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Rapport sur la santé en Europe 2005 : l’action de santé publique : améliorer la santé des enfants et des populations

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Les gouvernements et les décideurs de la Région européenne de l’OMS savent

que la santé est une ressource essentielle pour le développement économique

et social. Ils ont tout lieu de se féliciter de l’amélioration globale de la santé dans

la Région, mais il subsiste encore, entre les pays de ses parties occidentale et

orientale et entre les groupes socioéconomiques dans les pays, des disparités

croissantes qu’il est crucial de réduire. Le Rapport sur la santé en Europe 2005

montre que cet objectif peut être atteint. Il résume les grands problèmes de

santé publique auxquels la Région doit faire face et qui touchent en particulier

les enfants, et indique les moyens d’y remédier. Il contribue ainsi à diffuser les

informations fiables dont il faut disposer pour prendre des décisions judicieu-

ses dans le domaine de la santé publique.

Le rapport fait la synthèse d’informations factuelles et d’analyses provenant de

l’OMS et d’autres sources. Il montre que les maladies non transmissibles sont la

principale cause de la charge de morbidité dans la Région et que les maladies

transmissibles représentent une charge supplémentaire pour les pays de la

partie orientale, en raison de la pauvreté et de l’insuffisance du financement

des services de santé. Il fait valoir qu’en ayant recours à des interventions

globales bien connues pour s’attaquer aux principaux facteurs de risque (taba-

gisme, consommation d’alcool, hypertension artérielle, hypercholestérolémie,

surcharge pondérale, consommation insuffisante de fruits et de légumes, et

sédentarité), il serait possible de prévenir dans une large mesure les problèmes

de santé les plus préoccupants : cardiopathie ischémique, troubles dépressifs

unipolaires, maladies cérébrovasculaires, troubles dus à un abus d’alcool, ma-

ladies pulmonaires chroniques, cancer du poumon et traumatismes résultant

d’accidents de la circulation. Il met ainsi en évidence la nécessité d’agir.

Le Rapport sur la santé en Europe 2005 porte plus particulièrement sur la santé

des enfants, car celle-ci détermine la santé pendant toute l’existence et au cours

de la génération suivante. Il souligne que les problèmes de santé des enfants

et des adultes ne sont pas les mêmes, et qu’il existe d’importantes différences

dans les causes et les taux de mortalité et de morbidité chez les enfants dans

la Région. Il met ainsi en évidence la nécessité de politiques complémentaires

ciblant les adultes et les enfants, et la complexité de la tâche dont les pays

doivent s’acquitter pour améliorer la santé des enfants. Le rapport reconnaît

que chaque pays doit suivre sa propre voie, mais montre que la pauvreté et

l’inégalité socioéconomique sont les principales menaces qui pèsent sur la

santé des enfants ; il demande l’accomplissement d’efforts accrus en matière de

protection et de promotion de la santé ; et il dresse, à partir d’informations fac-

tuelles, une liste des caractéristiques des politiques et des programmes les plus

efficaces. Investir dans la santé des enfants, c’est investir dans l’avenir.

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Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), créée en 1948, est une institution spécialisée des Nations Unies à qui incombe, sur le plan international, la responsabilité principale en matière de questions sanitaires et de santé publique. Le Bureau régional de l’Europe est l’un des six bureaux régionaux de l’OMS répartis dans le monde. Chacun d’entre eux a son programme propre, dont l’orientation dépend des problèmes de santé particuliers des pays qu’il dessert.

États membres

Albanie Allemagne Andorre Arménie Autriche Azerbaïdjan Bélarus Belgique Bosnie-Herzégovine Bulgarie Chypre Croatie Danemark Espagne Estonie Ex-République yougoslave de Macédoine Fédération de Russie Finlande France Géorgie Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Kazakhstan Kirghizistan Lettonie Lituanie Luxembourg Malte Monaco Norvège Ouzbékistan Pays-Bas Pologne Portugal République de Moldova République tchèque Roumanie Royaume-Uni Saint-Marin Serbie-et-Monténégro Slovaquie Slovénie Suède Suisse Tadjikistan Turkménistan Turquie Ukraine

Organisation mondiale de la santé Bureau régional de l’Europe

Scherfigsvej 8, DK-2100 Copenhague Ø, Danemark

Tél. : +45 39 17 17 17. Fax : +45 39 17 18 18

Courriel : postmaster@euro.who.int

Site Web : www.euro.who.int

ISBN 92-890-2376-7

Rapport sur la santé en Europe 2005

L’action de santé publique : améliorer la santé des enfants

et des populations

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), créée en 1948, est une institution spécialisée

des Nations Unies qui est chargée de diriger et de coordonner les activités internationales

relatives aux questions sanitaires et de santé publique. Conformément à sa constitution, l’OMS

doit diffuser des informations et des conseils objectifs et fiables dans le domaine de la santé

humaine. Elle s’acquitte de cette tâche notamment par le biais de ses publications, qui visent à

aider les pays à élaborer des politiques favorables à la santé publique et de nature à remédier aux

problèmes les plus préoccupants qui se posent dans ce domaine.

Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe est l’un des six bureaux régionaux de

l’Organisation. Chacun d’entre eux a son programme distinct, qui est adapté aux problèmes

de santé propres aux pays qu’il dessert. La Région européenne, peuplée d’environ 880 millions

d’habitants, s’étend de l’océan Arctique au nord à la Méditerranée au sud et de l’Atlantique à

l’ouest au Pacifique à l’est. Le programme européen de l’OMS aide tous les pays de la Région

à optimiser leurs politiques, systèmes et programmes de santé ; à prévenir et à surmonter les

menaces d’ordre sanitaire ; à se préparer aux problèmes de santé futurs ; et à préconiser et à

mettre en œuvre des actions de santé publique.

Pour que des informations et des recommandations dignes de foi sur des questions sanitaires

soient disponibles aussi largement que possible, l’OMS a mis en place un réseau international

étendu pour la diffusion de ses publications et encourage la traduction et l’adaptation de

celles-ci. Les ouvrages de l’OMS contribuent à promouvoir et protéger la santé et à prévenir et

combattre la maladie, favorisant ainsi l’accomplissement de progrès vers l’objectif principal de

l’Organisation : la jouissance par tous du meilleur état de santé possible.

Rapport sur

la santé en Europe 2005

L’action de santé publique :

améliorer la santé des enfants

et des populations

© Organisation mondiale de la santé 2005 Tous droits réservés. Le Bureau régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé accueillera favorablement les demandes d’autorisation de reproduire ou de traduire ses publications, en partie ou intégralement. Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n’impliquent, de la part de l’Organisation mondiale de la santé, aucune prise de position quant au statut juridique de tel ou tel pays, territoire, ville ou zone, ou de ses autorités, ni quant au tracé de ses frontières ou limites. L’ expression « pays ou zone » utilisée comme en-tête dans certains tableaux, désigne aussi bien des pays, des territoires, des villes que des zones. Les lignes en pointillé sur les cartes représentent des frontières approximatives dont le tracé peut ne pas avoir encore fait l’objet d’un accord définitif. La mention d’entreprises et de produits commerciaux n’implique pas que ces entreprises et produits commerciaux sont agréés ou recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, de préférence à d’autres. Sauf erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu’il s’agit d’un nom déposé. L’ Organisation mondiale de la santé ne garantit pas que les informations contenues dans la présente publication sont complètes ou exactes, et ne pourra en aucun cas être tenue pour responsable de dommages qui pourraient découler de son utilisation. Les opinions exprimées par les auteurs ou rédacteurs ne reflètent pas nécessairement les décisions de l’ Organisation mondiale de la santé ou sa politique.

Mise en page : Sven Lund Imprimé au Danemark

ISBN 92-890-2376-7

Catalogage à la source : Bibliothèque de l’OMS

Rapport sur la santé en Europe 2005. L’ action de santé publique : améliorer la santé des enfants et des populations

1. État sanitaire 2. Indicateur état sanitaire 3. Protection enfance 4. Facteur risque 5. Facteur socioéconomique 6. Mortalité – statistiques 7. Morbidité – statistiques 8. Politique sanitaire 9. Choix d’une politique 10. Étude comparative 11. Europe

ISBN 92 890 2376 7 (Classification NLM : WA 900)

Les demandes concernant les publications du Bureau régional sont à adresser à :

• par courrier électronique publicationrequests@euro.who.int (commandes d’exemplaires)

permissions@euro.who.int (demandes d’autorisation de reproduction)

pubrights@euro.who.int (demandes d’autorisation de traduction)

• par courrier postal Service des publications Bureau régional de l’OMS pour l’Europe Scherfigsvej 8 DK-2100 Copenhague Ø, Danemark

Abréviations vi

Avant-propos : le savoir au service de la santé de demain vii

Résumé viii

Première partie. Introduction 1 Introduction 2

Cadre conceptuel du rapport 4

Références 8

Deuxième partie. La situation sous l’angle de la santé publique 9 Synthèse 10

Principales causes de la charge de morbidité 23

Principaux facteurs de risque évitables 34

Références 45

Troisième partie. Santé et développement des enfants et des adolescents 51 Pourquoi mettre l’accent sur les enfants ? 52

Principales causes de la charge de morbidité 58

Déterminants de la santé chez les enfants et mesures sanitaires 75

Principaux facteurs d’une bonne mise en œuvre de politiques et d’interventions 89

Références 94

Annexe. Tableaux statistiques 101 Note sur les estimations de la charge de morbidité et des risques dans les pays 102

Tableau 1. Population de la Région européenne de l’OMS, de 1990 à 2015

(projections) 105

Tableau 2. Indicateurs de base de la santé publique de la Région européenne

de l’OMS 106

Tableau 3. Niveau et répartition du revenu dans la Région européenne de l’OMS 108

