Améliorer la disponibilité des services des centres antipoison en Afrique de l’Est
Principaux points d’une étude de faisabilité concernant la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est (Feasibility Study for a Subregional Poison Centre in the Eastern Africa Subregion), incluant un guide pour la mise en place d’un service d’information toxicologique.
Projet financé par le programme de démarrage rapide de l’Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques (SAICM) (numéro de référence : X.04.G.ZMB). Demandeur : Zambia Environmental Management Agency (ZEMA) Agence d’exécution : Organisation mondiale de la Santé (OMS)
Améliorer la disponibilité des services des centres antipoison en Afrique de l’Est
Principaux points d’une étude de faisabilité concernant la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est (Feasibility Study for a Subregional Poison Centre in the Eastern Africa Subregion), incluant un guide pour la mise en place d’un service d’information toxicologique.
Catalogage à la source : Bibliothèque de l’OMS : Améliorer la disponibilité des services des centres antipoison en Afrique de l’Est : Principaux points d’une étude de faisabilité concernant la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est (Feasibility Study for a Subregional Poison Centre in the Eastern Africa Subregion), incluant un guide pour la mise en place d’un service d’information toxicologique. I.Organisation mondiale de la Santé. ISBN 978 92 4 250920 5 (NLM classification : QV 600)
Les vedettes‑matières sont disponibles depuis le dépôt institutionnel de l'OMS © Organisation mondiale de la Santé, 2015 Tous droits réservés. Les publications de l’Organisation mondiale de la Santé sont disponibles sur le site Web de l’OMS (www.who.int) ou peuvent être achetées auprès des Éditions de l’OMS, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27 (Suisse) (téléphone : +41 22 791 32 64, télécopie : +41 22 791 48 57, courriel : bookorders@who.int). Les demandes relatives à la permission de reproduire ou de traduire des publications de l’OMS – que ce soit pour la vente ou une diffusion non commerciale – doivent être envoyées aux Éditions de l’OMS via le site Web de l’OMS à l’adresse www.who.int/about/licensing/copyright_form/en/index.html. Les appellations employées dans la présente publication et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation mondiale de la Santé aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Les traits discontinus formés d’une succession de points ou de tirets sur les cartes représentent des frontières approximatives dont le tracé peut ne pas avoir fait l’objet d’un accord définitif. La mention de firmes et de produits commerciaux ne signifie pas que ces firmes et ces produits commerciaux sont agréés ou recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé de préférence à d’autres de nature analogue. Sauf erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu’il s’agit d’un nom déposé. L’Organisation mondiale de la Santé a pris toutes les précautions raisonnables pour vérifier les informations contenues dans la présente publication. Toutefois, le matériel publié est diffusé sans aucune garantie, expresse ou implicite. La responsabilité de l’interprétation et de l’utilisation dudit matériel incombe au lecteur. En aucun cas, l’Organisation mondiale de la Santé ne saurait être tenue responsable des préjudices subis du fait de son utilisation. Cette publication énonce le point de vue du consultant et du groupe de pilotage du programme de démarrage rapide de la SAICM sur une étude de faisabilité concernant la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est (« Feasibility Study for a Subregional Poison Centre in the Eastern Africa Subregion »). Elle ne reflète pas nécessairement les décisions ou les politiques de l’Organisation mondiale de la Santé. Crédits photos : Abbie Trayler‑Smith/Panos Pictures (couverture, photo principale) ; Louis Gadaga/DaTIS (1ère bulle et page 6) ; reptiles4all/Shutterstock (couverture 2e bulle et page 27) ; WHO/TDR/Andy Craggs (couverture 3e bulle et page 9) ; Guy Mansfield/ Panos Pictures Interior (couverture 4e bulle et page 22) ; Robin Hammond/ Panos Pictures (page 1) ; Tom Menge/PIMC (page 5) ; Louis Gadaga/DaTIS (page 5) ; WHO/TDR /Andy Craggs (page 9) ; Guy Mansfield/ Panos Pictures (page 22) ; WHO/TDR /Andy Craggs (page 25). Conception et mise en page : Paprika Imprimé par les Services de production des documents de l’OMS, Genève (Suisse)
Table des matières Participants au projet......................................................................................................................................... IV Contributeurs..................................................................................................................................................... IV Remerciements................................................................................................................................................. IV Acronymes et abréviations................................................................................................................................... V Résumé analytique............................................................................................................................................ VI 1. Contexte......................................................................................................................................................... 2 2. Introduction.................................................................................................................................................... 4 2.1 Qu’est‑ce qu’un centre antipoison ? ............................................................................................. 4 2.2 Le rôle des centres antipoison dans la santé publique et la gestion rationnelle des produits chimiques ....... 6 3. L’étude de faisabilité..................................................................................................................................... 10 4. Résultats de l’étude...................................................................................................................................... 11 4.1 Caractéristiques démographiques et infrastructurelles des pays de la sous‑région ........................... 11 4.2 Caractéristiques et charge de morbidité des intoxications dans la sous‑région................................. 12 4.3 Modèles de délivrance de l’information toxicologique .................................................................. 13 4.4 Exemples de services d’information toxicologique transfrontières................................................... 14 4.5 Mise à disposition d’un service d’information toxicologique sur Internet......................................... 15 4.6 Le rapport coût/efficacité des centres antipoison.......................................................................... 16 4.7 Consultation des parties prenantes : attitudes vis‑à‑vis des centres antipoison d’Afrique de l’Est...... 17 4.8 Options d’amélioration des centres antipoison en Afrique de l’Est.................................................. 18 4.9 Comment mettre en place des centres antipoison nationaux ?....................................................... 20 4.10 Conditions requises pour la création d’un centre antipoison sous‑régional..................................... 24 5. Conclusions.................................................................................................................................................. 26 6. Recommandations à l’issue de l’étude............................................................................................................ 28 Annexe 1 : Options pour la mise en place de centres antipoison dans la sous‑région d’Afrique de l’Est................... 30 Références....................................................................................................................................................... 32 Appendice 1 .................................................................................................................................................... 37 Guide de lancement et modèle de coûts pour la mise en place d’un service d’information toxicologique................ 37 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. Introduction............................................................................................................................... 37 Mise en place d’un centre .......................................................................................................... 37 Nombre de demandes de renseignements et niveau de service........................................................ 38 Financement, moyens et pérennité du centre................................................................................ 38 Continuité.................................................................................................................................. 39 Conditions et normes opérationnelles minimales............................................................................ 39 Fonctionnement et autres aspects ............................................................................................... 40 7.1 Fonctionnement.......................................................................................................................................40 7.2 Dotation en personnel...............................................................................................................................40 7.3 Formation...............................................................................................................................................42 7.4 Emplacement..........................................................................................................................................42 7.5 Ameublement et équipement....................................................................................................................43 7.6 Enregistrement des demandes...................................................................................................................44 7.7 Gestion des données................................................................................................................................45 7.8 Sources d’information..............................................................................................................................45 7.9 Publications et rapports du centre antipoison.............................................................................................47 7.10 Assurance qualité..................................................................................................................................47 7.11 Postes de coût supplémentaires..............................................................................................................47
8. Modèle de coûts proposé pour la création et le fonctionnement d’un service d’information toxicologique...... 48 Annexe 1 : Sources d’information en ligne, consultables gratuitement ou pour un coût modique, sur la toxicologie et la médecine générale............................................................................................................................................ 51 Références....................................................................................................................................................... 54
III
Participants au projet Consultant Nick Edwards, Nick Edwards Consulting Ltd, Londres (Royaume‑Uni)
Groupe de pilotage Christopher Kanema, Zambia Environmental Management Agency, Lusaka (Zambie) ; Carine Marks, Tygerberg Poison Information Centre, le Cap (Afrique du Sud) ; Mulonda Mate, Ministère de la santé, Lusaka (Zambie) ; Tom Menge, Poison Information and Management Centre, Kenyatta National Hospital, Nairobi (Kenya) ; Robert Nyarango, Gertrude’s Garden Children’s Hospital, Nairobi (Kenya) ; Caesar Nyadedzor, Ghana Poisons Control Centre, Accra (Ghana) ; et Network of African Poisons Centres and Applied Toxicologists (NAPCAT) ; Clare Roberts, Poisons Information Centre, Rondebosch (Afrique du Sud) ; Dexter Tagwireyi, Drug and Toxicology Information Service, Harare (Zimbabwe).
Secrétariat David Kapindula, Zambia Environmental Management Agency et point focal régional de la SAICM en Afrique (2009‑2012) ; Freddie Masaninga, bureau de l’OMS en Zambie ; Hawa Senkoro, Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique ; Joanna Tempowski, Siège de l’OMS.
Contributeurs Ce rapport synthétise, sous une forme condensée, un examen de la littérature et une série de consultations multipartites menées au travers d’une enquête et d’ateliers nationaux et internationaux. L’examen de la littérature a été réalisé par Patience Chingombe, Star Khoza, Mandy Maredza et Dexter Tagwireyi du Drug and Toxicology Information Service, School of Pharmacy, Université du Zimbabwe. Les consultations multipartites ont été menées par Nick Edwards. Nick Edwards a également rédigé le rapport sur le projet dont cette synthèse est extraite. Le rapport de synthèse a été rédigé par Joanna Tempowski et révisé par le consultant, le groupe de pilotage et le secrétariat du projet. Le rapport complet peut être obtenu auprès du secrétariat de la SAICM à l’adresse saicm. chemicals@unep.org ou auprès de Joanna Tempowski à l’adresse tempowskij@who.int.
Remerciements Nous tenons à remercier pour leur contribution les représentants des pouvoirs publics, des organisations intergouvernementales et non gouvernementales, ainsi que des associations professionnelles des 16 pays qui ont renvoyé les formulaires et participé aux débats sur les services des centres antipoison en Afrique de l’Est. Ce projet a été financé par le programme de démarrage rapide de l’Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques (SAICM), sous la référence X.04.G.ZMB.
IV / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
Acronymes et abréviations AAPCC AECAPT CAE COMESA DALY DaTIS km2 NAPCAT NPDS NPIC NZNPC OMS ONG PIMC RSI (2005) SADC SAICM American Association of Poison Control Centers (États‑Unis d’Amérique) Association européenne des centres antipoison et de toxicologie clinique Communauté de l’Afrique de l’Est marché commun de l’Afrique australe et orientale années de vie corrigées de l’incapacité Drug and Toxicology Information Service, Harare (Zimbabwe) kilomètre carré Network of African Poisons Centres and Applied Toxicologists National Poison Data System (États‑Unis d’Amérique) National Poisons Information Centre, Dublin (Irlande) New Zealand National Poisons Centre organisation mondiale de la Santé organisations non gouvernementales Poison Information and Management Centre, Nairobi (Kenya) Règlement sanitaire international (2005) Communauté de développement de l'Afrique australe Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques
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Résumé analytique 1. Contexte Ce document synthétise un projet destiné à étudier la faisabilité de la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est. Ce projet a été lancé à la demande du groupe africain restreint de la SAICM afin de pallier l’absence de centres antipoison dans cette Région, et a été financé par le programme de démarrage rapide de la SAICM. Il a été mené de janvier 2012 à décembre 2013. L’objectif général de l’étude était de déterminer comment améliorer la fourniture de services des centres antipoison en Afrique. L’étude couvrait les pays suivants : Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, République‑Unie de Tanzanie, Rwanda, Seychelles, Zambie et Zimbabwe. Avant que l’étude ne commence, trois centres avaient été recensés en Afrique de l’Est : deux à Nairobi (Kenya) et un à Harare (Zimbabwe).
2. Introduction L’intoxication constitue un grave problème de santé publique en Afrique de l’Est. Dans les pays étudiés, les intoxications involontaires auraient causé 16 500 décès et la perte de 1 128 500 années de vie corrigées de l’incapacité (DALY). Ces chiffres sous‑estiment toutefois la réalité car ils ne tiennent compte ni des intoxications intentionnelles ni des envenimations dues à des morsures de serpents. On estime ainsi que quelque 7800 décès par an en Afrique sont dus à l’ingestion accidentelle de pesticides, et que les morsures de serpents font entre 1400 et 10 000 morts par an en Afrique subsaharienne orientale. Un centre antipoison est un centre d’expertise technique sur les produits chimiques et toxiques et sur leurs effets sur la santé. Il s’agit au minimum d’un service d’information qui donne des renseignements en urgence. Certains centres disposent en outre d’un laboratoire de toxicologie et/ou d’une unité de traitement clinique. La croissance rapide de l’industrie chimique en Afrique rend d’autant plus nécessaire la mise en place de services de centre antipoison dans la Région. Les centres antipoison contribuent aux principales capacités dont les pays doivent être dotés pour mettre en œuvre le Règlement sanitaire international (2005).
3. L’étude de faisabilité L’étude de faisabilité a nécessité de synthétiser les informations provenant de l’examen de la littérature et d’une vaste consultation des parties prenantes. L’examen de la littérature a procuré des informations de fond sur les 16 pays couverts par l’étude, en particulier sur l’épidémiologie des intoxications et sur les caractéristiques des systèmes de santé, ainsi que des informations plus générales sur les centres antipoison et sur les services transfrontières existants. La consultation des parties prenantes comportait une enquête de comportement sur les 16 pays étudiés, deux ateliers internationaux et des ateliers nationaux au Kenya, en République‑Unie de Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Les parties prenantes consultées étaient le personnel des centres antipoison, les directeurs médicaux d’hôpital, VI / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
les représentants des Ministères de la santé, de l’environnement, de l’agriculture, du travail et de l’industrie, les autorités de réglementation, les associations professionnelles de fabricants de pesticides, les associations professionnelles du secteur de la santé, les points focaux nationaux de la SAICM, les points focaux de la Convention de Rotterdam et les organisations non gouvernementales (ONG). Le groupe de pilotage du projet a apporté des données et des points de vue supplémentaires.
4. Résultats de l’étude Examen de la littérature Les pays de la sous‑région présentent une grande variété géographique, linguistique et culturelle. Les indicateurs pertinents pour la création et le fonctionnement des centres antipoison diffèrent considérablement entre eux. L’accès aux services téléphoniques et à Internet reste limité dans la plupart des pays, mais s’améliore rapidement dans certains. Le montant des dépenses de santé par habitant est très variable et, même dans les pays où ces dépenses sont les plus élevées, elles demeurent modestes par comparaison avec celles observées dans la zone OCDE. Seuls deux pays disposent du nombre minimum d’agents de santé jugé suffisant par l’OMS pour assurer les interventions essentielles. Les données publiées sur l’épidémiologie des intoxications dans la sous‑région demeurent très rares. Les formes d’intoxication courantes rapportées sont l’intoxication aux pesticides, l’ingestion de kérosène par les enfants et l’intoxication aux produits ménagers, aux remèdes traditionnels et aux toxines naturelles, dont les morsures de serpents. Certaines études ont mis en évidence un taux de létalité par cas relativement élevé, en particulier pour les intoxications accidentelles des enfants. Cette situation contraste nettement avec celle qui prévaut dans les économies développées, où les enfants meurent rarement d’une intoxication accidentelle. Le modèle de centre antipoison le plus courant est celui d’un service d’information téléphonique opérant dans un seul pays. Seuls deux exemples de services d’information toxicologique transfrontières ont été relevés. Dans ces deux cas, le centre antipoison d’un pays assure le service en dehors des heures de bureau dans un autre pays. Pour y parvenir, les pays se sont entendus sur des procédures d’enregistrement et de notification des demandes de renseignements provenant de l’autre pays, et se sont échangés des bases de données essentielles et des informations spécifiques à leur propre contexte. De nombreux centres antipoison traitent des demandes ad hoc reçues d’autres pays, mais sans que des mécanismes de suivi ou de compte rendu aux autorités sanitaires nationales n’aient été instaurés. On assiste à la multiplication des bases de données d’information toxicologique sur Internet et sur support électronique, parmi lesquelles on peut citer la base AfriTox® disponible dans la Région africaine, et TOXINZ® (néozélandaise) accessible aux pays à faible revenu via HINARI. Des études ont montré que, quelle que soit leur configuration, les centres antipoison présentent un bon rapport coût/efficacité.
Consultation des parties prenantes : attitudes et options Les parties prenantes ont débattu en détail des options possibles pour améliorer les services des centres antipoison, qu’il s’agisse de centres de grande envergure ou de petits centres
VII
sous‑régionaux, de services entièrement basés sur Internet, de centres nationaux autonomes ou de centres nationaux reliés entre eux par une plateforme de coordination. Même si l’option du centre antipoison sous‑régional a rallié beaucoup de suffrages, les parties prenantes ont dit préférer l’option consistant à créer des centres nationaux, coordonnés dans l’idéal par une plateforme. Pendant que l’étude était en cours, l’Éthiopie, l’Ouganda, la République‑Unie de Tanzanie et la Zambie ont commencé à établir des plans pour la création de centres antipoison.
Création de centres nationaux Pour mettre en place un centre antipoison national, il faut disposer d’un appui politique et financier, de contributions techniques, d’informations et d’équipements. En outre, il est essentiel que le centre antipoison bénéficie du soutien des principales catégories d’usagers professionnels, c’est‑à‑dire des infirmiers, des médecins et des pharmaciens. Si la plupart des centres antipoison bien établis peuvent compter sur diverses sources de financement, y compris les revenus de leurs services commerciaux, nombre de ces sources de financement n’existent pas au moment de la création des nouveaux centres, lesquels ont donc besoin d’un financement de base garanti, couvrant leurs principaux coûts. La présence d’un personnel ayant reçu une formation adéquate est également primordiale. Il existe dans la plupart des pays des professionnels de santé qui disposent au moins d’une partie du savoir de base nécessaire, mais, pour travailler dans un centre antipoison, ils auront besoin d’une formation spécifique. La faiblesse généralisée des effectifs des professionnels de santé est problématique. La plateforme de coordination pourrait être mise en place à partir des centres antipoison existants. Autre possibilité, ces services pourraient être assurés par une association professionnelle compétente.
