de 500 m d'altitude. Peu d'odonates (47) au stade larvaire ont été récolté ; cet échantillon (avant traitement . 22; après traitement : 25) ne permet pas d'apprécier l'effet du Temephos sur ce groupe. Par contre, 260 adultes représentant 24 espèces dont 6 nouvelles, ont été récoltés. La répartition est de 6 espèces rencontrées uniquement au-dessus de 500 m, 17 en dessous de 500 m et 13 dans I'un et I'autre site. ll faut noter que sur les 21 libellules recensées sur l'île, seulement 7 ont été trouvé lors de l'enquête. Une étude de I'impact des traitements larvicides au Temephos contre S. damnosum s. /. sur les poissons et les crevettes de Bioko, a été conduite en saison sèche (mars-avril). Abban (1999) note que 12 familles,2l genres et 25 espèces ont été inventoriées lors des travaux. Les espèces de petite taille constituaient la majorité des poissons. Les crevettes étaient particulièrement abondants dans toutes les rivières. Les simulations de traitement en rivière avec la dose opérationnelle (0.1. mg/l) de Temephos indiquent qu'aucune mortalité n'a été enregistrée chez les poissons. Leurs comportements et leurs réactions étaient normaux. ll en est de même pour les doses de 0.5, 0.25 et 0.125 mg/|. Par contre, les espèces exposées aux doses de 1 et 2 mgll présentaient des mouvements désordonnés et finissaient par s'immobiliser en quelques minutes (2-5). Toutefois, le transfert des individus en phase d'immobilisation dans une eau sans insecticide leur redonne de la vitalité en moins d'une heure. Quant aux expérimentations conduites avec les fortes doses, elles montrent que tous les poissons exposés aux doses de 30 et'15 mg/l mouraient en moins d'une heure. Aux doses de 7.5 mg/l et 3.75 mg/|, le temps de survie était respectivement de 12-24 h et au plus de 24 h. La distribution de la macrofaune a été étudiée sur 10 rivières de l'île de Bioko(Amakye et Amegbe, 1999). La faune aquatique était régulière et généralement plus abondante en dessous de 500 m d'altitude. L'effet du Temephos sur celle-ci a été suivi sur les rivières Ruma, ltlusola et Apu, respectivement situées à l'Est, à I'Ouest et au Nord-ouest du foyer. Sur les 3 sites, le passage du Temephos s'est traduit par une réduction du nombre de chironomides, mais la recolonisation est relativement rapide. Les Orthoclamidae étaient le plus affectés par la vague insecticide, alors que les Tanipodinae étaient les moins touchés. 24 g) Formation Au terme des différentes missions, il apparaît que le personnel local a bénéficié d'une formation théorique (généralités sur l'onchocercose) et a été initié à plusieurs reprises à I'emploi des techniques utilisées dans le cadre de la lutte antivectorielle: prospection larvaire, capture et dissection des femelles, estimation du débit d'une rivière (avec ou sans échelle de crue), calcul des doses d'insecticides en fonction du débit, technique d'épandage au sol des larvicides antisimulidiennes et contrôles pré et posttraitement. 4.2.3. Situation TIDC dans Ie Foyer La population de l'île de Bioko est estimée à 90.000 habitants répartis dans 68 communautés. Le TIDC concerne les 61 communautés situées en zone d'hyper et de méso- endémie. La population cible est d'environ 60.000 personnes dont la moitié vit dans la ville de Bioko. Avant la mise en place du Programme APOC, toutes les communautés recevaient de I'ivermectine selon une approche verticale. Mais compte tenu de l'engagement du Gouvernement et des bonnes dispositions de la population, I'approche TIDC a été adoptée en 2000. La formation du personneltechnique impliqué dans la distribution de l'ivermectine a été mise en place. La sensibilisation a été menée auprès de la population pour expliquer ce nouveau mode de distribution du médicament. Les résultats de la deuxième année de traitement indiquent que sur 18.224 personnes recensées,7.582 ont été traitées, soit un taux de couverture thérapeutique de 42%. La population traitée est répartie entre les districts de Malabo (2928 personnes), Barney (2270 pers), Luba (1575 pers) et Riaba (809 pers). Pour ces mêmes districts, la couverture géographique est respectivement de 100%, 87 oÂ, 100% et 93%. Quant à la couverture thérapeutique, elle est de 41.8o/o,37.8%,38.6% e|71.1%. L'absentéisme est élevé car la population a peur des effets secondaires de l'ivermectine. Une sensibilisation bien menée devrait contribuer à accroître les différents taux de couverture. 4.2.4. Budget des Activités « Elimination du Vecteur » Pour permettre le démarrage et la poursuite des activités du vecteur, le Programme APOC a assuré un appui financier régulier sous forme de lettres d'accord. Le tableau ci- dessous résume le volet budget du projet. 4.2.5. Discussions - Commentaires a ) Distribution de S. damnosum s. l. Le sud de l'île de Bioko, environ 4Oo/o de la superficie totale, est inaccessible. Par contre de très nombreuses prospections ont été effectuées sur la zone accessible. Ces tPériode couverte Cash Vire sur le terrain US $ Montant dépensé US $ Achat d'équipement Coût tota! [/ars 99-Fev 00 21,984 16,618 168,490 185,108 tVars 00-Fev 01 54,776 25,436 124,660 150,096 lMars 01-Fev 02 55,390 NA 136,400 136,400 Total 132,150 42,054 429,550 471,604 25 prospections ont couvert toute I'année, mais elles ont été plus abondantes en saison sèche(notamment janvier à avril), période idéale pour les traitements des gîtes larvaires (ti/ike, 1996 ; Barro, 1999 ; Meyer, 1999). Malgré I'abondance des travaux, les résultats des auteurs concordent sur plusieurs points : - Le complexe S damnosum est représenté sur ['île de Bioko exclusivement par S yahense forme Bioko ; - Les rivières sont très nombreuses et courtes (en moyenne 7 Km de long) ; Les cours d'eau, protégés par une végétation luxuriante, sont difficiles d'accès . En saison sèche, les débits des rivières sont généralement inférieurs à 1m3/s. L'eau est claire (turbidité <SJTU) et fraîche (19'C < température <26"C) ; Les gîtes préimaginaux en dessous de 500 m d'altitude sont généralement positifs lorsque la température de I'eau est supérieure à 22"5 C. Aucun stade préimaginal n'a été récolté au-delà de 500 m. Par contre, des adultes ont été capturé à 750 m et 1250 m d'altitude. ll est admis que l'élimination du vecteur dans un foyer n'est possible que si tous les gîtes de reproduction sont placés sous traitement larvicide. Or les résultats des différentes projections effectuées à Bioko indiquent clairement que les rivières sont très nombreuses et protégées par une végétation dense. C'est dire qu'un certain nombre de gîtes demeurent encore inconnus du fait de I'inaccessibilité des cours d'eau. Cette situation pose également le problème du choix des points d'épandage de I'insecticide; il doit assurer la couverture totale de tous les gîtes. Certes, les auteurs notent que la majorité des gîtes positifs sont situés en dessous de 500 m d'altitude. Cependant, la présence d'adultes à 780 m et 1250 m risque d'hypothéquer les chances de succès (réinvasion possible) d'autant que la zone située au-delà de 500 m d'altitude est exclue du traitement larvicide. Par ailleurs, suite à la prospection effectuée dans le Sud de l'île, Meyer (2001) note qu'en dehors de la rivière [\4usola et de son affluent I'Eba, aucune rivière n'était accessible au-delà de 500 m d'altitude. tVême en dessous