Tableau 4. Décès et AVCI attribuables aux dix principales causes

dans la Région européenne de l’OMS, 2002 109

Tableau 5. Parts du total des décès et des AVCI attributables aux 10 principaux

facteurs de risque dans la Région européenne de l’OMS, 2002 122

Tableau 6. Indicateurs de base de l’état de santé des enfants et des déterminants

de la santé des enfants dans la Région européenne de l’OMS, 2002

ou dernière année pour laquelle des données sont disponibles 133

Tableau 7. Charge de morbidité due à sept grandes affections chez les enfants âgés de 0

à 14 ans (AVCI pour 1 000) dans la Région européenne de l’OMS, 2002 136

Définitions des indicateurs repris dans les tableaux 137

TABLE DES MATIÈRES

R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5V I

Organisations, autres entités et activités CEI Communauté des États indépendants

CHILD Child Health Indicators of Life and Development (projet)

DOTS Traitement de brève durée sous surveillance directe

(stratégie de lutte contre la tuberculose)

Eur-A 27 pays de la Région européenne de l’OMS où la mortalité est très faible chez

les enfants et les adultes

Eur-B 16 pays de la Région européenne de l’OMS où la mortalité est faible chez

les enfants et les adultes

Eur-C 9 pays de la Région européenne de l’OMS où la mortalité des enfants est faible

et la mortalité des adultes est élevée

HBSC Comportement de santé des enfants d’âge scolaire (étude)

MONICA Surveillance multinationale des tendances et des déterminants

des maladies cardiovasculaires

ONUSIDA Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida

PCIME Prise en charge intégrée des maladies de l’ enfant (stratégie)

UE Union européenne

UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’ enfance

Termes techniques AVCI Années de vie corrigées du facteur invalidité

AVI Années vécues avec une invalidité

AVP Années de vie perdues pour cause de mortalité prématurée

EVCS Espérance de vie en bonne santé

HAART Thérapie antirétrovirale hautement active

IMC Indice de masse corporelle

PIB Produit intérieur brut

RNB Revenu national brut

SRAS Syndrome respiratoire aigu sévère

Abréviations

V I I

Le Rapport sur la santé en Europe 2005 part de l’idée qu’il est possible d’utiliser le savoir

pour améliorer la vie de la population. Dans l’avenir, il faudra que les responsables disposent

d’informations appropriées pour prendre de bonnes décisions en matière de santé publique. Le

Bureau régional de l’OMS pour l’Europe présente dans ce rapport les connaissances pratiques dont

les professionnels de santé et tous les autres acteurs de la santé publique ont besoin pour s’acquitter

de cette responsabilité.

Ce rapport contient un bilan à jour de la situation sanitaire dans les 52 pays de la Région

européenne de l’OMS. L’ analyse porte en particulier sur les grands déterminants de la santé,

notamment la pauvreté et les inégalités sociales. Il attire l’attention sur les écarts de santé croissants

entre les pays de la Région et entre les riches et les pauvres dans les pays. Aujourd’hui, un ensemble

limité de facteurs de risque cause la plus grande partie de la charge de morbidité. Le rapport

décrit cette dernière et montre qu’un recours plus large à des interventions de santé publique

efficaces peut la réduire. Il met l’accent sur certains enseignements retirés et donne des exemples

d’interventions réussies.

En particulier, le rapport examine la santé des enfants et les activités menées et encore à mener

pour l’améliorer. Des enfants en bonne santé deviennent des adultes en bonne santé. Malgré

l’amélioration globale de la santé des enfants dans la Région, l’incidence de nombreuses maladies

aiguës et chroniques augmente dans divers pays. Le rapport présente des bases factuelles relatives

aux menaces qui pèsent sur la santé des enfants et aux possibilités d’améliorer cette dernière.

Notre objectif principal est d’aider les pays à choisir les meilleurs investissements possibles dans le

domaine de la santé en se fondant sur des bases factuelles et des connaissances. Nous espérons que

cette publication aidera les États membres à faire face avec succès aux problèmes de santé publique

actuels et à ceux de l’avenir.

Marc Danzon

Directeur régional de l’OMS pour l’Europe

Avant-propos : le savoir au service de la santé de demain

A V A N T - P R O P O S

R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5V I I I

Résumé

Écart ouest-est en matière d’espérance de vie en bonne santé, 2002

Espérances les plus élevées Saint-Marin : 73,4 ans

Suède : 73,3 ans

Suisse : 73,2 ans

Espérances les plus basses Kirghizistan : 55,3 ans

Tadjikistan : 54,7 ans

Turkménistan : 54,4 ans

La santé est une ressource fondamentale pour le développement social et

économique. Grâce aux progrès du développement humain, l’ espérance de

vie s’allonge et le nombre d’années vécues en bonne santé augmente.

Dans l’ ensemble, la santé des 879 millions d’habitants de la Région

européenne de l’OMS s’améliore progressivement, mais les inégalités entre les

52 États membres et entre les groupes dans les pays augmentent. Outre l’ écart

de santé ouest-est, les disparités de santé entre groupes socioéconomiques se

sont accrues dans de nombreux pays.

Il est de plus en plus crucial de réduire les inégalités. Étant donné que les

taux de natalité baissent et que le nombre de personnes âgées augmente dans

la plupart des pays, il est particulièrement important d’aider les enfants à

éviter les problèmes de santé et à devenir des adultes capables de rester en

bonne santé jusqu’à un âge avancé.