Conditions pour la création d’un centre antipoison sous‑régional Idéalement, le centre sous‑régional devrait desservir des pays parlant une langue commune. De plus, il aurait besoin d’une bonne infrastructure de télécommunications pour relier les pays. Il lui faudrait bénéficier d’un appui politique solide dans les pays concernés ainsi que d’un cadre juridique et institutionnel défini conjointement par les autorités respectives. Ce cadre réglerait les questions du financement et de l’étendue des services, ainsi que les modalités d’utilisation (par exemple les utilisateurs éligibles, les délais, les normes de qualité, les procédures d’alerte pour les incidents chimiques, etc.). Il faudrait également trouver un accord sur les questions de reddition des comptes et de responsabilité médicale. De plus, il conviendrait de conclure un arrangement sur le traitement des données confidentielles concernant les patients et les informations commerciales sensibles sur les produits. Un centre antipoison sous‑régional devrait en outre disposer d’informations sur les substances pharmaceutiques, les produits, les végétaux, les animaux venimeux, etc., dans chaque pays qu’il dessert, ainsi que d’informations sur leurs services cliniques et de laboratoire. Si l’on veut que le personnel du centre antipoison assure une présence 24 heures sur 24 toute l’année, il faut recruter au moins six à huit professionnels à temps plein.
VIII / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
5. A nalyse et conclusions Étant donné que l’Afrique de l’Est supporte un certain nombre de fardeaux en termes de santé publique, il est justifié d’investir dans les services des centres antipoison afin d’améliorer la prévention et le rapport coût/efficacité de la prise en charge des cas d’intoxication, d’autant que ces centres peuvent aussi remplir d’autres rôles s’agissant de la santé publique et de la gestion rationnelle des produits chimiques. Cette étude avait pour objet d’évaluer la faisabilité de la création d’un centre antipoison sous‑régional et de proposer des moyens d’améliorer les services des centres antipoison dans la sous‑région. Elle a montré que, pour instaurer un centre sous‑régional, il faudra résoudre un certain nombre de questions pratiques et relatives aux politiques publiques. Il faudra aussi impérativement bénéficier d’un appui politique dans les pays concernés, ainsi que du soutien des professionnels à qui ces services sont destinés. L’expérience très limitée de ce type de services transfrontières a montré que les centres sous‑régionaux sont plus efficaces lorsqu’ils desservent des pays parlant la même langue, présentant le même niveau de ressources médicales et de financement et possédant une bonne infrastructure de télécommunications. S’il est avéré qu’un centre antipoison partagé peut fonctionner entre deux pays, le concept de service partagé entre plusieurs pays n’a pas encore été testé et sa capacité à remplir les missions de santé publique et de sécurité chimique requises n’est pas établie. Pendant la consultation, les parties prenantes ont exprimé une nette préférence pour l’option qui consiste à créer des centres nationaux et non un centre sous‑régional, et se sont déclarées en faveur de la formule de centres nationaux travaillant en réseau ou reliés par une plateforme de coordination. La création de centres antipoison dans la sous‑région se heurte à un certain nombre de difficultés, dont le manque de personnel formé, l’indigence de l’infrastructure de télécommunications et d’information et l’insuffisance du financement. L’ampleur de ces difficultés varie d’un pays à l’autre. Toutefois, il existe aussi des facteurs positifs, dont l’intérêt certain des pouvoirs publics pour la création de ces centres et l’existence d’une base de données régionale sur les substances toxiques, AfriTox®. De plus, les centres antipoison déjà en place dans la sous‑région ainsi qu’en Afrique du Sud sont prêts à apporter leur concours technique et à dispenser des formations. En outre, des innovations considérables apparaissent actuellement dans le secteur des télécommunications en Afrique, qui ouvrent l’accès à des services nouveaux à de multiples catégories d’acteurs. Les services des centres antipoison pourraient en profiter, eux aussi. Des initiatives transfrontières ont été engagées dans le domaine de la santé, notamment, au sein de la zone tripartite des trois communautés économiques régionales (COMESA, CEA et SADC), et ces initiatives pourraient faciliter la mise en place de services de centres antipoison partagés ou d’une plateforme de coordination. Elles reposent sur des accords sur la formation et l’agrément des professionnels de santé et sur la coopération pour la surveillance. Les trois communautés collaborent également à l’élaboration d’une infrastructure de télécommunications.
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6. Recommandations 1. Les plans pour la création de centres antipoison élaborés par l’Éthiopie, l’Ouganda, la République‑Unie de Tanzanie et la Zambie devraient être développés plus avant afin qu’ils reposent sur un modèle de coûts solide et pérenne. En outre, il faudra solliciter une assistance technique, sous la forme de formations et de guides pratiques, auprès des centres antipoison de la sous‑région. L’OMS et d’autres organisations internationales devraient être invitées à apporter leur concours à l’élaboration de propositions et devraient faciliter l’assistance technique. 2. Les autorités des pays préférant partager les services d’un centre antipoison devraient s’entendre sur des politiques et des protocoles réglant les considérations déontologiques, de normes de qualité et de responsabilité, ainsi que sur des procédures de partage de l’information, d’alerte sur les incidents et de notification des données numériques sur les cas d’intoxication. En outre, des mécanismes financiers solides devraient être instaurés pour assurer la pérennité de ce service transfrontières. 3. Les centres existants dans la sous‑région devraient être renforcés grâce à une augmentation du financement public. Ils devraient s’efforcer d’obtenir une reconnaissance officielle comme centres nationaux. Ces centres sont encouragés à rechercher activement de nouvelles sources de financement à condition qu’elles ne menacent pas leur indépendance opérationnelle. 4. Il conviendrait d’envisager de mettre en place des plateformes reliant les centres antipoison de différents pays parlant la même langue et présentant des caractéristiques culturelles communes. Ce rôle de plateforme pourrait être assuré par n’importe lequel des centres antipoison existant en Afrique, ou par le réseau des centres antipoison et des professionnels de la toxicologie appliquée africains (Network of African Poisons Centres and Applied Toxicologists, NAPCAT). 5. Le NAPCAT devrait solliciter des financements supplémentaires auprès des autorités nationales, des donateurs et des organismes internationaux afin de se développer en qualité d’association professionnelle. 6. Les centres antipoison opérant dans la Région devraient envisager d’utiliser les outils élaborés par l’OMS pour un recueil harmonisé des données. 7. Il serait nécessaire de mener une enquête exhaustive afin de localiser les spécialistes des différents aspects de la toxicologie dans la sous‑région et d’en déterminer les activités et la disponibilité. 8. Il conviendrait d’auditer régulièrement les services et les capacités analytiques dans la sous‑région et de tenir à jour une liste des laboratoires pertinents.
Appendice 1 L’appendice donne des recommandations supplémentaires sur la mise en place d’un centre antipoison.
X / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
1
1. Contexte Ce document synthétise les résultats d’un projet financé par le programme de démarrage rapide de l’Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques (SAICM). Il s’agissait d’une étude de faisabilité concernant la création d’un centre antipoison sous‑régional en Afrique de l’Est (« Feasibility Study for a Subregional Poison Centre in the Eastern Africa Subregion »). Cette étude a été menée de janvier 2012 à décembre 2013. La création et le renforcement de centres antipoison répondent à un certain nombre d’objectifs de la stratégie politique globale de la SAICM : réduction des risques, connaissances et information, gouvernance, développement des capacités et coopération technique (1). Le Plan d’action mondial de la SAICM indique que les pays doivent disposer en permanence de centres antipoison et étoffer leurs capacités pour faire face aux intoxications et aux incidents chimiques (1). Au moment de l’étude, neuf pays d’Afrique seulement disposaient d’un centre antipoison : l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Sénégal, la Tunisie et le Zimbabwe (Figure 1). En Europe, sur le continent américain et dans la région Asie‑Pacifique, la plupart des pays sont dotés d’un centre antipoison.
Figure 1 : Carte mondiale montrant l’emplacement des centres antipoison : les centres sont représentés par un point rouge1
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a carte sur le site Web est dynamique. On peut l’agrandir pour voir un pays en détail. En cliquant sur un point rouge, on L obtient des informations sur le centre antipoison auquel il correspond http://www.who.int/gho/phe/chemical_safety/poi‑ sons_centres/en/index.html.
2 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
1. Contexte
En juin 2006, la première réunion régionale africaine sur la SAICM a fait de la création et du renforcement des centres antipoison une priorité régionale. On a évoqué la possibilité de créer un centre sous‑régional, c’est‑à‑dire un centre situé dans un pays et desservant plusieurs autres pays. Ce projet est né de la demande formulée par le groupe africain restreint de la SAICM, à l’occasion de sa cinquième réunion en janvier 2010, pour que des propositions soient élaborées afin de remédier au problème du manque d’avancées dans la création de centres antipoison. L’objectif général de l’étude de faisabilité était de déterminer comment améliorer les services des centres antipoison en Afrique et, en particulier : • de donner des renseignements sur l’incidence des intoxications en Afrique de l’Est ; • de déterminer la couverture actuelle de la fourniture de services de centres
antipoison dans cette sous‑région ; • d’identifier les modèles disponibles pour les services des centres antipoison et les
conditions nécessaires à leur création ; et • de présenter des possibilités d’amélioration de la disponibilité des services des
centres antipoison. L’étude couvrait les pays suivants de la sous‑région Afrique orientale des Nations Unies : le Burundi, les Comores, Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, l’Ouganda, la République‑Unie de Tanzanie, le Rwanda, les Seychelles, la Zambie et le Zimbabwe.2 Même si cette étude s’est concentrée sur une sous‑région en particulier, on estime que ses résultats sont applicables à l’ensemble de l’Afrique, ainsi qu’à d’autres régions du monde.
Figure 2 : Pays inclus dans l’étude de faisabilité
Eritrea Djibouti Ethiopia
Uganda Rwanda Burundi
Kenya Seychelles
United Republic of Tanzania Comoros Mozambique Madagascar Mauritius
Zambia
Malawi
Zimbabwe
Countries included in poisons centre feasibility study Not applicable
2
http://unstats.un.org/unsd/methods/m49/m49regnf.htm.
3
2. Introduction L’intoxication aux produits chimiques, qu’ils soient de synthèse ou naturels, constitue un grave problème de santé publique, en particulier dans les pays en développement et dans les économies en transition. Il est difficile de chiffrer précisément le nombre de cas d’intoxication car ils sont souvent mal documentés. Selon les estimations de l’OMS, en 2012, dans les 16 pays couverts par l’étude, les intoxications involontaires auraient causé 16 500 décès (2) et la perte de 1 128 500 années de vie en bonne santé (années de vie corrigées de l’incapacité, DALY) (3). Ces chiffres sous‑estiment toutefois la réalité : ils ne tiennent compte ni des intoxications intentionnelles ni des envenimations dues à des morsures de serpents. On estime ainsi que quelque 7800 décès par an en Afrique sont dus à l’ingestion accidentelle de pesticides (4) et que les morsures de serpents font entre 1400 et 10 000 morts par an en Afrique subsaharienne orientale (5). Le rôle croissant des produits chimiques dans l’économie de nombre de pays africains et une infrastructure réglementaire insuffisante augmentent la probabilité d’effets préjudiciables sur la santé (6). Le taux de croissance prévu de l’industrie chimique en Afrique et au MoyenOrient sera supérieur à 5 % par an jusqu’en 2021, dépassant celui de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale (7). Dans le même temps, les produits chimiques pénètrent de plus en plus dans les économies nationales car leur commercialisation et leur utilisation se mondialisent (7), mais les capacités nécessaires à une bonne gestion de ces produits ne se développent pas au même rythme. De nombreux pays d’Afrique manquent de capacités pour déceler, mesurer et gérer l’effet des produits chimiques sur la santé. En effet, ces pays ne sont souvent pas dotés de centre antipoison, les professionnels de santé ne disposent pas de l’expertise toxicologique requise et les laboratoires sont mal équipés. Le Règlement sanitaire international (RSI) (2005) prône lui aussi la création de centres antipoison (8). Le RSI (2005) demande aux pays de se doter des principales capacités dont ils ont besoin pour surveiller, détecter et gérer les incidents pouvant constituer une urgence de santé publique, quelle qu’en soit la cause, y compris des produits chimiques. Lorsque des flambées sont provoquées par des produits chimiques, les centres antipoison peuvent contribuer à ces capacités. Le fait qu’un centre antipoison dispose des moyens nécessaires est le signe que toutes les capacités requises sont en place (9).
16 500 décès dus à des intoxications accidentelles dans la sous‑région.
2.1 Qu’est‑ce qu’un centre antipoison ? Un centre antipoison est un centre d’expertise technique sur les produits chimiques et toxiques et sur leurs effets sur la santé. Il s’agit au minimum d’un service d’information qui donne des renseignements en urgence. Certains centres disposent en outre d’un laboratoire de toxicologie et/ou d’une unité de prise en charge clinique.
Les principales fonctions d’un centre sont les suivantes : • donner des conseils pour le diagnostic et la prise en charge d’une intoxication ; • élaborer des protocoles pour la prise en charge d’une intoxication ;
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2. Introduction
• tenir à jour des bases de données sur les produits et les substances ; • recueillir des données sur les demandes de renseignements reçues afin d’établir
l’épidémiologie et la cause de l’intoxication ; • mener des activités de toxicovigilance/surveillance des nouveaux risques ; • mener des activités de prévention ; • proposer des formations aux professionnels de santé sur le diagnostic et la prise en
charge des intoxications. Les centres antipoison remplissent de nombreuses fonctions : soins cliniques (prise en charge des personnes intoxiquées), santé publique et gestion rationnelle des produits chimiques. Un centre antipoison est généralement ouvert 24 heures sur 24. La plupart des centres répondent aux demandes de renseignements des professionnels de santé et du grand public. Les activités de deux centres antipoison en Afrique de l’Est illustrent les fonctions d’un centre antipoison.
Poison Information and Management Centre (PIMC), Kenyatta National Hospital, Nairobi (Kenya) Le Poison Information and Management Centre est administré par trois pharmaciens spécialisés dans l’information toxicologique, qui sont présents 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En dehors des heures d’ouverture habituelles, le personnel de permanence est joignable sur un téléphone portable. Ce service est proposé par des élèves de l’école de pharmacie de l’Université de Nairobi qui travaillent par roulement dans le centre, dans le cadre de leur formation. Le responsable du centre a une formation toxicologique poussée. C’est le pharmacien en chef de l’hôpital qui coordonne et dirige le centre. Le centre propose un service d’information toxicologique destiné au personnel médical et au grand public. Les usagers peuvent contacter le service grâce à deux numéros d’appel gratuits. Le centre élabore également des directives pour la prise en charge des intoxications et recueille des données nationales sur ce sujet. La formation au diagnostic et à la prise en charge des intoxications constitue une activité importante du centre. Des cours de formation sont dispensés aux hôpitaux, aux professionnels de santé, aux associations professionnelles et au personnel travaillant dans certaines branches industrielles, comme l’agrochimie. Le Poison Information and Management Centre collabore avec le Pharmacy and Poisons Board du Kenya, l’Agrochemical Association of Kenya, le Pest Control Products Board, la Kenya Association of Manufacturers, la Kenya Association of Pharmaceutical Industries et d’autres institutions, ainsi qu’avec le Drug and Poison Information Centre de l’hôpital pour enfants de Nairobi (Gertrude’s Garden Children’s Hospital). Le centre reçoit une importante aide matérielle de l’hôpital qui l’accueille, lequel prend en charge les dépenses de personnel, les locaux, l’utilisation de l’infrastructure de télécommunication et l’accès aux ressources de la bibliothèque. Il est également financé par l’Agrochemical Association of Kenya au moyen de la taxe versée par les fabricants et les importateurs de produits agrochimiques. 5
Figure 3 : Le bureau d’information toxicologique du Poison Information and Management Centre, Kenyatta National Hospital, Nairobi (Kenya)
Drug and Toxicology Information Service (DaTIS), College of Health Sciences, Parirenyatwa Hospital, Harare (Zimbabwe) Le service d’information sur les médicaments et la toxicologie (Drug and Toxicology Information Service – DaTIS) dépend de l’école de pharmacie de l’Université du Zimbabwe. Il est situé dans la faculté des sciences médicales (College of Health Sciences) du Parirenyatwa Hospital, le principal hôpital universitaire du pays. Le DaTIS a été créé en 1979. Des pharmaciens spécialisés dans l’information sur les médicaments et les produits toxiques répondent aux questions 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En dehors des heures d’ouverture habituelles, il est possible de contacter les pharmaciens‑toxicologues de permanence sur leur téléphone portable. Le DaTIS répond aux questions des professionnels de santé portant sur le diagnostic, la prise en charge et la prévention des intoxications. Il participe également à l’élaboration de directives nationales sur les traitements. Il s’occupe en outre de la formation des étudiants de deuxième et de troisième cycle des professions de santé (pharmacie, soins infirmiers et Figure 4 : Spécialiste de l’information sur les médecine), ainsi que des pédiatres, des médecins et des praticiens de la santé publique. Son personnel enseigne au niveau du master en santé publique, dispense des formations poisons répondant à continues, ainsi que d’autres cours, et organise des séminaires. un appel au DaTIS Le centre publie un bulletin d’information sur les médicaments et possède un site Web actif. Il effectue des recherches, en particulier en toxico‑épidémiologie, et en toxicologie analytique et expérimentale. Il dispose de laboratoires mais manque d’équipements. Il essaie actuellement d’étoffer ses services d’analyse. Il collabore avec plusieurs agences, comme l’Agence nationale du médicament du Zimbabwe (Medicines Control Authority of Zimbabwe), la Direction des services pharmaceutiques (Directorate of Pharmacy Services) du Ministère de la santé et de la protection de l’enfance, l’OMS, la Croix‑Rouge et CropLife. Ce centre reçoit une importante aide matérielle de l’hôpital et de l’Université du Zimbabwe, qui prennent en charge les dépenses de personnel, les locaux, l’infrastructure de télécommunication et l’accès aux ressources de la bibliothèque. Le DaTIS n’emploie pas de personnel salarié. Certaines de ses activités sont effectuées par des étudiants en fin d’études de pharmacie et par des étudiants en médecine non rémunérés. Le Ministère de la santé et de la protection de l’enfance lui accorde une modeste subvention annuelle.
