Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac OMS, Publications régionales, Série européenne, n° 66 Collection de publications du Plan d'action européen contre l'alcoolisme L'évaluation et la surveillance de la lutte contre l'alcoolisme, Peter Anderson et Juliani Lehto. Options pour une politique de réglementation de l'alcool, Juhani Lehto. Politique en matière d'alcool : aspects économiques, Juhani Lehto. L'alcool et les médias, Marjatta Montonen. La lutte contre l'alcoolisme au niveau associatif et municipal, Bruce Ritson. Alcool et soins de santé primaires, Peter Anderson. Le traitement de l'alcoolisme, Nick Heather. Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac, Kellie Anderson. Alcool et lieu de travail, Marion Henderson, Graeme Hutcheson et John Davies. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), créée en 1948, est une institution spécialisée des Nations Unies à qui incombe, sur le plan international, la responsabilité principale en matière de questions sanitaires et de santé publique. Par l'intermédiaire de l'OMS, les professionnels de la santé de plus de 180 pays échangent des connaissances et confrontent leurs expériences pour que tous les habitants de la planète puissent jouir d'un niveau de santé qui leur permette de mener une vie socialement et économiquement productive. Le Bureau régional de l'Europe est l'un des six bureaux régionaux de l'OMS répartis dans le inonde. Chacun d'entre eux a son programme propre, dont l'orientation dépend des problèmes de santé particuliers des pays qu'il dessert. La Région européenne, peuplée d'environ 850millions d'habitants, s'étend du Groenland (au nord) à la Méditerranée (au sud), et de l'Atlantique (à l'ouest) au Pacifique (à l'est). Le programme européen de l'OMS est axé, d'une part, sur les problèmes propres aux sociétés industrielles et postindustrielles et, d'autre part, sur ceux que rencontrent les nouvelles démocraties en Europe centrale et orientale et dans les pays issus de l'ex -URSS. Dans la stratégie mise au point par le Bureau régional en vue d'instaurer la «Santé pour tous », les activités se subdivisent en trois grandes catégories: modes de vie favorables à la santé, environnement salubre et services appropriés de prévention et de traitement. La Région européenne présente une grande diversité linguistique, qui risque d'entraver la diffusion de l'information. Les droits de traduction des ouvrages publiés par le Bureau régional seront donc volontiers accordés. Organisation mondiale de la santé Bureau régional del'Europe Copenhague Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Kellie Anderson Groupe de recherche sur l'alcool, Université d'Edimbourg, Royaume- Uni OMS, Publications régionales, Série européenne, N° 66 Sous la direction de Mary Stewart Burgher Catalogage à la source : Bibliothèque de l'OMS Anderson, Kellie Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac / Kellie Anderson (OMS, Publications régionales. Série européenne, n° 66) 1. Alcoolisme - prévention et contrôle 2. Toxicomanie - prévention et contrôle 3. Tabagisme - prévention et contrôle 4. Adolescence 5. Europe I. Titre II. Série ISBN 92 890 2330 9 (Classification LC HV 5135) ISSN 0250 - 8575 Le Bureau régional de l'Europe de l'Organisation mondiale de la santé accueillera favorablement les demandes d'autorisation visant à reproduire ou à traduire ses publi- cations, en partie ou intégralement. Les demandes à cet effet et les demandes de renseignements doivent être adressées au Bureau des Publications, Bureau régional de l'OMS pour l'Europe, Scherfigsvej 8, DK -2100 Copenhague 0, Danemark, qui four- nira volontiers les renseignements les plus récents sur tout changement apporté au texte, les nouvelles éditions envisagées et les réimpressions ainsi que les traductions déjà disponibles. © Organisation mondiale de la santé 1997 Les publications de l'Organisation mondiale de la santé bénéficient de la protection prévue par les dispositions du Protocole N° 2 de la Convention universelle pour la protection du Droit d'Auteur. Tous droits réservés. Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n'impliquent de la part du Secrétariat de l'Organisation mondiale de la santé aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Les noms de pays ou zones utilisés dans cette publication sont ceux qui étaient en vigueur au moment où la version en langue originale de cet ouvrage a été préparée. La mention de firmes et de produits commerciaux n'implique pas que ces firmes et produits commerciaux soient agréés ou recommandés par l'Organisation mondiale de la santé de préférence à d'autres. Sauf erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu'il s'agit d'un nom déposé. Les opinions exprimées dans la présente publication sont celles des participants à la réunion et ne représentent pas nécessairement les décisions ou la politique de l'Organisation mondiale de la santé. IMPRIMÉ AU DANEMARK Table des matières Page Introduction 1 L'usage de substances toxiques et les problèmes associés en Europe 1 1. L'alcool et les jeunes 5 Schémas de consommation d'alcool 6 Evolution des styles de consommation 11 Pourquoi certains jeunes boivent 13 Effets nocifs d'une consommation inappropriée d'alcool chez les jeunes 15 Conclusion 16 2. La drogue et les jeunes 18 La consommation de drogues dans l'ensemble de la population 19 La consommation de drogues chez les jeunes 20 Pourquoi les jeunes se droguent 24 Effets nocifs de l'usage de drogues 25 Conclusion 27 3. Le tabac et les jeunes 29 Effets nocifs du tabagisme 30 Déterminants du tabagisme 33 Prévalence du tabagisme 36 Méfaits du tabac chez les jeunes 38 Conclusion 39 4. L'école: un milieu favorable pour la promotion de la santé 40 L'école au service de la santé 41 Relations avec la collectivité 47 Collaboration avec d'autres organismes 50 Relations avec les parents 52 Conclusion 54 iii 5. Les programmes d'éducation dans les écoles 56 Méthodes actuelles 57 Conclusion 64 6. Politiques visant à développer la prévention dans les écoles 72 Elaboration de politiques et de procédures 74 7. Organisations de jeunesse 78 Organisations traditionnelles 78 Groupes sportifs communautaires 79 Clubs de prévention 80 Organisations en faveur des jeunes à risque 82 Politiques et procédures de soutien 83 Conclusion 83 8. Manifestations et projets liés à la prévention 86 Une activité nationale 87 Activités locales 88 9. Conclusion 91 Références 92 iv Introduction Cet ouvrage : examine la documentation spécialisée concernant l'étiologie, l'épidémiologie et la prévention de l'usage de drogues par les jeunes d'âge scolaire; fournit des informations et des exemples de méthodes et de pro- grammes préventifs dans les écoles et les collectivités; et fournit des directives aux personnes qui s'occupent de pré- vention. L'étendue de ce domaine de recherche limite la quantité de détails que l'on pourrait consacrer à un sujet particulier. Des ques- tions moins directement liées à la prévention, comme l'influence de la publicité, les prix et l'offre, sont à peine abordées. Ces facteurs influencent néanmoins l'expérience et l'usage de l'alcool et du tabac et les personnes qui s'occupent de prévention auprès des jeunes devraient en tenir compte. Ces questions sont traitées dans d'autres ouvrages de cette série. L'USAGE DE SUBSTANCES TOXIQUES ET LES PROBLÈMES ASSOCIÉS EN EUROPE L'histoire montre que l'humanité a toujours eu un penchant pour les substances psychotropes. L'alcool, les opiacés, le cannabis, le tabac et autres substances qui influent sur l'humeur ont été consommés à une époque ou une autre dans la plupart des pays, même dans ceux qui en interdisent aujourd'hui l'usage. Selon le pays et l'époque, l'usage de 1 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac substances psychotropes revêt une signification sociale et culturelle différente. Ceci vaut tout particulièrement pour l'alcool. Par exemple, on constate habituellement une propension à la bière et aux spiritueux dans les régions céréalières tandis que l'on préfère le vin dans les régions viticoles. L'usage du tabac est plus général : la dépendance à la nicotine et les publicités séduisantes sur le tabac ont pénétré jusque dans les régions les plus reculées du globe. L'usage d'autres sub- stances toxiques suit de beaucoup plus près les préférences culturelles et le statut juridique. Dans les pays européens, la consommation de tabac et d'alcool entraîne certainement beaucoup moins de restric- tions légales que celle d'autres produits psychotropes. Il est bien connu que même l'usage de substances légales peut devenir nocif sur le plan personnel et social. Le prix que coûte à l'individu et à la société l'abus d'alcool est énorme et fait l'objet d'une importante documentation. La morbidité et la mortalité prématurée associées aux maladies, aux accidents et à la violence imputables à l'alcool affectent non seulement les per- sonnes mais imposent à la société un fardeau excessif pour les services de santé, de protection sociale et de justice pénale. Les problèmes de santé liés à la consommation d'alcool comprennent divers types de cancer (en particulier des organes digestifs), la cirrhose du foie, les accidents cérébro -vasculaires ainsi que des atteintes temporaires ou chroniques à la santé mentale. Le facteur alcool intervient dans de nombreux accidents de la route qui mettent en jeu la vie d'occupants de véhicules, de piétons et de cyclistes, et dans des infractions à l'ordre public. En outre, la violence, les sépa- rations et l'instabilité économique liées à l'alcool peuvent porter préjudice à la vie familiale. Sur le lieu de travail, les problèmes de boisson diminuent la productivité du fait de l'absentéisme, de la baisse de performance et des accidents qui leur sont imputables. Le coût total des problèmes liés à l'alcool pour la société est incalculable mais le prix à payer pour l'économie a été évalué, à titre indicatif, à 5 -6% du produit national ou intérieur brut dans les pays occidentaux. D'une manière générale, l'effet nocif du tabac est considéré comme plus personnel même si la morbidité et la mortalité associées au tabagisme sont de plus en plus reconnues. Il a été établi que le tabagisme était une cause du cancer du poumon et de certaines maladies respiratoires et un facteur de l'apparition de certains autres 2 Introduction cancers, de maladies cardiaques et d'attaques. Le tabac constitue la plus nocive des substances psychotropes. Son usage est à l'origine de six fois plus de décès que toutes les autres causes évitables réunies. Des recherches récentes ont permis d'établir que la moitié des fumeurs mourront de maladies liées au tabac. Chacun sait que le taba- gisme chez la femme enceinte porte atteinte au développement du foetus et que des parents fumeurs peuvent mettre en danger la santé et le développement de leurs enfants. Bien que les risques soient bien établis, la consommation mondiale de produits du tabac continue d' augmenter. Les dommages provoqués par l'usage de médicaments psy- chotropes prescrits et illégaux varient énormément selon le produit. D'une manière générale, toutefois, la consommation de drogue est considérée comme intrinsèquement nuisible et comme quelque chose à éviter. Du fait de leur relative inexpérience, de leur vulnérabilité physique et de leur éventuelle propension à prendre des risques, les jeunes sont les principales cibles des messages destinés à lutter contre la toxicomanie. Certains messages tels que «Il suffit de dire non !» sont sans ambiguïté et touchent à la fois les sphères politiques et le grand public. Néanmoins, ce genre de messages ne tient pas compte des divers facteurs internes et externes qui contribuent à ce qu'une personne décide d'utiliser ou d'éviter une substance toxique. Il est encourageant de savoir que des décideurs politiques, des chercheurs, des professionnels de la santé et de l'éducation et autres spécialistes, en revanche, élaborent et mettent en oeuvre des stratégies et des programmes qui tiennent compte de ces facteurs pour prévenir la consommation de drogues chez les jeunes. La présente publication décrit quelques stratégies et programmes mis en oeuvre dans la Région européenne de l'OMS. Afin de placer ces initiatives dans leur contexte, les aspects étiologiques et épidé- miologiques de l'usage de drogues par les jeunes sont examinés en premier. Compte tenu de la diversité non seulement de la consomma- tion de substances toxiques et des buts de la prévention mais aussi des programmes et des structures politiques ainsi que des méthodes de collecte des données, les informations et les directives présentées sont énoncées en termes généraux. Nous espérons cependant que cette publication offrira un aperçu utile des priorités et des mesures de prévention mis en place dans un certain nombre de pays européens. 1L'alcool et les jeunes Bien que les cultures soient très différentes à l'intérieur de la Région, de nombreux jeunes grandissent dans un milieu où il est normal de boire de l'alcool. Que l'habitude culturelle soit de boire une petite bouteille de vin au repas de midi ou de se retrouver au pub pour quelques tournées après le travail, le fait de boire est généralement considéré comme une occupation légitime et agréable. Dans de nom- breuses cultures, l'alcool est un ingrédient essentiel des grandes occasions et des rites de passage, et une aide à la détente au niveau personnel et en société. En outre, les éventuels effets protecteurs d'une consommation modérée d'alcool, notamment contre les maladies cardiaques, ont fait l'objet de maintes discussions. La notion selon laquelle l'alcool aurait des propriétés thérapeutiques n'est pas nouvelle : il y a longtemps qu'on sert du vin rouge chaud aux enfants de certaines régions rurales de Grèce pour le petit déjeuner. De nombreuses personnes boivent de l'alcool sans dommages apparents. D'autres, cependant, consomment l'alcool d'une manière préjudiciable pour eux -mêmes et pour les autres. Dans les cas les plus graves, une consommation excessive d'alcool peut avoir des consé- quences fatales, essentiellement dues à des maladies du foie mais également à la consommation elle -même, avec ou sans dépendance, et à ses effets toxiques. Dans la Région européenne, le nombre des décès attribués à des maladies du foie varie considérablement mais il est généralement plus élevé dans les pays du sud de l'Europe, bien que ces décès diminuent dans la plupart des groupes d'âge depuis la fin des années 60. La Norvège, les Pays -Bas et le Royaume -Uni ont enregistré une augmentation des taux de mortalité, qui restent cependant inférieurs à ceux des pays d'Europe méridionale, orientale et centrale. En 1992, les taux de mortalité comparatifs par cirrhose du 5 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac foie s'échelonnaient d'un minimum de 2,9 pour 100 000 en Irlande à un maximum de 54,8 en Hongrie. La préférence nationale pour une boisson n'avait pas de rapport avec l'incidence : pays consommateurs de bière ou de vin figuraient au même titre parmi les taux les plus élevés. La plupart des conséquences néfastes de l'abus d'alcool sur les jeunes sont liées aux effets conjugués de l'intoxication, c'est -à -dire la «gueule de bois », les accidents, et les problèmes sociaux et juridiques. Pour faire face à ces problèmes immédiats et prévenir des dégâts futurs, il est important de contrôler la consommation d'alcool chez les jeunes et de mettre en oeuvre des stratégies adéquates en matière d'éducation et de politique publique. SCHÉMAS DE CONSOMMATION D'ALCOOL Il n'est pas rare que les jeunes boivent de l'alcool. Malgré les restric- tions imposées à la consommation d'alcool avant un certain âge, une proportion considérable de jeunes d'âge scolaire boit de l'alcool, ne serait -ce que de temps à autre. Il est cependant difficile d'avancer des chiffres exacts à ce sujet. L'essentiel de l'information dont nous disposons sur les habitudes de consommation des jeunes -à savoir, s'ils boivent, ce qu'ils boivent et en quelle quantité - provient d'enquêtes. Or, étant donné les différences de méthodes et de critères enregistrés et les écarts existant entre les niveaux d'acceptabilité sociale de la consommation d'alcool, les comparaisons à l'intérieur d'un pays ou entre les pays ne sont pas toujours utiles. Par exemple, les interprétations des catégories de buveurs (tels que buveurs modérés ou occasionnels) diffèrent, tout comme les définitions données au mot «jeunes ». La fiabilité des données d'enquêtes fournies par des témoignages personnels peut également être problématique. Certaines personnes sous -évaluent certainement leurs habitudes de consommation alors que d'autres les surévaluent. Malgré tout, les enquêtes et autres rapports émanant de divers pays de la Région fournissent des éléments d'information intéressants lorsqu'on les examine séparément. En outre, quelques études transnationales récentes révèlent les tendances générales de la consommation d'alcool par les jeunes. Ces études, ainsi que l'information obtenue des personnes interrogées au cours de l'élaboration de cette 6 L'alcool et les jeunes publication, sont utilisées pour examiner la consommation d'alcool chez les jeunes dans la Région européenne. Prévalence Les enquêtes révèlent le plus souvent que la plupart des gens ont déjà goûté une boisson alcoolisée au moins une fois avant l'âge de 18 ans. Par exemple, une enquête de l'OMS sur l'attitude des enfants d'âge scolaire face à la santé (HBSC) a examiné la prévalence de l'expérimentation au sein de trois groupes d'âge (enfants âgés de 11, 13 et 15 ans) en 1989 -1990. Cette enquête a révélé que seule une très petite minorité n'avait jamais goûté d'alcool à l'âge de 15 ans (1). Sur l'ensemble des groupes d'âge, les écoliers gallois et écossais étaient les plus nombreux à déclarer avoir goûté de l'alcool, les élèves norvégiens ayant, eux, le plus faible pourcentage d'expérimentation. Dans cette fourchette d'âge allant jusqu'à 15 ans cependant, l'écart entre les enfants des différents pays n'était pas très grand. Sur les 11 pays pour lesquels nous disposions de données comparables (Autriche, Belgique, Canada, Espagne, Finlande, Hongrie, Norvège, Pologne, Suède, ainsi qu'Ecosse et Pays de Galles [Royaume- Uni]), seule la Norvège a enregistré une prévalence d'expérimentation infé- rieure à 90 %. En ce qui concerne les différences entre les sexes, les garçons étaient plus nombreux que les filles à avoir fait l'expérience de l'alcool à l'âge de 11 ans mais l'écart était devenu très faible à l'âge de 15 ans. De nombreuses autres études confirment cette tendance. Il existe une nette différence entre les sexes en ce qui concerne la quantité d'alcool consommée : à travers le monde, les garçons du groupe plus âgé boivent toujours davantage que les filles du même âge. En outre, l'enquête HBSC a examiné la consommation hebdo- madaire d'alcool par âge et par sexe. Les pourcentages de buveurs hebdomadaires étaient relativement faibles à l'âge de 11 ans, chez tous les enfants interrogés, mais sensiblement plus élevés dans le groupe des 15 ans. Le pourcentage des garçons de 15 ans qui buvaient au moins une fois par semaine allait de 10% en Pologne à 47% au Pays de Galles, la plupart des autres pays se situant entre 32% (Ecosse) et 42% (Espagne). Les filles étaient les moins enclines à boire au moins une fois par semaine mais, comme pour les garçons, la prévalence augmentait avec l'âge. A l'âge de 15 ans, les enfants interrogés au Pays de Galles et en Espagne étaient près de dix fois 7 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac plus nombreux à indiquer qu'ils buvaient chaque semaine que les enfants interrogés en Pologne (35 %, 29% et 3% respectivement). Une étude transnationale effectuée en 1990 par la Communauté européenne (CE) sur la consommation de tabac et d'alcool par les enfants âgés de 11 à 15 ans couvrait en partie le même champ que l'étude HBSC; elle portait sur l'Allemagne, la Belgique, le Dane- mark, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Luxem- bourg, les Pays -Bas, le Portugal et la Grande -Bretagne (Royaume - Uni) (2). Cette étude a fait ressortir que c'étaient les jeunes d'Italie et de Grèce qui étaient les plus enclins à boire chaque semaine et les jeunes d'Irlande qui l'étaient le moins. Seuls 2% de garçons irlandais et 1% de filles irlandaises entre 13 et 15 ans déclaraient avoir cette consommation hebdomadaire. Une étude irlandaise effectuée en 1990 a néanmoins établi que 23% des jeunes interrogés (moyenne d'âge : 15 ans) buvaient une ou deux fois par semaine. L'étude de la Communauté européenne a confirmé que l'habitude de consommation hebdomadaire augmentait considérablement avec l'âge et que les filles avaient tendance à boire moins souvent que les garçons. De plus, aucune des deux études transnationales n'a constaté de prévalence de consommation quotidienne d'alcool. Les résultats de l'enquête HBSC indiquent que les cas d'ivresse dus à l'alcool ne sont pas rares. A l'âge de 15 ans, 24 à 70% des filles et 42 à 74% des garçons ont dit avoir été ivres au moins une fois. Ce sont les jeunes polonais qui ont déclaré le moins d'expériences d'ivresse et les jeunes Gallois qui en ont déclaré le plus. Là encore, la prévalence augmentait avec l'âge. Les pays non couverts par l'étude HBSC ont fait état de résultats similaires. Par exemple, près de la moitié des jeunes Slovènes (14 -15 ans) récemment interrogés avaient déjà été ivres. Pour certains jeunes, l'ivresse est le résultat d'une consommation excessive non intentionnelle et de l'inexpérience. Pour d'autres, c'est un but en soi qui peut être symptomatique d'un problème d'alcool. Beaucoup de jeunes gens ne considèrent pas que le fait de se soûler de temps en temps soit néfaste. Boissons préférées Contrairement aux adultes, les jeunes montrent des préférences prati- quement uniformes en matière de boissons. D'une manière générale, les rapports indiquent que les jeunes préfèrent nettement la bière, le 8 L'alcool et les jeunes vin et les cocktails à base de spiritueux venant ensuite. Le modèle méditerranéen de consommation de vin devient de moins en moins prédominant parmi les jeunes d'Europe méridionale. Les liqueurs sucrées et les boissons dites nationales, telles que le raki en Turquie et le cidre au Royaume -Uni, figurent également parmi les préférences des jeunes. Au Royaume -Uni, la popularité des boissons à base de cidre, fortes, sucrées et aromatisées, auprès des enfants et des jeunes adoles- cents, est inquiétante. Les fabricants semblent viser délibérément le marché des jeunes buveurs en proposant des boissons du type cocktail à la fois bon marché et rendues attirantes par un conditionnement dernier cri. Ils produisent par exemple des cidres forts au parfum kiwi- banane ou fraise -vanille dans des boîtes en forme d'ampoules électriques, de bâtons de dynamite ou d'éprouvettes. Les jeunes, garçons et filles, trouvent que ces boissons sont un moyen de s'enivrer rapide, bon marché et au goût agréable. Pour ce qui est des différences entre les sexes, les garçons interrogés dans le cadre de l'enquête HBSC avaient tendance à boire plus de bière que de toute autre boisson, sauf en Hongrie; presque tous buvaient du vin au moins de temps en temps. Les filles, en revanche, préféraient généralement le vin, bien que les jeunes Suédoises aient été plus nombreuses à boire de la bière et les jeunes Autrichiennes, des spiritueux. D'autres enquêtes font apparaître des distinctions entre socialisation et transgression dans la consommation d'alcool, les garçons recherchent davantage la transgression et les filles cherchant plutôt à être agréées et intégrées. Quel que fût leur âge, les garçons interrogés consommaient des quantités d'alcool beaucoup plus importantes, plus fréquemment, et étaient plus susceptibles de boire jusqu'à l'ivresse. Le choix de la boisson reflétait aussi cette dichotomie : les garçons boivent plus souvent des spiritueux, qu'ils considèrent comme un moyen de transgression. Les problèmes les plus graves de consommation excessive et inappropriée d'alcool étaient typiquement associés aux spiritueux, sauf en Allemagne et au Royaume -Uni (3) où ils étaient associés plutôt à la consommation de bière. 9 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Cadres propices à la boisson Cadres et circonstances de consommation des différentes boissons sont assez uniformes. Les jeunes sont plus susceptibles de boire du vin et des apéritifs lors d'un repas à la maison et de consommer d'autres boissons alcoolisées avec leurs pairs à l'occasion entre amis, de manifestations sportives, dans des établissements publics et d'autres lieux de réunion non surveillés. D'une façon générale, ils consomment plus facilement l'alcool, quel qu'il soit, hors de la maison et d'autres lieux où s'exerce un contrôle social. La consom- mation d'alcool en dehors de la surveillance des parents étant interdite ou très réglementée dans de nombreux pays, les jeunes préfèrent habituellement les endroits où ils se sentent le moins surveillés. Bien que la législation permette en principe de limiter la consommation d'alcool avant un certain âge dans les établissements publics et les bars de certains pays, elle le fait rarement. Ces lieux de rendez -vous sont très appréciés des jeunes dans la plupart des pays de la Région. Les autres endroits où les adolescents se rencontrent et boivent de l'alcool sont notamment les discothèques, les boîtes de nuit, les dancings, les réunions privées et, en Grèce, les restaurants «fast food» et les cafétérias. En France, dans les zones urbaines, les étudiants se retrouvent dans les cafés et les bars. Les pays présentent des caractéristiques différentes : vente légale d'alcool aux jeunes, restrictions liées à l'âge et au type de boisson, obligation ou non de ne servir de l'alcool qu'avec un repas, cadres ou lieux de consommation. L'application d'une législation restreignant la consommation d'alcool en dessous d'un certain âge peut modifier, exception faite des expériences cachées, le niveau global de la consommation et les problèmes qui y sont liés. Bien que les jeunes boivent parfois pendant la semaine, et ce souvent en famille, c'est le week -end qu'ils boivent le plus, hors de la maison. Tel est le cas même dans des pays comme la Hongrie et l'Espagne où la proportion de consommation d'alcool en compagnie des membres de la famille reste élevée. La consommation d'alcool dans les lieux publics est étroitement liée à l'âge. Plus l'adolescent est âgé, plus il ou elle boira hors de la maison. L'âge auquel les adolescents boivent en public semble avoir baissé au cours des deux dernières décennies. Mise à part la disparition progressive des tabous 10 L'alcool et les jeunes sociaux sur la consommation d'alcool en public par les jeunes, et en particulier les filles, aujourd'hui les jeunes ne se distinguent prati- quement plus des adultes. Par ailleurs, la situation géographique compte pour beaucoup dans le choix de l'endroit où l'on va boire. Les jeunes des villes ont généralement un plus grand choix d'endroits où ils peuvent boire dans un certain anonymat que ceux de la campagne. Tendances de la consommation Les tendances concernant le fait de boire ou non et la quantité consommée sont beaucoup moins évidentes. La collecte d'infor- mations sur les habitudes de consommation de ce groupe d'âge est une activité relativement récente dans la plupart des pays. Nous ne disposons donc que de peu de données pour surveiller la consomma- tion d'alcool chez les jeunes. Malgré tout, plusieurs études indiquent que la proportion des abstinents augmente dans de nombreux pays, tels par exemple l'Allemagne et la Suède. Les données disponibles sur les niveaux de consommation par épisode se sont avérées très difficiles à comparer mais certains pays, comme les Pays -Bas et l'Espagne, ont constaté une augmentation. Globalement, la consom- mation d'alcool semble être moins fréquente et plus épisodique chez les jeunes que chez les adultes, bien que ceux -ci soient plus enclins à se considérer comme des non -buveurs. La Suède a toutefois enre- gistré une baisse très nette des niveaux de consommation chez les jeunes. EVOLUTION DES STYLES DE CONSOMMATION La plupart des jeunes auront bu une gorgée d'une boisson alcoolisée, ou même un petit verre, à un très jeune âge. Ce genre d'expérience se déroule le plus souvent en compagnie d'un membre adulte de la famille. La consommation intentionnelle d'alcool commence géné- ralement plus tard. Cet âge varie selon les pays et baisse dans la plupart des pays d'Europe occidentale, sauf aux Pays -Bas. A 15 ans, la plupart des jeunes qui ont décidé de boire le font, toujours en compagnie de pairs. Les habitudes et les styles de consommation chez les jeunes évoluent rapidement et sont fortement influencés par le comportement des pairs, la publicité, la disponibilité de l'alcool et les prix. L'influence des pairs est particulièrement forte au début de l'adolescence, lorsque les jeunes commencent à affirmer leur 11 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac indépendance vis -à -vis de leurs parents et forment des groupes d'amis. Au cours de cette transition de l'enfance à l'âge adulte, les adolescents essaient d'adopter de nombreux rôles et comportements qu'ils considèrent comme faisant partie de la vie adulte. Boire de l'alcool en est un. Il n'est pas rare non plus que des adolescents se mettent à adopter divers comportements à risques pour tester leurs limites et s'opposer aux restrictions que leur imposent les parents. Enfreindre la loi et les règles de la société est chose courante. Etant donné que, dans la plupart des pays occidentaux, les adultes acceptent la consommation d'alcool, il n'est pas surprenant que la plupart des individus commencent à boire dès l'adolescence. Souvent, la manière de boire des jeunes de la Région diffère considérablement, en qualité et en quantité, de celle de leurs parents. Malgré cela, l'influence extérieure déterminant le plus fortement le choix de boire de l'alcool et les quantités consommées semble être l'habitude et le style de consommation des parents. Les jeunes commencent à se familiariser avec l'alcool dès leur petite enfance en observant le comportement de leurs parents et d'autres personnes. Dans certains pays, l'attitude extrême des parents à l'égard de l'alcool semble incontestablement avoir une influence négative sur la manière de boire de leurs enfants. Les enfants de gros buveurs et d'abstinents sont davantage susceptibles de devenir eux -mêmes des buveurs excessifs ou à problèmes. Les enfants nés dans des familles musulmanes ou dans des régions où l'offre et la consommation d'alcool sont faibles, comme par exemple dans certaines parties de la Haute Ecosse et des îles écossaises, font toutefois exception. Même dans les foyers où l'on ne consomme pas d'alcool, les enfants sont sans aucun doute conscients, dans une certaine mesure, de l'existence et des effets de l'alcool. Les recherches menées pour évaluer la connaissance qu'ont les enfants de l'alcool et leur attitude à son égard indiquent que l'éducation dans ce domaine devrait commencer plus tôt que cela ne se pratique dans la plupart des pays (généralement à l'école secondaire) et que les parents devraient y participer (4). Les enfants ont tendance à sous -estimer les risques liés à la consommation d'alcool. Une éducation appropriée et ciblée par groupes d'âge peut aider à mieux armer les enfants pour l'époque où ils devront se déterminer par rapport à la consommation d'alcool. Le contenu de cet enseignement et ses méthodes devraient tenir compte des normes de 12 L'alcool et les jeunes consommation en vigueur et de l'expérience que vivent les enfants dans le contexte des attitudes et des convictions de leur famille. POURQUOI CERTAINS JEUNES BOIVENT Les jeunes boivent pour de nombreuses raisons, qui varient en fonction de circonstances personnelles et sociales. Au nombre des raisons les plus communément citées figurent le désir d'intégration ou la peur d'être différent, l'ennui, le goût agréable de l'alcool et l'im- pression de se sentir mieux ou plus sociable lorsqu'on boit. Cependant, beaucoup de jeunes n'arrivent pas à invoquer de raison spécifique, ce qui laisse supposer l'intervention de nombreuses influ- ences très probablement liées à un comportement social normatif. La plupart des jeunes boivent au sein de groupes d'amis, l'alcool faisant généralement partie de la socialisation. La musique, la danse, le sport, une célébration ou tout simplement une conversation déten- due sont souvent le but premier des rencontres, dont l'alcool constitue un ingrédient essentiel mais secondaire. Invariablement, les membres du groupe boivent pour des raisons différentes et recherchent éga- lement des effets différents, bien que l'une des raisons essentielles soit probablement l'idée que tout le monde boit. Chez ces buveurs, l'ivresse est rarement préméditée mais elle n'est pas rare. Certains jeunes, par contre, peuvent boire beaucoup et fréquem- ment dans le but de s'enivrer. La toxicomanie et d'autres compor- tements à risques sont davantage associés à cette manière de boire, que problèmes et stratégies personnelles négatives ne font que développer et entretenir. Si l'on établit une distinction entre consom- mation sociale et consommation excessive d'alcool, la première ne va cependant pas sans problèmes. De nombreux buveurs «sociaux» consomment beaucoup d'alcool en une fois et se soûlent régulière- ment, ce qui accroît d'autant les effets nocifs potentiels. Les facteurs sous - jacents qui déterminent le choix des jeunes de consommer de l'alcool sont nombreux et souvent liés. Leur impor- tance change à mesure que les jeunes approchent de l'âge adulte. La perception de ces facteurs, cependant, varie à l'intérieur de la Région et les différentes perspectives sont en grande partie fonction des 13 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac traditions et des pratiques de chaque pays. S'il n'existe pas de profil de risque universel pour les jeunes consommateurs d'alcool ou de drogues, les chercheurs citent de nombreux facteurs en fonction de leur perspective théorique. Au nombre des facteurs sociaux, démogra- phiques, psychologiques et relatifs au milieu social figurent notam- ment les suivants : 1. connaissance et expérience antérieure de l'alcool 2. autre attitude par rapport à la santé, liée au mode de vie 3. prédisposition personnelle ou psychologique (telle que stratégies personnelles ou recherche de sensations) 4. motivation pour la consommation ou l'abstinence 5. hédonisme 6. automédication 7. sexe 8. religion 9. degré de curiosité, d'aliénation et d'ennui 10. pression ou consommation des pairs 11. consommation et attitudes des parents 12. relations avec les parents 13. consommation des frères et soeurs 14. pression exercée ou image communiquée par les médias 15. situation socio -économique de la famille 16. fréquentation de discothèques et d'autres lieux publics de loisirs 17. argent de poche ou allocation 18. prix et disponibilité de l'alcool 19. perception des valeurs des pairs et des normes socioculturelles 20. autres facteurs historiques, culturels, politiques et économiques propres au pays ou à la région concernés. 14 L'alcool et les jeunes EFFETS NOCIFS D'UNE CONSOMMATION INAPPROPRIÉE D'ALCOOL CHEZ LES JEUNES Certains jeunes souffrent des conséquences de leur consommation d'alcool. Bien que la proportion d'adolescents qui se considèrent comme des buveurs ait probablement diminué, les données obtenues sur les degrés de consommation indiquent une augmentation globale. Même dans les régions où la consommation n'a pas augmenté, certains boivent immodérément et en subissent les effets nocifs. La plupart des jeunes de la Région boivent au moins de manière occa- sionnelle. La grande majorité d'entre eux se retrouvent en état d'ivresse et d'autres ressentent quelques effets mineurs à court terme. Une minorité des jeunes, cependant, sont de gros buveurs, ce qui augmente les risques d'atteintes plus graves et plus durables à la santé. L'étiologie de cette consommation reste incertaine (5). Même ceux qui ne sont pas de gros buveurs peuvent se nuire à eux -mêmes, ou nuire aux autres, par une consommation inappropriée d'alcool. Certaines données suggèrent que les gros buveurs sont plus suscep- tibles que d'autres adolescents de consommer des drogues illicites et d'adopter d'autres comportements à risques (comme les relations sexuelles sans protection et la conduite en état d'ébriété) même s'ils ne restent pas de gros buveurs (6). D'une manière générale, les buveurs sont plus enclins que d'autres à l'usage des produits du tabac. L'ivresse et une consommation forte et fréquente d'alcool sont associées à une proportion considérable d'accidents et d'infractions à l'ordre public. En dehors des symptômes physiques de l'ivresse, les conséquences sont souvent difficiles à mesurer. Même si une personne a beaucoup bu, il n'est pas toujours évident de savoir jusqu'à quel point l'alcool est responsable d'un problème donné. Les individus réagissent différemment à la même quantité d'alcool en fonction de facteurs tels que l'humeur, l'environnement physique et social, la durée de l'épisode de consommation et l'absorption anté- rieure de nourriture. Malgré tout, la forte consommation d'alcool et l'ivresse sont associées à de nombreuses attitudes délictuelles et anti- sociales de la part des jeunes. Pour résumer, les principaux types de problèmes liés à une consommation inappropriée d'alcool par les jeunes sont les suivants : 15 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac 1. symptômes de «gueule de bois» (tels que maux de tête, nausée, diarrhée, courtes pertes de mémoire altération temporaire de la lucidité); 2. baisse des résultats scolaires à moyen ou long terme; 3. disputes ou bagarres; 4. autres comportements violents, certains comportements délic- tueux ou atteintes à l'ordre public; 5. impulsivité; 6. attitudes inconvenantes; 7. accidents entraînant des blessures ou la mort; 8. changements d'humeur; 9. empoisonnements accidentels; 10. propension accrue à d'autres comportements potentiellement dangereux comme les relations sexuelles sans protection ou l'ex- périmentation de drogues; 11. problèmes familiaux et/ou sociaux liés à l'alcool. Certains gouvernements ont pris des mesures pour réduire les risques de problèmes en promulguant des lois qui restreignent la consommation d'alcool dans des régions associées à des infractions dues à l'ivresse. L'Ecosse, par exemple, connaît des restrictions sur le transport, la vente et la consommation d'alcool dans les manifes- tations sportives, en particulier les matches de football, ainsi que dans les trains et les bus qui transportent les spectateurs qui se rendent à ces manifestations. En outre, l'ivresse publique y a été décriminalisée dans une certaine mesure; des personnes qui, auparavant, auraient pu être inculpées pour atteintes à l'ordre public, sont maintenant dirigées sur des services de conseil ou de traitement spécialisés dans les pro- blèmes d'alcool. CONCLUSION Dans tous les groupes d'âge, la plupart des jeunes qui boivent n'absorbent que de faibles quantités d'alcool. Toutefois, une minorité 16 L'alcool et les jeunes importante boit de manière excessive et cette proportion semble aug- menter avec l'âge. Chez les jeunes, la vaste majorité des problèmes d'alcool ne sont pas liés à la dépendance alcoolique ni même à une forte consommation chronique mais aux effets secondaires nocifs d'une ivresse aiguë. On peut dire que les jeunes ne font que refléter la popularité et l'acceptabilité de l'alcool par l'ensemble de la société. Cependant, l'alcool peut causer des problèmes affectant la personne et la collectivité s'il est consommé de façon inappropriée. Du fait de sa popularité persistante, l'alcool continuera de séduire les enfants et les adolescents. Il faut donc donner la priorité à des politiques et une éducation qui encouragent des attitudes appropriées à cet égard. 17 2La drogue et les jeunes Les drogues, sous une forme ou une autre, ont, à travers l'histoire, fait partie de la plupart des cultures. Les gens ont depuis longtemps recours aux plantes ou aux boissons fermentées pour des raisons diverses : soulager la douleur, guérir les maladies, modifier les états de conscience, fuir des épreuves et des situations pénibles, et se divertir. Les coutumes religieuses et culturelles jouent un rôle essentiel dans l'acceptabilité et l'usage des drogues. Certaines drogues font partie intégrante de rites religieux; quelques cultures et religions, en revanche, en interdisent tout usage. La plupart des habitants de la Région européenne s'adonnent à une forme quelconque de consommation de drogue, ce qui est souvent légal et parfois très agréable. Les habitants de nombreux pays européens consomment dans une certaine mesure alcool, caféine et produits pharmaceutiques et la majeure partie d'entre eux ne subissent que peu ou pas du tout d'effets nocifs. Toutes les drogues, de par leur nature même, risquent malgré tout d'occasionner des dommages si elles font l'objet d'une consommation forte, chronique ou inappropriée. C'est pour cette raison que la plupart des drogues sont soumises à des contrôles de fabrication, de distribution et d'utilisation. Ces mesures de contrôle vont des emballages prétendus à l'épreuve des enfants de nombreux analgésiques en vente libre, à l'interdiction totale de drogues telles que la méthylènedioxymé - thamphétamine 3,4 (MDMA ou «Ectasy »), en passant par la vente de tranquillisants sur ordonnance uniquement. Dans beaucoup de pays, la vente d'alcool et de tabac aux enfants est interdite. Malgré les mesures prises par la plupart des pays de la Région pour contrôler la délivrance de drogues illicites et prescrites par 18 La drogue et les jeunes ordonnance médicale, certaines personnes cherchent à gagner de l'argent en vendant ces dernières de façon illégale. Le marché des drogues illicites et obtenues illicitement fait partie d'un ensemble complexe de changements intervenus à l'échelon international, qui touchent les structures agricoles, économiques et politiques de nom- breux pays en développement, et se manifestent dans la propagation du crime organisé ou le développement des voyages et des échanges commerciaux internationaux. L'accessibilité aux différentes sub- stances est variable, mais on en trouve facilement dans tous les pays, et particulièrement dans les zones urbaines, un grand nombre de potentiellement dangereuses. Même si l'usage de drogues illicites paraît n'occasionner que peu de dommages en comparaison d'autres problèmes de santé plus largement répandus tels que les cardiopathies et le cancer, il peut avoir un effet destructeur non seulement sur les consommateurs eux - mêmes mais aussi sur leurs familles et sur la société. Outre les dommages causés à la santé à court et à long terme, cet effet destructeur inclut des problèmes de comportement, de vie familiale et sociale, d'emploi et de scolarité. Les multiples attraits des drogues illicites, associés non seulement à la disponibilité relativement étendue de ces drogues mais aussi aux raisons qui font que les gens en consomment, laissent augurer que le problème de l'usage de la drogue ne se résoudra pas sans peine. LA CONSOMMATION DE DROGUES DANS L'ENSEMBLE DE LA POPULATION Par comparaison à des substances autorisées par la loi comme l'alcool et le tabac, les drogues illicites ne sont pas largement consommées. Cependant, la proportion de consommateurs s'est accrue au cours de la dernière décennie. Les données issues d'enquêtes menées sur l'ensemble de la population indiquent qu'au cours des années 80, la plupart des pays d'Europe occidentale enregistraient une prévalence de 5 à 10% (7). Les enquêtes effectuées depuis 1989 ont permis de constater que la prévalence de l'usage à vie du cannabis ou de la consommation de drogues illicites atteignait 6% (en 1992, chez les individus âgés de 15 à 74 ans en Finlande) et 22% (chez les plus de 16 ans de la population danoise en 1989 -1990). La plupart des pays 19 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac ont subi une augmentation assez importante de la prévalence de la consommation à vie depuis le début des années 80. En 1992, par exemple, 17% des personnes interrogées au Royaume -Uni avaient déjà consommé des drogues, contre 5% en 1981 (et ceci bien que l'enquête effectuée en 1992 ait couvert un groupe d'âge plus étendu). L'Espagne constitue une exception remarquable, avec une baisse régulière de la prévalence, qui est passée de 20% en 1980 à 12% en 1989. Ce phénomène serait en partie imputable à un changement opéré dans la méthodologie de la recherche. Un examen des enquêtes établissant une distinction entre les groupes d'âge révèle que la consommation des jeunes pourrait être à l'origine d'une bonne part de l'augmentation globale de la préva- lence. Cette dernière n'a pas subi de hausse chez les groupes plus âgés concernés par l'enquête. En Suisse, par exemple, une enquête effectuée en 1992 a révélé que les chiffres de prévalence de l'usage chronique étaient de 21% pour les personnes âgées de 17 à 30 ans et de 14% pour le groupe d'âge des 31 -45 ans. Dans ce pays, la consommation de drogues semble croître au sein des groupes les plus jeunes et régresser chez les groupes plus âgés. Ce phénomène se manifesterait aussi dans d'autres pays de la Région. LA CONSOMMATION DE DROGUES CHEZ LES JEUNES Les enquêtes portant sur la consommation de drogues chez les jeunes n'ont fourni que très peu d'informations pour une comparaison inter- nationale. L'enquête effectuée en 1995 par le groupe Pompidou sur l'usage de l'alcool, du tabac et d'autres drogues chez les adolescents de 26 pays, cependant, fera beaucoup pour combler cette lacune. Les enquêtes portant sur une consommation de drogues reconnue par les jeunes utilisateurs eux -mêmes sont assez récentes, bien que la Finlande, la République fédérale allemande, le Royaume -Uni, la Suède et quelques autres pays en effectuent depuis le début des années 70. De telles enquêtes couvrent souvent des tranches d'âge étendues, par exemple ces personnes âgées de 15 à 29 ans, et les détails des habitudes de consommation par âge risquent de devenir imprécis. Parce que la prévalence de l'usage de drogues est très peu élevée chez les jeunes Européens d'âge scolaire, il est difficile de donner une interprétation significative à tout changement intervenant 20 La drogue et les jeunes au fil du temps. Ainsi qu'il vient d'être mentionné, on peut attribuer l'évolution apparente de la prévalence à une évolution de la méthodologie de recherche. Il existe également d'autres problèmes. La collecte d'informations fiables sur l'utilisation d'une substance toxique quelle qu'elle soit est notoirement difficile, spécialement lorsqu'il s'agit d'enfants et d'adolescents. Les enquêtes portant sur les jeunes sont compliquées par une surnotification ou une notification. Il est avéré que la sous -notification constitue un problème important lorsqu'il s'agit d'interpréter les enquêtes sur la consommation d'alcool, qui est légale. L'interprétation des résultats des enquêtes portant sur l'usage de la drogue est très vraisemblablement encore plus aléatoire. L'interdiction ou la restriction de la consommation de nombreuses substances par les enfants signifient cependant que les enquêtes anonymes sont un des rares moyens de mesurer la consom- mation que font les jeunes d'une substance donnée. Malgré leurs points faibles, ces enquêtes indiquent l'ampleur approximative de la consommation de drogues par les jeunes, des habitudes de consommation et la disponibilité des drogues. Au nombre des autres indicateurs - indirects - des niveaux de consom- mation figurent notamment les statistiques de traitement de mortalité et de criminalité. Ces indicateurs, cependant, peuvent en apprendre davantage sur le fonctionnement et la politique des systèmes de santé et de justice que sur les taux de prévalence de la consommation de drogues. La plupart des consommateurs de drogues, quel que soit leur âge, ne sont pas signalés à l'attention des administrations. Bien que nous ne disposions pas encore de données transnatio- nales comparables sur la prévalence de l'usage de la drogue chez les jeunes d'âge scolaire, le premier rapport résumé européen sur la toxicomanie note une tendance indirectement liée à ce groupe d'âge (8). Entre les années 1985 et 1990, l'âge moyen des consommateurs de drogues (c'est -à -dire de ceux qui suivaient un traitement) a augmenté dans presque tous les pays ayant présenté un rapport. D'autres rapports, toutefois, révèlent que l'âge d'expérimentation est en train de baisser. Ceci impliquerait - bien que l'usage de la drogue commence plus tôt dans la vie - soit que les jeunes se limitent à une utilisation expérimentale ou occasionnelle, soit que leurs habitudes de consommation (type de drogue et mode de consommation) ne touchent pas encore le type de services de prise en charge existants. 