Dans cette optique, le Rapport sur la santé en Europe 2005 résume les

grandes questions de santé publique que connaissent la Région et en

particulier ses enfants, et décrit des interventions efficaces. Il participe ainsi à la diffusion des

bases factuelles fiables nécessaires pour la prise de décisions judicieuses dans le domaine de la

santé publique.

Contenu et méthodes Le rapport commence par résumer la situation en matière de santé publique dans la Région

et examine ensuite la santé et le développement des enfants. Il s’achève par des tableaux

statistiques, présentant certaines des données qui constituent la base de ses conclusions, ainsi

que par des définitions de certains des mots et expressions utilisés. Il ne passe pas en revue de

manière exhaustive toutes les informations disponibles, mais fait la synthèse des bases factuelles

et des analyses provenant de l’OMS et de diverses autres sources. Il fait état d’informations sur

la charge de morbidité qui résulte de certaines affections, sur les effets de facteurs de risque

déterminés et sur une sélection d’initiatives et d’interventions réussies qui pourraient améliorer

la santé publique dans l’ ensemble de la Région.

Le rapport mentionne les derniers chiffres disponibles sur divers indicateurs sanitaires.

Dans la mesure du possible, les données sont présentées pour trois groupes de pays de la Région

européenne, répartis non pas en fonction de critères géographiques ou politiques mais en

fonction de la mortalité des enfants et des adultes. Le rapport examine l’ espérance de vie et les

causes de mortalité, et utilise deux mesures : l’ espérance de vie en bonne santé et les années

de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI). En combinant ces mesures avec des indicateurs

traditionnels tels que les taux de mortalité et l’incidence et la prévalence des maladies, le rapport

met en évidence des questions actuelles et donne une meilleure représentation de la situation

dans la Région.

Réduire la charge de morbidité en s’attaquant aux facteurs de risque Les principales causes de la charge de morbidité dans la Région sont les maladies non

transmissibles (77 % de la charge totale), les causes externes (traumatismes et intoxications,

I XR É S U M É

14 %) et les maladies transmissibles (9 %). En 2002, les maladies non transmissibles ont causé

86 % des 9,6 millions de décès et 77 % des 150,3 millions d’AVCI dans la Région. Elles résultent

d’interactions complexes entre la génétique, le comportement et l’ environnement, et exigent donc

une planification et des traitements à long terme. En outre, les traumatismes représentent un

problème particulier pour les jeunes.

Par ailleurs, la pauvreté et l’insuffisance du financement des services créent une double charge

de maladies non transmissibles et transmissibles pour certains pays de la moitié orientale de la

Région. Cette double charge est en partie responsable des écarts de santé entre pays et dans les

pays.

Sept facteurs de risque seulement (tabagisme, alcool, hypertension artérielle,

hypercholestérolémie, surcharge pondérale, consommation insuffisante de fruits et de légumes,

et sédentarité) sont principalement à l’origine des différences entre pays sur le plan de la charge de

morbidité due à sept grandes affections : cardiopathie ischémique, trouble dépressif unipolaire,

maladie cérébrovasculaire, troubles dus à la consommation d’alcool, maladie pulmonaire

chronique, cancer du poumon et traumatismes dus aux accidents de la circulation. Le recours à

des interventions bien connues pour s’attaquer à ces facteurs de risque préviendrait ces affections

dans une large mesure. Il importe donc d’agir.

Le rapport rend compte de réussites exemplaires dans divers pays de la Région pour montrer

qu’il est possible de lutter contre les maladies non transmissibles et les traumatismes en adoptant

des mesures concertées, mais relativement simples. Les pays disposent d’un choix entre diverses

mesures pour certaines maladies, et le partage d’informations sur les succès et les insuffisances de

certaines interventions est essentiel pour permettre leur adaptation et leur utilisation dans d’autres

pays. Par exemple, le succès de l’initiative Vision Zéro de la Suède, qui a réduit le nombre de cas de

traumatismes résultant d’accidents de la circulation, a permis son adoption par plusieurs autres

pays. Ces réussites exemplaires portent sur des thèmes divers et ont lieu dans des pays différents ;

elles ont en commun la participation de toutes les parties prenantes, des patients aux prestataires

de soins, en passant par les pouvoirs publics et d’autres organismes. Ces exemples prouvent que des

mesures simples mais globales peuvent engendrer des améliorations importantes de la santé.

Place privilégiée accordée aux enfants Le Rapport sur la santé en Europe 2005 accorde une place privilégiée à la santé des enfants, car

celle-ci détermine la santé au cours de l’ensemble de la vie et la santé de la génération suivante. La

période qui s’ écoule entre la naissance et l’âge de 5 ou 6 ans est cruciale. En effet, une mauvaise

santé ou des modes de vie malsains au cours de l’enfance peuvent engendrer des problèmes de

santé pendant toute l’existence, ce qui crée des charges sanitaires, financières et sociales pour les

pays, aujourd’hui et demain.