de 500 m, plusieurs cours d'eau étaient partiellement ou complètement inaccessibles. C'est dire qu'aucune rivière ne pourra être traitée sur tout son parcours. b) lsolement du foyer de Bioko Les auteurs sont unanimes sur le fait que le foyer de Bioko est isolé. En effet, il s'agit d'une île où les conditions météorologiques (notamment mouvement des vents ; Teran, 1962; Nasti, 1942) empêchent toute réinvasion du foyer. Par ailleurs, des évidences cytotaxonomiques (Boakye, 1993) morphologiques (l\4ike, 1996) et des analyses d'ADN(Wilson et Post, 1994) amènent à reconnaître que le S yahense présent à Bioko est différent du type standard. ll y a donc un isolement génétique par rapport aux espèces simulidiennes les plus proches et que I'on rencontre sur les côtes camerounaises. c) Lutte contre le Vecteur Les essais en rivière ont révélé que l'insecticide de choix pour les traitements dans les conditions de terrain à Bioko, était le Temephos en concentré émulsifiable à 2Oo/o de matière active. L'expérience acquise lors des travaux préliminaires indique que le projet « élimination du vecteur à Bioko augmenterait ses chances de succès si les opérations de lutte démarraient en saison sèche et s'étalaient sur 3-4 mois. Aux doses opérationnelles habituelles, le passage de I'insecticide est suivi d'une réduction du nombre de chironomides mais la recolonisation est relativement rapide. Par contre, les populations de poissons et de crevettes ne sont pas affectées (aucune mortalité, comportement normaux) par le traitement insecticide. C'est dire qu'une campagne de traitement contre les stades préimaginaux de S 26 damnosum s ./. par épandage de Temephos dans les cours d'eau de l'île de Bioko ne devrait pas avoir de conséquences néfastes irréversibles au niveau de la faune non cible. (Abban, 1999) note qu'il existe une marge très large entre les doses opérationnelles et les doses toxiques pour les poissons et les crevettes. Toutefois, la première campagne s'étant déroulée en 2001, il importe à présent de procéder à une collecte post traitement afin d'apprécier l'impact de cinq cycles de traitement sur la faune aquatique et l'environnement. Par ailleurs, certains gîtes positifs des rivières Ruma Grande et Musola étant inaccessibles au sol, leurs traitements pourraient s'effectuer par voie aérienne. Au regard de l'expérience de I'OCP, Meyer (2001) préconise I'hélicoptère comme le moyen le mieux indiqué pour apporter l'appui indispensable à une couverture totale de tous les gîtes. Cette option semble renforcée par le fait que dans le sud de l'île, plusieurs cours d'eau hébergeant des S. damnosum s. l. étaient partiellement ou totalement inaccessibles. Reste que le recours à I'hélicoptère suppose au préalable la réponse à un certain nombre de questions : - I'ivermectine est distribuée depuis 12 ans; quel est son impact sur la capacité des simulies à transmettre la maladie ? - quel est le coût d'une opération aérienne ? 300 - 400 00 $ US comme préconisé par ft/eyer ? - combien de personnes seront protégées par cette opération ? L'île compte 75.000 personnes dont la moitié à Bioko. d) L'évaluation entomologique Le TAP et le PAT sont de bons indicateurs de la situation entomologique, car ils quantifient respectivement l'agression simulidienne et la transmission du parasite O volvulus. Sur l'île de Bioko, et à partir de captures effectuées en 1992, Mike (1996) note qu'en dehors de la saison sèche (notamment janvier à avril), les densités simulidiennes sont importantes. La période allant de septembre à novembre demeure celle où les simulies sont les plus abondantes. Par contre, Anonyme (2000) et Cheke (2001) enregistrent des IMBR compris entre 1 .305 et 11 .475 en avril-mai et entre 2.970 et 10.380 en février. C'est dire que même en saison sèche, les densités simulidiennes peuvent être élevées. L'espèce simulidienne impliquée étant S damnosum s. /, il est probable que la saison des pluies est celle ou I'agressivité sera maximale. Dès 1996, il était établi que les femelles de S damnosum s. /. capturées sur l'île de Bioko présentaient des taux d'infestations élevés (Mike, 1996). En effet, le pourcentage de femelles infectieuses (celles susceptibles de transmettre le parasite lors de la prochaine piqûre) était de 14.6%. Seul le nombre de femelles disséquées (56) à l'époque était un frein à une large interprétation des résultats. Ces derniers sont néanmoins confirmés en 1999 par la dissection de 878 femelles qui révèlenl 44% de femelles infectées et 8% de femelles infectieuses (Anonyme, 1999). Certes le PAT n'a pu être établi pour I'année 2000, mais les PI\4T obtenus en avril et mai aux différents points de capture sont nettement supérieurs (PMT minimum = 130 à Balacha; maximum = 473 à tVlusola) au seuil tolérable de 100 Li/homme/an en zone de savane d'Afrique de l'Ouest.. Les travaux de Cheke (2001) corroborent les résultats antérieures puisqu'en dehors des points de capture situés en altitude (0<PlVlT<72), tous les autres PMT sont supérieurs à 100 (minimum = 319 à Sampaka ; maximum = 1275 à [r/usola). Les différents travaux des auteurs concordent donc et indiquent que la transmission est importante sur l'île de Bioko. Les taux d'infestations enregistrés, rappellent ceux observés sur les petites rivières des zones forestières d'Afrique de I'Ouest, où le vecteur est également S yahense. Nous référant aux résultats enregistrés en'1989 et 1998 ([/as et al), il apparaît nettement qu'après 9 ans de traitement par I'ivermectine, la prévalence était passée de -t 27 l'hyperendémie (74.6%) à I'hypoendémie (38.6%). Un tel changement se répercute habituellement au niveau de I'infestation des simulies. Cette hypothèse est corroborée par les résultats de certains auteurs. Ainsi de Green (1993) à Mas etTirados (2000), le nombre de larves infectantes pour 1000 pares passe de 400 à74 et le PMT de 1600 à 15. Par contre tel n'est pas le cas, si I'on se réfère aux infestations enregistrées par Cheke (2001). L'absence de stades préimaginaux devrait entraîner I'exclusion des gîtes situés au- delà de 500 m d'altitude, de toute campagne de traitement. Or des adultes ont été capturés entre 550 m et 1250 m. Les lieux de ponte de ces femelles d'altitude restent donc à déterminer pour fixer les limites de la zone à couvrir par les traitements larvicides. En effet, ces femelles peuvent revenir pondre dans les gîtes situés en dessous de 500 m, comme les prospections peuvent n'avoir pas été assez précises (abondance des gîtes, accès difficile aux rivières à cause de la végétation) pour détecter les gîtes positifs situés au-delà de 500 m d'altitude. 