Prevalence et causes de la cecite au Congo A.-D. Negrel,' B. Massembo-Yako,2 E. Botaka,2 D.C. Minassian,3 & R. Coddy- Zitsamele4 Pour la premi6re fois en Afrique equatoriale et centrale, une enquete nationale de pr6valence de la c6cit6 et des maladies oculaires a 6tA men6e au Congo A partir d'un echantillon tire de la population. Si l'on compare les donn6es recueillies A celles en provenance d'autres pays africains, deux enseignements meritent d'etre retenus: le faible taux de prevalence de la c6cite, et la tres rare 6ventualit6 de l6sions corn6ennes bilat6rales. Conformement aux proc6dures de sondage etablies par le Programme OMS de Prevention de la C6cit6, 7041 personnes ont 6t6 s6lectionn6es et examinees. La prevalence de la c6cit6 (acuit6 visuelle inf6rieure A 0,05 pour le meilleur oeil) se chiffre A 0,3% (soit 5700 personnes). La pr6valence de la baisse de vision (acuit6 visuelle comprise entre 0,3 et 0,05) se chiffre A 2,1% (40 000 personnes). Les principales causes de c6cit6 et de baisse de vision sont la cataracte (81% et 80%) et le glaucome (9% et 3,4%). Au Congo, 22 000 personnes auraient besoin d'etre oper6es de la cataracte: le fardeau que represente la c6cit6 dans ce pays pourrait etre all6ge dans une proportion des quatre cinquiemes grfice A la chirurgie de la cataracte et A la fourniture de verres d'aphaques. Introduction Chevauchant l'equateur, le Congo (342 000 km2) est partiellement recouvert par la foret dense dont le pays tire une partie de ses ressources. La population residente a ete estimee a 1 900 000 personnes en 1985 (1) avec un taux d'accroissement annuel de 3,48%. A cette date, 51% de la population residait dans les villes: Brazzaville et Pointe-Noire regroupaient a elles seules 46% de la population du pays. En dehors de l'axe de circulation reliant ces deux metropoles, l'oc- cupation humaine du territoire national reste clair- semee. A l'echelle du continent africain, le Congo represente donc un pays a dominante urbaine. Pour juger de l'opportunite de mettre en place un programme national de prevention de la cecite, les autorites sanitaires ne disposaient d'aucune statis- tique fiable et pertinente en dehors des donnees emanant des services hospitaliers. Par ailleurs, aucun pays appartenant a la meme zone ecologique et climatique ne disposait de donnees epidemiolo- giques pouvant etre utilisees comme indicateurs de reference. I Programme OMS de Pr6vention de la Cecite, Organisation mondiale de la Sante, 1211 Geneve 27, Suisse. 2 Centre hospitalier universitaire, Brazzaville, Congo. 3International Centre for Eye Health, Institute of Ophthalmology, Londres, Angleterre. 4Ministere de la Sante et des Affaires sociales, Direction de la Medecine pr6ventive, Brazzaville, Congo. NO de tire a part: 5068 C'est pourquoi, a la demande du Ministere de la Sante et des Affaires sociales, il a ete decide de conduire une enquete nationale a partir d'un echan- tillon representatif tire de la population generale, pour estimer: a) la prevalence globale; b) les causes principales de cecite et de baisse de vision qui affec- tent les populations congolaises. Ainsi, grace a une etroite collaboration entre la Direction de la Medecine preventive, le Service d'Ophtalmologie du Centre hospitalier universitaire et le Programme OMS de Prevention de la C6cite, 28 grappes reparties en deux strates ont ete identifiees et examinees. Materiel et methode La constitution de l'echantillon s'est conformee aux procedures de sondage en grappes proposees et deja largement utilisees par le Programme OMS de Prevention de la Cecite (2,3). L'echantlllon: constitutlon et taille L'existence de donnees demographiques recentes et fiables (1) a permis de delimiter les deux strates suivantes: i) une strate urbaine-aux quatres "com- munes" du document de recensement ont ete ajoutees les agglomerations de Mossendjo et de Ouesso ainsi que toutes les localites abritant plus de 3000 person- nes; ii) une strate rurale et forestiere (strate "rurale") regroupant toutes les autres localites. A partir d'une base de sondage specifique a chacune des deux strates, il a ete procede a un tirage aleatoire a plusieurs degres (designation des localites/ quartiers, puis de la grappe) pour la designation des Bulletin de lOrganisation mondlale de la Sant&, 6 (2): 237-243 (1990) © Organisation mondiale de la Santb 1990 237 A.