21 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Au Royaume -Uni, en tout cas, les jeunes semblent sans aucun doute s'éloigner des opiacés pour se tourner vers les hallucinogènes et les stimulants. Le profil des services est en train de changer pour faire face aux nouveaux besoins d'un groupe naissant de jeunes consom- mateurs chroniques de substances non opiacées, tout en continuant à aider les consommateurs d'opiacés, qui sont plus âgés. Quel que soit l'âge des consommateurs ou le pays, les produits dérivés du cannabis sont de loin les drogues les plus couramment utilisées. La plupart des consommateurs de cannabis n'entrent jamais en contact avec les centres de traitement ou la police. De récentes informations en provenance de divers pays et concernant l'usage de drogues chez les jeunes donnent de la situation une image composite et peu concluante. Par exemple, si les enquêtes effectuées en Norvège signalent que le pourcentage de 15 -20 ans ayant déjà consommé de la drogue a légèrement baissé (passant de 3,1% en 1986 à 2,66% en 1993), on constate une faible augmentation de l'usage du cannabis. Les Pays -Bas indiquent que la prévalence de la consommation chronique de cannabis chez les jeunes âgés de 12 à 18 ans est passée de 5% à 13% entre 1984 et 1992. Au cours des deux dernières décennies, la Suède a connu une diminution régulière du nombre d'adolescents ayant déjà touché aux drogues illicites. Certains pays ont fait état de stabilité dans les pourcentages de jeunes consommateurs de drogues. De 1989 à 1992, le chiffre des 12- 18 ans s'est maintenu à 5% au Portugal. En République fédérale alle- mande, la proportion des 12 -25 ans s'est stabilisée à 17% au cours de la période 1986 -1989. Dans l'ancienne République démocratique allemande, en revanche, la prévalence de consommation chronique chez les personnes âgées de 12 à 29 ans a augmenté, passant de 1,1% en 1990 à 2,7% en 1992. Une enquête effectuée en 1993 -1994 a mis en évidence que le pourcentage concernant les 12 -17 ans était de 7% en Allemagne. Bien qu'il soit plus difficile d'obtenir des statistiques fiables sur la consommation occasionnelle que sur la consommation chronique, les données disponibles suggèrent que la proportion d'utilisateurs actuels constatée chez les jeunes s'est accrue au cours des dix der- nières années, tout en restant invariablement plus faible que celle des jeunes qui ont déjà touché à la drogue. Certaines études indiquent que 22 La drogue et les jeunes le chiffre des premiers représente, dans l'ensemble, de un sixième à un tiers du chiffre des seconds. Le pourcentage de consommateurs réguliers (qui consomment au moins une fois par mois) semble devenir plus important à mesure que les jeunes approchent de la fin de leur adolescence. La consommation de la plupart des drogues illicites commence plus tôt qu'au cours des décennies précédentes - généralement entre 13 et 17 ans - bien que des pays comme la Norvège aient constaté une élévation de l'âge de la première prise. Certains jeunes, cependant, commencent leur carrière de consomma- teurs beaucoup plus tôt. De nombreuses études ont démontré que peu de personnes touchent pour la première fois à la drogue après l'âge de 20 ans. Tous âges confondus, la majorité des gens ne consomment de drogues illicites ni à haute dose ni de façon continue. Dans l'ensemble, les adolescents paraissent ne différer que très peu des adultes en ce qui concerne leurs préférences en matière de drogues : 75 à 90% des consommateurs de la Région européenne consomment du cannabis tout seul, ou associé avec d'autres drogues. Deux différences majeures, pourtant, se manifestent dans la plupart des pays. La première est que les enfants et les jeunes adolescents de nombreux pays (tels l'Espagne, la Finlande, la France, la Norvège, Portugal, la Roumanie, et le Royaume -Uni) ont une prédilection pour les substances volatiles (inhalation) comme les solvants et les gaz. Cette préférence est surtout une question d'opportunité. Les sub- stances volatiles se trouvent facilement dans la plupart des foyers et elles sont disponibles à bas prix dans les magasins. Deuxièmement, l'utilisation d'hallucinogènes, et spécialement de stimulants, s'est rapidement accrue chez les adolescents les plus âgés et chez les jeunes adultes de maints pays européens. Dans certains pays, on ne considère pas les stimulants comme des drogues illicites, mais leur utilisation sans prescription médicale et à titre récréatif connaît une vogue croissante. Dans des pays comme la Belgique et la Grèce, on préfère aux drogues illicites des produits pharmaceutiques tels que les tranquillisants. Au nombre des drogues dont la popularité croît figurent les amphétamines, l'acide lysergique diéthylamide (LSD) et le MDMA. L'utilisation de cocaïne et d'héroïne chez les jeunes d'âge scolaire ne semble pas très répandue, bien que l'association de drogues diverses, auparavant l'apanage des consommateurs plus âgés, soit en hausse dans certaines régions. On associe pareille popularité, 23 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac du moins initialement, à une disponibilité accrue et à un coût moins élevé des drogues. La plupart des jeunes d'âge scolaire ne consomment pas de drogues illicites. Dans certaines régions et certains sous -groupes, cependant, la prévalence de la consommation de drogues est plus élevée, de même que le risque de comportements dangereux tels que l'injection de drogues et le partage de matériel. POURQUOI LES JEUNES SE DROGUENT Plusieurs facteurs contribuent à déterminer si une personne va toucher à la drogue et continuer d'en consommer. La nature complexe de la consommation de drogues a rendu difficile d'établir si l'expéri- mentation et les prises répétées d'une drogue ouvrent la voie à la consommation d'autres drogues plus dures. Bien qu'un certain nombre de personnes fassent un jour ou l'autre l'expérience d'une drogue telle que le cannabis ou le haschisch, très peu d'entre elles continuent d'en consommer et moins encore passent à d'autres drogues illégales. D'après ce que l'on sait sur la façon dont s'établit une carrière de toxicomanie, l'usage du tabac et une forte consomma- tion d'alcool sont associés à l'utilisation de drogues illicites (6). En outre, l'expérimentation de la drogue et sa pratique commencent généralement à l'adolescence. Les personnes qui continuent à user de la drogue sont souvent beaucoup plus susceptibles de consommer plusieurs sortes de drogues. Le tableau 1 présente les facteurs que l'on associe à l'usage de drogues. Il ne s'agit que de corrélations, le lien causal n'étant jusqu'ici pas encore identifié. On peut aussi associer une bonne partie de ces facteurs aux personnes qui ne consomment pas de drogues, tandis que très peu d'entre eux affecteraient certains toxicomanes. Trois des facteurs les plus fréquemment cités en relation avec l'expérimentation de la drogue sont la curiosité, l'accessibilité et la consommation par les pairs. L'accessibilité et le prix, ainsi que la consommation par les pairs ont été associés à un usage continu de la drogue. Une consommation dangereuse ou abondante semble être davantage liée à une détresse sociale et psychologique comme, par exemple, le chômage, la dislocation de la famille et autres événe- ments de la vie qui sont générateurs de stress. Au nombre des raisons 24 La drogue et les jeunes raisons fournies aux enquêteurs en ce qui concerne l'usage de la drogue chez les 15 -25 ans figurent (9) : faire comme ses amis oublier ses problèmes problèmes familiaux problèmes relationnels solitude échec scolaire ou professionnel avoir plus d'assurance être plus performant se faire des amis. EFFETS NOCIFS DE L'USAGE DE DROGUES Pour beaucoup de jeunes utilisateurs inexpérimentés, la consomma- tion de drogues illicites sans prescription médicale est une expérience très agréable. Qu'ils veuillent se sentir plus sociables, plus énergiques ou plus décontractés, ou qu'ils cherchent à s'insensibiliser face à des sensations et expériences déplaisantes, les jeunes considèrent l'usage de la drogue comme une alternative de plus en plus séduisante et accessible. Alors que certains jeunes sortent de la consommation de drogue en ne souffrant quasiment que d'un porte- monnaie plus léger, beaucoup d'autres subissent des conséquences plus graves. Les effets psychologiques immédiats de l'intoxication par la drogue sont multiples et dépendent de la drogue utilisée. L'usage du cannabis peut causer une perte de mémoire et une léthargie de courte durée; celui de amphétamines et du LSD des palpitations et une augmentation de la tension artérielle; le LSD provoque des halluci- nations; la consommation de sédatifs et de tranquillisants mineurs entraîne une altération de la coordination motrice, et celle de solvants, d'héroïne et autres opiacés provoque une diminution de la capacité respiratoire. Certains de ces effets directs peuvent accroître le risque d'accidents. Il arrive aussi exceptionnellement que la mort survienne après la première prise d'une drogue ou après l'absorption d'une dose normale d'héroïne, par exemple, ou de MDMA. 25 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Tableau 1. Facteurs associés à la consommation de drogue Facteurs individuels Facteurs liés à l'environnement Personnalité Stress Intelligence Prédisposition ä prendre des risques Prédisposition à l'autodestruction Attitude envers la toxicomanie Assurance, maîtrise de la vie Sexe Besoin de pouvoir Santé psychique Hédonisme Recherche de sensations Consommation d'autres substances toxiques Anxiété Age Evénements de la vie Curiosité Intention de se droguer Scepticisme envers la prévention Prédisposition biologique /génétique Statut socio- économique Contexte familial Religion Absentéisme Possibilités d'emploi Mesures juridiques Absence des parents Consommation par les parents et les frères et surs Pauvreté Pression /consommation par les pairs Possibilités d'éducation Disponibilité des drogues Anomie Facteurs historiques Indifférence des parents Délinquance Tradition Troubles éducationnels Prix de la drogue Isolement Permissivité des parents Autorité excessive ou insuffisante des parents Source : adaptation de Plant & Plant (6) Les conséquences à plus long terme sont extrêmement variables. Le type de drogue, le mode et la fréquence de consommation et, sui- vant la drogue, une prédisposition génétique aident à déterminer l'impact d'un usage continu de cette drogue. Une consommation fré- quente et prolongée de la majeure partie des drogues illicites fait 26 La drogue et les jeunes encourir à la santé physique et mentale un risque de dommages permanents. Il existe aussi un risque très réel de mort prématurée par accident, empoisonnement accidentel ou surdose, ou à cause d'impu- retés. Les personnes qui s'injectent des drogues comme l'héroïne, le sulfate d'amphétamine ou les sédatifs courent le risque d'avoir des abcès ou de développer une septicémie ou une gangrène et, si elles partagent leur seringue avec d'autres, le risque d'être infectées par le VIH ou de contracter une hépatite. Bien que la plupart des jeunes ne consomment pas les drogues de façon régulière ou prolongée, certains le font néanmoins. Un usage excessif peut nuire aux rapports familiaux et sociaux, ou à la réussite des études. Certains spécialistes pensent qu'il existe un lien entre l'absentéisme scolaire et la consommation de drogue. Il a été suggéré qu'une réduction de l'absentéisme pourrait, pour certains jeunes, diminuer le risque de drogue (Plant, M.A., communication person- nelle, 1994). Les jeunes consommateurs, quels que soient la fré- quence de leur consommation ou leur choix de drogues illicites, commettent un acte criminel. Le désir de drogue ou la dépendance peut, à son tour, susciter d'autres actes criminels tels que le vol, la vente de doses et la prostitution, dans le but de financer les achats de drogue. CONCLUSION La drogue fait peser une lourde charge financière sur la société si l'on considère des frais inhérents au système pénal, et à la prise en charge médicale et sociale des consommateurs de drogues illicites et de leurs familles. L'usage très répandu de la drogue dans de nombreux pays peut avoir des conséquences négatives pour des communautés entières. Bien que considérée initialement comme un problème urbain, la consommation de drogues illicites se répand rapidement dans les zones rurales. Dans certaines régions, le fait de consommer de la drogue passe pour un comportement normal. L'incapacité à réagir de façon adéquate aux facteurs qui entretiennent cette idée (à vrai dire, ce fait) fera payer un prix élevé aux consommateurs de drogues et à l'ensemble de la société. L'usage de la drogue s'accroît nettement dans les secteurs défavorisés et partout où il y a isolement 27 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac et avenir sans espoir. Quoi qu'il en soit, les jeunes sont tous des consommateurs de drogues potentiels. Tout porte à croire que la prévalence d'une consommation régulière de drogue chez les jeunes est globalement faible, bien que les niveaux d'expérimentation soient très différents suivant le pays, la substance et le groupe social. Si l'on se réfère aux données compa- rables dégageant des tendances, il semble que les pourcentages de jeunes Européens qui touchent à la drogue aient peu changé. Une éducation appropriée sur la drogue et un environnement social et physique favorable à l'adoption et au maintien d'un mode de vie salubre ne feront qu'accroître les chances qu'ont les jeunes d'au- jourd'hui de devenir des adultes sains et productifs. 28 3Le tabac et les jeunes L'usage du tabac n'est pas un phénomène récent. Les populations européennes fument ou chiquent du tabac depuis la découverte des Amériques à la fin du XVè siècle. Le tabac est vite devenu une sub- stance très recherchée et une culture commerciale extrêmement précieuse, son importance supplantant même, par moments, celle de l'or. Au milieu du XIXè siècle, les progrès des techniques de fabrication des cigarettes ont permis au tabac de devenir plus large- ment accessible et d'un prix plus abordable. Beaucoup de gens se sont mis à fumer, considérant qu'il était de bon ton de le faire. Les fabricants et les médecins eux -mêmes ont glorifié les vertus du tabac auprès d'un public réceptif. Il a été présenté non seulement comme un réducteur de stress mais aussi, incroyablement, comme un désin- fectant qui s'attaquait aux microbes par fumigation. Tout comme l'usage de l'alcool, l'usage du tabac s'est finalement frayé un chemin à travers toutes les classes socio- économiques, phénomène qui n'a changé que récemment. Au cours des premières décennies du XXè siècle, le tabagisme s'est brusquement accru dans la plupart des pays européens. Peut -être en raison de différences touchant les niveaux de perception et les politiques de contrôle du tabac en vigueur dans certains pays, la prévalence du tabagisme a chuté à divers degrés et à plusieurs reprises depuis les années 60. De nos jours, la proportion de fumeurs adultes reste relativement stable ou baisse très lentement dans de nombreux pays. Aucun pays n'est pour l'instant parvenu au but que s'est fixé le Plan d'action sur le tabac de l'OMS, à savoir 80% de non -fumeurs d'ici à l'année 1995. D'une façon générale, la préva- lence du tabagisme est légèrement plus basse chez les femmes que chez les hommes, et les hommes sont plus susceptibles que les femmes d'être classés parmi les grands fumeurs (10 cigarettes ou plus par jour) et les ex- fumeurs. 29 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Dans la plupart des pays industrialisés, on enregistre un rapport inverse entre le statut socio- économique et le tabagisme. Les études effectuées ont permis de dégager des différences très importantes entre les groupes fondés à la fois sur le nombre d'années d'études à plein temps et sur la classification professionnelle. Les personnes qui ont fait des études courtes (jusqu'à l'âge de 16 ans seulement) et/ou qui pratiquent une activité manuelle, semblent davantage susceptibles de fumer, et de fumer beaucoup, que les personnes qui ont bénéficié d'un enseignement plus poussé et/ou qui exercent une profession non manuelle. Ces différences peuvent partiellement s'expliquer par le fait que les restrictions sur le lieu de travail sont beaucoup moins nombreuses pour les non -professionnels, et par le phénomène de tabagisme social qui fait que les membres des professions libérales limitent peut -être leur consommation de tabac aux occasions mondaines (10). EFFETS NOCIFS DU TABAGISME Au cours des dernières décennies, on en est venu à considérer le tabac non plus comme un produit qui donne la santé mais comme un produit qui ôte la vie. On estime que plus d'un million d'habitants de la Région européenne meurent chaque année de maladies liées au tabagisme. Un peu moins de la moitié de ces décès survient chez des personnes âgées de moins de 65 ans. Le tabagisme est la principale cause des décès prématurés et évitables. Il a été dit (11) que : «le tabac est le seul produit de grande consommation qui peut vous tuer si vous l'utilisez exactement comme le souhaite le fabricant ». Le composant du tabac qui engendre une forte dépendance, la nicotine, augmente le risque de décès : une fois qu'on a commencé, il est souvent très difficile de cesser de fumer. On assimile la dépendance à la nicotine à la dépendance à l'héroïne et à la cocaïne. Le nombre impressionnant des maladies liées au tabac coupe littéralement le souffle : cancer du poumon, cardiopathies, emphy- sème, bronchite chronique, aussi bien qu'ulcère de l'estomac ou hémorragie cérébrale. Les personnes qui fument le tabac courent le risque d'endommager gravement leur santé, mais celles qui le chiquent risquent, elles, de développer des maladies cardio- vasculaires et un cancer de la cavité buccale. La consommation de 30 Le tabac et les jeunes tabac, y compris le tabagisme passif, peut expliquer jusqu'à 20% des décès de certains pays. Il est difficile de déterminer un chiffre exact, mais le taux de mortalité due au tabac dans certains pays est si élevé qu'il éclipse complètement le nombre des décès imputables à d'autres facteurs extérieurs tels que l'alcool, le suicide et les accidents de la route. Le British Royal College of Physicians a fait ressortir clai- rement la véritable ampleur du problème de la consommation de tabac en établissant que, sur 1000 jeunes qui fument des cigarettes, en Angleterre et au pays de Galles, on peut estimer en moyenne que l'un d'eux sera assassiné, que six seront tués sur la route, et que 250 mourront prématurément des effets du tabagisme (12). Des avertissements sur les dangers du tabagisme sont publiés depuis le milieu des années 50. En 1971, le British Royal College of Physicians a adopté une position sans équivoque contre le tabac (13) : Les souffrances et le raccourcissement de la vie résultant du tabagisme sont devenus de plus en plus évidents à mesure que les données s'accu- mulent. L'usage de la cigarette est, de nos jours, une cause de mortalité aussi importante que l'étaient les grandes maladies épidémiques comme la typhoïde, le choléra et la tuberculose qui ont affecté les générations antérieures de ce pays. Une fois que leurs causes avaient été établies, on parvenait progressivement à maîtriser ces maladies... Mais en dépit de toute la publicité qui est faite sur les dangers de la cigarette, les fumeurs semblent peu disposés à accepter les faits et bon nombre de ceux qui les reconnaissent ne veulent pas ou ne peuvent pas agir sur eux. En 1975, le comité d'experts sur le tabagisme et ses effets sur la santé de l'OMS a fait un rapport tout aussi accablant, concluant que (14) : Les preuves que le tabagisme augmente considérablement l'incidence du cancer du poumon sont maintenant irréfutables. Il est par conséquent possible de prévoir que, si l'on cessait de fumer des cigarettes ou si l'on produisait des cigarettes n'induisant pas de risque de cancer, l'épidémie universelle d'une maladie qui tue actuellement des centaines de milliers de fumeurs par an serait enrayée... L'usage du tabac est également nocif pour les non -fumeurs. Depuis les années 70, de nombreuses études ont permis de conclure que le tabagisme passif est associé à un risque accru de cancer du 31 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac poumon chez les non- fumeurs. Ce risque se situerait dans une four- chette de 10 à 30 %. Pour s'attaquer à ce problème et aux risques qui s'y rattachent, de nombreuses politiques, maintenant, interdisent de fumer - ou restreignent la liberté de fumer - dans des secteurs déter- minés des lieux de travail et des lieux publics. Malheureusement, bien que la fumée de tabac ait un effet nocif sur les foetus et les enfants en bas âge, ceux -ci sont assez peu protégés par les politiques publiques. Les données disponibles prouvent que le fait de fumer, pour les femmes enceintes, est associé à de multiples complications qui englobent les grossesses ectopiques, les anomalies placentaires, les saignements pendant la grossesse et l'insuffisance pondérale des nouveau -nés. En outre, les femmes qui fument 20 cigarettes ou plus par jour accroissent le risque d'avortement spontané. Le syndrome de la mort subite du nourrisson risque davantage de se produire chez les bébés dont les mères ont fumé pendant la grossesse et après les avoir mis au monde. Les effets nocifs continuent après la première enfance. Les enfants dont les parents fument présentent des taux plus élevés de pneumonie, de bronchite et autres affections des voies respiratoires, de même que des infections chroniques de l'oreille moyenne. Ces enfants manquent donc davan -tage de jours d'école que leurs pairs issus de familles non -fumeuses. Finalement, le fait de fumer pendant la grossesse risque d'affecter le développement physique et mental des enfants. Chez les adultes, les maladies imputables au tabagisme contri- buent à une mauvaise santé persistante, à l'absentéisme au travail et à la baisse de productivité. Bien que le tabac ne soit pas, comme l'alcool et les drogues illicites, associé à un comportement criminel ou à tout autre comportement antisocial, il détériore manifestement la santé des fumeurs et celle des autres. Comme l'avait prévu en 1975 le comité d'experts de l'OMS, les pays où la consommation de tabac a baissé ont connu, quelque temps plus tard, une diminution très nette des cas de mauvaise santé associée à l'usage du tabac. La combi- naison d'une prise de conscience accrue du public par rapport aux méfaits du tabac, d'une politique publique saine et de normes sociales en pleine évolution quant à l'acceptabilité du tabagisme expliquerait en grande partie le déclin de l'usage du tabac. 32 Le tabac et les jeunes DÉTERMINANTS DU TABAGISME Le faible succès de l'éducation préventive sur le tabagisme se révèle dans le fait que, malgré leur conscience des risques mortels encourus, beaucoup de jeunes se mettent à fumer. Comme cela se passe pour d'autres substances, l'habitude de fumer s'acquiert en principe souvent au cours de l'adolescence. Le tabagisme est un phénomène relativement visible; il n'est pas rare, du moins dans les zones urbaines, de voir des bandes d'adolescents qui traînent dans les rues en tirant des bouffées de leurs cigarettes. Néanmoins, le processus d'acquisition d'une habitude tabagique n'est pas encore pleinement compris. Pour une forte minorité d'adolescents, connaissances et attitudes ne semblent pas avoir beaucoup de rapport avec un compor- tement tabagique. Il est communément admis que divers facteurs psychologiques et sociaux contribuent au déclenchement du tabagisme. Ceux -ci comprennent des facteurs démographiques (tels que le statut socio- économique), l'environnement social (la famille et les pairs), la personnalité, des facteurs psychosociaux (tels que l'image de soi et le d'anxiété) facteurs Ces facteurs s'entremêlent et influent les uns sur les autres. Par exemple, le statut socio- économique agit sur l'environnement social. Les examens du comportement tabagique de l'enfant et de l'ado- lescent ont invariablement démontré que le début du tabagisme intervient par étapes successives : la phase de préparation et d'antici- pation, la phase d'initiation, la phase expérimentale et enfin le taba- gisme chronique (16). L'influence relative des facteurs susmentionnés semble varier en fonction du stade auquel en est parvenu le fumeur, bien que le rapport soit loin d'être évident. Les influences familiales et socio- économiques sont, chez les jeunes, de toute première importance au stade de la préparation et de l'anticipation, au moment où se forgent leurs convictions, leurs valeurs et leurs attitudes. L'attitude à l'égard du tabac, cependant, n'annonce pas toujours une intention de fumer ou un passage à l'acte. Beaucoup de jeunes, y compris des fumeurs, ont une attitude très négative vis -à -vis de la cigarette. 33 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac L'usage de la cigarette par des pairs semble peser considérable- ment sur les phases d'initiation et d'expérimentation, le tabagisme de la famille et son attitude ayant une moindre influence. On accorde peut -être trop de poids, cependant, à la pression exercée par les pairs. Il apparaît manifestement que les enfants et les adolescents sont enclins à se lier d'amitié avec ceux qui leur ressemblent le plus, la sélection se fondant en grande partie sur la personnalité et le statut socio- économique. Ceci signifie que le choix d'un comportement découlerait davantage d'une communauté d'intentions que d'une pression indue des pairs. A côté d'influences telles que la persuasion, la pression et l'encouragement, des influences plus discrètes telles que l'exemple auraient un impact plus important (17). Quoi qu'il en soit, des facteurs psychosociaux plus personnels induisent en grande partie la poursuite de l'expérimentation. Les effets pharmacologiques du tabac - dépendance à la nicotine - influent fortement sur le déve- loppement d'un tabagisme chronique. Ceci peut se produire très tôt dans le parcours d'un fumeur, parfois en moins de deux ans. Bon nombre de jeunes fumeurs sont poussés par des mobiles d'ordre social, psychologique et pharmacologique. que, au -delà de la phase de préparation et d'anticipation, «les influences relatives de l'environ- nement social, des facteurs inhérents à la personne et des réactions physiologiques pourraient être subordonnées à la fonction du taba- gisme pour l'individu». La recherche effectuée sur les diverses fonctions du tabagisme chez les adolescents pose comme postulat trois grands types de consommateurs : les moutons, les régulateurs d'affect et les existentialistes (qui s'autodéterminent). Exprimé plus simplement, le mouton utilise son environnement social comme déclencheur pour fumer; le régulateur d'affect, lui, fume stratégique- ment, pour s'aider à garder le contrôle de ses émotions; quant à l'existentialiste, il fume principalement par rébellion. Il ne faudrait cependant pas penser que ces interprétations soient immuables. Un adolescent peut présenter les caractéristiques de chacune des trois catégories à des degrés variables, en fonction de la situation et de la phase d'évolution. D'une façon générale, l'environnement social est le facteur le plus important du déclenchement du tabagisme. Les planificateurs de la politique et de l'éducation préventives doivent donc prendre en 34 Le tabac et les jeunes considération les éléments qui composent cette catégorie d'influence. On associe à un accroissement du risque d'initiation tabagique chez les jeunes d'âge scolaire le tabagisme des parents, des frères et soeurs, des pairs et des étudiants plus âgés. Le tableau 2 énumère d'autres éléments ou facteurs importants susceptibles d'encourager le tabagisme, et les références y relatives. Une étude effectuée sur les personnes âgées de 11 à 15 ans des douze pays de la Communauté européenne a révélé que les facteurs influant sur les changements de comportement des jeunes face au tabac incluent le tabagisme du meilleur ami, la fréquence de la consommation d'alcool, l'attitude permissive des parents à l'égard du tabac, les sorties dans les discothèques, la quantité d'argent de poche et le statut de fumeur des parents (25). L'étude n'a pas constaté que l'enseignement donné à l'école sur les méfaits du tabac ait une influence significative. Le rapport entre les diverses influences internes et externes qui poussent les jeunes à fumer est complexe et parfois contesté. Abstrac- tion faite de l'aspect étiologique, cependant, il faut admettre que les jeunes ne forment pas un groupe homogène. Les expériences de vie et les besoins très personnels des adolescents façonnent leurs intentions et leurs actions. Tout ceci évolue à mesure que les adolescents prennent de l'âge. L'élaboration et la mise en uvre de programmes préventifs nécessitent la prise en considération des influences diverses qui incitent les jeunes à fumer, tout en reconnaissant que l'éducation ne peut avoir qu'un impact limité. En poussant une politique publique saine aux niveaux local et national (comme, par exemple, des augmentations de prix des cigarettes relatives à l'inflation, des contrôles sur la publicité et la promotion, des restrictions sur la liberté de fumer au travail et dans les lieux publics) on peut contribuer à renforcer les efforts déployés dans le domaine de l'éducation. De telles mesures dissuasives contrecarrent quelques -unes des influences extérieures connues qui s'exercent sur les jeunes. Il faudrait poursuivre les recherches sur les facteurs qui précipitent le tabagisme et sur les mécanismes qui contribuent à des changements dans l'évolution du fumeur, et en diffuser largement les résultats. 35 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Tableau 2. Facteurs associés au déclenchement du tabagisme Facteurs Référence Etre de sexe féminin 19 Vivre avec un parent seul 19 Ne pas vouloir poursuivre ses études à plein temps après l'âge de la scolarité obligatoire 19 Avoir des vues moins négatives vis -à -vis du tabagisme 19 Se sentir éloigné de l'école et des valeurs qu'elle représente 20, 21 Avoir déjà été ivre 22, 23 Avoir un petit ami ou une petite amie 22, 23 Avoir un ami intime qui fumea 24 Connaître au moins une marque de cigarettesa 24 Avoir une marque de cigarettes préférées 24 Ne connaître ou n'accepter aucun des risques pour la santéa 24 Avoir au moins un parent fumeurb 24 Avoir des convictions positives vis -à -vis du tabac, croire, par exemple, qu'il fait paraître adulte ou qu'il calme les nerfsb 24 a Plus fréquent chez les garçons. b Plus fréquent chez les filles. PREVALENCE DU TABAGISME La plupart des jeunes Européens ne fument pas, bien qu'ils aient essayé la cigarette au moins une fois avant l'âge de 15 ans (1). En tenant compte des différents critères méthodologiques, plusieurs études ont fait ressortir que très peu de jeunes d'âge scolaire fumaient de façon régulière. Par exemple, l'étude effectuée sur les jeunes de la Communauté européenne a révélé que la prévalence des fumeurs réguliers ou courants (une fois par semaine) était de 5% (25). La pré - valence variait considérablement. Celle du tabagisme chronique allait de 3% en Grèce et en Italie à 6% en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en France et aux Pays -Bas. Pour tous les pays, la prévalence 36 Le tabac et les jeunes du tabagisme augmentait fortement avec l'âge. Celle de l'usage régulier de tabac chez les jeunes de 11 à 12 ans se situait entre 0% et 2 %. Pour les jeunes de 13 à 15 ans, elle s'échelonnait entre 2% chez les jeunes filles italiennes et 12% chez les garçons allemands. Les garçons faisaient plus souvent état d'une consommation régulière, bien que les filles eussent un taux de tabagisme plus élevé au Danemark, en Irlande et au Royaume -Uni (Grande- Bretagne). En Espagne et aux Pays -Bas, la prévalence ne présentait aucune différence importante selon le sexe (25). L'enquête HBSC de l'OMS a utilisé une interprétation beaucoup plus large de l'usage courant du tabac, englobant les consommations quotidienne, hebdomadaire et occasionnelle (moins d'une fois par semaine) (1). Il en est résulté que les taux d'usage courant de tabac enregistrés étaient plus élevés. La prévalence va de 3% à 10% chez les garçons de 11 ans d'Autriche et de Pologne respectivement, et de 1% à 5% chez les filles d'Autriche et du pays de Galles respecti- vement. A l'âge de 15 ans, la prévalence évolue entre 19% au pays de Galles et 39% en Hongrie pour les garçons, et entre 16% en Pologne et 39% en Finlande chez les filles. Les fumeurs occasionnels recensés par l'enquête HBSC semblent donc compter pour une part non négligeable de la catégorie des fumeurs courants de l'enquête effectuée au sein de la Communauté européenne. Une étude compa- rative de la prévalence de la consommation quotidienne chez les personnes âgées de 15 à 16 ans dans certains pays au cours des période 1985/1986 et 1989/1990 ne révèle pas de changements signi- ficatifs d'un point de vue statistique (26). Des rapports en provenance de divers pays font état de conclu- sions aussi diverses que les méthodes employées. Sans perdre de vue les énormes difficultés que représentent les comparaisons internatio- nales, on trouvera certains éléments cohérents dans le petit échan- tillonnage d'études examiné : 1. le pourcentage approximatif des non- fumeurs de moins de 16 ans, y compris les ex- fumeurs, est de 60% à 70 %; 2. les filles ont davantage tendance que les garçons à se considérer comme faisant partie des fumeurs; 3. là où l'on constate un déclin du tabagisme, ce sont les groupes socio- économiques les plus élevés qui abandonnent les premiers 37 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac le tabac, et la diminution est généralement plus marquée chez les garçons; 4. la prévalence du tabagisme chronique et la consommation quoti- dienne de cigarettes augmentent avec l'âge; 5. on peut associer, d'une façon générale, l'usage courant du tabac et la vie en zone urbaine; 6. l'âge où un jeune commence à fumer se situe en général entre 11 et 16 ans, bien que certains enfants commencent à fumer dès l'âge de 9 ans dans certaines régions; et 7. l'usage du tabac sans fumée (par voie orale, en chiquant) s'est accru chez les garçons en Norvège et en Suède. MÉFAITS DU TABAC CHEZ LES JEUNES La prévalence d'une mauvaise santé associée à l'usage du tabac est plus importante chez les personnes d'âge moyen et les personnes âgées. Bien qu'un certain nombre de jeunes succombent par suite de maladies liées à l'usage du tabac, la grande majorité des décès prématurés que l'on associe au tabac sont la conséquence d'une longue carrière tabagique sans interruption. Pour de nombreux fumeurs, l'habitude commence à l'adolescence ou même pendant l'enfance, et s'enracine profondément avant le début de l'âge adulte. Certains jeunes fumeurs présenteront malgré tout quelques -unes des pathologies liées à l'usage du tabac. Par exemple, les jeunes fumeurs risqueront davantage d'avoir des bronchites et autres affections des voies respiratoires, toux, rhumes et essoufflement, que leurs pairs non- fumeurs (27). Ils manqueront probablement aussi plus souvent l'école, et ils courront un risque accru de consommer des drogues illicites et de devenir de gros buveurs. Bien que les effets nocifs du tabagisme soient assez bien connus, la connaissance qu'ils en ont ne suffit apparemment pas à dissuader les enfants et les adolescents de commencer à fumer. Les conséquences du tabagisme paraissent très lointaines aux jeunes. Les avantages immédiats qu'ils perçoivent, cachet social, rébellion et autres, semblent chez eux occulter le spectre d'une maladie future possible ou de la mort. Comme cela a déjà été mentionné, les effets 38 Le tabac et les jeunes pharmacologiques de la nicotine influencent très fortement la pour- suite de la consommation. Bien que les effets positifs de l'usage continu du tabac ne soient pas clairs, le désir d'éviter le désagrément du manque de nicotine est peut -être «plus important que n'importe quel effet positif» (28). CONCLUSION Malgré les signes manifestes d'un déclin général du tabagisme et d'une augmentation de la proportion des ex- fumeurs, les jeunes, principalement les filles, continuent à s'adonner à cette pratique en dépit d'une sensibilisation accrue du public aux risques qu'elle repré- sente pour la santé. Bien que la plupart des jeunes ne fument pas, on a enregistré peu de signes d'une diminution du nombre de ceux qui essaient une fois ou l'autre. Les pays européens diffèrent considéra- blement pour ce qui est de la prévalence de l'usage quotidien du tabac chez les jeunes. La relation entre les déterminants du tabagisme et sa chronicité n'est pas très nette, mais l'environnement social semble exercer une influence particulière. Le fait que les maladies liées au tabac ne se développent qu'à long terme semble faire obstacle au but recherché, qui est de décourager les jeunes de se mettre à fumer. Outre l'action de prévention entreprise dans les écoles et par le biais de campagnes ciblant les jeunes, il faut envisager des initiatives visant l'usage du tabac chez les adultes. La consommation parentale étant un facteur déterminant de l'expérimentation des enfants, des mesures destinées à diminuer le tabagisme parental permettraient peut -être aux jeunes de grandir dans des foyers et un environnement excluant le tabac. Au nombre des mesures destinées à la fois aux jeunes et aux adultes figurent une éducation aussi bien générale que ciblée, un soutien pour la désintoxication, une augmentation de la taxation et une multipli- cation des zones «non -fumeurs». Parce que l'usage du tabac chez les jeunes est avant tout une question d'occasion, la disponibilité des cigarettes et autres produits du tabac devrait être restreinte. En même temps que les restrictions imposées en matière de publicité et de pro- motion, de telles mesures ont été associées, dans certains pays, à des réductions de l'usage du tabac par les jeunes. 39 4L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé On a recouru à différentes méthodes pour prévenir la consommation de substances toxiques. Les mesures destinées aux jeunes vont de programmes d'incitation et d'éducation visant à influencer les atti- tudes et comportements, à des actions visant à modifier les environne- ments favorisant l'usage de drogues. On a, par exemple, institué des restrictions sur la vente des spiritueux et des produits du tabac et mis en place une politique de contrôle des prix sur ces produits. Bien que les données soient de plus en plus nombreuses à confirmer l'efficacité de l'approche basée sur le milieu, il ne faut pas sous -estimer la valeur du travail de prévention effectué au niveau scolaire. Beaucoup recon- naissent, cependant, qu'une éducation efficace en matière d'usage de substances toxiques ne peut être dissociée d'efforts plus larges et de promotion de la santé. La Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé (29) définit la promotion de la santé comme «le processus qui confère aux popu- lations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé, et d'améliorer celle -ci» et l'associe à cinq stratégies : élaborer des politiques publiques axées sur la santé; créer des environnements favorables; renforcer l'action de la collectivité; développer les capacités individuelles; 40 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé réorienter les services de santé vers la promotion de la santé et la prévention des maladies. On peut utiliser n'importe laquelle de toutes ces approches comme structure permettant de promouvoir non seulement la santé générale des élèves et des membres de la collectivité, mais aussi des valeurs et des attitudes compatibles avec des décisions responsables en matière d'usage de substances toxiques. L'ÉCOLE AU SERVICE DE LA SANTÉ Les enfants n'apprennent pas seulement en classe mais aussi au tra- vers de l'expérience quotidienne et de l'interaction établie avec leur entourage. Pour cette raison, on accorde de plus en plus d'importance à la nécessité de renforcer et d'appuyer à l'extérieur de l'école les messages et l'information qui sont reçus et mis en pratique au sein des établissements scolaires. Il est certain que l'on verra se poser un problème de crédibilité lorsque des enfants recevant une éducation préventive antitabac sentiront une odeur de fumée de cigarettes se dégager de la salle des professeurs ou verront leurs parents fumer à la maison. On risque de perturber les jeunes, voire de les mettre en colère, si on leur fait parvenir des messages prônant une consom- mation responsable de l'alcool et des autres substances alors qu'ils auront peu de bons exemples sous les yeux. La reconnaissance de la dichotomie potentielle entre les mes- sages en faveur de la santé diffusés en classe et les exemples plutôt malsains que les jeunes voient en dehors de la classe a donné nais- sance au concept de l'école au service de la santé. L'objectif global de l'école au service de la santé est de parvenir à (30) : un mode de vie sain pour l'ensemble de la population scolaire, en créant des environnements propices à la promotion de la santé. Le concept offre la possibilité d'obtenir un environnement social et physique sûr et favorable à la santé, et il exige un engagement en ce sens. La collaboration entre l'OMS, la Commission des communautés européennes (CCE), le Conseil de l'Europe (CE) et d'autres orga- nisations internationales a abouti à la création d'un réseau d'écoles au 41 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac service de la santé dans les pays européens participants. Ce réseau fournit un système permettant la diffusion d'exemples de bonne conduite. Le réseau agit à plusieurs niveaux, et implique gestion et coordination aussi bien dans les écoles qu'au sein des pays et entre les pays. Un centre de soutien du projet fournit des lignes directrices, coordination, formation et information aux écoles participantes de chaque pays. En juin 1995, le réseau couvrait 33 pays (Albanie, Allemagne, Autriche, Belgique - régions flamande et wallonne -, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Ex -Répu- blique yougoslave de Macédoine, Fédération de Russie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays -Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume -Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse et Ukraine), et l'on s'attend à ce que cinq autres se joignent à eux (Islande, Israël, Italie, Saint -Marin et Turquie). Le succès de cette initiative et la réalisation de son objectif, qui est de voir des enfants en bonne santé, capables et responsables, dépendent du «soutien total et durable des dirigeants à tous les niveaux des services d'éducation, de santé et de développement socio- économique» (30). L'OMS, la CCE et le CE ont identifié certaines caractéristiques auxquelles devraient aspirer les écoles participantes. Elles corres- pondent à des conditions idéales, indiquant simplement «l'éventail des possibilités de promotion de la santé dans une école au service de la santé» (31). L'école au service de la santé devrait (30) : fournir un environnement favorable à la santé pour travailler et apprendre, par le biais de ses bâtiments, de ses zones récréatives, de ses restaurants scolaires, de ses mesures de sécurité, etc.; développer la responsabilité individuelle, familiale et commu- nautaire en matière de santé; encourager un mode de vie sain et présenter aux écoliers et au personnel enseignant un éventail de choix réaliste et attrayant dans ce domaine; permettre à tous les élèves de réaliser leur potentiel physique, psychique et social et favoriser leur respect d'eux- mêmes; 42 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé présenter des objectifs clairs en faveur de la promotion de la santé et de la sécurité pour l'ensemble de la communauté scolaire (écoliers et adultes); favoriser de bonnes relations entre enseignants et élèves ainsi qu'entre élèves et renforcer les liens entre l'école, la maison et la collectivité; utiliser les ressources disponibles au sein de la collectivité afin de soutenir les mesures en faveur de promotion de la santé; prévoir un programme d'éducation sanitaire cohérent, avec des méthodes pédagogiques impliquant une participation active des élèves; munir les élèves des connaissances et des aptitudes qui leur seront nécessaires, à la fois pour prendre de bonnes décisions au sujet de leur santé personnelle, pour conserver un environnement sûr et salubre et pour améliorer cet environnement, et envisager les services de santé scolaires dans une perspective large, en tant que ressource pédagogique capable d'aider les élèves à devenir des consommateurs avertis de soins de santé. L'école au service de la santé suit trois principaux fils conduc- teurs : le programme d'éducation sanitaire, le programme d'éducation caché et les services de santé et de soins. Chacun d'eux joue un rôle important dans l'éducation sanitaire. Le programme d'éducation sanitaire L'éducation sanitaire peut apparaître sous des aspects différents dans le programme : en tant qu'élément distinct de ce programme, avec un nombre d'heures défini, en tant qu'élément essentiel intégré à d'autres matières du programme, ou lorsque les enseignants saisissent les occasions qui se présentent (32). L'éducation visant à prévenir l'usage de substances toxiques peut s'adapter à chacune de ces approches, mais l'idéal serait qu'elle se situe dans le contexte d'autres sujets importants pour les élèves. De plus en plus, le matériel pédagogique est conçu pour servir non seulement à l'éducation sanitaire, mais aussi à d'autres matières et lorsque la nécessité se fait sentir. Nul besoin, cependant, de 43 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac recourir à des étagères pleines de matériel. Il existe de nombreuses façons d'éduquer les élèves sur l'usage de substances toxiques et de leur donner les moyens pour le présent et le reste de leur vie. Par exemple, les matières créatives et esthétiques peuvent servir de cadre à l'improvisation d'un jeu de rôle où des drogues sont proposées, ou servir à inventer des recettes de boissons non alcoolisées et à préparer une campagne publicitaire en faveur de la boisson que les élèves et les professeurs auront élue comme étant celle qui aura le plus de chances de plaire aux amateurs d'alcool. La question peut être abordée dans les pages du journal local; on peut également la soulever en réponse à des informations erronées circulant dans la cour de l'école. Certaines régions peuvent mener une campagne de sensibili- sation - sur une consommation d'alcool raisonnable, par exemple - campagne à laquelle pourra s'associer le service scolaire d'éducation sanitaire. S'associer à des efforts de promotion de la santé plus vastes et les soutenir est une bonne façon non seulement de renforcer le message, mais aussi d'optimaliser l'utilisation de ressources limitées. Les occasions d'intégrer l'éducation sanitaire dans la plupart des branches du programme d'études normal seraient infinies, elles sont simplement limitées par l'imagination des professeurs et des élèves. Il convient cependant de ne pas oublier que l'éducation conventionnelle n'est que l'une des multiples sources d'influence qui agissent sur l'attitude des jeunes à l'égard de l'alcool et d'autres substances, et sur leur consommation. Il faut actualiser les connaissances et les méthodes du corps enseignant si l'on veut refléter les changements intervenus dans la compréhension de l'étiologie et de l'épidémiologie de l'usage des substances toxiques, de même que dans la compréhension des problèmes et des approches préventives. Les organismes extérieurs peuvent jouer un rôle inestimable dans ce processus. Le programme d'éducation caché Le programme d'éducation caché a été défini comme étant (33) : l'ensemble de l'éthique créée par l'atmosphère de l'école, son code de discipline, ses normes de comportement, l'attitude adoptée par l'équipe enseignante à l'égard des élèves, et les valeurs implicitement soutenues par son mode de fonctionnement. 