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Réponses immunitaires aux antigènes viraux chez l'homme et leur intérêt pour la mise au point de vaccins : mémorandum d'une Réunion de l'OMS

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Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 62 (1): 59-65 (1984) c Organisation mondiale de la Sante 1984 Reponses immunitaires aux antigenes viraux chez 1'homme et leur interet pour la mise au point de vaccins: Memorandum d'une Reunion de 1'OMS* Une reunion d'un groupe de travail informel sur les reponses immunitaires aux anti- genes viraux s'est tenue a Amsterdam les 15-18 novembre 1982 pour examiner les recents progres dans ce domaine et pour formuler des propositions d'etudes collectives interna- tionales rdpondant aux besoins du programme OMS de mise au point des vaccins. Les participants ont conclu que le temps etait venu d'effectuer des ditudes collectives sur de tres nombreux aspects des rdponses immunitaires aux antigenes viraux chez l'homme. Les domaines sur lesquels ces efforts collectifs devront porter ont ete definis; ce sont notamment a) le role des lymphocytes T cytotoxiques sp&ifiques de virus dans la disparition du virus apres infection, b) la corre'lation entre les changements dans l'activite' des cellules tueuses naturelles et la re'plication du virus, la virulence virale et l'induction de lymphocytes T cytotoxiques, c) l'induction d'interferons et d'autres mediateurs des re'ponses immunitaires et d) le role d'antigenes viraux particuliers dans les reMponses immunitaires. Le present Memorandum resume les debats et les recommandations de ce groupe. L'amelioration de la prevention et de la lutte, en ce qui concerne les maladies a virus, a Chlamydia et a rickettsies ayant une importance en sante publique, reste un des aspects essentiels des activites de l'OMS. Des reunions anterieures consacrees i ces infections ont souligne la necessite de mieux comprendre les mecanismes sous-jacents A l'immunite naturellement acquise et A celle que procurent les vaccins. Au cours des dernieres annees, on a enregistre des progres scientifiques importants dans la connaissance des mecanismes et des parametres de l'immunite aux infections virales chez l'homme (1). Il y a de plus en plus d'arguments en faveur du role probable des processus immunologiques A mediation cellulaire, seuls ou en conjonction avec un anticorps specifique, dans l'immunit6 protectrice et, potentiellement, dans les processus immunopathologiques. En outre, les d6couvertes r6centes en mati&re de biologie mol6cu- laire des virus (2) et la mise au point de nouvelles techniques biologiques, en particulier les techniques permettant la manipulation de sequences d'ADN codant des produits d6finis, leur expression contr6- le dans les cellules h8tes eucaryotes ou procaryotes, et la production d'anticorps monoclonaux par fusion cellulaire, ont conduit au niveau 6lev6 actuel de * Ce MWmorancum a et6 prepare par les signataires clont les noms figurent A la page 65, a l'occasion d'une r6union qui s'est tenue A Amsterdam les 15-18 novembre 1982. La version originale en anglais de ce Memorandum a et6 publiee dans le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 61(6): 935-940 (1983). Les demandes de tir6s a part doivent etre adressees au Directeur de la Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante, 1211 Geneve 27, Suisse. I'activite scientifique touchant la mise au point de vaccins viraux. Bien que, dans quelques pays, des vaccins d'inno- cuite et d'efficacite averees permettent de prevenir et de combattre efficacement certaines maladies virales, dans de nombreuses regions du monde les infections virales restent encore responsables d'une importante proportion de l'incidence totale des maladies transmissibles. I1 est donc clairement neces- saire d'ameliorer la prevention des maladies virales au moyen de vaccins, et de nombreux laboratoires entreprennent des etudes sur la mise au point de vaccins et sur les mecanismes de l'immunite a l'egard des affections virales. L'evaluation des reponses immunitaires par toutes les methodes existantes est particulierement importante, compte tenu des per- spectives recentes de mise au point de vaccins nova- teurs grace aux nouvelles methodes biotechnolo- giques, notamment