-D. N6grel et al. 28 grappes (220 a 280 personnes) constituant l'echan- tillon national. Les differents tirages ont toujours respecte les principes de la methode dite des "totaux cumules". Dans cette etude, l'unite statistique est represen- tee par toute personne (sans discrimination d'age), ayant, 'a la date du passage de l'equipe, reside au moins six mois dans la localite designee. Tout en gardant a l'esprit les contraintes d'ordre logistique et financier, et pour garantir une precision statistique acceptable (c'est-a-dire etre certain a 92% d'identifier un taux de prevalence de la cataracte cecitante superieure 'a 0,005 quand en fait elle est de 0,01), il a ete estime que la taille de l'echantillon devait etre de 3500 personnes pour chacune des deux strates. Definition de ia ckcit Conformement aux recommandations de l'OMS, le terme "baisse de vision" se refere aux categories 1 et 2 des deficiences visuelles de la Classification inter- nationale des Maladies (4). Elles correspondent a une acuite visuelle inferieure a 0,3 mais superieure ou egale a 0,1 (categorie 1) et a une acuite visuelle inferieure 'a 0,1 mais superieure ou egale 'a 0,05 (categorie 2), Le terme <<cecite> se refere aux categories 3, 4 et 5 des deficiences visuelles et regroupe les acuites visuelles inferieures a 0,05. Proc6dures d'examen et saisie de l'information Un protocole de recherche et quatre guides d'action ont ete rediges a l'intention des personnels impliques dans le recueil des donnees. Toutes les procedures ont respecte les directives emises par le Programme OMS de Prevention de la Cecite (3,5). o Des renseignements gen'eraux (socio-e&conomiques, culturels, etc.) ont ete recueillis pour chacune des grappes. Une identification precise (notamment age, sexe et lieu de filiation) a ete effectuee pour chacun des invividus inclus dans l'echantillon. o L'acuite visuelle a ete mesuree grace au "E de Snellen" montre 'a une distance de six metres. L'examen du segment anterieur du globe oculaire (paupieres, cils, conjonctives, cornee, aire pupillaire) a ete systematiquement pratique chez tous les sujets grace a une loupe binoculaire. Les symptomes de trachome (actif et/ou cica- triciel) ont ete systematiquement recherches apres eversement des deux paupieres superieures et enregis- tres conformement aux instructions de codage pro- posees par l'OMS (5). L'hemeralopie, la tache de Bitot et le xerosis corneen ont ete recherches chez tous les enfants ages de moins de cinq ans. Chez toutes les personnes dont l'acuite visuelle, monoculaire ou binoculaire, etait inferieure 'a 0,3 et non ameliorable par le test du trou stenopeique, la serie suivante d'examens a ete pratiquee: - mesure de la pression intra-oculaire (tonometre de Schiotz); -examen a la lampe a fente portative en chambre noire; - ophtalmoscopie directe apres dilatation pupillaire. Tous les r'esultats ont ete enregistres sur la fiche d'examen oculaire (version II) proposee par le Programme OMS de Prevention de la Cecite. R6sultats Reprdsentatlvit de 1'4chantillon et participation Au terme de l'etude, 7041 personnes avaient ete recensees dans les 28 grappes etudiees (3496 pour la strate urbaine et 3545 pour la strate rurale), alors que 6185 d'entre elles avaient pu etre totalement examinees (3035 pour la strate urbaine et 3150 pour la strate rurale). Le taux de participation se chiffre globalement a 88% (tableau 1). La repartition par age et par sexe (fig. 1 et 2) des personnes incluses dans l'echantillon se revele etre tres proche de celle de la population generale du Congo, a l'exception d'un "decrochage" sensible dans le sens d'une sous-representation masculine pour les ages compris entre 15 et 49 ans. La couverture satisfaisante (88%) et la tres bonne representativite de l'echantillon autoriseront certaines remarques generalisables a l'ensemble de la population congolaise. Pr6valences de la c6cit6 et de la baisse de vision Les resultats d'ensemble sont presentes dans le ta- bleau 2. Privaience on fonction de 1'9ge (fig. 3). La cecite et la baisse de vision binoculaires ne representent