44 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé Ce point de vue reconnaît que les interactions existant entre enseignants et élèves et au sein des deux groupes ont une influence puissante (32) : Les normes, les attitudes, les valeurs et les comportements ont un effet profond sur le développement social des élèves. L'école doit le reconnaître. Les élèves n'observent pas seulement si le comportement des enseignants est en harmonie avec ce qui est attendu d'eux, élèves, ils sont sensibles aussi à la courtoisie des professeurs à leur égard, à l'intérêt que ceux -ci leur manifestent, à leur esprit de tolérance, de même qu'à l'aspect physique de l'établissement scolaire et à la qualité de la nourriture servie à la cantine. Tous ces facteurs entrent en jeu dans le développement du respect de soi. L'école doit tout faire pour montrer qu'elle s'intéresse à tous ses élèves et pour créer des occasions - dans les programmes officiels et informels - susceptibles de favoriser chez les élèves des attitudes humaines et responsables. A cette fin, les professeurs devraient encourager les élèves à améliorer leurs aptitudes sociales et à assumer la responsabilité de leurs actes et de leurs décisions. Les élèves peuvent mettre ces aptitudes en pratique dans la classe en assumant la responsabilité d'une partie de leur propre instruction - notamment en fixant leurs objectifs personnels - et en ayant une interaction avec les adultes qui visitent l'école et avec les groupes communautaires qui utilisent les locaux scolaires, comme, par exemple, les groupes de mères et de bébés et les personnes âgées. De plus, les faire participer au service communautaire est aussi une façon de développer chez les jeunes une conscience de leur propre valeur et de leurs responsabilités. Ces traits de caractère personnels ont été associés au refus de l'usage de substances toxiques et autres comportements préjudiciables à la santé. Les adolescents sont souvent en quête d'expériences nouvelles et prennent des risques. Pour certains jeunes, expérimenter l'alcool, le tabac et autres substances est associé à «grandir ». L'école peut fournir aux jeunes un exutoire positif pour leur besoin d'expériences stimu- lantes en leur proposant un choix d'activités agréables allant de la peinture, de la musique et du théâtre aux échanges culturels, aux voyages d'étude et à l'escalade. La recherche de sensations fortes, 45 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac cependant, n'est que l'une des nombreuses raisons qui poussent les jeunes à boire de l'alcool et à consommer des drogues. Bien que l'on ne puisse attendre des écoles qu'elles préviennent tout usage de substances toxiques par les jeunes, elles peuvent adopter et mettre en oeuvre des politiques fermes qui refléteront clairement leur position sur la consommation de drogues dans l'enceinte de l'éta- blissement. Les écoles doivent adopter une politique équivalente en ce qui concerne le corps enseignant. Un exposé positif de l'éthique de l'école, insistant sur l'importance de la communauté scolaire et des rapports entre enseignants et élèves, devra accompagner l'énumé- ration indispensable des comportements interdits. De nombreuses écoles ont jugé cette combinaison utile. Outre le soin qu'elle prend de la santé et du bien -être des élèves, l'école au service de la santé s'emploie également à promouvoir la santé des enseignants. Il incombe aux enseignants des établissements de créer, dans la mesure de leurs moyens, des conditions physiques et psychologiques qui permette aux enseignants de bien remplir leur mission. Un système de soutien bien structuré devrait être à la disposition de tous les enseignants de l'école (voir chapitre 6). Les services de santé et de soins Les services de santé et de soins rattachés à l'école sont importants. Ils peuvent non seulement fournir des services de dépistage et d' immunisation indispensables, mais également appuyer le pro- gramme de l'école en faveur de la santé. Les connaissances spécia- lisées et les compétences des professionnels de la santé peuvent être utilisées pour accroître la motivation et la compréhension des élèves, des parents et du personnel enseignant quant aux questions de santé. Divers programmes pilotes ont été menés dans la Région euro- péenne afin de resserrer les liens entre les écoles et les services de santé. Ces programmes incluent notamment des cours de préparation dispensés par les professeurs sur le but et les méthodes d'une visite médicale prochaine. En attendant le moment de la visite médicale, les élèves participent à des jeux éducatifs permanents; on leur remet souvent une carte sur laquelle ils consignent leurs visites aux services de santé et les résultats de ces visites. Lorsque les élèves retournent en classe, l'enseignant donne un cours de suivi pour démythifier le 46 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé rôle de l'agent de santé publique et répondre à toutes les questions concernant l'examen médical. L'objectif visé par ce genre de pro- grammes est souvent de permettre aux élèves de se sentir plus respon- sables de leur santé. Des liens moins élaborés et ambitieux peuvent s'avérer tout aussi valables. On pourra intégrer dans un programme planifié d'éducation sanitaire des exposés de médecins et de personnel infirmier sur diffé- rents aspects de l'usage de substances toxiques. Outre leur tâche tradi- tionnelle, les services psychologiques de l'école peuvent offrir une formation aux enseignants et organiser des ateliers sur l'usage de la drogue à l'intention des parents. RELATIONS AVEC LA COLLECTIVITÉ L'idée d'utiliser les écoles comme cadre permettant de promouvoir la santé dans la collectivité est relativement récente. Bien qu'il soit admis depuis longtemps que l'école est un milieu adéquat pour fournir une éducation sanitaire aux jeunes et plus récemment pour façonner leurs valeurs, leurs attitudes et leur comportement, on commence juste à la considérer comme un outil permettant de responsabiliser le personnel enseignant, les parents, la famille et l'ensemble de la collectivité. On constate aussi de plus en plus que l'école constitue un bon lien entre les élèves et des ressources extérieures susceptibles d'améliorer leur santé et leur bien -être (32). Le succès d'une école au service de la santé repose sur la façon dont chacun des partenaires du triangle maison -école -collectivité joue son rôle. Le développement personnel se fait en grande partie dans un contexte social, avec d'autres personnes, dans le cadre de relations humaines. Notre propre développement personnel dépend de l'amé- lioration de la qualité de notre propre vie mais aussi de celle de la vie de notre entourage. Le service communautaire aide à atteindre cet objectif en mon- trant aux élèves de quelle façon la collectivité locale fournit des soins, et comment ils peuvent eux -mêmes influencer de façon positive la vie des membres de leur entourage. On espère qu'en agissant pour aider les autres, les élèves gagneront en assurance et en conscience de leur propre valeur. Bien que les jeunes puissent acquérir ces qualités à 47 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac l'intérieur ou hors de l'école, l'incitation à de tels liens avec la collectivité lance un message clair aux étudiants, aux parents et aux autres personnes concernées, sur les rapports qui existent entre l'école et la collectivité. Non seulement l'école aide certainement les élèves à acquérir des aptitudes et des qualités qui les prépareront à la vie d'adultes mais elle peut également apporter un soutien d'ordre pratique aux membres de la collectivité. Beaucoup d'écoles ne sont pas uniquement desti- nées aux écoliers. En dehors des heures de classe, les bâtiments peuvent servir de lieu de réunion aux associations communautaires; les groupes et les particuliers ont la possibilité d'utiliser les infra- structures sportives; les salons, expositions et représentations théâ- trales sur la santé peuvent informer, divertir et susciter l'envie d'agir au sein de la collectivité. Les exemples très positifs de ce type de lien entre l'école et la collectivité sont multiples. Stratégie en faveur d'une coopération intersectorielle en Allemagne La Bundesverband der Betriebskrankenkasse, principale association allemande de caisses d'assurance contre les maladies profession- nelles, a suggéré qu'une réunion -débat soit tenue sur le thème de «la prévention de la toxicomanie : approches différentes - responsabilité commune ». Ceci soulignait le fait que s'attaquer aux tâches de ce secteur peut nécessiter une action pluridisciplinaire et une structura- tion en réseau. En termes pratiques, toutes les institutions des secteurs de la santé et de l'éducation doivent identifier leurs approches parti- culières et travailler ensemble à empêcher les jeunes de consommer des drogues. Coopération intersectorielle au Danemark Au début des années 90, le Conseil danois sur le tabagisme et la santé, en collaboration avec la Société danoise sur le cancer et de la Fondation danoise du coeur, a lancé une campagne intitulée «Quand l'éducation part en fumée». La campagne se concentre sur les poli- tiques antitabac de toutes les écoles primaires et de tous les établis- sements secondaires du premier cycle. Son objectif à court terme est de provoquer, à la fois parmi les professeurs et parmi les élèves, un débat sur les politiques antitabac et sur les habitudes tabagiques. 48 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé L'objectif à long terme est que les écoles adoptent une politique anti- tabac qui interdirait aux élèves de fumer à l'école, et n'autoriserait les enseignants à fumer que dans les salles qui leur sont réservées. Les écoles de Copenhague : action passée et mesures proposées La campagne sur l'alcool menée par les services de santé de Copenhague en 1991/1992 a démontré que la mise à disposition de deux autobus pour permettre aux élèves de présenter des pièces de théâtre et des vidéos avait été un grand succès. Bon nombre des éta- blissements scolaires participants ont déclaré que, outre un échange de connaissances, cette méthode avait renforcé chez les élèves l'assu- rance, la confiance en eux -mêmes, et le sens de communauté en classe. A partir de cette expérience, les services de santé de Copen- hague (34) ont proposé que pendant une période de trois ans, on s'efforce de mettre sur pied une «opération Bus -santé» afin d'aider les écoles à créer des pièces de théâtre portant sur un ou plusieurs thèmes concernant la santé. Un autobus de ce type est jugé nécessaire car les élèves les plus jeunes semblent être plus sensibles aux pièces de théâtre qu'aux vidéos. Un bus -media destiné aux élèves plus âgés est déjà en fonc- tionnement. Pendant les vacances scolaires, les autobus seraient à la disposition de centres de loisirs et de foyers de jeunes. En outre, l'opération soutiendrait les campagnes en cours de manière à ce que, pendant les périodes consacrées à des problèmes de santé spécifiques (comme le tabagisme ou l'usage de drogues), les classes souhaitant traiter de ces questions puissent utiliser le matériel de l'autobus. Toutes les personnes impliquées reconnaissent qu'un équipement mobile de ce type est un instrument utile en matière d'éducation préventive. L'action communautaire en Finlande Une équipe de projet et le personnel de plusieurs écoles, bibliothèques et dispensaires ont organisé une manifestation nommée «Semaine de l'alcool» pour la ville de Lahti. La principale bibliothèque municipale a été le théâtre d'une exposition de brochures sur l'usage de l'alcool et des drogues et autres questions concernant la consommation et la santé, ainsi que sur des sujets culturels. On y a également procédé à 49 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac des dégustations, des jeux, de conférences et des projections de vidéos. L'objectif était d'utiliser le matériel existant pour présenter une information sur l'alcool et la drogue de manière divertissante, ne portant pas de jugement et utile au public. La bibliothèque est en Finlande une institution très importante, qui propose à la fois information et divertissement. Environ 70% de la population fréquente une bibliothèque. Il a été estimé que la biblio- thèque principale serait un endroit neutre se prêtant bien au but recherché, qui était d'atteindre la population de la ville. Les organi- sateurs, y compris le personnel enseignant, ont apporté à la mani- festation leur compétence et leur expérience personnelles. Plus de 60 000 personnes se sont rendu à la bibliothèque au cours de la manifestation; elles ont emporté 40 000 brochures, soit environ une par famille. Parmi les brochures qui ont été prises, un tiers en- viron traitait de sujets se rapportant aux loisirs ou à la consommation, et deux tiers de problèmes de santé. COLLABORATION AVEC D'AUTRES ORGANISMES La relation avec la collectivité ne devrait pas se limiter à un simple partage des structures et du matériel. Idéalement, il devrait exister un mécanisme permettant aux écoles et autres institutions locales d'échanger des idées et des informations. Dans bon nombre de régions et de villes, les services de l'éducation sont représentés dans des groupes et commissions intersectoriels. L'éducation sanitaire n'est pas une mission exclusivement réservée au département de l'éducation. Beaucoup d'autres orga- nismes ont une influence, voire une responsabilité dans l'éducation de la population en matière de santé et de consommation de drogues. Les relations intersectorielles contribuent à éviter le double emploi ou les messages contradictoires, et permettant d'accroître la sensibilisation aux efforts entrepris par l'école en matière de prévention. Ces liens permettent aussi aux autres organismes de s'associer aux initiatives de l'école et aux initiatives conjointes école /collectivité. 50 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé Les enseignants possèdent des connaissances spécialisées et une expérience qui peuvent contribuer à l'information et influencer le travail d'autres professionnels en faveur de la santé. Inversement, les autres organismes peuvent utilement apporter leur compétence aux initiatives et à l'évolution de l'école et de la collectivité. Ceci est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de questions en rapport avec l'usage de drogues, où les connaissances et les directives expertes d'organismes de prévention de l'usage de drogues, de la police et des chercheurs peuvent s'avérer extrêmement utiles. De plus, on peut utiliser les mass media pour faire connaître au public les efforts de prévention déployés par l'école ou, en collaboration, par l'école et la collectivité. Un service d'éducation (35) collabore avec les organisa- tions et services extérieurs en : invitant des délégués d'autres services à se joindre à ses comités et groupes de travail, et en étant représenté lui -même dans les comités et groupes de travail d'autres services; développant la collaboration non seulement entre représentants des directions mais aussi entre praticiens; coopérant à la recherche et aux évaluations, et en les suscitant; finançant conjointement des projets tels qu'ateliers de théâtre et cours de formation pertinents pour le personnel; s'associant à des initiatives nationales et locales en rapport avec la santé, par exemple à des semaines de prévention de l'usage de drogues, à la Journée mondiale de la lutte contre le sida et à des clubs non- fumeurs; invitant d'autres services à contribuer ou à participer à la forma- tion de son personnel et en leur assurant la réciproque en mettant en oeuvre une formation conjointe et en développant une forma- tion pluridisciplinaire; faisant connaître et en partageant une déontologie de la pré- vention de l'usage des drogues, par un travail commun avec les groupes communautaires, les écoles et des projets spéciaux; et recherchant activement les moyens de promouvoir un travail commun à tous les niveaux. 51 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Les services extérieurs devraient, eux aussi, être encouragés à partager leurs ressources et leurs connaissances techniques de façon directe. On citera notamment pour exemples des ateliers de théâtre qui encourageraient les écoliers à étudier des questions concernant le VIH/sida, un concours de rédaction parrainé par les commerçants sur le thème des alternatives possibles à la drogue, et une représentation multimédia mobile traitant d'une consommation responsable d'alcool. Si les pôles d'intérêt et les thèmes en rapport avec l'usage de sub- stances toxiques et sa prévention varient, les moyens utilisés pour les mettre en lumière peuvent s'appliquer utilement à de nombreuses situations. RELATIONS AVEC LES PARENTS L'école au service de la santé s'efforce aussi d'impliquer les parents dans l'éducation de leurs enfants en matière de santé et des questions sociales. La plupart des parents reconnaissent qu'ils détiennent la res- ponsabilité principale en ce qui concerne la santé et le bien -être de leurs enfants, mais ils apprécient souvent le rôle que joue l'école dans ce domaine. L'école et les parents devraient être partenaires. Il est donc utile de faire comprendre aux parents la philosophie, la portée et l'organisation de l'éducation sanitaire à l'école, de même que la nécessité d'une communication franche avec leurs enfants et avec l'école sur la santé des jeunes. Réunions, brochures explicatives, vidéos et autres moyens peuvent être utilisés pour éduquer et informer les parents autant sur la façon dont l'école envisage et dispense l'édu- cation sanitaire que sur des problèmes de santé spécifiques tels que les effets du tabagisme des parents sur la santé des enfants. Une telle communication peut aussi donner aux parents l'occasion de participer à l'élaboration de la politique de l'école. Il devient de plus en plus fréquent que les écoles fournissent aux parents une information sur les problèmes qui affectent leur santé et celle de leurs enfants. On trouve nombre d'excellents exemples de cette manière d'aborder le sujet dans toute la Région européenne. L'objet d'une telle information, souvent, est une sensibilisation accrue à l'effet que peuvent avoir sur les enfants certains compor- tements en matière de santé. Par exemple, des brochures envoyées aux parents sur la consommation d'alcool des enfants peuvent inclure 52 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé une information non seulement sur les raisons qui poussent certains enfants à boire et sur la façon dont les parents peuvent aborder le sujet de l'alcoolisme avec les enfants, mais aussi sur l'influence qu'exercent sur les enfants le comportement et les attitudes des parents vis -à -vis de l'alcool. Les réunions de parents présentent l'avantage de permettre les discussions face -à -face mais, comme cela se produit avec beaucoup d'activités périscolaires, elles tendent à attirer surtout les parents qui ont vraisemblablement le moins besoin d'aide pour communiquer avec leurs enfants. Quelle que soit la mé- thode de contact choisie, l'information et les lignes directrices devraient ne comporter aucun jugement. Au nombre des moyens de faire participer les parents à la vie de l'école figurent notamment (36) : une association de parents d'élèves, qui peut assurer une parti- cipation générale et une liaison entre l'école, les parents et la collectivité; des activités permettant d'accroître la prise de conscience des problèmes, comme, par exemple, des enquêtes, des soirées - débats et autres manifestations; des circulaires informant régulièrement les parents sur des sujets généraux et des questions relatives à la consommation de sub- stances toxiques et aux activités de l'école en matière de pré- vention; des journées portes ouvertes et des excursions pour parents, enseignants et élèves; l'établissement d'une liste des parents ayant des compétences et des connaissances spécialisées en matière de toxicomanie et autres sujets en rapport avec la santé, et leur utilisation en tant que conseillers; des conseils aux parents concernant les cours proposés dans les collèges et les universités locaux sur des thèmes liés à la santé, aux techniques de la communication et autres sujets pertinents; l'accès des parents à des livres, à un matériel audiovisuel et à des brochures sur la santé et la communication; et des devoirs scolaires exigeant la participation des parents. 53 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac De plus, certains programmes utilisent la formation pour soutenir le rôle des familles dans la socialisation de leurs enfants. Ces programmes concentrent leurs efforts sur la communication parents /enfant; ils soulignent l'importance de l'encouragement, de la proximité affective et d'un niveau élevé d'attentes (37). Une étude des programmes de prévention a révélé que ceux qui édifient des rapports familiaux, sont parmi les plus efficaces pour dissuader les jeunes de consommer des substances toxiques (38). L'école doit avoir pour rôle d'aider les élèves à clarifier leurs attitudes et à comprendre les valeurs qui déterminent le choix d'un comportement en ce qui concerne leur santé. A cet effet, il faut que les enseignants soient bien instruits de la gamme des valeurs existant au sein de la collectivité. Les parents doivent pouvoir exprimer leurs idées sur tout ce qui touche à l'éducation, mais plus spécialement sur les sujets - comme l'usage de substances toxiques - qui ont des implications morales, éthiques, culturelles et religieuses. Quoi qu'il en soit, les élèves soulèveront sans doute des sujets controversés et des questions éthiques; en évitant un débat constructif au sein même de la classe, on accroît la probabilité que les élèves cherchent les réponses auprès de leurs pairs et des mass media. L'école a une forte influence sur les jeunes. Dans une certaine mesure, il est attendu d'elle qu'elle soit la première à défendre les valeurs et les attitudes qui sont idéalisées, mais auxquelles on n'adhère pas toujours, dans la collectivité. Il convient néanmoins de se rappeler que l'école n'est que l'une des nombreuses influences complexes qui peuvent s'exercer sur la santé et le bien -être des élèves. La famille, les pairs, les médias et la conjoncture politique et sociale contribuent tous à forger les valeurs et les attitudes qui déter- minent les choix des jeunes en matière de santé. CONCLUSION En raison de la multitude d'influences interdépendantes qui modèlent les attitudes et le comportement des jeunes, les messages en faveur de la santé qui sont diffusés et mis en oeuvre dans la classe devraient être renforcés et soutenus dans le reste de l'école et dans la collectivité tout entière. L'école est donc, de plus en plus, utilisée comme cadre 54 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé de promotion de la santé des élèves, du personnel enseignant, des parents, des familles et de l'ensemble de la communauté. Lorsque les professeurs ont des compétences en matière d'éducation sanitaire, l'école joue fréquemment un rôle dans l'éducation des membres de la collectivité sur les questions de santé. Elle peut jouer ce rôle de diverses façons créatives et incitant à la réflexion. La participation active des jeunes à la vie de l'école et de la communauté est un trait caractéristique essentiel de l'école au service de la santé. Les jeunes qui peuvent participer et assumer des respon- sabilités à la fois au sein de l'école et dans la collectivité au sens large courent beaucoup moins le risque de toucher aux substances toxiques et d'adopter d'autres comportements préjudiciables à la santé. Le programme d'études officiel joue un rôle limité mais vital dans la formation individuelle et sociale des jeunes. Afin d'accroître leur potentiel d'action préventive efficace, les écoles devraient s'allier à des organisations communautaires, et ces alliés devraient travailler ensemble à améliorer la santé présente et à venir des jeunes. Les liens entre l'école et la collectivité doivent être encouragés et renforcés. Adresse European Network of Health Promoting Schools Technical Secretariat c/o Health Promotion and Investment Unit WHO Regional Office for Europe 8, Scherfigsvej 2100 Copenhague 0 Danemark 55 5Les programmes d'éducation dans les écoles La mise en oeuvre dans les écoles de programmes d'éducation ayant trait aux substances toxiques varie très largement. Les programmes diffèrent dans leur approche, leur contenu, les groupes cibles, l'effi- cacité et l'utilité. Bien des différences sont dues non seulement aux choix idéologiques (abstinence ou modération, modèle axé sur la maladie ou modèle social et environnemental) et au thème principal traité (alcool seulement, toutes les substances toxiques ou aucune en particulier), mais aussi au degré d'engagement des organismes gou- vernementaux et autres services compétents (démontré par leurs contribution en ressources et directives). Quelles que soient ces diffé- rences, nombreux sont ceux qui pensent qu'une stratégie globale de prévention de l'usage de substances toxiques est nécessaire dans les écoles primaires et secondaires. Outre une politique antidrogue et un engagement à l'action communautaire, une telle stratégie devrait idéalement intégrer l'éducation sur l'usage de substances toxiques, implicitement ou explicitement, dans les programmes scolaires. La politique globale de l'école en matière de prévention et d'usage des substances toxiques doit être sans ambiguïté et établir un lien entre éthique et application. Par exemple, le travail de classe, les activités communautaires et scolaires connexes et les politiques adoptées en matière de consommation de tabac, de drogues et d'alcool par les élèves et les professeurs devraient refléter l'attitude de l'école et la consolider. C'est ainsi que s'affirmera la crédibilité de la politique établie et son respect par les professeurs et les élèves. 56 Les programmes d'éducation dans les écoles Alors même que les écoles font beaucoup pour prévenir l'usage de substances toxiques, on n'a publié que peu de rapports de recherche sur ces programmes. Pour des raisons de barrières linguis- tiques, certains matériaux publiés sont relativement inaccessibles. Or la publication de documents et la diffusion de l'expérience acquise dans ce domaine important sont d'un intérêt vital si l'on veut en savoir plus sur la création et la mise en oeuvre de programmes d'édu- cation efficaces visant à prévenir l'usage de substances toxiques par les jeunes. MÉTHODES ACTUELLES Les programmes d'éducation en milieu scolaire font appel à plusieurs méthodes pour atteindre les jeunes. Compte tenu du fait que les concepts de prévention proposent des lieux et des contenus de pro- grammes différents et varient selon le type d'expériences du groupe cible, une grande partie de l'éducation portant sur les substances toxiques paraît centrée sur une information factuelle ainsi que sur l'étude des valeurs et des attitudes de la personne, du groupe et de la société par rapport à l'alcool, au tabac et à la drogue. Malheureu- sement, beaucoup d'études pourtant saines d'un point de vue métho- dologique, sont arrivées à la conclusion que nombre des approches et des programmes utilisés pour lutter contre l'usage de substances toxiques ont échoué. Il s'est même avéré que certains ne faisaient qu'accroître l'expérimentation (39, 40). Toutefois certains pro- grammes et méthodes appliqués dans la Région européenne sont prometteurs. Bien des programmes les plus récents ne portent pas spécifique- ment sur les substances toxiques. Plus holistiques, ils insistent sur le développement personnel et social des élèves. Des questions telles que l'usage de la drogue et de l'alcool, le VIH/sida, la sécurité tant sexuelle que personnelle, sont utilisées pour illustrer l'application de cette méthode de la façon la plus convaincante pour l'élève. Dans de tels programmes, les élèves définissent fréquemment eux -mêmes les questions qui les touchent, un professeur ou l'un des leurs intervenant en tant qu'animateur plutôt qu'à titre d'instructeur. Les élèves étudient ces questions en faisant appel à leur talent et à leur attirance 57 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac pour le théâtre, la musique et d'autres arts. De telles techniques insistent sur le respect de soi, l'aptitude à gérer sa vie, une infor- mation (factuelle et affective) adaptée au groupe d'âge, et le choix d'animateurs issus du groupe. Les méthodes factuelles La plupart des résultats d'évaluation réellement négatifs concernent des programmes consistant presque exclusivement à décrire les mé- faits prévisibles de l'usage de substances toxiques et à mettre les élèves en garde contre ces dangers futurs : les programmes dits «factuels ». Cette façon de faire a été sévèrement critiquée dans la littérature pertinente pour son inefficacité à apporter autre chose qu'une connaissance à court terme. Or la connaissance de l'alcool, du tabac et d'autres substances peut être très limitée même parmi les consommateurs, si bien qu'une éducation appropriée peut être utile. L'approche factuelle présuppose que le groupe cible ignore les conséquences possibles de l'usage d'une substance toxique donnée et qu'il rectifiera son attitude et son comportement dès lors qu'il aura été correctement informé. Aucune preuve empirique ne vient appuyer ce lien causal simpliste. Les programmes uniquement factuels oublient souvent de prendre en compte les influences socio- culturelles qui s'exercent sur le groupe cible, aussi bien que des facteurs individuels tels que l'expérimentation. L'approche factuelle la plus commune consiste à faire s'exprimer les idées et les connaissances des élèves à propos des sub- stances toxiques par le biais de discussions structurées. Cette technique met souvent l'accent sur les conséquences à court terme et les implications sociales de l'usage de substances toxiques. Vidéos, conférences et films permettent d'engager ou d'alimenter la discus- sion et les activités. Des évaluations de cette approche effectuées aux Etats -Unis ont indiqué des résultats très inégaux, bien qu'aucune n'ait fait apparaître un usage accru de substances toxiques. Examinant l'éducation antidrogue dispensée en Amérique du Nord, Goodstadt (41) concluait : il est relativement facile d'influencer des connaissances, mais un tel changement, s'il est peut -être nécessaire, ne suffit pas à prévenir les comportements nocifs. Il est plus difficile d'agir sur les attitudes, qui 58 Les programmes d'éducation dans les écoles sont rarement liées aux comportements en question. Quant aux compor- tements, ils sont la composante la plus difficile à influencer. On peut trouver en Europe quelques programmes et matériels factuels à la fois bons et équilibrés, mais il ne faut probablement pas s'attendre à ce qu'ils agissent sur les attitudes et le comportement à long terme. Bien que la seule information ne suffise pas en matière de prévention, ses avantages accessoires ne sont pas connus. Une infor- mation adaptée au groupe d'âge fait souvent partie de programmes plus complémentaires et basés davantage sur l'affectivité et les aptitudes. Approches fondées sur l'affectivité et les aptitudes Contrairement à l'approche factuelle, qui concentre son action sur la substance toxique, les approches fondées sur l'aptitude à gérer sa propre vie, les aptitudes sociales et les influences de la société se concentrent sur l'individu et sur la façon dont il, ou elle, communique et négocie avec les autres. Ces méthodes visent à encourager le respect de soi et la prise de décisions responsables, tout en enri- chissant le développement personnel et social du groupe cible (les adolescents). Elles ont en commun une perspective compensatoire qui explique l'usage d'alcool, de tabac et de drogues comme résultant d'une carence en une aptitude ou un trait de caractère personnel et/ou social essentiel. La théorie du stress social vient appuyer cette opinion en soulignant le fait que les adolescents font usage de ces substances afin de mieux faire face à divers facteurs de stress (la famille, l'école, les pairs ou la collectivité). Selon cette théorie, les adolescents qui développent des aptitudes personnelles et sociales adéquates risquent moins de s'adonner à l'usage de substances toxiques. L'apprentissage par l'expérience est un facteur essentiel. En dépit de l'ubiquité de l'approche affective, la plupart des évaluations effectuées n'ont pu démontrer aucun effet sur l'usage potentiel ou effectif de substances toxiques. Certains programmes agissent pour- tant sur les attitudes. Presque tous les programmes évalués compor- tant une composante factuelle ont un impact sur la connaissance. Malheureusement on sait très peu de choses sur les composantes efficaces d'un outil ou d'un programme réussi. La littérature comportant peu d'évaluations, cependant, il est difficile de juger de l'effet que peut avoir une méthode ou un programme donné sur un 59 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac comportement potentiel ou effectif. Quoi qu'il en soit, la méthode fondée sur l'aptitude à gérer sa vie, en particulier, est à la base de bien des programmes d'éducation sanitaire efficaces et respectés à travers la Région européenne. Appliquées à l'usage de la drogue, cette approche encourage un examen personnel des besoins, des valeurs et des différentes façons dont l'usage de substances toxiques les satisfait. L'objectif est de réduire la probabilité de problèmes liés à cette consommation en encourageant la compréhension de soi et la prise de décisions respon- sables (42). Généralement cette méthode comporte des composantes cognitives, affectives et comportementales, bien que l'information n'en soit pas un élément important. L'aptitude à prendre des décisions et l'affirmation de soi sont enseignées en tant que réponses à des situations données de la vie. L'accent est mis fortement sur le pro- cessus de prise de décision. Des conférences, des discussions sur les choix, des exercices de simulation et des jeux de rôles illustrent le processus et les conséquences des décisions. Les méthodes expéri- mentales actives et les travaux de groupe sont donc des éléments clés de cette approche. Toutefois, Davies et Coggans (43) font une mise en garde : si l'on ne s'y prend pas correctement, les séances de «prise de déci- sions» essentielles au développement personnel des jeunes et à l'acqui- sition de comportements sains peuvent dégénérer en séances de «mise en oeuvre de décisions», les décisions étant fournies par le professeur. Les adolescents peuvent appliquer les techniques enseignées par cette approche dans des situations très diverses. Les principales techniques sont enseignées et pratiquées dans bien des écoles euro- péennes, bien qu'elles puissent varier selon le sexe et la culture des utilisateurs. Parmi ces techniques figurent la prise de décision, la résolution de problèmes, la pensée créative, la pensée critique, la communication efficace, les relations personnelles, la conscience de soi, l'empathie et la gestion des émotions et du stress (44). Alors que l'acquisition d'aptitudes à gérer sa propre vie est de prime importance dans la promotion de la santé en général, il existe peu de données empiriques qui confirment l'efficacité de cette approche en matière de prévention de l'usage de substances toxiques. 60 Les programmes d'éducation dans les écoles Néanmoins, il est probablement encore trop tôt pour déterminer son impact à long terme sur les attitudes et les comportements, bien qu'elle améliore presque certainement n'importe quel programme de prévention de l'usage de drogues. Que cette approche affecte ou non le comportement, toute méthode permettant aux adolescents d'exercer un plus grand contrôle sur leur vie ne peut qu'être bénéfique. L'approche fondée sur les aptitudes sociales a donné des résultats inégaux. Elle repose sur l'hypothèse que les adolescents consomment des drogues parce qu'ils manquent des outils psycho- sociaux dont ils ont besoin. Trois éléments essentiels caractérisent cette approche : établir un modèle de comportement favorable à la santé; acquérir des aptitudes permettant de résister aux influences (sur- tout des pairs) qui incitent à l'usage de substances toxiques; et acquérir des aptitudes plus générales à gérer sa propre vie. Cette approche allie donc des aptitudes générales à des aptitudes de résistance au groupe. Bien que quelques données empiriques sug- gèrent une corrélation entre ces aptitudes et l'usage de drogues, on ne sait pas vraiment comment s'exercent ces influences. Appliquées à l'usage de substances toxiques, les méthodes mettant en jeu l'influence sociale partent du principe que l'influence des pairs, de la famille et de l'environnement joue un rôle important dans le démarrage et le maintien de la consommation. La plus cou- rante est l'approche fondée sur la résistance au groupe (45) : En général, ces méthodes comportent 1) la sensibilisation des élèves aux influences sociales d'incitation auxquelles ils pourraient être exposés, 2) l'enseignement de techniques spécifiques (telles que les techniques de refus) permettant de résister à ces influences, et 3) la correction de perceptions erronées de normes sociales concernant l'usage de substances toxiques. La plupart des recherches effectuées à cet égard ont examiné le travail de prévention de l'usage du tabac par les adolescents (46). L'idée était d'immuniser les jeunes contre les pressions susceptibles de les pousser à fumer. Les applications actuelles de cette approche 61 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac tendent surtout à former les élèves à gérer les pressions exercées tant par leurs pairs que par les médias en faveur de la consommation de diverses substances toxiques. Cette catégorie d'approches reconnaît que même l'adolescent le mieux armé peut avoir besoin d'aide pour dire «non». Deux traits caractéristiques de ces méthodes sont le recours à des leaders choisis parmi les pairs et l'utilisation du jeu de rôle et du renforcement des aptitudes sociales pour enseigner les techniques de refus. Ces deux éléments concourent à créer un climat dans lequel dire «non» devient la chose la plus facile à faire. Au nombre des composantes du pro- gramme figurent l'information et le développement d'aptitudes à la prise de décision, à la résistance, à la fixation de normes et à l'analyse critiques (en particulier des messages des médias). Bien que ces méthodes aient porté avec un réel succès sur la prévention ou sur le recul de la première cigarette, une étude de Mc Alister et al. (47) a démontré un impact positif sur la consom- mation d'alcool et de marijuana également. Une version non normative de cette approche, qui insistait sur les influences sociales de l'usage de l'alcool, a donné des résultats modérément encoura- geants en matière de comportement, lors d'évaluations effectuées en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse (48). D'autres enquêtes ont fait apparaître des effets positifs sur les niveaux de connaissance, les attitudes, les croyances et les aptitudes de résistance aux pressions sociales (49, 50). Il semblerait que ces méthodes soient les seules à avoir plus qu'un effet à court terme sur le comportement, bien que la variabilité du contenu des programmes et de leur application signifie que les éléments efficaces n'ont pas encore été identifiés. De plus, l'efficacité de ces techniques auprès des jeunes à haut risque ou des minorités est inconnue. Des sessions de consolidation et de recyclage des connais- sances sont parfois organisées dans les années qui suivent pour renforcer les effets des programmes. Selon au moins une étude, des activités et des séances de consolidation /recyclage menées par des pairs se sont avérées plus efficaces dans la lutte contre la consomma- tion d'alcool, de tabac et de marijuana que ces mêmes activités dirigées par des professeurs (51). 62 Les programmes d'éducation dans les écoles En général les méta -analyses confirment (52) que : les programmes les plus efficaces pour lutter contre la toxicomanie sont ceux qui donnent la priorité à une formation permettant de résister aux influences sociales. Quatre points importants méritent cependant d'être gardés en mémoire : 1. Les taux de succès des programmes jusqu'ici évalués sont relati- vement faibles. 2. En général, le succès est évalué sur la base d'un suivi très court, pouvant aller jusqu'à deux années mais ne dépassant pas, parfois, trois mois. 3. L'importance accordée à la pression négative des pairs peut reposer sur des hypothèses erronées quant à la relation existant entre acquis de connaissances sociales et comportements sociaux. Les approches fondées sur l'influence sociale ne tiennent pas compte du fait que les adolescents choisissent leurs amis parmi ceux qui leur ressemblent le plus. De tels groupes peuvent tout aussi bien avoir une influence positive que négative. 4. Une fois encore, l'efficacité relative des diverses composantes d'un programme et des acteurs de sa mise en oeuvre ne peuvent être déterminés (51). Néanmoins, il est généralement estimé que le recours à des leaders choisis parmi les pairs (du même âge ou plus âgés que le groupe cible) joue un rôle important dans les programmes de ce type. La plupart de ces programmes ont cette caractéristique, et de nom- breuses études l'ont soutenue, bien que les leaders choisis parmi les pairs n'aient souvent qu'une fonction accessoire et soient peut -être plus influents auprès des filles que des garçons. Il semblerait que les programmes recourant à des techniques fondées sur les influences sociales soient de plus en plus largement utilisés. Approche multidimensionnelle Diverses méthodes pédagogiques sont utilisées dans la Région euro- péenne en matière de prévention de l'usage d'alcool, de tabac et de drogues. Une bonne partie de ce travail intègre non seulement des 63 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac connaissances factuelles, mais également des techniques et des attributs qui améliorent le développement personnel et social des élèves. La littérature disponible est souvent contradictoire dès qu'il s'agit d'identifier les éléments des programmes menés en milieu scolaire qui peuvent influencer les connaissances, les attitudes et le comportement; les résultats des recherches dépendent très spécifi- quement des programmes étudiés. L'influence de facteurs internes et externes sur les attitudes et les comportements liés à l'usage de drogues limite le champ et les attentes de l'action en milieu scolaire. Ceci étant, une étude récente due à Hansen (53) arrivait à la conclu- sion que les programmes les plus prometteurs étaient ceux qui utili- saient diverses stratégies. En partant de 45 rapports d'évaluation, Hansen identifiait six groupes de programmes utilisant de 1 à 12 stratégies de prévention spécifique (53). Les programmes complets et les programmes fondés sur les influences sociales se sont avérés les plus efficaces pour em- pêcher les jeunes de commencer à consommer. Les composantes identifiées dans les programmes fondés sur les influences sociales étaient l'acquisition de techniques de résistance, l'information, l'en- gagement à ne pas user de substances toxiques et l'établissement de normes. Les programmes étendus comportaient en général sept composantes différentes combinées de diverses façons. Tous compor- taient des composantes d'information, de formation à la prise de décisions et d'acquisition de techniques de résistance. Lorsque les composantes de chaque type de programme agissaient séparément, les résultats comportementaux étaient, au mieux, inégaux. Les éléments individuels de chaque programme bénéficiant d'une évaluation posi- tive variaient considérablement. La combinaison de diverses mé- thodes et stratégies semble augmenter les chances d'obtenir les effets escomptés. Norman et Turner (54) notent : «il n'y a pas encore de consensus quant aux combinaisons de stratégies multiples qui sont les plus efficaces pour des groupes de jeunes donnés.» CONCLUSION En dépit de l'incertitude qui subsiste quant aux influences qui s'exercent sur les attitudes et les comportements associés à la drogue, certains éléments se sont avérés avoir des effets : les séances animées 64 Les programmes d'éducation dans les écoles par les pairs et l'acquisition d'aptitudes. La participation active des adolescents à leur propre éducation est un élément clé de la plupart des programmes qui réussissent. En outre, les programmes qui s'occupent des influences sociales s'exerçant sur les attitudes et le comportement des jeunes ont enregistré des résultats positifs. La combinaison de l'information (sur les drogues et les influences sociales qui s'exercent sur leur usage) et de techniques spécifiques de résistance à une consommation inappropriée, semble être, du moins en partie, à l'origine du succès de certains programmes. Quelle que soit la combinaison de stratégies utilisée par les écoles vis -à -vis de substances toxiques, la stratégie globale la plus prometteuse présente les caractéristiques suivantes : faire partie d'un programme global d'éducation sanitaire et de promotion de la santé centré sur les élèves eux -mêmes; utiliser des méthodes variées; mettre l'accent sur le présent et non sur le futur; et tenir compte des facteurs personnels, psychologiques, culturels, sociaux, parentaux et autres, qui peuvent avoir une influence sur les attitudes et le comportement (voir la liste fournie au chapitre 1 en relation à l'alcool). De plus, on estime qu'un programme est d'autant plus suscep- tible d'agir sur les attitudes et les comportements des élèves : si son message et son messager sont crédibles et adaptés au groupe cible; s'il ne porte pas de jugement mais s'accorde avec l'opinion et les attitudes prévalant dans le public; s'il exige une participation active plutôt que passive; s'il convient à des élèves de capacités et /ou milieux culturels différents; s'il s'est fixé des objectifs et des attentes appropriés et s'il est d'une durée et d'une intensité suffisantes; s'il est complété par un renforcement continu - et à plusieurs niveaux - du message dans l'école, et par une révision et une 65 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac adaptation de ce message à des moments cruciaux de la carrière scolaire de l'élève; s'il assure une formation et un soutien adéquats aux enseignants et aux animateurs concernés; s'il est correctement mis en oeuvre; et s'il intéresse et fait participer les parents. Le tableau 3 résume les composantes des programmes préventifs utilisés dans les écoles, selon Hansen (53). Tableau 3. Composantes des programmes de prévention menés dans les écoles Composantes Objectifs Mise en uvre Information Formation à la prise de décision Engagement Clarification des valeurs Formation à la fixation d'objectifs Cibler connaissances et croyances concernant les drogues Enseigner un processus qui permette la prise de décisions rationnelles quant à l'usage de drogues S'engager personnellement à ne pas prendre de drogues, souvent dans un contexte Examiner les valeurs person- nelles associées aux drogues, et démontrer l'incompatibilité de l'usage de drogues avec ces valeurs Développer des techniques de fixation d'objectifs, encourager leur réalisation Conférences, films, discussions, débats, livres Conférences, discus- sions, fiches de travail, jeux de rôles Engagement oral ou écrit, port d'un insigne moral Discussions de groupe, fiches de travail Mode didactique, fiches de travail, projets extra -scolaires, auto -surveillance de la performance de la classe 66 Les programmes d'éducation dans les écoles Tableau 3 (suite) Composantes Objectifs Mise en oeuvre Formation à la gestion du stress Formation au respect de soi Acquisition de techniques de résistance Acquisition d'aptitudes de gestion de sa propre vie Formation à la fixation de normes Aide des pairs Alternatives Enseigner le «savoir faire face» en insistant sur les techniques de relaxation Développer le sens de sa propre valeur Enseigner des techniques permettant d'identifier les influences des pairs et autres (publicité, parents, frères et soeurs), incitant à l'usage de drogues, et d'y résister Développer des techniques sociales au sens large et des techniques de résolution de conflits Etablir des normes relatives à l'usage de drogues en corrigeant les perceptions erronées de sa prévalence et de son acceptabilité parmi les pairs Interventions et consultations de la part d'élèves du même âge, ou plus âgés que le groupe cible Offrir des activités créatrices ou physiques incompatibles avec l'usage de drogues, et/ou une alternative séduisante à un tel usage Mode didactique, discussions, fiches de travail, pratique des techniques Fiches de travail, discussions Films, discussions, jeux de rôles, exer- cices d'acquisition d'assurance Conférences, discus- sions, jeux de rôles, pratique des aptitudes Enquêtes, jeux, dis- cussions, débats, recours à des pairs leaders, témoignages Discussions animées par des pairs en classe, assistance de pairs en dehors de la classe Source: Hansen (53). 