Comité régional de la Méditerranée orientale
Soixante-cinquième session
Point 3 c) de l’ordre du jour provisoire
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Août 2018
Rapport de situation sur le développement de la médecine familiale : progrès sur la voie de la couverture sanitaire universelle
Introduction
1. En mai 2016, la Soixante-Neuvième Assemblée mondiale de la Santé a adopté un cadre pour le
renforcement des services de santé intégrés centrés sur la personne dans sa résolution WHA69.24. Dans cette
résolution, les États Membres sont instamment invités à appliquer ce cadre, selon qu’il conviendra, et à rendre
les systèmes de soins de santé plus réactifs aux besoins des personnes.
2. La résolution EM/RC63/R.2 sur le développement de la médecine familiale pour progresser sur la voie
de la couverture sanitaire universelle a ensuite été adoptée en octobre 2016, lors de la soixante-troisième
session du Comité régional de la Méditerranée orientale. Dans cette résolution, le Comité régional appelle les
États Membres à incorporer l’approche de la médecine familiale aux services de soins de santé primaires en
tant que stratégie globale en vue de progresser vers la couverture sanitaire universelle.
3. Le présent rapport de situation récapitule les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la
résolution EM/RC63/R.2 dans la Région.
Progrès accomplis depuis 2016
4. En vue de sensibiliser les décideurs politiques et de fournir des informations fondées sur des données
factuelles portant sur la médecine familiale dans la Région, l’OMS a préparé un certain nombre de documents
et de matériels, notamment des manuels de formation, des guides opérationnels, des profils de pays et des
vidéos de sensibilisation. Diverses activités ont également été menées à bien pour développer le personnel
dédié à la médecine familiale et pour améliorer la qualité des soins de santé primaires. Les principales
réalisations sont résumées ci-après.
5. Au fil des années, l’OMS a soutenu plusieurs initiatives visant à améliorer le financement de
la santé et la prestation de services dans la Région. La mise au point récente d’un « ensemble de
prestations prioritaires » aux fins de la couverture sanitaire universelle constitue une étape importante
vers l’accès à des soins de santé pour tous. L’ensemble de prestations prioritaires proposé se compose d’un
groupe de services de santé individuels et collectifs fondamentaux, accessibles à tous (et de haute qualité) via
des plateformes de prestations de services adaptées et des mécanismes de prépaiement appropriés visant à
progresser vers la couverture sanitaire universelle. Une réunion de consultation s’inspirant de ces efforts s’est
tenue en septembre 2017 pour aborder ce qui doit être acheté/fourni aux fins de la couverture sanitaire
universelle : élaboration, financement et fourniture de paniers de services de santé. Des spécialistes mondiaux,
des responsables politiques de haut niveau et de niveau intermédiaire et des praticiens de la santé issus de
18 États Membres ont débattu de ce que pourrait contenir un ensemble de prestations prioritaires destiné aux
pays de la Région. Sept pays (l’Afghanistan, l’Égypte, la République islamique d’Iran, la Jordanie, le Liban, le
Maroc et le Pakistan) reçoivent aujourd’hui un appui en vue de l’élaboration d’ensembles de prestations
prioritaires spécifiques aux pays, suite à la réunion de suivi qui s’est tenue à Islamabad (Pakistan) en août 2018.
6. Afin de développer le personnel dédié à la médecine familiale et d’aider à surmonter un manque de
médecins de famille dans la Région, l’OMS a mis au point, en collaboration avec l’Université américaine de
Beyrouth (Liban), un cours en ligne d’une durée de six mois visant à initier les médecins généralistes à la
médecine familiale et à les former dans ce domaine. Ce cours ne remplace pas la formation complète reçue
par les médecins de famille mais peut ouvrir la voie à des approches transitoires et servir de solution
provisoire. En outre, l’OMS propose des formations de formateurs via le cours en ligne à l’intention des
médecins de famille déjà en activité. Cette initiative vise à former des maîtres-formateurs dans les pays
intéressés au moyen du cours en ligne en question, à leur montrer comment adapter les modules aux besoins
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spécifiques du pays et à les préparer à leur futur rôle de facilitateur, de tuteur et d’animateur. Quatre
pays (l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iraq et la Jordanie) ont mené à bien la formation de formateurs et le
Koweït prévoit de mettre en œuvre cette formation en 2018.