les techniques de recombinaison de I'ADN et la chimie des peptides synthetiques. Une information detaillee sur les proprietes immunolo- giques de ces produits sera n6cessaire pour permettre de determiner leur efficacite et leur innocuite. En outre, on a effectue relativement peu de compa- raisons directes entre les parametres de l'immuno- genese associes respectivement a des vaccins vivants ou a des vaccins inactiv6s, et parmi ces derniers, a ceux qui sont composes de particules virales entieres ou de sous-unites virales. II est clair cependant que pour certains virus, par exemple le virus rougeoleux inactive, les vaccins pourraient n'etre efficaces qu'a 4377 -59- MEMORANDUM condition de comprendre tous les immunogenes essentiels du virus. En ce qui concerne les mesures precises des re- ponses immunologiques aux vaccins viraux ou a l'infection naturelle chez l'homme, les resultats peuvent differer d'un laboratoire a l'autre du fait de variations dans les techniques et les reactifs em- ployes. C'est pourquoi on estime que les progres dans ce domaine seraient considerablement favorises par une collaboration scientifique internationale. En particulier, il faudrait tenter de mettre au point des reactifs pour la recherche et de standardiser les methodes utilisees dans les etudes de l'immunite a l'egard des virus. L'OMS doit jouer un r6le impor- tant en encourageant, coordonnant et appuyant les travaux dans ce domaine, ces activites faisant partie integrante de ses programmes de prevention et de lutte relatifs aux maladies virales, et de mise au point de vaccins. On admet que les donn&es sur les meca- nismes immunitaires obtenues entierement dans des modeles animaux peuvent, dans certains cas, ere de valeur limitee et que des etudes cliniques chez l'homme ont une importance essentielle. METHODES DE TITRAGE DES ANTICORPS DIRIGES CONTRE LES ANTIGENES VIRAUX Dans le passe, les etudes de laboratoire sur l'im- munite contre l'infection virale, comme d'autres recherches diagnostiques et epidemiologiques, repo- saient en tres grande partie sur la detection et le titrage d'anticorps antiviraux specifiques. Pour com- prendre pleinement le role des anticorps dans l'immunite, il est necessaire d'analyser soigneuse- ment la part qui revient, dans la reponse immuni- taire, a chacun des composants antigeniques distincts du virus. En outre, la specificite et la sensibilite des systemes de titrage existants, destines a detecter des anticorps, doivent etre connues en ce qui concerne chacun des composants antigeniques des virus et la classe des immunoglobulines decelees. Les titrages des anticorps neutralisant les virus ont et largement employes. Ils conserveront probable- ment une grande importance en raison de leur rapport fonctionnel direct avec des mecanismes de l'immunite. Toutefois leur utilisation a des inconve- nients evidents dans le cas de virus qui ne sont pas cultivables (ou le sont difficilement) ou bien qui sont hautement pathogenes pour l'homme. Pour ces agents (par exemple le virus de l'hepatite B), on s'est beaucoup fonde sur l'application de titrages de la liaison directe anticorps-antigene. D'autres me- thodes biologiques qui detectent un anticorps reagis- sant avec des antigenes de la surface virale, par exemple les epreuves d'inhibition de l'hemaggluti- nation (IH) largement utilisees pour les virus hemag- glutinants (par exemple, le virus grippal), sont egale- ment tres precieuses. Cependant, il faut savoir que les anticorps ainsi detectes ne correspondront pas toujours A l'activite neutralisante A l'egard du virus ou A l'immunite. En fait, des etudes recentes, effec- tuees A l'aide d'anticorps monoclonaux diriges contre des antigenes viraux, ont rev&e que les anti- corps reagissant avec un antigene viral donne peuvent etre heterogenes dans leurs activites biolo- giques -les proprietes biologiques de l'anticorps etant determinees par la region precise (site antige- nique) de la molecule d'antig&ne avec laquelle I'anti- corps reagit. En outre, des anticorps diriges contre les memes sites, mais qui appartiennent A differentes classes ou sous-classes d'immunoglobulines, peuvent posseder des proprietes biologiques differentes. Parmi les tests biologiques nouveaux, I'hemolyse radiale simple en milieu gelifie