2.2 Le rôle des centres antipoison dans la santé publique et la gestion rationnelle des produits chimiques En tant que centres d’expertise et de savoir sur les effets et la prise en charge clinique de l’exposition aux produits chimiques, aux autres substances, aux médicaments, aux plantes 6 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
2. Introduction
toxiques et aux morsures et piqûres venimeuses, les centres antipoison peuvent fournir des conseils et des informations sur la toxicité d’une exposition et sur les mesures à prendre pour atténuer le plus possible et traiter les effets toxiques chez la personne exposée. Les centres antipoison fournissent et collectent à la fois des informations sur les substances et les produits dangereux, et sur les effets et les résultats de l’exposition à ces derniers. Ils compilent des données sur les demandes qu’ils reçoivent et doivent également tenir à jour des bases de données et d’autres ensembles d’informations sur les substances à propos desquelles ils sont consultés. La base de données relative aux demandes constitue un ensemble d’informations centralisé unique dans un pays sur l’exposition de l’homme à des substances toxiques. On peut l’analyser pour identifier les tendances des intoxications, les facteurs favorisant une exposition, ainsi que l’incidence sur la santé. Plus la notoriété du centre antipoison est grande, c’est‑à‑dire plus la population de la zone de desserte du centre antipoison sait qu’un centre existe et l’utilise, plus ces données seront complètes et utiles. En rassemblant des données sur l’exposition humaine aux produits chimiques et aux toxines, les centres antipoison améliorent le corpus de connaissances sur les effets toxiques et les traitements. Ils peuvent donc présenter un grand intérêt pour la formation et la recherche. En outre, les données d’un centre antipoison procurent des éléments tangibles qui permettent de définir des pratiques rationnelles et économiques ou d’un bon rapport coût/efficacité pour la prise en charge des intoxications. Par exemple, l’association américaine des centres antipoison (American Association of Poison Control Centers) a utilisé les données des centres antipoison afin d’élaborer des directives pour les soins préhospitaliers en cas de surdose d’antidépresseurs tricycliques (10) ou de valproate (11). Les centres antipoison jouent aussi un rôle important dans la préparation et les interventions en cas d’incident ou de catastrophe chimique. Ils peuvent repérer des risques imprévus, par exemple une intoxication au monoxyde de carbone à la suite de dégâts subis par l’infrastructure lors d’une catastrophe naturelle (12,13). À condition que leurs services soient disponibles, accessibles et connus du plus grand nombre, ils peuvent aussi, lors d’une catastrophe, traiter les demandes d’information plus générales émanant du grand public, par exemple sur le risque de contamination de l’eau et des aliments (14). Du fait de leur caractère centralisé, les centres antipoison peuvent surveiller les rejets de produits chimiques et donner rapidement l’alerte en cas de flambée causée par ces produits. Plusieurs pays les intègrent dans leur système de sécurité sanitaire (15). Les États‑Unis, par exemple, disposent d’un système sophistiqué pour le recueil de données, le National Poison Data System (NPDS), qui permet d’enregistrer quasiment en temps réel les données relatives aux demandes de renseignements reçues par 55 centres antipoison. Cette base de données recense désormais plus de 55 millions de cas, permet de suivre les tendances et de donner rapidement l’alerte en cas de rejets de produits chimiques (16,17). Les rapports annuels compilés par les centres antipoison, qui décrivent les demandes de renseignements qui leur sont adressées, communiquent des informations sur les tendances des intoxications dans un pays (18,19). Plus un centre antipoison est « mature », plus fourni sera le corpus de données qu’il amasse et qui pourra servir à donner rapidement l’alerte et à analyser les tendances. Les données d’un centre antipoison permettent en particulier d’identifier les risques toxiques auxquels une communauté est exposée, et notamment les dangers nouveaux (20). C’est ce que l’on appelle la toxicovigilance (21). Ces données peuvent servir à définir l’ordre de priorité pour la prévention des intoxications et à prouver l’efficacité de ces mesures. Au Royaume‑Uni par exemple, l’étude de l’impact de l’évolution de la législation relative
Les centres antipoison fournissent et collectent les informations sur les expositions aux agents toxiques.
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à la taille des boîtes de paracétamol sur la réduction du nombre de suicides s’est appuyée sur les statistiques de mortalité officielles, les dossiers d’hospitalisation et les rapports des centres antipoison (22,23). Les exemples ci‑dessous donnent un aperçu des activités de toxicovigilance menées par les centres antipoison.
ÉTUDE DE CAS 1 : Le Centre antipoison et pharmacovigilance du Maroc, à Rabat, a examiné les demandes d’analyse qu’il a reçues concernant des produits cosmétiques. Il a observé une forte incidence des intoxications suicidaires à la paraphénylènediamine, un produit entrant dans les teintures pour cheveux que l’on peut facilement se procurer auprès d’un herboriste. Il a également identifié des problèmes de santé associés à l’utilisation de produits éclaircissants pour la peau et de produits de lissage capillaire. Ces problèmes sont révélateurs de l’absence de réglementation des produits cosmétiques au Maroc (24). ÉTUDE DE CAS 2 : Les deux centres d’information toxicologiques du Cap, en Afrique du Sud, ont enquêté sur des cas d’empoisonnement accidentel par les pesticides chez les enfants. Selon eux, l’une des causes profondes en est la vente informelle de pesticides toxiques par des vendeurs ambulants aux stations de taxis. Ces vendeurs achètent les pesticides en vrac et les reconditionnent en petites quantités dans des contenants non ou mal étiquetés pour les revendre à bas prix comme pesticides à usage domestique. Ces intoxications témoignent du manque d’encadrement de la vente de pesticides, ainsi que de l’ignorance plus généralisée des dangers des pesticides. Les centres antipoison ont attiré l’attention des autorités sur ce problème, et incité le Ministère de l’agriculture, des forêts et de la pêche, ainsi que la municipalité du Cap, à faire la chasse aux vendeurs ambulants. Les fonctionnaires du Ministère de l’agriculture ont saisi les produits qui soit n’étaient pas homologués pour un usage domestique soit étaient entrés illégalement sur le territoire. Les centres antipoison ont attiré l’attention du public sur ce problème, et le Centre d’information toxicologique de Tygerberg prévoit de distribuer des étiquettes pour prévenir les intoxications et de former les vendeurs ambulants à l’utilisation sans risque des pesticides (25, communication personnelle de C. Marks, mai 2013). Du fait de leur rôle dans la surveillance, la préparation et la riposte aux incidents qui peuvent constituer une urgence de santé publique impliquant des agents chimiques, les centres antipoison contribuent aux principales capacités dont les pays doivent être dotés pour mettre en œuvre le Règlement sanitaire international (2005). Il est toutefois impératif qu’ils disposent de moyens adéquats, notamment d’un personnel formé en nombre suffisant pour proposer un service compétent et fiable. Le centre doit en outre être accessible pour ses utilisateurs et disposer de sources d’information et d’outils de gestion de l’information de manière à pouvoir compiler et analyser ses données. 8 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
N° 11 - 4ème trimestre 2011
3XEOLFDWLRQRI¿FLHOOHGX&HQWUH$QWL3RLVRQGX0DURF 0LQLVWqUHGHODVDQWp
Maroc
Intoxications par les produits cosmétiques
La toxicovigilance au Maroc
2. Introduction
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3. L’étude de faisabilité L’étude a nécessité de synthétiser les informations provenant de l’examen de la littérature et d’une vaste consultation des parties prenantes. L’examen de la littérature a procuré des informations de fond sur les 16 pays couverts par l’étude, en particulier sur l’épidémiologie des intoxications et sur les caractéristiques des systèmes de santé, ainsi que des informations plus générales sur les centres antipoison et sur les services transfrontières existants. La consultation des parties prenantes incluait une enquête de comportement sur les 16 pays étudiés, deux ateliers internationaux et des ateliers nationaux au Kenya, en République‑Unie de Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Les parties prenantes consultées étaient le personnel des centres antipoison, les directeurs médicaux d’hôpital, les représentants des Ministères de la santé, de l’environnement, de l’agriculture, du travail et de l’industrie, les autorités d’homologation des pesticides, les autorités de réglementation des produits pharmaceutiques, les associations professionnelles de fabricants de pesticides, les associations professionnelles de médecins, d’infirmiers et de pharmaciens, les points focaux nationaux de la SAICM, les points focaux de la Convention de Rotterdam et les organisations non gouvernementales (ONG) sur des thèmes tels que les soins médicaux, la sécurité des consommateurs et l’innocuité des pesticides. Les discussions régulières avec le groupe de pilotage du projet ont permis d’apporter des données et des points de vue supplémentaires. Les résultats de ces recherches sont synthétisés ci‑dessous.
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4. Résultats de l’étude 4.1 Caractéristiques démographiques et infrastructurelles des pays de la sous‑région L’Afrique de l’Est compte plus de 340 millions d’habitants. Les pays de cette sous‑région présentent une grande diversité géographique, linguistique et culturelle. Leur superficie diffère aussi largement, allant de 452 km2 pour les Seychelles à 1,1 million de km2 pour l’Éthiopie (26). Quant à leur densité de population, elle s’échelonne de 19 habitants au km2 en Zambie (27) à plus de 600 habitants au km2 à Maurice (28). L’enquête a révélé qu’au moins 33 langues étaient parlées couramment dans cette région, auxquelles viennent s’ajouter de nombreux dialectes et langues tribales. Les professionnels de santé, et dans une moindre mesure la population, parlent anglais, français, swahili, et aussi amharique en Éthiopie. Les taux d’alphabétisation des adultes vont de 41 % à 91 % pour les hommes et de 29 % à 92 % pour les femmes (29), ce qui n’est pas sans importance étant donné le recours aux documents écrits pour la diffusion de l’information toxicologique. Sachant que le service d’information toxicologique passe habituellement par le téléphone, et que certains centres proposent aussi un service sur Internet, la présence d’une infrastructure de télécommunications revêt une grande importance. L’accès à la téléphonie mobile reste très limité dans de nombreux pays, et dans neuf des 16 pays, on compte moins de 50 abonnements pour 100 habitants. Les Seychelles et Maurice sont les deux pays les mieux lotis, les premières affichant un niveau comparable à celui de nombreux pays développés (30). Comme le montre la Figure 5 ci‑après, l’accès à la téléphonie mobile progresse toutefois rapidement dans certains pays. D’ailleurs, la croissance des abonnements à la téléphonie mobile dépasse largement celle des abonnements à la téléphonie fixe, lesquels demeurent rares dans la plupart des pays (30). Même dans le pays le mieux desservi, les Seychelles, moins de la moitié de la population utilise Internet, contre plus de 80 % dans la plupart des pays développés (30). L’utilisation d’Internet reflète assez fidèlement la proportion de la population vivant en zones urbaines.
11
Abonnements à la téléphonie mobile cellulaire pour 100 habitants 160 140 120 100 80 60 40 20 0 Burundi Comores Djibouti Érythrée Ethiopie Kenya Madagascar Malawi Maurice Mozambique Rwanda Seychelles Tanzanie Ouganda Zambie Zimbabwe
Figure 5 – Nombre d’abonnements à la téléphonie mobile pour 100 habitants, 2000‑2012 (30) Comme dans d’autres parties de la Région, les pays d’Afrique de l’Est doivent faire face à des défis sanitaires considérables. On y observe la persistance d’un niveau élevé d’infection au VIH/sida, à la tuberculose et au paludisme, de maladies diarrhéiques et aussi, depuis peu, la prévalence croissante de maladies non transmissibles (31). Les ressources disponibles pour les soins de santé sont extrêmement limitées dans la plupart des pays, les dépenses de santé totales par habitant s’échelonnant entre US $17 (Érythrée) et US $551 (Seychelles) (32). Tous les pays saufs deux (Maurice et les Seychelles) se heurtent à un manque critique de personnel de santé formé, et ne sont donc pas en mesure d’atteindre le nombre minimum d’agents de santé nécessaires pour assurer les interventions essentielles, lequel est estimé à 23 médecins, infirmiers et sages‑femmes pour 10 000 habitants (33,34). Qui plus est, la majeure partie du personnel de santé travaille en zone urbaine alors que dans la plupart des pays de la Région, la majorité de la population vit toujours à la campagne (31).
Les pesticides, le pétrole ou kérosène, les produits ménagers, les médicaments traditionnels ou les toxines naturelles, comme les venins de serpents, sont des causes importantes d’intoxications.
4.2 Caractéristiques et charge de morbidité des intoxications dans la sous‑région La véritable charge de morbidité induite par les intoxications en Afrique de l’Est et son importance par rapport aux autres causes de maladie reste inconnue faute de données complètes. Cependant, l’OMS estime que les taux de mortalité due aux intoxications accidentelles s’échelonnent de 0,3 décès pour 100 000 habitants à Maurice à 8,1 décès pour 100 000 habitants au Mozambique (2). Un examen de la littérature a également révélé que les études sur l’épidémiologie des intoxications restaient très rares pour la plupart des pays d’Afrique de l’Est. Le Zimbabwe fait exception, car dans ce pays, le personnel des centres antipoison publie abondamment à ce
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4. Résultats de l’ét ude
sujet. Les données limitées disponibles dans la sous‑région montrent que l’intoxication aux pesticides, l’ingestion de kérosène par les enfants et l’intoxication aux produits ménagers, aux remèdes traditionnels et aux toxines naturelles, dont les morsures de serpents, revêtent une importance particulière, tant en termes de morbidité que de mortalité. Dans les pays océaniques (Comores, Madagascar, Maurice et Seychelles) on relève des cas d’intoxication aux biotoxines marines. L’intoxication aux glycosides cyanogéniques contenus dans le manioc amer demeure en outre problématique dans les pays où le manioc occupe une place importante dans le régime alimentaire, comme le Mozambique et la République‑Unie de Tanzanie (35). Il est frappant de constater le taux relativement élevé de létalité des cas d’intoxication aux substances chimiques et aux médicaments relevé dans certaines études, même dans celles décrivant les intoxications accidentelles des enfants. Dans deux études consacrées aux enfants admis pour intoxication au Zimbabwe, par exemple des taux de létalité de 4,9 % et 3,1 % ont été notés (36,37). Ces taux contrastent fortement avec le taux de létalité de 0,1 % observé pour une tranche d’âge similaire aux États‑Unis (38).
4.3 Modèles de délivrance de l’information toxicologique L’examen de la littérature a mis en évidence un certain nombre de modèles envisageables pour la prestation des services des centres antipoison. Le modèle le plus fréquent est celui du centre qui sert exclusivement de service d’information toxicologique. Ces centres fournissent aux professionnels de santé des informations sur le diagnostic, la prise en charge et le pronostic des intoxications, et informent aussi parfois la population. En général, le personnel de ces centres ne participe pas directement à la prise en charge médicale des patients intoxiqués et se contente de donner des conseils à ce sujet. Ce modèle est le plus facile à mettre en place et peut être associé à des services d’information sur les médicaments, comme en témoignent les centres antipoison du Kenya et du Zimbabwe décrits plus haut. Ce service est normalement délivré par téléphone et disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Lorsque le centre est doté d’un personnel suffisant, un spécialiste de l’information toxicologique est présent en permanence. Si tel n’est pas le cas, pendant les heures de fermeture, ce service peut être assuré par un agent de permanence travaillant depuis chez lui ou un service hospitalier. Dans les pays comptant de multiples services d’information toxicologique, il est possible d’organiser une rotation pour qu’un centre réponde aux appels lorsque les autres sont fermés, ou d’affecter en permanence un centre au service d’information de nuit et de week‑end pour le compte d’un ou plusieurs autres centres (18,39,40). Le personnel du centre peut être constitué d’infirmiers, de pharmaciens, de médecins, de scientifiques, de toxicologues cliniques ou d’une combinaison de ces professionnels. Ce personnel doit avoir suivi une formation spécifique pour délivrer une information toxicologique (41). Dans les centres où le personnel de première ligne n’est pas composé de médecins, il existe parfois un système permettant d’orienter les cas d’intoxication particulièrement sévères vers un toxicologue clinicien de permanence. Les centres d’information toxicologique mènent aussi tout un éventail d’activités supplémentaires. Celui du Zimbabwe par exemple conduit des activités de toxicovigilance ainsi que des travaux de recherche et assure la formation des professionnels de santé.
Certains centres antipoison n’offrent que des services d’information, tandis que d’autres disposent de structures pour les services de traitement et/ou de laboratoire.