4.2.6. Goncl usions-Su ggestions Outre l'étude de faisabilité effectuée en 1996, de nombreuses enquêtes ont été réalisées sur l'île de Bioko entre 1996 et 2001. Elles avaient pour but de collecter les données indispensables à I'exécution des campagnes de traitement et à leur évaluation. Les résultats obtenus par rapport à I'objectif fixé, qui est l'élimination du vecteur, permettent de retenir quelques points : - La situation géographique, les conditions météorologiques et des critères cytotaxonomiques et morphologiques confirment que l'île de Bioko constitue un foyer isolé. Au regard de la répartition des rivières et des gîtes prospectés, il apparaît nettement qu'à chaque prospection correspond au moins un gîte nouveau (découvert sur une rivière déjà répertoriée ou pas). Par ailleurs, la présence d'adultes en altitude, place la zone traitée sous la menace d'une réinvasion. cette situation pose le problème de la couverture totale des gîtes par les traitements insecticides, condition indispensable pour une élimination du vecteur. Il semble donc préférable de prévoir le traitement de toutes les rivières qui présentent un écoulement suffisant pour permettre I'installation de stades préimaginaux de S damnosum s. 1.. Dans cette optique, des enquêtes ponctuelles devraient être entreprises pour combler I'insuffisance ou le manque d'informations sur la cartographie des gîtes, les points d'épandage et I'accessibilité des gîtes ; La configuration géographique (notamment couvert végétal) est telle qu'à quelques exceptions près, le traitement larvicide devra être effectué par épandage au sol. Des appareils portatifs (type pompe Berthoud) seraient les plus efficaces car ils débitent des quantités calibrées d'insecticide. La période idéale pour les traitements larvicides serait le début de la saison sèche, alors que l'écoulement est toujours suffisant pour une bonne portée de I'insecticide. L'on éviterait ainsi les traitements « gîte par gîte », ce qui entraîne une multiplication des points d'épandage ; La densité simulidienne sur l'île de Bioko est habituellement abondante et la transmission est assurée exclusivement par S yahense forme Bioko. Les caractéristiques vectrices (taux d'infestations, charges parasitaires) enregistrées sont élevées et rappellent celles observées dans les zones forestières d'Afrique où S yahense est également le vecteur principal ; .t- 28 Les données de base et celles des études d'impact sur I'environnement del'île de Bioko, en relation avec les traitements au Temephos, seront indispensables lors de l'évaluation des campagnes de lutte. Les travaux de collecte doivent donc être poursuivis. Aussi, pour une meilleure connaissance de la faune entomique non cible, il serait souhaitabre de recourir à un échantillonnage qualitatif de la végétation (feuilles, bois morts immergés) et du dessous des cailloux. Par ailleurs, la forte prédominance (7s%) des Etmidae sur la rivière lada, nécessite des investigations sur cette famille et son milieu de vie. Par contre, I'option d'organismes indicateurs (Odonates notamment) pour le suivi de I'impact des traitements sur la faune non cible, mériterait d'être revue. ll en est de même de la sélection de cours d'eau pérennes qui ne seraient pas traités pour constituer des zones de refuges. Ces dernières abriteraient non seulement la faune non cible, mais également le vecteur. Le personnel local, appelé à assurer l'exécution et le suivi des activités d'élimination du vecteur, a été identifié et sélectionné. ll a bénéficié de formations ponctuelles à l'occasion des différentes enquêtes effectuées surl'île de Bioko. une évaluation régulière (connaissances techniques, conscience professionnelle) suivie si nécessaire de recyclages de ce personnel, est souhaitable pour garantir la continuité et I'efficacité des activités de lutte. A titre d'exemple, les résultats d'avril et mai 2000 indiquent que le calcul des taux d'infestations (% pares infectées, % pares infectieuses) et des indices de transmission (li/BR, PAT) ne sont pas encore bien assimilés. ll ressort des rapports des différentes enquêtes que les activités de l'équipe locale s'arrêtent parfois dès qu'elle se retrouve seule pour organiser les travaux de terrain. ll est souhaitable que le personnel soit sensibilisé afin que des problèmes relationnels impliquant des individus et/ou des institutions n'entravent pas le déroulement des activités de lutte. Pour assurer un suivi dans les activités de routine de l'équipe nationale, il est souhaitable que le coordonnateur du projet sollicite régulièrement un rapport d'activité et soit plus présent sur le terrain. 29 4.3. FOYER DE ITWARA L'Ouganda est I'un des premiers pays où la lutte contre les vecteurs de l'onchocercose a été un succès. C'est ainsi que S. damnosum s. /. a été éliminé du foyer de Victoria Nile et S. neaveitemporairement bouté hors du foyer de Budongo (Prentice, 1974). Dans les années 1970,|'utilisation du DDT, concentré émulsifiable à 25 % de matière active, a permis d'interrompre la transmission de I'onchocercose dans le foyer de ltwara (Garms et al., 1994). Du fait de I'absence de financement et de I'insécurité, la lutte a été arrêtée de 1975 à 1977. Mais en 1990, un nouveau financement mis en place par la coopération allemande (GTZ) et le Ministère de la Santé de I'Ouganda devait permettre la poursuite de la collecte des données (Garms et al., 1992). C'est dans ce cadre que toutes les rivières susceptibles d'héberger S. neavei s. s. ont été prospectées et la population adulte suivie grâce à des captures, dissections et déterminations des taux d'infestations (Garms et al., 1994). Les épandages effectués à partir d'août 1995, se sont révélés efficaces et les résultats prometteurs après seulement 3 cycles de traitements. En effet, entre 1994 et 1995, les densités simulidiennes passent de 481 à 0 au pont de Kijura et de 365 à 2 à Busasa. Au regard de ces résultats, les traitements ont été étendus aux principaux gîtes à S. neaveidu foyer. L'élimination du vecteur du foyer de ltwara devenait un objectif réalisable. Pour sauvegarder ces acquis et contribuer à l'élimination de la maladie, le Comité Consultatif Technique (CCT) a approuvé la surveillance du foyer de ltwara et des sous foyers de Siisa et Aswa. Ce choix rentre dans les objectifs de APOC qui est dans certains cas particuliers, la lutte contre l'onchocercose par l'élimination du vecteur. Dès 1996, le foyer de ltwara est retenu car les données de prétraitement étaient disponibles, le personnel qualifié et des activités de lutte y étaient déjà en cours. 4.3.1. Présentation du foyer Le foyer de ltwara est situé autour de la réserve forestière du même nom, à environ 25 Km au nord de Fort Portal. La réserve couvre environ 20 Kmz donl22 % sont constitués d'une végétation arborée (Howard, 1991). Elle est bordée par d'immenses plantations de thé, de cultures de subsistance et de ranchs installés le long des rivières (Sogohi, Kahamba, lttuzizi, lVpanga). C'est dire que la forêt d'origine a été largement déboisée au profit des plantations. Les cours d'eau sont néanmoins protégés par des galeries forestières denses. Le paysage est marqué par des vallées boisées et des montagnes dont I'altitude varie entre 1250 et 1460 m. La température est par conséquent très modérée. Le climat de la zone est caractérisé par une chaleur humide et des pluies qui s'étalent sur toute I'année. Le maximum de précipitations (1000-1400 mm) est observé de septembre à novembre. La saison sèche s'étend de décembre à février, mais elle n'est jamais entièrement sèche. Les conditions hydrologiques sont généralement favorables pendant toute l'année au développement des stades préimaginaux de S. neavei. Les gîtes larvaires se situent essentiellement sur le Sogohi et ses affluents (Wamise, Nyakibuguta, Kanaba, Kafunda), le Siisa et ses affluents (Kyasa, Mohabura) et enfin la rivière Aswa. La zone est densément peuplée et l'onchocercose y est hautement endémique. En 1997, B0 % des 45 personnes qui vivaient dans les environs de la réserve forestière étaient infestées par O. volvulus (Garms, 1997). 