s'est revelee particu- lierement precieuse pour le titrage d'anticorps reagis- sant avec des antigenes de la surface virale, en parti- culier dans le cas de certains virus enveloppes, et cette methode merite d'etre perfectionnee. Elle a e largement utilisee pour titrer les anticorps a l'egard des antigenes de plusieurs virus ayant une impor- tance medicale, notamment les virus grippaux, para- influenza, rubeolique et rougeoleux. Dans le cas des virus grippaux, I'hemolyse radiale simple permet de detecter des anticorps specifiques de l'hemagglutine, que les epreuves IH classiques sont incapables de mettre en evidence, mais qui jouent neanmoins un role dans l'immunite. Recemment, on a mis au point un certain nombre de techniques non biologiques, reposant exclusive- ment sur la liaison directe des anticorps aux anti- genes viraux. Parmi elles, il faut citer les titrages avec immunoadsorbant lie A une enzyme (ELISA) et les dosages radio-immunologiques, ainsi que les me- thodes de blocage des antigenes utilisant la diffusion radiale simple. Ces methodes ont l'avantage poten- tiel d'etre hautement sensibles. Toutefois, il importe de remarquer que ces tests non biologiques peuvent souvent detecter des anticorps qui n'ont aucun role fonctionnel direct dans l'immunite. Lorsqu'on les utilise, il faut recueillir des renseignements appro- pries sur la specificite de chacun des titrages d'anti- corps par rapport aux divers composants antige- niques particuliers du virus. En outre, il est souvent possible d'elaborer des systemes d'epreuve speci- fiques de l'anticorps a l'egard d'un composant anti- genique donne d'un virus, ou specifiques des anti- corps d'une classe particuliere d'immunoglobuline. La mise au point et la standardisation de ces methodes, ainsi que la determination du role que joue dans l'immunite I'anticorps qu'elles detectent constituent un important domaine de recherche pour la collaboration internationale. 60 REPONSES IMMUNITAIRES AUX ANTIGENES DETECTION DE LA CYTOTOXICITE A MEDIATION CELLULAIRE DEPENDANTE DE L'ANTICORPS Les titrages de la cytotoxicite a mediation cel- lulaire dependante de l'anticorps («antibody- dependent cell-mediated cytotoxicity>> ou ADCC) representent une autre methode de detection d'un anticorps potentiellement protecteur. L'importance que pourrait avoir cet aspect de l'immunite cellulaire a e't recemment demontree dans des etudes portant sur le virus Sindbis. L'administration passive a des souris de certains anticorps monoclonaux anti-virus Sindbis, ne possedant aucune activite neutralisante decelable in vitro, a nettement empeche une infection mortelle par ce virus chez ces animaux. I1 est donc possible que des mecanismes ADCC interviennent dans cette protection et ils pourraient agir grace a la reconnaissance d'antigenes viraux, sur les mem- branes de cellules infectees, par certaines sous-classes d'anticorps IgG. Ces anticorps peuvent passer ina- percus dans d'autres epreuves et les recherches dans ce secteur doivent etre encouragees. En particulier, il est necessaire de reunir des renseignements precis sur la nature des antigenes codes par le virus qui se trouvent sur la membrane de la cellule cible et inter- viennent dans l'ADCC. C'est la un domaine oui des recherches concertees entre virologistes et immunolo- gistes ont de grandes chances d'etre tres fructueuses. L'etude des reponses ADCC doit etre faite parallele- ment a des titrages des lymphocytes T cytotoxiques, decrits ci-dessous, et l'on determinera notamment la nature des cellules cibles intervenant dans chacun des systemes. RECHERCHE DES LYMPHOCYTES T CYTOTOXIQUES CHEZ L'HOMME Dans le cas de certains groupes de virus, on sait que l'infection ou la vaccination stimule des popu- lations de lymphocytes qui sont cytotoxiques pour les cellules cibles infectees de virus et que ce pro- cessus, a la difference de la reponse ADCC decrite ci- dessus, est independant de l'anticorps. Les reponses en lymphocytes T cytotoxiques chez l'homme, a l'egard de virus specifiques, sont examinees ci- dessous. Virus grippal Des lymphocytes T cytotoxiques sont produits a partir des lymphocytes du sang peripherique de l'homme par incubation in vitro avec l'antigene viral pendant 4 a 7 jours. L'activite des lymphocytes T cytotoxiques (LTC) est specifique