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Le centre antipoison de Tygerberg, en Afrique du Sud, propose des conseils spécialisés en toxicologie clinique (intoxications dues aux toxines naturelles, en particulier aux morsures de serpents). Toujours en Afrique du Sud, le centre d’information toxicologique de l’hôpital des enfants de la Croix‑Rouge offre une information toxicologique spécialisée dans les cas pédiatriques et compile une base de données sur les poisons et la prise en charge clinique des intoxications, appelée AfriTox® (voir plus bas). Dans un autre modèle, le centre antipoison est associé à une unité de traitement des patients victimes d’une intoxication. Dans certains cas, cette unité fait partie du centre antipoison et, dans d’autres, les médecins du centre disposent d’un certain nombre de lits qui leur sont réservés dans l’hôpital d’accueil qui admet les patients intoxiqués. Certains centres antipoison sont associés à un laboratoire de toxicologie qui analyse les prélèvements effectués sur les patients intoxiqués. C’est par exemple le cas du centre antipoison de Tygerberg, au Cap, en Afrique du Sud, et du Centre antipoison et pharmacovigilance du Maroc, à Rabat. Par ailleurs, un petit nombre de centres antipoison sont en mesure d’assurer à la fois des services d’information, des services cliniques et des services de laboratoire. C’est par exemple le cas du Therapeutics and Toxicology Centre de Cardiff, au Royaume‑Uni, et du centre antipoison de Munich, en Allemagne.
4.4 Exemples de services d’information toxicologique transfrontières L’examen de la littérature n’a décelé que très peu d’exemples de centres d’information toxicologique transfrontières. On peut notamment citer le centre national d’information toxicologique (National Poisons Information Centre, NPIC) de Dublin, en République d’Irlande, pour lequel le centre national d’information toxicologique (National Poisons Information Service) britannique prend le relai en dehors des heures de bureau sur la base d’un accord contractuel (18, 42). Les personnes qui appellent le NPIC en dehors des heures d’ouverture paient le tarif d’une communication téléphonique normale et c’est le NPIC qui prend en charge le coût du transfert de la communication vers le Royaume‑Uni. Le NPIC utilise la même base de données toxicologique (TOXBASE®) que le service britannique et enregistre les demandes de renseignements qu’il reçoit à l’aide du même système de collecte des données (appelé UKPID). Les services d’information toxicologique irlandais et britannique peuvent ainsi déployer la même approche pour traiter les demandes de renseignements.
Pour pouvoir desservir un autre pays, le centre antipoison a besoin d’avoir des informations sur les produits utilisés dans cet autre pays.
Un dispositif transfrontières à court terme a également été décrit (43). En 2002, le centre londonien du centre national d’information toxicologique britannique a pris en charge les appels de nuit reçus par le centre antipoison néozélandais (New Zealand National Poisons Centre, NZNPC) pendant quatre mois pour aider ce dernier à faire face à une période de souseffectifs. En raison d’un décalage horaire de 12 heures, les appels de nuit étaient reçus dans la journée au Royaume‑Uni. Le NZNPC a fourni au centre londonien des formulaires pharmaceutiques, des nomenclatures pharmaceutiques, des guides des médicaments néozélandais, l’accès à TOXINZ® (la base de données toxicologique néozélandaise), ainsi que les coordonnées détaillées des hôpitaux néozélandais. De plus, il lui a fait parvenir une analyse des appels de nuit récemment reçus afin de lui donner une idée des demandes de renseignements types. Une procédure opératoire standard a été élaborée de manière
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4. Résultats de l’ét ude
concertée pour le traitement des demandes néozélandaises et pour l’orientation des cas. Le centre londonien établissait un rapport pour chaque cas néozélandais traité et envoyait chaque jour ces rapports au NZNPC à des fins médicolégales et d’audit. Les personnes appelant le NZNPC payaient le tarif d’une communication téléphonique normale et le NZNPC couvrait le surcoût induit par le transfert de l’appel vers le Royaume‑Uni. En Europe, on peut également citer l’exemple d’un accord, existant de longue date même s’il n’est pas officiel, conclu par les professionnels de santé du Luxembourg et le centre antipoison de Bruxelles, afin que celui‑ci traite leurs demandes. Cet accord est facilité par la proximité géographique et culturelle et par la communauté de langue. Le numéro d’appel du centre antipoison n’est en revanche pas communiqué au public au Luxembourg. Rien n’est non plus prévu pour informer les autorités sanitaires luxembourgeoises des demandes de renseignements sur les intoxications émanant du Luxembourg (M. Mostin, communication personnelle, octobre 2013). La plupart des centres antipoison traitent un petit nombre de demandes ad hoc reçues d’autres pays. Ainsi, en 2011‑2012, le centre d’information toxicologique de Tygerberg, en Afrique du Sud, a répondu à 93 appels de l’étranger, qui représentent 1 % du total des appels reçus (C. Marks, communication personnelle, mai 2013). La majorité de ces appels (47 %) émanaient de pays voisins, mais quelques‑uns ont aussi été passés depuis 11 autres pays d’Afrique. Là encore, aucune procédure n’est prévue pour informer les autorités nationales concernées de ces demandes.
4.5 Mise à disposition d’un service d’information toxicologique sur Internet Au cours des dernières années, un petit nombre de bases de données d’information toxicologique sur Internet liées aux centres antipoison ont été mises en place. À ce jour, au moins quatre de ces bases de données sont utilisées en dehors de leurs pays d’origine : AfriTox® (Afrique du Sud), Poisindex® (États‑Unis d’Amérique), TOXBASE® (Royaume‑Uni) et TOXINZ® (Nouvelle‑Zélande), qui sont décrites ci‑après.
AfriTox® Cette base de données a été élaborée par l’hôpital des enfants de la Croix‑Rouge (Red Cross Children’s Hospital) du Cap, en Afrique du Sud.3 Elle contient des informations sur les poisons, et surtout sur les produits africains (et en particulier sud‑africains) et les toxines naturelles. Elle a été diffusée sur CD‑ROM aux hôpitaux sud‑africains et ainsi qu’aux hôpitaux et centres antipoison d’un certain nombre d’autres pays d’Afrique par exemple au centre antipoison du Zimbabwe (44, C. Roberts, communication personnelle, juin 2012). En 2013, cette base de données a été mise en ligne.
Poisindex® Cette base de données toxicologique commerciale est largement utilisée aux États‑Unis d’Amérique et dans de nombreux autres pays. 4 Poisindex® dresse la liste de milliers de produits de grande consommation, de produits distribués dans le commerce et de produits pharmaceutiques ainsi que de végétaux et 3 4
http://www.health.uct.ac.za/fhs/services/pic/afritox. http://www.truvenhealth.com/products/poisindex.aspx.
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d’animaux toxiques, avec des liens vers plus de 1500 monographies spécifiquement consacrées aux poisons. Aux États‑Unis d’Amérique, tous les centres antipoison utilisent principalement Poisindex® pour trouver des données. Le codage des produits dans Poisindex® sert à l’élaboration des rapports annuels et d’autres rapports de l’association américaine des centres antipoison (American Association of Poison Control Centers) (17). Ce système est accessible en ligne ou peut être utilisé sur un ordinateur local. Ce système, entièrement payant, est assez onéreux mais des tarifs préférentiels peuvent être proposés aux pays à faible revenu.
TOXBASE® Il s’agit d’une base de données à accès fermé accessible gratuitement pour le personnel du service national de santé (NHS) britannique qui est enregistré et, sur une base contractuelle, pour le personnel travaillant en République d’Irlande. TOXBASE® a vocation à constituer une source d’information de premier plan pour les professionnels de santé au Royaume‑Uni, et ses services d’information téléphonique procurent des conseils sur des cas graves, complexes ou inhabituels (45,46). Les entreprises commerciales, les centres antipoison et les hôpitaux étrangers peuvent utiliser ce système moyennant le paiement d’une redevance annuelle (47). TOXBASE® peut servir d’outil de surveillance via le suivi des consultations sur des agents spécifiques. Elle comporte aussi une fonction de collecte de données supplémentaires sur les cas d’exposition aux nouveaux produits, mais la mise à disposition de ces informations par la personne accédant à la base de données se fait sur le principe du volontariat.
TOXINZ® TOXINZ®5 compte deux niveaux d’accès : TOXINZ® Primary (créé pour les médecins de famille, le personnel paramédical et les personnes intéressées par la toxicologie médicale) et TOXINZ® Full (adapté à une utilisation par des services hospitaliers d’urgences, de soins intensifs et de pharmacie). Comme au Royaume‑Uni, cette base de données complète le service d’information téléphonique assuré par le nouveau centre antipoison néozélandais. L’accès à la base de données requiert un abonnement et est ouvert aux centres antipoison étrangers. TOXINZ® est disponible gratuitement ou pour un coût modique via HINARI6 pour les centres antipoison des pays en développement.
4.6 Le rapport coût/efficacité des centres antipoison L’examen de la littérature a mis en évidence un certain nombre d’études évaluant le rapport coût/efficacité des centres antipoison, qui ont toutes été menées dans des pays en développement. La plupart d’entre elles se fondent sur l’interview des appelants des centres antipoison afin de déterminer ce qu’ils auraient fait s’ils n’avaient pas pu joindre le centre (48,55). Elles ont conclu que les personnes qui appellent à propos d’expositions de faible toxicité auraient contacté ou consulté leur médecin de famille, ou se seraient rendues à l’hôpital, ce qui aurait été plus coûteux qu’un appel au centre antipoison. Ces études ont constaté que l’utilisation des centres antipoison par le grand public se traduisait par des économies nettes sur les coûts de santé.
5 6
http://www.toxinz.com/. http://www.who.int/hinari/en/.
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4. Résultats de l’ét ude
Ces conclusions ont été corroborées par deux études qui se sont intéressées à l’impact effectif sur l’utilisation des services médicaux lorsque les services des centres antipoison sont temporairement indisponibles (56,57). Ces travaux font apparaître une augmentation des coûts de santé induits principalement par les patients qui s’orientent eux‑mêmes vers les services médicaux. Dans l’une de ces études, l’augmentation observée représentait plus de trois fois le financement public alloué au centre antipoison (56). Une étude sur les communautés rurales a corrélé les appels aux centres antipoison aux admissions à l’hôpital pour intoxication (58). Les résultats ont suggéré qu’un peu plus de 40 appels téléphoniques du public vers un centre antipoison permettaient d’éviter une hospitalisation, ce qui, replacé dans le contexte des États‑Unis d’Amérique, revient à une économie de plus de US $7000 pour une quarantaine d’appels. En 2012, l’association américaine des centres antipoison a commandé un rapport sur le rapport coût/efficacité des centres antipoison aux États‑Unis d’Amérique. Ce rapport a mis en évidence un bénéfice de près de US $14 pour chaque dollar investi, ce qui se traduit par une économie estimée à US $1,8 milliard par an (59). Cette analyse a pris en compte les économies résultant du recours évité aux services médicaux, de la réduction des durées d’hospitalisation, des services de proximité et de la baisse du nombre de jours de travail perdus. Elle n’a pas pris en compte d’autres effets positifs tels que la communication de données de surveillance aux agences fédérales, la formation des professionnels de santé à la toxicologie et la participation à la préparation et à la riposte aux situations d’urgence des agences au niveau local, des États et fédéral.
Aux États‑Unis d’Amérique, les centres antipoison permettent des économies de US $1,8 milliard au niveau des dépenses de santé et des dépenses sociales.
4.7 Consultation des parties prenantes : attitudes vis‑à‑vis des centres antipoison d’Afrique de l’Est Pendant la consultation, les parties prenantes se sont presque toutes prononcées pour l’expansion et le renforcement des services des centres antipoison dans toute l’Afrique de l’Est. Plus de 80 % d’entre elles se sont dites d’accord avec l’affirmation suivante : « Après avoir répondu à l’enquête, pensez‑vous qu’un service de centre antipoison sous‑régional puisse être créé ? » et 8,5 % ont répondu par la négative. Cependant, lorsque le concept a été exploré plus en profondeur, il est apparu clairement que les parties prenantes privilégiaient la création de centres nationaux. Ce constat est particulièrement vrai dans les quatre pays où des ateliers nationaux existaient, dont deux disposent déjà d’un centre (le Kenya et le Zimbabwe) et deux envisagent d’en mettre un en place (République‑Unie de Tanzanie et Zambie). Les parties prenantes ont cité les avantages que présente un centre antipoison sous‑régional : possibilité d’économies sur les coûts, plaidoyer, renforcement de la coopération transfrontières et identification plus précoce des dangers toxicologiques nouveaux. Ces avantages perçus sont contrebalancés par les incertitudes sur la pérennité du financement lorsqu’il est assuré par plusieurs pays, et par le risque qu’un pays soit exclu du service s’il ne paie pas sa quote‑part. Les autres préoccupations évoquées portent sur les éventuelles difficultés rencontrées pour le transfert entre les pays d’informations confidentielles sur un patient, les produits et les incidents et le manque de flexibilité qui pourrait empêcher que les besoins spécifiques d’un pays soient couverts par un service à financement international. Les parties prenantes craignent également que l’implantation d’un centre antipoison sous‑régional dans un pays
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entrave le développement des capacités toxicologiques dans les pays clients, puisque toute l’expertise se concentrerait dans le pays d’où serait délivré le service. En revanche, certains estiment que ce centre pourrait former les professionnels d’autres pays. Les autres difficultés potentielles évoquées concernent les éventuelles disparités de normes médicales et de ressources entre les pays desservis. Ces disparités pourraient en effet entraîner des problèmes médico‑légaux si par exemple le centre antipoison a recommandé une analyse ou un traitement qui ne font pas partie des pratiques admises dans un autre pays. L’analyse ci‑dessus porte sur un service d’information toxicologique transfrontières par téléphone. La possibilité de passer par Internet a également été envisagée. Même si les parties prenantes ont estimé qu’il s’agissait d’un moyen acceptable de délivrer une information toxicologique, elles ont jugé qu’Internet devait plutôt venir en appui d’un service vocal plutôt que de supporter l’intégralité du service. Elles ont certainement considéré que ce moyen de communication n’était pas idéal pour apporter un service au public en raison des faibles niveaux de connectivité Internet et d’alphabétisation dans la sous‑région.
4.8 Options d’amélioration des centres antipoison en Afrique de l’Est Les parties prenantes ont été invitées à se pencher sur les six options ci‑dessous pour l’organisation des services d’information toxicologique. Option 1 : Créer un « super‑centre » pour répondre aux besoins de l’Afrique de l’Est et assurer tout l’éventail des services. Il pourrait s’agir du prolongement d’un centre existant ou de la création d’un nouveau centre. Option 2 : Créer un petit nombre de centres desservant chacun plusieurs pays de la sous‑région, en fonction de la langue. Si possible, ces centres pourraient être rattachés à des centres existants, y compris ailleurs en Afrique. Ces centres assureraient les mêmes services que le « super‑centre », mais pour un nombre de pays réduit. Option 3 : Le service d’information toxicologique est assuré depuis une base de données toxicologiques sur Internet à laquelle les utilisateurs peuvent s’abonner et qui enregistre chaque contact. Cette base de données pourrait être tenue à jour par une entité commerciale, ou par un centre antipoison situé en Afrique ou ailleurs. Option 4 : Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison, lequel pourrait assurer tout un éventail de services. Option 4 (variante) : Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison, lequel pourrait assurer tout un éventail de services. Ces centres pourraient être mis en réseau et coordonnés depuis une plateforme. Option 5 : La situation actuelle est maintenue et aucun centre antipoison n’est créé (cette option a été proposée à des fins d’exhaustivité). Pour des informations supplémentaires sur les services offerts dans le cadre de chaque option, voir l’annexe 1. L’option 4 (variante) est le fruit des discussions qui ont eu lieu lors de l’atelier national organisé en République‑Unie de Tanzanie et est illustrée à la Figure 6 ci‑dessous.
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4. Résultats de l’ét ude
Niveau sous-régional : coopération des unités nationales Pays 1
Pays n
Plateforme sousrégionale
Pays 2
Pays 3
Adapté de D. Enock Masanja, Université de Dar-es-Salaam Figure 6 : Représentation schématique du concept de plateforme de coordination pour les centres antipoison La plateforme de coordination du réseau de centres antipoison pourrait être une entité réelle ou virtuelle. Une plateforme réelle pourrait par exemple être installée dans un centre antipoison existant. La plateforme virtuelle pourrait être une association professionnelle dont la direction serait assurée par rotation mais qui disposerait de ressources dédiées. Cette plateforme aurait pour objectif d’assurer les services suivants : • coordination de la formation du personnel des centres antipoison, par exemple avec
l’élaboration d’un programme de formation et de matériel pédagogique convenus entre les membres, et l’organisation de visites pédagogiques ; • définition de normes pour les services d’information toxicologique ; • promotion de la standardisation entre les centres, par exemple pour les conseils de traitement, l’enregistrement des demandes de renseignements, etc. ; • mentorat des centres antipoison et de leur personnel à l’intérieur du réseau ; • orientation des membres vers d’autres ressources/sources d’assistance, etc. ; • plaidoyer pour le compte du réseau auprès des forums nationaux et internationaux ; • assistance pour le traitement des demandes difficiles. Les parties prenantes ont été invitées à noter les six options définies pour l’amélioration des services des centres antipoison, en attribuant le score le plus élevé à l’option qu’elles préféraient. Dans l’ensemble, les parties prenantes préfèrent que les pays se dotent de leur propre centre antipoison, mais qu’ils les mettent en réseau par l’intermédiaire d’une plateforme de coordination (Tableau 1). Ce choix pourrait être considéré comme une solution hybride entre l’option des centres nationaux et l’option d’un centre sous‑régional.
Les pays ont préféré avoir des centres antipoison nationaux reliés entre eux par une plateforme.