67 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Outre la liste de méthodes dressée dans le tableau 3, celles qui suivent sont utilisées, selon diverses combinaisons, dans de nombreux programmes novateurs d'éducation en milieu scolaire mis en oeuvre dans la Région européenne. Cette liste n'est nullement exhaustive. Dans beaucoup de pays et de régions, les programmes font appel à des méthodes correspondant spécifiquement à leur culture et à leur idéologie en matière de prévention. Ces méthodes peuvent être uti- lisées en divers points du programme scolaire. Idéalement, tous les maîtres devraient effectuer un travail préventif - planifié ou fonction des circonstances -, en particulier si aucun espace n'a encore été réservé à l'éducation sanitaire. Au nombre des méthodes utiles figurent notamment : la discussion par classes et petits groupes (avec rapports des groupes à la classe); les enquêtes et autres travaux d'investigation; les exercices écrits, dont les devoirs avec les parents, les publi- cités et jingles, les récits, les pièces, les articles de journaux; la recherche en bibliothèque; les dessins, le travail graphique et la production de vidéos; le brainstorming; les cartes (avec les élèves les plus jeunes); les calculs concernant l'usage des substances toxiques et les dégâts qu'il cause; la composition et la dégustation de boissons non alcoolisées; les visites de spécialistes - tels qu'agents de police, médecins et personnes travaillant dans le domaine de la toxicomanie - suivies de discussions; et la présentation de travaux créatifs originaux à d'autres classes ou écoles. Les parties des programmes scolaires où peut s'intégrer l'édu- cation préventive portant sur l'usage de substances toxiques sont notamment : l'éducation sanitaire, l'éducation personnelle et sociale, les cours de langue maternelle, l'éducation artistique, l'éducation 68 Les programmes d'éducation dans les écoles religieuse et la morale, les sciences (biologie, chimie), les mathé- matiques, l'éducation civique, l'éducation physique, l'écologie, l'his- toire, les cours de culture et de sociologie, l'économie et la politique. Cette section se termine par un exemple de programme complet d'éducation par les pairs. FIT 2001 - Club pour le troisième millénaire : programme d'éducation par les pairs dans les écoles de la République tchèque En 1993, le ministre tchèque de l'éducation, de la jeunesse et des sports demanda à quatre institutions de Prague - le centre psychia- trique, l'hôpital psychiatrique, le Centre national pour la propagation de la santé et l'Institut de recherche pédagogique - de mettre au point un programme préventif modèle s'appuyant sur les principes et les exemples actuels de direction par les pairs. Les responsables de l'élaboration du programme (K. Nespor, L. Csémy et H. Pernicova) consultèrent des spécialistes de Norvège et des Etats -Unis qui avaient de l'expérience dans la conception et l'application de programmes menés par des pairs. Guidés par les résultats d'une enquête récente effectuée en milieu scolaire sur la connaissance des drogues, les attitudes face à la drogue et la consommation dans les écoles, le programme tchèque fut testé dans quatre écoles pilotes de Prague. L'éducation par les pairs, sous diverses formes, existe dans ce pays, pour les adultes et les enfants, depuis 1990. Elle est mise en oeuvre par le biais des programmes FIT IN (55, 56). Des professeurs des quatre écoles primaires participant au pro- gramme travaillèrent avec les responsables de son élaboration pour motiver et recruter des élèves qui feraient de bons leaders (âge moyen : 13 ans) et pour les former à ce programme de quatre heures. Parallèlement, on remettait aux parents une brochure sur le sujet. Les élèves formés à cette fin mirent ensuite le programme en oeuvre, ani- mant des groupes d'écoliers légèrement plus jeunes qu'eux. Pour connaître les réactions des enfants, un bref questionnaire leur fut remis à la fin du programme. La première heure du programme était consacrée à la motivation, décrivant les avantages d'une bonne santé et d'une vie sans fumée, sobre et sans drogues, et montrant à quel point un style de vie sain 69 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac aide l'individu à atteindre les objectifs personnels. La méthode uti- lisée comportait petits groupes, brainstorming, fabrication d'affiches et séance de questions- réponses. Pendant la deuxième heure, les animateurs présentaient des alter- natives positives à l'usage des drogues. Ils soulignaient l'importance de la relaxation et de l'exercice physique, expliquaient où trouver de l'aide pour faire face à divers problèmes, traitaient des techniques de résolution de problèmes, et donnaient des notions de relaxation. La troisième heure portait sur les techniques de refus : comment éviter les situations dangereuses, et diverses façons de refuser l'alcool, le tabac et les drogues. Ces diverses techniques étaient le refus rapide (ignorer une offre), faire un geste, simplement dire «non»); le refus poli (donner une explication, offrir quelque chose de mieux, changer de sujet, remettre la question à plus tard); le refus grossier (technique du «perroquet», consistant à répéter le refus plu- sieurs fois, et refus avec contre -attaque); le refus majestueux (refuser une fois pour toutes, refuser pour protéger sa santé tout en encou- rageant l'autre à faire de même). La quatrième heure était consacrée au renforcement et se déroulait de la façon suivante : explication sur la publicité et comment y résister; création d'une publicité originale pour promou- voir des styles de vie sains et vanter les avantages d'une société sobre et exempte de drogues; séance de questions- réponses; remise des diplômes aux participants, et clôture officielle de la session. La formation des élèves choisis pour le rôle d'animateurs ( «pairs leaders ») se déroula de la même façon, mais les responsables du programme insistèrent aussi sur les techniques de communication - telles que voix forte et contact visuel - et sur la façon de gérer une discussion sur des sujets controversés. A la suite du programme pilote, chaque école participante eut un certain nombre d'élèves formés au rôle d'animateurs et un professeur familiarisé avec le programme. Ceci permit aux écoles de devenir autosuffisantes en matière de prévention. Une brochure à l'intention des «pairs leaders» est prévue pour les futurs animateurs du pro- gramme. On y trouvera les sujets suivants : une information sur les 70 Les programmes d'éducation dans les écoles drogues qui créent une dépendance, les stéroïdes et les jeux d'argent; des alternatives positives (mode de vie salubre, relaxation et yoga); la résolution des problèmes; les techniques de socialisation et de refus; la sécurité routière; comment analyser la publicité et y résister; la communication efficace, et, enfin, tous les aspects sociaux des pro- blèmes liés à l'usage des drogues. Bien que FIT 2001 n'ait pas fait l'objet d'une évaluation for- melle de processus et de résultats, les réactions des élèves et des professeurs ont été très positives. Quelques enseignants ont même appliqué ces principes à d'autres travaux. Les résultats du question- naire de suivi indiquaient que les éléments qui avaient paru les plus utiles aux élèves étaient les techniques de refus et l'information sur les risques associés à l'usage de l'alcool et des drogues et sur les modes de vie sains. Les élèves notèrent qu'ils avaient particulière- ment apprécié les exercices physiques et la relaxation, le dessin, les jeux de rôles et les activités de groupe. Les responsables de l'élabo- ration du programme (57) ont conclu que leur outil était «adéqua- tement structuré, en ce sens qu'il combinait la transmission de techniques et d'attitudes importantes avec des activités amusantes et séduisantes pour les enfants ». L'expérience du groupe pilote confirme les constats antérieurs qui établissaient l'efficacité d'une éducation s'appuyant sur l'intervention de «pairs leaders» (50). 71 6Politiques visant à développer la prévention dans les écoles Le rôle de l'école dans la prévention des méfaits des drogues s'est amplifié depuis qu'on connaît mieux les influences qui s'exercent sur les jeunes et les incitent à consommer de l'alcool, du tabac et des drogues. On reconnaît de plus en plus, dans ce domaine, la nécessité d'une approche globale faisant appel à diverses stratégies. Parallè- lement à l'éducation sanitaire figurant dans le programme scolaire et à la participation communautaire, la mise au point dans les écoles d'une politique et de procédures appropriées pourrait prévenir la consommation de drogues par les élèves. Cette section s'appuie sur un document directeur exemplaire intitulé «Elaboration d'une poli- tique scolaire antidrogue et définition d'une attitude adéquate de l'école face à l'usage de drogues» (58). Pour être efficace, une politique scolaire devrait s'efforcer de prévenir les problèmes liés à l'usage de substances toxiques en : identifiant, dans le programme d'éducation sanitaire de l'école, ce que le personnel enseignant, les parents et les élèves consi- dèrent comme important et pertinent; assurant à l'éducation sanitaire des moyens adéquats; prévoyant, le cas échéant, une formation complémentaire pour les enseignants concernés; 72 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles réservant à l'éducation sanitaire suffisamment de plages dans l'emploi du temps scolaire. Non contentes d'assurer une éducation préventive adéquate sur l'usage de substances toxiques, les écoles devraient également tenir compte du fait que les élèves consomment probablement des drogues dans l'établissement. Des procédures devraient être prévues pour faire face à de telles situations d'une façon conséquente et efficace. Les professeurs, les élèves et les parents devraient tous être au courant de ces procédures. L'école doit pouvoir adapter ses réactions au type d'incident - par exemple consommation soupçonnée ou avérée, ur- gence médicale. Une politique de l'école par rapport à l'usage de la drogue pré- sente plusieurs avantages : 1. elle renforce le rôle de l'école dans la prévention des problèmes dus à l'usage de drogues; 2. elle clarifie rôles, droits et responsabilités de chacun des membres de la communauté scolaire face aux problèmes de 3. elle établit, à l'intention des élèves, des professeurs et des visi- teurs, des lignes directrices définissant les comportements accep- tables par rapport à l'usage de drogues dans l'école; 4. elle garantit que le personnel scolaire ne se mette pas en danger par ses actions, puisqu'elle précise clairement les responsabilités légales de l'école et les procédures en place; 5. elle applique une approche normalisée à une question souvent controversée et provoquant des réactions émotionnelles; 6. elle identifie une suite d'événements qui se dérouleront en cas d'incident associé à l'usage de drogues; cette série devrait comprendre des mesures disciplinaires appropriées et justes, et préciser quand les parents et/ou la police devraient être avertis (bien que, dans certains pays, les écoles soient tenues par la loi d'informer la police en cas de possession ou d'usage de certaines drogues); 7. elle veille au bien -être des élèves et des professeurs en assurant une attitude rationnelle en cas d'incident et en garantissant la 73 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac confidentialité et l'accès à une assistance spécialisée si néces- saire; et 8. elle soutient le personnel scolaire en le soulageant de la respon- sabilité exclusive de prendre des décisions en cas d'incident. ELABORATION DE POLITIQUES ET DE PROCÉDURES Le processus d'élaboration de la politique et des procédures peut être aussi important que la politique elle -même. Celle ci doit être mûre- ment étudiée en consultation avec ceux qu'elle concerne : corps en- seignant, parents et élèves, ou leurs représentants. La concertation accroît les chances d'acceptation et de respect de la politique par la communauté scolaire. Et, bien que chaque école ait son propre ordre calendrier et ses propres questions à régler, il est souhaitable que l'élaboration d'une telle politique se fasse en six étapes. Premièrement, l'école devrait constituer un comité provisoire représentant l'opinion de la communauté scolaire (élèves inclus). Ledit comité devrait faire des recommandations quant au contenu de la politique, définir une réaction normalisée aux incidents impliquant l'usage de drogues, rédiger et distribuer le projet, puis mettre au point le document final. Deuxièmement, l'école devrait organiser un atelier pour fournir aux membres du comité une information récente sur les questions d'usage de drogues par les jeunes. Le personnel, les parents et les membres de la communauté trouveront sans doute l'atelier utile, notamment par son aspect de sensibilisation aux avantages d'une politique scolaire. Troisièmement, l'école devrait procéder à une analyse des besoins et identifier tout problème actuel ou potentiel relatif à l'usage de drogues, ainsi que les services disponibles pour un soutien ou une intervention tels que la police, les unités chargées des questions de drogue et d'alcool, et les agents de santé. Elle devrait également revoir sa politique actuelle et demander à d'autres écoles ayant un profil démographique similaire de lui soumettre des exemples. 74 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles Quatrièmement, l'école devrait rédiger le projet de politique, en indiquant de manière détaillée les interventions proposées mais égale- ment les mesures de prévention qui viendront compléter et soutenir cette politique. Le projet devrait être distribué pour commentaires aux membres du comité, au personnel de l'école, aux représentants syn- dicaux de ces derniers (le cas échéant), aux parents et à l'unité locale de promotion de la santé. Cinquièmement, l'école devrait informer suffisamment à l'avance l'ensemble de la communauté scolaire de la date d'entrée en vigueur de la politique. Si nécessaire, elle devrait apporter son soutien aux personnes qui auraient à modifier leur style de vie. Par exemple, elle pourrait fournir aux fumeurs l'information et l'aide nécessaires pour qu'ils réduisent leur consommation. Sixièmement, lorsque politique et procédures auront été appli- quées pendant une période déterminée (un trimestre par exemple), l'école devrait reconvoquer le comité d'origine pour évaluer l'effi- cacité de la politique. Une enquête ou des commentaires écrits anonymes sont deux méthodes couramment utilisées pour évaluer l'acceptabilité et le respect des règles. Certaines questions importantes devraient être considérées dans l'élaboration d'une politique scolaire : 1. Quelles sont les raisons qui motivent l'élaboration d'une politique ? 2. La politique couvrira -t -elle à la fois la prévention et l'inter- vention ? 3. S'appliquera -t -elle également aux élèves, au personnel et aux visiteurs ? 4. S'appliquera -t -elle de façon différente selon les substances toxiques consommées ou le contexte de la consommation ? 5. Couvrira -t -elle l'usage de substances toxiques lors de réceptions tenues dans l'enceinte de l'établissement ? 6. Existe -t -il des politiques et des règlements, tels qu'une légis- lation antidrogue nationale, auxquels la politique prévue devrait être conforme ? 75 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac 7. La politique scolaire couvrira -t -elle tous les types de drogues, licites et illicites ? 8. Un briefing interne sera -t -il organisé pour le personnel avant la mise en oeuvre de la politique ? 9. Quelle diffusion donner au document précisant la politique ? 10. Quel sera le dispositif mis en place pour informer de cette poli- tique les nouveaux élèves, les nouveaux membres du personnel et les visiteurs ? 11. La politique sera -t -elle revue et, et si c'est le cas, quand et par qui ? 12. De quelle manière la question de la confidentialité sera -t -elle résolue ? 13. Quels types d'interventions prévoit -on ? Différeront -ils suivant les situations (possession de drogue seulement, utilisation, vente) ? 14. La politique prévoira -t -elle des interventions et des procédures disciplinaires différentes pour le personnel ou les élèves qui se présenteront avec des problèmes ou des préoccupations liés à l'usage de substances toxiques ? Il convient en outre de répondre à certaines questions sur les réactions de l'école face à des cas d'usage de substances toxiques : 1. La procédure d'intervention qu'on se propose d'adopter protégera -t -elle le bien -être et la vie privée des élèves tout en res- tant compatible avec l'éthique et le fonctionnement de l'école ? 2. A quel moment et de quelle manière informera -t -on les parents en cas d'usage de drogues, et qui aura la tâche de les contacter ? 3. La police sera -t -elle informée des cas d'usage de drogues illicites ? Si oui, quelle est la procédure de consultation prévue pour les interrogations ou les arrestations de membres du per- sonnel ou d'élèves par la police ? 4. Quel rôle joueront les organismes extérieurs, tels que les services de conseil et d'assistance pour les questions de drogues ou d'alcoolisme ? Et qui coordonnera l'orientation vers ces orga- nismes ? 76 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles 5. Quels services sociaux et services d'aide spécialisée pourront être mis à disposition du personnel ou des élèves impliqués dans un cas d'usage de drogues ou se présentant avec un problème ou un souci dans ce domaine ? Cette section ne soulève les questions ci- dessus que dans un but de conseil et d'orientation. Ce sont les besoins évalués par chaque école et la nécessité de se conformer aux législations locales et natio- nales en vigueur qui devraient déterminer la politique de l'école vis -à- vis de l'usage de substances toxiques. 77 7Organisations de jeunesse ORGANISATIONS TRADITIONNELLES Les organisations de jeunesse occupent souvent une place importante dans la vie des jeunes car elles leur offrent des équipements récréatifs et une occasion de fréquenter des personnes de leur âge dans un milieu sans danger. Si leurs buts et leur raison -d'être diffèrent parfois, ces organisations élargissent de plus en plus leurs services pour englober des questions qui préoccupent les jeunes, notamment la consommation de drogues et les problèmes qui y sont liés. Cette action est souvent analogue, de par sa méthode, à celle qui est menée dans les écoles, c'est -à -dire développer des compétences aussi bien générales que spécifiques à certaines situations, accroître les connais- sances et influencer les attitudes et le comportement. Les méthodes d'éducation par les pairs conviennent particulièrement dans le cadre des clubs de jeunes. En dehors de l'école et du foyer familial, les organisations de jeunesse offrent peut -être le meilleur contexte pour entreprendre une action préventive individuelle auprès des jeunes. Il est, de plus, reconnu que de nombreuses activités déployées par ces organisations peuvent être utilisées non seulement pour favoriser le développement personnel et social des jeunes, mais également pour leur transmettre des informations et des messages efficaces sur l'alcool, le tabac et la drogue. Les jeunes sont peut -être plus réceptifs à ce genre de messages dans le cadre décontracté et libre d'un club de jeunes ou de 78 Organisations de jeunesse sport. Ces endroits sont aussi un moyen d'atteindre les jeunes qui quittent l'école et ceux qui, pour une raison ou une autre, n'y vont pas régulièrement. Autre avantage du club : les jeunes peuvent y rechercher des informations et des conseils sur la drogue auprès d'une personne crédible qui, à leurs yeux, ne représente pas l'autorité. En donnant des informations et des conseils sur la consommation de drogues, les édu- cateurs sont souvent en première ligne. Ils sont d'ailleurs de plus en plus souvent amenés à s'occuper de problèmes de drogue et d'alcool alors qu'ils ne disposent pas forcément des moyens adéquats pour le faire. Beaucoup d'entre eux ont demandé à recevoir une formation en matière de prévention et de conseil. Ils ont besoin de se sentir bien informés et à l'aise dans le travail qu'ils font à propos de la drogue. Les éducateurs devraient évidemment être formés et régulièrement informés sur les questions de prévention et de réduction des effets nocifs. Dans la partie flamande de la Belgique, le Vereniging voor Alcohol- en andere Drug- problemen VZW (VAD) organise des exercices systématiques destinés à mieux sensibiliser les personnes qui travaillent avec les jeunes. Les services et les groupes communau- taires de prévention de la toxicomanie ont souvent un rôle important à jouer dans l'éducation et la formation des animateurs traditionnels des groupes de jeunes, des jeunes eux -mêmes et des parents sur les questions relatives à l'usage de substances toxiques. D'autres orga- nismes et groupes peuvent apporter une contribution, par exemple sous forme de pièces de théâtre, de concerts et d'ateliers ayant pour but notamment de développer des compétences, de réaliser et de pré- senter des vidéos et des films et de répondre aux questions des parents et des enfants. De nombreuses activités divertissantes et créatrices peuvent ainsi avoir un aspect préventif. GROUPES SPORTIFS COMMUNAUTAIRES De nombreuses activités de prévention de la toxicomanie sont déployées dans les groupes sportifs communautaires. L'action menée dans ce contexte revêt souvent la forme d'une campagne générale pour sensibiliser les jeunes et élaborer des normes, plutôt que d'un travail spécifique, en tête -à -tête, avec les jeunes. En Allemagne, par exemple, l'Association allemande de football (DFB), l'Association 79 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac allemande Track and Field et l'Association allemande de tennis parti- cipent toutes à l'initiative «Pas de pouvoir pour la drogue », parrainée par le chancelier fédéral Helmut Kohl et dirigée par le Ministère fédéral de la santé. Par ailleurs, le Centre fédéral allemand d'édu- cation sanitaire collabore avec l'Association allemande de football dans le cadre de la campagne «Qui a besoin de cigarettes ?» à l'inten- tion des équipes juniors de football. Dans de nombreux pays, les associations sportives de niveau pro- fessionnel sont engagées dans des actions de prévention dans les écoles ainsi qu'avec des clubs sportifs de jeunes. Dans certaines régions du Royaume -Uni par exemple, les clubs de rugby et de football professionnels collaborent avec la police et d'autres orga- nismes à un programme éducatif sur la drogue mené dans les écoles. Cette méthode, très populaire auprès des jeunes, renforce la crédi- bilité des messages émanant de l'école et d'autres représentants de l'autorité. CLUBS DE PRÉVENTION Outre les clubs traditionnels de loisirs, des organisations ont été créées spécifiquement pour répondre aux préoccupations suscitées par l'usage de substances toxiques chez les jeunes. Par exemple, les clubs de non- fumeurs ont proliféré ces dernières années. Dans la partie francophone de la Belgique, la Fondation contre les affections respi- ratoires et pour l'éducation à la santé (FARES asbl) a créé récemment le programme «Première génération sans tabac» pour promouvoir chez les jeunes un mode de vie sain et sans tabac. L'organisation, qui compte 84 clubs scolaires et 17 000 membres, publie un bulletin qui présente à ses jeunes membres des informations, des conseils et des jeux. Les clubs participent à des activités de loisirs, d'information, de prévention et de promotion de la santé. Des clubs semblables ont été créés ailleurs dans le pays. Au Royaume -Uni, les clubs «Smokebusters» encouragent les enfants à rejeter le tabagisme en : leur donnant les informations, la confiance en eux et le soutien nécessaires pour les aider à résister aux pressions incitant à fumer; 80 Organisations de jeunesse constituant un solide réseau de groupes de pairs pour soutenir les enfants non -fumeurs; présentant le refus de fumer comme le choix positif, adulte, séduisant et amusant à faire; encourageant les membres à prendre une part active aux activités du club et en créant un environnement sans fumée; promouvant une vie saine. Comme la plupart des clubs du même genre, les clubs Smokebusters s'adressent à des enfants de 9 à 14 ans. Les statistiques montrent que c'est dans ce groupe d'âge que le risque de commencer à fumer est le plus élevé. Administrés par le biais de services de promotion de la santé, d'écoles, de groupements de jeunes, de programmes soutenus par le gouvernement et de groupes locaux d'action contre le taba- gisme et en faveur de la santé, les clubs locaux recrutent leurs membres dans les écoles, dans d'autres associations de jeunes ou à titre individuel. Les membres reçoivent un dossier d'introduction et des bulletins d'information et sont associés à toutes sortes d'activités de groupe ainsi qu'à des campagnes et des pétitions en faveur de l'environnement (par exemple pour l'interdiction de fumer dans les bus). Ces clubs jouissent d'une très grande popularité auprès du groupe cible ainsi qu'auprès des écoles, des conseils d'établissements et des associations de parents. Etre membre d'un club Smokebusters est à la mode. Divers mouvements pour la sobriété des jeunes sont engagés dans la prévention de la consommation d'alcool et de drogue. Cette démarche semble trouver un certain écho dans les pays d'Europe cen- trale et orientale. En Lituanie, par exemple, de nombreuses asso- ciations opèrent par l'intermédiaire des écoles ou dans les écoles elles -mêmes pour organiser des séminaires et des camps de week -end et publier des journaux spéciaux. Les jeunes d'autres groupes participent activement à l'éducation de leurs pairs en matière de lutte contre la consommation de sub- stances toxiques. Les membres travaillent avec les services commu- nautaires à des activités de recherche, de conception, de mise à l'essai, de diffusion et d'évaluation de matériel pédagogique novateur tel que bandes dessinées, vidéos et pièces de théâtre. De nombreux 81 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac groupes se consacrent à un problème particulier qu'ils estiment inadéquatement géré par les services existants - par exemple - la consommation de drogues dans les soirées et lieux où l'on danse. Le financement de ces groupes provient de sources diverses. ORGANISATIONS EN FAVEUR DES JEUNES À RISQUE Les services sociaux et les départements judiciaires fournissent sou- vent des ressources aux clubs et aux activités destinés aux jeunes qui s'adonnent à la drogue ou qui vivent dans des endroits où son usage est très répandu. L'objectif immédiat de ces organisations est de pro- poser aux jeunes des activités stimulantes, créatrices et souvent physiques qui soient incompatibles avec la consommation de drogues. Les collectivités ont souvent très peu à offrir aux jeunes et certains finissent par s'adonner à la drogue par ennui, frustration et manque de possibilités. A long terme, on espère que des jeunes auxquels diverses options seront proposées et qui auront acquis des qualifications et une certaine assurance n'éprouveront pas le besoin de consommer des drogues. Ces clubs sont généralement dotés d'un personnel de jeunes spécialement formés ou de professionnels de la prévention de la toxi- comanie, et il arrive qu'ils disposent à la fois d'installations fixes et de structures mobiles. Certains clubs sont rattachés à des services de prévention spécialisés dans des drogues particulières, ou collaborent avec de tels services. Par exemple, le «Crazy Girls Project» à Lahti, Finlande, travaille conjointement avec l'organisme municipal «Mono -Service» afin d'aider les jeunes filles qui connaissent des problèmes sociaux dus à la consommation de drogue et d'alcool (par exemple celles qui risquent d'être retirées de l'école ou de leur milieu familial). On a constaté une augmentation de l'usage de drogues et d'alcool chez les filles de moins de 16 ans. Le «Crazy Girls Project» a pour but de les empêcher de continuer à consommer des drogues en les faisant parti- ciper à des activités qui accroissent leur respect d'elles -mêmes et leur sens de leur propre valeur. La participation des parents représente également un élément déterminant. Les jeunes filles sont contactées par Mono -Service et s'engagent à ne plus consommer ni drogue ni alcool pendant qu'elles participent au projet. Les animateurs sont des volontaires formés par le service au travail social avec des jeunes. Le 82 Organisations de jeunesse financement est assuré par le projet Lahti, projet provisoire et portant sur cette ville. Aucune source de financement permanente n'a été garantie, bien que cette action soit considérée comme très importante pour les efforts de prévention déployés par la ville. POLITIQUES ET PROCÉDURES DE SOUTIEN Les organisations de jeunesse devraient se doter d'une politique et de procédures concernant l'usage de substances toxiques. On considère que des directives indiquant clairement quand, où et comment la consommation d'alcool et de tabac est acceptable ont un effet pré- ventif important (59). Des organisations comme VAD aident les clubs à élaborer des directives pratiques. La collaboration locale avec les écoles, les départements de santé publique et de promotion de la santé, les ministères de la santé et de la protection sociale, la police et d'autres organismes peut non seulement assurer la transmission de messages et d'informations cohérents et efficaces, mais fournir égale- ment des connaissances spécialisées et des idées pour des actions de prévention. CONCLUSION Les problèmes d'alcoolisme, de tabagisme et de toxicomanie sont de plus en plus souvent portés à l'attention des personnes qui travaillent avec les jeunes. Les organisations en faveur des jeunes peuvent assurer une éducation sur l'usage de substances toxiques, de manière implicite et explicite. Les animateurs ont besoin d'une formation qui leur donne les compétences et les connaissances nécessaires pour jouer un rôle d'éducateurs et intervenir en cas de consommation de substances toxiques. De plus, les jeunes participent à l'éducation de leurs pairs sur les questions liées à la drogue. Cette méthode a toujours donné des résultats positifs pour ce qui concerne le compor- tement. Ce genre de travail devrait être encouragé et financé afin que les personnes et les organismes qui s'y consacrent puissent partager leurs expériences et leurs méthodes avec d'autres. 83 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Adresses Vereniging voor Alcohol - en andere Drugproblemen VZW (VAD) Gustave Schildknechtstraat 9 1020 Bruxelles Belgique Centre fédéral d'éducation sanitaire Ministère fédéral de la santé Hauptgebäude Am Propsthof 78 a 53121 Bonn Allemagne Fondation contre les affections respiratoires et pour l'éducation à la santé (FARES asbl) 56, rue de la Concorde 1050 Bruxelles Belgique Smokebusters England c/o Project Officer (Smokebusters) HEA HELIOS Project University of the West of England Oldbury Court Road Fishponds Bristol BS6 6UZ Royaume -Uni Smokebusters Northern Ireland c/o Education Officer (Smokebusters) Ulster Cancer Foundation 40 -42 Eglantine Avenue Belfast BT9 6DX Royaume -Uni 84 Organisations de jeunesse Smokebusters Scotland c/o Action on Smoking and Health 8 Frederick Street Edinburgh EH2 2HB Royaume -Uni Smokebusters Wales c/o Co- Ordinator Smokebusters Health Promotion Authority for Wales Ffynnon -las Ty Glas Avenue Llanishen Cardiff CF4 5DZ Royaume -Uni Mono- Service /Crazy Girls Project Mariankatu 11 15110 Lahti Finlande 85 8Manifestations et projets liés à la prévention De multiples initiatives, manifestations et projets novateurs destinés à prévenir les effets nocifs de l'usage de substances toxiques ont eu lieu dans la Région européenne. Certains sont des manifestations à carac- tère national ou international (comme la Semaine européenne pour la prévention de la drogue) alors que d'autres ont un caractère plus local et plus ciblé. Il s'agit, la plupart du temps, de projets coopératifs dans lesquels les organisations intéressées apportent une aide sous forme de financement, de coordination et de connaissances techniques. Parfois les jeunes organisent et coordonnent eux -mêmes des manifes- tations et des projets. Ces derniers sont souvent liés à des initiatives communautaires plus larges de promotion de la santé, ce qui renforce la pertinence du message aux yeux des jeunes, et par conséquent son impact. Nombreux sont les projets et manifestations visant à promouvoir un mode de vie sain et à permettre aux jeunes de prendre des déci- sions saines aujourd'hui et à l'avenir. Ces projets ne concernent pas toujours directement l'usage de substances toxiques. Ceux qui traitent effectivement de cette question mettent la plupart du temps l'accent sur une expression créatrice des avantages de la non -consommation d'alcool, de tabac ou de drogue. En général, les jeunes ne considèrent pas comme crédibles les messages négatifs ou les tactiques destinées à faire peur. Les mêmes principes s'appliquent au travail de pré- vention mené dans les écoles et en dehors du milieu scolaire : les 86 Manisfestations et projets liés à la prévention messages, l'information et les activités doivent avoir un sens pour les jeunes, être adaptés au groupe visé, ne pas juger ni stigmatiser, et être compatibles avec les règles de la vie en société. Quelques exemples de manifestations et de projets pour la jeunesse sont brièvement exposés ci- après. UNE ACTIVITÉ NATIONALE Un concours de musique a eu lieu au Danemark à l'occasion de la Semaine européenne de prévention de la drogue en 1994. Le Minis- tère de la santé a coordonné le projet avec le Cercle national de la jeu- nesse et un consultant en matière d'alcool et de drogue, nommé par le comté. Le concours intitulé «The Slide» ( «La dérive ») était un projet de groupe destiné à des jeunes de 14 à 21 ans. Des orchestres de rock amateurs, s'inspirant de leur propre expérience et de celle des autres, ont exprimé en paroles et en musique leurs idées sur les raisons qui conduisent certains jeunes à tomber dans la drogue et l'alcool. Un jury composé de représentants d'orchestres de rock danois de haut niveau a choisi les 15 meilleurs numéros, qui ont été enregistrés sur disque compact. Les écoles et les clubs de jeunes peuvent emprunter le disque par l'intermédiaire du Centre de matériel didactique. Outre l'honneur d'avoir leurs chansons enregistrées, les 15 orchestres gagnants ont été traités en vedettes pendant les séances d'enregis- trement, les conférences de presse et les réceptions organisées dans leurs clubs de jeunes et leurs écoles. Des stations de radio locales ont également été invitées aux séances d'enregistrement. L'idée de base de la campagne était de faire appel aux rêves de célébrité des jeunes pour les amener à réfléchir sur le problème de l'usage des drogues et à exprimer leurs idées en musique. Le concours permettait non seulement de rendre hommage au travail des participants mais également de créer du matériel qui pouvait servir à d'autres. 87 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac ACTIVITÉS LOCALES Halte à l'usage de drogues multiples Dans le cadre des activités de la Semaine européenne de prévention de la drogue 1994 et en réaction à la tendance croissante des jeunes à mélanger l'alcool et différents produits pharmaceutiques, une cam- pagne radio intitulée «Halte à l'usage de drogues multiples» a été menée à l'intention des jeunes de 16 à 24 ans dans le comté de Ribe, au Danemark. Les stations de radio locales ont diffusé des entretiens, des informations, de la musique et des concours traitant des risques liés à l'alcool et à la drogue. Elles ont aussi indiqué les numéros de téléphone et les adresses d'organismes de secours et de conseil. En outre, des journaux se sont adressés aux adultes par des publicités les encourageant à mettre de l'ordre dans leurs armoires à pharmacie et à réduire leur consommation de calmants et de tranquillisants. La cam- pagne, qui a duré une semaine, s'adressait donc à la fois aux jeunes et à leurs parents, ce qui renforçait et élargissait la diffusion du message. Simultanément, des informations étaient données sur la manière de modifier les comportements actuels. Le coordinateur de la campagne était le consultant en matière de drogues du Département de la santé et de la prévention de Ribe. 6VT - Edinburgh City Youth Café L'Edinburgh City Youth Café est un café -snack bar où aucune consommation de substances toxiques n'est autorisée, créé pour répondre aux besoins des jeunes de 15 à 20 ans. Situé dans le centre de la ville, il propose un environnement social et récréatif, avec notamment de la musique live, et organise des ateliers éducatifs libres sur de nombreux de sujets. Il a pour objectifs : d'offrir aux jeunes un cadre sûr et permettant d'aborder des ques- tions et des préoccupations sociales; d'encourager les jeunes habitués du Café à assumer une respon- sabilité importante dans son organisation et sa gestion; de fournir un service de conseil et d'information de qualité pour aider les clients à prendre des décisions avisées concernant leur vie et à traduire leurs décisions en actes; 88 Manisfestations et projets liés à la prévention de proposer des expériences appropriées permettant aux jeunes d'apprendre à se connaître et de devenir plus efficaces dans leurs relations avec les autres. Outre son objectif d'information, le projet comporte également un travail à long terme en tête -à -tête avec les jeunes et les dirige le cas échéant vers d'autres services plus spécialisés. Le service d'infor- mation et de conseil traite de nombreux sujets dont le logement et les sans -abri, la défense des consommateurs, le crédit et les dettes, la toxicomanie, les prestations sociales, la santé en général et la santé sexuelle, et les possibilités locales en matière d'éducation et de loisirs. Le Café est ouvert en semaine le soir et les week -ends. Il emploie du personnel à plein temps ou à temps partiel rémunéré grâce à une subvention locale du Lothian Regional Council, et des volontaires. Les jeunes sont associés à la planification, à l'organisa- tion et à la gestion du projet par l'intermédiaire du comité de gestion. Les autres membres du comité comprennent des représentants des conseils régionaux et de district, d'autres projets et organismes de la jeunesse et de l'association des habitants du quartier. L'Edinburgh City Youth Café est un projet caritatif agréé dont le financement provient de nombreuses sources, et notamment d'une subvention du gouvernement local et d'associations de bienfaisance. Contrairement à des projets qui offrent essentiellement aux jeunes des locaux de loisirs où la consommation de substances toxiques est interdite, l'Edinburgh City Youth Café leur propose engagement pour des causes sociales, participation et affirmation de soi dans un environnement dépourvu de pressions commerciales. C'est là une différence considérée comme décisive pour le succès de ce genre d'établissement. Les entreprises de ce type qui ne sont pas à l'écoute des préoccupations des jeunes n'arrivent généralement pas à survivre. 89 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Adresses «The Slide» National Board of Health, 1st Division Amaliegade 13 P.O. Box 2020 1012 Copenhague C Danemark Drugs Consultant Department of Health and Prevention County of Ribe Amtsghrden Sorsigvej 35 6760 Ribe Danemark Project Coordinator 6VT - Edinburgh City Youth Café 4 -6 Victoria Terrace Edimbourg EH1 Royaume -Uni Department of Education Lothian Regional Council 40 Torphichen St Edimbourg EH3 8JJ Royaume -Uni 90 9Conclusion Le constat collectif qui se dégage de la littérature étiologique et épi- démiologique, des ouvrages consacrés à la prévention et des rapports des experts de la Région européenne montre que, malgré les efforts de prévention, l'alcool, le tabac et la drogue continuent de mettre les jeunes en danger. Bien que la consommation de ces substances n'entraîne que relativement peu d'effets nocifs personnels pour la plupart des jeunes, tous les secteurs des communautés locales et inter- nationales sont confrontés à la tâche de devoir s'attaquer aux dom- mages collectifs qu'elle entraîne. L'éducation préventive dans les écoles est considérée comme une démarche essentielle pour fournir aux élèves les connaissances et les moyens qui leur permettront de faire des choix avisés face à la consommation de substances toxiques. Les approches fondées sur l'action des pairs, la capacité de gérer au mieux sa vie et l'influence sociale ont produit dans de nombreux cas des résultats positifs en matière de comportement. Toutefois, en raison des nombreux facteurs internes et externes qui influencent les décisions des jeunes concer- nant l'usage de la drogue, les efforts faits en classe doivent être renforcés et soutenus par l'ensemble de l'école, les parents et la collectivité locale. Ils devraient parvenir à créer un climat dans lequel les choix sains seraient la norme. Une politique publique saine dans ce domaine pourrait consister à contrôler les prix et l'offre d'alcool et de tabac, à restreindre la publicité et les opérations de promotion et à soutenir les efforts d'abstinence. Toutes ces mesures, parmi d'autres, peuvent renforcer les messages diffusés dans les écoles et ailleurs. 91 Références 1. KING, A. & COLES, B. The health of Canada's youth: views and behaviours of 11 -, 13 -, and 15 -year olds from 11 countries. Toronto, Ministère de la santé et de la protection sociale, 1992. 2. VAN REEK, J. ET AL. Alcohol consumption and correlates among children in the European Community. International journal of the addictions, 29(1): 15 -21 (1994). 3. OSSERVATORIO PERMANENTE SUI GIOVANI E L'ALCOOL Young people and alcohol in Europe. Rome, Omaggio, 1994. 4. FOSSEY, E. Young children and alcohol: a theory of attitude development. Alcohol and alcoholism, 4: 485 -498 (1993). 5. FOZEY, C. L'étiologie de la consommation des substances psy- chotropes. Paris, Organisation des Nations Unies pour l'éduca- tion, la science et la culture, 1977. 6. PLANT, M.A. & PLANT, M.L. Risk -takers. alcohol, drugs, sex and youth. Londres, Tavistock, 1992. 7. REUBAND, K. -H. 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Même si cette consommation ne leur fait pas trop de mal, l'abus de substances toxiques engendre pour la société des maux qui nécessitent l'intervention de tous les secteurs par des mesures appropriées. La question est la suivante : quelles sont les meilleures méthodes pour prévenir la consommation de substances toxiques chez les jeunes ? Cet ouvrage - le huitième d'une série de neuf - traite cette question en : examinant la littérature relative à l'usage de substances toxiques et à ses effets; ® décrivant diverses méthodes et programmes de prévention appliqués dans les écoles et la collectivité; ® proposant des directives pour le travail de prévention. Les méthodes qui font appel aux pairs et prennent en compte les influences agissant sur la consommation de substances toxiques sont les plus efficaces pour modifier les comportements. Toutes les mesures préventives, cependant, quel que soit leur contexte, doivent être renforcées et soutenues par la société. Cette publication propose une lecture intéressante et utile à toute personne qui s'intéresse à la prévention de l'usage de substances toxiques chez les jeunes. Elle est particulièrement recommandée aux professionnels de la santé, de l'éducation et autres travaillant dans ce domaine. Aider les jeunes à respecter et protéger leur santé en évitant de consommer des drogues est une importante contribution à la Santé pour tous. ISBN 92 890 2330 9 20 Fr. suisses
Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac OMS, Publications régionales, Série européenne, n° 66 Collection de publications du Plan d'action européen contre l'alcoolisme L'évaluation et la surveillance de la lutte contre l'alcoolisme, Peter Anderson et Juliani Lehto. Options pour une politique de réglementation de l'alcool, Juhani Lehto. Politique en matière d'alcool : aspects économiques, Juhani Lehto. L'alcool et les médias, Marjatta Montonen. La lutte contre l'alcoolisme au niveau associatif et municipal, Bruce Ritson. Alcool et soins de santé primaires, Peter Anderson. Le traitement de l'alcoolisme, Nick Heather. Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac, Kellie Anderson. Alcool et lieu de travail, Marion Henderson, Graeme Hutcheson et John Davies. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), créée en 1948, est une institution spécialisée des Nations Unies à qui incombe, sur le plan international, la responsabilité principale en matière de questions sanitaires et de santé publique. Par l'intermédiaire de l'OMS, les professionnels de la santé de plus de 180 pays échangent des connaissances et confrontent leurs expériences pour que tous les habitants de la planète puissent jouir d'un niveau de santé qui leur permette de mener une vie socialement et économiquement productive. Le Bureau régional de l'Europe est l'un des six bureaux régionaux de l'OMS répartis dans le inonde. Chacun d'entre eux a son programme propre, dont l'orientation dépend des problèmes de santé particuliers des pays qu'il dessert. La Région européenne, peuplée d'environ 850millions d'habitants, s'étend du Groenland (au nord) à la Méditerranée (au sud), et de l'Atlantique (à l'ouest) au Pacifique (à l'est). Le programme européen de l'OMS est axé, d'une part, sur les problèmes propres aux sociétés industrielles et postindustrielles et, d'autre part, sur ceux que rencontrent les nouvelles démocraties en Europe centrale et orientale et dans les pays issus de l'ex -URSS. Dans la stratégie mise au point par le Bureau régional en vue d'instaurer la «Santé pour tous », les activités se subdivisent en trois grandes catégories: modes de vie favorables à la santé, environnement salubre et services appropriés de prévention et de traitement. La Région européenne présente une grande diversité linguistique, qui risque d'entraver la diffusion de l'information. Les droits de traduction des ouvrages publiés par le Bureau régional seront donc volontiers accordés. Organisation mondiale de la santé Bureau régional del'Europe Copenhague Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Kellie Anderson Groupe de recherche sur l'alcool, Université d'Edimbourg, Royaume- Uni OMS, Publications régionales, Série européenne, N° 66 Sous la direction de Mary Stewart Burgher Catalogage à la source : Bibliothèque de l'OMS Anderson, Kellie Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac / Kellie Anderson (OMS, Publications régionales. Série européenne, n° 66) 1. Alcoolisme - prévention et contrôle 2. Toxicomanie - prévention et contrôle 3. Tabagisme - prévention et contrôle 4. Adolescence 5. Europe I. Titre II. Série ISBN 92 890 2330 9 (Classification LC HV 5135) ISSN 0250 - 8575 Le Bureau régional de l'Europe de l'Organisation mondiale de la santé accueillera favorablement les demandes d'autorisation visant à reproduire ou à traduire ses publi- cations, en partie ou intégralement. Les demandes à cet effet et les demandes de renseignements doivent être adressées au Bureau des Publications, Bureau régional de l'OMS pour l'Europe, Scherfigsvej 8, DK -2100 Copenhague 0, Danemark, qui four- nira volontiers les renseignements les plus récents sur tout changement apporté au texte, les nouvelles éditions envisagées et les réimpressions ainsi que les traductions déjà disponibles. © Organisation mondiale de la santé 1997 Les publications de l'Organisation mondiale de la santé bénéficient de la protection prévue par les dispositions du Protocole N° 2 de la Convention universelle pour la protection du Droit d'Auteur. Tous droits réservés. Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n'impliquent de la part du Secrétariat de l'Organisation mondiale de la santé aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Les noms de pays ou zones utilisés dans cette publication sont ceux qui étaient en vigueur au moment où la version en langue originale de cet ouvrage a été préparée. La mention de firmes et de produits commerciaux n'implique pas que ces firmes et produits commerciaux soient agréés ou recommandés par l'Organisation mondiale de la santé de préférence à d'autres. Sauf erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu'il s'agit d'un nom déposé. Les opinions exprimées dans la présente publication sont celles des participants à la réunion et ne représentent pas nécessairement les décisions ou la politique de l'Organisation mondiale de la santé. IMPRIMÉ AU DANEMARK Table des matières Page Introduction 1 L'usage de substances toxiques et les problèmes associés en Europe 1 1. L'alcool et les jeunes 5 Schémas de consommation d'alcool 6 Evolution des styles de consommation 11 Pourquoi certains jeunes boivent 13 Effets nocifs d'une consommation inappropriée d'alcool chez les jeunes 15 Conclusion 16 2. La drogue et les jeunes 18 La consommation de drogues dans l'ensemble de la population 19 La consommation de drogues chez les jeunes 20 Pourquoi les jeunes se droguent 24 Effets nocifs de l'usage de drogues 25 Conclusion 27 3. Le tabac et les jeunes 29 Effets nocifs du tabagisme 30 Déterminants du tabagisme 33 Prévalence du tabagisme 36 Méfaits du tabac chez les jeunes 38 Conclusion 39 4. L'école: un milieu favorable pour la promotion de la santé 40 L'école au service de la santé 41 Relations avec la collectivité 47 Collaboration avec d'autres organismes 50 Relations avec les parents 52 Conclusion 54 iii 5. Les programmes d'éducation dans les écoles 56 Méthodes actuelles 57 Conclusion 64 6. Politiques visant à développer la prévention dans les écoles 72 Elaboration de politiques et de procédures 74 7. Organisations de jeunesse 78 Organisations traditionnelles 78 Groupes sportifs communautaires 79 Clubs de prévention 80 Organisations en faveur des jeunes à risque 82 Politiques et procédures de soutien 83 Conclusion 83 8. Manifestations et projets liés à la prévention 86 Une activité nationale 87 Activités locales 88 9. Conclusion 91 Références 92 iv Introduction Cet ouvrage : examine la documentation spécialisée concernant l'étiologie, l'épidémiologie et la prévention de l'usage de drogues par les jeunes d'âge scolaire; fournit des informations et des exemples de méthodes et de pro- grammes préventifs dans les écoles et les collectivités; et fournit des directives aux personnes qui s'occupent de pré- vention. L'étendue de ce domaine de recherche limite la quantité de détails que l'on pourrait consacrer à un sujet particulier. Des ques- tions moins directement liées à la prévention, comme l'influence de la publicité, les prix et l'offre, sont à peine abordées. Ces facteurs influencent néanmoins l'expérience et l'usage de l'alcool et du tabac et les personnes qui s'occupent de prévention auprès des jeunes devraient en tenir compte. Ces questions sont traitées dans d'autres ouvrages de cette série. L'USAGE DE SUBSTANCES TOXIQUES ET LES PROBLÈMES ASSOCIÉS EN EUROPE L'histoire montre que l'humanité a toujours eu un penchant pour les substances psychotropes. L'alcool, les opiacés, le cannabis, le tabac et autres substances qui influent sur l'humeur ont été consommés à une époque ou une autre dans la plupart des pays, même dans ceux qui en interdisent aujourd'hui l'usage. Selon le pays et l'époque, l'usage de 1 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac substances psychotropes revêt une signification sociale et culturelle différente. Ceci vaut tout particulièrement pour l'alcool. Par exemple, on constate habituellement une propension à la bière et aux spiritueux dans les régions céréalières tandis que l'on préfère le vin dans les régions viticoles. L'usage du tabac est plus général : la dépendance à la nicotine et les publicités séduisantes sur le tabac ont pénétré jusque dans les régions les plus reculées du globe. L'usage d'autres sub- stances toxiques suit de beaucoup plus près les préférences culturelles et le statut juridique. Dans les pays européens, la consommation de tabac et d'alcool entraîne certainement beaucoup moins de restric- tions légales que celle d'autres produits psychotropes. Il est bien connu que même l'usage de substances légales peut devenir nocif sur le plan personnel et social. Le prix que coûte à l'individu et à la société l'abus d'alcool est énorme et fait l'objet d'une importante documentation. La morbidité et la mortalité prématurée associées aux maladies, aux accidents et à la violence imputables à l'alcool affectent non seulement les per- sonnes mais imposent à la société un fardeau excessif pour les services de santé, de protection sociale et de justice pénale. Les problèmes de santé liés à la consommation d'alcool comprennent divers types de cancer (en particulier des organes digestifs), la cirrhose du foie, les accidents cérébro -vasculaires ainsi que des atteintes temporaires ou chroniques à la santé mentale. Le facteur alcool intervient dans de nombreux accidents de la route qui mettent en jeu la vie d'occupants de véhicules, de piétons et de cyclistes, et dans des infractions à l'ordre public. En outre, la violence, les sépa- rations et l'instabilité économique liées à l'alcool peuvent porter préjudice à la vie familiale. Sur le lieu de travail, les problèmes de boisson diminuent la productivité du fait de l'absentéisme, de la baisse de performance et des accidents qui leur sont imputables. Le coût total des problèmes liés à l'alcool pour la société est incalculable mais le prix à payer pour l'économie a été évalué, à titre indicatif, à 5 -6% du produit national ou intérieur brut dans les pays occidentaux. D'une manière générale, l'effet nocif du tabac est considéré comme plus personnel même si la morbidité et la mortalité associées au tabagisme sont de plus en plus reconnues. Il a été établi que le tabagisme était une cause du cancer du poumon et de certaines maladies respiratoires et un facteur de l'apparition de certains autres 2 Introduction cancers, de maladies cardiaques et d'attaques. Le tabac constitue la plus nocive des substances psychotropes. Son usage est à l'origine de six fois plus de décès que toutes les autres causes évitables réunies. Des recherches récentes ont permis d'établir que la moitié des fumeurs mourront de maladies liées au tabac. Chacun sait que le taba- gisme chez la femme enceinte porte atteinte au développement du foetus et que des parents fumeurs peuvent mettre en danger la santé et le développement de leurs enfants. Bien que les risques soient bien établis, la consommation mondiale de produits du tabac continue d' augmenter. Les dommages provoqués par l'usage de médicaments psy- chotropes prescrits et illégaux varient énormément selon le produit. D'une manière générale, toutefois, la consommation de drogue est considérée comme intrinsèquement nuisible et comme quelque chose à éviter. Du fait de leur relative inexpérience, de leur vulnérabilité physique et de leur éventuelle propension à prendre des risques, les jeunes sont les principales cibles des messages destinés à lutter contre la toxicomanie. Certains messages tels que «Il suffit de dire non !» sont sans ambiguïté et touchent à la fois les sphères politiques et le grand public. Néanmoins, ce genre de messages ne tient pas compte des divers facteurs internes et externes qui contribuent à ce qu'une personne décide d'utiliser ou d'éviter une substance toxique. Il est encourageant de savoir que des décideurs politiques, des chercheurs, des professionnels de la santé et de l'éducation et autres spécialistes, en revanche, élaborent et mettent en oeuvre des stratégies et des programmes qui tiennent compte de ces facteurs pour prévenir la consommation de drogues chez les jeunes. La présente publication décrit quelques stratégies et programmes mis en oeuvre dans la Région européenne de l'OMS. Afin de placer ces initiatives dans leur contexte, les aspects étiologiques et épidé- miologiques de l'usage de drogues par les jeunes sont examinés en premier. Compte tenu de la diversité non seulement de la consomma- tion de substances toxiques et des buts de la prévention mais aussi des programmes et des structures politiques ainsi que des méthodes de collecte des données, les informations et les directives présentées sont énoncées en termes généraux. Nous espérons cependant que cette publication offrira un aperçu utile des priorités et des mesures de prévention mis en place dans un certain nombre de pays européens. 1L'alcool et les jeunes Bien que les cultures soient très différentes à l'intérieur de la Région, de nombreux jeunes grandissent dans un milieu où il est normal de boire de l'alcool. Que l'habitude culturelle soit de boire une petite bouteille de vin au repas de midi ou de se retrouver au pub pour quelques tournées après le travail, le fait de boire est généralement considéré comme une occupation légitime et agréable. Dans de nom- breuses cultures, l'alcool est un ingrédient essentiel des grandes occasions et des rites de passage, et une aide à la détente au niveau personnel et en société. En outre, les éventuels effets protecteurs d'une consommation modérée d'alcool, notamment contre les maladies cardiaques, ont fait l'objet de maintes discussions. La notion selon laquelle l'alcool aurait des propriétés thérapeutiques n'est pas nouvelle : il y a longtemps qu'on sert du vin rouge chaud aux enfants de certaines régions rurales de Grèce pour le petit déjeuner. De nombreuses personnes boivent de l'alcool sans dommages apparents. D'autres, cependant, consomment l'alcool d'une manière préjudiciable pour eux -mêmes et pour les autres. Dans les cas les plus graves, une consommation excessive d'alcool peut avoir des consé- quences fatales, essentiellement dues à des maladies du foie mais également à la consommation elle -même, avec ou sans dépendance, et à ses effets toxiques. Dans la Région européenne, le nombre des décès attribués à des maladies du foie varie considérablement mais il est généralement plus élevé dans les pays du sud de l'Europe, bien que ces décès diminuent dans la plupart des groupes d'âge depuis la fin des années 60. La Norvège, les Pays -Bas et le Royaume -Uni ont enregistré une augmentation des taux de mortalité, qui restent cependant inférieurs à ceux des pays d'Europe méridionale, orientale et centrale. En 1992, les taux de mortalité comparatifs par cirrhose du 5 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac foie s'échelonnaient d'un minimum de 2,9 pour 100 000 en Irlande à un maximum de 54,8 en Hongrie. La préférence nationale pour une boisson n'avait pas de rapport avec l'incidence : pays consommateurs de bière ou de vin figuraient au même titre parmi les taux les plus élevés. La plupart des conséquences néfastes de l'abus d'alcool sur les jeunes sont liées aux effets conjugués de l'intoxication, c'est -à -dire la «gueule de bois », les accidents, et les problèmes sociaux et juridiques. Pour faire face à ces problèmes immédiats et prévenir des dégâts futurs, il est important de contrôler la consommation d'alcool chez les jeunes et de mettre en oeuvre des stratégies adéquates en matière d'éducation et de politique publique. SCHÉMAS DE CONSOMMATION D'ALCOOL Il n'est pas rare que les jeunes boivent de l'alcool. Malgré les restric- tions imposées à la consommation d'alcool avant un certain âge, une proportion considérable de jeunes d'âge scolaire boit de l'alcool, ne serait -ce que de temps à autre. Il est cependant difficile d'avancer des chiffres exacts à ce sujet. L'essentiel de l'information dont nous disposons sur les habitudes de consommation des jeunes -à savoir, s'ils boivent, ce qu'ils boivent et en quelle quantité - provient d'enquêtes. Or, étant donné les différences de méthodes et de critères enregistrés et les écarts existant entre les niveaux d'acceptabilité sociale de la consommation d'alcool, les comparaisons à l'intérieur d'un pays ou entre les pays ne sont pas toujours utiles. Par exemple, les interprétations des catégories de buveurs (tels que buveurs modérés ou occasionnels) diffèrent, tout comme les définitions données au mot «jeunes ». La fiabilité des données d'enquêtes fournies par des témoignages personnels peut également être problématique. Certaines personnes sous -évaluent certainement leurs habitudes de consommation alors que d'autres les surévaluent. Malgré tout, les enquêtes et autres rapports émanant de divers pays de la Région fournissent des éléments d'information intéressants lorsqu'on les examine séparément. En outre, quelques études transnationales récentes révèlent les tendances générales de la consommation d'alcool par les jeunes. Ces études, ainsi que l'information obtenue des personnes interrogées au cours de l'élaboration de cette 6 L'alcool et les jeunes publication, sont utilisées pour examiner la consommation d'alcool chez les jeunes dans la Région européenne. Prévalence Les enquêtes révèlent le plus souvent que la plupart des gens ont déjà goûté une boisson alcoolisée au moins une fois avant l'âge de 18 ans. Par exemple, une enquête de l'OMS sur l'attitude des enfants d'âge scolaire face à la santé (HBSC) a examiné la prévalence de l'expérimentation au sein de trois groupes d'âge (enfants âgés de 11, 13 et 15 ans) en 1989 -1990. Cette enquête a révélé que seule une très petite minorité n'avait jamais goûté d'alcool à l'âge de 15 ans (1). Sur l'ensemble des groupes d'âge, les écoliers gallois et écossais étaient les plus nombreux à déclarer avoir goûté de l'alcool, les élèves norvégiens ayant, eux, le plus faible pourcentage d'expérimentation. Dans cette fourchette d'âge allant jusqu'à 15 ans cependant, l'écart entre les enfants des différents pays n'était pas très grand. Sur les 11 pays pour lesquels nous disposions de données comparables (Autriche, Belgique, Canada, Espagne, Finlande, Hongrie, Norvège, Pologne, Suède, ainsi qu'Ecosse et Pays de Galles [Royaume- Uni]), seule la Norvège a enregistré une prévalence d'expérimentation infé- rieure à 90 %. En ce qui concerne les différences entre les sexes, les garçons étaient plus nombreux que les filles à avoir fait l'expérience de l'alcool à l'âge de 11 ans mais l'écart était devenu très faible à l'âge de 15 ans. De nombreuses autres études confirment cette tendance. Il existe une nette différence entre les sexes en ce qui concerne la quantité d'alcool consommée : à travers le monde, les garçons du groupe plus âgé boivent toujours davantage que les filles du même âge. En outre, l'enquête HBSC a examiné la consommation hebdo- madaire d'alcool par âge et par sexe. Les pourcentages de buveurs hebdomadaires étaient relativement faibles à l'âge de 11 ans, chez tous les enfants interrogés, mais sensiblement plus élevés dans le groupe des 15 ans. Le pourcentage des garçons de 15 ans qui buvaient au moins une fois par semaine allait de 10% en Pologne à 47% au Pays de Galles, la plupart des autres pays se situant entre 32% (Ecosse) et 42% (Espagne). Les filles étaient les moins enclines à boire au moins une fois par semaine mais, comme pour les garçons, la prévalence augmentait avec l'âge. A l'âge de 15 ans, les enfants interrogés au Pays de Galles et en Espagne étaient près de dix fois 7 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac plus nombreux à indiquer qu'ils buvaient chaque semaine que les enfants interrogés en Pologne (35 %, 29% et 3% respectivement). Une étude transnationale effectuée en 1990 par la Communauté européenne (CE) sur la consommation de tabac et d'alcool par les enfants âgés de 11 à 15 ans couvrait en partie le même champ que l'étude HBSC; elle portait sur l'Allemagne, la Belgique, le Dane- mark, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Luxem- bourg, les Pays -Bas, le Portugal et la Grande -Bretagne (Royaume - Uni) (2). Cette étude a fait ressortir que c'étaient les jeunes d'Italie et de Grèce qui étaient les plus enclins à boire chaque semaine et les jeunes d'Irlande qui l'étaient le moins. Seuls 2% de garçons irlandais et 1% de filles irlandaises entre 13 et 15 ans déclaraient avoir cette consommation hebdomadaire. Une étude irlandaise effectuée en 1990 a néanmoins établi que 23% des jeunes interrogés (moyenne d'âge : 15 ans) buvaient une ou deux fois par semaine. L'étude de la Communauté européenne a confirmé que l'habitude de consommation hebdomadaire augmentait considérablement avec l'âge et que les filles avaient tendance à boire moins souvent que les garçons. De plus, aucune des deux études transnationales n'a constaté de prévalence de consommation quotidienne d'alcool. Les résultats de l'enquête HBSC indiquent que les cas d'ivresse dus à l'alcool ne sont pas rares. A l'âge de 15 ans, 24 à 70% des filles et 42 à 74% des garçons ont dit avoir été ivres au moins une fois. Ce sont les jeunes polonais qui ont déclaré le moins d'expériences d'ivresse et les jeunes Gallois qui en ont déclaré le plus. Là encore, la prévalence augmentait avec l'âge. Les pays non couverts par l'étude HBSC ont fait état de résultats similaires. Par exemple, près de la moitié des jeunes Slovènes (14 -15 ans) récemment interrogés avaient déjà été ivres. Pour certains jeunes, l'ivresse est le résultat d'une consommation excessive non intentionnelle et de l'inexpérience. Pour d'autres, c'est un but en soi qui peut être symptomatique d'un problème d'alcool. Beaucoup de jeunes gens ne considèrent pas que le fait de se soûler de temps en temps soit néfaste. Boissons préférées Contrairement aux adultes, les jeunes montrent des préférences prati- quement uniformes en matière de boissons. D'une manière générale, les rapports indiquent que les jeunes préfèrent nettement la bière, le 8 L'alcool et les jeunes vin et les cocktails à base de spiritueux venant ensuite. Le modèle méditerranéen de consommation de vin devient de moins en moins prédominant parmi les jeunes d'Europe méridionale. Les liqueurs sucrées et les boissons dites nationales, telles que le raki en Turquie et le cidre au Royaume -Uni, figurent également parmi les préférences des jeunes. Au Royaume -Uni, la popularité des boissons à base de cidre, fortes, sucrées et aromatisées, auprès des enfants et des jeunes adoles- cents, est inquiétante. Les fabricants semblent viser délibérément le marché des jeunes buveurs en proposant des boissons du type cocktail à la fois bon marché et rendues attirantes par un conditionnement dernier cri. Ils produisent par exemple des cidres forts au parfum kiwi- banane ou fraise -vanille dans des boîtes en forme d'ampoules électriques, de bâtons de dynamite ou d'éprouvettes. Les jeunes, garçons et filles, trouvent que ces boissons sont un moyen de s'enivrer rapide, bon marché et au goût agréable. Pour ce qui est des différences entre les sexes, les garçons interrogés dans le cadre de l'enquête HBSC avaient tendance à boire plus de bière que de toute autre boisson, sauf en Hongrie; presque tous buvaient du vin au moins de temps en temps. Les filles, en revanche, préféraient généralement le vin, bien que les jeunes Suédoises aient été plus nombreuses à boire de la bière et les jeunes Autrichiennes, des spiritueux. D'autres enquêtes font apparaître des distinctions entre socialisation et transgression dans la consommation d'alcool, les garçons recherchent davantage la transgression et les filles cherchant plutôt à être agréées et intégrées. Quel que fût leur âge, les garçons interrogés consommaient des quantités d'alcool beaucoup plus importantes, plus fréquemment, et étaient plus susceptibles de boire jusqu'à l'ivresse. Le choix de la boisson reflétait aussi cette dichotomie : les garçons boivent plus souvent des spiritueux, qu'ils considèrent comme un moyen de transgression. Les problèmes les plus graves de consommation excessive et inappropriée d'alcool étaient typiquement associés aux spiritueux, sauf en Allemagne et au Royaume -Uni (3) où ils étaient associés plutôt à la consommation de bière. 9 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Cadres propices à la boisson Cadres et circonstances de consommation des différentes boissons sont assez uniformes. Les jeunes sont plus susceptibles de boire du vin et des apéritifs lors d'un repas à la maison et de consommer d'autres boissons alcoolisées avec leurs pairs à l'occasion entre amis, de manifestations sportives, dans des établissements publics et d'autres lieux de réunion non surveillés. D'une façon générale, ils consomment plus facilement l'alcool, quel qu'il soit, hors de la maison et d'autres lieux où s'exerce un contrôle social. La consom- mation d'alcool en dehors de la surveillance des parents étant interdite ou très réglementée dans de nombreux pays, les jeunes préfèrent habituellement les endroits où ils se sentent le moins surveillés. Bien que la législation permette en principe de limiter la consommation d'alcool avant un certain âge dans les établissements publics et les bars de certains pays, elle le fait rarement. Ces lieux de rendez -vous sont très appréciés des jeunes dans la plupart des pays de la Région. Les autres endroits où les adolescents se rencontrent et boivent de l'alcool sont notamment les discothèques, les boîtes de nuit, les dancings, les réunions privées et, en Grèce, les restaurants «fast food» et les cafétérias. En France, dans les zones urbaines, les étudiants se retrouvent dans les cafés et les bars. Les pays présentent des caractéristiques différentes : vente légale d'alcool aux jeunes, restrictions liées à l'âge et au type de boisson, obligation ou non de ne servir de l'alcool qu'avec un repas, cadres ou lieux de consommation. L'application d'une législation restreignant la consommation d'alcool en dessous d'un certain âge peut modifier, exception faite des expériences cachées, le niveau global de la consommation et les problèmes qui y sont liés. Bien que les jeunes boivent parfois pendant la semaine, et ce souvent en famille, c'est le week -end qu'ils boivent le plus, hors de la maison. Tel est le cas même dans des pays comme la Hongrie et l'Espagne où la proportion de consommation d'alcool en compagnie des membres de la famille reste élevée. La consommation d'alcool dans les lieux publics est étroitement liée à l'âge. Plus l'adolescent est âgé, plus il ou elle boira hors de la maison. L'âge auquel les adolescents boivent en public semble avoir baissé au cours des deux dernières décennies. Mise à part la disparition progressive des tabous 10 L'alcool et les jeunes sociaux sur la consommation d'alcool en public par les jeunes, et en particulier les filles, aujourd'hui les jeunes ne se distinguent prati- quement plus des adultes. Par ailleurs, la situation géographique compte pour beaucoup dans le choix de l'endroit où l'on va boire. Les jeunes des villes ont généralement un plus grand choix d'endroits où ils peuvent boire dans un certain anonymat que ceux de la campagne. Tendances de la consommation Les tendances concernant le fait de boire ou non et la quantité consommée sont beaucoup moins évidentes. La collecte d'infor- mations sur les habitudes de consommation de ce groupe d'âge est une activité relativement récente dans la plupart des pays. Nous ne disposons donc que de peu de données pour surveiller la consomma- tion d'alcool chez les jeunes. Malgré tout, plusieurs études indiquent que la proportion des abstinents augmente dans de nombreux pays, tels par exemple l'Allemagne et la Suède. Les données disponibles sur les niveaux de consommation par épisode se sont avérées très difficiles à comparer mais certains pays, comme les Pays -Bas et l'Espagne, ont constaté une augmentation. Globalement, la consom- mation d'alcool semble être moins fréquente et plus épisodique chez les jeunes que chez les adultes, bien que ceux -ci soient plus enclins à se considérer comme des non -buveurs. La Suède a toutefois enre- gistré une baisse très nette des niveaux de consommation chez les jeunes. EVOLUTION DES STYLES DE CONSOMMATION La plupart des jeunes auront bu une gorgée d'une boisson alcoolisée, ou même un petit verre, à un très jeune âge. Ce genre d'expérience se déroule le plus souvent en compagnie d'un membre adulte de la famille. La consommation intentionnelle d'alcool commence géné- ralement plus tard. Cet âge varie selon les pays et baisse dans la plupart des pays d'Europe occidentale, sauf aux Pays -Bas. A 15 ans, la plupart des jeunes qui ont décidé de boire le font, toujours en compagnie de pairs. Les habitudes et les styles de consommation chez les jeunes évoluent rapidement et sont fortement influencés par le comportement des pairs, la publicité, la disponibilité de l'alcool et les prix. L'influence des pairs est particulièrement forte au début de l'adolescence, lorsque les jeunes commencent à affirmer leur 11 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac indépendance vis -à -vis de leurs parents et forment des groupes d'amis. Au cours de cette transition de l'enfance à l'âge adulte, les adolescents essaient d'adopter de nombreux rôles et comportements qu'ils considèrent comme faisant partie de la vie adulte. Boire de l'alcool en est un. Il n'est pas rare non plus que des adolescents se mettent à adopter divers comportements à risques pour tester leurs limites et s'opposer aux restrictions que leur imposent les parents. Enfreindre la loi et les règles de la société est chose courante. Etant donné que, dans la plupart des pays occidentaux, les adultes acceptent la consommation d'alcool, il n'est pas surprenant que la plupart des individus commencent à boire dès l'adolescence. Souvent, la manière de boire des jeunes de la Région diffère considérablement, en qualité et en quantité, de celle de leurs parents. Malgré cela, l'influence extérieure déterminant le plus fortement le choix de boire de l'alcool et les quantités consommées semble être l'habitude et le style de consommation des parents. Les jeunes commencent à se familiariser avec l'alcool dès leur petite enfance en observant le comportement de leurs parents et d'autres personnes. Dans certains pays, l'attitude extrême des parents à l'égard de l'alcool semble incontestablement avoir une influence négative sur la manière de boire de leurs enfants. Les enfants de gros buveurs et d'abstinents sont davantage susceptibles de devenir eux -mêmes des buveurs excessifs ou à problèmes. Les enfants nés dans des familles musulmanes ou dans des régions où l'offre et la consommation d'alcool sont faibles, comme par exemple dans certaines parties de la Haute Ecosse et des îles écossaises, font toutefois exception. Même dans les foyers où l'on ne consomme pas d'alcool, les enfants sont sans aucun doute conscients, dans une certaine mesure, de l'existence et des effets de l'alcool. Les recherches menées pour évaluer la connaissance qu'ont les enfants de l'alcool et leur attitude à son égard indiquent que l'éducation dans ce domaine devrait commencer plus tôt que cela ne se pratique dans la plupart des pays (généralement à l'école secondaire) et que les parents devraient y participer (4). Les enfants ont tendance à sous -estimer les risques liés à la consommation d'alcool. Une éducation appropriée et ciblée par groupes d'âge peut aider à mieux armer les enfants pour l'époque où ils devront se déterminer par rapport à la consommation d'alcool. Le contenu de cet enseignement et ses méthodes devraient tenir compte des normes de 12 L'alcool et les jeunes consommation en vigueur et de l'expérience que vivent les enfants dans le contexte des attitudes et des convictions de leur famille. POURQUOI CERTAINS JEUNES BOIVENT Les jeunes boivent pour de nombreuses raisons, qui varient en fonction de circonstances personnelles et sociales. Au nombre des raisons les plus communément citées figurent le désir d'intégration ou la peur d'être différent, l'ennui, le goût agréable de l'alcool et l'im- pression de se sentir mieux ou plus sociable lorsqu'on boit. Cependant, beaucoup de jeunes n'arrivent pas à invoquer de raison spécifique, ce qui laisse supposer l'intervention de nombreuses influ- ences très probablement liées à un comportement social normatif. La plupart des jeunes boivent au sein de groupes d'amis, l'alcool faisant généralement partie de la socialisation. La musique, la danse, le sport, une célébration ou tout simplement une conversation déten- due sont souvent le but premier des rencontres, dont l'alcool constitue un ingrédient essentiel mais secondaire. Invariablement, les membres du groupe boivent pour des raisons différentes et recherchent éga- lement des effets différents, bien que l'une des raisons essentielles soit probablement l'idée que tout le monde boit. Chez ces buveurs, l'ivresse est rarement préméditée mais elle n'est pas rare. Certains jeunes, par contre, peuvent boire beaucoup et fréquem- ment dans le but de s'enivrer. La toxicomanie et d'autres compor- tements à risques sont davantage associés à cette manière de boire, que problèmes et stratégies personnelles négatives ne font que développer et entretenir. Si l'on établit une distinction entre consom- mation sociale et consommation excessive d'alcool, la première ne va cependant pas sans problèmes. De nombreux buveurs «sociaux» consomment beaucoup d'alcool en une fois et se soûlent régulière- ment, ce qui accroît d'autant les effets nocifs potentiels. Les facteurs sous - jacents qui déterminent le choix des jeunes de consommer de l'alcool sont nombreux et souvent liés. Leur impor- tance change à mesure que les jeunes approchent de l'âge adulte. La perception de ces facteurs, cependant, varie à l'intérieur de la Région et les différentes perspectives sont en grande partie fonction des 13 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac traditions et des pratiques de chaque pays. S'il n'existe pas de profil de risque universel pour les jeunes consommateurs d'alcool ou de drogues, les chercheurs citent de nombreux facteurs en fonction de leur perspective théorique. Au nombre des facteurs sociaux, démogra- phiques, psychologiques et relatifs au milieu social figurent notam- ment les suivants : 1. connaissance et expérience antérieure de l'alcool 2. autre attitude par rapport à la santé, liée au mode de vie 3. prédisposition personnelle ou psychologique (telle que stratégies personnelles ou recherche de sensations) 4. motivation pour la consommation ou l'abstinence 5. hédonisme 6. automédication 7. sexe 8. religion 9. degré de curiosité, d'aliénation et d'ennui 10. pression ou consommation des pairs 11. consommation et attitudes des parents 12. relations avec les parents 13. consommation des frères et soeurs 14. pression exercée ou image communiquée par les médias 15. situation socio -économique de la famille 16. fréquentation de discothèques et d'autres lieux publics de loisirs 17. argent de poche ou allocation 18. prix et disponibilité de l'alcool 19. perception des valeurs des pairs et des normes socioculturelles 20. autres facteurs historiques, culturels, politiques et économiques propres au pays ou à la région concernés. 14 L'alcool et les jeunes EFFETS NOCIFS D'UNE CONSOMMATION INAPPROPRIÉE D'ALCOOL CHEZ LES JEUNES Certains jeunes souffrent des conséquences de leur consommation d'alcool. Bien que la proportion d'adolescents qui se considèrent comme des buveurs ait probablement diminué, les données obtenues sur les degrés de consommation indiquent une augmentation globale. Même dans les régions où la consommation n'a pas augmenté, certains boivent immodérément et en subissent les effets nocifs. La plupart des jeunes de la Région boivent au moins de manière occa- sionnelle. La grande majorité d'entre eux se retrouvent en état d'ivresse et d'autres ressentent quelques effets mineurs à court terme. Une minorité des jeunes, cependant, sont de gros buveurs, ce qui augmente les risques d'atteintes plus graves et plus durables à la santé. L'étiologie de cette consommation reste incertaine (5). Même ceux qui ne sont pas de gros buveurs peuvent se nuire à eux -mêmes, ou nuire aux autres, par une consommation inappropriée d'alcool. Certaines données suggèrent que les gros buveurs sont plus suscep- tibles que d'autres adolescents de consommer des drogues illicites et d'adopter d'autres comportements à risques (comme les relations sexuelles sans protection et la conduite en état d'ébriété) même s'ils ne restent pas de gros buveurs (6). D'une manière générale, les buveurs sont plus enclins que d'autres à l'usage des produits du tabac. L'ivresse et une consommation forte et fréquente d'alcool sont associées à une proportion considérable d'accidents et d'infractions à l'ordre public. En dehors des symptômes physiques de l'ivresse, les conséquences sont souvent difficiles à mesurer. Même si une personne a beaucoup bu, il n'est pas toujours évident de savoir jusqu'à quel point l'alcool est responsable d'un problème donné. Les individus réagissent différemment à la même quantité d'alcool en fonction de facteurs tels que l'humeur, l'environnement physique et social, la durée de l'épisode de consommation et l'absorption anté- rieure de nourriture. Malgré tout, la forte consommation d'alcool et l'ivresse sont associées à de nombreuses attitudes délictuelles et anti- sociales de la part des jeunes. Pour résumer, les principaux types de problèmes liés à une consommation inappropriée d'alcool par les jeunes sont les suivants : 15 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac 1. symptômes de «gueule de bois» (tels que maux de tête, nausée, diarrhée, courtes pertes de mémoire altération temporaire de la lucidité); 2. baisse des résultats scolaires à moyen ou long terme; 3. disputes ou bagarres; 4. autres comportements violents, certains comportements délic- tueux ou atteintes à l'ordre public; 5. impulsivité; 6. attitudes inconvenantes; 7. accidents entraînant des blessures ou la mort; 8. changements d'humeur; 9. empoisonnements accidentels; 10. propension accrue à d'autres comportements potentiellement dangereux comme les relations sexuelles sans protection ou l'ex- périmentation de drogues; 11. problèmes familiaux et/ou sociaux liés à l'alcool. Certains gouvernements ont pris des mesures pour réduire les risques de problèmes en promulguant des lois qui restreignent la consommation d'alcool dans des régions associées à des infractions dues à l'ivresse. L'Ecosse, par exemple, connaît des restrictions sur le transport, la vente et la consommation d'alcool dans les manifes- tations sportives, en particulier les matches de football, ainsi que dans les trains et les bus qui transportent les spectateurs qui se rendent à ces manifestations. En outre, l'ivresse publique y a été décriminalisée dans une certaine mesure; des personnes qui, auparavant, auraient pu être inculpées pour atteintes à l'ordre public, sont maintenant dirigées sur des services de conseil ou de traitement spécialisés dans les pro- blèmes d'alcool. CONCLUSION Dans tous les groupes d'âge, la plupart des jeunes qui boivent n'absorbent que de faibles quantités d'alcool. Toutefois, une minorité 16 L'alcool et les jeunes importante boit de manière excessive et cette proportion semble aug- menter avec l'âge. Chez les jeunes, la vaste majorité des problèmes d'alcool ne sont pas liés à la dépendance alcoolique ni même à une forte consommation chronique mais aux effets secondaires nocifs d'une ivresse aiguë. On peut dire que les jeunes ne font que refléter la popularité et l'acceptabilité de l'alcool par l'ensemble de la société. Cependant, l'alcool peut causer des problèmes affectant la personne et la collectivité s'il est consommé de façon inappropriée. Du fait de sa popularité persistante, l'alcool continuera de séduire les enfants et les adolescents. Il faut donc donner la priorité à des politiques et une éducation qui encouragent des attitudes appropriées à cet égard. 17 2La drogue et les jeunes Les drogues, sous une forme ou une autre, ont, à travers l'histoire, fait partie de la plupart des cultures. Les gens ont depuis longtemps recours aux plantes ou aux boissons fermentées pour des raisons diverses : soulager la douleur, guérir les maladies, modifier les états de conscience, fuir des épreuves et des situations pénibles, et se divertir. Les coutumes religieuses et culturelles jouent un rôle essentiel dans l'acceptabilité et l'usage des drogues. Certaines drogues font partie intégrante de rites religieux; quelques cultures et religions, en revanche, en interdisent tout usage. La plupart des habitants de la Région européenne s'adonnent à une forme quelconque de consommation de drogue, ce qui est souvent légal et parfois très agréable. Les habitants de nombreux pays européens consomment dans une certaine mesure alcool, caféine et produits pharmaceutiques et la majeure partie d'entre eux ne subissent que peu ou pas du tout d'effets nocifs. Toutes les drogues, de par leur nature même, risquent malgré tout d'occasionner des dommages si elles font l'objet d'une consommation forte, chronique ou inappropriée. C'est pour cette raison que la plupart des drogues sont soumises à des contrôles de fabrication, de distribution et d'utilisation. Ces mesures de contrôle vont des emballages prétendus à l'épreuve des enfants de nombreux analgésiques en vente libre, à l'interdiction totale de drogues telles que la méthylènedioxymé - thamphétamine 3,4 (MDMA ou «Ectasy »), en passant par la vente de tranquillisants sur ordonnance uniquement. Dans beaucoup de pays, la vente d'alcool et de tabac aux enfants est interdite. Malgré les mesures prises par la plupart des pays de la Région pour contrôler la délivrance de drogues illicites et prescrites par 18 La drogue et les jeunes ordonnance médicale, certaines personnes cherchent à gagner de l'argent en vendant ces dernières de façon illégale. Le marché des drogues illicites et obtenues illicitement fait partie d'un ensemble complexe de changements intervenus à l'échelon international, qui touchent les structures agricoles, économiques et politiques de nom- breux pays en développement, et se manifestent dans la propagation du crime organisé ou le développement des voyages et des échanges commerciaux internationaux. L'accessibilité aux différentes sub- stances est variable, mais on en trouve facilement dans tous les pays, et particulièrement dans les zones urbaines, un grand nombre de potentiellement dangereuses. Même si l'usage de drogues illicites paraît n'occasionner que peu de dommages en comparaison d'autres problèmes de santé plus largement répandus tels que les cardiopathies et le cancer, il peut avoir un effet destructeur non seulement sur les consommateurs eux - mêmes mais aussi sur leurs familles et sur la société. Outre les dommages causés à la santé à court et à long terme, cet effet destructeur inclut des problèmes de comportement, de vie familiale et sociale, d'emploi et de scolarité. Les multiples attraits des drogues illicites, associés non seulement à la disponibilité relativement étendue de ces drogues mais aussi aux raisons qui font que les gens en consomment, laissent augurer que le problème de l'usage de la drogue ne se résoudra pas sans peine. LA CONSOMMATION DE DROGUES DANS L'ENSEMBLE DE LA POPULATION Par comparaison à des substances autorisées par la loi comme l'alcool et le tabac, les drogues illicites ne sont pas largement consommées. Cependant, la proportion de consommateurs s'est accrue au cours de la dernière décennie. Les données issues d'enquêtes menées sur l'ensemble de la population indiquent qu'au cours des années 80, la plupart des pays d'Europe occidentale enregistraient une prévalence de 5 à 10% (7). Les enquêtes effectuées depuis 1989 ont permis de constater que la prévalence de l'usage à vie du cannabis ou de la consommation de drogues illicites atteignait 6% (en 1992, chez les individus âgés de 15 à 74 ans en Finlande) et 22% (chez les plus de 16 ans de la population danoise en 1989 -1990). La plupart des pays 19 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac ont subi une augmentation assez importante de la prévalence de la consommation à vie depuis le début des années 80. En 1992, par exemple, 17% des personnes interrogées au Royaume -Uni avaient déjà consommé des drogues, contre 5% en 1981 (et ceci bien que l'enquête effectuée en 1992 ait couvert un groupe d'âge plus étendu). L'Espagne constitue une exception remarquable, avec une baisse régulière de la prévalence, qui est passée de 20% en 1980 à 12% en 1989. Ce phénomène serait en partie imputable à un changement opéré dans la méthodologie de la recherche. Un examen des enquêtes établissant une distinction entre les groupes d'âge révèle que la consommation des jeunes pourrait être à l'origine d'une bonne part de l'augmentation globale de la préva- lence. Cette dernière n'a pas subi de hausse chez les groupes plus âgés concernés par l'enquête. En Suisse, par exemple, une enquête effectuée en 1992 a révélé que les chiffres de prévalence de l'usage chronique étaient de 21% pour les personnes âgées de 17 à 30 ans et de 14% pour le groupe d'âge des 31 -45 ans. Dans ce pays, la consommation de drogues semble croître au sein des groupes les plus jeunes et régresser chez les groupes plus âgés. Ce phénomène se manifesterait aussi dans d'autres pays de la Région. LA CONSOMMATION DE DROGUES CHEZ LES JEUNES Les enquêtes portant sur la consommation de drogues chez les jeunes n'ont fourni que très peu d'informations pour une comparaison inter- nationale. L'enquête effectuée en 1995 par le groupe Pompidou sur l'usage de l'alcool, du tabac et d'autres drogues chez les adolescents de 26 pays, cependant, fera beaucoup pour combler cette lacune. Les enquêtes portant sur une consommation de drogues reconnue par les jeunes utilisateurs eux -mêmes sont assez récentes, bien que la Finlande, la République fédérale allemande, le Royaume -Uni, la Suède et quelques autres pays en effectuent depuis le début des années 70. De telles enquêtes couvrent souvent des tranches d'âge étendues, par exemple ces personnes âgées de 15 à 29 ans, et les détails des habitudes de consommation par âge risquent de devenir imprécis. Parce que la prévalence de l'usage de drogues est très peu élevée chez les jeunes Européens d'âge scolaire, il est difficile de donner une interprétation significative à tout changement intervenant 20 La drogue et les jeunes au fil du temps. Ainsi qu'il vient d'être mentionné, on peut attribuer l'évolution apparente de la prévalence à une évolution de la méthodologie de recherche. Il existe également d'autres problèmes. La collecte d'informations fiables sur l'utilisation d'une substance toxique quelle qu'elle soit est notoirement difficile, spécialement lorsqu'il s'agit d'enfants et d'adolescents. Les enquêtes portant sur les jeunes sont compliquées par une surnotification ou une notification. Il est avéré que la sous -notification constitue un problème important lorsqu'il s'agit d'interpréter les enquêtes sur la consommation d'alcool, qui est légale. L'interprétation des résultats des enquêtes portant sur l'usage de la drogue est très vraisemblablement encore plus aléatoire. L'interdiction ou la restriction de la consommation de nombreuses substances par les enfants signifient cependant que les enquêtes anonymes sont un des rares moyens de mesurer la consom- mation que font les jeunes d'une substance donnée. Malgré leurs points faibles, ces enquêtes indiquent l'ampleur approximative de la consommation de drogues par les jeunes, des habitudes de consommation et la disponibilité des drogues. Au nombre des autres indicateurs - indirects - des niveaux de consom- mation figurent notamment les statistiques de traitement de mortalité et de criminalité. Ces indicateurs, cependant, peuvent en apprendre davantage sur le fonctionnement et la politique des systèmes de santé et de justice que sur les taux de prévalence de la consommation de drogues. La plupart des consommateurs de drogues, quel que soit leur âge, ne sont pas signalés à l'attention des administrations. Bien que nous ne disposions pas encore de données transnatio- nales comparables sur la prévalence de l'usage de la drogue chez les jeunes d'âge scolaire, le premier rapport résumé européen sur la toxicomanie note une tendance indirectement liée à ce groupe d'âge (8). Entre les années 1985 et 1990, l'âge moyen des consommateurs de drogues (c'est -à -dire de ceux qui suivaient un traitement) a augmenté dans presque tous les pays ayant présenté un rapport. D'autres rapports, toutefois, révèlent que l'âge d'expérimentation est en train de baisser. Ceci impliquerait - bien que l'usage de la drogue commence plus tôt dans la vie - soit que les jeunes se limitent à une utilisation expérimentale ou occasionnelle, soit que leurs habitudes de consommation (type de drogue et mode de consommation) ne touchent pas encore le type de services de prise en charge existants. 