en fait de veritables problemes d'ophtalmologie de sante publique que pour le groupe des personnes agees de plus de 50 ans. Tableau 1: Participation A I'enqubte our la prAvalence et les cauos de c6cit6, Congo, 1988 Personnes Participation Strates Recensees Examinees (%) Urbaine Brazzaville 1871 1552 83 Autres villes 1625 1483 91 Rurale 3545 3150 89 Total 7041 6185 88 WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990.23 Prevalence et causes de la c6clte au Congo Fig. 1. R6partitlon par ige: comparalson entre l'4chantillon et la population: hommes. Fig. 2. R1partitlon par ige: comparalson entre I'dchantillon et la population: femmes. Enqu6te sur la c&citM, Congo 1988 Prvaelence en tonction du -xe (tableau 3). La cecite et la baisse de vision binoculaires se rencontrent plus frequemment chez la femme (taux bruts et standar- dises). Prdvalences en fonction du lieu de rsidence (tableau 4). L'analyse des taux bruts de prevalence revele que la cecite et la baisse de vision binoculaires affectent plus souvent les populations rurales (pres de 0,4% et de 2,8%) que les populations urbaines (0,2% et 1,4%). Il existerait donc, quantitativement, plus d'aveugles donc plus de problemes de sante oculaire 'a prevenir et/ou a resoudre en milieu rural. Peut-on pour autant conclure que la sante oculaire est meilleure dans les centres urbains qu'elle ne l'est dans le reste du pays? La reponse a cette question ne peut etre trouvee WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. 239 A.-D. N4grel et al. Tableau 2: Pr6valoncos de Ia c6cIt6 ot dole bals, de vision, Congo, 1968 Prevalences (%) Cecit6' binoculaire 0,3 Baisse de vision" binoculaire 2,1 C6cite monoculaire 0,6 Cecite: meilleure vision <0,05. Baisse de vision: meilleure vision <0,3 mais >0,05. Tableau 3: Pr4valoncs do Ia c6clt ot de Ia balso do vision binoculalres en fonctlon du soxe, Congo, 1988 C6cit6: taux (%) Baisse de vision: taux (%) Sexe Bruts Standardises Bruts Standardis6s Masculin 0,22 0,19 1,38 1,24 F6minin 0,37 0,30 2,73 2,16 Tableau 4: Pr6valencos do Ia c6ct et de Ia balo de vision on fonctlon du lieu de r6sidence, Congo, 1966 Cecit6: taux (%) Baisse de vision: taux (%) Strates Bruts Standardis6s Bruts Standardises Urbaine 0,23 0,33 1,42 2,11 Rurale 0,37 0,21 2,78 1,61 qu'apres standardisation directe des taux que l'on veut comparer. En effet, la cecite etant etroitement liee a l'age, une telle comparaison ne pourra etre tentee qu'en se plagant dans l'hypothese otu les deux populations a l'etude presenteraient une structure demographique identique (la population "Afrique 1985" etant utilisee comme r6f6rence). Nous con- statons dans ce cas que l'ajustement ne confirme Fig. 3. C6cIt et balm de vision: pr6valnco on fonctlon de ll'go. 50% 30% - 20% - 10% 0% 0 Age <50 50-59 60-69 70 C&M ~~~~0,71% *1.12% 7% aissedevision .15%C 2,4%o 15n1% 41,1%98 Congo, 1988 Tableau 5: DIstrIbutIon on pourcentage dos dilffrentes causos de d6ficlences vlsuellos, Congo, 1988 Atteintes Bilaterales Unilaterales Baisse Cause C6cit6 de vision Cecite Affections de la cornee - 1,4 36,0 Cataracte 81,0 80,0 29,0 Glaucome 9,0 3,4 2,0 Retinopathies 5,0 - - Iridocyclites 5,0 - - Affections maculaires - 5,5 5,0 Atrophies optiques - - 7,0 Amblyopie/refraction - 3,4 - D6sorganisation du absence de globe oculaire - - 17,0 Etiologies non determin6es - 6,3 5,0 nullement l'impression obtenue apres l'analyse com- parative des taux de prevalence brute. Ainsi, les prevalences standardisees sont plus importantes en milieu urbain (cecite: 0,3%; baisse de vision: 2,1%) qu'en milieu rural (cecite: 0,2%; baisse de vision: 1,6%. On peut tenter d'expliquer les resultats con- tradictoires fournis par cette double analyse en remarquant que: i) la population recensee dans la strate urbaine s'est revelee etre en moyenne plus jeune (population "active") que celle de la strate rurale; ii) au cours de l'enquete, les cas de cecite affectant des jeunes ont ete plus souvent diagnos- tiques en milieu urbain. Couses de Ia c&ci1 et de a balsse de vision (tableau 5, fig. 4 et 5) En cas de deficiences visuelles bilaterales, la cataracte senile represente la cause la plus frequente de cecite (81%) et de baisse de vision (80%). En cas de perte