7. En collaboration avec le ministère koweïtien de la Santé, l’OMS a organisé trois cycles d’une formation
sur le terrain de maîtres-formateurs régionaux sur la médecine familiale par l’intermédiaire du centre de soins
de santé primaires de Yarmouk. Les objectifs de cette formation pratique sont de montrer comment tous les
éléments d’un programme de médecine familiale peuvent être mis en œuvre au niveau des établissements de
soins de santé primaires, et d’identifier les obstacles, les opportunités, les priorités et les actions clés qui
concernent la mise en place de la médecine familiale dans les pays. Des points focaux de 13 États
Membres (l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Iraq, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la
Libye, le Maroc, Oman, la Palestine, le Soudan et la Tunisie) ont reçu une formation pratique sur la mise en
œuvre étape par étape d’un programme de médecine familiale et ont élaboré des feuilles de route nationales
pour développer cette pratique.
8. Un groupe consultatif d’experts en médecine familiale a été constitué en décembre 2017 pour dispenser
des conseils stratégiques sur le développement de la médecine familiale afin d’aider les pays à accélérer leur
avancée sur la voie de la couverture sanitaire universelle. Le groupe consultatif a pour fonctions principales
de fournir des orientations techniques de haut niveau sur la formation OMS en ligne des médecins généralistes
à la médecine familiale, de partager les meilleures pratiques mondiales et régionales en matière de médecine
familiale et de conseiller sur la façon dont ces pratiques peuvent être adaptées au contexte national.
9. Plusieurs pays ont pris des mesures pratiques pour l’adoption des indicateurs de qualité de l’OMS
dans le domaine des soins de santé primaires en tant qu’instrument systématique de mesure de la qualité
et de l’efficacité des services. En voici quelques exemples : création de comités nationaux pour la mise en
œuvre des indicateurs de qualité, adaptation et transposition des indicateurs au niveau local et intégration
des indicateurs dans le suivi et l’évaluation des domaines prioritaires (comme la santé de la mère et du
nouveau-né ou les maladies non transmissibles).
10. L’OMS collabore avec l’Organisation mondiale des Médecins de Famille (WONCA) aux fins de la
publication d’un nouvel ouvrage à l’intention des responsables politiques, des professionnels de la santé, des
éducateurs sanitaires et des étudiants en médecine intitulé Family practice in the Eastern Mediterranean Region:
universal health coverage and quality primary care [« La médecine familiale dans la Région de la Méditerranée
orientale : couverture sanitaire universelle et qualité des soins de santé primaires »]. Cet ouvrage passe en revue
les solutions visant à améliorer les soins de santé primaires dans les pays à revenu élevé, intermédiaire ou faible,
et dans les pays confrontés à des situations d’urgence. Outre des études de pays détaillées, il contient des
chapitres sur les questions clés relatives à la médecine familiale, notamment la formation en ligne des médecins
généralistes, la qualité des soins, les personnels de santé et la prestation de services.
11. Un engagement réel aux côtés du secteur privé de la santé aux fins de la prestation de services au moyen
de l’approche de la médecine familiale est indispensable à la concrétisation de la couverture sanitaire universelle.
Les ministres de la Santé reconnaissent de plus en plus l’importance du partenariat avec le secteur privé de la
santé et les politiques en faveur de la collaboration avec le secteur privé évoluent d’un point à l’autre de la
Région. Le Comité régional a reconnu, lors de sa soixante-quatrième session en octobre 2017, le rôle essentiel
joué par le secteur privé de la santé sur la voie de la couverture sanitaire universelle. Le Comité régional a adopté
la résolution EM/RC64/R.1 dans laquelle il demande au Directeur régional de préparer un cadre d’action
régional pour promouvoir le rôle du secteur privé de la santé afin de progresser vers la couverture sanitaire
universelle. Ce cadre d’action sera présenté au Comité régional lors de sa soixante-cinquième session en
octobre 2018.
12. L’OMS mène actuellement une évaluation approfondie du secteur privé de la santé dans les 22 pays de
la Région. Cette évaluation régionale a deux objectifs : identifier les opportunités et les obstacles liés à
l’engagement du secteur privé de la santé dans la prestation de services et élaborer des plans d’action
stratégiques aux fins d’un partenariat efficace pour progresser vers la couverture sanitaire universelle. Des
aide-mémoire sur les secteurs privés de la santé dans 17 pays, qui renseignent notamment sur les
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réglementations, les personnels et le financement, ont été préparés et communiqués aux États Membres.
