Yaw Osei
Le soutien familial aux malades psychiatriques Au Ghana, un programme a ete mene dans le domaine de la psychiatrie visant a integrer la medecine classique, avec la famille comme point de contact, a la medecine traditionnelle sur le plan de la prevention, des soins et de la promotion de la sante.
Il est largement admis que le soutien familial peut grandement contribuer a la guerison du malade, et c'est particulierement vrai clans le domaine de la psychiatrie. A travers le monde s' est dessinee une ten dance a traiter les malades atteints de troubles psychiatriques clans leur milieu familial et clans leur propre communaute plutot que clans des hopitaux psychiatriques. La notion de soins primaires implique la reconnaissance des systemes de sante traditionnels ou paralleles. Au Ghana, quand les soins a la maison echouent, la famille du malade peut l'envoyer clans un autre centre de guerison traditionnelle ou l'on reconnait le role de la famille. Habituellement, c'est une femme de la famille qui reste avec le malade pendant la duree du traitement et joue le role d'infirmiere et de conseillere. Sous la tutelle du guerisseur traditionnel et de ses collaborateurs, on apprend au parent a s'occuper du malade apres le traitement.
Des etablissements medicaux classiques ont adopte des formules analogues, clans les maternites par exemple. C' est une preuve evidente qui montre l'interet d'une participation de la famille aux soins de certains groupes de malade particuliers (1). Il s'agit ici de presenter des strategies qui conjuguent ce cote humain de la guerison traditionnelle et la medecine classique, tout en s'effon;ant de mettre en ceuvre des soins primaires clans le domaine de la sante mentale. Dans ce contexte, le mot «famille» designe les parents par le sang.
Les moyens
L'auteur est Chef du departement des scrences du comportement I'Ecole des scrences medrcales de I'Unrversite des scrences et techniques de Kumasr (Ghana).
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Avant 1982, a Kumasi, ville d'environ 500 000 habitants, il n'y avait qu'un seul psychiatre generaliste possedant un cabinet prive. Cette annee-la, une infirmiere diplomee en retraite, specialiste des maladies mentales, installait un cabinet du meme genre, et une unite de soins psychiatriques communautaires, annexee au centre de sante de la ville, etait mise sur pied par le ministere de la sante au debut des annees quatrevingt. Un certain nombre d'omnipraticiens offraient egalement des services psychiatri417
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ques, dirigeant eventuellement les malades vers les hopitaux psychiatriques d'Etat. A partir de 1984, un centre d'aide et de conseil pour les personnes handicapees et une maison de repos pour les malades quittant les etablissements psychiatriques ont ete mantes par des ceuvres de bienfaisance.
De plus, on evite au malade le sentiment de profonde solitude et de desarroi. Il n'est done pas etonnant que beaucoup de malades a Kumasi fassent encore appel aux guerisseurs traditionnels ou aux eglises malgre la presence de plusieurs etablissements sanitaires classiques en ville. Le Centre hospitalier universitaire Komfo Anokye, qui depend du Ministere de la Sante, est utilise depuis 1981 par l'Ecole de medecine de l'Universite des Sciences et Techniques de Kumasi comme hopital universitaire. Cette meme annee, un service de consultations de psychiatrie a ete cree et, en 1988, une salle de soins de 12 lits ainsi qu'une salle d'accueil ont ete ajoutees, permettant de fournir de meilleurs services, notamment pour les malades aigus ou pour ceux souffrant de troubles chroniques du comportement.
Apres avoir participe a la prise en charge des malades, plusieurs proches se sentaient encourages poursuivre au foyer les soins qu'ils avaient appris a prodiguer au centre.