Problèmes de santé des enfants

Globalement, l’ état de santé des enfants des 52 pays de la Région européenne de l’OMS reproduit

l’ écart ouest-est observé chez les adultes. Malgré une amélioration globale, la santé des enfants

de la Région européenne se caractérise par d’importantes différences en fonction de l’âge, du

sexe, du lieu de résidence et de la situation socioéconomique, tant entre pays que dans les pays.

Les inégalités sociales augmentent dans tous les pays, mais plus particulièrement dans la moitié

orientale de la Région.

Les inégalités de santé chez les enfants ont une ampleur inacceptable et touchent le plus

souvent les pays, les sociétés, les communautés, les familles et les enfants qui disposent des

R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5X

ressources les plus réduites pour y faire face. Même dans les pays riches, les membres les plus

pauvres de la société doivent supporter une part disproportionnée de la charge de morbidité.

Les causes et les taux de mortalité et de morbidité chez les enfants varient considérablement

dans la Région. Dans les pays de la partie orientale, en particulier, les enfants connaissent une

mortalité et une morbidité plus élevées dues aux maladies respiratoires et infectieuses, aux

traumatismes et aux intoxications, de sorte que leurs problèmes de santé diffèrent de ceux des

adultes. Dans les pays de la partie occidentale, la mortalité due à ces causes est déjà très faible,

ce qui se traduit par une moindre charge de morbidité globalement. En conséquence, dans les

pays de la partie occidentale de la Région, les problèmes de santé des enfants comprennent

proportionnellement plus de maladies non transmissibles, telles que l’asthme et les allergies,

le diabète, l’obésité et les troubles neuropsychiatriques. La situation concernant les maladies à

prévention vaccinale reste préoccupante dans la Région.

La pauvreté est la principale menace qui pèse sur la santé des enfants, quel que soit le niveau

de développement du pays considéré. Les taux de maladie et de comportement nocif sont

étroitement liés à des facteurs socioéconomiques, qui incluent une mauvaise santé néonatale

(due notamment à la malnutrition), l’accès insuffisant aux soins de santé et des environnements

insalubres ou peu sûrs, et à des facteurs comportementaux tels qu’un mauvais régime

alimentaire, un manque d’activité physique, et le tabagisme, l’alcoolisation ou la consommation

de drogues dès un âge précoce.

Eu égard aux différences entre la santé des enfants et celle des adultes, les pays doivent

concevoir des stratégies sanitaires complémentaires pour ces deux catégories de personnes.

Comme il est de plus en plus complexe pour les pays d’agir pour assurer à tous les enfants

une santé optimale et le meilleur développement possible, le Bureau régional de l’OMS pour

l’Europe conçoit une nouvelle démarche en vue de leur venir en aide : il s’agit de la Stratégie

européenne pour la santé et le développement des enfants et des adolescents. En outre, tous les

pays ont besoin d’informations de meilleure qualité sur la santé des enfants et de systèmes de

suivi de celle-ci, particulièrement en ce qui concerne les inégalités sociales.

Politiques efficaces : appliquer les connaissances disponibles dans le cadre de stratégies globales L’investissement dans la santé des enfants est un investissement dans l’avenir qui améliore

non seulement la santé mais procure aussi des avantages financiers et sociaux. Le Rapport

sur la santé en Europe 2005 demande l’accomplissement de nouveaux efforts pour protéger et

favoriser la santé des enfants. Il indique qu’un équilibre responsable doit être établi entre les

charges actuelles et les avantages futurs pour l’ensemble de la population, tout en soulignant que

l’investissement dans la santé et le développement des enfants est non seulement crucial pour la

santé future d’une population, mais réduit également les inégalités actuelles.

Une grande partie des connaissances nécessaires pour améliorer la santé de tous dans la

Région est déjà disponible. Il s’agit maintenant de les traduire en actions.

Malgré les grandes différences qui caractérisent les problèmes de santé des enfants dans la

Région européenne de l’OMS, les bases factuelles montrent que les programmes efficaces de

promotion de la santé et de prévention des maladies ont certains facteurs en commun. Les

interventions les plus efficaces :

• font partie d’une planification nationale d’ensemble qui associe toutes les parties prenantes, y

compris les enfants ;

X I

• reposent sur des informations fiables concernant les populations cibles, l’ efficacité des

interventions et la capacité de mise en œuvre du système de santé national ;

• tiennent compte à la fois des grands déterminants des problèmes de santé (pauvreté et

inégalités sociales) et de certains facteurs de risque ;

• prévoient des actions multisectorielles et multidimensionnelles que les pouvoirs publics et

d’autres parties prenantes mènent à différents niveaux en utilisant toute la gamme

des instruments d’action nécessaires et en demandant un large soutien social en faveur

du changement ;

• ciblent les populations qui connaissent les plus grandes difficultés ;

• sont adaptées aux besoins, aux ressources et aux circonstances existant au niveau local,

notamment les facteurs culturels, religieux et liés au sexe.