unilaterale de la vision, les lesions corneennes (36%) et les desorganisations du globe oculaire (17%) predominent largement: les traumatismes (36%) et les infections oculaires (31%) se sont reveles etre les grands pourvoyeurs de oecite monoculaire. Les autres causes de cecite seront plus lon- Fig. 4. Causos de c6clti, Congo, 1968. Catarate: 81% (op6mble: 76% aphaquie: 5%) lddocyckiles: 5% P R6tinopathies: 5% ucome: MO WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990.240 Privalenc et causes de Ia c4cIt au Congo Fig. 5. Causes do balo do vision, Congo, 1988. Catracts % (aphaquie 3%) a Com6e: 1,4% R6l1raction: 3.4% tGIaucome: 3.4% Macula: 5,5% is causes: 6,3% guement etudiees ulterieurement. II est interessant de remarquer qu'au cours de l'enquete, aucun cas de trichiasis n'a ete diagnostique. Le trachome, sous sa forme folliculaire (TF), n'a ete decele que chez huit enfants, appartenant a trois familles particulierement defavorisees de la strate urbaine. Par ailleurs, ni la xerophtalmie, ni l'onchocercose n'ont ete identifiees comme causes de cecite. Besolns en matlMre de solns oculaires essentlols (tableau 6) Compte tenu du taux de participation, de la represen- tativite de l'echantillon et de la nature des donnees recueillies au cours de l'enquete, il est raisonnable d'estimer qu'environ 5700 aveugles et 40000 mal- voyants vivent au Congo. De la liste des besoins presentee au tableau 6, il apparaet que l'arriere de cas de cataracte en attente d'une intervention s'eleve a 22 000 cas au moins. Tableau 6: Besomns en essentslis, Congo, 1988 matlre de solns oculaires Populations Type de traitement Urbaine Rurale Total Chirurgie de la cataracte 11 600 10 500 22 100 Chirurgle du glaucome 530 1 140 1 670 Verres correcteurs 12 300 2 300 14 600 Autres traitements oculaires 7 000 7 770 14770 Total 31430 21710 53140 Discussion Cataracte Au Congo, la cataracte represente la principale cause de cecite (81%) et de baisse de vision binoculaire (80%). En effet 76% des aveugles rencontres au cours de cette etude presentaient une cataracte a l'origine de leur cecite. Par ailleurs, 5% d'entre eux ne benefi- ciaient pas pleinement de l'intervention chirurgicale qu'ils avaient pourtant subie, car ils ne possedaient pas les verres correcteurs que leur aphaquie imposait. Ainsi, a l'echelle du pays on peut estimer que 4600 aveugles (sur un total de 5700) doivent leur infirmite a la cataracte, et que 32000 personnes presentent une importante deterioration visuelle en rapport avec une opacification du cristallin. Rappe- Ions que l'etude prospective sur les besoins immediats en matiere de chirurgie de la cataracte a fait ressortir que 22 000 personnes auraient besoin d'etre operees. Compte tenu de l'allongement de l'esperance de vie enregistree depuis deux decennies, la prevalence de la cecite tendra a augmenter dans le futur, a moins que des mesures de renforcement des structures dis- pensant des soins oculaires ne soient arretees des a present. La cataracte merite donc d'etre la cible prio- ritaire d'un programme national de prevention de la cecite. La prise en charge de ce probleme ferait tomber de 50% a 60% I'actuel taux de prevalence de la cecite. Une action coordonnee pour atteindre cet objectif necessitera: - le developpement d'une campagne nationale de sensibilisation (notamment education pour la sante, information du corps medical, prise de conscience de l'existence du probleme par les decideurs et les res- ponsables); - la promulgation d'une politique de sante oculaire, avec l'integration du concept de soins oculaires primaires dans la dynamique des soins de sante primaires; - la formulation d'un programme national de pre- vention de la cecite et d'un plan operationnel don- nant la priorite a la prise en charge de la cataracte; - une meilleure connaissance de l'utilisation des services de sante oculaire existants et l'inventaire des ressources existantes et manquantes. Pour mener a bien un tel programme de grande envergure, il sera primordial: i) d'intensifier le depis- tage et la selection des cas a l'6chelon le plus peri- pherique; et ii) de transf6rer les cas "operables" au niveau secondaire (district) oii l'intervention chirur- gicale aura a lieu. Pour cela, des services curatifs devront etre renforces ou crees au sein des hopitaux regionaux. Par ailleurs, la formation en nombre suffisant du personnel necessaire pour intervenir a ces differents niveaux devra retenir toute l'attention des plani- ficateurs. Glaucome (A angle ouvert; chronique) Cette affection represente la deuxieme cause de cecite (500 cas) et la quatrieme cause de baisse de vision (1350 cas environ). WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. 