21 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Au Royaume -Uni, en tout cas, les jeunes semblent sans aucun doute s'éloigner des opiacés pour se tourner vers les hallucinogènes et les stimulants. Le profil des services est en train de changer pour faire face aux nouveaux besoins d'un groupe naissant de jeunes consom- mateurs chroniques de substances non opiacées, tout en continuant à aider les consommateurs d'opiacés, qui sont plus âgés. Quel que soit l'âge des consommateurs ou le pays, les produits dérivés du cannabis sont de loin les drogues les plus couramment utilisées. La plupart des consommateurs de cannabis n'entrent jamais en contact avec les centres de traitement ou la police. De récentes informations en provenance de divers pays et concernant l'usage de drogues chez les jeunes donnent de la situation une image composite et peu concluante. Par exemple, si les enquêtes effectuées en Norvège signalent que le pourcentage de 15 -20 ans ayant déjà consommé de la drogue a légèrement baissé (passant de 3,1% en 1986 à 2,66% en 1993), on constate une faible augmentation de l'usage du cannabis. Les Pays -Bas indiquent que la prévalence de la consommation chronique de cannabis chez les jeunes âgés de 12 à 18 ans est passée de 5% à 13% entre 1984 et 1992. Au cours des deux dernières décennies, la Suède a connu une diminution régulière du nombre d'adolescents ayant déjà touché aux drogues illicites. Certains pays ont fait état de stabilité dans les pourcentages de jeunes consommateurs de drogues. De 1989 à 1992, le chiffre des 12- 18 ans s'est maintenu à 5% au Portugal. En République fédérale alle- mande, la proportion des 12 -25 ans s'est stabilisée à 17% au cours de la période 1986 -1989. Dans l'ancienne République démocratique allemande, en revanche, la prévalence de consommation chronique chez les personnes âgées de 12 à 29 ans a augmenté, passant de 1,1% en 1990 à 2,7% en 1992. Une enquête effectuée en 1993 -1994 a mis en évidence que le pourcentage concernant les 12 -17 ans était de 7% en Allemagne. Bien qu'il soit plus difficile d'obtenir des statistiques fiables sur la consommation occasionnelle que sur la consommation chronique, les données disponibles suggèrent que la proportion d'utilisateurs actuels constatée chez les jeunes s'est accrue au cours des dix der- nières années, tout en restant invariablement plus faible que celle des jeunes qui ont déjà touché à la drogue. Certaines études indiquent que 22 La drogue et les jeunes le chiffre des premiers représente, dans l'ensemble, de un sixième à un tiers du chiffre des seconds. Le pourcentage de consommateurs réguliers (qui consomment au moins une fois par mois) semble devenir plus important à mesure que les jeunes approchent de la fin de leur adolescence. La consommation de la plupart des drogues illicites commence plus tôt qu'au cours des décennies précédentes - généralement entre 13 et 17 ans - bien que des pays comme la Norvège aient constaté une élévation de l'âge de la première prise. Certains jeunes, cependant, commencent leur carrière de consomma- teurs beaucoup plus tôt. De nombreuses études ont démontré que peu de personnes touchent pour la première fois à la drogue après l'âge de 20 ans. Tous âges confondus, la majorité des gens ne consomment de drogues illicites ni à haute dose ni de façon continue. Dans l'ensemble, les adolescents paraissent ne différer que très peu des adultes en ce qui concerne leurs préférences en matière de drogues : 75 à 90% des consommateurs de la Région européenne consomment du cannabis tout seul, ou associé avec d'autres drogues. Deux différences majeures, pourtant, se manifestent dans la plupart des pays. La première est que les enfants et les jeunes adolescents de nombreux pays (tels l'Espagne, la Finlande, la France, la Norvège, Portugal, la Roumanie, et le Royaume -Uni) ont une prédilection pour les substances volatiles (inhalation) comme les solvants et les gaz. Cette préférence est surtout une question d'opportunité. Les sub- stances volatiles se trouvent facilement dans la plupart des foyers et elles sont disponibles à bas prix dans les magasins. Deuxièmement, l'utilisation d'hallucinogènes, et spécialement de stimulants, s'est rapidement accrue chez les adolescents les plus âgés et chez les jeunes adultes de maints pays européens. Dans certains pays, on ne considère pas les stimulants comme des drogues illicites, mais leur utilisation sans prescription médicale et à titre récréatif connaît une vogue croissante. Dans des pays comme la Belgique et la Grèce, on préfère aux drogues illicites des produits pharmaceutiques tels que les tranquillisants. Au nombre des drogues dont la popularité croît figurent les amphétamines, l'acide lysergique diéthylamide (LSD) et le MDMA. L'utilisation de cocaïne et d'héroïne chez les jeunes d'âge scolaire ne semble pas très répandue, bien que l'association de drogues diverses, auparavant l'apanage des consommateurs plus âgés, soit en hausse dans certaines régions. On associe pareille popularité, 23 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac du moins initialement, à une disponibilité accrue et à un coût moins élevé des drogues. La plupart des jeunes d'âge scolaire ne consomment pas de drogues illicites. Dans certaines régions et certains sous -groupes, cependant, la prévalence de la consommation de drogues est plus élevée, de même que le risque de comportements dangereux tels que l'injection de drogues et le partage de matériel. POURQUOI LES JEUNES SE DROGUENT Plusieurs facteurs contribuent à déterminer si une personne va toucher à la drogue et continuer d'en consommer. La nature complexe de la consommation de drogues a rendu difficile d'établir si l'expéri- mentation et les prises répétées d'une drogue ouvrent la voie à la consommation d'autres drogues plus dures. Bien qu'un certain nombre de personnes fassent un jour ou l'autre l'expérience d'une drogue telle que le cannabis ou le haschisch, très peu d'entre elles continuent d'en consommer et moins encore passent à d'autres drogues illégales. D'après ce que l'on sait sur la façon dont s'établit une carrière de toxicomanie, l'usage du tabac et une forte consomma- tion d'alcool sont associés à l'utilisation de drogues illicites (6). En outre, l'expérimentation de la drogue et sa pratique commencent généralement à l'adolescence. Les personnes qui continuent à user de la drogue sont souvent beaucoup plus susceptibles de consommer plusieurs sortes de drogues. Le tableau 1 présente les facteurs que l'on associe à l'usage de drogues. Il ne s'agit que de corrélations, le lien causal n'étant jusqu'ici pas encore identifié. On peut aussi associer une bonne partie de ces facteurs aux personnes qui ne consomment pas de drogues, tandis que très peu d'entre eux affecteraient certains toxicomanes. Trois des facteurs les plus fréquemment cités en relation avec l'expérimentation de la drogue sont la curiosité, l'accessibilité et la consommation par les pairs. L'accessibilité et le prix, ainsi que la consommation par les pairs ont été associés à un usage continu de la drogue. Une consommation dangereuse ou abondante semble être davantage liée à une détresse sociale et psychologique comme, par exemple, le chômage, la dislocation de la famille et autres événe- ments de la vie qui sont générateurs de stress. Au nombre des raisons 24 La drogue et les jeunes raisons fournies aux enquêteurs en ce qui concerne l'usage de la drogue chez les 15 -25 ans figurent (9) : faire comme ses amis oublier ses problèmes problèmes familiaux problèmes relationnels solitude échec scolaire ou professionnel avoir plus d'assurance être plus performant se faire des amis. EFFETS NOCIFS DE L'USAGE DE DROGUES Pour beaucoup de jeunes utilisateurs inexpérimentés, la consomma- tion de drogues illicites sans prescription médicale est une expérience très agréable. Qu'ils veuillent se sentir plus sociables, plus énergiques ou plus décontractés, ou qu'ils cherchent à s'insensibiliser face à des sensations et expériences déplaisantes, les jeunes considèrent l'usage de la drogue comme une alternative de plus en plus séduisante et accessible. Alors que certains jeunes sortent de la consommation de drogue en ne souffrant quasiment que d'un porte- monnaie plus léger, beaucoup d'autres subissent des conséquences plus graves. Les effets psychologiques immédiats de l'intoxication par la drogue sont multiples et dépendent de la drogue utilisée. L'usage du cannabis peut causer une perte de mémoire et une léthargie de courte durée; celui de amphétamines et du LSD des palpitations et une augmentation de la tension artérielle; le LSD provoque des halluci- nations; la consommation de sédatifs et de tranquillisants mineurs entraîne une altération de la coordination motrice, et celle de solvants, d'héroïne et autres opiacés provoque une diminution de la capacité respiratoire. Certains de ces effets directs peuvent accroître le risque d'accidents. Il arrive aussi exceptionnellement que la mort survienne après la première prise d'une drogue ou après l'absorption d'une dose normale d'héroïne, par exemple, ou de MDMA. 25 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Tableau 1. Facteurs associés à la consommation de drogue Facteurs individuels Facteurs liés à l'environnement Personnalité Stress Intelligence Prédisposition ä prendre des risques Prédisposition à l'autodestruction Attitude envers la toxicomanie Assurance, maîtrise de la vie Sexe Besoin de pouvoir Santé psychique Hédonisme Recherche de sensations Consommation d'autres substances toxiques Anxiété Age Evénements de la vie Curiosité Intention de se droguer Scepticisme envers la prévention Prédisposition biologique /génétique Statut socio- économique Contexte familial Religion Absentéisme Possibilités d'emploi Mesures juridiques Absence des parents Consommation par les parents et les frères et surs Pauvreté Pression /consommation par les pairs Possibilités d'éducation Disponibilité des drogues Anomie Facteurs historiques Indifférence des parents Délinquance Tradition Troubles éducationnels Prix de la drogue Isolement Permissivité des parents Autorité excessive ou insuffisante des parents Source : adaptation de Plant & Plant (6) Les conséquences à plus long terme sont extrêmement variables. Le type de drogue, le mode et la fréquence de consommation et, sui- vant la drogue, une prédisposition génétique aident à déterminer l'impact d'un usage continu de cette drogue. Une consommation fré- quente et prolongée de la majeure partie des drogues illicites fait 26 La drogue et les jeunes encourir à la santé physique et mentale un risque de dommages permanents. Il existe aussi un risque très réel de mort prématurée par accident, empoisonnement accidentel ou surdose, ou à cause d'impu- retés. Les personnes qui s'injectent des drogues comme l'héroïne, le sulfate d'amphétamine ou les sédatifs courent le risque d'avoir des abcès ou de développer une septicémie ou une gangrène et, si elles partagent leur seringue avec d'autres, le risque d'être infectées par le VIH ou de contracter une hépatite. Bien que la plupart des jeunes ne consomment pas les drogues de façon régulière ou prolongée, certains le font néanmoins. Un usage excessif peut nuire aux rapports familiaux et sociaux, ou à la réussite des études. Certains spécialistes pensent qu'il existe un lien entre l'absentéisme scolaire et la consommation de drogue. Il a été suggéré qu'une réduction de l'absentéisme pourrait, pour certains jeunes, diminuer le risque de drogue (Plant, M.A., communication person- nelle, 1994). Les jeunes consommateurs, quels que soient la fré- quence de leur consommation ou leur choix de drogues illicites, commettent un acte criminel. Le désir de drogue ou la dépendance peut, à son tour, susciter d'autres actes criminels tels que le vol, la vente de doses et la prostitution, dans le but de financer les achats de drogue. CONCLUSION La drogue fait peser une lourde charge financière sur la société si l'on considère des frais inhérents au système pénal, et à la prise en charge médicale et sociale des consommateurs de drogues illicites et de leurs familles. L'usage très répandu de la drogue dans de nombreux pays peut avoir des conséquences négatives pour des communautés entières. Bien que considérée initialement comme un problème urbain, la consommation de drogues illicites se répand rapidement dans les zones rurales. Dans certaines régions, le fait de consommer de la drogue passe pour un comportement normal. L'incapacité à réagir de façon adéquate aux facteurs qui entretiennent cette idée (à vrai dire, ce fait) fera payer un prix élevé aux consommateurs de drogues et à l'ensemble de la société. L'usage de la drogue s'accroît nettement dans les secteurs défavorisés et partout où il y a isolement 27 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac et avenir sans espoir. Quoi qu'il en soit, les jeunes sont tous des consommateurs de drogues potentiels. Tout porte à croire que la prévalence d'une consommation régulière de drogue chez les jeunes est globalement faible, bien que les niveaux d'expérimentation soient très différents suivant le pays, la substance et le groupe social. Si l'on se réfère aux données compa- rables dégageant des tendances, il semble que les pourcentages de jeunes Européens qui touchent à la drogue aient peu changé. Une éducation appropriée sur la drogue et un environnement social et physique favorable à l'adoption et au maintien d'un mode de vie salubre ne feront qu'accroître les chances qu'ont les jeunes d'au- jourd'hui de devenir des adultes sains et productifs. 28 3Le tabac et les jeunes L'usage du tabac n'est pas un phénomène récent. Les populations européennes fument ou chiquent du tabac depuis la découverte des Amériques à la fin du XVè siècle. Le tabac est vite devenu une sub- stance très recherchée et une culture commerciale extrêmement précieuse, son importance supplantant même, par moments, celle de l'or. Au milieu du XIXè siècle, les progrès des techniques de fabrication des cigarettes ont permis au tabac de devenir plus large- ment accessible et d'un prix plus abordable. Beaucoup de gens se sont mis à fumer, considérant qu'il était de bon ton de le faire. Les fabricants et les médecins eux -mêmes ont glorifié les vertus du tabac auprès d'un public réceptif. Il a été présenté non seulement comme un réducteur de stress mais aussi, incroyablement, comme un désin- fectant qui s'attaquait aux microbes par fumigation. Tout comme l'usage de l'alcool, l'usage du tabac s'est finalement frayé un chemin à travers toutes les classes socio- économiques, phénomène qui n'a changé que récemment. Au cours des premières décennies du XXè siècle, le tabagisme s'est brusquement accru dans la plupart des pays européens. Peut -être en raison de différences touchant les niveaux de perception et les politiques de contrôle du tabac en vigueur dans certains pays, la prévalence du tabagisme a chuté à divers degrés et à plusieurs reprises depuis les années 60. De nos jours, la proportion de fumeurs adultes reste relativement stable ou baisse très lentement dans de nombreux pays. Aucun pays n'est pour l'instant parvenu au but que s'est fixé le Plan d'action sur le tabac de l'OMS, à savoir 80% de non -fumeurs d'ici à l'année 1995. D'une façon générale, la préva- lence du tabagisme est légèrement plus basse chez les femmes que chez les hommes, et les hommes sont plus susceptibles que les femmes d'être classés parmi les grands fumeurs (10 cigarettes ou plus par jour) et les ex- fumeurs. 29 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Dans la plupart des pays industrialisés, on enregistre un rapport inverse entre le statut socio- économique et le tabagisme. Les études effectuées ont permis de dégager des différences très importantes entre les groupes fondés à la fois sur le nombre d'années d'études à plein temps et sur la classification professionnelle. Les personnes qui ont fait des études courtes (jusqu'à l'âge de 16 ans seulement) et/ou qui pratiquent une activité manuelle, semblent davantage susceptibles de fumer, et de fumer beaucoup, que les personnes qui ont bénéficié d'un enseignement plus poussé et/ou qui exercent une profession non manuelle. Ces différences peuvent partiellement s'expliquer par le fait que les restrictions sur le lieu de travail sont beaucoup moins nombreuses pour les non -professionnels, et par le phénomène de tabagisme social qui fait que les membres des professions libérales limitent peut -être leur consommation de tabac aux occasions mondaines (10). EFFETS NOCIFS DU TABAGISME Au cours des dernières décennies, on en est venu à considérer le tabac non plus comme un produit qui donne la santé mais comme un produit qui ôte la vie. On estime que plus d'un million d'habitants de la Région européenne meurent chaque année de maladies liées au tabagisme. Un peu moins de la moitié de ces décès survient chez des personnes âgées de moins de 65 ans. Le tabagisme est la principale cause des décès prématurés et évitables. Il a été dit (11) que : «le tabac est le seul produit de grande consommation qui peut vous tuer si vous l'utilisez exactement comme le souhaite le fabricant ». Le composant du tabac qui engendre une forte dépendance, la nicotine, augmente le risque de décès : une fois qu'on a commencé, il est souvent très difficile de cesser de fumer. On assimile la dépendance à la nicotine à la dépendance à l'héroïne et à la cocaïne. Le nombre impressionnant des maladies liées au tabac coupe littéralement le souffle : cancer du poumon, cardiopathies, emphy- sème, bronchite chronique, aussi bien qu'ulcère de l'estomac ou hémorragie cérébrale. Les personnes qui fument le tabac courent le risque d'endommager gravement leur santé, mais celles qui le chiquent risquent, elles, de développer des maladies cardio- vasculaires et un cancer de la cavité buccale. La consommation de 30 Le tabac et les jeunes tabac, y compris le tabagisme passif, peut expliquer jusqu'à 20% des décès de certains pays. Il est difficile de déterminer un chiffre exact, mais le taux de mortalité due au tabac dans certains pays est si élevé qu'il éclipse complètement le nombre des décès imputables à d'autres facteurs extérieurs tels que l'alcool, le suicide et les accidents de la route. Le British Royal College of Physicians a fait ressortir clai- rement la véritable ampleur du problème de la consommation de tabac en établissant que, sur 1000 jeunes qui fument des cigarettes, en Angleterre et au pays de Galles, on peut estimer en moyenne que l'un d'eux sera assassiné, que six seront tués sur la route, et que 250 mourront prématurément des effets du tabagisme (12). Des avertissements sur les dangers du tabagisme sont publiés depuis le milieu des années 50. En 1971, le British Royal College of Physicians a adopté une position sans équivoque contre le tabac (13) : Les souffrances et le raccourcissement de la vie résultant du tabagisme sont devenus de plus en plus évidents à mesure que les données s'accu- mulent. L'usage de la cigarette est, de nos jours, une cause de mortalité aussi importante que l'étaient les grandes maladies épidémiques comme la typhoïde, le choléra et la tuberculose qui ont affecté les générations antérieures de ce pays. Une fois que leurs causes avaient été établies, on parvenait progressivement à maîtriser ces maladies... Mais en dépit de toute la publicité qui est faite sur les dangers de la cigarette, les fumeurs semblent peu disposés à accepter les faits et bon nombre de ceux qui les reconnaissent ne veulent pas ou ne peuvent pas agir sur eux. En 1975, le comité d'experts sur le tabagisme et ses effets sur la santé de l'OMS a fait un rapport tout aussi accablant, concluant que (14) : Les preuves que le tabagisme augmente considérablement l'incidence du cancer du poumon sont maintenant irréfutables. Il est par conséquent possible de prévoir que, si l'on cessait de fumer des cigarettes ou si l'on produisait des cigarettes n'induisant pas de risque de cancer, l'épidémie universelle d'une maladie qui tue actuellement des centaines de milliers de fumeurs par an serait enrayée... L'usage du tabac est également nocif pour les non -fumeurs. Depuis les années 70, de nombreuses études ont permis de conclure que le tabagisme passif est associé à un risque accru de cancer du 31 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac poumon chez les non- fumeurs. Ce risque se situerait dans une four- chette de 10 à 30 %. Pour s'attaquer à ce problème et aux risques qui s'y rattachent, de nombreuses politiques, maintenant, interdisent de fumer - ou restreignent la liberté de fumer - dans des secteurs déter- minés des lieux de travail et des lieux publics. Malheureusement, bien que la fumée de tabac ait un effet nocif sur les foetus et les enfants en bas âge, ceux -ci sont assez peu protégés par les politiques publiques. Les données disponibles prouvent que le fait de fumer, pour les femmes enceintes, est associé à de multiples complications qui englobent les grossesses ectopiques, les anomalies placentaires, les saignements pendant la grossesse et l'insuffisance pondérale des nouveau -nés. En outre, les femmes qui fument 20 cigarettes ou plus par jour accroissent le risque d'avortement spontané. Le syndrome de la mort subite du nourrisson risque davantage de se produire chez les bébés dont les mères ont fumé pendant la grossesse et après les avoir mis au monde. Les effets nocifs continuent après la première enfance. Les enfants dont les parents fument présentent des taux plus élevés de pneumonie, de bronchite et autres affections des voies respiratoires, de même que des infections chroniques de l'oreille moyenne. Ces enfants manquent donc davan -tage de jours d'école que leurs pairs issus de familles non -fumeuses. Finalement, le fait de fumer pendant la grossesse risque d'affecter le développement physique et mental des enfants. Chez les adultes, les maladies imputables au tabagisme contri- buent à une mauvaise santé persistante, à l'absentéisme au travail et à la baisse de productivité. Bien que le tabac ne soit pas, comme l'alcool et les drogues illicites, associé à un comportement criminel ou à tout autre comportement antisocial, il détériore manifestement la santé des fumeurs et celle des autres. Comme l'avait prévu en 1975 le comité d'experts de l'OMS, les pays où la consommation de tabac a baissé ont connu, quelque temps plus tard, une diminution très nette des cas de mauvaise santé associée à l'usage du tabac. La combi- naison d'une prise de conscience accrue du public par rapport aux méfaits du tabac, d'une politique publique saine et de normes sociales en pleine évolution quant à l'acceptabilité du tabagisme expliquerait en grande partie le déclin de l'usage du tabac. 32 Le tabac et les jeunes DÉTERMINANTS DU TABAGISME Le faible succès de l'éducation préventive sur le tabagisme se révèle dans le fait que, malgré leur conscience des risques mortels encourus, beaucoup de jeunes se mettent à fumer. Comme cela se passe pour d'autres substances, l'habitude de fumer s'acquiert en principe souvent au cours de l'adolescence. Le tabagisme est un phénomène relativement visible; il n'est pas rare, du moins dans les zones urbaines, de voir des bandes d'adolescents qui traînent dans les rues en tirant des bouffées de leurs cigarettes. Néanmoins, le processus d'acquisition d'une habitude tabagique n'est pas encore pleinement compris. Pour une forte minorité d'adolescents, connaissances et attitudes ne semblent pas avoir beaucoup de rapport avec un compor- tement tabagique. Il est communément admis que divers facteurs psychologiques et sociaux contribuent au déclenchement du tabagisme. Ceux -ci comprennent des facteurs démographiques (tels que le statut socio- économique), l'environnement social (la famille et les pairs), la personnalité, des facteurs psychosociaux (tels que l'image de soi et le d'anxiété) facteurs Ces facteurs s'entremêlent et influent les uns sur les autres. Par exemple, le statut socio- économique agit sur l'environnement social. Les examens du comportement tabagique de l'enfant et de l'ado- lescent ont invariablement démontré que le début du tabagisme intervient par étapes successives : la phase de préparation et d'antici- pation, la phase d'initiation, la phase expérimentale et enfin le taba- gisme chronique (16). L'influence relative des facteurs susmentionnés semble varier en fonction du stade auquel en est parvenu le fumeur, bien que le rapport soit loin d'être évident. Les influences familiales et socio- économiques sont, chez les jeunes, de toute première importance au stade de la préparation et de l'anticipation, au moment où se forgent leurs convictions, leurs valeurs et leurs attitudes. L'attitude à l'égard du tabac, cependant, n'annonce pas toujours une intention de fumer ou un passage à l'acte. Beaucoup de jeunes, y compris des fumeurs, ont une attitude très négative vis -à -vis de la cigarette. 33 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac L'usage de la cigarette par des pairs semble peser considérable- ment sur les phases d'initiation et d'expérimentation, le tabagisme de la famille et son attitude ayant une moindre influence. On accorde peut -être trop de poids, cependant, à la pression exercée par les pairs. Il apparaît manifestement que les enfants et les adolescents sont enclins à se lier d'amitié avec ceux qui leur ressemblent le plus, la sélection se fondant en grande partie sur la personnalité et le statut socio- économique. Ceci signifie que le choix d'un comportement découlerait davantage d'une communauté d'intentions que d'une pression indue des pairs. A côté d'influences telles que la persuasion, la pression et l'encouragement, des influences plus discrètes telles que l'exemple auraient un impact plus important (17). Quoi qu'il en soit, des facteurs psychosociaux plus personnels induisent en grande partie la poursuite de l'expérimentation. Les effets pharmacologiques du tabac - dépendance à la nicotine - influent fortement sur le déve- loppement d'un tabagisme chronique. Ceci peut se produire très tôt dans le parcours d'un fumeur, parfois en moins de deux ans. Bon nombre de jeunes fumeurs sont poussés par des mobiles d'ordre social, psychologique et pharmacologique. que, au -delà de la phase de préparation et d'anticipation, «les influences relatives de l'environ- nement social, des facteurs inhérents à la personne et des réactions physiologiques pourraient être subordonnées à la fonction du taba- gisme pour l'individu». La recherche effectuée sur les diverses fonctions du tabagisme chez les adolescents pose comme postulat trois grands types de consommateurs : les moutons, les régulateurs d'affect et les existentialistes (qui s'autodéterminent). Exprimé plus simplement, le mouton utilise son environnement social comme déclencheur pour fumer; le régulateur d'affect, lui, fume stratégique- ment, pour s'aider à garder le contrôle de ses émotions; quant à l'existentialiste, il fume principalement par rébellion. Il ne faudrait cependant pas penser que ces interprétations soient immuables. Un adolescent peut présenter les caractéristiques de chacune des trois catégories à des degrés variables, en fonction de la situation et de la phase d'évolution. D'une façon générale, l'environnement social est le facteur le plus important du déclenchement du tabagisme. Les planificateurs de la politique et de l'éducation préventives doivent donc prendre en 34 Le tabac et les jeunes considération les éléments qui composent cette catégorie d'influence. On associe à un accroissement du risque d'initiation tabagique chez les jeunes d'âge scolaire le tabagisme des parents, des frères et soeurs, des pairs et des étudiants plus âgés. Le tableau 2 énumère d'autres éléments ou facteurs importants susceptibles d'encourager le tabagisme, et les références y relatives. Une étude effectuée sur les personnes âgées de 11 à 15 ans des douze pays de la Communauté européenne a révélé que les facteurs influant sur les changements de comportement des jeunes face au tabac incluent le tabagisme du meilleur ami, la fréquence de la consommation d'alcool, l'attitude permissive des parents à l'égard du tabac, les sorties dans les discothèques, la quantité d'argent de poche et le statut de fumeur des parents (25). L'étude n'a pas constaté que l'enseignement donné à l'école sur les méfaits du tabac ait une influence significative. Le rapport entre les diverses influences internes et externes qui poussent les jeunes à fumer est complexe et parfois contesté. Abstrac- tion faite de l'aspect étiologique, cependant, il faut admettre que les jeunes ne forment pas un groupe homogène. Les expériences de vie et les besoins très personnels des adolescents façonnent leurs intentions et leurs actions. Tout ceci évolue à mesure que les adolescents prennent de l'âge. L'élaboration et la mise en uvre de programmes préventifs nécessitent la prise en considération des influences diverses qui incitent les jeunes à fumer, tout en reconnaissant que l'éducation ne peut avoir qu'un impact limité. En poussant une politique publique saine aux niveaux local et national (comme, par exemple, des augmentations de prix des cigarettes relatives à l'inflation, des contrôles sur la publicité et la promotion, des restrictions sur la liberté de fumer au travail et dans les lieux publics) on peut contribuer à renforcer les efforts déployés dans le domaine de l'éducation. De telles mesures dissuasives contrecarrent quelques -unes des influences extérieures connues qui s'exercent sur les jeunes. Il faudrait poursuivre les recherches sur les facteurs qui précipitent le tabagisme et sur les mécanismes qui contribuent à des changements dans l'évolution du fumeur, et en diffuser largement les résultats. 35 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Tableau 2. Facteurs associés au déclenchement du tabagisme Facteurs Référence Etre de sexe féminin 19 Vivre avec un parent seul 19 Ne pas vouloir poursuivre ses études à plein temps après l'âge de la scolarité obligatoire 19 Avoir des vues moins négatives vis -à -vis du tabagisme 19 Se sentir éloigné de l'école et des valeurs qu'elle représente 20, 21 Avoir déjà été ivre 22, 23 Avoir un petit ami ou une petite amie 22, 23 Avoir un ami intime qui fumea 24 Connaître au moins une marque de cigarettesa 24 Avoir une marque de cigarettes préférées 24 Ne connaître ou n'accepter aucun des risques pour la santéa 24 Avoir au moins un parent fumeurb 24 Avoir des convictions positives vis -à -vis du tabac, croire, par exemple, qu'il fait paraître adulte ou qu'il calme les nerfsb 24 a Plus fréquent chez les garçons. b Plus fréquent chez les filles. PREVALENCE DU TABAGISME La plupart des jeunes Européens ne fument pas, bien qu'ils aient essayé la cigarette au moins une fois avant l'âge de 15 ans (1). En tenant compte des différents critères méthodologiques, plusieurs études ont fait ressortir que très peu de jeunes d'âge scolaire fumaient de façon régulière. Par exemple, l'étude effectuée sur les jeunes de la Communauté européenne a révélé que la prévalence des fumeurs réguliers ou courants (une fois par semaine) était de 5% (25). La pré - valence variait considérablement. Celle du tabagisme chronique allait de 3% en Grèce et en Italie à 6% en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en France et aux Pays -Bas. Pour tous les pays, la prévalence 36 Le tabac et les jeunes du tabagisme augmentait fortement avec l'âge. Celle de l'usage régulier de tabac chez les jeunes de 11 à 12 ans se situait entre 0% et 2 %. Pour les jeunes de 13 à 15 ans, elle s'échelonnait entre 2% chez les jeunes filles italiennes et 12% chez les garçons allemands. Les garçons faisaient plus souvent état d'une consommation régulière, bien que les filles eussent un taux de tabagisme plus élevé au Danemark, en Irlande et au Royaume -Uni (Grande- Bretagne). En Espagne et aux Pays -Bas, la prévalence ne présentait aucune différence importante selon le sexe (25). L'enquête HBSC de l'OMS a utilisé une interprétation beaucoup plus large de l'usage courant du tabac, englobant les consommations quotidienne, hebdomadaire et occasionnelle (moins d'une fois par semaine) (1). Il en est résulté que les taux d'usage courant de tabac enregistrés étaient plus élevés. La prévalence va de 3% à 10% chez les garçons de 11 ans d'Autriche et de Pologne respectivement, et de 1% à 5% chez les filles d'Autriche et du pays de Galles respecti- vement. A l'âge de 15 ans, la prévalence évolue entre 19% au pays de Galles et 39% en Hongrie pour les garçons, et entre 16% en Pologne et 39% en Finlande chez les filles. Les fumeurs occasionnels recensés par l'enquête HBSC semblent donc compter pour une part non négligeable de la catégorie des fumeurs courants de l'enquête effectuée au sein de la Communauté européenne. Une étude compa- rative de la prévalence de la consommation quotidienne chez les personnes âgées de 15 à 16 ans dans certains pays au cours des période 1985/1986 et 1989/1990 ne révèle pas de changements signi- ficatifs d'un point de vue statistique (26). Des rapports en provenance de divers pays font état de conclu- sions aussi diverses que les méthodes employées. Sans perdre de vue les énormes difficultés que représentent les comparaisons internatio- nales, on trouvera certains éléments cohérents dans le petit échan- tillonnage d'études examiné : 1. le pourcentage approximatif des non- fumeurs de moins de 16 ans, y compris les ex- fumeurs, est de 60% à 70 %; 2. les filles ont davantage tendance que les garçons à se considérer comme faisant partie des fumeurs; 3. là où l'on constate un déclin du tabagisme, ce sont les groupes socio- économiques les plus élevés qui abandonnent les premiers 37 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac le tabac, et la diminution est généralement plus marquée chez les garçons; 4. la prévalence du tabagisme chronique et la consommation quoti- dienne de cigarettes augmentent avec l'âge; 5. on peut associer, d'une façon générale, l'usage courant du tabac et la vie en zone urbaine; 6. l'âge où un jeune commence à fumer se situe en général entre 11 et 16 ans, bien que certains enfants commencent à fumer dès l'âge de 9 ans dans certaines régions; et 7. l'usage du tabac sans fumée (par voie orale, en chiquant) s'est accru chez les garçons en Norvège et en Suède. MÉFAITS DU TABAC CHEZ LES JEUNES La prévalence d'une mauvaise santé associée à l'usage du tabac est plus importante chez les personnes d'âge moyen et les personnes âgées. Bien qu'un certain nombre de jeunes succombent par suite de maladies liées à l'usage du tabac, la grande majorité des décès prématurés que l'on associe au tabac sont la conséquence d'une longue carrière tabagique sans interruption. Pour de nombreux fumeurs, l'habitude commence à l'adolescence ou même pendant l'enfance, et s'enracine profondément avant le début de l'âge adulte. Certains jeunes fumeurs présenteront malgré tout quelques -unes des pathologies liées à l'usage du tabac. Par exemple, les jeunes fumeurs risqueront davantage d'avoir des bronchites et autres affections des voies respiratoires, toux, rhumes et essoufflement, que leurs pairs non- fumeurs (27). Ils manqueront probablement aussi plus souvent l'école, et ils courront un risque accru de consommer des drogues illicites et de devenir de gros buveurs. Bien que les effets nocifs du tabagisme soient assez bien connus, la connaissance qu'ils en ont ne suffit apparemment pas à dissuader les enfants et les adolescents de commencer à fumer. Les conséquences du tabagisme paraissent très lointaines aux jeunes. Les avantages immédiats qu'ils perçoivent, cachet social, rébellion et autres, semblent chez eux occulter le spectre d'une maladie future possible ou de la mort. Comme cela a déjà été mentionné, les effets 38 Le tabac et les jeunes pharmacologiques de la nicotine influencent très fortement la pour- suite de la consommation. Bien que les effets positifs de l'usage continu du tabac ne soient pas clairs, le désir d'éviter le désagrément du manque de nicotine est peut -être «plus important que n'importe quel effet positif» (28). CONCLUSION Malgré les signes manifestes d'un déclin général du tabagisme et d'une augmentation de la proportion des ex- fumeurs, les jeunes, principalement les filles, continuent à s'adonner à cette pratique en dépit d'une sensibilisation accrue du public aux risques qu'elle repré- sente pour la santé. Bien que la plupart des jeunes ne fument pas, on a enregistré peu de signes d'une diminution du nombre de ceux qui essaient une fois ou l'autre. Les pays européens diffèrent considéra- blement pour ce qui est de la prévalence de l'usage quotidien du tabac chez les jeunes. La relation entre les déterminants du tabagisme et sa chronicité n'est pas très nette, mais l'environnement social semble exercer une influence particulière. Le fait que les maladies liées au tabac ne se développent qu'à long terme semble faire obstacle au but recherché, qui est de décourager les jeunes de se mettre à fumer. Outre l'action de prévention entreprise dans les écoles et par le biais de campagnes ciblant les jeunes, il faut envisager des initiatives visant l'usage du tabac chez les adultes. La consommation parentale étant un facteur déterminant de l'expérimentation des enfants, des mesures destinées à diminuer le tabagisme parental permettraient peut -être aux jeunes de grandir dans des foyers et un environnement excluant le tabac. Au nombre des mesures destinées à la fois aux jeunes et aux adultes figurent une éducation aussi bien générale que ciblée, un soutien pour la désintoxication, une augmentation de la taxation et une multipli- cation des zones «non -fumeurs». Parce que l'usage du tabac chez les jeunes est avant tout une question d'occasion, la disponibilité des cigarettes et autres produits du tabac devrait être restreinte. En même temps que les restrictions imposées en matière de publicité et de pro- motion, de telles mesures ont été associées, dans certains pays, à des réductions de l'usage du tabac par les jeunes. 39 4L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé On a recouru à différentes méthodes pour prévenir la consommation de substances toxiques. Les mesures destinées aux jeunes vont de programmes d'incitation et d'éducation visant à influencer les atti- tudes et comportements, à des actions visant à modifier les environne- ments favorisant l'usage de drogues. On a, par exemple, institué des restrictions sur la vente des spiritueux et des produits du tabac et mis en place une politique de contrôle des prix sur ces produits. Bien que les données soient de plus en plus nombreuses à confirmer l'efficacité de l'approche basée sur le milieu, il ne faut pas sous -estimer la valeur du travail de prévention effectué au niveau scolaire. Beaucoup recon- naissent, cependant, qu'une éducation efficace en matière d'usage de substances toxiques ne peut être dissociée d'efforts plus larges et de promotion de la santé. La Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé (29) définit la promotion de la santé comme «le processus qui confère aux popu- lations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé, et d'améliorer celle -ci» et l'associe à cinq stratégies : élaborer des politiques publiques axées sur la santé; créer des environnements favorables; renforcer l'action de la collectivité; développer les capacités individuelles; 40 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé réorienter les services de santé vers la promotion de la santé et la prévention des maladies. On peut utiliser n'importe laquelle de toutes ces approches comme structure permettant de promouvoir non seulement la santé générale des élèves et des membres de la collectivité, mais aussi des valeurs et des attitudes compatibles avec des décisions responsables en matière d'usage de substances toxiques. L'ÉCOLE AU SERVICE DE LA SANTÉ Les enfants n'apprennent pas seulement en classe mais aussi au tra- vers de l'expérience quotidienne et de l'interaction établie avec leur entourage. Pour cette raison, on accorde de plus en plus d'importance à la nécessité de renforcer et d'appuyer à l'extérieur de l'école les messages et l'information qui sont reçus et mis en pratique au sein des établissements scolaires. Il est certain que l'on verra se poser un problème de crédibilité lorsque des enfants recevant une éducation préventive antitabac sentiront une odeur de fumée de cigarettes se dégager de la salle des professeurs ou verront leurs parents fumer à la maison. On risque de perturber les jeunes, voire de les mettre en colère, si on leur fait parvenir des messages prônant une consom- mation responsable de l'alcool et des autres substances alors qu'ils auront peu de bons exemples sous les yeux. La reconnaissance de la dichotomie potentielle entre les mes- sages en faveur de la santé diffusés en classe et les exemples plutôt malsains que les jeunes voient en dehors de la classe a donné nais- sance au concept de l'école au service de la santé. L'objectif global de l'école au service de la santé est de parvenir à (30) : un mode de vie sain pour l'ensemble de la population scolaire, en créant des environnements propices à la promotion de la santé. Le concept offre la possibilité d'obtenir un environnement social et physique sûr et favorable à la santé, et il exige un engagement en ce sens. La collaboration entre l'OMS, la Commission des communautés européennes (CCE), le Conseil de l'Europe (CE) et d'autres orga- nisations internationales a abouti à la création d'un réseau d'écoles au 41 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac service de la santé dans les pays européens participants. Ce réseau fournit un système permettant la diffusion d'exemples de bonne conduite. Le réseau agit à plusieurs niveaux, et implique gestion et coordination aussi bien dans les écoles qu'au sein des pays et entre les pays. Un centre de soutien du projet fournit des lignes directrices, coordination, formation et information aux écoles participantes de chaque pays. En juin 1995, le réseau couvrait 33 pays (Albanie, Allemagne, Autriche, Belgique - régions flamande et wallonne -, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Ex -Répu- blique yougoslave de Macédoine, Fédération de Russie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays -Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume -Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse et Ukraine), et l'on s'attend à ce que cinq autres se joignent à eux (Islande, Israël, Italie, Saint -Marin et Turquie). Le succès de cette initiative et la réalisation de son objectif, qui est de voir des enfants en bonne santé, capables et responsables, dépendent du «soutien total et durable des dirigeants à tous les niveaux des services d'éducation, de santé et de développement socio- économique» (30). L'OMS, la CCE et le CE ont identifié certaines caractéristiques auxquelles devraient aspirer les écoles participantes. Elles corres- pondent à des conditions idéales, indiquant simplement «l'éventail des possibilités de promotion de la santé dans une école au service de la santé» (31). L'école au service de la santé devrait (30) : fournir un environnement favorable à la santé pour travailler et apprendre, par le biais de ses bâtiments, de ses zones récréatives, de ses restaurants scolaires, de ses mesures de sécurité, etc.; développer la responsabilité individuelle, familiale et commu- nautaire en matière de santé; encourager un mode de vie sain et présenter aux écoliers et au personnel enseignant un éventail de choix réaliste et attrayant dans ce domaine; permettre à tous les élèves de réaliser leur potentiel physique, psychique et social et favoriser leur respect d'eux- mêmes; 42 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé présenter des objectifs clairs en faveur de la promotion de la santé et de la sécurité pour l'ensemble de la communauté scolaire (écoliers et adultes); favoriser de bonnes relations entre enseignants et élèves ainsi qu'entre élèves et renforcer les liens entre l'école, la maison et la collectivité; utiliser les ressources disponibles au sein de la collectivité afin de soutenir les mesures en faveur de promotion de la santé; prévoir un programme d'éducation sanitaire cohérent, avec des méthodes pédagogiques impliquant une participation active des élèves; munir les élèves des connaissances et des aptitudes qui leur seront nécessaires, à la fois pour prendre de bonnes décisions au sujet de leur santé personnelle, pour conserver un environnement sûr et salubre et pour améliorer cet environnement, et envisager les services de santé scolaires dans une perspective large, en tant que ressource pédagogique capable d'aider les élèves à devenir des consommateurs avertis de soins de santé. L'école au service de la santé suit trois principaux fils conduc- teurs : le programme d'éducation sanitaire, le programme d'éducation caché et les services de santé et de soins. Chacun d'eux joue un rôle important dans l'éducation sanitaire. Le programme d'éducation sanitaire L'éducation sanitaire peut apparaître sous des aspects différents dans le programme : en tant qu'élément distinct de ce programme, avec un nombre d'heures défini, en tant qu'élément essentiel intégré à d'autres matières du programme, ou lorsque les enseignants saisissent les occasions qui se présentent (32). L'éducation visant à prévenir l'usage de substances toxiques peut s'adapter à chacune de ces approches, mais l'idéal serait qu'elle se situe dans le contexte d'autres sujets importants pour les élèves. De plus en plus, le matériel pédagogique est conçu pour servir non seulement à l'éducation sanitaire, mais aussi à d'autres matières et lorsque la nécessité se fait sentir. Nul besoin, cependant, de 43 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac recourir à des étagères pleines de matériel. Il existe de nombreuses façons d'éduquer les élèves sur l'usage de substances toxiques et de leur donner les moyens pour le présent et le reste de leur vie. Par exemple, les matières créatives et esthétiques peuvent servir de cadre à l'improvisation d'un jeu de rôle où des drogues sont proposées, ou servir à inventer des recettes de boissons non alcoolisées et à préparer une campagne publicitaire en faveur de la boisson que les élèves et les professeurs auront élue comme étant celle qui aura le plus de chances de plaire aux amateurs d'alcool. La question peut être abordée dans les pages du journal local; on peut également la soulever en réponse à des informations erronées circulant dans la cour de l'école. Certaines régions peuvent mener une campagne de sensibili- sation - sur une consommation d'alcool raisonnable, par exemple - campagne à laquelle pourra s'associer le service scolaire d'éducation sanitaire. S'associer à des efforts de promotion de la santé plus vastes et les soutenir est une bonne façon non seulement de renforcer le message, mais aussi d'optimaliser l'utilisation de ressources limitées. Les occasions d'intégrer l'éducation sanitaire dans la plupart des branches du programme d'études normal seraient infinies, elles sont simplement limitées par l'imagination des professeurs et des élèves. Il convient cependant de ne pas oublier que l'éducation conventionnelle n'est que l'une des multiples sources d'influence qui agissent sur l'attitude des jeunes à l'égard de l'alcool et d'autres substances, et sur leur consommation. Il faut actualiser les connaissances et les méthodes du corps enseignant si l'on veut refléter les changements intervenus dans la compréhension de l'étiologie et de l'épidémiologie de l'usage des substances toxiques, de même que dans la compréhension des problèmes et des approches préventives. Les organismes extérieurs peuvent jouer un rôle inestimable dans ce processus. Le programme d'éducation caché Le programme d'éducation caché a été défini comme étant (33) : l'ensemble de l'éthique créée par l'atmosphère de l'école, son code de discipline, ses normes de comportement, l'attitude adoptée par l'équipe enseignante à l'égard des élèves, et les valeurs implicitement soutenues par son mode de fonctionnement. 