des antigenes du virus grippal et des antigenes d'histocompatibilite (HLA) presents sur les cellules infectees. Tous les sujets humains ne fournissent pas une reponse LTC mesurable et, en fait, des observations realisees dans un certain nombre de laboratoires montrent que la proportion de repondeurs s'est abaissee progressive- ment au cours des cinq dernieres annees, pour passer de 70% des donneurs en 1977 a 25% seulement en 1982, si l'on utilise des titrages avec des cellules cibles infectees de virus grippal A. Ce phenomene peut traduire le faible niveau d'activite epidemique du virus grippal A au cours de ces dernieres annees. Dans ce titrage, une difficulte majeure semble etre la preparation des cellules cibles. Malgre de multiples tentatives, il est rarement possible d'obtenir plus de 50Gb de lyse de ces cellules. On a infecte et utilise comme cellules cibles des lymphocytes ou des lym- phoblastes stimules par la phytohemagglutinine, et il ne semble pas qu'il y ait de difference qualitative entre ces deux types de cellules. Tous les chercheurs ont observe des variations d'un lot a l'autre entre les preparations des memes virus utilisees pour infecter les cellules cibles. II n'y a eu que des tentatives occasionnelles d'echange de materiels entre les laboratoires; pourtant, les titrages peuvent etre effec- tues sur des cellules qui ont ete conservees a l'etat congele et des experiences collectives, avec echanges de cellules cibles et de cellules effectrices, devraient donc etre realisables. Malgre les difficultes techniques, il semble bien que ce domaine de recherche pourrait etre fructueux. Des etudes recentes effectuees sur des volontaires ont montre une association entre des titres eleves d'ac- tivite des LTC specifique de la grippe et l'elimination rapide du virus apres infection experimentale intra- nasale avec du virus grippal. Les mesures de l'activite des LTC ne permettent pas de differencier les sous- types de virus grippal A et ils pourraient donc contribuer a une certaine immunite heterotypique. On a constate que l'inoculation de vaccins antigrip- paux A (HI N1) vivants ou inactives avait un effet de rappel sur la memoire des LTC, mais que cet effet ne durait que quelques mois. Si l'on considere l'abaisse- ment (mentionne ci-dessus) de la reponse des cellules T chez les sujets non vaccines, il semble que, apres infection naturelle aussi, la memoire des LTC soit de duree limitee. II faut chercher a standardiser les methodes de titrage des LTC et a ameliorer les preparations de cellules cibles. S'ils disposaient de reactifs et de tech- niques communs, d'autres laboratoires pourraient etre encourages a pratiquer ce titrage, ce qui favori- serait l'etude de cet aspect d'immunite. Une coordi- nation et un soutien internationaux sont necessaires pour ces experiences collectives. Virus d'Epstein-Barr (EB V) On peut preparer des lymphocytes T cytotoxiques 61 MEMORANDUM a partir de donneurs seropositifs en incubant les lymphocytes avec des lignees cellulaires lymphoblas- toides autologues transformees par EBV. La princi- pale difficulte technique reside dans l'induction parallele d'une activite de cellules tueuses naturelles (NK), mais on peut y remedier en prolongeant la periode de culture et en appliquant des methodes de separation des cellules. Les niveaux de l'activite LTC specifique de EBV semblent rester constants chez les individus qui ont e infectes par ce virus. Ces lignees cellulaires, cultivees en presence de facteurs de crois- sance des thymocytes, possedent une active LTC specifique d'EBV, qui reste stable pendant trois A six mois. Des cellules dotees d'une telle activite ont egalement et clonees. Des etudes pratiquees chez des animaux d'exp& rience et chez l'homme ont montre que les lympho- cytes T cytotoxiques peuvent reconnaitre des anti- genes etrangers, tels que des virus ou des haptenes, en conjonction avec des antigenes cellulaires du com- plexe majeur d'histocompatibilite. Les antigenes re- connus par les LTC humains sont notamment H-Y, le dinitrophenyle, le virus grippal, l'herpesvirus (alpha) humain et le cytomegalovirus, en conjonc- tion avec des auto-antigenes etroitement associes aux antigenes d'histocompatibilite HLA-A et -B serolo- giquement dMfinis. En revanche, une proportion