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A Kumasi, il existait aussi, clans d'autres etablissements psychiatriques classiques, un centre de readaptation pour les personnes handicapees physiques, une maison et une ecole pour les enfants arrieres mentaux, un centre de formation corrective et deux orphelinats. Auparavant, au nord du Ghana, quand une famille ne pouvait pas payer le traitement du malade clans l'un des cabinets psychiatriques prives de Kumasi, ni le transport vers des hopitaux, ni de longs sejours sur la cote, !'autre solution consistait soit a le soigner a la maison, soit a faire appel a un guerisseur traditionnel ou a une eglise ou le rituel, le jeune et la priere sont utilises comme moyen de guerison; le malade et ceux de ses proches qui l'accompagnent vont loger clans des hotels du voisinage. La popularite de ces eglises en tant que centres de guerison est peut-etre due aces possibilites de logement; le contact avec le guerisseur est permanent et, sur le plan psychologique, la famille est soulagee parce qu'elle n'est pas obligee d'abandonner le malade clans un environnement qui lui est totalement etranger. 418
la participation familiale Presque tous les malades psychiatriques de l'Hopital Universitaire de Komfo Anokye sont accompagnes d'un proche qui peut fournir au personnel soignant des renseignements sur ses antecedents. Des observations effectuees clans plusieurs cabinets de soins a domicile pour adultes ont montre que 64% des malades sont accompagnes d'un parent qui, trois fois sur quatre, est une femme; 10% sont accompagnes par leur conjoint, 8% par un ami ou un voisin, et 18% viennent seuls. La famille joue un role important clans les soins et !'assistance pendant la maladie. Certaines propositions ont ete soumises a !'approbation ou a la desapprobation de 150 families choisies au hasard, et ceci afin d'essayer de discerner s'il etait possible de s'occuper des problemes des malades clans une institution classique de soins sanitaires d'une fas:on identique a celle des guerisseurs traditionnels et des responsables religieux. Ces informations ont ete analysees separement comme l'indique le tableau. Forum mond1al de la sante Vol 14 1 993
Soutien familial aux malades psychiatriques
Reponses de 150 femmes aux trois propositions relatives au role de la famille dans les soins prodigues au malade hospitalise
Proposrtronsa
Tout
a fart d'accord 8
D'accord
Sans oprnron
Pas d 'accord
Pas du tout d'accord
A B
20
10 12
6
6 4
9 19 A
16 21
9 3
c a
5
2
a l'h6prtal par un membre de la famdle malade aussr longtemps que durera son trartement
les malades ne devrarent etre hosprtalrses que s'lls sont accompa9nes d'un proche B vous avez ete desrgnee pour rester C pour qu'un malade hosprtalrse se retabllsse raprdement, rl est rmportant que le proche sort constamment present
Les reponses laissaient entendre qu'une politique consistant a accueillir les proches serait viable. Une infirmiere psychiatrique dipl6mee etait chargee des consultations externes mais l'infirmiere principale responsable du nouveau service n'avait pas rec;u de formation en psychiatrie. Un membre de la famille devait obligatoirement rester avec le malade et il etait cense passer le plus de temps possible clans le service. Pendant la nuit, le membre de la famille devait dormir sur le sol a cote du lit du malade. Comme le nombre des malades augmentait, la plupart des proches preferaient passer la journee clans le foyer du service ou il y avait des sieges. De cette fac;on, les proches etaient constamment la pour repondre aux questions du personnel et .-·elater ce qui s'etait passe ou ce qu'ils avaient observe; on leur expliquait les mesures prises, ils sortaient les malades pour une promenade, discutaient des progres et recevaient des conseils pour la postcure. Le foyer est devenu un lieu ou les groupes se rencontraient spontanement, ou les proches abordaient differents sujets, y compris, bien sur, les maladies de ceux qu'ils assistaient. Lorsque la situation du personnel s'est amelioree, la decision a ete prise de structurer quelque peu ces rencontres. Forum mondral de la sante Vol 14 1993
Au cours de deux reunions de groupe, il est apparu que cinq parents sur les 30 qui accompagnaient des malades a l'h6pital regrettaient de ne pouvoir exercer leurs activites habituelles; trois avaient honte d'etre apparentes a des malades mentaux. Pour ceux-1:1, un h6pital ou l'on sejourne longtemps, situe loin de la maison, ou des infirmieres prennent completement en charge le malade, aurait ete preferable. Cependant, 22 parents etaient satisfaits et, en fait, reconnaissants d'avoir ete autorises a rester a l'h6pital.