44 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé Ce point de vue reconnaît que les interactions existant entre enseignants et élèves et au sein des deux groupes ont une influence puissante (32) : Les normes, les attitudes, les valeurs et les comportements ont un effet profond sur le développement social des élèves. L'école doit le reconnaître. Les élèves n'observent pas seulement si le comportement des enseignants est en harmonie avec ce qui est attendu d'eux, élèves, ils sont sensibles aussi à la courtoisie des professeurs à leur égard, à l'intérêt que ceux -ci leur manifestent, à leur esprit de tolérance, de même qu'à l'aspect physique de l'établissement scolaire et à la qualité de la nourriture servie à la cantine. Tous ces facteurs entrent en jeu dans le développement du respect de soi. L'école doit tout faire pour montrer qu'elle s'intéresse à tous ses élèves et pour créer des occasions - dans les programmes officiels et informels - susceptibles de favoriser chez les élèves des attitudes humaines et responsables. A cette fin, les professeurs devraient encourager les élèves à améliorer leurs aptitudes sociales et à assumer la responsabilité de leurs actes et de leurs décisions. Les élèves peuvent mettre ces aptitudes en pratique dans la classe en assumant la responsabilité d'une partie de leur propre instruction - notamment en fixant leurs objectifs personnels - et en ayant une interaction avec les adultes qui visitent l'école et avec les groupes communautaires qui utilisent les locaux scolaires, comme, par exemple, les groupes de mères et de bébés et les personnes âgées. De plus, les faire participer au service communautaire est aussi une façon de développer chez les jeunes une conscience de leur propre valeur et de leurs responsabilités. Ces traits de caractère personnels ont été associés au refus de l'usage de substances toxiques et autres comportements préjudiciables à la santé. Les adolescents sont souvent en quête d'expériences nouvelles et prennent des risques. Pour certains jeunes, expérimenter l'alcool, le tabac et autres substances est associé à «grandir ». L'école peut fournir aux jeunes un exutoire positif pour leur besoin d'expériences stimu- lantes en leur proposant un choix d'activités agréables allant de la peinture, de la musique et du théâtre aux échanges culturels, aux voyages d'étude et à l'escalade. La recherche de sensations fortes, 45 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac cependant, n'est que l'une des nombreuses raisons qui poussent les jeunes à boire de l'alcool et à consommer des drogues. Bien que l'on ne puisse attendre des écoles qu'elles préviennent tout usage de substances toxiques par les jeunes, elles peuvent adopter et mettre en oeuvre des politiques fermes qui refléteront clairement leur position sur la consommation de drogues dans l'enceinte de l'éta- blissement. Les écoles doivent adopter une politique équivalente en ce qui concerne le corps enseignant. Un exposé positif de l'éthique de l'école, insistant sur l'importance de la communauté scolaire et des rapports entre enseignants et élèves, devra accompagner l'énumé- ration indispensable des comportements interdits. De nombreuses écoles ont jugé cette combinaison utile. Outre le soin qu'elle prend de la santé et du bien -être des élèves, l'école au service de la santé s'emploie également à promouvoir la santé des enseignants. Il incombe aux enseignants des établissements de créer, dans la mesure de leurs moyens, des conditions physiques et psychologiques qui permette aux enseignants de bien remplir leur mission. Un système de soutien bien structuré devrait être à la disposition de tous les enseignants de l'école (voir chapitre 6). Les services de santé et de soins Les services de santé et de soins rattachés à l'école sont importants. Ils peuvent non seulement fournir des services de dépistage et d' immunisation indispensables, mais également appuyer le pro- gramme de l'école en faveur de la santé. Les connaissances spécia- lisées et les compétences des professionnels de la santé peuvent être utilisées pour accroître la motivation et la compréhension des élèves, des parents et du personnel enseignant quant aux questions de santé. Divers programmes pilotes ont été menés dans la Région euro- péenne afin de resserrer les liens entre les écoles et les services de santé. Ces programmes incluent notamment des cours de préparation dispensés par les professeurs sur le but et les méthodes d'une visite médicale prochaine. En attendant le moment de la visite médicale, les élèves participent à des jeux éducatifs permanents; on leur remet souvent une carte sur laquelle ils consignent leurs visites aux services de santé et les résultats de ces visites. Lorsque les élèves retournent en classe, l'enseignant donne un cours de suivi pour démythifier le 46 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé rôle de l'agent de santé publique et répondre à toutes les questions concernant l'examen médical. L'objectif visé par ce genre de pro- grammes est souvent de permettre aux élèves de se sentir plus respon- sables de leur santé. Des liens moins élaborés et ambitieux peuvent s'avérer tout aussi valables. On pourra intégrer dans un programme planifié d'éducation sanitaire des exposés de médecins et de personnel infirmier sur diffé- rents aspects de l'usage de substances toxiques. Outre leur tâche tradi- tionnelle, les services psychologiques de l'école peuvent offrir une formation aux enseignants et organiser des ateliers sur l'usage de la drogue à l'intention des parents. RELATIONS AVEC LA COLLECTIVITÉ L'idée d'utiliser les écoles comme cadre permettant de promouvoir la santé dans la collectivité est relativement récente. Bien qu'il soit admis depuis longtemps que l'école est un milieu adéquat pour fournir une éducation sanitaire aux jeunes et plus récemment pour façonner leurs valeurs, leurs attitudes et leur comportement, on commence juste à la considérer comme un outil permettant de responsabiliser le personnel enseignant, les parents, la famille et l'ensemble de la collectivité. On constate aussi de plus en plus que l'école constitue un bon lien entre les élèves et des ressources extérieures susceptibles d'améliorer leur santé et leur bien -être (32). Le succès d'une école au service de la santé repose sur la façon dont chacun des partenaires du triangle maison -école -collectivité joue son rôle. Le développement personnel se fait en grande partie dans un contexte social, avec d'autres personnes, dans le cadre de relations humaines. Notre propre développement personnel dépend de l'amé- lioration de la qualité de notre propre vie mais aussi de celle de la vie de notre entourage. Le service communautaire aide à atteindre cet objectif en mon- trant aux élèves de quelle façon la collectivité locale fournit des soins, et comment ils peuvent eux -mêmes influencer de façon positive la vie des membres de leur entourage. On espère qu'en agissant pour aider les autres, les élèves gagneront en assurance et en conscience de leur propre valeur. Bien que les jeunes puissent acquérir ces qualités à 47 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac l'intérieur ou hors de l'école, l'incitation à de tels liens avec la collectivité lance un message clair aux étudiants, aux parents et aux autres personnes concernées, sur les rapports qui existent entre l'école et la collectivité. Non seulement l'école aide certainement les élèves à acquérir des aptitudes et des qualités qui les prépareront à la vie d'adultes mais elle peut également apporter un soutien d'ordre pratique aux membres de la collectivité. Beaucoup d'écoles ne sont pas uniquement desti- nées aux écoliers. En dehors des heures de classe, les bâtiments peuvent servir de lieu de réunion aux associations communautaires; les groupes et les particuliers ont la possibilité d'utiliser les infra- structures sportives; les salons, expositions et représentations théâ- trales sur la santé peuvent informer, divertir et susciter l'envie d'agir au sein de la collectivité. Les exemples très positifs de ce type de lien entre l'école et la collectivité sont multiples. Stratégie en faveur d'une coopération intersectorielle en Allemagne La Bundesverband der Betriebskrankenkasse, principale association allemande de caisses d'assurance contre les maladies profession- nelles, a suggéré qu'une réunion -débat soit tenue sur le thème de «la prévention de la toxicomanie : approches différentes - responsabilité commune ». Ceci soulignait le fait que s'attaquer aux tâches de ce secteur peut nécessiter une action pluridisciplinaire et une structura- tion en réseau. En termes pratiques, toutes les institutions des secteurs de la santé et de l'éducation doivent identifier leurs approches parti- culières et travailler ensemble à empêcher les jeunes de consommer des drogues. Coopération intersectorielle au Danemark Au début des années 90, le Conseil danois sur le tabagisme et la santé, en collaboration avec la Société danoise sur le cancer et de la Fondation danoise du coeur, a lancé une campagne intitulée «Quand l'éducation part en fumée». La campagne se concentre sur les poli- tiques antitabac de toutes les écoles primaires et de tous les établis- sements secondaires du premier cycle. Son objectif à court terme est de provoquer, à la fois parmi les professeurs et parmi les élèves, un débat sur les politiques antitabac et sur les habitudes tabagiques. 48 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé L'objectif à long terme est que les écoles adoptent une politique anti- tabac qui interdirait aux élèves de fumer à l'école, et n'autoriserait les enseignants à fumer que dans les salles qui leur sont réservées. Les écoles de Copenhague : action passée et mesures proposées La campagne sur l'alcool menée par les services de santé de Copenhague en 1991/1992 a démontré que la mise à disposition de deux autobus pour permettre aux élèves de présenter des pièces de théâtre et des vidéos avait été un grand succès. Bon nombre des éta- blissements scolaires participants ont déclaré que, outre un échange de connaissances, cette méthode avait renforcé chez les élèves l'assu- rance, la confiance en eux -mêmes, et le sens de communauté en classe. A partir de cette expérience, les services de santé de Copen- hague (34) ont proposé que pendant une période de trois ans, on s'efforce de mettre sur pied une «opération Bus -santé» afin d'aider les écoles à créer des pièces de théâtre portant sur un ou plusieurs thèmes concernant la santé. Un autobus de ce type est jugé nécessaire car les élèves les plus jeunes semblent être plus sensibles aux pièces de théâtre qu'aux vidéos. Un bus -media destiné aux élèves plus âgés est déjà en fonc- tionnement. Pendant les vacances scolaires, les autobus seraient à la disposition de centres de loisirs et de foyers de jeunes. En outre, l'opération soutiendrait les campagnes en cours de manière à ce que, pendant les périodes consacrées à des problèmes de santé spécifiques (comme le tabagisme ou l'usage de drogues), les classes souhaitant traiter de ces questions puissent utiliser le matériel de l'autobus. Toutes les personnes impliquées reconnaissent qu'un équipement mobile de ce type est un instrument utile en matière d'éducation préventive. L'action communautaire en Finlande Une équipe de projet et le personnel de plusieurs écoles, bibliothèques et dispensaires ont organisé une manifestation nommée «Semaine de l'alcool» pour la ville de Lahti. La principale bibliothèque municipale a été le théâtre d'une exposition de brochures sur l'usage de l'alcool et des drogues et autres questions concernant la consommation et la santé, ainsi que sur des sujets culturels. On y a également procédé à 49 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac des dégustations, des jeux, de conférences et des projections de vidéos. L'objectif était d'utiliser le matériel existant pour présenter une information sur l'alcool et la drogue de manière divertissante, ne portant pas de jugement et utile au public. La bibliothèque est en Finlande une institution très importante, qui propose à la fois information et divertissement. Environ 70% de la population fréquente une bibliothèque. Il a été estimé que la biblio- thèque principale serait un endroit neutre se prêtant bien au but recherché, qui était d'atteindre la population de la ville. Les organi- sateurs, y compris le personnel enseignant, ont apporté à la mani- festation leur compétence et leur expérience personnelles. Plus de 60 000 personnes se sont rendu à la bibliothèque au cours de la manifestation; elles ont emporté 40 000 brochures, soit environ une par famille. Parmi les brochures qui ont été prises, un tiers en- viron traitait de sujets se rapportant aux loisirs ou à la consommation, et deux tiers de problèmes de santé. COLLABORATION AVEC D'AUTRES ORGANISMES La relation avec la collectivité ne devrait pas se limiter à un simple partage des structures et du matériel. Idéalement, il devrait exister un mécanisme permettant aux écoles et autres institutions locales d'échanger des idées et des informations. Dans bon nombre de régions et de villes, les services de l'éducation sont représentés dans des groupes et commissions intersectoriels. L'éducation sanitaire n'est pas une mission exclusivement réservée au département de l'éducation. Beaucoup d'autres orga- nismes ont une influence, voire une responsabilité dans l'éducation de la population en matière de santé et de consommation de drogues. Les relations intersectorielles contribuent à éviter le double emploi ou les messages contradictoires, et permettant d'accroître la sensibilisation aux efforts entrepris par l'école en matière de prévention. Ces liens permettent aussi aux autres organismes de s'associer aux initiatives de l'école et aux initiatives conjointes école /collectivité. 50 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé Les enseignants possèdent des connaissances spécialisées et une expérience qui peuvent contribuer à l'information et influencer le travail d'autres professionnels en faveur de la santé. Inversement, les autres organismes peuvent utilement apporter leur compétence aux initiatives et à l'évolution de l'école et de la collectivité. Ceci est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de questions en rapport avec l'usage de drogues, où les connaissances et les directives expertes d'organismes de prévention de l'usage de drogues, de la police et des chercheurs peuvent s'avérer extrêmement utiles. De plus, on peut utiliser les mass media pour faire connaître au public les efforts de prévention déployés par l'école ou, en collaboration, par l'école et la collectivité. Un service d'éducation (35) collabore avec les organisa- tions et services extérieurs en : invitant des délégués d'autres services à se joindre à ses comités et groupes de travail, et en étant représenté lui -même dans les comités et groupes de travail d'autres services; développant la collaboration non seulement entre représentants des directions mais aussi entre praticiens; coopérant à la recherche et aux évaluations, et en les suscitant; finançant conjointement des projets tels qu'ateliers de théâtre et cours de formation pertinents pour le personnel; s'associant à des initiatives nationales et locales en rapport avec la santé, par exemple à des semaines de prévention de l'usage de drogues, à la Journée mondiale de la lutte contre le sida et à des clubs non- fumeurs; invitant d'autres services à contribuer ou à participer à la forma- tion de son personnel et en leur assurant la réciproque en mettant en oeuvre une formation conjointe et en développant une forma- tion pluridisciplinaire; faisant connaître et en partageant une déontologie de la pré- vention de l'usage des drogues, par un travail commun avec les groupes communautaires, les écoles et des projets spéciaux; et recherchant activement les moyens de promouvoir un travail commun à tous les niveaux. 51 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Les services extérieurs devraient, eux aussi, être encouragés à partager leurs ressources et leurs connaissances techniques de façon directe. On citera notamment pour exemples des ateliers de théâtre qui encourageraient les écoliers à étudier des questions concernant le VIH/sida, un concours de rédaction parrainé par les commerçants sur le thème des alternatives possibles à la drogue, et une représentation multimédia mobile traitant d'une consommation responsable d'alcool. Si les pôles d'intérêt et les thèmes en rapport avec l'usage de sub- stances toxiques et sa prévention varient, les moyens utilisés pour les mettre en lumière peuvent s'appliquer utilement à de nombreuses situations. RELATIONS AVEC LES PARENTS L'école au service de la santé s'efforce aussi d'impliquer les parents dans l'éducation de leurs enfants en matière de santé et des questions sociales. La plupart des parents reconnaissent qu'ils détiennent la res- ponsabilité principale en ce qui concerne la santé et le bien -être de leurs enfants, mais ils apprécient souvent le rôle que joue l'école dans ce domaine. L'école et les parents devraient être partenaires. Il est donc utile de faire comprendre aux parents la philosophie, la portée et l'organisation de l'éducation sanitaire à l'école, de même que la nécessité d'une communication franche avec leurs enfants et avec l'école sur la santé des jeunes. Réunions, brochures explicatives, vidéos et autres moyens peuvent être utilisés pour éduquer et informer les parents autant sur la façon dont l'école envisage et dispense l'édu- cation sanitaire que sur des problèmes de santé spécifiques tels que les effets du tabagisme des parents sur la santé des enfants. Une telle communication peut aussi donner aux parents l'occasion de participer à l'élaboration de la politique de l'école. Il devient de plus en plus fréquent que les écoles fournissent aux parents une information sur les problèmes qui affectent leur santé et celle de leurs enfants. On trouve nombre d'excellents exemples de cette manière d'aborder le sujet dans toute la Région européenne. L'objet d'une telle information, souvent, est une sensibilisation accrue à l'effet que peuvent avoir sur les enfants certains compor- tements en matière de santé. Par exemple, des brochures envoyées aux parents sur la consommation d'alcool des enfants peuvent inclure 52 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé une information non seulement sur les raisons qui poussent certains enfants à boire et sur la façon dont les parents peuvent aborder le sujet de l'alcoolisme avec les enfants, mais aussi sur l'influence qu'exercent sur les enfants le comportement et les attitudes des parents vis -à -vis de l'alcool. Les réunions de parents présentent l'avantage de permettre les discussions face -à -face mais, comme cela se produit avec beaucoup d'activités périscolaires, elles tendent à attirer surtout les parents qui ont vraisemblablement le moins besoin d'aide pour communiquer avec leurs enfants. Quelle que soit la mé- thode de contact choisie, l'information et les lignes directrices devraient ne comporter aucun jugement. Au nombre des moyens de faire participer les parents à la vie de l'école figurent notamment (36) : une association de parents d'élèves, qui peut assurer une parti- cipation générale et une liaison entre l'école, les parents et la collectivité; des activités permettant d'accroître la prise de conscience des problèmes, comme, par exemple, des enquêtes, des soirées - débats et autres manifestations; des circulaires informant régulièrement les parents sur des sujets généraux et des questions relatives à la consommation de sub- stances toxiques et aux activités de l'école en matière de pré- vention; des journées portes ouvertes et des excursions pour parents, enseignants et élèves; l'établissement d'une liste des parents ayant des compétences et des connaissances spécialisées en matière de toxicomanie et autres sujets en rapport avec la santé, et leur utilisation en tant que conseillers; des conseils aux parents concernant les cours proposés dans les collèges et les universités locaux sur des thèmes liés à la santé, aux techniques de la communication et autres sujets pertinents; l'accès des parents à des livres, à un matériel audiovisuel et à des brochures sur la santé et la communication; et des devoirs scolaires exigeant la participation des parents. 53 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac De plus, certains programmes utilisent la formation pour soutenir le rôle des familles dans la socialisation de leurs enfants. Ces programmes concentrent leurs efforts sur la communication parents /enfant; ils soulignent l'importance de l'encouragement, de la proximité affective et d'un niveau élevé d'attentes (37). Une étude des programmes de prévention a révélé que ceux qui édifient des rapports familiaux, sont parmi les plus efficaces pour dissuader les jeunes de consommer des substances toxiques (38). L'école doit avoir pour rôle d'aider les élèves à clarifier leurs attitudes et à comprendre les valeurs qui déterminent le choix d'un comportement en ce qui concerne leur santé. A cet effet, il faut que les enseignants soient bien instruits de la gamme des valeurs existant au sein de la collectivité. Les parents doivent pouvoir exprimer leurs idées sur tout ce qui touche à l'éducation, mais plus spécialement sur les sujets - comme l'usage de substances toxiques - qui ont des implications morales, éthiques, culturelles et religieuses. Quoi qu'il en soit, les élèves soulèveront sans doute des sujets controversés et des questions éthiques; en évitant un débat constructif au sein même de la classe, on accroît la probabilité que les élèves cherchent les réponses auprès de leurs pairs et des mass media. L'école a une forte influence sur les jeunes. Dans une certaine mesure, il est attendu d'elle qu'elle soit la première à défendre les valeurs et les attitudes qui sont idéalisées, mais auxquelles on n'adhère pas toujours, dans la collectivité. Il convient néanmoins de se rappeler que l'école n'est que l'une des nombreuses influences complexes qui peuvent s'exercer sur la santé et le bien -être des élèves. La famille, les pairs, les médias et la conjoncture politique et sociale contribuent tous à forger les valeurs et les attitudes qui déter- minent les choix des jeunes en matière de santé. CONCLUSION En raison de la multitude d'influences interdépendantes qui modèlent les attitudes et le comportement des jeunes, les messages en faveur de la santé qui sont diffusés et mis en oeuvre dans la classe devraient être renforcés et soutenus dans le reste de l'école et dans la collectivité tout entière. L'école est donc, de plus en plus, utilisée comme cadre 54 L'école : un milieu favorable pour la promotion de la santé de promotion de la santé des élèves, du personnel enseignant, des parents, des familles et de l'ensemble de la communauté. Lorsque les professeurs ont des compétences en matière d'éducation sanitaire, l'école joue fréquemment un rôle dans l'éducation des membres de la collectivité sur les questions de santé. Elle peut jouer ce rôle de diverses façons créatives et incitant à la réflexion. La participation active des jeunes à la vie de l'école et de la communauté est un trait caractéristique essentiel de l'école au service de la santé. Les jeunes qui peuvent participer et assumer des respon- sabilités à la fois au sein de l'école et dans la collectivité au sens large courent beaucoup moins le risque de toucher aux substances toxiques et d'adopter d'autres comportements préjudiciables à la santé. Le programme d'études officiel joue un rôle limité mais vital dans la formation individuelle et sociale des jeunes. Afin d'accroître leur potentiel d'action préventive efficace, les écoles devraient s'allier à des organisations communautaires, et ces alliés devraient travailler ensemble à améliorer la santé présente et à venir des jeunes. Les liens entre l'école et la collectivité doivent être encouragés et renforcés. Adresse European Network of Health Promoting Schools Technical Secretariat c/o Health Promotion and Investment Unit WHO Regional Office for Europe 8, Scherfigsvej 2100 Copenhague 0 Danemark 55 5Les programmes d'éducation dans les écoles La mise en oeuvre dans les écoles de programmes d'éducation ayant trait aux substances toxiques varie très largement. Les programmes diffèrent dans leur approche, leur contenu, les groupes cibles, l'effi- cacité et l'utilité. Bien des différences sont dues non seulement aux choix idéologiques (abstinence ou modération, modèle axé sur la maladie ou modèle social et environnemental) et au thème principal traité (alcool seulement, toutes les substances toxiques ou aucune en particulier), mais aussi au degré d'engagement des organismes gou- vernementaux et autres services compétents (démontré par leurs contribution en ressources et directives). Quelles que soient ces diffé- rences, nombreux sont ceux qui pensent qu'une stratégie globale de prévention de l'usage de substances toxiques est nécessaire dans les écoles primaires et secondaires. Outre une politique antidrogue et un engagement à l'action communautaire, une telle stratégie devrait idéalement intégrer l'éducation sur l'usage de substances toxiques, implicitement ou explicitement, dans les programmes scolaires. La politique globale de l'école en matière de prévention et d'usage des substances toxiques doit être sans ambiguïté et établir un lien entre éthique et application. Par exemple, le travail de classe, les activités communautaires et scolaires connexes et les politiques adoptées en matière de consommation de tabac, de drogues et d'alcool par les élèves et les professeurs devraient refléter l'attitude de l'école et la consolider. C'est ainsi que s'affirmera la crédibilité de la politique établie et son respect par les professeurs et les élèves. 56 Les programmes d'éducation dans les écoles Alors même que les écoles font beaucoup pour prévenir l'usage de substances toxiques, on n'a publié que peu de rapports de recherche sur ces programmes. Pour des raisons de barrières linguis- tiques, certains matériaux publiés sont relativement inaccessibles. Or la publication de documents et la diffusion de l'expérience acquise dans ce domaine important sont d'un intérêt vital si l'on veut en savoir plus sur la création et la mise en oeuvre de programmes d'édu- cation efficaces visant à prévenir l'usage de substances toxiques par les jeunes. MÉTHODES ACTUELLES Les programmes d'éducation en milieu scolaire font appel à plusieurs méthodes pour atteindre les jeunes. Compte tenu du fait que les concepts de prévention proposent des lieux et des contenus de pro- grammes différents et varient selon le type d'expériences du groupe cible, une grande partie de l'éducation portant sur les substances toxiques paraît centrée sur une information factuelle ainsi que sur l'étude des valeurs et des attitudes de la personne, du groupe et de la société par rapport à l'alcool, au tabac et à la drogue. Malheureu- sement, beaucoup d'études pourtant saines d'un point de vue métho- dologique, sont arrivées à la conclusion que nombre des approches et des programmes utilisés pour lutter contre l'usage de substances toxiques ont échoué. Il s'est même avéré que certains ne faisaient qu'accroître l'expérimentation (39, 40). Toutefois certains pro- grammes et méthodes appliqués dans la Région européenne sont prometteurs. Bien des programmes les plus récents ne portent pas spécifique- ment sur les substances toxiques. Plus holistiques, ils insistent sur le développement personnel et social des élèves. Des questions telles que l'usage de la drogue et de l'alcool, le VIH/sida, la sécurité tant sexuelle que personnelle, sont utilisées pour illustrer l'application de cette méthode de la façon la plus convaincante pour l'élève. Dans de tels programmes, les élèves définissent fréquemment eux -mêmes les questions qui les touchent, un professeur ou l'un des leurs intervenant en tant qu'animateur plutôt qu'à titre d'instructeur. Les élèves étudient ces questions en faisant appel à leur talent et à leur attirance 57 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac pour le théâtre, la musique et d'autres arts. De telles techniques insistent sur le respect de soi, l'aptitude à gérer sa vie, une infor- mation (factuelle et affective) adaptée au groupe d'âge, et le choix d'animateurs issus du groupe. Les méthodes factuelles La plupart des résultats d'évaluation réellement négatifs concernent des programmes consistant presque exclusivement à décrire les mé- faits prévisibles de l'usage de substances toxiques et à mettre les élèves en garde contre ces dangers futurs : les programmes dits «factuels ». Cette façon de faire a été sévèrement critiquée dans la littérature pertinente pour son inefficacité à apporter autre chose qu'une connaissance à court terme. Or la connaissance de l'alcool, du tabac et d'autres substances peut être très limitée même parmi les consommateurs, si bien qu'une éducation appropriée peut être utile. L'approche factuelle présuppose que le groupe cible ignore les conséquences possibles de l'usage d'une substance toxique donnée et qu'il rectifiera son attitude et son comportement dès lors qu'il aura été correctement informé. Aucune preuve empirique ne vient appuyer ce lien causal simpliste. Les programmes uniquement factuels oublient souvent de prendre en compte les influences socio- culturelles qui s'exercent sur le groupe cible, aussi bien que des facteurs individuels tels que l'expérimentation. L'approche factuelle la plus commune consiste à faire s'exprimer les idées et les connaissances des élèves à propos des sub- stances toxiques par le biais de discussions structurées. Cette technique met souvent l'accent sur les conséquences à court terme et les implications sociales de l'usage de substances toxiques. Vidéos, conférences et films permettent d'engager ou d'alimenter la discus- sion et les activités. Des évaluations de cette approche effectuées aux Etats -Unis ont indiqué des résultats très inégaux, bien qu'aucune n'ait fait apparaître un usage accru de substances toxiques. Examinant l'éducation antidrogue dispensée en Amérique du Nord, Goodstadt (41) concluait : il est relativement facile d'influencer des connaissances, mais un tel changement, s'il est peut -être nécessaire, ne suffit pas à prévenir les comportements nocifs. Il est plus difficile d'agir sur les attitudes, qui 58 Les programmes d'éducation dans les écoles sont rarement liées aux comportements en question. Quant aux compor- tements, ils sont la composante la plus difficile à influencer. On peut trouver en Europe quelques programmes et matériels factuels à la fois bons et équilibrés, mais il ne faut probablement pas s'attendre à ce qu'ils agissent sur les attitudes et le comportement à long terme. Bien que la seule information ne suffise pas en matière de prévention, ses avantages accessoires ne sont pas connus. Une infor- mation adaptée au groupe d'âge fait souvent partie de programmes plus complémentaires et basés davantage sur l'affectivité et les aptitudes. Approches fondées sur l'affectivité et les aptitudes Contrairement à l'approche factuelle, qui concentre son action sur la substance toxique, les approches fondées sur l'aptitude à gérer sa propre vie, les aptitudes sociales et les influences de la société se concentrent sur l'individu et sur la façon dont il, ou elle, communique et négocie avec les autres. Ces méthodes visent à encourager le respect de soi et la prise de décisions responsables, tout en enri- chissant le développement personnel et social du groupe cible (les adolescents). Elles ont en commun une perspective compensatoire qui explique l'usage d'alcool, de tabac et de drogues comme résultant d'une carence en une aptitude ou un trait de caractère personnel et/ou social essentiel. La théorie du stress social vient appuyer cette opinion en soulignant le fait que les adolescents font usage de ces substances afin de mieux faire face à divers facteurs de stress (la famille, l'école, les pairs ou la collectivité). Selon cette théorie, les adolescents qui développent des aptitudes personnelles et sociales adéquates risquent moins de s'adonner à l'usage de substances toxiques. L'apprentissage par l'expérience est un facteur essentiel. En dépit de l'ubiquité de l'approche affective, la plupart des évaluations effectuées n'ont pu démontrer aucun effet sur l'usage potentiel ou effectif de substances toxiques. Certains programmes agissent pour- tant sur les attitudes. Presque tous les programmes évalués compor- tant une composante factuelle ont un impact sur la connaissance. Malheureusement on sait très peu de choses sur les composantes efficaces d'un outil ou d'un programme réussi. La littérature comportant peu d'évaluations, cependant, il est difficile de juger de l'effet que peut avoir une méthode ou un programme donné sur un 59 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac comportement potentiel ou effectif. Quoi qu'il en soit, la méthode fondée sur l'aptitude à gérer sa vie, en particulier, est à la base de bien des programmes d'éducation sanitaire efficaces et respectés à travers la Région européenne. Appliquées à l'usage de la drogue, cette approche encourage un examen personnel des besoins, des valeurs et des différentes façons dont l'usage de substances toxiques les satisfait. L'objectif est de réduire la probabilité de problèmes liés à cette consommation en encourageant la compréhension de soi et la prise de décisions respon- sables (42). Généralement cette méthode comporte des composantes cognitives, affectives et comportementales, bien que l'information n'en soit pas un élément important. L'aptitude à prendre des décisions et l'affirmation de soi sont enseignées en tant que réponses à des situations données de la vie. L'accent est mis fortement sur le pro- cessus de prise de décision. Des conférences, des discussions sur les choix, des exercices de simulation et des jeux de rôles illustrent le processus et les conséquences des décisions. Les méthodes expéri- mentales actives et les travaux de groupe sont donc des éléments clés de cette approche. Toutefois, Davies et Coggans (43) font une mise en garde : si l'on ne s'y prend pas correctement, les séances de «prise de déci- sions» essentielles au développement personnel des jeunes et à l'acqui- sition de comportements sains peuvent dégénérer en séances de «mise en oeuvre de décisions», les décisions étant fournies par le professeur. Les adolescents peuvent appliquer les techniques enseignées par cette approche dans des situations très diverses. Les principales techniques sont enseignées et pratiquées dans bien des écoles euro- péennes, bien qu'elles puissent varier selon le sexe et la culture des utilisateurs. Parmi ces techniques figurent la prise de décision, la résolution de problèmes, la pensée créative, la pensée critique, la communication efficace, les relations personnelles, la conscience de soi, l'empathie et la gestion des émotions et du stress (44). Alors que l'acquisition d'aptitudes à gérer sa propre vie est de prime importance dans la promotion de la santé en général, il existe peu de données empiriques qui confirment l'efficacité de cette approche en matière de prévention de l'usage de substances toxiques. 60 Les programmes d'éducation dans les écoles Néanmoins, il est probablement encore trop tôt pour déterminer son impact à long terme sur les attitudes et les comportements, bien qu'elle améliore presque certainement n'importe quel programme de prévention de l'usage de drogues. Que cette approche affecte ou non le comportement, toute méthode permettant aux adolescents d'exercer un plus grand contrôle sur leur vie ne peut qu'être bénéfique. L'approche fondée sur les aptitudes sociales a donné des résultats inégaux. Elle repose sur l'hypothèse que les adolescents consomment des drogues parce qu'ils manquent des outils psycho- sociaux dont ils ont besoin. Trois éléments essentiels caractérisent cette approche : établir un modèle de comportement favorable à la santé; acquérir des aptitudes permettant de résister aux influences (sur- tout des pairs) qui incitent à l'usage de substances toxiques; et acquérir des aptitudes plus générales à gérer sa propre vie. Cette approche allie donc des aptitudes générales à des aptitudes de résistance au groupe. Bien que quelques données empiriques sug- gèrent une corrélation entre ces aptitudes et l'usage de drogues, on ne sait pas vraiment comment s'exercent ces influences. Appliquées à l'usage de substances toxiques, les méthodes mettant en jeu l'influence sociale partent du principe que l'influence des pairs, de la famille et de l'environnement joue un rôle important dans le démarrage et le maintien de la consommation. La plus cou- rante est l'approche fondée sur la résistance au groupe (45) : En général, ces méthodes comportent 1) la sensibilisation des élèves aux influences sociales d'incitation auxquelles ils pourraient être exposés, 2) l'enseignement de techniques spécifiques (telles que les techniques de refus) permettant de résister à ces influences, et 3) la correction de perceptions erronées de normes sociales concernant l'usage de substances toxiques. La plupart des recherches effectuées à cet égard ont examiné le travail de prévention de l'usage du tabac par les adolescents (46). L'idée était d'immuniser les jeunes contre les pressions susceptibles de les pousser à fumer. Les applications actuelles de cette approche 61 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac tendent surtout à former les élèves à gérer les pressions exercées tant par leurs pairs que par les médias en faveur de la consommation de diverses substances toxiques. Cette catégorie d'approches reconnaît que même l'adolescent le mieux armé peut avoir besoin d'aide pour dire «non». Deux traits caractéristiques de ces méthodes sont le recours à des leaders choisis parmi les pairs et l'utilisation du jeu de rôle et du renforcement des aptitudes sociales pour enseigner les techniques de refus. Ces deux éléments concourent à créer un climat dans lequel dire «non» devient la chose la plus facile à faire. Au nombre des composantes du pro- gramme figurent l'information et le développement d'aptitudes à la prise de décision, à la résistance, à la fixation de normes et à l'analyse critiques (en particulier des messages des médias). Bien que ces méthodes aient porté avec un réel succès sur la prévention ou sur le recul de la première cigarette, une étude de Mc Alister et al. (47) a démontré un impact positif sur la consom- mation d'alcool et de marijuana également. Une version non normative de cette approche, qui insistait sur les influences sociales de l'usage de l'alcool, a donné des résultats modérément encoura- geants en matière de comportement, lors d'évaluations effectuées en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse (48). D'autres enquêtes ont fait apparaître des effets positifs sur les niveaux de connaissance, les attitudes, les croyances et les aptitudes de résistance aux pressions sociales (49, 50). Il semblerait que ces méthodes soient les seules à avoir plus qu'un effet à court terme sur le comportement, bien que la variabilité du contenu des programmes et de leur application signifie que les éléments efficaces n'ont pas encore été identifiés. De plus, l'efficacité de ces techniques auprès des jeunes à haut risque ou des minorités est inconnue. Des sessions de consolidation et de recyclage des connais- sances sont parfois organisées dans les années qui suivent pour renforcer les effets des programmes. Selon au moins une étude, des activités et des séances de consolidation /recyclage menées par des pairs se sont avérées plus efficaces dans la lutte contre la consomma- tion d'alcool, de tabac et de marijuana que ces mêmes activités dirigées par des professeurs (51). 62 Les programmes d'éducation dans les écoles En général les méta -analyses confirment (52) que : les programmes les plus efficaces pour lutter contre la toxicomanie sont ceux qui donnent la priorité à une formation permettant de résister aux influences sociales. Quatre points importants méritent cependant d'être gardés en mémoire : 1. Les taux de succès des programmes jusqu'ici évalués sont relati- vement faibles. 2. En général, le succès est évalué sur la base d'un suivi très court, pouvant aller jusqu'à deux années mais ne dépassant pas, parfois, trois mois. 3. L'importance accordée à la pression négative des pairs peut reposer sur des hypothèses erronées quant à la relation existant entre acquis de connaissances sociales et comportements sociaux. Les approches fondées sur l'influence sociale ne tiennent pas compte du fait que les adolescents choisissent leurs amis parmi ceux qui leur ressemblent le plus. De tels groupes peuvent tout aussi bien avoir une influence positive que négative. 4. Une fois encore, l'efficacité relative des diverses composantes d'un programme et des acteurs de sa mise en oeuvre ne peuvent être déterminés (51). Néanmoins, il est généralement estimé que le recours à des leaders choisis parmi les pairs (du même âge ou plus âgés que le groupe cible) joue un rôle important dans les programmes de ce type. La plupart de ces programmes ont cette caractéristique, et de nom- breuses études l'ont soutenue, bien que les leaders choisis parmi les pairs n'aient souvent qu'une fonction accessoire et soient peut -être plus influents auprès des filles que des garçons. Il semblerait que les programmes recourant à des techniques fondées sur les influences sociales soient de plus en plus largement utilisés. Approche multidimensionnelle Diverses méthodes pédagogiques sont utilisées dans la Région euro- péenne en matière de prévention de l'usage d'alcool, de tabac et de drogues. Une bonne partie de ce travail intègre non seulement des 63 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac connaissances factuelles, mais également des techniques et des attributs qui améliorent le développement personnel et social des élèves. La littérature disponible est souvent contradictoire dès qu'il s'agit d'identifier les éléments des programmes menés en milieu scolaire qui peuvent influencer les connaissances, les attitudes et le comportement; les résultats des recherches dépendent très spécifi- quement des programmes étudiés. L'influence de facteurs internes et externes sur les attitudes et les comportements liés à l'usage de drogues limite le champ et les attentes de l'action en milieu scolaire. Ceci étant, une étude récente due à Hansen (53) arrivait à la conclu- sion que les programmes les plus prometteurs étaient ceux qui utili- saient diverses stratégies. En partant de 45 rapports d'évaluation, Hansen identifiait six groupes de programmes utilisant de 1 à 12 stratégies de prévention spécifique (53). Les programmes complets et les programmes fondés sur les influences sociales se sont avérés les plus efficaces pour em- pêcher les jeunes de commencer à consommer. Les composantes identifiées dans les programmes fondés sur les influences sociales étaient l'acquisition de techniques de résistance, l'information, l'en- gagement à ne pas user de substances toxiques et l'établissement de normes. Les programmes étendus comportaient en général sept composantes différentes combinées de diverses façons. Tous compor- taient des composantes d'information, de formation à la prise de décisions et d'acquisition de techniques de résistance. Lorsque les composantes de chaque type de programme agissaient séparément, les résultats comportementaux étaient, au mieux, inégaux. Les éléments individuels de chaque programme bénéficiant d'une évaluation posi- tive variaient considérablement. La combinaison de diverses mé- thodes et stratégies semble augmenter les chances d'obtenir les effets escomptés. Norman et Turner (54) notent : «il n'y a pas encore de consensus quant aux combinaisons de stratégies multiples qui sont les plus efficaces pour des groupes de jeunes donnés.» CONCLUSION En dépit de l'incertitude qui subsiste quant aux influences qui s'exercent sur les attitudes et les comportements associés à la drogue, certains éléments se sont avérés avoir des effets : les séances animées 64 Les programmes d'éducation dans les écoles par les pairs et l'acquisition d'aptitudes. La participation active des adolescents à leur propre éducation est un élément clé de la plupart des programmes qui réussissent. En outre, les programmes qui s'occupent des influences sociales s'exerçant sur les attitudes et le comportement des jeunes ont enregistré des résultats positifs. La combinaison de l'information (sur les drogues et les influences sociales qui s'exercent sur leur usage) et de techniques spécifiques de résistance à une consommation inappropriée, semble être, du moins en partie, à l'origine du succès de certains programmes. Quelle que soit la combinaison de stratégies utilisée par les écoles vis -à -vis de substances toxiques, la stratégie globale la plus prometteuse présente les caractéristiques suivantes : faire partie d'un programme global d'éducation sanitaire et de promotion de la santé centré sur les élèves eux -mêmes; utiliser des méthodes variées; mettre l'accent sur le présent et non sur le futur; et tenir compte des facteurs personnels, psychologiques, culturels, sociaux, parentaux et autres, qui peuvent avoir une influence sur les attitudes et le comportement (voir la liste fournie au chapitre 1 en relation à l'alcool). De plus, on estime qu'un programme est d'autant plus suscep- tible d'agir sur les attitudes et les comportements des élèves : si son message et son messager sont crédibles et adaptés au groupe cible; s'il ne porte pas de jugement mais s'accorde avec l'opinion et les attitudes prévalant dans le public; s'il exige une participation active plutôt que passive; s'il convient à des élèves de capacités et /ou milieux culturels différents; s'il s'est fixé des objectifs et des attentes appropriés et s'il est d'une durée et d'une intensité suffisantes; s'il est complété par un renforcement continu - et à plusieurs niveaux - du message dans l'école, et par une révision et une 65 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac adaptation de ce message à des moments cruciaux de la carrière scolaire de l'élève; s'il assure une formation et un soutien adéquats aux enseignants et aux animateurs concernés; s'il est correctement mis en oeuvre; et s'il intéresse et fait participer les parents. Le tableau 3 résume les composantes des programmes préventifs utilisés dans les écoles, selon Hansen (53). Tableau 3. Composantes des programmes de prévention menés dans les écoles Composantes Objectifs Mise en uvre Information Formation à la prise de décision Engagement Clarification des valeurs Formation à la fixation d'objectifs Cibler connaissances et croyances concernant les drogues Enseigner un processus qui permette la prise de décisions rationnelles quant à l'usage de drogues S'engager personnellement à ne pas prendre de drogues, souvent dans un contexte Examiner les valeurs person- nelles associées aux drogues, et démontrer l'incompatibilité de l'usage de drogues avec ces valeurs Développer des techniques de fixation d'objectifs, encourager leur réalisation Conférences, films, discussions, débats, livres Conférences, discus- sions, fiches de travail, jeux de rôles Engagement oral ou écrit, port d'un insigne moral Discussions de groupe, fiches de travail Mode didactique, fiches de travail, projets extra -scolaires, auto -surveillance de la performance de la classe 66 Les programmes d'éducation dans les écoles Tableau 3 (suite) Composantes Objectifs Mise en oeuvre Formation à la gestion du stress Formation au respect de soi Acquisition de techniques de résistance Acquisition d'aptitudes de gestion de sa propre vie Formation à la fixation de normes Aide des pairs Alternatives Enseigner le «savoir faire face» en insistant sur les techniques de relaxation Développer le sens de sa propre valeur Enseigner des techniques permettant d'identifier les influences des pairs et autres (publicité, parents, frères et soeurs), incitant à l'usage de drogues, et d'y résister Développer des techniques sociales au sens large et des techniques de résolution de conflits Etablir des normes relatives à l'usage de drogues en corrigeant les perceptions erronées de sa prévalence et de son acceptabilité parmi les pairs Interventions et consultations de la part d'élèves du même âge, ou plus âgés que le groupe cible Offrir des activités créatrices ou physiques incompatibles avec l'usage de drogues, et/ou une alternative séduisante à un tel usage Mode didactique, discussions, fiches de travail, pratique des techniques Fiches de travail, discussions Films, discussions, jeux de rôles, exer- cices d'acquisition d'assurance Conférences, discus- sions, jeux de rôles, pratique des aptitudes Enquêtes, jeux, dis- cussions, débats, recours à des pairs leaders, témoignages Discussions animées par des pairs en classe, assistance de pairs en dehors de la classe Source: Hansen (53). 