30 L'espèce simulidienne à éliminer du foyer est S. neavei s. s., vecteur principal de l'onchocercose (Barnley et Prentice, 1958; Prentice, 1974, Garms et al., 1992). Sa capacité de vol est d'environ 6-10 Km. La durée de vie larvaire est de 3 à 4 semaines, du fait de la température de I'eau quise situe entre 18'C et 19"C. 4.3.2. Nature des travaux Les travaux effectués de 1970 à 1997 (notamment 1994) dans le foyer de ltwara, ont porté essentiellement sur : La dynamique des populations préimaginales et imaginales ; La détermination de la durée du développement préimaginal ; L'identification du vecteur ; La répartition des gîtes à S. neaveidans et aux alentours du foyer; Les caractéristiques vectrices de S. neauei; Les essais en rivière du Temephos (détermination de la dose et de la portée). La formation du personnel. Dans le cadre des travaux exécutés avec I'appui de I'APOC, l'équipe nationale chargée des activités d'élimination du vecteur a, au cours de la période octobre 1996- décembre 2000, menée d'intenses activités de surveillance et de supervision afin de s'assurer que la collecte du vecteur se fait de manière appropriée. Les activités se résument en: La prospection régulière des principaux points de contrôle dans le foyer principal d'ltwara et dans les sous-foyers d'Aswa et de Siisa ; La capture de simulies en des points préalablement choisis . Le traitement des rivières à intervalles de 4 semaines, dans les sous-foyers de Siisa et Aswa. 4.3.3. Résultats acquis Les résultats des traitements insecticides sur les populations de vecteurs et la transmission de parasite sont appréciés grâce à l'évaluation entomologique. Cette dernière, dans le cas particulier du foyer de ltwara et des sous-foyers de Siisa et Aswa, a été essentiellement orientée vers la vérification de I'efficacité des traitements au niveau des stades préimaginaux de S. neavei. a) Prospection des gîtes Les données entomologiques collectées entre 1991 et 1994, avant la mise en place des traitements au Temephos indiquent que 38.9 % des crabes capturés sur la rivière Sogohi (foyer de ltwara) portaient des stades préimaginaux de S. neavei. Bien que les traitements aient été discontinus sur les rivières de I'Ouest du foyer de Itwara, celles-ci n'ont pas été réenvahies. Les derniers crabes positifs ayant été observés à Nyakibuguta en août 1995, la rivière a été traitée en décembre 1995. Néanmoins, les 47g crabes récoltés à Nyakibuguta en 1996-1997 étaient tous négatifs. Par ailleurs, aucun des 1683 crabes provenant de ltwara, Siisa et Aswa ne portait de stades préimaginaux de S. 31 neavei. Le dernier crabe hébergeant une seule larve de S. neavei date de novembre 1996 et avait été récolté sur la rivière Sogohi. Les prospections effectuées en mai, juin et octobre 1997 dans le foyer de ltwara ont permis de capturer 871 crabes dont aucun n'hébergeait des stades préimaginaux. ll en est de même des 50 crabes récoltés à Sogohi en février 1998. Les rivières Siisa et Muhabura ont également été prospectées en mai, juin et octobre 1997. Sur 614 crabes examinés, seulement 2 portaient des larves de S. neayei. De mars à juin 1997, le sous-foyerd'Aswa a été traité avec 17.5 lde Temephos. Les contrôles de post traitement effectués en mai, juin, août et octobre ont permis d'échantillonner 585 crabes dont 15 (2.6 %) hébergeaient des stades préimaginaux de S. neavei. En mars 1997, environ 900 crabes en provenance du foyer de ltwara avaient été examinés et tous étaient négatifs (aucune infection par S. neavei). ll en était de même pour 494 crabes récoltés dans le sous-foyer de Siisa. Par contre, dans le sous-foyer d'Aswa, les crabes étaient infestés. En octobre 1997,354 crabes ont été récoltés dans les sous-foyers de Siisa (179) et Aswa (175) et respectivement 2 (1 %) et4 (2o/o)hébergeaient des larves de S. neavel. De septembre 1998 à septembre 1999,7 rivières ont été prospectées dans le foyer de ltwara. Les 872 crabes capturés étaient tous négatifs. Pendant la même période, seulement 0.3% des 1841 crabes récoltés dans le sous-foyer de Siisa portaient des stades préimaginauxde S.neavei. Parcontre,danslesous-foyerdeAswa,6.1 % des1616crabes examinés étaient porteurs de S. neavel. En 2000, 6 prospections effectuées dans le foyer de ltwara ont permis de récolter 589 crabes; tous étaient dépourvus de stades préimaginaux de S. neavei. Pendant la même période, 1479 crabes récoltés à Siisa étaient également tous négatifs. Par contre, 116 (3.2. %) des 3674 crabes échantillonnés à Aswa étaient infestés par S. neavei. Les taux d'infestations variaient de 1 .2 % à 19 %. ll est à noter qu'avant le traitement larvicide, 80.4 Yo des 92 crabes capturés sur la rivière [\tlusabira étaient positifs. Par contre, après seulement 4 cycles de traitement, aucun des 470 crabes examinés ne portait de stades préimaginaux de S. neavei. Entre janvier et août 2001, les prospections ont permis de récolter 4656 crabes dans le foyer de ltwara (948), le sous foyer de Sîîsa (630) et celui de Aswa (3078). Aucun stade préimaginal n'a été aperçu sur les crabes de ltwara et une seule larve de S neavei a été prélévé sur un crabe (0.2% de la population) provenant de Sîîsa. Le taux le plus élevé (0.4%) de crabes positifs a été observé à Aswa. b) Captu res-Dissections-Transmiss ion Les séances de capture d'adultes ont été moins abondantes que les prospections larvaires. Nous pouvons néanmoins retenir . - En 1994, avant la mise en place des traitements larvrcides, la dissection de 2889 femelles pares a révélé 622 infectées (24%) et 120 infectieuses (a%). Les traitements larvicides effectués de juin à août 1995 ont entraîné une chute de la densité simulidienne. Elle est passée de 4982 en 1994 à 3904 en 1995 32 et à 6 en 1996, au point de capture de Busasa. Les mêmes données sont de 6403, 2546 et 0 à Kijura et 2390, 64 et 0 à Sogohi. En mars 1997, il était établi que la distribution de I'ivermectine n'interrompait pas la transmission. En effet, sur 153 femelles pares examinées en 1991 , 2l .B % étaient infectées et 2.6 % infectieuses. En 1992,1993 et 1994, les mêmes données étaient respectivement de 68411310Â15.60Â, 3990/26.8%13.s% et 3017121.9o/ol3.7o/o. Le nombre de larves infectantes par 1000 pares était de 124 en 1991, 276 en 1992, 169 en 1993 et 176 en 1994. Les données collectées à Kicheche montrent qu'après 6 ans de distribution d'ivermectine, la transmission était encore intense. En effet, sur 1 15 femelles pares, 48 (42o/o) étaient infectées, 11 (9.5%) infectieuses et le nombre de Li/1000 pares était de 470. Les captures effectuées dans le foyer de siïsa en mai, juin et octobre 1g97, se sont révélées toutes négatives. Par ailleurs, en février 1998, cela faisait deux ans qu'aucun adulte de S. neavei n'avait été capturé dans le foyer de ltwara. ll en est de même dans le sous-foyer de Aswa où les captures ont été nulles de septembre 1998 à septembre 1999 aux points de capture dénommés Andrew et ïourist. Enfin, toute I'année 2000 a été également marquée par des captures de S. neavei nulles aux différents points de capture du foyer d'ltwara et des sous-foyers de Sïîsa et Aswa. Par contre, 140 S damnosum s. /. ont été capturées dans le foyer de ltwara (39 femelles) et