im- portante de l'activite LTC specifique d'EBV, induite par la mononucleose infectieuse naturelle, semble dependre de la reconnaissance d'antigenes non poly- morphes sur les molecules HLA-A, -B et -C associes A des antigenes d'EBV. Virus de la rougeole On a avance que les reponses immunitaires cellu- laires peuvent jouer un role dans la guerison de l'in- fection A virus rougeoleux et dans la persistance d'un etat d'immunite. D'apres des etudes limitees, des preparations de lymphocytes du sang peripherique preleve chez des enfants pendant la phase aigue de la rougeole semblent contenir des lymphocytes T cyto- toxiques qui produisent une lyse HLA-restreinte des cellules cibles infectees de virus rougeoleux. Bien qu'on ignore encore le role biologique de l'activite des LTC specifiques du virus rougeoleux, il est probable que ces LTC peuvent eliminer les cellules infectees de ce virus in vivo, a condition que celles-ci expriment les antigenes viraux appropries sur leur surface. Des anomalies dans la production ou la regulation des LTC immuns A l'egard de la rougeole peuvent contribuer A l'apparition d'une leuco-encephalite sclerosante subaigue (subacute sclerosing panencephalitis) et peut-etre d'autres maladies dans lesquelles une infection persistante a virus morbilleux peut jouer un role. Environ 12%o des adultes normaux eprouves pro- duisent des reponses LTC significatives, lorsque leurs lymphocytes sont exposes in vitro A l'antigene rougeoleux. La reponse cytotoxique est specifique du virus rougeoleux tant en ce qui concerne la stimu- lation qu'au niveau effecteur. Les etudes de l'activite cytotoxique des LTC ont montre qu'elle est speci- fique du virus rougeouleux mais restreinte aux sys- temes cellules cibles et lymphocytes autologues. Une analyse des cellules necessaires A la production de l'activite LTC specifique du virus rougeoleux a re- vele que les cellules T et les macrophages suffisaient pour produire des cellules tueuses. La plus grande partie de l'activite effectrice cytotoxique etait due A des cellules T des sous-populations T3+, T4 - et T8 +. Virus ourlien Les lymphocytes T cytotoxiques peuvent aider A la guerison de l'infection ou contribuer A ses aspects immunopathologiques. On a avance que des cellules T sensibilisees (LTC ou cellules intervenant dans l'hypersensibilite de type retarde) pouvaient jouer un role dans certaines infections virales telles que la choriomeningite lymphocytaire chez la souris ou la meningite ourlienne chez l'homme. Recemment, on a mis en evidence une activite LTC avec des lymphocytes isoles du liquide cephalo- rachidien et du sang de malades atteints de meningite ourlienne. Les lymphocytes T cytotoxiques etaient specifiques du virus et HLA-restreints. Sur dix don- neurs en bonne sante possedant une immunite A l'egard des oreillons, huit possedaient une activite LTC specifique des oreillons qu'on pouvait mettre en evidence en exposant in vitro les lymphocytes de leur sang peripherique a des antigenes ourliens. I1 n'a pas encore e fait d'etude des reponses LTC apres la vaccination contre les oreillons ou l'infection natu- relle; or une telle etude pourrait etre riche d'en- seignements. REPONSES DES CELLULES TUEUSES NATURELLES (NK) Les cellules NK sont une classe de leucocytes cyto- toxiques presents chez l'homme et d'autres mammi- feres et capables de lyser de maniere non specifique differents types de cellules, y compris des cellules cibles infectees de virus. Leur activite cytotoxique est notablement accrue par l'interferon. A l'heure actuelle, il n'y a pas de preuve directe d'un role essentiel de ces cellules dans l'immunite a l'egard des infections virales ou leur guerison. Cependant, les donnees obtenues jusqu'ici grace a des etudes sur des animaux d'experience infectes et chez l'homme (resumees ci-dessous) donnent a penser que c'est un domaine de recherche potentiellement important et que de nouvelles etudes devraient etre effectuees sur 62 REPONSES IMMUNITAIRES AUX ANTIGENES 63 les reponses des cellules NK aux infections virales et a la vaccination chez l'homme. Dans des experiences sur des souris, la sensibilite a la maladie a herpesvirus alpha (infection par le virus de l'herpes simplex) a pu etre mise en rapport avec le degre d'activite des cellules NK. Chez des souris