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Tableau 1 : Classement des options proposées pour l’amélioration des services des centres antipoison dans la sous‑région : le score le plus élevé est attribué à l’option préférée OPTION Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison, lequel pourrait assurer tout un éventail de services. Ces centres pourraient être mis en réseau et coordonnés depuis une plateforme Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison Créer un petit nombre de centres desservant chacun plusieurs pays de la sous‑région, en fonction de la langue. Si possible, ces centres pourraient être rattachés à des centres existants, et pas nécessairement uniquement en Afrique de l’Est Créer un « super‑centre » pour répondre aux besoins de l’Afrique de l’Est… Il pourrait s’agir du prolongement d’un centre existant ou de la création d’un nouveau centre Le service d’information est assuré depuis une base de données toxicologiques sur Internet à laquelle les utilisateurs peuvent s’abonner et qui enregistre chaque contact. Cette base de données pourrait être tenue à jour par une entité commerciale, ou par un centre antipoison situé en Afrique ou ailleurs La situation actuelle est maintenue, aucun centre antipoison n’est créé et les choses continuent de se passer comme avant SCORE MOYEN 4,9
4,4 3,4
2,3
1,9
0,6
4.9 Comment mettre en place des centres antipoison nationaux ? Pour mettre en place un centre antipoison national, il faut disposer d’un appui politique et financier, de contributions techniques et de ressources matérielles. Si l’objectif premier est de créer un service d’information, les conditions à réunir sont relativement limitées et énumérées à l’appendice 1. L’appui politique doit émaner des ministères compétents, et en particulier de ceux de la santé, de l’agriculture et de l’environnement, qui doivent également être prêts à débloquer des financements. En outre, le centre antipoison doit bénéficier du soutien des principales catégories d’usagers professionnels, c’est‑à‑dire des infirmiers, des médecins et des pharmaciens. Il est également essentiel de pouvoir compter sur un appui pérenne, qu’il s’agisse de fonds ou de services rendus par l’établissement d’accueil. L’appendice 1 décrit les postes de coûts habituels (coûts au démarrage ou coûts récurrents). Si la plupart des centres antipoison bien établis finissent par bénéficier de plusieurs sources de financement, notamment du revenu des services rendus aux entreprises commerciales, nombre de ces sources de financement n’existent pas au moment de leur démarrage, quand les centres doivent encore faire leurs preuves. Ces derniers ont donc besoin d’un financement de base garanti couvrant leurs principaux coûts.
Pour mettre en place un centre antipoison, il faut disposer d’un appui politique et professionnel, ainsi que de ressources techniques et financières.
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4. Résultats de l’ét ude
Pour obtenir un appui politique et financier pérenne dans le but d’ouvrir un centre antipoison, il faut déployer des actions de plaidoyer et avancer de bons arguments. De plus, le centre doit rapidement faire la preuve de son utilité. Parallèlement, cependant, les bailleurs de fonds et les parties prenantes doivent avoir des attentes réalistes s’agissant de ce que l’on peut obtenir dans un délai précis et avec les ressources disponibles. Comme l’indique l’appendice 1, le nombre de demandes de renseignements adressées à un centre antipoison progresse normalement, lentement au fil du temps à mesure que ses utilisateurs se familiarisent avec le centre et l’aide qu’il peut leur apporter. Il faut également doter le centre d’un personnel et de cadres formés. Il existe probablement dans la plupart des pays, voire tous, des professionnels disposant au moins d’une partie du savoir de base nécessaire ; cependant, en raison de la faiblesse généralisée des effectifs de médecins, d’infirmiers et de pharmaciens, il peut se révéler difficile de changer l’affectation du personnel afin qu’il collabore à la mise en place ou à la gestion d’un service d’information toxicologique. L’existence de services de laboratoire ou de services d’urgences médicales pourrait constituer le point de départ pour la mise en place d’un centre antipoison. En République‑Unie de Tanzanie par exemple il est prévu de créer un service d’information toxicologique adossé à la Government Chemist Laboratory Agency. Cette dernière dispose déjà de personnel scientifique, et se situe à proximité d’un grand centre hospitalier universitaire et de l’institut national pour la recherche médicale (National Institute for Medical Research), ce qui confère au pays un socle solide sur lequel s’appuyer. Un modèle semblable peut être reproduit dans d’autres pays d’Afrique de l’Est. Pendant la réalisation de l’étude, quatre pays (Ouganda, Éthiopie, République‑Unie de Tanzanie et Zambie) ont commencé à élaborer des plans pour la création d’un centre antipoison. En République‑Unie de Tanzanie, ces plans sont bien avancés et le centre devrait être opérationnel en 2015. Au Kenya, le centre antipoison (Poisons Information and Management Centre) du Kenyatta National Hospital cherche à accéder au statut de centre national officiel. Le coût de la mise en place entraînera des difficultés dans un environnement où les ressources sont très limitées. Le rapport sur l’étude présente des données montrant que les investissements dans les centres antipoison sont plus que compensés par les économies réalisées sur les dépenses générales de santé, qu’elles soient acquittées par l’État, par les assureurs ou par les patients. De plus, un centre antipoison devrait être considéré comme contribuant au bien public en raison du rôle qu’il joue dans la santé publique et dans la gestion rationnelle des produits chimiques. 4.9.1 Mettre en place une plateforme La plateforme de coordination du réseau de centres antipoison telle qu’évoquée pendant la consultation des parties prenantes pourrait être une entité matérielle ou virtuelle. Les missions de cette plateforme sont décrites ci‑dessus. Pour les remplir, elle a besoin de ressources, y compris de personnel, d’un accès à l’infrastructure de télécommunications et d’une connexion Internet, ainsi que d’un site Web actif et géré. Une plateforme matérielle devrait être dotée de ses propres bureaux et de son personnel (au moins une personne), d’un budget, d’un programme de travail, d’une adresse postale et électronique, et d’un numéro de téléphone. Les plateformes constituées par groupes linguistiques pourraient se situer n’importe où dans la région. 21
Le concept de plateforme coordonnant des centres antipoison dans plusieurs pays constitue une formule inédite, et, dans une certaine mesure, jamais testée, même s’il existe des organismes exerçant des fonctions analogues. Au niveau national, l’association américaine des centres antipoison (American Association of Poison Control Centers, AAPCC)7 remplit la plupart des fonctions décrites ci‑dessus, et est particulièrement active dans la formation et la normalisation, l’harmonisation de la collecte des données et la tenue d’une base de données nationale des demandes de renseignements (la National Poison Data System, NPDS), ainsi que le plaidoyer. L’AAPCC possède un siège physique, du personnel permanent ainsi que des dirigeants élus. Elle est financée par les droits acquittés par ses membres (organisations et particuliers), occasionnellement par des subventions ainsi que par la vente des rapports de la NPDS. Au niveau international, l’Association européenne des centres antipoison et de toxicologie clinique (AECAPT) remplit certaines des fonctions d’une plateforme de coordination, même s’il s’agit d’une association d’individus plutôt que de centres antipoison. Elle mène par exemple des actions de plaidoyer, participe à la normalisation et apporte son concours à la prise en charge des cas difficiles via un forum de discussion.8 Bien que l’AECAPT soit enregistrée comme une organisation à but non lucratif dans un seul pays, la Belgique, elle n’a pas d’adresse physique. Elle n’a pas de personnel permanent rémunéré, mais sous‑traite occasionnellement des services de secrétariat et de maintenance de son site Web en fonction de ses besoins. Toutes les autres tâches sont accomplies par un bureau de membres élus non rémunérés. Elle tire l’essentiel de son financement des abonnements de ses membres, des subventions occasionnelles et des congrès scientifiques annuels (A. Campbell, communication personnelle, janvier 2014). Il existe donc des précédents dont le réseau des centres antipoison et des professionnels de la toxicologie appliquée africains (Network of African Poisons Centres and Applied Toxicologists, NAPCAT)9 pourrait s’inspirer pour s’acquitter des fonctions d’une plateforme, à condition qu’il dispose des ressources adéquates.
7 8 9
http://www.aapcc.org/about/. http://www.eapcct.org/index.php?page=home. http://www.napcat.net/.
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4. Résultats de l’ét ude
RÉSEAU DES CENTRES ANTIPOISON ET DES PROFESSIONNELS DE LA TOXICOLOGIE APPLIQUÉE AFRICAINS (NETWORK OF AFRICAN POISONS CENTRES AND APPLIED TOXICOLOGISTS, NAPCAT) Le NAPCAT est un groupe récemment formé de professionnels de la toxicologie clinique ou appliquée, travaillent dans des centres antipoison, à l’université ou plus généralement dans le domaine de la sécurité des substances chimiques, qui se sont réunis pour promouvoir le développement de la toxicologie clinique et appliquée en Afrique. Le NAPCAT a pour vocation de favoriser le développement des activités des centres antipoison sur tout le continent en : • encourageant le recueil et la diffusion d’informations sur les substances toxiques
pertinentes pour l’Afrique, ainsi que la collecte de données de qualité sur les cas d’intoxication et les incidents toxicologiques intervenus sur le continent ; • favorisant la communication et le partage de l’information entre les centres antipoison et les centres de traitement en Afrique ; • facilitant la formation du personnel des centres antipoison et le développement de la toxicologie clinique et appliquée dans la région ; • plaidant pour la sécurité des substances toxiques auprès des pouvoirs publics, de l’industrie et des autres parties prenantes ; et • favorisant la collaboration internationale entre les centres antipoison africains et les organismes professionnels et universitaires, les associations et les réseaux de centres antipoison dans d’autres pays.
ADRESSE DU SITE WEB DU NAPCAT : WWW.NAPCAT.NET.
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4.10 Conditions requises pour la création d’un centre antipoison sous‑régional Si la consultation des parties prenantes a mis en évidence une préférence pour l’instauration de centres nationaux, la possibilité d’un centre sous‑régional n’a pas été exclue. Cependant, les discussions sur ce projet ont permis de définir un certain nombre de conditions qui devaient être réunies pour que la création d’un centre antipoison sous‑régional soit possible. Premièrement, le centre devrait desservir des pays parlant une langue commune, afin de maximiser l’accessibilité du service d’information. De plus, il aurait besoin d’une bonne infrastructure de télécommunications pour ses communications avec les pays. Un centre sous‑régional pourrait appartenir à un pays et offrir ses services à d’autres pays sur une base contractuelle, ou pourrait être constitué en centre international accueilli par un pays et dirigé par un comité directeur international. Dans le cas de la deuxième option, et aussi dans une certaine mesure de la première, il lui faudrait bénéficier d’un appui politique solide et d’un cadre juridique et institutionnel défini conjointement par les ministères de la santé, de l’environnement, des finances, du commerce, et de la justice de tous les pays concernés. Ce cadre réglerait les questions du financement et de l’étendue des services, ainsi que les modalités d’utilisation (par exemple les utilisateurs éligibles, les délais, les normes de qualité, les procédures d’alerte sur des incidents chimiques, etc.). Il faudrait également trouver un accord sur les questions de reddition des comptes et de responsabilité médicale par exemple dans le cas d’un patient dont l’état s’aggrave de manière inattendue. Idéalement, la législation sur ces questions devrait être harmonisée entre les pays. De plus, il conviendrait de conclure un arrangement sur le traitement des informations confidentielles, par exemple les données concernant les patients et les informations commerciales sensibles sur les produits. Au niveau technique, un centre antipoison sous‑régional devrait disposer d’informations sur les substances pharmaceutiques, les produits, les végétaux, les animaux venimeux, etc., dans chaque pays qu’il dessert, accompagnées des dénominations locales. Il lui faudrait également des informations sur les services cliniques et de laboratoire disponibles dans les autres pays et si possible les coordonnées des toxicologues dans les pays desservis. Il devrait également être doté de personnel formé en nombre suffisant pour répondre aux appels et faire face à la charge de travail par exemple la mise à jour des bases de données sur les agents et les services locaux. Si l’on veut que le personnel du centre antipoison assure une présence 24 heures sur 24 toute l’année, il faut recruter au moins six à huit professionnels à temps plein afin de tenir compte des congés, des formations, des absences pour maladie, etc. (21).
Pour fonctionner au mieux, un centre antipoison sous‑régional devrait desservir des pays parlant une langue commune et ayant un niveau similaire en matière de ressources et d’infrastructures de santé.
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4. Résultats de l’ét ude
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5. Conclusions Les intoxications constituent indubitablement un problème sérieux en Afrique de l’Est, où l’on dénombre plusieurs milliers de décès et des centaines de milliers d’années de vie en bonne santé perdues pour incapacité. Le fait que le taux de létalité élevé des intoxications (pouvant aller jusqu’à 4,9 %) soit nettement supérieur à celui observé dans les pays de l’OCDE (<1 %) laisse à penser que le développement des services des centres antipoison et la formation à la toxicologie clinique permettront de réelles avancées sanitaires. À terme, avec le déploiement de la couverture sanitaire universelle (60), on peut espérer que les taux de mortalité reculeront ; toutefois le développement des centres antipoison pourrait accélérer cette évolution dans certains domaines. Les centres antipoison offrent un bon retour sur investissement : l’examen de la littérature montre que quel que soit le modèle suivi pour leur mise en place et pour la prestation des services, ils affichent un bon rapport coût/avantages, que ce soit pour le système de santé ou pour les patients. Il existe déjà trois centres antipoison dans deux pays d’Afrique de l’Est, et un quatrième a été identifié grâce à l’étude (à Madagascar) ce qui constitue une base de départ. Il existe également des centres antipoison dans un pays voisin, l’Afrique du Sud, qui rencontre, pour l’essentiel, les mêmes problèmes toxicologiques que l’Afrique de l’Est. L’objet de cette étude était d’évaluer la faisabilité de la création d’un centre antipoison sous‑régional et de proposer des moyens d’améliorer les services des centres antipoison dans la sous‑région. Cette étude a montré qu’il faudra résoudre un certain nombre de questions pratiques pour mettre en place un centre sous‑régional, en particulier concernant le partage des informations confidentielles, la responsabilité médicale, les mécanismes de notification des incidents et les données sur les intoxications provenant de chaque pays, ainsi que les accords sur le partage des coûts. Il faudra bénéficier d’un appui politique dans les pays concernés, ainsi que de l’appui des professionnels et du public auquel est destiné ce service. L’expérience très limitée de ce type de services transfrontières a montré que les centres sous‑régionaux sont plus efficaces lorsqu’ils desservent des pays parlant la même langue, présentant le même niveau de ressources médicales et de financement et possédant une bonne infrastructure de télécommunications. Si un centre antipoison partagé peut fonctionner entre deux pays, le concept de service partagé entre plusieurs pays n’a pas encore été testé et sa capacité à remplir les missions de santé publique et de sécurité chimique requises n’est pas établie. De plus, il pourrait se révéler complexe à faire fonctionner et à administrer. Pendant la consultation, les parties prenantes ont clairement exprimé la nécessité et l’utilité des services des centres antipoison, et estimé qu’il importait d’étendre ces services en Afrique de l’Est. Dans le même temps, certaines ont opté pour la création de centres nationaux, et beaucoup ont en fait privilégié cette option. Même celles qui étaient en faveur de la création d’un centre sous‑régional ont clairement dit préférer qu’un centre national soit mis en place au préalable ou en parallèle. Dans l’ensemble, les parties prenantes ont
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5. Conclusions
clairement privilégié la création de centres nationaux travaillant en réseau ou reliés par une plateforme de coordination. À plus d’un titre, il est plus simple de créer des centres antipoison nationaux qu’un centre sous‑régional et pour certains c’est également préférable. C’est plus simple car le centre n’a besoin de rendre compte qu’à un seul gouvernement national, d’être compatible qu’avec un seul système de santé, de compiler des données sur les produits et les toxines naturelles de son propre pays seulement, et peut consacrer du temps et des ressources à faire sa propre promotion auprès de ses utilisateurs dans son propre pays. Cette option présente un autre avantage : les autorités nationales bénéficient immédiatement de la propriété et de l’accès aux données sur les expositions aux substances chimiques ainsi que sur les produits et les substances chimiques disponibles dans leur propre pays. De plus, cette option favorise le développement des capacités nationales en toxicologie clinique. La solution des centres antipoison travaillant en réseau via une plateforme est avantageuse pour le partage des ressources de formation, l’harmonisation de la collecte des données, ainsi que l’entraide mutuelle, et peut aussi faciliter le développement d’une surveillance transfrontières et d’un système d’alerte précoce pour les incidents d’envergure internationale. Il existe déjà des accords de coopération transfrontières au niveau pratique et des politiques publiques qui pourraient faciliter la mise en place soit d’un centre sous‑régional soit d’une plateforme de coordination. On peut citer par exemple le cas de la base de données toxicologiques AfriTox®, élaborée en Afrique du Sud, et qui est utilisée comme source de référence par les centres antipoison au Zimbabwe et au Kenya, et également par un certain nombre d’hôpitaux dans d’autres pays d’Afrique. Il existe aussi des initiatives transfrontières formelles, dans le domaine de la santé notamment, au sein de la zone tripartite des trois communautés économiques régionales : le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Ces accords portent sur la formation et l’agrément des professionnels de santé, la coopération pour la surveillance, la coordination de la mise en œuvre des conventions sur la sécurité des substances chimiques, et la collaboration sur le développement de l’infrastructure, y compris de télécommunications (61,65).
Les centres antipoison nationaux auront des retombées bénéfiques plus directes pour les pays qu’un centre sous‑régional.