En réalisant aujourd’hui des interventions axées sur la santé des enfants, il est possible

d’améliorer la santé des adultes dans l’avenir. Il est nécessaire d’accomplir des efforts accrus et,

bien entendu, de disposer de ressources plus importantes pour mettre en œuvre avec succès

les interventions dont on sait qu’ elles sont efficaces, mais l’action en faveur de la santé et du

développement des enfants exige avant tout l’ambition de réaliser d’importantes améliorations.

La tâche est considérable mais, comme le Rapport sur la santé en Europe 2005 l’indique, les

efforts d’aujourd’hui se traduiront par les succès de demain.

R É S U M É

INTRODUCTION

2 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Introduction

La mission La santé est une ressource essentielle du développement social et économique. Des preuves

scientifiques irréfutables mettent en évidence les liens particulièrement profonds existant

entre la santé et le développement humain durable. En outre, comme la santé est l’un des

droits fondamentaux de tout être humain, il est encourageant d’apprendre qu’elle s’est

considérablement améliorée dans la Région européenne de l’OMS au fil du temps.

Il existe néanmoins de très importantes disparités. D’une part, les pays les plus riches et les

plus développés de la Région figurent parmi ceux dont la population jouit de la meilleure santé

dans le monde en termes de longévité et de l’apparition tardive des maladies et de l’invalidité.

Ces pays portent aussi une attention accrue aux capacités fonctionnelles et à la qualité de vie

de leurs citoyens. D’autre part, la Région compte aussi des pays pauvres encore confrontés

à de graves problèmes sanitaires chez les groupes les plus jeunes de leurs populations et qui

subissent, en fait, une double charge de morbidité : si ces pays ne disposent pas des moyens

perfectionnés leur permettant de lutter contre les maladies infectieuses et les traumatismes

traditionnels, ils sont aussi largement affectés par les maladies non transmissibles du monde

moderne. En outre, tous les pays, même les plus nantis, présentent d’énormes disparités entre

riches et pauvres en matière de santé, un fossé qui, d’ailleurs, ne cesse de s’agrandir. Tout pays

doit impérativement s’ efforcer de réduire autant que possible les inégalités au sein

de la population.

Les moyens L’OMS estime qu’un échange d’informations et de connaissances peut aider les pays à atténuer

les disparités dans le domaine de la santé. C’est dans cette optique que le Rapport sur la santé

en Europe 2005 passe en revue et résume d’abord les bases factuelles disponibles sur l’état de

la santé publique de la Région, ainsi que les principales interventions susceptibles d’améliorer

la situation sanitaire. Ensuite, le rapport examine le cas particulier des enfants, le groupe de

population dont l’amélioration de la santé aurait les effets cumulatifs les plus marqués. Il recense

les facteurs communs qui déterminent la réussite des programmes visant la prévention des

maladies et la promotion de la santé dans ce groupe. En effet, les interventions menées aux

premiers stades de la vie d’un individu peuvent avoir des répercussions bénéfiques tout au long

de son existence, et les acteurs de la santé devraient donc agir en conséquence chaque fois que

cela est possible. À la fin du rapport figurent des tableaux statistiques présentant certaines des

données qui en ont inspiré les conclusions ainsi que la définition des principaux termes utilisés.

Ce rapport s’inspire largement des données et des analyses ayant permis l’ élaboration

des rapports sur la santé dans le monde 2002 et 2004 de l’OMS (1,2) et du projet de l’OMS

sur la Charge mondiale de morbidité (3). Il repose également sur diverses bases de données

et publications du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, notamment celles relatives aux

sessions du Comité régional de l’OMS pour l’Europe (l’ organe directeur de l’OMS dans la

Région), aux conférences ministérielles et aux activités techniques prioritaires. Une liste des

sources principales figure à la fin de chaque partie.

Les données ou bases factuelles font référence à des interventions dont l’efficacité a été

prouvée, bien que la traduction de ces connaissances en actions soit rarement optimale. Des

3I N T R O D U C T I O N

interventions intersectorielles et des stratégies multidimensionnelles sont nécessaires et

doivent cibler les groupes défavorisés de la population. Comme la notion de santé publique est

conçue de façon plus large, le secteur de la santé doit s’allier à de nouveaux partenaires pour

mener à bien cette mission. Dans le monde d’aujourd’hui, la santé relève de la responsabilité

de l’ensemble des pouvoirs publics et d’autres parties prenantes, et s’étend au-delà des clivages

sectoriels traditionnels. Il faut être animé d’un nouveau courage pour appliquer les dernières

stratégies sanitaires étayées par des bases factuelles de plus en plus nombreuses. Le Rapport sur

la santé en Europe 2005 indique la voie à suivre tout en mettant en évidence l’aide disponible aux

États membres dans leurs efforts visant à protéger et à améliorer la santé des populations.

Le message Le message est principalement le suivant : les disparités actuelles en matière de santé sont

considérables et une action est nécessaire pour protéger la population dans son ensemble, mais

les problèmes sanitaires affectant les enfants et les jeunes revêtent une importance particulière

et exigent une intervention ciblée. Ils peuvent avoir des répercussions pendant toute la vie de

l’individu, susciter des comportements néfastes et être la source de maladies à l’âge adulte. Les

problèmes de santé des enfants ont également des incidences sur leurs parents, leur famille et la

société. En outre, chaque étape du développement de l’enfant pose de nouveaux défis en termes

de santé et exige la mise en place de politiques adaptées.