infectees de virus grippal, l'activite NK est accrue au debut de l'infection; elle d6croit au moment ou la reponse LTC est decelee et avant que ne se mani- festent les reponses en anticorps. Chez l'homme infecte de virus grippal, de cyto- megalovirus, ou de virus de la dengue, l'activite des cellules NK augmente, mais le moment ou apparait cette augmentation semble varier. Apres adminis- tration de virus grippal a des volontaires, le niveau de l'activite NK et les titres seriques d'interferon augmentaient au troisieme jour apres l'infection et declinaient au jour 10. Il a et montre que l'infection par un vaccin experimental attenue contre la dengue stimulait l'activite NK au dixieme jour apres inocu- lation, a un moment oui la viremie et des taux seriques eleves d'interferon etaient egalement mis en evidence chez certains volontaires. Dans d'autres etudes realisees sur des receveurs de greffes de moelle osseuse, l'infection a cytomegalovirus etait associ6e a un accroissement de l'activite NK, de meme que de l'activite LTC chez des malades qui ont ensuite gueri de l'infection. Les augmentations de l'activite NK peuvent etre dues, au moins partiellement, a la stimulation de la production d'interferon a la suite de l'infection virale. Cependant des observations donnent a penser que certaines cellules tueuses natu- relles pourraient tuer specifiquement, ou de pre- ference, certaines cellules cibles infectees de virus. En outre le degre de destruction des lignees cellu- laires cibles humaines communement utilisees, par exemple k562, semble varier selon les laboratoires. Des etudes collectives dans ce domaine seraient pre- cieuses pour essayer de confirmer les observations et de determiner l'origine des variations dans les resultats provenant des differents laboratoires. DETECTION DES MtDIATEURS SOLUBLES INDUITS PAR DES VIRUS OU DES VACCINS VIRAUX, EN TANT QU'INDICES DE L'IMMUNITt ET DE L'IMMUNOPATHOLOGIE L'existence de facteurs immunoregulateurs so- lubles, grace auxquels les cellules du systeme im- munologique peuvent cooperer pour engendrer les reponses immunitaires de l'hote, est maintenant clairement etablie. Ces reponses comprennent la pro- duction d'anticorps (facteurs auxiliaires (helper) et suppresseurs), I'activation des macrophages (fac- teurs activant les macrophages), les facteurs de crois- sance favorisant la proliferation des cellules T et la production de cellules cytotoxiques (interleukines) et des interferons (IFN).u Ces dernieres substances sont capables d'exercer un effet antiviral direct et possedent des fonctions immunoregulatrices. Les interferons peuvent activer tous les types connus de cellules cytotoxiques, c'est-A-dire cellules NK, cel- lules ADCC, macrophages et lymphocytes T speci- fiques. D'un autre cote, des mediateurs secretes par les macrophages (monokines) peuvent participer aux phenomenes immunopathologiques associes aux in- fections virales. La fievre peut etre declenchee par l'interleukine I (pyrogene endogene). Les prosta- glandines et les anions superoxydes (02 , H202) participent A l'immunodepression induite par les virus. I1 a et avance que l'activateur du plasmino- gene avait un role dans le syndrome de choc hemor- ragique. La secretion de tels mediateurs peut etre importante en ce qui concerne l'efficacite et l'in- nocuite des vaccins; elle doit donc etre evalu6e lorsque de nouveaux vaccins sont mis au point. Le vaccin ideal devrait susciter une memoire pour les effecteurs tant humoraux que cellulaires de l'im- munite antivirale. Le premier aspect peut etre evalue par 1'etude de la production d'anticorps. Le second est plus difficile A definir. La production de 'y-IFN par des lymphocytes specifiquement stimules peut etre un moyen de demontrer la sensibilisation des cellules T apres infection ou vaccination. Seuls les leucocytes des sujets sensibilises produisent cette lymphokine lorsqu'ils sont stimules in vitro par les antigenes viraux appropries. On sait que la produc- tion d'interferon survient lors de l'etape finale de la cascade de secretions d'interleukines, a un stade ou des cellules cytotoxiques specifiques prennent nais- sance. Ainsi, la production d'interferon peut in- diquer que des clones specifiques de cellules T ont ete engendres a la suite d'une vaccination. Les