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6. Recommandations à l’issue de l’étude Le groupe chargé de l’étude a élaboré huit recommandations découlant de l’étude de faisabilité. Ces recommandations sont les suivantes. Recommandation 1 : Les autorités compétentes devraient développer plus avant les plans établis pour la création de centres antipoison en Éthiopie, en Ouganda, en République‑Unie de Tanzanie et en Zambie afin de les asseoir sur un modèle de coûts solide et pérenne, tenant compte des services existants et des mécanismes de financement du système de santé dans lequel le centre antipoison sera intégré. Ces plans pourront ensuite servir de base pour la sollicitation de l’aide des autorités nationales et des partenaires du développement en vue de la mise en place des centres. En outre, il faudra requérir une assistance technique, sous la forme de formations et de guides pratiques, auprès des centres antipoison de la sous‑région, au Kenya et au Zimbabwe (voir également la recommandation 3) ainsi que des centres antipoison du Cap, en Afrique du Sud. L’OMS et d’autres organisations internationales devraient être invitées à apporter leur concours à l’élaboration de propositions et devraient faciliter l’assistance technique. Recommandation 2 : Les autorités des pays préférant partager les services d’un centre antipoison plutôt que de créer des centres nationaux devraient s’entendre sur un cadre prévoyant des politiques et des protocoles réglant les considérations déontologiques, de normes de qualité et de responsabilité d’un service transfrontières, ainsi que sur des procédures de partage de l’information, d’alerte sur les incidents et de notification des données numériques sur les cas d’intoxication. En outre, des mécanismes financiers solides devraient être instaurés pour assurer la pérennité de ce service transfrontières. Recommandation 3 : Les centres existants dans la sous‑région devraient être renforcés grâce à une augmentation du financement public. Ils devraient s’efforcer d’obtenir une reconnaissance officielle comme centres nationaux. Ces centres sont encouragés à rechercher activement de nouvelles sources de financement à condition qu’elles ne menacent pas leur indépendance opérationnelle. Ils devraient solliciter une assistance technique et en nature auprès d’autres centres antipoison africains et non africains, avec l’appui de l’OMS. Recommandation 4 : Il conviendrait d’envisager de mettre en place des plateformes reliant les centres antipoison de différents pays parlant la même langue et présentant des caractéristiques culturelles communes. Cette plateforme pourrait assumer les fonctions suivantes : coordination, formation, normalisation, mentorat, orientation (c’est‑à‑dire indiquer où trouver tel ou tel service ou conseil) et conseils aux membres du réseau (sur les cas d’intoxication ou sur des questions organisationnelles) ainsi qu’actions de plaidoyer et négociations au nom du réseau avec les organismes nationaux régionaux et internationaux.
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6. Recommandations à l’ iss ue de l’ét ude
Ce rôle de plateforme pourrait être assuré par n’importe quel centres antipoison existant en Afrique. Ces fonctions pourraient sinon être assumées par le réseau des centres antipoison et des professionnels de la toxicologie appliquée africains (NAPCAT). Recommandation 5 : Afin de renforcer la prestation des services d’information toxicologique au sein de la sous‑région, et plus largement dans toute l’Afrique, il faudrait encourager les centres antipoison à travailler en réseau. Puisqu’il existe déjà un réseau, le NAPCAT, il est recommandé de le renforcer par une augmentation de l’aide financière, afin qu’il puisse étoffer ses fonctions de promotion du développement professionnel, de normalisation et de plaidoyer pour les centres antipoison de la région. Une partie du financement de ce réseau provient des droits acquittés par ses membres, et le NAPCAT devrait solliciter des financements supplémentaires auprès des autorités nationales, des partenaires de développement et des organismes internationaux. S’il était doté de ressources suffisantes, le NAPCAT pourrait assumer des fonctions de plateforme de coordination pour un groupe de centres antipoison. Recommandation 6 : Pour favoriser l’élaboration précoce de méthodes de collecte et d’échange des données standardisées et d’un cadre cohérent pour la notification des données toxicologiques et sur les cas d’intoxication dans la sous‑région, il est recommandé à tous les centres opérant dans la région d’envisager d’utiliser les outils de l’OMS pour un recueil harmonisé des données.10 Recommandation 7 : Il serait nécessaire de mener une enquête exhaustive afin de localiser les spécialistes des différents aspects de la toxicologie dans la sous‑région et d’en déterminer les activités et la disponibilité. Ces informations devraient être enregistrées dans une base de données. Les informations sur les experts dans un pays devraient être communiquées aux autorités et institutions nationales intéressées. Cette enquête et la construction de la base de données pourraient être confiées au NAPCAT à condition que celui‑ci reçoive des ressources suffisantes pour mener à bien cette tâche. Recommandation 8 : Il conviendrait d’exécuter un audit des services et des capacités analytiques et de dresser la liste des laboratoires et des analyses qu’ils peuvent effectuer.
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http://www.who.int/ipcs/poisons/harmonization/en/.
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Annexe 1 : OPTION 1 Créer un « super‑centre » pour répondre aux besoins de l’Afrique de l’Est et assurer tout l’éventail des services énumérés ci‑dessous. Il pourrait s’agir du prolongement d’un centre existant ou de la création d’un nouveau centre
Options pour la mise en place de centres antipoison dans la sous‑région d’Afrique de l’Est OPTION 2 Créer un petit nombre de centres antipoison desservant chacun plusieurs pays de la sous‑région, en fonction de la langue parlée. Si possible, ces centres pourraient être rattachés à des centres existants, et pas nécessairement uniquement en Afrique de l’Est OPTION 3 Le service d’information toxicologique est assuré depuis une base de données toxicologiques sur Internet à laquelle les utilisateurs peuvent s’abonner et qui enregistre chaque contact. Cette base de données pourrait être tenue à jour par une entité commerciale, ou par un centre antipoison situé en Afrique ou ailleurs OPTION 4 Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison, lequel pourrait assurer tout un éventail de services OPTION 4 (VARIANTE) Chaque pays devrait être encouragé à créer et à gérer son propre centre antipoison, lequel pourrait assurer tout un éventail de services. Ces centres pourraient être mis en réseau et coordonnés depuis une plateforme
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ANNEX 1
OPTION 1 SERVICES 1. Donner des conseils par téléphone à tous les pays de la sous‑région 2. Former le personnel médical et infirmier, ainsi que d’autres professionnels, au diagnostic et à la prise en charge des intoxications 3. Coordonner la fourniture de services cliniques et de laboratoire, et l’information sur ces services, dans chaque pays desservi 4. Tenir à jour une base de données sur les produits et agents toxiques, qui indique leurs principaux composants et leur toxicité 5. Mettre en place un système de compilation des demandes de renseignements que le service reçoit par téléphone ou par voie électronique, et analyser périodiquement les données afin de mettre en évidence les tendances et les problèmes émergents 6. Exercer une fonction de surveillance et d’alerte en cas d’incident chimique, conformément au Règlement sanitaire international (2005) 7. Constituer et tenir à jour une base de données en ligne que le grand public et les professionnels pourront consulter pour obtenir des informations sur les agents toxiques spécifiques à la région, ou adapter un système d’information existant aux besoins de la région 8. Travailler avec les autorités pour qu’une politique et des instruments juridiques appropriés soient adoptés
OPTION 2 SERVICES 1. Donner des conseils par téléphone à tous les pays de la sous‑région 2. Former le personnel médical et infirmier, ainsi que d’autres professionnels, au diagnostic et à la prise en charge des intoxications 3. Coordonner la fourniture de services cliniques et de laboratoire, et l’information sur ces services, dans chaque pays desservi 4. Tenir à jour une base de données sur les produits et agents toxiques, qui indique leurs principaux composants et leur toxicité 5. Mettre en place un système de compilation des demandes de renseignements que le service reçoit par téléphone ou par voie électronique, et analyser périodiquement les données afin de mettre en évidence les tendances et les problèmes émergents 6. Exercer une fonction de surveillance et d’alerte en cas d’incident chimique, conformément au Règlement sanitaire international (2005) 7. Constituer et tenir à jour une base de données en ligne que le grand public et les professionnels pourront consulter pour obtenir des informations sur les agents toxiques spécifiques à la région, ou adapter un système d’information existant aux besoins de la région 8. Travailler avec les autorités pour qu’une politique et des instruments juridiques appropriés soient adoptés
OPTION 3 SERVICES 1. Donner des informations sur les caractéristiques cliniques et la prise en charge des intoxications dues à divers agents toxiques 2. Donner des informations sur la disponibilité de services cliniques et de laboratoire dans les pays de la sous région 3. Placer des modules de formation en ligne sur les intoxications, pour l’auto‑apprentissage 4. Disposer d’un mécanisme de collecte et d’analyse des informations que les utilisateurs ont communiquées sur leur identité et sur les agents toxiques qui les intéressent 5. Mettre en place un mécanisme de compilation d’informations de base sur le cas d’intoxication qui a conduit l’utilisateur à consulter la base de données
OPTION 4 SERVICES 1. Donner des conseils par téléphone aux professionnels de santé, voire au grand public, dans le pays 2. Former le personnel médical et infirmier, ainsi que d’autres professionnels, au diagnostic et à la prise en charge des intoxications 3. Fournir des services cliniques et/ou de laboratoire ou coordonner la fourniture de services cliniques et de laboratoire, et l’information sur ces services, dans les pays 4. Tenir à jour une base de données sur les produits et agents toxiques, qui indique leurs principaux composants et leur toxicité 5. Mettre en place un système de compilation des demandes de renseignements que le service reçoit par téléphone ou par voie électronique, analyser périodiquement les données afin de mettre en évidence les tendances et les problèmes émergents, et utiliser ces données pour des activités de prévention, de conseil ou de proximité (par exemple auprès des agriculteurs) 6. Exercer une fonction de surveillance et d’alerte en cas d’incident chimique, conformément au Règlement sanitaire international (2005) 7. Constituer et tenir à jour une base de données en ligne que le grand public et les professionnels pourront consulter pour obtenir des informations sur les agents toxiques spécifiques à la région, ou adapter un système d’information existant aux besoins de la région 8. Travailler avec les autorités pour qu’une politique et des instruments juridiques appropriés soient adoptés
OPTION 4 (VARIANTE) SERVICES 1. Donner des conseils par téléphone aux professionnels de santé, voire au grand public, dans le pays 2. Former le personnel médical et infirmier, ainsi que d’autres professionnels, au diagnostic et à la prise en charge des intoxications 3. Fournir des services cliniques et/ou de laboratoire ou coordonner la fourniture de services cliniques et de laboratoire, et l’information sur ces services, dans le pays 4. Tenir à jour une base de données sur les produits et agents toxiques, qui indique leurs principaux composants et leur toxicité 5. Mettre en place un système de compilation des demandes de renseignements que le service reçoit par téléphone ou par voie électronique, analyse périodique des données afin de mettre en évidence les tendances et les problèmes émergents, et utiliser ces données pour des activités de prévention, de conseil ou de proximité (par exemple auprès des agriculteurs) 6. Exercer une fonction de surveillance et d’alerte en cas d’incident chimique, conformément au Règlement sanitaire international (2005) 7. Constituer et tenir à jour une base de données en ligne que le grand public et les professionnels pourront consulter pour obtenir des informations sur les agents toxiques spécifiques à la région, ou adapter un système d’information existant aux besoins de la région 8. Travailler avec les autorités pour qu’une politique et des instruments juridiques appropriés soient adoptés
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Appendice 1
Appendice 1 Guide de lancement et modèle de coûts pour la mise en place d’un service d’information toxicologique 1. Introduction Ce guide de lancement donne des orientations sur les aspects à prendre en compte lors de la mise en place d’un centre antipoison et présente les composantes de ce type de service, ainsi qu’un exemple de modèle de coûts. Il présente les fonctions d’un service d’information toxicologique, sans envisager les autres fonctions possibles, telles que celles d’un laboratoire ou d’un établissement hospitalier. Ces fonctions peuvent être intégrées dans une structure plus vaste, mais doivent s’appuyer, dans une large mesure, sur l’équipement et l’infrastructure d’autres entités. Il existe des orientations définies au niveau international qui facilitent la planification et la gestion d’un service d’information toxicologique. Il s’agit en particulier des Lignes directrices pour la lutte contre les intoxications (1), publiées par l’OMS, et de la liste de contrôle de la qualité élaborée par l’Association européenne des centres antipoison et de toxicologie clinique (AECAPT) (2). Cette liste de contrôle est détaillée ci‑après. Ce guide aborde quelques aspects théoriques avant de présenter en détail les aspects pratiques.
2. Mise en place d’un centre Un centre antipoison est souvent créé à l’initiative d’une personne souhaitant améliorer les soins prodigués aux victimes d’une intoxication et la formation du personnel (notamment des médecins, des pharmaciens et des infirmiers) en toxicologie clinique. L’activité du centre est parfois axée sur des services de laboratoire ou sur un aspect spécifique des intoxications (toxines naturelles, par exemple). En principe, on peut instaurer un service d’information toxicologique avec très peu de moyens : il suffit d’une personne possédant les compétences requises, de quelques sources d’information et d’un téléphone. Cependant, pour devenir un centre régional ou national, ce service doit être reconnu officiellement par une autorité nationale, par exemple, ou par la profession. Il convient de réfléchir dès le début à la question du niveau de service. Même si l’idéal est un service fonctionnant 24 heures sur 24, ce n’est pas toujours possible ou même souhaitable initialement car il faut pour cela un personnel relativement nombreux. Cependant, il conviendrait de tendre peu à peu vers cet objectif. En général, le nombre de demandes de renseignements adressées à un centre augmente lentement, à mesure que le centre est connu et acquiert de la notoriété. À titre d’exemple, la Figure 1 représente l’accroissement progressif du nombre des demandes reçues par le service national d’information toxicologique du Guy’s Hospital (Guy’s National Poisons Information Service) à Londres (Royaume‑Uni) au cours de ses 33 premières années d’existence (A. Dines, communication personnelle, avril 2010). 37
Nombre annuel de demandes, 1964-1997 250000 200000 150000 100000 50000 1966 1968 1970 1972 1976 1978 1980 1982 1986 1988 1990 1992 1964 1974 1984 1994 1996 0
Figure 1 : Nombre annuel de demandes de renseignements reçues par le Guy’s Hospital National Poisons Information Service de 1964 à 1997
3. Nombre de demandes de renseignements et niveau de service Il est difficile d’estimer le nombre de demandes de renseignements qu’un centre est susceptible de recevoir. Nombre de facteurs entrent en jeu, notamment l’accessibilité du service (service réservé aux professionnels de santé ou également accessible au grand public), la connaissance du service par ses utilisateurs (potentiels), et la qualité et la réputation du service. Comme le montre la Figure 1, pendant les premières années de son existence, il se peut qu’un centre ne reçoive que quelques demandes de renseignements par semaine. Il n’est donc pas judicieux qu’un personnel dédié soit présent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 au démarrage du centre. Il peut en effet être préférable de commencer par mettre en place un bon système de permanence téléphonique, avec des numéros de téléphone mobile à appeler en dehors des heures d’ouverture du centre jusqu’à ce que la charge de travail justifie la présence d’un personnel 24 heures sur 24. Toute demande de renseignements reçue par la permanence téléphonique doit être enregistrée de façon adéquate, car c’est, entre autres, ce type de données qui permettra de mesurer l’activité du centre.
4. Financement, moyens et pérennité du centre Si le centre antipoison fonctionne au début avec un effectif réduit, ses charges seront très faibles : il s’agira essentiellement de financer le temps de travail du petit nombre de personnes présentes (qui, par exemple, effectueront des tâches multiples ou qui ne feront rien), quelques communications téléphoniques et les factures d’eau et d’électricité. Le coût d’appel du centre par les utilisateurs n’est pas inclus dans ces charges (mais doit l’être dans le cadre de l’ensemble du système de santé – voir plus bas).
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Appendice 1
Il est essentiel de bien comprendre qu’un centre antipoison ne peut pas fonctionner sans aucun moyen, et que les moyens dont il dispose doivent néanmoins être comptabilisés. Si des personnes qui travaillent dans le centre exercent par ailleurs des fonctions médicales ou pharmaceutiques, le temps qu’elles consacrent au centre doit être clairement défini et comptabilisé. Si, par exemple un hôpital ou un autre établissement autorise des membres de son personnel à travailler dans le centre antipoison où ils répondent à des demandes de renseignements, en l’absence de financement explicite, ce temps disponible risque d’être amputé ou de ne pas pouvoir être consacré au centre antipoison si l’hôpital ou l’établissement qui héberge le centre doit faire face à d’autres besoins. L’appui de l’établissement qui accueille le centre ou le financement apporté par un organisme public sera extrêmement précieux dans un premier temps, même si les fonds reçus ne couvrent pas l’intégralité des charges. Il existe dans le monde de nombreux modèles de financement des centres d’information toxicologique : financement direct par l’État, parrainage commercial, financement par les redevances d’utilisation, etc. Dans la pratique, le financement provient souvent de différentes sources. Cependant, il est crucial que ces diverses sources ne nuisent pas à l’indépendance du centre. De plus, le centre aura probablement besoin de moyens supplémentaires à mesure qu’il se développera, et la diversité des sources de financement contribuera à sa pérennité.
5. Continuité Si le centre antipoison ne fonctionne au début qu’avec une ou deux personnes, il faut réfléchir aux moyens d’assurer la continuité de son activité si ces personnes partent ou sont mutées ailleurs. Étant donné que certains centres participent à la formation des médecins, des infirmiers ou des pharmaciens, ils peuvent ainsi se constituer un réservoir de personnel et bénéficier du soutien de l’ensemble de la communauté.
6. Conditions et normes opérationnelles minimales La liste d’autoévaluation établie par l’AECAPT donne une idée des normes opérationnelles minimales à prendre en compte pour créer et faire fonctionner un service d’information toxicologique. Cette liste peut être obtenue auprès de l’AECAPT.11 Elle concerne les principaux points suivants : 1. Fonctionnement 2. Direction et management 3. Personnel (études et formation) 4. Emplacement 5. Sources d’information 6. Enregistrement des demandes 7. Financement 8. Publications et rapports 9. Contrôle‑qualité
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www.eapcct.org
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Il est recommandé de prendre en compte tous ces éléments pour créer un centre antipoison. La section 7 ci‑dessous donne des orientations supplémentaires à ce sujet.
7. Fonctionnement et autres aspects Les paragraphes suivants présentent brièvement des informations sur la plupart des aspects énumérés ci‑dessus et mettent en évidence certains des coûts à inclure dans le budget d’un centre antipoison. Ils citent également des sources d’information à consulter pour créer plus facilement un centre.