le sous foyer de Aswa (111 femelles). La dissection de ces femelles n'a révélé aucune infection due à O. volvulus. c) Traitements Larvicides Les premières expérimentations ont été effectuées sur la rivière Sogholi pour apprécier l'efficacité du Temephos et du BtH14 dans les campagnes de lutte contre S.neavei. ll ressort qu'à la dose de 0.1 mg/|, le Temephos n'élimine pas toutes les larves de S.neavei sur de grandes distances. Par contre, des concentrations de 0.2 et 0.4 mg/l ont donné de meilleurs résultats, tout en étant sans effet néfastes sur les crabes. Les expérimentations avec le Bt n'ont pas donné de bons résultats à cause de la faible portée de I'insecticide. Dans le foyer de ltwara, le dernier traitement au téméphos, date de février 1997. ll avait été effectué sur la rivière Sogohi. Sinon les traitements sur les autres rivières du foyer avaient été suspendus plus tÔt. Ainsi le dernier traitement sur le Nyakibuguta date de décembre 1995. Pour I'ensemble des traitements larvicides effectués dans le foyer d'ltwara et de ses sous-foyers de Srïsa et Aswa, 160 lde Temephos ont été utilisés de 1994 à 1997. Depuis cette date, des traitements ponctuels sont effectués dans les sous-foyers (Aswa notamment). Ainsi en 2000, 58.75 I de Temephos ont été utilisés dans le sous-foyer de Aswa. Ce dernier avait également été traité entre septembre 1998 et décembre 1999. Les épandages mensuels avaient été effectués à Andrew's pt, Gauging pt, Tourist pt et Toms's pt. ll faut noter que pour des raisons de logistique (manque d'insecticide), les traitements dans le sous foyerd'Aswa n'ont démarré qu'en mars 1997. e) lsolement du Foyer Le foyer d'ltwara n'est pas complètement isolé des deux sous foyers situés autour des rivières Sïisa et Aswa (Garms, 1997). Par contre, cet ensemble (foyer et sous-foyers) JJ est au moins à 100 Km des gîtes les plus proches (foyer de Kashogo-Kutomi). En outre, ces derniers hébergent essentiellement S.neavel, dont la capacité de vol est réduite (6-10 Km au maximum). f) !mpact des traitements sur I'environnement ll est établi que le Temephos, aux doses opérationnelles, est sans effets toxiques sur les mammifères et les poissons. Par ailleurs, son impact sur la faune non cible est modéré. Au terme des observations effectuées en Ouganda, Garms (1997) retient que les crabes des foyers et des sous foyers d'ltwara, Sïisa et Aswa, n'étaient pas affectés par les doses opérationnelles de Temephos. Toutefois, des études particulières de I'impact des traitements sur I'environnement n'ont pas été effectuées dans la zone d'élimination du vecteur. g) Formation La formation du personnel a été effectuée au cours des nombreux travaux réalisés entre 1970 et 1997 (Garms, 1997). En 1998, le personnel nécessaire au déroulement des activités APOC est disponible, qualifié et expérimenté. 4.3.4. Situation TIDC dans le Foyer Le foyer de ltwara est situé dans le district de Kabarole. Dans ce dernier, la population totale de la zone endémique s'élève à 82597 personnes. Cette population est répartie entre 147 communautés dont 120 en zone hyperendémique et 27 en zone mésoendémique. En 2000, le taux de couverture thérapeutique était de 72% (58121180191) et en 2001 , il est de 73% (60235182597). Le TIDC est dans sa phase 2. 4.3.5. Budget des Activités d'élimination du vecteur Pour permettre la poursuite des activités d'élimination du vecteur, le Programme APOC a assuré un appuifinancier régulier sous forme de lettres d'accord. Le tableau suivant résume le volet budget du projet. 4.3.6. Discussions-Commentaires Les résultats des différentes prospections concordent et indiquent que quel que soit le foyer (ltwara) ou sous-foyer (Siïsa et Aswa), le traitement des gîtes au Temephos entraîne une réduction drastique de la population pré imaginale de S.neavei. [Même lorsque les traitements sont discontinus, I'on enregistre néanmoins une baisse des densités. Les contrôles de post traitement indiquent d'ailleurs une absence quasi-totale de crabes positifs depuis 1997 dans le foyer d'ltwara. ll en est de même depuis 2000 dans le sous-foyer de I Période couverte Cash Vire sur le terrain US $ Montant dépensé US $ Achat d'équipement Coût total Fev 99-Août 00 16,157 15,917 12,029 27,946 Sept 00-Août 01 10,951 NA 12,298 12,298 Total 27,108 15,917 24,327 40,244 34 SiÏsa. C'est dire que I'ensemble des gîtes de reproduction de ltwara et SiÏsa est couvert par les traitements larvicides. Par contre, la présence de crabes positifs dans les rivières du sous-foyer d'Aswa, révèle l'existence de gîtes non traités. Ces derniers devront être répertoriés et inclus au traitement, car seule une couverture totale de tous les gîtes positifs permettrait d'envisager une élimination du vecteur. Cet objectif est réalisable, car favorisé par le fait que la zone à assainir (foyer d'ltwara, sous-foyers de Siîsa et Aswa) est isolée des autres foyers d'onchocercose. En effet, les foyers les plus proches se trouvent à 100 Km et hébergent essentiellement des S.neaveidont la capacité de vol n'excède pas 10 Km (Garms, 1997). Par ailleurs, les auteurs sont unanimes que le Temephos, compte tenu de ses qualités (efficacité, bonne portée, effets modérés sur la faune non cible), est le larvicide de choix dans le traitement au sol des gîtes du foyer de ltwara et de ses sous-foyers. Le premier facteur conditionnant I'existence de la population imaginale est la population pré imaginale. Cette dernière étant très sensible aux traitements larvicides.(Anonyme, 1985), cela entraîne la réduction (voire la disparition) de la population adulte. Les résultats obtenus à ltwara, Siïsa et Aswa obéissent à cette règle. En effet, dès la mise en place des traitements en 1995, les densités simulidiennes (S.neaver) ont chuté pourdevenir nulles en 1996 à Kijura et Sogohi. Au fur et à mesure des traitements, la tendance s'est accentuée puisqu'aucune femelle piqueuse n'a été capturée en 2000 sur I'ensemble du foyer(ltwara, Sïisa, Aswa). Les résultats enregistrés en 2001 confirment I'absence de femelles piqueuses dans la zone. C'est le lieu de noter qu'avant les traitements larvicides, la densité simulidienne atteignait 19 000 piqûres par homme et par an. Du point de vue transmission, la dissection de femelles capturées avant les traitements larvicides révèle des taux d'infestations élevés chez S.neavei (o/o femelles infectées = 24o/o; % femelles infectieuses = 4%). Par ailleurs, après 6 ans de distribution d'ivermectine, la transmission était toujours intense à Kicheche (% femelles infectées =42%; % femelles infectieuses = 9.5% ; 470 Li/1000 pares). Ces données confirment le caractère hyper endémique du foyer d'ltwara et de ses sous foyers (SiÏsa et Aswa). Elles rejoignent également les observations d'autres auteurs qui retiennent que I'ivermectine n'interrompt pas la transmission. 