resultats des titrages de l'IFN peuvent fournir, sur la sensibili- sation des cellules T, des renseignements plus speci- fiques que ceux que donnaient les systemes de titrage employes precedemment, par exemple les reponses de proliferation lymphocytaire. Un programme de travaux collectifs sur le role des mediateurs des reponses immunitaires, au moyen de lymphocytes T stimules par du virus grippal, du virus rougeoleux et du virus d'Epstein-Barr, apporterait une contribution d'un interet scientifique conside- rable a la connaissance des mecanismes de l'im- munite contre les virus. Les especes d'IFN produites par de telles cultures seraient differenciees A l'aide d'immunserums specifiques. Un autre domaine de recherche touchant aux re- ponses immunitaires antivirales est celui de la pro- duction de monokines sous l'effet des virus ou des immuncomplexes comprenant des virus. Les titrages a II existe trois classes d'interf6rons (IFN): ci-IFN dont il y a au moins 14 sous-types potentiels, j3-IFN et y-IFN. MEMORANDUM ci-apres peuvent ere utilises pour evaluer la produc- tion de monokines suscitee par des antigenes ou des vaccins viraux: i) L'interleukine 1 peut &re titree par la mesure de sa capacite A accroitre la proliferation de thymocytes stimules par des doses infraoptimales de phyto- hemagglutinine. ii) L'activateur du plasminogene peut etre titre en fonction de sa capacite de lyser de la fibrine radio- active tapissant des plaques de plastique. iii) La meilleure methode pour deceler des anions superoxydes consiste A utiliser le luminol dans des techniques de chimioluminescence. RECOMMANDATIONS 1. I1 est indispensable de proceder A des etudes collectives sur de nombreux aspects des reponses immunitaires aux antigenes viraux chez l'homme. Une telle activite concorderait tres bien avec les pro- grammes OMS en matiere de lutte contre les mala- dies virales et de mise au point de vaccins. Ces etudes exigent une coordination ainsi que des encourage- ments et un soutien A l'echelon international. 2. Elles devraient comporter l'analyse de tous les aspects des mecanismes de reponse de l'hote, notam- ment les reponses immunitaires humorales et cellu- laires, de meme que le r6le des mediateurs (par exemple, des interferons). Elles devraient egalement comprendre des recherches sur le role antigenique des divers composants des virus dans l'immunite ou l'immunopathologie. 3. I1 faut s'efforcer de standardiser les methodes utilisees dans les etudes sur l'immunite antivirale et cela doit se refleter dans le plan des recherches collec- tives appropriees. 4. Les travaux collectifs devront porter sur plu- sieurs domaines definis, dont on trouvera les grandes lignes ci-apr6s. A. Lymphocytes T cytotoxiques speficiques de virus i) De nouvelles etudes collectives sont necessaires pour confirmer que la memoire des LTC est associ6e a l'elimination du virus apres une infection naturelle par le virus grippal. La reponse A differents types et souches de vaccin doit etre exploree plus a fond. II faut mesurer la reponse A l'infection naturelle, notamment aux infections grippales primaires chez les enfants. Des cellules effectrices congelees et des virus etalons destines a etre utilises pour la stimulation des effecteurs doivent etre echanges entre laboratoires. On cherchera a standardiser et, si possible, a simpli- fier la methode de mesure de l'activite LTC. Le typage HLA des lymphocytes doit etre inclus dans ces etudes. Dans les recherches collectives, on utilisera des souches etalons de virus pour la preparation des cellules cibles. Comme on a observe que les virus grippaux prepares en ceufs et en cultures cellulaires, respectivement, sont susceptibles d'avoir des caracte- ristiques differentes, il faudra etudier des virus provenant de ces deux sources. ii) Dans les futures etudes collectives, il conviendra d'echanger des LTC specifiques d'EBV. On evaluera notamment le role des LTC dans les manifestations malignes associees A 1'EBV, telles que l'epithelioma du rhinopharynx et le lymphome de Burkitt. Comme pour les titrages des LTC speci- fiques de la grippe, un typage HLA devra faire partie integrante de ces etudes. iii) De nouveaux travaux sur les reponses LTC au virus rougeoleux conduiraient A une meilleure connaissance des mecanismes de