7.1 Fonctionnement Même si l’objectif visé est un fonctionnement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ce qui peut d’ailleurs être possible dès le début, certains centres ne fonctionnent qu’aux heures de bureau ou avec des horaires étendus. Il importe de veiller à ce que le niveau de service proposé soit clairement défini à l’intention des utilisateurs et assuré. Lorsque le centre a acquis une certaine notoriété, l’accroissement du nombre de demandes qui lui sont adressées peut lui permettre d’obtenir un surcroît de financement pour étoffer ses effectifs. Au‑delà de la téléphonie, on constate une expansion significative des technologies de l’information et des communications (TIC). Les centres devraient donc se demander s’ils peuvent recourir aux technologies modernes, telles qu’Internet, pour renseigner les professionnels et le grand public (voir www.afritox.co.za). Tant les professionnels que le grand public peuvent aussi être informés grâce à Internet mobile et par des SMS (messages textuels). L’accès à ces services se développe rapidement (3,6). Certains services d’information toxicologique peuvent être appelés gratuitement. Dans ce cas, c’est le centre antipoison qui prend à sa charge le coût d’appel. Il s’agit d’une solution relativement onéreuse, mais il peut être possible de trouver un sponsor, tel qu’un opérateur de télécommunications, pour financer le coût de cette ligne.
7.2 Dotation en personnel Lorsque les horaires et les conditions de fonctionnement initiales du service d’information toxicologique ont été définis, il faut recruter du personnel, dont il convient de déterminer les qualifications professionnelles minimales. De plus, le centre aura besoin de personnes chargées du secrétariat et des tâches administratives, et, dans la mesure du possible, d’un documentaliste ou d’un informaticien. Le centre devrait avoir un directeur qui en assurera la gestion et qui, dans l’idéal, travaillera sur la base d’un temps plein ou d’un équivalent temps plein. Ce directeur a pour fonctions de recruter et de superviser le personnel, d’établir et d’entretenir de bonnes relations avec ses homologues ainsi qu’avec les autres collaborateurs responsables du programme de lutte contre les intoxications, et de veiller à la qualité du service. Il devrait également être à même de promouvoir les activités de recherche, de lever des fonds et de développer le service d’information. Si le directeur est un médecin toxicologue, il endossera aussi la responsabilité pour les conseils médicaux donnés par le service d’information. Les membres du personnel du centre qui répondent aux demandes de renseignements sont des spécialistes de l’information toxicologique. Ils sont généralement diplômés de l’université et
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Appendice 1
peuvent être issus de diverses disciplines, par exemple d’une des branches de la médecine, de la pharmacie, des soins infirmiers, de la chimie, de la biologie, de la toxicologie ou des sciences vétérinaires. Dans certains pays, notamment aux États‑Unis d’Amérique, ce rôle est reconnu par la profession et fait l’objet d’un agrément (7). Les spécialistes de l’information toxicologique devraient être en mesure de renseigner tout type de demandeur, sur la base des données évaluées dont dispose le centre et conformément aux protocoles de prise en charge des patients. Si l’information n’est pas disponible au niveau du centre, ils devraient savoir comment l’obtenir. Ils doivent aussi savoir quand il est nécessaire de consulter un médecin toxicologue ou un conseiller spécialisé, et connaître les procédures d’enregistrement standardisé des demandes de renseignements, des cas ou des consultations. Il est par conséquent essentiel que ce personnel soit dûment formé (voir ci‑dessous). Si le personnel exerce d’autres fonctions, il faut qu’une procédure opérationnelle standard décrive clairement comment il doit hiérarchiser les demandes (par exemple si une infirmière est en train de soigner un patient et que le centre reçoit une demande de renseignements, qui doit y répondre et dans quel délai ?). Dans le cas où le centre recourt à un personnel non dédié, la qualité du service risque d’en pâtir si ce personnel doit partager son temps entre le service d’information toxicologique et ses autres tâches. Le service sera alors mal perçu par les utilisateurs. Au début, quand le centre est peu sollicité, deux personnes suffisent pour son fonctionnement. En dehors des heures d’ouverture, les renseignements peuvent être donnés par des membres du personnel répondant depuis leur domicile, ou par un autre service, par exemple un service médical. Lorsque le nombre d’appels devient suffisant pour justifier la présence d’un personnel 24 heures sur 24, il faudrait que le centre dispose d’assez de spécialistes de l’information toxicologique pour qu’il y en ait toujours un qui assure la permanence. De plus, la fréquence des demandes est susceptible de varier au cours de la journée, et des personnes supplémentaires peuvent être nécessaires à certains moments pour répondre aux appels. Les dispositifs en place diffèrent d’un pays à l’autre, et c’est à chaque centre de veiller à ce que ses moyens soient adaptés aux besoins locaux. En général, un service qui fonctionne 24 heures sur 24 a besoin d’au moins six à huit spécialistes en équivalent temps plein pour faire face aux absences du personnel dues à un arrêt maladie, à des congés ou à une formation professionnelle (1). L’emploi du temps du personnel est crucial pour tout centre qui cherche à fonctionner 24 heures sur 24. D’autres services médicaux peuvent fournir des modèles de planning. On trouve également sur Internet des logiciels d’édition de plannings. L’emploi du temps doit inclure les pauses déjeuner et, dans le cas d’une importante charge de travail, il est recommandé de prévoir également le temps non passé au téléphone, qui peut être consacré à d’autres tâches : suivi des cas, élaboration de protocoles de traitement, etc. On peut aussi demander à des centres antipoison existants ce qu’ils pensent de tel ou tel modèle d’emploi du temps. Un personnel médical devrait être disponible pour donner son avis sur les cas d’intoxication complexes ou graves, qui dépassent les compétences des spécialistes de l’information toxicologique. Les médecins qui font partie de l’équipe du centre pourraient venir d’un service des urgences, d’un service de soins intensifs ou d’un service de traitement pour
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travailler à temps partiel dans l’unité d’information, ce qui leur permettrait d’étoffer leur expérience. Cependant, il faudrait au minimum un médecin toxicologue, c’est‑à‑dire un médecin qualifié qui sait traiter les cas d’intoxication et, dans l’idéal, qui travaille à temps plein dans le centre antipoison, même si c’est rarement possible, y compris dans les pays disposant de moyens importants (8). Le centre devrait avoir un personnel chargé du secrétariat et des tâches administratives, qui participera à l’installation, à la maintenance et à la mise à jour du système d’information. Il faut en outre du personnel sachant gérer et superviser les ressources financières, acheter l’équipement nécessaire et faire fonctionner le centre, ainsi que traiter les questions de ressources humaines.
7.3 Formation Un centre antipoison est un service médical et devrait disposer d’un personnel qualifié, formé et expérimenté, notamment en matière de communication. Le type et le mode de formation diffèreront d’un centre à l’autre ; ils dépendront des objectifs du service et des utilisateurs : il faut certaines compétences en communication pour répondre aux besoins du grand public, et d’autres pour répondre aux professionnels de santé, d’où la nécessité d’une formation adéquate. L’OMS a élaboré une série de documents consacrés à la formation.12 Un groupe international de toxicologues cliniciens a créé un site Wiki, WikiTox,13 qui propose des cours de toxicologie en accès libre. Cette initiative vise à améliorer la prise en charge des cas d’intoxication en proposant des supports didactiques et pédagogiques. Toute personne a librement accès à l’ensemble du contenu de ce site. Souvent, la formation et le développement des compétences du personnel d’un centre antipoison sont assurés dans le cadre d’un détachement, lorsqu’un financement est disponible. Tous les professionnels devraient avoir la possibilité de continuer à développer leurs compétences, par exemple en participant à des programmes de formation continue ou à des réunions scientifiques. Dans la mesure du possible, un budget devrait être prévu pour ces activités.
7.4 Emplacement Les services d’information toxicologiques sont situés dans de nombreux lieux, mais ils font généralement partie d’un hôpital ou d’un établissement d’enseignement et de recherche. Certains disposent de leurs propres locaux, mais, le plus souvent, ils sont rattachés ou fonctionnellement intégrés à un autre établissement, tel qu’un hôpital. L’intégration dans un hôpital, en particulier dans un hôpital comportant un service des urgences et un service des soins intensifs, offre un certain nombre d’avantages : elle facilite l’accès à un réseau de disciplines médicales qui appuieront et étofferont les activités du centre d’information, ce qui permettra à son personnel d’approfondir sa connaissance des aspects cliniques d’une intoxication ; l’intégration dans un établissement d’enseignement et de recherche peut également donner accès à une bibliothèque médicale et à un laboratoire clinique. Le centre d’information pourra ainsi accéder plus facilement à des ressources documentaires, des installations de recherche et des formations, entre autres. Le centre 12 13
http://www.who.int/ipcs/poisons/training_manual/en/. http://curriculum.toxicology.wikispaces.net.
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peut aussi faire partie d’un établissement de santé publique ou d’un ministère, ce qui lui permet d’élargir son champ d’action à la prévention des intoxications et de travailler plus étroitement avec les autorités. Les locaux alloués au centre d’information toxicologique devraient être suffisamment spacieux pour permettre l’archivage et la consultation des documents dans de bonnes conditions, ainsi que les activités courantes. Dans l’idéal, le service qui « répond » aux appels devrait avoir son propre espace, avec des téléphones et des ordinateurs, auxquels s’ajoutent les fichiers, protocoles et ouvrages de base dont ont besoin les spécialistes de l’information qui sont de permanence. Le centre devrait comporter un espace distinct pour les personnes qui accomplissent d’autres tâches et pour les réunions. Le personnel de permanence qui répond aux demandes de renseignements par téléphone pourra ainsi travailler dans un environnement relativement calme. Le personnel de permanence devrait disposer d’un local distinct comportant des équipements sanitaires de base et un espace de détente. Il devrait également pouvoir y trouver de quoi se restaurer et se désaltérer, ou les moyens de se préparer des repas, et disposer d’un parking à l’extérieur du bâtiment, le cas échéant. Si le fonctionnement du centre devient permanent (ouverture 24 heures sur 24), il peut en outre être nécessaire d’installer un lit pour permettre au personnel de se reposer entre deux permanences, en particulier la nuit. Le directeur devrait avoir un bureau ou un espace privé adapté à la spécificité de sa mission et lui permettant de recevoir des personnes, de faire des consultations, etc. La sécurité est essentielle : le personnel doit se sentir physiquement en sécurité, surtout s’il travaille en‑dehors des heures de bureau, et il est fondamental de prévoir un lieu sécurisé, par exemple au sein de l’organisation qui accueille le centre. Ainsi, les hôpitaux, qui fonctionnent souvent 24 heures sur 24, ont mis en place des systèmes de sécurité dont le centre antipoison peut profiter. Si le centre n’est pas intégré à un hôpital, il devra instaurer en place ses propres mesures de sécurité. Si des membres du personnel travaillent à domicile ou sur un site distant, leur sécurité ainsi que la protection et la confidentialité des données, des informations relatives aux patients et des informations émanant des fabricants devront être assurées. Il convient de prendre des dispositions pour les opérations de maintenance et de nettoyage de l’équipement et des installations du centre. Ces opérations relèvent souvent du service chargé de gérer le bâtiment dans lequel le centre est situé.
7.5 Ameublement et équipement L’ameublement minimum d’un nouveau centre se compose de bureaux, de chaises et d’une grande table de travail. Il faut aussi des étagères et des armoires de rangement pour les dossiers, les fichiers et la documentation. Une partie des meubles destinés à accueillir des données confidentielles devrait fermer à clé. À mesure que le centre se développe, des espaces, des meubles et des installations de stockage supplémentaires devraient être mis à disposition pour le volume croissant d’ouvrages, de publications et de fichiers. Dans l’idéal, il faudrait des postes de travail spécialement conçus pour le centre, équipés, le cas échéant, de terminaux informatiques.
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Une majorité de centres d’information toxicologique donnant des renseignements par téléphone, celui‑ci constitue un équipement essentiel. Il faudrait au moins deux appareils (fixes ou mobiles). Un télécopieur est également utile. De plus, un équipement informatique est essentiel pour accéder à Internet, stocker et traiter l’information, produire des documents, etc. Il faudrait au moins deux ordinateurs (un pour le service d’information et un autre pour le personnel administratif/le secrétariat), une imprimante et un scanneur. Dans l’idéal, les ordinateurs devraient fonctionner en réseau, et il convient de prévoir des dispositifs de sauvegarde : sauvegarde sur un disque dur externe ou sur le réseau de l’établissement accueillant le centre. Dans le second cas, il y a lieu de mettre en place des mécanismes appropriés pour la sécurité et la protection de la confidentialité. Au moins un ordinateur devrait disposer d’un accès à Internet. Le courrier électronique étant un important moyen de communication, un compte de messagerie dédié est également nécessaire. Le centre antipoison devrait avoir un site Web, voire un « cloud » (extérieur) réservé au stockage des courriers électroniques et des documents. Des systèmes appropriés et documentés seront nécessaires pour stocker les données de manière sûre et confidentielle et pour respecter la législation nationale sur la protection des données. Un photocopieur et, en fonction du lieu, des climatiseurs et/ou des appareils de chauffage, font partie des autres équipements de base. Si le centre antipoison stocke des antidotes et d’autres substances destinées à traiter des intoxications, il devra aussi être équipé d’un réfrigérateur et d’une armoire fermant à clé pour l’entreposage de ces produits. Si le centre dispense des formations, il peut avoir besoin de son propre matériel audiovisuel, tel qu’un appareil de projection avec un écran, un téléviseur et un lecteur vidéo/lecteur de CD.
7.6 Enregistrement des demandes Il est important d’enregistrer les demandes de renseignements reçues par le centre antipoison, car cela permet : 1. De montrer que le centre est utile, et qu’il doit donc continuer d’être financé. 2. D’assurer un suivi des cas : a. pour la prise en charge individuelle ; b. pour l’identification des tendances ou des flambées de maladies ; c. pour des raisons médico‑légales – la fiche remplie pour chaque demande de renseignements indique que le service d’information toxicologique a été consulté sur un cas particulier, et elle renseigne sur le type d’informations échangées à ce sujet.
3. De rendre compte à différents organismes, à différentes fins, par exemple à des administrations publiques, aux autorités de réglementation, aux fabricants, à des établissements de recherche. a. Ces rapports peuvent être obligatoires. b. Ils peuvent générer des recettes.
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L’enregistrement des demandes de renseignements doit répondre aux besoins du centre et être conforme à la législation ou à la réglementation locale sur la confidentialité des données. Le centre antipoison devrait aussi chercher à s’appuyer sur l’expérience d’autres centres et mettre en œuvre des systèmes de codification bien établis et bien gérés. Nombre de centres créés aux États‑Unis d’Amérique et en Europe utilisent des systèmes de codification (des agents toxiques, des effets cliniques, etc.) élaborés et administrés de manière indépendante et, depuis quelques années, ils tentent d’harmoniser ces systèmes. Ainsi, aux États‑Unis d’Amérique, l’American Association of Poison Control Centers (AAPCC) recourt à une terminologie standardisée pour décrire les cas d’intoxication et fait appel à un partenaire commercial (Micromedex®) pour la codification des produits et des agents toxiques. L’AAPCC impose à tous les centres de recueillir un ensemble minimum de données, lesquelles sont ensuite regroupées dans le système national d’information toxicologique, le National Poison Data System (9). L’OMS a défini un ensemble de termes et de classifications à utiliser pour l’enregistrement des cas d’intoxication, afin d’encourager les centres antipoison à collecter des données selon une procédure analogue.14 Même si, dans l’idéal, le centre doit mettre en œuvre des moyens électroniques pour recueillir et communiquer des données, il peut dans un premier temps être judicieux qu’il commence par enregistrer sur papier les cas qui lui sont soumis, puisqu’il les saisisse ultérieurement dans un système informatique. Ces données peuvent avoir un statut juridique particulier et faire partie du dossier du patient. Elles devraient être considérées comme confidentielles et conservées en lieu sûr.
7.7 Gestion des données Le centre antipoison doit pouvoir stocker, traiter et analyser les données recueillies lors des demandes de renseignements toxicologiques qui lui sont adressées par téléphone. Il doit aussi être à même de constituer ses propres bases de données sur les substances chimiques, les produits et les protocoles de traitement. Le centre peut décider de créer ses propres bases de données, de commander un système de gestion de données sur mesure, d’acquérir un système existant ou de s’abonner à un système existant. Ce système peut s’accompagner de charges récurrentes, car il faudra périodiquement acquérir une mise à jour du ou des logiciels. Si le centre constitue lui‑même ou commande la création d’une base de données, il devrait être propriétaire du code source et de la documentation y afférents et être en mesure de les transférer à des fins de développement et d’assistance. Dans le cas où le centre recourt à un système disponible dans le commerce, le coût de l’assistance ou du développement de l’expertise interne devra être pris en compte. Si le centre est hébergé par une université ou par un grand hôpital, il est possible que le service informatique de cet établissement assure l’assistance. Cependant, les besoins stratégiques d’une grande organisation ne sont pas forcément les mêmes que ceux d’un petit centre spécialisé.
7.8 Sources d’information Les services d’information toxicologique doivent, bien sûr, pouvoir accéder à des sources d’information pour faire des recommandations précises, concrètes et reposant sur des données 14
http://www.who.int/ipcs/poisons/harmonization/fr/.