241 A.-D. N6greI et al. Signalons que les donnees recueillies par l'en- qu'te ne permettent pas d'evaluer la prevalence du glaucome a angle ouvert au Congo. En effet, seuls les cas presentant une acuite visuelle inferieure a 0,3 ont ete enregistres. Au terme de cette analyse globale, on peut simplement retenir qu'environ 0,1% de la popu- lation congolaise presente une baisse importante de la vision ou une cecite pouvant etre attribuee au glaucome 'a angle ouvert. Affections maculaires Dans leur expression binoculaire, il s'est presque toujours agi de degenerescences maculaires seniles. Cette affection se classe au deuxieme rang des affec- tions pourvoyeuses de baisse de vision (5,5% des cas). Anomalies de la refractIon II a pu etre estime que 3,4% des sujets presentant une baisse de vision bilaterale devaient leur handicap soit a une forte myopie, soit a une hypermetropie ou a un astigmatisme importants. Autres causes Compte tenu de la large predominance de la cataracte, certaines causes de cecite ou de baisse de vision interessant le pole posterieur du globe oculaire ont pu etre masquees. Nous retiendrons pourtant l'existence des retinopathies (diabetiques pour la plupart), comptant pour 5% des cas de cecite. Les uveites (iridocyclites et chorioretinites dont l'etiologie exacte n'a pu etre precisee par les moyens mis a la disposition des enqueteurs) representent egalement 5% des cas de cecite. Dans le contexte africain, l'originalite de cette enqu'te se situe dans le faible poids des I'sions invalidantes de la cornee (aucun cas de cecite et seulement 1,4% des cas de baisse de vision bilaterale) alors que dans d'autres contextes ecologiques et climatiques la responsabilite corneenne se chiffre a 20% ou 30% des cas de cecite (6, 7).*b Cette absence presque totale de lesions corneennes invalidantes explique en partie les taux de prevalence etonnam- ment moderes que nous avons enregistres. Ainsi, contrairement a ce qui se passe dans d'autres pays de la zone intertropicale, ni le trachome, ni la xerophtalmie, ni l'onchocercose ne figurent dans la liste des causes de cecite qui sevissent au Congo. L'onchocercose existe pourtant bel et bien Available data on Blindness. (Document WHO/PBL/87.14, non publi6, 1987). b Yattasaye, M. Evaluation de la pr6valence et de l'6tiologie des handicaps visuels dans la premiere r6gion du Mali, 1986 (thbse de doctorat). dans le pays: elle s'y presente sous les tableaux typiques (epidemiologique et clinique) des regions de foret ombrophile, oCu cette affection ne provoque que peu de lesions invalidantes. Les foyers ofu elle sevit sont bien delimites et ont fait localement l'objet de plusieurs etudes (non publiees). Un projet de distribu- tion d'ivermectine (MectizanR) est actuellement en preparation. Signalons qu'au cours de l'enquete aucune des grappes aleatoirement designees n'appar- tenait a un foyer d'onchocercose connu et que le plan de sondage, en raison de contraintes financieres, n'avait pas prevu de delimiter une strate speciale pour preciser les caracteristiques epidemiologiques de cette affection. II faut enfin souligner que la preparation et l'execution de l'enquete ont permis de familiariser deux equipes nationales avec les procedures de sondage et les methodes d'examen les plus com- munement utilisees lors des etudes de prevalence de la cecite. Conclusions Ces donnees concernant la cecite, recueillies pour la premiere fois dans un pays equatorial d'Afrique cen- trale, se singularisent par: - un faible taux de prevalence de la cecite bi- noculaire (0,3%). II s'agit, a notre connaissance, du taux le plus faible enregistre a ce jour dans un pays africain; la modeste responsabilite des affections cor- neennes dans la survenue des deficiences