Il faut donc accomplir un effort spécial pour réaliser les investissements nécessaires à la

santé des enfants. Il s’agit là d’un défi rendu encore plus complexe par les bouleversements

sociaux et économiques qui secouent les nations, les populations, les familles et les individus.

Si un équilibre judicieux doit être établi entre les préoccupations du moment et les avantages

à venir pour la communauté humaine dans son ensemble, les investissements consentis dans

la santé et le développement des enfants ne sont pas seulement un moyen de garantir la santé

des populations futures : ils permettront aussi d’ en réduire les inégalités. Tous ces arguments

constituent la raison d’être du présent rapport.

4 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Cadre conceptuel du rapport

Contexte : les implications des aspects multifactoriels de la santé pour l’élaboration de politiques Un grand nombre de paramètres viennent influencer la santé des populations : les facteurs

génétiques et biologiques, le mode de vie des individus, les conditions de vie et de travail,

et les services de soins de santé. En outre, certains facteurs socioéconomiques sous-tendent

les principaux déterminants de la santé chez les enfants comme chez les adultes. Ils ont des

répercussions profondes sur la mortalité, la morbidité et les comportements liés à la santé, de

la conception et de la naissance de l’individu jusqu’aux stades les plus avancés de son existence,

en passant par les premières années particulièrement décisives de son développement. Étant

donné la nature multifactorielle de la santé, les responsables politiques se doivent d’adopter

une vision générale de tous les facteurs susceptibles d’influer sur ses déterminants et ses

résultats.

En outre, l’influence de ces déterminants multiples sur la santé humaine est le résultat d’une

interaction à la fois dynamique et continue entre les facteurs biologiques et les conditions

passées et présentes. Étant donné la durée de cette interaction dans le temps, ses effets sur la

santé sont cumulatifs. Les personnes qui ont été davantage exposées à des facteurs de risque

dans le passé sont généralement plus vulnérables aux contraintes actuelles et futures de

l’existence. Beaucoup de maladies chroniques affectant les individus à l’âge adulte trouvent en

effet leurs origines dans l’enfance.

Ces réalités ont trois implications pour l’élaboration de politiques.

1. L’ élaboration de politiques de la santé exige une vision générale du problème, avec une

attention particulière accordée aux conditions environnementales au sens le plus large.

2. Les politiques sanitaires et sociales doivent intervenir en amont et se concentrer sur les

facteurs à l’origine des comportements nuisibles pour la santé, des affections chroniques

et des troubles mentaux. Les services et des programmes doivent s’ étendre sur toutes les

phases de l’existence afin de neutraliser les facteurs de risque auxquels les populations ont été

précédemment confrontées.

3. En général, les interventions de santé publique les mieux adaptées sont à la fois

multifactorielles et générales. Elles couvrent les divers aspects d’un problème sanitaire et ne

dissocient pas l’individu de son cadre de vie et de travail, ni de son environnement social.

La démarche adoptée dans le présent rapport Le présent rapport adopte, par conséquent, une démarche analytique générale mettant l’accent

sur les différentes phases du développement de l’individu. Il trouve principalement son

inspiration à la fois dans l’ étude de la charge de morbidité et dans l’analyse des déterminants

de la santé et des interventions mises en place à l’adresse de la population dans son ensemble,

et des enfants en particulier. Grâce à cette démarche axée sur la charge de morbidité, le rapport

peut se concentrer plus aisément sur la situation générale et accorder la priorité aux principaux

problèmes. La base de données du projet de l’OMS sur la Charge mondiale de morbidité (3),

adaptée aux besoins du présent rapport, a également facilité l’utilisation de cette démarche.

En outre, le rapport met en lumière l’importance de certains facteurs et interventions lors des

5C A D R E C O N C E P T U E L D U R A P P O R T

toutes premières phases du développement de l’individu, qui sont cruciales pour l’amélioration de

la santé future de la population.

La nature et la comparabilité des données disponibles limitent cependant la portée des analyses

qui peuvent être réalisées. Bien que les données disponibles consistent essentiellement en

indicateurs négatifs, la santé des enfants est déterminée tant par des dangers que par des facteurs

positifs tels que, par exemple, leur capacité à réaliser leur potentiel. En outre, alors que les données

scientifiques montrent l’importance des déterminants socioéconomiques de la santé, certains

indicateurs ne sont pas liés à des informations nationales sur les revenus, le niveau d’instruction et

d’autres paramètres sociaux.

Bien que l’accès à des services de soins de santé de qualité et la prestation de tels services soient

à la fois vitaux et un droit fondamental de l’être humain, le rapport porte principalement sur

les déterminants de la santé et mentionne, si besoin est, des exemples d’interventions efficaces.

En effet, selon la politique de la Santé pour tous de l’OMS, les pays doivent prendre en compte

l’ensemble des facteurs ayant une incidence directe ou indirecte sur la santé, et allouer des

ressources de manière à agir sur chacun de ces facteurs en fonction de leur importance relative et

de leur impact démontré.