les malades et leurs proches avaient de toute evidence appris a reconnaitre et interpreter des symptomes qui auraient pu passer pour des comportements etranges et auxquels on aurait voulu trouver une explication magique ou spirituelle.
La presence des parents clans les locaux ne simplifie pas toujours les chases. Les medecins conformistes se sont plaints des dispositions prises pour heberger les proches et par l'encombrement ainsi provoque. Cependant, clans cette experience, les avantages semblent 1' emporter sur les inconvenients, 419
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que les malades, longtemps prives de soins psychiatriques adequats, ont eu a subir. En general, les proches preferent dormir pres des malades, surtout si, clans les premiers jours, ceux-ci sont sous de fortes doses de tranquillisants. Les proches peuvent accompagner les malades a la salle de bain, les rassurer, etc. 11s semblent heureux de
L' entretien de contacts entre les malades et leurs families est possible dans des centres de soins classiques et cela peut s'averer tres efficace sur le plan therapeutique ainsi que pour la promotion de la sante communautaire.
Une eleve infirmiere qui avait travaille clans un h6pital psychiatrique se disait surprise de constater que certains malades etaient prets a quitter le centre trois semaines apres leur admission seulement. Elle avait connu des malades presentant le meme type de pathologie qui avaient passe deux ans voire plus a l'h6pital, vraisemblablement oublies par leurs proches. Effectivement, pour les eleves infirmieres et les etudiants en medecine, et me me pour certains medecins, c' etait une revelation que des malades psychiatriques accueillis au centre avec leurs proches puissent rentrer a la maison apres une aussi courte periode et que d' autres puis sent etre soignes a domicile. Une jeune malade de 15 ans faisait remarquer que la clinique ressemblait beaucoup a sa maison. Sa mere etait avec elle et, pendant la journee, elle recevait de nombreux visiteurs. Apparemment, sa maison ne lui a jamais manque. Son pere, un enseignant de 50 ans, faisait le rapprochement avec quelqu'un qui a la jambe clans le platre. On apprend au malade a faire travailler sa jambe jusqu'a ce qu'il puisse marcher avec une bequille, il est ensuite libere et continue de pratiquer les exercices chez lui jusqu'a ce qu'il puisse de nouveau marcher normalement sans aide; enfin on lui conseille de se faire suivre pendant sa convalescence. Le pere remarquait que sa fille avait fait beaucoup de progres, et bien qu'elle ne soit pas encore tout a fait comme avant, le traitement lui avait donne <<Une bequille» pour la maison, c'est-a-dire des medicaments, des conseils et des paroles d'encouragement. La famille pouvait rentrer a la maison et prodiguer les soins necessaires qu'on lui avait appris. Si un probleme se posait, les proches pouvaient toujours solliciter un conseil supplementaire, sachant que le centre ne refuserait pas de les aider. Apres avoir participe a la prise en charge des malades, plusieurs proches se sentaient Forum mond1al de la sante Vol
remplir ces fonctions et sont indubitablement motives par la perspective de pouvoir passer de bonnes nuits lorsque les malades retourneront chez eux apres le traitement.