En 2017, le document Analysis of the private health sector in countries of the Eastern Mediterranean:
exploring unfamiliar territory [« Analyse du secteur privé de la santé dans les pays de la Méditerranée
orientale : exploration en territoire inconnu »] a été mis à jour. Ces mises à jour concernent des données
récentes relatives au financement, à la fourniture de services, aux personnels de santé, aux institutions
médicales et partenaires, aux médicaments, à la gouvernance, à l’accréditation et à la qualité et à la sûreté des
établissements de santé privés dans les pays de la Région.
Principaux défis à relever
13. Il existe un engagement politique croissant au sein des pays de la Région en faveur de l’adoption de
l’approche de la médecine familiale en vue d’améliorer la prestation de services. Malgré cet engagement, la
médecine familiale est confrontée à des obstacles majeurs dans la plupart des États Membres comme, par
exemple, les déficiences des infrastructures de santé, la faible sensibilisation des communautés et le défaut
de compétences techniques aux fins de son développement. Le manque de médecins de famille qualifiés
implique que 93 % des établissements de santé sont gérés par des médecins n’ayant pas suivi de formation
universitaire supérieure, d’où la mauvaise image du secteur public de la prestation de services de santé qui
contribue à leur sous-utilisation. La qualité et l’efficacité des services sont d’autant plus entravées par le
manque de systèmes d'orientation-recours et de réseaux hospitaliers.
14. Des défis majeurs sont à relever pour garantir la participation et la contribution du secteur privé à la
réalisation des objectifs de santé publique. Le secteur privé de la santé est très actif dans la fourniture de soins
ambulatoires et de services hospitaliers dans la Région. Plus de 60 % des services de santé fournis dans les
trois pays les plus peuplés de la Région (l’Égypte, la République islamique d’Iran et le Pakistan) sont assurés
par le secteur privé de la santé. Cet état de fait doit être pris en compte lors de l’élaboration de stratégies
visant à renforcer les soins de santé primaires et à introduire la médecine familiale. Le secteur privé de la
santé s’est développé à partir d’orientations politiques minimales et il est rarement pris en compte lors des
procédures de planification du secteur de la santé des gouvernements. Dans beaucoup de pays, le secteur privé
est apparu en conséquence de l’inadéquation et des mauvaises performances des services de santé fournis par
le secteur public.
Opportunités et voie à suivre
15. À l’occasion du quarantième anniversaire de la Déclaration d’Alma-Ata, lors de la Conférence mondiale
sur les soins de santé primaires qui se tiendra les 25 et 26 octobre 2018, le monde se rassemblera pour
renouveler son engagement en faveur du renforcement des soins de santé primaires afin de progresser vers la
réalisation de la couverture sanitaire universelle et des objectifs de développement durable. Cet engagement
sera exprimé dans une nouvelle déclaration. La conférence du quarantième anniversaire mettra l’accent sur
le besoin de moderniser les soins de santé primaires et de relever les défis actuels et à venir auxquels sont
confrontés les systèmes de santé, tout en préservant les valeurs et principes fondamentaux reflétés dans la
Déclaration d’Alma-Ata originale de 1978.
16. L’OMS reconnaît la médecine familiale comme étant une priorité stratégique pour le renforcement des
systèmes de santé. La feuille de route pour l’action de l’OMS dans la Région de la Méditerranée
orientale 2017-2021 exprime son engagement à élaborer un modèle reproductible aux fins d’un système de
santé de district intégré basé sur l’approche de la médecine familiale. Cette initiative rendra les autorités de
santé de district responsables de la gestion de la prestation de services au niveau du district et tenues de rendre
des comptes en la matière. Le gouvernorat de Port Said en Égypte sera le premier site à mettre en œuvre un
système de santé de district intégré basé sur la pratique de la médecine familiale. Cette initiative sera étendue
à des districts sélectionnés en Jordanie, au Liban, au Maroc, au Pakistan et au Soudan.
17. La soixante-cinquième session du Comité régional comprendra une table ronde sur le quarantième
anniversaire de la Déclaration d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires. Lors de cette table ronde, les États
Membres recevront des informations basées sur des données factuelles sur le rôle des soins de santé
primaires/de la médecine familiale dans la concrétisation de la couverture sanitaire universelle.