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probantes. Ces recommandations seront le fruit du savoir et de l’expérience du personnel du centre, mais elles pourront aussi s’appuyer sur des ouvrages, des articles de presse, des bases de données électroniques et, tout particulièrement, des monographies ou des documents similaires produits par différents centres antipoison ou achetés à des fournisseurs (commerciaux ou non commerciaux) de bases de données toxicologiques. Ces monographies internes peuvent synthétiser la littérature publiée et l’avis, les connaissances et l’expérience de cliniciens, ainsi que les revues de cas réalisées par le centre ou par l’établissement qui l’accueille, en particulier s’il comporte des unités de traitement des patients. Nombre d’ouvrages, de bases de données et de pages Web donnent ou prétendent donner des informations toxicologiques. Afin de sélectionner les sources les plus fiables, il est prudent, lors de la création d’un centre, de s’appuyer sur l’expérience acquise par le personnel dans les disciplines médicales concernées et dans d’autres centres antipoison qui existent depuis un certain temps. L’annexe 1 présente quelques suggestions. 7.8.1 Ouvrages et revues Un centre d’information toxicologique a besoin d’ouvrages, de revues et d’autres publications. Chaque centre devrait avoir à sa disposition une documentation correspondant au contexte national ou régional et, si possible, rédigée dans la ou les langues locales. Les principales ressources documentaires nécessaires à un centre sont les suivantes : • index, guides et listes des médicaments, produits agricoles et autres produits
chimiques locaux, et pharmacopée locale ; • ouvrages et autres publications sur les toxines animales et végétales locales ; • ouvrages standard sur la médecine (médecine générale et pédiatrie), la chimie,
la pharmacologie et la toxicologie analytique ; • revues de médecine et de toxicologie ; • dictionnaires des principaux domaines traités dans la documentation réunie par le centre. Les centres antipoison existants peuvent conseiller sur les ouvrages utiles. Ces ouvrages sont chers, mais il est possible d’en acquérir certains par l’intermédiaire de fournisseurs non commerciaux ou grâce à des subventions. On peut, par exemple, s’adresser aux organisations suivantes : › Operation Medical Libraries (OML) : http://medical.alumni.ucla.edu/volunteer/oml. aspx) OML gère une liste de pays destinataires à contacter pour le don d’ouvrages. Une demande de don d’ouvrages peut être soumise à OML. Les ouvrages donnés sont expédiés depuis les États‑Unis d’Amérique ; › Book Aid International (www.bookaid.org) – Cette organisation fournit des ouvrages généraux à de nombreux pays. En outre, le centre devra avoir accès à des revues médicales de référence. Le Programme HINARI,15 mis en place par l’OMS en partenariat avec de grands éditeurs, permet aux institutions des pays à revenu faible ou intermédiaire d’accéder gratuitement, ou pour un coût modique, à un vaste ensemble de publications sur la biomédecine et 15
http://www.who.int/hinari/fr/.
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Appendice 1
les questions de santé, notamment à TOXINZ®, la base de données toxicologiques du centre antipoison néozélandais. L’annexe 1 recense d’autres sources d’information en ligne qui peuvent être consultées gratuitement ou pour un coût modique. Il faut pour cela, bien sûr, que le centre antipoison dispose d’un accès suffisant à Internet.
7.9 Publications et rapports du centre antipoison L’élaboration de publications et de rapports internes constitue une part importante du développement et de la formation du personnel. De plus, les publications accroissent la notoriété du centre et peuvent favoriser son ancrage dans l’établissement qui l’accueille, tel qu’une université. Dans la mesure du possible, le personnel devrait avoir l’opportunité de présenter son travail dans le cadre de conférences nationales ou internationales, en particulier lors de celles organisées par le centre antipoison ou par des sociétés de toxicologie clinique.
7.10 Assurance qualité Le centre d’information toxicologique doit disposer de systèmes et de procédures lui permettant de fonctionner en toute sécurité et de répondre aux demandes avec pertinence. Ces systèmes doivent également pouvoir montrer, lors d’un audit interne et externe, que le service satisfait aux besoins des utilisateurs et que sa qualité reste constante. En général, les systèmes d’assurance qualité imposent une formation destinée à intégrer les nouveaux membres du personnel. Ainsi, chaque membre du personnel dispose d’un descriptif de poste et cerne bien son rôle, ainsi que les limites du service qu’il est appelé à fournir. Les procédures, instructions et listes de contrôle écrites permettent au personnel et aux utilisateurs de comprendre ce que l’on attend et ce que l’on peut attendre du service. Ces procédures écrites peuvent constituer des supports de formation utiles et la base d’un programme d’agrément ou de certification interne. La certification peut ultérieurement devenir une qualification académique validée par un organisme extérieur. L’évaluation du personnel ainsi que les audits internes destinés à vérifier le respect des protocoles peuvent contribuer à l’assurance qualité. Ces systèmes nécessitant de mobiliser le personnel et d’autres ressources, il faut comptabiliser les frais généraux qui en découlent. Certains centres peuvent souhaiter obtenir un agrément extérieur, par exemple sur la base de la norme ISO 9000 relative au management de la qualité.16
7.11 Postes de coût supplémentaires Antidotes Si le centre antipoison gère un stock d’antidotes, le coût d’achat initial de ces produits peut être élevé. Les antidotes peuvent être achetés par l’autorité sanitaire et le centre antipoison sera chargé de les conserver et de les distribuer. Dans ce cas, il peut également être nécessaire de prévoir un budget pour l’utilisation de services de transport. Si les antidotes sont distribués selon le principe du recouvrement des coûts, les frais administratifs liés à la facturation et au recouvrement devraient, eux aussi, être pris en compte. 16
http://www.iso.org/iso/fr/home/standards/management‑standards/iso_9000.htm?=
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8. Modèle de coûts proposé pour la création et le fonctionnement d’un service d’information toxicologique Ce modèle de coûts a été élaboré pour un service d’information toxicologique intégré à un centre antipoison. Les éléments de coûts sont scindés en deux catégories : d’une part, les dépenses d’équipement, dont la plupart sont nécessaires pour créer le centre, et, d’autre part, les charges récurrentes annuelles (Tableau 1). Ce tableau est un modèle pour les trois premières années de fonctionnement et peut être, au besoin, adapté à la création d’un centre antipoison. Les coûts réels dépendront de multiples facteurs, notamment de l’emplacement du centre antipoison, de l’ampleur de l’aide matérielle apportée par l’établissement accueillant le centre, et surtout du type de personnel et des effectifs. L’aide matérielle peut, par exemple, consister à mettre à disposition des locaux, à régler les dépenses énergétiques, les factures de téléphone et/ou les abonnements à des revues, à instaurer des mesures de protection du personnel et de l’équipement, et à partager une partie des frais de personnel. Cette aide peut être très précieuse et n’apparaît pas toujours comme élément de « trésorerie » dans les comptes du centre. Il est néanmoins crucial de comptabiliser ces coûts car la perte soudaine de cette aide risque d’être extrêmement préjudiciable. L’évaluation de l’aide matérielle peut permettre de procéder à d’éventuels ajustements et d’expliquer de façon plus transparente qu’un soutien financier supplémentaire est nécessaire.
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Tableau 1 : Modèle de budget pour un service d’information toxicologique – à adapter en fonction du contexte local ANNÉE 1 Quantité Coût Quantité Coût Quantité Coût ANNÉE 2 ANNÉE 3
DÉPENSES D’ÉQUIPEMENT
Équipement
Téléphone
Téléphone mobile
Télécopieur
Ordinateur(s) (en réseau)
Ordinateur portable
Supports et dispositifs de sauvegarde informatique
Imprimante(s) (en réseau)
Scanneur
Photocopieur
Étagères (5 par exemple)
4 armoires à classeurs fermant à clé
Bureau
Table
Chaise
Appareil de chauffage
Climatiseur
Sources d’information
Ouvrages
Stockage d’antidotes
Réfrigérateur
Armoire fermant à clé
Formation
Appareil de projection
Écran de projection
Appendice 1
SOUS‑TOTAL
49
ANNÉE 1 Quantité Coût Quantité Coût Quantité Coût
ANNÉE 2
ANNÉE 3
CHARGES RÉCURRENTES
Personnel, en équivalent temps plein
Directeur/responsable médical
Médecin junior
Spécialiste(s) de l’information toxicologique
Bibliothécaire
Personnel d’appui (secrétariat)
Autres charges
Loyer
Électricité
Eau
Consommables (papier, encre pour imprimante, crayons et stylos, etc.)
Location téléphone (ligne fixe)
Communications (ligne téléphonique fixe)
Location téléphone mobile
50 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
Communications mobiles
Numéro(s) d’appel gratuit(s) – en fonction du nombre d’appels
Accès à Internet
Abonnements à des revues (N.B. : Accès gratuit à certaines revues grâce au Programme HINARI)
Abonnements à des sources d’information en ligne
Abonnement à un système de gestion de bases de données
Abonnement à AfriTox
Abonnement à Poisindex
Formation du personnel
Antidotes
SOUS‑TOTAL
TOTAL
Annexe 1 : Sources d’information en ligne, consultables gratuitement ou pour un coût modique, sur la toxicologie et la médecine générale ADRESSE Base de données toxicologiques, axée sur l’Afrique australe et destinée à guider le diagnostic et la prise en charge des intoxications. Consultable gratuitement par les centres antipoison d’Afrique ; inscription obligatoire pour un accès intégral. Consultable gratuitement, sans inscription.
NOM DU SERVICE
REMARQUES
COÛT
AFRITOX®
https://www.afritox.co.za
ATSDR Agency for Toxic Substances and Disease Registry Informations sur la toxicité de divers produits chimiques. Nombreuses bases de données, dont RTEC (registre des effets toxiques des substances chimiques, en anglais) et HSDB (banque de donnée sur les substances dangereuses, en anglais) (voir plus bas), et données internes.
http://www.atsdr.cdc.gov/
CCOHS Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail
Main search page http://ccinfoweb.ccohs.ca Free resources http://www.ccohs.ca/resources/
Une partie des informations est consultable gratuitement ; accès intégral : environ US $300 par an. Consultable gratuitement, sans inscription. Consultable gratuitement, sans inscription. Consultable gratuitement, sans inscription.
ECHA Agence européenne des produits chimiques
http://echa.europa.eu/information‑on‑chemicals
Les bases de données publiques de l’ECHA informent sur de nombreuses substances chimiques utilisées en Europe. Données sur les risques/la sécurité des produits ménagers (États‑Unis d’Amérique).
Household Products Database
http://hpd.nlm.nih.gov
HSDB Hazardous Substances Data Bank
http://toxnet.nlm.nih.gov/cgi‑bin/sis/ htmlgen?HSDB
Vaste ensemble de données toxicologiques vérifiées concernant environ 5 000 produits chimiques.
INCHEM International Programme on Chemical Safety
http://www.inchem.org
Informations vérifiées par des pairs sur des produits chimiques courants qui peuvent aussi contaminer l’environnement et l’alimentation. Compilation de données provenant de plusieurs organisations intergouvernementales.
Consultable gratuitement, sans inscription.
Appendice 1
51
NOM DU SERVICE Fiches présentant sous une forme claire et concise l’essentiel des données relatives à la sécurité et à la protection de la santé dans l’utilisation des produits chimiques. Disponibles dans plusieurs langues. Documents consultables gratuitement et traitant de divers sujets de médecine générale ; accès à des informations sur la toxicologie. Informations reposant sur des éléments factuels. Service très utilisé aux États‑Unis d’Amérique, dans l’UE et ailleurs. Les données relatives aux produits sont adaptées aux marchés des pays développés. Données de base sur la toxicité des médicaments, additifs alimentaires, pesticides, solvants, diluants, déchets chimiques, réactifs de déchets chimiques et substances à usage industriel et domestique. Free, without registration. Consultable gratuitement, sans inscription.
ADRESSE
REMARQUES
COÛT
ICSC Fiches internationales de sécurité chimique
http://www.ilo.org/dyn/icsc/showcard.home
NCBI Bookshelf National Center for Biotechnology Information
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books
Poisindex®
http://micromedex.com/Portals/1/Assets/Brochures/ International/INTL_12339_0614_Poisindex_A4_ WEB1.pdf
Tarif sur demande. Possibilité de tarif réduit pour les pays à revenu faible.
RTECS® Registry of Toxic Effects of Chemical Substances
http://accelrys.com/products/databases/bioactivity/ rtecs.html Disponible sous la forme de fichiers de données, sans moteur de recherche, sur accelrys.com Également disponible auprès de nombreux « revendeurs à valeur ajoutée », tels que le CCOHS
Données brutes consultables gratuitement. Tarif revendeur variable.
52 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
TOXBASE®
www.toxbase.org Application iOS et Android disponible pour un sous ensemble de données
Base de données britannique de toxicologie clinique, destinée aux centres antipoison et aux professionnels de santé. Base de données sur environ 190 000 substances chimiques (médicaments, pesticides, produits ménagers), produits et toxines naturelles.
Tarif sur demande.
TOXINZ®
http://www.toxinz.com
Tarif sur demande. Consultable gratuitement ou pour un coût modique via le programme HINARI. Consultable gratuitement, sans inscription.
TOXNET
http://toxnet.nlm.nih.gov/index.html
Accès à de nombreuses ressources, dont HSDB.
WikiTox
http://curriculum.toxicology.wikispaces.net
WikiTox est un site qui propose des cours en accès libre dans l’objectif d’améliorer le traitement des intoxications.
Consultable gratuitement, sans inscription.
NOM DU SERVICE
ADRESSE
REMARQUES
COÛT
SOURCES D’INFORMATION GÉNÉRALES Recherche unifiée de toutes les ressources FOAM en ligne. Consultable gratuitement, sans inscription.
Free Open Access Meducation (FOAM)
http://googlefoam.com/
#FOAMed #FOAMtox Le fil Twitter inclut des informations et liens utiles. Blog d’information médicale de la University of California San Francisco, du San Francisco General Hospital, de la McMasters University et d’autres établissements. Présente des analyses de cas et des vidéos d’actes cliniques. Consultable gratuitement, sans inscription.
www.twitter.com
Academic Life in Emergency Medicine (ALiEM)
http://academiclifeinem.com/about/
APPLICATIONS POUR SMARTPHONE Il existe de nombreuses applications concernant des services médicaux, mais relativement peu en toxicologie (les applications suivantes
sont axées à la fois sur la toxicologie et sur la médecine d’urgence) :
AgileMD
www.agilemd.com
AgileMD donne accès à des manuels cliniques, des protocoles et des mesures visant à permettre le diagnostic précis et efficace et le traitement des patients sur le lieu des soins. Application Apple ou Android. Les auteurs sont basés à San Francisco (États‑Unis d’Amérique). Service d’assistance 24 heures sur 24. Base de données contenant des résumés cliniques, formules et directives pour la prise en charge des expositions à des substances toxiques. Rédacteur : Rais Vohra, MD – Assistant Clinical Professor of Emergency Medicine, University of California San Francisco, États Unis d’Amérique. Toxidromes courants – Antidotes –Expositions pédiatriques courantes – Expositions à des substances toxiques pendant la grossesse. Rédacteur : Ahmed Salama, MD, Pinnacle Health Toxicology Center, Pennsylvania State University College of Medicine.
Consultable gratuitement, sur inscription.
ToxToolBox
http://toxtoolbox.com
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Tox (Emergency Toxicology)
https://itunes.apple.com/us/app/ emergency‑toxicology/id504893108?mt=8
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Appendice 1
53
Références 1. Guidelines for poisons control. Genève : Organisation mondiale de la Santé. 1997 (http://www.who.int/ipcs/publications/training_poisons/guidelines_poison_control/en/ index.html, consulté le 7 décembre 2014). 2. Working Group on Quality and Accreditation of Poisons Centres: Self‑assessment checklist for minimum and optimum standards. 2001. Association européenne des centres antipoison et de toxicologie clinique (AECAPT). Disponible sur demande auprès de l’AECAPT : www.eapcct.org. 3. Bateman D.N., Good A.M., Kelly C.A., Laing W.J. Delivery of Poisons Information to Health Professionals: telephone or internet? The Scottish experience. Journal of Toxicology ‑ Clinical Toxicology. 2002, 40 (5), 567–9. 4. Improving Health Sector Efficiency: The Role of Information and Communication Technologies. OECD Health Policy Studies. Paris : Organisation de coopération et de développement économiques, 2010 (http://www.oecd.org/health/health‑systems/ improvinghealthsectorefficiency.htm, consulté le 7 décembre 2014. 5. Kaplan W.A. Can the ubiquitous power of mobile phones be used to improve health outcomes in developing countries? Globalization and Health. 2006, 2, 9 (http://www. ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1524730/pdf/1744‑8603‑2‑9.pdf, consulté le 7 décembre 2014). 6. Lama T., Karmacharya B., Chandler C., Patterson V. Telephone Management of Severe Wasp Stings in Rural Nepal: a Case Report. Journal of Telemedicine and Telecare. 2011, 17 (2), 1058. 7. Institute of Medicine (États‑Unis d’Amérique). Forging a Poison Prevention and Control System. Washington DC : The National Academies Press, 2004. 8. American College of Medical Toxicology. ACMT Position Statement: Recognition of Medical Direction and Support of Poison Center Activities. Journal of Medical Toxicology. 2011, 7 (1), 79–80 (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3614117/pdf/13181_2010_ Article_124.pdf, consulté le 7 décembre 2014). 9. Bronstein A.C., Spyker D.A., Cantilena L.R., Rumack B., Dart R.C. 2011 Annual report of the American Association of Poison Control Centers’ National Poison Data System (NPDS): 29th Annual Report. Clinical Toxicology. 2012, 50 (10), 911–1164.
54 / AMÉLIORER LA DISPONIBILITÉ DES SERVICES DES CENTRES ANTIPOISON EN AFRIQUE DE L’EST
Département Santé publique, environnement et déterminants sociaux de la santé (PHE) Santé de la famille, de la femme et de l’enfant (FWC) Organisation mondiale de la Santé (OMS) Avenue Appia 20 – CH‑1211 Genève 27 – Suisse www.who.int/phe/en/ www.who.int/ipcs/en/ Courriel : ipcsmail@who.int ISBN 9789242509205