4.3.7 Conclusions - Suggestions Les résultats ci-dessus, indiquent que les activités de traitement du foyer de ltwara et des sous-foyers de Sïïsa et Aswa concourent à l'élimination du vecteur dans cette région de I'Ouganda. ll est donc impératif de continuer les traitements au sol, surtout dans lè sous foyer de Aswa qui demeure actif (ponctuels gîtes positifs). En effet, sa proximité fait que les simulies peuvent atteindre facilement les gîtes d'ltwara et S'iisa. Ces derniers foyers devront continuer à faire l'objet d'enquêtes précises en période jadis reconnue de forte productivité simulidienne, afin de confirmer que les simulies sont effectivement et définitivement absentes desd its foyers. Certes les données bibliographiques indiquent que S.neavei a de la difficulté à reconstituer ses populations lorsqu'elles ont été fortement réduites. Reste cependant, que toute interruption dans le traitement contribue à une reconstitution rapide des populations simulidiennes. ll est à noter que les échecs de traitement peuvent également conduire au même résultat (augmentation des densités simulidiennes). La supervision régulière des équipes de terrain (captureurs notamment) devrait permettre d'enregistrer des iluctuations de la densité srmulidienne reflétant l'efficacité des traitements larvicides. Tout échec de traitement pourrait alors être vite décelé et circonscrit car attaché à une cause précise. I 35 Le vecteur à éliminer dans le foyer de ltwara et de ses sous foyers (Srïsa et Aswa) est S. neavei. Or cette espèce est vulnérable car sous la pression des traitements insecticides, la population décroît très vite. Par ailleurs, une réinfestation soudaine est peu probable car les populations de S.neavei se reconstituent très lentement (développement préimaginal long ; aspects phorétiques) et la déforestation ne favorise pas le déplacement des simulies. En outre, le foyer étant isolé, l'élimination du vecteur a de réelles chances de succès dans la zone. Reste cependant à résoudre le problème de l'insécurité qui, à certains moments, freine (voire empêche) les activités. ù 36 4.4. FOYER DE MPAMBA.NKUSI En décembre 1996, le projet de Mpamba-Nkusi a été approuvé comme faisant partie du projet « Elimination du vecteur dans le foyer de ltwara ». Sur recommandation du Comité Consultatif Technique du Programme APOC, le dit projet a été redéfini et séparé du foyer d'ltwara en 1998. Le projet a alors été approuvé comme étude de faisabilité d'un projet d'élimination du vecteur du foyer de Mpamba-Nkusi. 4.4.1. Présentation du foyer La zone concernée par l'élimination du vecteur est située dans la partie nord du District de Kibalé. Le foyer a été découvert en 1991 par Ayele et Walsh qui, du fait de la proximité de la ville de Kibale, I'on dénommé « foyer de Kibale ». La taille exacte du foyer n'est pas connue, mais elle est estimée à 100 Km2. L'altitude moyenne dans la zone fluciue de 900 à 1500 m. Un bon réseau de routes permet d'accéder aux différents points du foyer. Le district de Kibale a 3 préfectures: Bugangaizi, Buyanga et Buyaga. Seule cette dernière est endémique pour l'onchocercose; la population à risque est évaluée à 70.000 personnes. La préfecture de Buyaga est divisée en sous-préfectures. Parmi celles-ci, I'onchocercose est présente à Kagadi et Kyanaisoke arrosés par le fleuve R. Mpamba, à Muhooro sur les fleuves Nkusi et Ntengo et à ltlabaale sur le fleuve R. Mutungulu. La saison des pluies va d'août à novembre et la saison sèche de décembre à mars. Le reste de I'année, le temps est tantôt sec, tantôt pluvieux. En année de forte pluviométrie, I'on peut enregistrer jusqu'à 1200 mm de pluies. L'hydrographie du foyer est constituée de rivières pérennes. Elles coulent sous les galeries forestières mais restent néanmoins accessibles. Elles hébergent des gîtes à S. neavei qui sont productifs toute I'année. Le vecteur, au stade larvaire, vit en association phorétique avec des crabes du genre Potamonautes. La zone est caractérisée par une végétation haute (type herbe à éléphant) et des galeries forestières le long des cours d'eau. Certaines forêts sont pratiquement impénétrables. La zone du foyer, précédemment peu peuplé, a enregistré l'arrivée de nombreux migrants. Ces personnes proviennent des zones densément peuplées de la région du West Nile (district de Ara, Moya, Nebbi) et des vallées de Kigezi-Highlands du sud-ouest (districts de Kabale et Rukungiri) de I'Ouganda. Ces deux zones, origines des migrants, hébergent des foyers d'onchocercose (notamment les foyers de Wadelai, West-Niles et le foyer forestier de Bwindi) à prévalences élevées (56 à B0 % : Nelson, 1958 ; [Vlc Crae, 1962). La zone concernée par l'élimination du vecteur est en principe isolée, car le foyer le plus proche est à 40 Km, distance qui est au-delà de la capacité de vol de S. neavei. Par ailleurs, I'ivermectine est distribuée dans le foyer depuis 1992 par Sight Savers lnternational(ssr) , I 37 4.4.2. Nature des travaux Aucune enquête suivie n'a été réalisée dans le foyer de Mpamba-Nkusi. Toutefois, quelques sondages portant sur le vecteur (identité, supports des stades préimaginaux) et la prévalence de la maladie (Rapid Epidemiological Assessment : REA ; examen des biopsies cutanées) ont été réalisés dans les années 1990. Les objectifs de ces travaux se confondent à ceux de l'étude de faisabilité approuvée par APOC pour être exécutée dans le foyer de tt/pamba-Nkusi. lls se résument comme suit : Etablir I'identité du vecteur; Déterminer les limites des gîtes de reproduction de S. neavei; Préciser la dynamique des populations préimaginales et imaginales du vecteur ; Etablir les caractéristiques vectrices naturelles du vecteur : taux d'infestations, PMT, PAT, indices de transmission ; Collecter les données hydrologiques de base; elles sont indispensables à la mise en place des traitements ; Déterminer les points d'épandages et le rythme de traitement des gîtes ; Evaluer la sensibilité des larves au Temephos (dose, portée efficace). 4.4.3. Résultats acquis lls sont peu abondants, car à I'image des travaux réalisés sur le terrain a) Prospection des gîtes De septembre à décembre 1999,45 gîtes ont été prospectés sur les principales rivières (Mpamba, Nyabwegyereka, Rwabutuju, Ntengo, Murungu, lVlutunguru et Nkusi). Cette prospection a permis de récolter 632 crabes dont 246 (38 %) portaient des stades préimaginaux de S. neavei. Les crabes étaient fortement infestés sur les rivières lMpamba et Rwabutuju. Tandis que la charge était moyenne sur le Nyabwegyereka. Sur le [Vutunguru par contre, la population de crabes était très faible et aucun S. neavei n'a été récolté sur ce cours d'eau. De janvier à novembre 2000, toutes les rivières du foyer ont encore été prospectées pour déterminer l'aire de répartition des gîtes à S. neavei. Les captures et I'examen des crabes ont été faits selon les techniques de [Mc lVlahon (1958) et Raybould (1969). Les résultats montrent que sur 623 crabes capturés, 506 (80 %) étaient positifs et le nombre moyen de larves de S. neavei par crabe était de 10. En tenant compte d'une répartition mensuelle, la plus faible charge (5 larves/crabe) a été enregistrée en juin et la plus élevée (16 larves/crabe) en mars. Les crabes les plus infestés ont été rencontrés dans les rivières Mpamba et Nyabugando. L'identification des échantillons récoltés indique que S. neavei était présent partout sauf sur la rivière Nkusi où cette espèce était remplaçée par S. damnosum forme Nkusi. Les travaux préliminaires en sont à leur deuxième année. Les activités ont été essentiellement orientées sur la prospection des gîtes et le choix des points d'épandage en saison sèche. Ainsi, entre janvier et août 2001,642 crabes dont 343 (53.4%) infestés ont été récolté dans les rivières du foyer. Les crabes les plus