Editorial
La se  curite  des injections : un de  fi mondial Y. J. F. Hutin1 et R. T. Chen2 Si, en cette fin de XXe sie Á cle, nous dressons un bilan des succe Á s et des e  checs de l'action de sante  dans le monde, un constat alarmant s'impose, incitant a Á penser que le principe à tre « Primo, ne pas faire mal » risque bien d'e amplement transgresse  par suite de pratiques dangereuses en matie Á re d'injections. Le lecteur trouvera quatre articles (re  sume Âs en franc Ë ais) sur la se  curite  des injections dans Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) (1, 2, 3, 4). Deux d'entre eux (1, 2) ont e  te  traduits inte  gralement et figurent dans le pre  sent Recueil d'articles No 2 du Bulletin. Dans le premier article, Simonsen et al., analysant les e  le  ments disponibles en provenance de nombreux pays en de  veloppement, en viennent a Á la conclusion que le recours abusif aux injections, s'ajoutant aux pratiques dangereuse dont elles s'accompagnent, sont a Á l'origine d'une proportion appre  ciable des nouveaux cas d'infection par le virus de l'he  patite B (VHB), le virus de l'he  patite C (VHC) et le virus de l'immunode  ficience humaine (VIH) (1). Dans d'autres pays en de  veloppement ou  Á on ne s'est livre a Á aucune estimation de l'incidence des infections dues a Á des agents pathoge Á nes transporte  s par le sang et associe  es a Á des injections, des observations incitent a Á conclure que les pratiques dangereuses sont tout aussi re  pandues. Dans leur article Kane et al. pre  sentent un mode Á le de l'impact mondial que pourraient avoir de telles pratiques, estimant que, chaque anne  e dans le monde, de 8 a Á 16 millions de cas d'he  patite B, de 2,3 a Á 4,7 millions de cas d'he  patite C, et de 80 000 a Á 160 000 cas d'infection a Á VIH/ SIDA seraient imputables a Á la re  utilisation de seringues et d'aiguilles sans ste  rilisation pre  alable (2). Comme, dans leur phase initiale, ces infections sont habituellement asymptomatiques, les effets inde  sirables des injections a Á risque ont e  te  sous-estime  s. Toutefois, on ne saurait plus longtemps faire abstraction de la charge retarde  e d'affections chroniques et de de  ce Á s associe  e aux injections a Á risque ainsi que de leur cou à t pour la socie  te  . Miller et Pisani s'attendent qu'a Á l'avenir ces infections occasionnent 1,3 million de de  ce Á s par an, soit un total de 26 millions d'anne  es perdues, et Ãnent un cou entraõ  dical direct de à t me US $535 millions (3). A l'e  chelle mondiale, les injections pratique  es dans les formations sanitaires, officielles et officieuses, constituent probablement l'acte percutane  le plus courant. L'OMS estime qu'actuellement plus de 12 milliards d'injections sont pratique  es chaque anne  e. Or, pour une injection vaccinale, on compte neuf injections the  rapeutiques. Comme la plupart des me  dications utilise  es dans les soins de sante  à tre adminisprimaires peuvent maintenant e à me tre  es oralement, ces estimations, au me à tes mene titre que les enque  es dans la population portant sur la fre  quence des injections (1), re  ve Á lent un recours abusif aux injections the  rapeutiques. Dans le monde industrialise  , la prise de conscience des dangers associe  s aux injections a Á risque s'est traduite par des ame  liorations en matie Á re de pre  vention des infections, l'usage de mate  riel d'injection jetable devenant la re Á gle dans les anne  es 90. Aujourd'hui, dans les pays de  veloppe  s et sur fond d'hypersensibilisation du public, d'existence de stocks suffisants et d'e  limination hygie  nique des de  chets, les infections dues a Á des agents pathoge Á nes transporte Âs par le sang et associe  es a Á des injections se produisent presque exclusivement chez des agents de sante  qui se blessent avec des aiguilles et des utilisateurs de drogues injectables. En revanche, dans les pays en de  veloppement, l'introduction de mate  riel d'injection jetable, qui s'est produite dans de mauvaises conditions de formation, d'approvisionnement et d'e  limination des de  chets, a suscite  une re  utilisation massive de ce mate  riel sans ste  rilisation pre  alable ainsi qu'une dispersion dans la nature d'objets coupants et piquants qui repre  sentent un risque pour l'environnement. L'emploi d'aiguilles et de seringues ste  rilisables offre à tre rentable et de produire l'avantage d'e moins de de  chets (4). Toutefois, le niveau de formation, d'encadrement, de suffisance des stocks et d'entretien que suppose une à tre viable telle option risque de ne pas e partout. Les nouvelles seringues
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V Editorial publie  en anglais dans Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) :787-788. 1 Re  seau mondial pour la se  curite  des injections, Se  curite  transfusionnelle et Technologie clinique (BCT), Organisation mondiale de la Sante  , 1211 Gene Á ve 27 (Suisse). (Correspondance) 2 National Immunization Program, Centers for Disease Control and Prevention, 1600 Clifton Road, Atlanta, GA (Etats-Unis d'Ame  rique).