Une formule qui fait ses preuves Avant d'aller a la consultation, un jeune homme de 25 ans se croyait possede du demon et doutait de la possibilite d'un traitement medical. 11 soup~onnait sa mere d'etre une sorciere et de lui avoir fait perdre la raison. Sa maladie etait apparue cinq ans auparavant, a l'ecole secondaire. Un spirite avait exige de sa mere divorcee qu'elle avoue mais elle avait refuse. Ses condisciples etaient maintenant a l'universite et il etait au ch6mage. 11 disait qu'il avait ete tente de tuer sa mere qu'il tenait pour responsable de ses ennuis mais que, maintenant, il y voyait plus clair. De toute evidence, il commen~ait a prendre conscience de son etat. Les fantasmes et superstitions qu'il nourrissait a l'egard de sa maladie et les desillusions consecutives commen~aient a etre ebranles et l'on pouvait s'attendre a les voir disparaitre bient6t. 420
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encourages a poursuivre au foyer les soins qu'ils avaient appris a prodiguer au centre et a faire face aux problemes poses clans le voisinage par le comportement des personnes malades et aboutissant parfois a une franche hostilite. En avril 1992, huit des 30 proches avaient sejourne au centre avec des malades et six des 18 malades etaient retournes au centre au cours des huit semaines qui avaient suivi leur sortie, afin de rendre compte de !'evolution des sympt6mes et du comportement des malades. Les uns et les autres avaient de toute evidence appris a reconnaitre et interpreter des sympt6mes qui auraient pu passer pour des comportements etranges auxquels ou aurait voulu trouver une explication magique ou spirituelie.
roles traditionnels precis, ceux-ci pourraient etre mis a profit pour la prise en charge des malades. Une psychotherapie est difficilement possible si l'on n'apprehende pas le malade clans son contexte social. On ne peut comprendre et soigner completement les gens sans les replacer clans ce contexte. De plus, la plupart des pays d' Afrique n' ant pas les moyens de s' offrir de grands etablissements, meme si de telles formules etaient souhaitables. Au Ghana, les trois grands h6pitaux psychiatriques offrent a peine le confort et la securite habituelllement associes aux services de soins classiques, aussi est-il particulierement important d'implanter des services de psychiatrie clans les h6pitaux generaux. En pareil cas, le modele de Kumasi pourrait bien etre adopte, ou l'on pourrait prevoir des pensions de famille. Toutefois, tout progres pourrait etre ralenti par suite d'un manque de soutien et d'engagement des responsables et des decideurs consecutif a !'absence de toute politique de sante mentale. En outre, malgre 1' espoir qu'une telle formule suscite du point de vue de la fourniture de soins psychiatriques clans des h6pitaux au sein de la collectivite, elle n'en souleve pas mains differents problemes qui meritent une etude plus approfondie. Des comparaisons avec des programmes analogues menes clans d'autres parties du monde pourraient etre utiles. D
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** * Au Ghana, il s'est produit ces dernieres annees un regain d'interet pour la medecine traditionnelle, qui devrait etre systematiquement integree a la medecine classique. Malheureusement, on accorde davantage d'attention aux remedes d'herboristerie traditionnelie, tandis que d'autres domaines sont negliges. L'experience montre que l'entretien de contacts entre les malades et leurs families est possible clans des centres de soins classiques et que cela peut s'averer tres efficace sur le plan therapeutique ainsi que pour la promotion de la sante communautaire. Independamment de !'aspect d'education pour la sante, la souffrance immediate du malade est attenuee et les families sont psychologiquement soulagees. Lorsqu'on dresse les plans d'un service de psychiatrie d'un h6pital general en Afrique, il serait ban de prevoir le logement des proches le plus pres possible des malades, soit clans le service lui-meme, soit clans une pension de familie. Au sein des families, les imperieux devoirs de soutien aboutissant Forum mond1al de la sante Vol
Remerciements Je su1s reconna1ssant a Sreur Rose Amaoko-Temeng du Departement de psychiatne du CHU Komfo Anokye de son a1de et de son sout1en, et au professeur Waiter Braeutigam d"He1delberg de ses bons conseils.
Reference Freud A. et al. Kranke Kmder Frankfurt am Mam, Fisc her Taschenbuch Verlag, 1977.
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