infestés provenaient de la rivière I\4pamba. ; t a38 b) Captures - Dissections - Transmission En 1999,399 femelles ont été capturées entre septembre et décembre à Sioni, village situé dans la vallée de la rivière Mpamba. Les 167 femelles pares disséquées ont révélé 35 (21 %) femelles infectées et7 (4 %) infectieuses. De janvier à novembre 2000, des captures d'adultes ont également eu lieu à Sioni. Sur 1743 femelles capturées, on a enregistré 524 pares, 126 (24 %) infectées,24 (0.6 %) infectieuses et 40 Li/1000 pares. Quant aux captures effectuées à Rurembo en octobre et novembre 2000, elles ont permis de récolter 129 femelles dont 27 pares, 10 (31 %) infectées, 2(7.4 %) infectieuses et 111 Lil1000 pares. Enfin de mai à novembre 2OOO, 14g4 femelles ont été capturées à Nyabudango. La dissection de ces femelles a révélé 363 pares, 99 (27 .3 %) infectées, 19 (52 %) infectieuses et 47 Lil1000 pares. En 2001, des captures ont également été effectuées aux trois points de capture du foyer. Les caractéristiques vectrices enregistrées à Sioni étaient de 33.g% de femellespares, 14.7o/o d'infectées,2.7o d'infectieuses, un PMT de 13 et 50 Li/1000 pares. A Rurembo, il a été observé 26.5% de femelles pares, 20.4o/o d'infectées, 0.6% d'infectieuses, 21 Lil1000 pares et un PMT égal à 28. Enfin, à Nyabugando, les résultats de la transmission étaient de 27.8% de femelles pares, 18.3% de pares infectées, 3.5% d'infectieuses, 61 Li/1000 pares et un PMT égal à 86.2o/o. c) Traitementslarvicides Un traitement expérimental a été effectué sur la rivière Mpamba en novembre 2000. Ce traitement a été précédé par une collecte de données de prétraitement portant sur les crabes, les gîtes de S. damnosum s. l. I'eau de la rivière (pH, température, conductivité) et le débit du cours d'eau. Les résultats du traitement insecticide indiquent une réduction de l'infestation des crabes de la rivière allant de 66.7 % à 92.5 %. ll en est de même chez les crabes enfermés dans les cages d'expérimentation placés dans le lit de la rivière, où les taux de réduction fluctuent entre 98.5 % et 100 %. Quant aux supports qui hébergeaient des S. damnosum s. l. ou d'autres Simuliidae, ils ont été tous négativés à 1OO o/o par la vague d'insecticide. Par contre, la faune non cible (trichoptères, sangsues, scarabées d'eau) n'a pas été affectée. Lors de I'expérimentation, le débit de la rivière Mpamba était de 1.126 m3/s, la température de l'eau de 19.2'C et la portée de I'insecticide estimée à S Km. L'expérimentation conduite en juillet 2001 avait pour but de déterminer la portée efficace du téméphos en saison sèche. Les rivières Mushandikwa et Rwabutuji ont éte retenus pour les tests. Des cages, contenant 4 à 7 crabes portant des stades préimaginaux de S neavei, ont été placées dans les rivières. Ces derniers ont été traités avec 300 ml(lVlushandikwa) et 500 ml (Rwabutuji) de téméphos. Les contrôles post traitement, effectués 48 heures après l'épandage, ont révélé que la portée efficace (100% de mortalité des larves) du téméphos était d'environ 2km. d) Prévalence de l'Onchocercose L'Onchocercose est endémique dans le foyer de Mpamba-Nkusi. Nelson (1g58) et l\4c Crae (1962) situent la prévalence entre 56% et 80%. Dans la vallée de la rivière lVpamba, une enquête épidémiologique effectuée à Nyabwereba a révélée 92% d'onchocerquiens dans la communauté (Ayele et Walsh, 1991) Le prurit est reconnu comme l'une des manifestations cliniques les plus sévères de I'onchocercose. En 1995, I'enquête REAfit ressortirque le prévalence des nodules variait de46o/o à 53%, Reste que dans la région de Kagadi, les villages les plus atteints étaient Nyabwereba ù 39 (53%) et Sioni (60%). Alors que dans la région de Kyanaisoke,46.70/o et 30% de porteurs de nodules ont été récensés respectivement à Kanyabeebe et Mpamba. e) lsolement du Foyer Le foyer de Mpamba-Nkusi présente des similitudes (géographie, écologie) avec le sous-foyer de S'iisa dans le district de Kabarole. Les données préliminaires indiquent que ledit foyer est écologiquement et géographiquement isolé. En effet, S .neavei est pratiquement I'unique vecteur du foyer, car les S. damnosum s. /. rencontrées sont essentiellement ornithophiles (Colbourne et Crosskey, 1965). Par ailleurs, le foyer de Bugoma au Nord est éteint (Walsh et al, 1996). A I'Est, la rivière Mutungulu n'héberge que de faibles quantités de crabes, d'où l'absence de S. neavei. Enfin, les conditions écologiques sont telles qu'aucune réinvasion ne peut venir de I'Est ou du Sud. Reste I'Ouest, où des prospections devraient permettre de fixer la limite du foyer. f) Formation L'exécution d'un programme de lutte, tel qu'envisagé dans le foyer de Mpamba- Nkusi, nécessite un personnel (cadres, techniciens, captureurs) qualifié. La formation de ce personnel local sur tous les aspects techniques et pratiques de l'évaluation entomologique, est de première nécessité. Certes, un entomologiste et quatre captureurs sont déjà opérationnels mais ce personnel s'avère insuffisant pour couvrir tout le foyer. 4.4.4. Situation TIDC dans le Foyer Le foyer de [\4pamba Nkusi est situé dans le district de Kibaale. Dans ce dernier, la population totale de la zone endémique s'élève à 112.884 personnes. Cette population est répartie en 154 communautés dont 136 en zone d'hyperendémie onchocerquienne et 18 en zone mésoendémique. Le traitement de masse à l'ivermectine a démarré en 1992 avec les campagnes de SSl. Dès 1994, 111.154 personnes étaient traitées à I'ivermectine. ll faut noter que le TIDC a été adopté en 1999 et la première distribution s'est achevée en août de la même année, soit un mois avant le démarrage du projet « Elimination du Vecteur ». En 2000, le taux de couverture thérapeutique était de 65% (63841/98816). Ce taux est de74% (832991112884) en 2001 . Le TIDC est dans sa phase 4. 4.4.5. Budget des Activités Pour permettre le démarrage et la poursuite des activités d'élimination du vecteur, le Programme APOC a assuré un appui financier régulier sous forme de lettres d'accord. Le tableau ci-dessous résume le volet financier du projet. q t Période couverte Cash Vire sur le terrain US $ Montant dépensé US $ Achat d'équipement Coût tota! lVlai 99-Dec 00 46,051 30,664 60,240 90,904 Janv 01-Dec 01 15,387 NA 17,560 17,560 Total 167,910 30,664 77,800 108,464 ÿ t40 4.4.6. Discussions - Commentaires Les différentes prospections effectuées dans le foyer de Mpamba-Nkusi concordent sur I'identité du vecteur responsable de I'onchocercose. ll s'agit de S.neavei. Cette espèce au regard des travaux effectués en 2000 est présente toute I'année dans les gîtes du foyer. Sa population préimaginale est la moins abondante sur les crabes entre mai et août. Ceries, S.damnosum forme Nkusi est présent dans les gîtes de la rivière Nkusi, mais cette espèce n'est pas anthropophile (Colbourne et Crosskey, 1965). L'abondance et la répartition des stades préimaginaux de S.neavei permettent d'orienter les traitements larvicides depréférence vers les rivières Mpamba et Rwabutuju qui abritent les crabes les plus infectés. Les résultats des captures et dissections effectuées entre septembre 1g9g et novembre 2000 montrent que dans le [\4pamba-Nkusi, S.neayei est un bon vecteur de l'onchocercose. En effet, le nombre de femelles infectieuses par 1000 pares varie de 42(Sioni) à 74 (Rurembo), or le seuil tolérable dans l'aire de I'OCP est d'une femelle infectieusepar 1000 pares. ll en est de même du nombre de larves infectantes par 1000 pares qui fluctue entre 40 et 111, alors que la limite admise est de 10 Li/1000 pares. Les caractéristiques vectrices (PMT;Nb Li/1000 pares) enregistrées en 2001 sont équivalentes(voire supérieures) à celles observées en 2000. C'est dire que le risque est réel pour les populations humaines vivant au contact de S.neayei dans le foyer de Mpamba-Nkusi. Certes, l'association phorétique avec les crabes limite la pullulation des simulies (nombre de piqÛres/homme/jour généralement inférieur à 30). Reste cependant que ces faibles densités sont capables d'assurer une transmission intense. Cette transmission demeure élevée malgré la distribution d'ivermectine. ll faut dire que ce phénomène, observé également à Kicheche (district de Kabarole) a été signalé par de nombreux auteurs. Cés derniers reconnaissent que ['ivermectine n'interrompt pas la transmission. Le traitement expérimental effectué sur la rivière Mpamba Nkusi en 2000, a entraîné une réduction drastique (66.70/o - 100%) de l'infestation des crabes. ll en a été de même en 2001, où le traitement des rivières lVushandikwa et Rwabutuji a entraîné l}Oo/o de mortalité des larves sur 2 km. Ce résultat corrobore les observations faites dans d'autres foyers(ltwara, Sifsa, Aswa) et indique que le Temephos est le larvicide de choix pour les traitements au sol des gîtes à S.neavei. Son efficacité et sa portée active permettent d'assainir les gîtes après quelques cycles de traitement. Reste à résoudre avant les traitements larvicides, le problème de dosages en fonction du débit et celui du nombre de points d'épandage. 4.4.7. Conclusions - Suggestions L'expérience acquise par ocP dans le domaine de l'enregistrement des résultats entomologiques, a permis à cette lnstitution de finaliser d'excellentes fiches de collecte des données. ll est donc préférable d'utiliser ces fiches car elles rendent mieux compte des captures, identifications, dissections et infestations des simulies. Ces fiches permettent à tout un chacun de vérifier et d'interpréter les résultats. Les identifications des échantillons récoltés indiquent que les simulies présentes dans le foyer de [i/pamba-Nkusi sont s.neavei et s.damnosum forme Nkusi. cette dernière espèce, bien que classée non anthropophile, mériterait d'être mieux caractérisée et son statut de vecteur défini. La formation du personnel local, garant de la continuité et de l'efficacité des activités de lutte, est de première nécessité. ll devra être formé sur tous les 4l aspects techniques et pratiques de la lutte antivectorielle (notamment l'évaluation entomologique et les traitements insecticides). La biologie de S. neavei, le succès du traitement larvicide expérimental, l'étendue du foyer, I'isolement écologique et géographique du foyer et l'accessibilité des rivières en toute saison, sont autant d'éléments qui indiquent que l'élimination du vecteur dans le foyer de tr4pamba-Nkusi peut être entreprise avec de réelles chances de succès. Reste à résoudre le problème de I'insécurité qui, à tout moment, peut freiner (voire empêcher) le déroulement des activités de lutte antivectorielle. I t a42 5. CONCLUSION GENERALE Elle résume les points relatifs à la formation du personnel local des projets, à la supervision des activités et à la réalisation de I'objectif final des différents projets d'élimination du vecteur : - L'expérience acquise par OCP indique que I'exécution d'un programme de lutte telqu'envisagé dans les foyers de Tukuyu, Bioko, ltwara et Mpamba-Nkusi, nécessite un personnel qualifié. La formation ou le recyclage de ce personnel national est indispensable. Compte tenu du besoin réel de formation au niveau de tous les pays, des dispositions doivent être prises non seulement au niveau des pays (notamment la sélection objective des candidats), mais également au niveau d'APoc (organiser la formation). - L'efficacité des opérations d'élimination du vecteur est liée à la continuité dans les actions de lutte antivectorielle. Cette dernière est évaluée grâce à la surveillance entomologique. L'expérience d'OCP indique que la supervision des activités reste une des clés du succès, car elle assure la qualité de la récolte des données. ll est donc souhaitable que des dispositions soient prises pour assurer la supervision des activités (essentiellement la surveillance entomologique) menées dans le cadre des différents projets d'élimination du vecteur. Les coordonnateurs des projets et ApOC doiventjouer les premiers rôles. - les exposés sur l'élimination du vecteur dans les différents foyers répartis en Tanzanie, en Guinée Equatoriale et en Ouganda, ont été I'occasion d'apprécier l'état d'avancement de chaque projet. ll apparaît très nettement que les projets ont été engagés sur la base d'éléments tels que la taille du foyer, son isolement, les données de-bàse disponibles et le coût comparé au TIDC. Reste que la faisabilité pratique des projets n'a pas été assez prise en compte et certains facteurs (limite réelle du foyer, accessibilité des gîtes, risque de réinvasion) ont donc été parfois sous-estimés. Certes, quand le vecteur est S. neavei, les facteurs évoqués ci-dessus sont plus ou moins atténués du fait même de la bioécologie du vecteur. Par contre avec S. damnosuln s. /., les facteurs limitants deviennent nombreux : supports abondants, accessibilité difficile à tous les gîtes, densités simulidiennes généralement élevées, capacité de vol élevée. Or 100 o/o de couverture des gîtes est une condition sine qua non pour une élimination du vecteur. Par ailleurs, il était entendu que dans les foyers sélectionnés, l'élimination du vecteur serait complète, définitive et rapide. Cet objectif demeure réalisable pour les foyers de ltwara et Mpamba-Nkusi. Par contre la réalité du terrain oblige à reconnaître que l'élimination du vecteur à Tukuyu et Bioko risque d'avoir été un objectif trop ambitieux. ) a a 43 6. REMERGIEMENTS ll me plait de remercier ici tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont permis la réalisation de la présente synthèse sur l'élimination du vecteur de l'onchocercose dans certains foyers d'Afrique centrale (Bioko en Guinée Equatoriale) et de I'Est (ltwara et tVlpamba-Nkusi en Ouganda, Tukuyu en Tanzanie). Nous remercions tout particulièrement Monsieur le Docteur A. SEKETELI, Directeur du Programme APOC, pour m'avoir accordé sa confiance en me confiant I'analyse et la mise à jour de données de tous ordres, pertinentes pour statuer sur les possibilités et les conditions d'élimination des vecteurs. Sa compétence et son expérience des différents foyers nous ont été utiles lors de la rédaction. Monsieur le Docteur M. NOMA qui, par sa remarquable connaissance des foyers et sa grande disponibilité, m'a apporté une aide précieuse et efficace. Notre travail a été facilité par I'assistance de nombreuses personnes (responsables des services administratifs et financiers, secrétaires, chauffeurs) dont nous tenons à souligner la compétence, le dynamisme et le dévouement. D a I a t
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Panorama de la situation des projets d’élimination du vecteur
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