« autobloquantes » (pre  ce  demment appele  es « autodestructibles ») devraient limiter la re  utilisation puisqu'elles s'inactivent automatiquement par blocage du piston apre Ás emploi. La baisse du prix des seringues autobloquantes a pour effet qu'elles sont de plus en plus choisies pour des actions de vaccination et de planification familiale. L'expe  rimentation massive de cette technologie dans les services de soins de sante  primaires dira s'il existe ou non d'autres nouvelles possibilite  s de pre  vention. Dans les activite  s de vaccination, ou Á la se  curite  des injections est particulie Á rement importante, de nombreuses initiatives ont e  te  lance  es pour ame  liorer cette se  curite Â. Ãce aux efforts du Programme e Gra  largi de Vaccination (PEV), le mate  riel mis au point et livre  sur le terrain a inclus des ste  rilisateurs a Á vapeur, des seringues autobloquantes, des associations de vaccins, et des conteneurs de se  curite  non perforables pour l'e  limination des objets coupants ou piquants. A tous les niveaux, on a appris au personnel a Á se servir correctement de ce mate  riel. La strate  gie OMS/ UNICEF consistant a Á lier ensemble vaccins et mate  riel de se  curite  correspondant, recommande maintenant d'inte  grer les cou  curite  des injections à ts de se aux budgets estimatifs des programmes de vaccination syste  matique ou d'urgence, à me de solliciter les donateurs. Enfin, avant me on met actuellement au point une nouvelle ge  ne  ration d'injecteurs a Á pression, plus su à rs. Si le PEV s'est efforce  d'ame  liorer la se  curite  des injections, rares ont e  te  les initiatives prises pour e  viter la transmission des agents pathoge Á nes transporte  s par le sang lors d'injections the  rapeutiques. Comme on abuse des injections pour administrer des me  dications, les programmes de se  curisation des injections devraient tendre a Á re  duire le nombre des injections the  rapeutiques. à tre d'autant De tels programmes pourront e mieux mene  s que l'on aura initialement proce  de Âa Á des e  valuations en vue d'estimer la fre  quence des injections et de pre  ciser les causes du recours abusif aux injections chez les malades et les personnels de sante Â. Quelle que soit la technologie d'injection choisie, seule une approche large et pluridisciplinaire, englobant les technologies, les politiques, les normes, les syste Á mes et le comportement, peut garantir une se  curite  des injections. L'OMS coordonne une activite  regroupant des partenaires qui #
Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante  Recueil d'articles No 2, 2000
Organisation mondiale de la Sante  , 2000
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Editorial entendent tous pre  venir les effets inde  sirables des injections et conjuguent leurs efforts au sein d'un Re  seau mondial pour la se  curite  des injections (SIGN) dont font notamment partie l'OMS, l'UNICEF, les Centers for Diseases Control and Prevention des Etats-Unis d'Ame  rique (CDC), l'Agency for International Development des EtatsUnis d'Ame  rique (USAID), l'Aide de base a Á l'institutionnalisation de la survie de l'enfant (BASICS), le projet CHANGE et le Programme de Technologie approprie  e pour la Sante  (PATH). Le Re  seau, qui ne demande qu'a Á s'e  largir, vise a Á coordonner des activite  s, a Á pre  coniser des changements d'orientation, a Á de  finir des normes de se  curite  des injections, a Á instaurer de nouveaux comportements, a Á tirer parti de la re  forme sanitaire, Ãtre la disponibilite a Á accroõ  des technologies d'injection plus su Á promouvoir l'e  limià res, a nation hygie  nique des de  chets, et a Á de  finir des strate  gies adapte  es d'information, d'e  ducation et de communication. Nous adjurons les partenaires potentiels de rejoindre SIGN afin d'e  laborer ensemble des solutions et d'e  valuer leur rapport cou  . Nous invitons instamment à t/efficacite la communaute  internationale a Á lancer un appel en faveur d'un droit a Á l'utilisation approprie  e et sans danger des injections dans le monde entier. n
Bibliographie 1. Simonsen L et al. Unsafe injections in the developing world and transmission of bloodborne pathogens : a review. Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) : 789-800. (re  sume  en franc Ë ais). Simonsen L et al. Injections a Á risque dans les pays en de  veloppement et transmission d'agents pathoge Á nes par le sang : mise au point. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante Â, Recueil d'articles No 2, 2000 : 32-43. 2. Kane A et al. Transmission of hepatitis B, hepatitis C and human immunodeficiency viruses through unsafe injections in the developing world : model-based regional estimates Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) : 801-807. (re  sume  en franc Ë ais). Kane A et al. Transmission des virus de l'he  patite B, de l'he  patite C et de l'immunode  ficience humaine par les injections a Á risque dans les pays en de  veloppement : estimations re  gionales mode  lise  es. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante  , Recueil d'articles No 2, 2000 : 44-49. 3. Miller MA & Pisani E. The cost of unsafe injections [Cou à t des injections pratique  es dans de mauvaises conditions d'hygie Á ne]. Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) : 808-811 (re  sume  en franc Ë ais). 4. Battersby A et al. Sterilizable syringes : excessive risk or cost-effective option? [Les seringues ste  rilisables : un risque excessif ou un choix financie Á rement rationnel ?] Bulletin of the World Health Organization, 1999, 77 (10) : 812-819 (re  sume  en franc Ë ais).
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