67 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Outre la liste de méthodes dressée dans le tableau 3, celles qui suivent sont utilisées, selon diverses combinaisons, dans de nombreux programmes novateurs d'éducation en milieu scolaire mis en oeuvre dans la Région européenne. Cette liste n'est nullement exhaustive. Dans beaucoup de pays et de régions, les programmes font appel à des méthodes correspondant spécifiquement à leur culture et à leur idéologie en matière de prévention. Ces méthodes peuvent être uti- lisées en divers points du programme scolaire. Idéalement, tous les maîtres devraient effectuer un travail préventif - planifié ou fonction des circonstances -, en particulier si aucun espace n'a encore été réservé à l'éducation sanitaire. Au nombre des méthodes utiles figurent notamment : la discussion par classes et petits groupes (avec rapports des groupes à la classe); les enquêtes et autres travaux d'investigation; les exercices écrits, dont les devoirs avec les parents, les publi- cités et jingles, les récits, les pièces, les articles de journaux; la recherche en bibliothèque; les dessins, le travail graphique et la production de vidéos; le brainstorming; les cartes (avec les élèves les plus jeunes); les calculs concernant l'usage des substances toxiques et les dégâts qu'il cause; la composition et la dégustation de boissons non alcoolisées; les visites de spécialistes - tels qu'agents de police, médecins et personnes travaillant dans le domaine de la toxicomanie - suivies de discussions; et la présentation de travaux créatifs originaux à d'autres classes ou écoles. Les parties des programmes scolaires où peut s'intégrer l'édu- cation préventive portant sur l'usage de substances toxiques sont notamment : l'éducation sanitaire, l'éducation personnelle et sociale, les cours de langue maternelle, l'éducation artistique, l'éducation 68 Les programmes d'éducation dans les écoles religieuse et la morale, les sciences (biologie, chimie), les mathé- matiques, l'éducation civique, l'éducation physique, l'écologie, l'his- toire, les cours de culture et de sociologie, l'économie et la politique. Cette section se termine par un exemple de programme complet d'éducation par les pairs. FIT 2001 - Club pour le troisième millénaire : programme d'éducation par les pairs dans les écoles de la République tchèque En 1993, le ministre tchèque de l'éducation, de la jeunesse et des sports demanda à quatre institutions de Prague - le centre psychia- trique, l'hôpital psychiatrique, le Centre national pour la propagation de la santé et l'Institut de recherche pédagogique - de mettre au point un programme préventif modèle s'appuyant sur les principes et les exemples actuels de direction par les pairs. Les responsables de l'élaboration du programme (K. Nespor, L. Csémy et H. Pernicova) consultèrent des spécialistes de Norvège et des Etats -Unis qui avaient de l'expérience dans la conception et l'application de programmes menés par des pairs. Guidés par les résultats d'une enquête récente effectuée en milieu scolaire sur la connaissance des drogues, les attitudes face à la drogue et la consommation dans les écoles, le programme tchèque fut testé dans quatre écoles pilotes de Prague. L'éducation par les pairs, sous diverses formes, existe dans ce pays, pour les adultes et les enfants, depuis 1990. Elle est mise en oeuvre par le biais des programmes FIT IN (55, 56). Des professeurs des quatre écoles primaires participant au pro- gramme travaillèrent avec les responsables de son élaboration pour motiver et recruter des élèves qui feraient de bons leaders (âge moyen : 13 ans) et pour les former à ce programme de quatre heures. Parallèlement, on remettait aux parents une brochure sur le sujet. Les élèves formés à cette fin mirent ensuite le programme en oeuvre, ani- mant des groupes d'écoliers légèrement plus jeunes qu'eux. Pour connaître les réactions des enfants, un bref questionnaire leur fut remis à la fin du programme. La première heure du programme était consacrée à la motivation, décrivant les avantages d'une bonne santé et d'une vie sans fumée, sobre et sans drogues, et montrant à quel point un style de vie sain 69 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac aide l'individu à atteindre les objectifs personnels. La méthode uti- lisée comportait petits groupes, brainstorming, fabrication d'affiches et séance de questions- réponses. Pendant la deuxième heure, les animateurs présentaient des alter- natives positives à l'usage des drogues. Ils soulignaient l'importance de la relaxation et de l'exercice physique, expliquaient où trouver de l'aide pour faire face à divers problèmes, traitaient des techniques de résolution de problèmes, et donnaient des notions de relaxation. La troisième heure portait sur les techniques de refus : comment éviter les situations dangereuses, et diverses façons de refuser l'alcool, le tabac et les drogues. Ces diverses techniques étaient le refus rapide (ignorer une offre), faire un geste, simplement dire «non»); le refus poli (donner une explication, offrir quelque chose de mieux, changer de sujet, remettre la question à plus tard); le refus grossier (technique du «perroquet», consistant à répéter le refus plu- sieurs fois, et refus avec contre -attaque); le refus majestueux (refuser une fois pour toutes, refuser pour protéger sa santé tout en encou- rageant l'autre à faire de même). La quatrième heure était consacrée au renforcement et se déroulait de la façon suivante : explication sur la publicité et comment y résister; création d'une publicité originale pour promou- voir des styles de vie sains et vanter les avantages d'une société sobre et exempte de drogues; séance de questions- réponses; remise des diplômes aux participants, et clôture officielle de la session. La formation des élèves choisis pour le rôle d'animateurs ( «pairs leaders ») se déroula de la même façon, mais les responsables du programme insistèrent aussi sur les techniques de communication - telles que voix forte et contact visuel - et sur la façon de gérer une discussion sur des sujets controversés. A la suite du programme pilote, chaque école participante eut un certain nombre d'élèves formés au rôle d'animateurs et un professeur familiarisé avec le programme. Ceci permit aux écoles de devenir autosuffisantes en matière de prévention. Une brochure à l'intention des «pairs leaders» est prévue pour les futurs animateurs du pro- gramme. On y trouvera les sujets suivants : une information sur les 70 Les programmes d'éducation dans les écoles drogues qui créent une dépendance, les stéroïdes et les jeux d'argent; des alternatives positives (mode de vie salubre, relaxation et yoga); la résolution des problèmes; les techniques de socialisation et de refus; la sécurité routière; comment analyser la publicité et y résister; la communication efficace, et, enfin, tous les aspects sociaux des pro- blèmes liés à l'usage des drogues. Bien que FIT 2001 n'ait pas fait l'objet d'une évaluation for- melle de processus et de résultats, les réactions des élèves et des professeurs ont été très positives. Quelques enseignants ont même appliqué ces principes à d'autres travaux. Les résultats du question- naire de suivi indiquaient que les éléments qui avaient paru les plus utiles aux élèves étaient les techniques de refus et l'information sur les risques associés à l'usage de l'alcool et des drogues et sur les modes de vie sains. Les élèves notèrent qu'ils avaient particulière- ment apprécié les exercices physiques et la relaxation, le dessin, les jeux de rôles et les activités de groupe. Les responsables de l'élabo- ration du programme (57) ont conclu que leur outil était «adéqua- tement structuré, en ce sens qu'il combinait la transmission de techniques et d'attitudes importantes avec des activités amusantes et séduisantes pour les enfants ». L'expérience du groupe pilote confirme les constats antérieurs qui établissaient l'efficacité d'une éducation s'appuyant sur l'intervention de «pairs leaders» (50). 71 6Politiques visant à développer la prévention dans les écoles Le rôle de l'école dans la prévention des méfaits des drogues s'est amplifié depuis qu'on connaît mieux les influences qui s'exercent sur les jeunes et les incitent à consommer de l'alcool, du tabac et des drogues. On reconnaît de plus en plus, dans ce domaine, la nécessité d'une approche globale faisant appel à diverses stratégies. Parallè- lement à l'éducation sanitaire figurant dans le programme scolaire et à la participation communautaire, la mise au point dans les écoles d'une politique et de procédures appropriées pourrait prévenir la consommation de drogues par les élèves. Cette section s'appuie sur un document directeur exemplaire intitulé «Elaboration d'une poli- tique scolaire antidrogue et définition d'une attitude adéquate de l'école face à l'usage de drogues» (58). Pour être efficace, une politique scolaire devrait s'efforcer de prévenir les problèmes liés à l'usage de substances toxiques en : identifiant, dans le programme d'éducation sanitaire de l'école, ce que le personnel enseignant, les parents et les élèves consi- dèrent comme important et pertinent; assurant à l'éducation sanitaire des moyens adéquats; prévoyant, le cas échéant, une formation complémentaire pour les enseignants concernés; 72 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles réservant à l'éducation sanitaire suffisamment de plages dans l'emploi du temps scolaire. Non contentes d'assurer une éducation préventive adéquate sur l'usage de substances toxiques, les écoles devraient également tenir compte du fait que les élèves consomment probablement des drogues dans l'établissement. Des procédures devraient être prévues pour faire face à de telles situations d'une façon conséquente et efficace. Les professeurs, les élèves et les parents devraient tous être au courant de ces procédures. L'école doit pouvoir adapter ses réactions au type d'incident - par exemple consommation soupçonnée ou avérée, ur- gence médicale. Une politique de l'école par rapport à l'usage de la drogue pré- sente plusieurs avantages : 1. elle renforce le rôle de l'école dans la prévention des problèmes dus à l'usage de drogues; 2. elle clarifie rôles, droits et responsabilités de chacun des membres de la communauté scolaire face aux problèmes de 3. elle établit, à l'intention des élèves, des professeurs et des visi- teurs, des lignes directrices définissant les comportements accep- tables par rapport à l'usage de drogues dans l'école; 4. elle garantit que le personnel scolaire ne se mette pas en danger par ses actions, puisqu'elle précise clairement les responsabilités légales de l'école et les procédures en place; 5. elle applique une approche normalisée à une question souvent controversée et provoquant des réactions émotionnelles; 6. elle identifie une suite d'événements qui se dérouleront en cas d'incident associé à l'usage de drogues; cette série devrait comprendre des mesures disciplinaires appropriées et justes, et préciser quand les parents et/ou la police devraient être avertis (bien que, dans certains pays, les écoles soient tenues par la loi d'informer la police en cas de possession ou d'usage de certaines drogues); 7. elle veille au bien -être des élèves et des professeurs en assurant une attitude rationnelle en cas d'incident et en garantissant la 73 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac confidentialité et l'accès à une assistance spécialisée si néces- saire; et 8. elle soutient le personnel scolaire en le soulageant de la respon- sabilité exclusive de prendre des décisions en cas d'incident. ELABORATION DE POLITIQUES ET DE PROCÉDURES Le processus d'élaboration de la politique et des procédures peut être aussi important que la politique elle -même. Celle ci doit être mûre- ment étudiée en consultation avec ceux qu'elle concerne : corps en- seignant, parents et élèves, ou leurs représentants. La concertation accroît les chances d'acceptation et de respect de la politique par la communauté scolaire. Et, bien que chaque école ait son propre ordre calendrier et ses propres questions à régler, il est souhaitable que l'élaboration d'une telle politique se fasse en six étapes. Premièrement, l'école devrait constituer un comité provisoire représentant l'opinion de la communauté scolaire (élèves inclus). Ledit comité devrait faire des recommandations quant au contenu de la politique, définir une réaction normalisée aux incidents impliquant l'usage de drogues, rédiger et distribuer le projet, puis mettre au point le document final. Deuxièmement, l'école devrait organiser un atelier pour fournir aux membres du comité une information récente sur les questions d'usage de drogues par les jeunes. Le personnel, les parents et les membres de la communauté trouveront sans doute l'atelier utile, notamment par son aspect de sensibilisation aux avantages d'une politique scolaire. Troisièmement, l'école devrait procéder à une analyse des besoins et identifier tout problème actuel ou potentiel relatif à l'usage de drogues, ainsi que les services disponibles pour un soutien ou une intervention tels que la police, les unités chargées des questions de drogue et d'alcool, et les agents de santé. Elle devrait également revoir sa politique actuelle et demander à d'autres écoles ayant un profil démographique similaire de lui soumettre des exemples. 74 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles Quatrièmement, l'école devrait rédiger le projet de politique, en indiquant de manière détaillée les interventions proposées mais égale- ment les mesures de prévention qui viendront compléter et soutenir cette politique. Le projet devrait être distribué pour commentaires aux membres du comité, au personnel de l'école, aux représentants syn- dicaux de ces derniers (le cas échéant), aux parents et à l'unité locale de promotion de la santé. Cinquièmement, l'école devrait informer suffisamment à l'avance l'ensemble de la communauté scolaire de la date d'entrée en vigueur de la politique. Si nécessaire, elle devrait apporter son soutien aux personnes qui auraient à modifier leur style de vie. Par exemple, elle pourrait fournir aux fumeurs l'information et l'aide nécessaires pour qu'ils réduisent leur consommation. Sixièmement, lorsque politique et procédures auront été appli- quées pendant une période déterminée (un trimestre par exemple), l'école devrait reconvoquer le comité d'origine pour évaluer l'effi- cacité de la politique. Une enquête ou des commentaires écrits anonymes sont deux méthodes couramment utilisées pour évaluer l'acceptabilité et le respect des règles. Certaines questions importantes devraient être considérées dans l'élaboration d'une politique scolaire : 1. Quelles sont les raisons qui motivent l'élaboration d'une politique ? 2. La politique couvrira -t -elle à la fois la prévention et l'inter- vention ? 3. S'appliquera -t -elle également aux élèves, au personnel et aux visiteurs ? 4. S'appliquera -t -elle de façon différente selon les substances toxiques consommées ou le contexte de la consommation ? 5. Couvrira -t -elle l'usage de substances toxiques lors de réceptions tenues dans l'enceinte de l'établissement ? 6. Existe -t -il des politiques et des règlements, tels qu'une légis- lation antidrogue nationale, auxquels la politique prévue devrait être conforme ? 75 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac 7. La politique scolaire couvrira -t -elle tous les types de drogues, licites et illicites ? 8. Un briefing interne sera -t -il organisé pour le personnel avant la mise en oeuvre de la politique ? 9. Quelle diffusion donner au document précisant la politique ? 10. Quel sera le dispositif mis en place pour informer de cette poli- tique les nouveaux élèves, les nouveaux membres du personnel et les visiteurs ? 11. La politique sera -t -elle revue et, et si c'est le cas, quand et par qui ? 12. De quelle manière la question de la confidentialité sera -t -elle résolue ? 13. Quels types d'interventions prévoit -on ? Différeront -ils suivant les situations (possession de drogue seulement, utilisation, vente) ? 14. La politique prévoira -t -elle des interventions et des procédures disciplinaires différentes pour le personnel ou les élèves qui se présenteront avec des problèmes ou des préoccupations liés à l'usage de substances toxiques ? Il convient en outre de répondre à certaines questions sur les réactions de l'école face à des cas d'usage de substances toxiques : 1. La procédure d'intervention qu'on se propose d'adopter protégera -t -elle le bien -être et la vie privée des élèves tout en res- tant compatible avec l'éthique et le fonctionnement de l'école ? 2. A quel moment et de quelle manière informera -t -on les parents en cas d'usage de drogues, et qui aura la tâche de les contacter ? 3. La police sera -t -elle informée des cas d'usage de drogues illicites ? Si oui, quelle est la procédure de consultation prévue pour les interrogations ou les arrestations de membres du per- sonnel ou d'élèves par la police ? 4. Quel rôle joueront les organismes extérieurs, tels que les services de conseil et d'assistance pour les questions de drogues ou d'alcoolisme ? Et qui coordonnera l'orientation vers ces orga- nismes ? 76 Politiques visant à développer la prévention dans les écoles 5. Quels services sociaux et services d'aide spécialisée pourront être mis à disposition du personnel ou des élèves impliqués dans un cas d'usage de drogues ou se présentant avec un problème ou un souci dans ce domaine ? Cette section ne soulève les questions ci- dessus que dans un but de conseil et d'orientation. Ce sont les besoins évalués par chaque école et la nécessité de se conformer aux législations locales et natio- nales en vigueur qui devraient déterminer la politique de l'école vis -à- vis de l'usage de substances toxiques. 77 7Organisations de jeunesse ORGANISATIONS TRADITIONNELLES Les organisations de jeunesse occupent souvent une place importante dans la vie des jeunes car elles leur offrent des équipements récréatifs et une occasion de fréquenter des personnes de leur âge dans un milieu sans danger. Si leurs buts et leur raison -d'être diffèrent parfois, ces organisations élargissent de plus en plus leurs services pour englober des questions qui préoccupent les jeunes, notamment la consommation de drogues et les problèmes qui y sont liés. Cette action est souvent analogue, de par sa méthode, à celle qui est menée dans les écoles, c'est -à -dire développer des compétences aussi bien générales que spécifiques à certaines situations, accroître les connais- sances et influencer les attitudes et le comportement. Les méthodes d'éducation par les pairs conviennent particulièrement dans le cadre des clubs de jeunes. En dehors de l'école et du foyer familial, les organisations de jeunesse offrent peut -être le meilleur contexte pour entreprendre une action préventive individuelle auprès des jeunes. Il est, de plus, reconnu que de nombreuses activités déployées par ces organisations peuvent être utilisées non seulement pour favoriser le développement personnel et social des jeunes, mais également pour leur transmettre des informations et des messages efficaces sur l'alcool, le tabac et la drogue. Les jeunes sont peut -être plus réceptifs à ce genre de messages dans le cadre décontracté et libre d'un club de jeunes ou de 78 Organisations de jeunesse sport. Ces endroits sont aussi un moyen d'atteindre les jeunes qui quittent l'école et ceux qui, pour une raison ou une autre, n'y vont pas régulièrement. Autre avantage du club : les jeunes peuvent y rechercher des informations et des conseils sur la drogue auprès d'une personne crédible qui, à leurs yeux, ne représente pas l'autorité. En donnant des informations et des conseils sur la consommation de drogues, les édu- cateurs sont souvent en première ligne. Ils sont d'ailleurs de plus en plus souvent amenés à s'occuper de problèmes de drogue et d'alcool alors qu'ils ne disposent pas forcément des moyens adéquats pour le faire. Beaucoup d'entre eux ont demandé à recevoir une formation en matière de prévention et de conseil. Ils ont besoin de se sentir bien informés et à l'aise dans le travail qu'ils font à propos de la drogue. Les éducateurs devraient évidemment être formés et régulièrement informés sur les questions de prévention et de réduction des effets nocifs. Dans la partie flamande de la Belgique, le Vereniging voor Alcohol- en andere Drug- problemen VZW (VAD) organise des exercices systématiques destinés à mieux sensibiliser les personnes qui travaillent avec les jeunes. Les services et les groupes communau- taires de prévention de la toxicomanie ont souvent un rôle important à jouer dans l'éducation et la formation des animateurs traditionnels des groupes de jeunes, des jeunes eux -mêmes et des parents sur les questions relatives à l'usage de substances toxiques. D'autres orga- nismes et groupes peuvent apporter une contribution, par exemple sous forme de pièces de théâtre, de concerts et d'ateliers ayant pour but notamment de développer des compétences, de réaliser et de pré- senter des vidéos et des films et de répondre aux questions des parents et des enfants. De nombreuses activités divertissantes et créatrices peuvent ainsi avoir un aspect préventif. GROUPES SPORTIFS COMMUNAUTAIRES De nombreuses activités de prévention de la toxicomanie sont déployées dans les groupes sportifs communautaires. L'action menée dans ce contexte revêt souvent la forme d'une campagne générale pour sensibiliser les jeunes et élaborer des normes, plutôt que d'un travail spécifique, en tête -à -tête, avec les jeunes. En Allemagne, par exemple, l'Association allemande de football (DFB), l'Association 79 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac allemande Track and Field et l'Association allemande de tennis parti- cipent toutes à l'initiative «Pas de pouvoir pour la drogue », parrainée par le chancelier fédéral Helmut Kohl et dirigée par le Ministère fédéral de la santé. Par ailleurs, le Centre fédéral allemand d'édu- cation sanitaire collabore avec l'Association allemande de football dans le cadre de la campagne «Qui a besoin de cigarettes ?» à l'inten- tion des équipes juniors de football. Dans de nombreux pays, les associations sportives de niveau pro- fessionnel sont engagées dans des actions de prévention dans les écoles ainsi qu'avec des clubs sportifs de jeunes. Dans certaines régions du Royaume -Uni par exemple, les clubs de rugby et de football professionnels collaborent avec la police et d'autres orga- nismes à un programme éducatif sur la drogue mené dans les écoles. Cette méthode, très populaire auprès des jeunes, renforce la crédi- bilité des messages émanant de l'école et d'autres représentants de l'autorité. CLUBS DE PRÉVENTION Outre les clubs traditionnels de loisirs, des organisations ont été créées spécifiquement pour répondre aux préoccupations suscitées par l'usage de substances toxiques chez les jeunes. Par exemple, les clubs de non- fumeurs ont proliféré ces dernières années. Dans la partie francophone de la Belgique, la Fondation contre les affections respi- ratoires et pour l'éducation à la santé (FARES asbl) a créé récemment le programme «Première génération sans tabac» pour promouvoir chez les jeunes un mode de vie sain et sans tabac. L'organisation, qui compte 84 clubs scolaires et 17 000 membres, publie un bulletin qui présente à ses jeunes membres des informations, des conseils et des jeux. Les clubs participent à des activités de loisirs, d'information, de prévention et de promotion de la santé. Des clubs semblables ont été créés ailleurs dans le pays. Au Royaume -Uni, les clubs «Smokebusters» encouragent les enfants à rejeter le tabagisme en : leur donnant les informations, la confiance en eux et le soutien nécessaires pour les aider à résister aux pressions incitant à fumer; 80 Organisations de jeunesse constituant un solide réseau de groupes de pairs pour soutenir les enfants non -fumeurs; présentant le refus de fumer comme le choix positif, adulte, séduisant et amusant à faire; encourageant les membres à prendre une part active aux activités du club et en créant un environnement sans fumée; promouvant une vie saine. Comme la plupart des clubs du même genre, les clubs Smokebusters s'adressent à des enfants de 9 à 14 ans. Les statistiques montrent que c'est dans ce groupe d'âge que le risque de commencer à fumer est le plus élevé. Administrés par le biais de services de promotion de la santé, d'écoles, de groupements de jeunes, de programmes soutenus par le gouvernement et de groupes locaux d'action contre le taba- gisme et en faveur de la santé, les clubs locaux recrutent leurs membres dans les écoles, dans d'autres associations de jeunes ou à titre individuel. Les membres reçoivent un dossier d'introduction et des bulletins d'information et sont associés à toutes sortes d'activités de groupe ainsi qu'à des campagnes et des pétitions en faveur de l'environnement (par exemple pour l'interdiction de fumer dans les bus). Ces clubs jouissent d'une très grande popularité auprès du groupe cible ainsi qu'auprès des écoles, des conseils d'établissements et des associations de parents. Etre membre d'un club Smokebusters est à la mode. Divers mouvements pour la sobriété des jeunes sont engagés dans la prévention de la consommation d'alcool et de drogue. Cette démarche semble trouver un certain écho dans les pays d'Europe cen- trale et orientale. En Lituanie, par exemple, de nombreuses asso- ciations opèrent par l'intermédiaire des écoles ou dans les écoles elles -mêmes pour organiser des séminaires et des camps de week -end et publier des journaux spéciaux. Les jeunes d'autres groupes participent activement à l'éducation de leurs pairs en matière de lutte contre la consommation de sub- stances toxiques. Les membres travaillent avec les services commu- nautaires à des activités de recherche, de conception, de mise à l'essai, de diffusion et d'évaluation de matériel pédagogique novateur tel que bandes dessinées, vidéos et pièces de théâtre. De nombreux 81 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac groupes se consacrent à un problème particulier qu'ils estiment inadéquatement géré par les services existants - par exemple - la consommation de drogues dans les soirées et lieux où l'on danse. Le financement de ces groupes provient de sources diverses. ORGANISATIONS EN FAVEUR DES JEUNES À RISQUE Les services sociaux et les départements judiciaires fournissent sou- vent des ressources aux clubs et aux activités destinés aux jeunes qui s'adonnent à la drogue ou qui vivent dans des endroits où son usage est très répandu. L'objectif immédiat de ces organisations est de pro- poser aux jeunes des activités stimulantes, créatrices et souvent physiques qui soient incompatibles avec la consommation de drogues. Les collectivités ont souvent très peu à offrir aux jeunes et certains finissent par s'adonner à la drogue par ennui, frustration et manque de possibilités. A long terme, on espère que des jeunes auxquels diverses options seront proposées et qui auront acquis des qualifications et une certaine assurance n'éprouveront pas le besoin de consommer des drogues. Ces clubs sont généralement dotés d'un personnel de jeunes spécialement formés ou de professionnels de la prévention de la toxi- comanie, et il arrive qu'ils disposent à la fois d'installations fixes et de structures mobiles. Certains clubs sont rattachés à des services de prévention spécialisés dans des drogues particulières, ou collaborent avec de tels services. Par exemple, le «Crazy Girls Project» à Lahti, Finlande, travaille conjointement avec l'organisme municipal «Mono -Service» afin d'aider les jeunes filles qui connaissent des problèmes sociaux dus à la consommation de drogue et d'alcool (par exemple celles qui risquent d'être retirées de l'école ou de leur milieu familial). On a constaté une augmentation de l'usage de drogues et d'alcool chez les filles de moins de 16 ans. Le «Crazy Girls Project» a pour but de les empêcher de continuer à consommer des drogues en les faisant parti- ciper à des activités qui accroissent leur respect d'elles -mêmes et leur sens de leur propre valeur. La participation des parents représente également un élément déterminant. Les jeunes filles sont contactées par Mono -Service et s'engagent à ne plus consommer ni drogue ni alcool pendant qu'elles participent au projet. Les animateurs sont des volontaires formés par le service au travail social avec des jeunes. Le 82 Organisations de jeunesse financement est assuré par le projet Lahti, projet provisoire et portant sur cette ville. Aucune source de financement permanente n'a été garantie, bien que cette action soit considérée comme très importante pour les efforts de prévention déployés par la ville. POLITIQUES ET PROCÉDURES DE SOUTIEN Les organisations de jeunesse devraient se doter d'une politique et de procédures concernant l'usage de substances toxiques. On considère que des directives indiquant clairement quand, où et comment la consommation d'alcool et de tabac est acceptable ont un effet pré- ventif important (59). Des organisations comme VAD aident les clubs à élaborer des directives pratiques. La collaboration locale avec les écoles, les départements de santé publique et de promotion de la santé, les ministères de la santé et de la protection sociale, la police et d'autres organismes peut non seulement assurer la transmission de messages et d'informations cohérents et efficaces, mais fournir égale- ment des connaissances spécialisées et des idées pour des actions de prévention. CONCLUSION Les problèmes d'alcoolisme, de tabagisme et de toxicomanie sont de plus en plus souvent portés à l'attention des personnes qui travaillent avec les jeunes. Les organisations en faveur des jeunes peuvent assurer une éducation sur l'usage de substances toxiques, de manière implicite et explicite. Les animateurs ont besoin d'une formation qui leur donne les compétences et les connaissances nécessaires pour jouer un rôle d'éducateurs et intervenir en cas de consommation de substances toxiques. De plus, les jeunes participent à l'éducation de leurs pairs sur les questions liées à la drogue. Cette méthode a toujours donné des résultats positifs pour ce qui concerne le compor- tement. Ce genre de travail devrait être encouragé et financé afin que les personnes et les organismes qui s'y consacrent puissent partager leurs expériences et leurs méthodes avec d'autres. 83 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Adresses Vereniging voor Alcohol - en andere Drugproblemen VZW (VAD) Gustave Schildknechtstraat 9 1020 Bruxelles Belgique Centre fédéral d'éducation sanitaire Ministère fédéral de la santé Hauptgebäude Am Propsthof 78 a 53121 Bonn Allemagne Fondation contre les affections respiratoires et pour l'éducation à la santé (FARES asbl) 56, rue de la Concorde 1050 Bruxelles Belgique Smokebusters England c/o Project Officer (Smokebusters) HEA HELIOS Project University of the West of England Oldbury Court Road Fishponds Bristol BS6 6UZ Royaume -Uni Smokebusters Northern Ireland c/o Education Officer (Smokebusters) Ulster Cancer Foundation 40 -42 Eglantine Avenue Belfast BT9 6DX Royaume -Uni 84 Organisations de jeunesse Smokebusters Scotland c/o Action on Smoking and Health 8 Frederick Street Edinburgh EH2 2HB Royaume -Uni Smokebusters Wales c/o Co- Ordinator Smokebusters Health Promotion Authority for Wales Ffynnon -las Ty Glas Avenue Llanishen Cardiff CF4 5DZ Royaume -Uni Mono- Service /Crazy Girls Project Mariankatu 11 15110 Lahti Finlande 85 8Manifestations et projets liés à la prévention De multiples initiatives, manifestations et projets novateurs destinés à prévenir les effets nocifs de l'usage de substances toxiques ont eu lieu dans la Région européenne. Certains sont des manifestations à carac- tère national ou international (comme la Semaine européenne pour la prévention de la drogue) alors que d'autres ont un caractère plus local et plus ciblé. Il s'agit, la plupart du temps, de projets coopératifs dans lesquels les organisations intéressées apportent une aide sous forme de financement, de coordination et de connaissances techniques. Parfois les jeunes organisent et coordonnent eux -mêmes des manifes- tations et des projets. Ces derniers sont souvent liés à des initiatives communautaires plus larges de promotion de la santé, ce qui renforce la pertinence du message aux yeux des jeunes, et par conséquent son impact. Nombreux sont les projets et manifestations visant à promouvoir un mode de vie sain et à permettre aux jeunes de prendre des déci- sions saines aujourd'hui et à l'avenir. Ces projets ne concernent pas toujours directement l'usage de substances toxiques. Ceux qui traitent effectivement de cette question mettent la plupart du temps l'accent sur une expression créatrice des avantages de la non -consommation d'alcool, de tabac ou de drogue. En général, les jeunes ne considèrent pas comme crédibles les messages négatifs ou les tactiques destinées à faire peur. Les mêmes principes s'appliquent au travail de pré- vention mené dans les écoles et en dehors du milieu scolaire : les 86 Manisfestations et projets liés à la prévention messages, l'information et les activités doivent avoir un sens pour les jeunes, être adaptés au groupe visé, ne pas juger ni stigmatiser, et être compatibles avec les règles de la vie en société. Quelques exemples de manifestations et de projets pour la jeunesse sont brièvement exposés ci- après. UNE ACTIVITÉ NATIONALE Un concours de musique a eu lieu au Danemark à l'occasion de la Semaine européenne de prévention de la drogue en 1994. Le Minis- tère de la santé a coordonné le projet avec le Cercle national de la jeu- nesse et un consultant en matière d'alcool et de drogue, nommé par le comté. Le concours intitulé «The Slide» ( «La dérive ») était un projet de groupe destiné à des jeunes de 14 à 21 ans. Des orchestres de rock amateurs, s'inspirant de leur propre expérience et de celle des autres, ont exprimé en paroles et en musique leurs idées sur les raisons qui conduisent certains jeunes à tomber dans la drogue et l'alcool. Un jury composé de représentants d'orchestres de rock danois de haut niveau a choisi les 15 meilleurs numéros, qui ont été enregistrés sur disque compact. Les écoles et les clubs de jeunes peuvent emprunter le disque par l'intermédiaire du Centre de matériel didactique. Outre l'honneur d'avoir leurs chansons enregistrées, les 15 orchestres gagnants ont été traités en vedettes pendant les séances d'enregis- trement, les conférences de presse et les réceptions organisées dans leurs clubs de jeunes et leurs écoles. Des stations de radio locales ont également été invitées aux séances d'enregistrement. L'idée de base de la campagne était de faire appel aux rêves de célébrité des jeunes pour les amener à réfléchir sur le problème de l'usage des drogues et à exprimer leurs idées en musique. Le concours permettait non seulement de rendre hommage au travail des participants mais également de créer du matériel qui pouvait servir à d'autres. 87 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac ACTIVITÉS LOCALES Halte à l'usage de drogues multiples Dans le cadre des activités de la Semaine européenne de prévention de la drogue 1994 et en réaction à la tendance croissante des jeunes à mélanger l'alcool et différents produits pharmaceutiques, une cam- pagne radio intitulée «Halte à l'usage de drogues multiples» a été menée à l'intention des jeunes de 16 à 24 ans dans le comté de Ribe, au Danemark. Les stations de radio locales ont diffusé des entretiens, des informations, de la musique et des concours traitant des risques liés à l'alcool et à la drogue. Elles ont aussi indiqué les numéros de téléphone et les adresses d'organismes de secours et de conseil. En outre, des journaux se sont adressés aux adultes par des publicités les encourageant à mettre de l'ordre dans leurs armoires à pharmacie et à réduire leur consommation de calmants et de tranquillisants. La cam- pagne, qui a duré une semaine, s'adressait donc à la fois aux jeunes et à leurs parents, ce qui renforçait et élargissait la diffusion du message. Simultanément, des informations étaient données sur la manière de modifier les comportements actuels. Le coordinateur de la campagne était le consultant en matière de drogues du Département de la santé et de la prévention de Ribe. 6VT - Edinburgh City Youth Café L'Edinburgh City Youth Café est un café -snack bar où aucune consommation de substances toxiques n'est autorisée, créé pour répondre aux besoins des jeunes de 15 à 20 ans. Situé dans le centre de la ville, il propose un environnement social et récréatif, avec notamment de la musique live, et organise des ateliers éducatifs libres sur de nombreux de sujets. Il a pour objectifs : d'offrir aux jeunes un cadre sûr et permettant d'aborder des ques- tions et des préoccupations sociales; d'encourager les jeunes habitués du Café à assumer une respon- sabilité importante dans son organisation et sa gestion; de fournir un service de conseil et d'information de qualité pour aider les clients à prendre des décisions avisées concernant leur vie et à traduire leurs décisions en actes; 88 Manisfestations et projets liés à la prévention de proposer des expériences appropriées permettant aux jeunes d'apprendre à se connaître et de devenir plus efficaces dans leurs relations avec les autres. Outre son objectif d'information, le projet comporte également un travail à long terme en tête -à -tête avec les jeunes et les dirige le cas échéant vers d'autres services plus spécialisés. Le service d'infor- mation et de conseil traite de nombreux sujets dont le logement et les sans -abri, la défense des consommateurs, le crédit et les dettes, la toxicomanie, les prestations sociales, la santé en général et la santé sexuelle, et les possibilités locales en matière d'éducation et de loisirs. Le Café est ouvert en semaine le soir et les week -ends. Il emploie du personnel à plein temps ou à temps partiel rémunéré grâce à une subvention locale du Lothian Regional Council, et des volontaires. Les jeunes sont associés à la planification, à l'organisa- tion et à la gestion du projet par l'intermédiaire du comité de gestion. Les autres membres du comité comprennent des représentants des conseils régionaux et de district, d'autres projets et organismes de la jeunesse et de l'association des habitants du quartier. L'Edinburgh City Youth Café est un projet caritatif agréé dont le financement provient de nombreuses sources, et notamment d'une subvention du gouvernement local et d'associations de bienfaisance. Contrairement à des projets qui offrent essentiellement aux jeunes des locaux de loisirs où la consommation de substances toxiques est interdite, l'Edinburgh City Youth Café leur propose engagement pour des causes sociales, participation et affirmation de soi dans un environnement dépourvu de pressions commerciales. C'est là une différence considérée comme décisive pour le succès de ce genre d'établissement. Les entreprises de ce type qui ne sont pas à l'écoute des préoccupations des jeunes n'arrivent généralement pas à survivre. 89 Les jeunes, l'alcool, la drogue et le tabac Adresses «The Slide» National Board of Health, 1st Division Amaliegade 13 P.O. Box 2020 1012 Copenhague C Danemark Drugs Consultant Department of Health and Prevention County of Ribe Amtsghrden Sorsigvej 35 6760 Ribe Danemark Project Coordinator 6VT - Edinburgh City Youth Café 4 -6 Victoria Terrace Edimbourg EH1 Royaume -Uni Department of Education Lothian Regional Council 40 Torphichen St Edimbourg EH3 8JJ Royaume -Uni 90 9Conclusion Le constat collectif qui se dégage de la littérature étiologique et épi- démiologique, des ouvrages consacrés à la prévention et des rapports des experts de la Région européenne montre que, malgré les efforts de prévention, l'alcool, le tabac et la drogue continuent de mettre les jeunes en danger. Bien que la consommation de ces substances n'entraîne que relativement peu d'effets nocifs personnels pour la plupart des jeunes, tous les secteurs des communautés locales et inter- nationales sont confrontés à la tâche de devoir s'attaquer aux dom- mages collectifs qu'elle entraîne. L'éducation préventive dans les écoles est considérée comme une démarche essentielle pour fournir aux élèves les connaissances et les moyens qui leur permettront de faire des choix avisés face à la consommation de substances toxiques. Les approches fondées sur l'action des pairs, la capacité de gérer au mieux sa vie et l'influence sociale ont produit dans de nombreux cas des résultats positifs en matière de comportement. Toutefois, en raison des nombreux facteurs internes et externes qui influencent les décisions des jeunes concer- nant l'usage de la drogue, les efforts faits en classe doivent être renforcés et soutenus par l'ensemble de l'école, les parents et la collectivité locale. Ils devraient parvenir à créer un climat dans lequel les choix sains seraient la norme. Une politique publique saine dans ce domaine pourrait consister à contrôler les prix et l'offre d'alcool et de tabac, à restreindre la publicité et les opérations de promotion et à soutenir les efforts d'abstinence. Toutes ces mesures, parmi d'autres, peuvent renforcer les messages diffusés dans les écoles et ailleurs. 91 Références 1. KING, A. & COLES, B. The health of Canada's youth: views and behaviours of 11 -, 13 -, and 15 -year olds from 11 countries. Toronto, Ministère de la santé et de la protection sociale, 1992. 2. VAN REEK, J. ET AL. Alcohol consumption and correlates among children in the European Community. International journal of the addictions, 29(1): 15 -21 (1994). 3. OSSERVATORIO PERMANENTE SUI GIOVANI E L'ALCOOL Young people and alcohol in Europe. Rome, Omaggio, 1994. 4. FOSSEY, E. Young children and alcohol: a theory of attitude development. Alcohol and alcoholism, 4: 485 -498 (1993). 5. FOZEY, C. L'étiologie de la consommation des substances psy- chotropes. Paris, Organisation des Nations Unies pour l'éduca- tion, la science et la culture, 1977. 6. PLANT, M.A. & PLANT, M.L. Risk -takers. alcohol, drugs, sex and youth. Londres, Tavistock, 1992. 7. REUBAND, K. -H. 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Même si cette consommation ne leur fait pas trop de mal, l'abus de substances toxiques engendre pour la société des maux qui nécessitent l'intervention de tous les secteurs par des mesures appropriées. La question est la suivante : quelles sont les meilleures méthodes pour prévenir la consommation de substances toxiques chez les jeunes ? Cet ouvrage - le huitième d'une série de neuf - traite cette question en : examinant la littérature relative à l'usage de substances toxiques et à ses effets; ® décrivant diverses méthodes et programmes de prévention appliqués dans les écoles et la collectivité; ® proposant des directives pour le travail de prévention. Les méthodes qui font appel aux pairs et prennent en compte les influences agissant sur la consommation de substances toxiques sont les plus efficaces pour modifier les comportements. Toutes les mesures préventives, cependant, quel que soit leur contexte, doivent être renforcées et soutenues par la société. Cette publication propose une lecture intéressante et utile à toute personne qui s'intéresse à la prévention de l'usage de substances toxiques chez les jeunes. Elle est particulièrement recommandée aux professionnels de la santé, de l'éducation et autres travaillant dans ce domaine. Aider les jeunes à respecter et protéger leur santé en évitant de consommer des drogues est une importante contribution à la Santé pour tous. ISBN 92 890 2330 9 20 Fr. suisses