visuelles binoculaires; - I'absence du trachome dans la liste des affections pourvoyeuses de cecite. Le plan de sondage et la designation aleatoire des grappes incluses dans l'enquete ne permettent pas de formuler de conclusions definitives concernant une eventuelle responsabilite cecitante de l'onchocercose. Meme si la pratique quotidienne des ophtal- mologistes congolais reste marquee par la constante presence des affections oculaires dites "tropicales", cela ne se reflete que peu dans le panorama des causes de cecite revelees par cette etude. Celui-ci presente en effet, et de facon assez surprenante, un profil d'affections plus "universelles", comme la cataracte, le glaucome et les degenerescences maculaires. II semble qu'au Congo les infections oculaires majeures soient partiellement maitrisees ou totalement inexistantes sous leur forme cecitante. Pourtant, les possibilites chirurgicales restant encore tres limitees (on compte seulement un ophtal- mologiste pour 350000 habitants), de nombreuses personnes atteintes de "cecite guerissable" demeurent malgre tout aveugles en raison de cataracte non 242 WHO Bulletin OMS. Vol 68 1990. Pr6valence et causes de Ia c6cIte au Congo operee ou de glaucome non depiste. Or, la prevalence de ces affections est susceptible d'etre notablement diminu&e par la mise en place d'un programme national de prevention de la cecite. Un tel programme, erigeant la cataracte en cible prioritaire, favoriserait un developpement global et rationnel des personnels et des services (y compris la fourniture de verres correcteurs). Sur le plan de la sante oculaire, le Congo occupe donc une position "intermediaire" entre les pays oCu se rencontrent simultanement plusieurs endemies cecitantes majeures et de faibles potentialites thera- peutiques, et les pays dotes de services medicaux bien structures ayant une parfaite maitrise des causes infectieuses de cecite. D'une certaine maniere, le Congo represente le modele peu frequent en Afrique d'un pays en developpement pour qui la cecite corneenne n'est pas un fardeau. Dans un contexte aussi favorable, l'essen- tiel de l'effort portera sur la mise en place et/ou le renfdrcement d'un dispositif national de sante oculaire capable de liquider progressivement l'arriere des cas de cataracte en attente d'operation et de s'adapter aux besoins futurs en fonction de l'accrois- sement demographique que connait le pays et de l'augmentation de l'esperance de vie de sa popula- tion. Remerclements Cette enqugte a 6t6 conduite dans le cadre du contrat de recherche NO NO1-EY-9-2103 existant entre les National Institutes of Health/National Eye Institute (Bethesda, Etats-Unis d'Am6rique) et l'Organisation mondiale de la Sant6/Programme de Pr6vention de la Cecite. Summary Prevalence and causes of blindness In the Congo A population-based survey on the prevalence of blindness and eye disease has been conducted throughout the Congo. This was the first time such a survey had been carried out in a central African country with an equatorial climate. In comparison with data available from other African countries, the two rather unexpected characteristics resulting from the survey were lower blindness prevalence rates and the extremely rare cases of bilateral corneal scarring. In accordance with sampling procedures recommended by the WHO Programme for the Prevention of Blindness, 7041 people were selec- ted and examined. The prevalence of blindness (visual acuity less than 3/60 in the better eye) was 0.3% (5700 people). The prevalence of low vision (visual acuity between 6/24 and 3/60 in the better eye) was 2.1% (40 000 people). The major causes of blindness and low vision were cataract (81% and 80%, respectively) and glaucoma (9% and 3.4%, respectively). A total of 22 000 people in the Congo require cataract sur- gery. Almost four-fifths of the current burden of blindness in this country is potentially curable through the provision of cataract surgery and aphakic glasses. Bibllographle 1. Congo. 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Всемирная организация здравоохранения (ВОЗ / WHO) · Journal articles
Prévalence et causes de la cécité au Congo
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