lPimmunite. I1 conviendrait de s'attacher particulierement A des etudes sur la leuco-encephalite sclerosante subaigue, les infections morbilleuses atypiques, l'encephalite morbilleuse et la persistance du virus. iv) I1 est necessaire de proceder A des etudes sur les reponses LTC apres vaccination contre les oreillons et infection ourlienne naturelle. B. Cellules tueuses naturelles i) Des efforts concertes doivent etre deployes en vue de standardiser les methodes de mesure de l'ac- tivite des cellules NK pendant les infections virales ou apres vaccination. On evaluera les methodes de standardisation des dosages, par exemple l'utili- sation, comme effecteurs, de cellules congelees de donneurs par rapport A celle de cellules fraiches. Diverses cellules cibles, notamment k562 ou des lignees cellulaires B transformees par EBV, doivent etre comparees dans des etudes collectives. ii) Les laboratoires collaborateurs devront evaluer les modifications de lFactivite des cellules NK ob- servee avant et apres immunisation par des vaccins viraux. Dans ces etudes il conviendra d'utiliser des placebos et un etiquetage code. On recherchera la correlation entre les resultats de ces dosages et les signes de replication virale, de virulence du virus ainsi que d'induction d'interferon et de LTC ob- serves dans des etudes cliniques. C. Interferons et autres mediateurs des r4ponses immunitaires On comparera le niveau de l'activite des cellules NK a celui de l'activite des LTC ainsi qu'A la production d'interferons pendant les experiences de 64 REPONSES IMMUNITAIRES AUX ANTIGENES 65 cytotoxicite. Les virus induisent la production d'interferons, ce qui peut augmenter la lyse due aux cellules NK et aux LTC; en outre, les LTC stimules par le virus sont susceptibles de secreter eux-memes un interferon. Des cellules effectrices (NK et LTC) ainsi que des cellules cibles, A l'etat congele, doivent etre echangees entre les laboratoires collaborateurs pour leur permettre d'etudier les activites LTC et NK induites par le virus (voir A et B ci-dessus). Des liquides surnageants contenant de l'interferon et d'autres mediateurs potentiels doivent aussi faire l'objet d'echanges pour une etude collective. D. Rok de I'ADCC dans l'immunite II convient de proceder A des recherches collectives sur le role potentiel de I'ADCC dans les reponses immunitaires et les reactions immunopathologiques aux antigenes viraux. Pour de telles etudes, un systeme in vitro convenable serait constitue de cel- lules cibles infectees par des virus appropries, par exemple herpesvirus (alpha) humain, virus amaril. E. R6Ie d 'antigenes viraux particuliers dans les r4ponses immunitaires i) Les determinants antigeniques precis qui inter- viennent dans les reponses humorales (en anticorps) doivent etre compares A ceux qui interviennent dans les reponses LTC. A cette fin, la grippe est un systeme modele precieux. ii) II convient d'etablir une correlation entre les niveaux de I'activite LTC et l'etat immunitaire sero- logique des donneurs en rapport avec les antigenes structuraux et non structuraux des virus de la grippe. * * F. Assaad, Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse T. Bektimirov, Maladies a Virus, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse F. Ennis, University of Massachusetts Medical School, Worcester, MA, Etats-Unis d'Amerique K. Lucas, Laboratoire central des Pays-Bas, Centre de Transfusion sanguine de la Croix-Rouge, Plesmanlaan, Amsterdam, Pays-Bas A. McMichael, MRC Immunology Unit, John Rad- cliffe Hospital, Oxford, Angleterre G. C. Schild, National Institute for Biological Standards and Control, Londres, Angleterre G. Torrigiani, Immunologie, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse J. L. Virelizier, Unite d'Immuno-Hematologie, Hopital des Enfants Malades, Paris, France BIBLIOGRAPHIE 1. OMS, Serie de Rapports techniques, NO 693, 1983 (Vaccins viraux et m#dicaments antiviraux. Rapport d'un groupe scientifique de l'OMS). 2. Le r8le de la caracterisation genetique et moleculaire des virus en ce qui concerne la surveillance et l'epide- miologie de la grippe: Memorandum OMS. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante, 60: 193-198 (1982).

Key facts
Document type Journal articles
Adoption date
Source World Health Organization