Méthodologie

Sur la base de ce cadre conceptuel, le Rapport sur la santé en Europe 2005 aborde les problèmes

généraux de santé publique dans la Région européenne de l’OMS en présentant les bases factuelles

disponibles sur :

• la charge de morbidité inhérente à des affections bien précises ;

• l’ampleur de l’impact de certains facteurs de risque sur les maladies ; et

• plusieurs interventions de santé publique qui peuvent manifestement améliorer la situation

sanitaire, pour autant que les facteurs contextuels assurant l’efficacité de leur mise en œuvre

soient pris en compte.

La charge de morbidité est exprimée par :

• des indicateurs traditionnels, tels que la mortalité, l’incidence et la prévalence ; l’utilisation des

ressources des systèmes sociaux et de soins de santé ; les coûts économiques ;

• des mesures récapitulatives des niveaux de santé de la population (et des disparités à cet égard),

comme l’espérance de vie en bonne santé (EVCS) et les années de vie corrigées du facteur

invalidité (AVCI).

Bien que l’importance des déterminants socioéconomiques de la santé ne puisse jamais être

ignorée, les estimations quantitatives de leur impact sont généralement limitées aux effets des

déterminants directs. Elles sont également le résultat de techniques statistiques qui dissocient de

manière artificielle les effets d’un facteur de risque donné de ceux d’autres facteurs. Néanmoins, le

lecteur ne doit pas oublier que ces facteurs sont souvent concomitants et interdépendants.

Les exemples d’interventions ont été choisis sur la base d’un examen systématique des données

disponibles. Le rapport mentionne aussi des bonnes pratiques généralement acceptées et les

étayent avec des expériences réussies.

Il convient d’utiliser avec circonspection les indicateurs et les autres données scientifiques

mentionnés dans le présent rapport. Les indicateurs traditionnels et les mesures récapitulatives

se renforcent mutuellement. Il ne s’agit pas d’utiliser soit les uns soit les autres. Les indicateurs

traditionnels peuvent fournir, en temps utile, des informations bien spécifiques sur la situation et

6 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

les tendances sanitaires, et sur les interventions des systèmes de santé. En revanche, les mesures

récapitulatives rassemblent des informations établies sur la base de diverses hypothèses et de

modèles statistiques généralisés. Elles visent à normaliser des informations provenant de sources

très diverses, alors que les indicateurs visent chacun à mettre en évidence des points bien précis

en vue d’une action ciblée. On fait un compromis entre la spécificité et la comparabilité entre les

pays. Il est donc utile de recourir tant à des indicateurs précis, mais très nombreux, qu’à des me-

sures récapitulatives normalisées (susceptibles de donner une vue d’ensemble de la charge totale

et d’exprimer cette dernière en mesures communes). En effet, ces deux paramètres peuvent

s’avérer pratiques et présenter certains avantages dans le processus particulièrement difficile qui

consiste à suivre l’évolution de la santé. En outre, les estimations récapitulatives peuvent consti-

tuer les mesures les plus rigoureuses ou les plus sensibles dans les domaines où les systèmes

ordinaires de communication d’informations ne peuvent fournir des indicateurs traditionnels

fiables.

Le projet sur la Charge mondiale de morbidité a permis d’établir des estimations d’AVCI pour

tous les pays de la Région européenne de l’OMS par affection et facteur de risque connu. La

méthodologie de l’OMS vise à maximiser la comparabilité entre les populations. Les analyses

tiennent compte des lacunes des informations sur les causes de mortalité enregistrées dans

les pays et ont été corrigées eu égard au manque d’objectivité des données autodéclarées en

matière de morbidité. Des mesures ont été également prises afin d’intégrer ces corrections

dans la modélisation des données statistiques relatives à la comorbidité dépendante et aux

personnes hospitalisées, car ces données sont généralement difficiles à estimer et à présenter

statistiquement. Néanmoins, les estimations relatives aux AVCI et à l’espérance de vie en bonne

santé doivent être considérées dans le contexte des incertitudes explicites, qui font partie

intégrante de ces estimations, et être utilisées avec prudence. Il vaut donc sans doute mieux

interpréter les estimations de l’OMS mentionnées dans le présent rapport comme les meilleures

approximations disponibles, plutôt que le résultat de mesures directes.

Fondamentalement, comme les facteurs de risque identifiables contribuent généralement

aux causes de plusieurs maladies, l’effet total réel d’un facteur donné peut être plus important

que son effet estimé sur une maladie donnée. En outre, comme les effets des différents

facteurs de risque ne sont pas indépendants mais interdépendants, l’effet total d’un groupe de

facteurs contribuant à une maladie donnée n’ équivaut généralement pas à la somme des AVCI

attribuables à chacun d’entre eux. D’autres corrections statistiques doivent être réalisées afin

de déterminer l’effet total. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une personne peut contracter

plusieurs maladies toutes liées aux mêmes facteurs de risque. En réunissant l’ensemble de ces

scénarios, les mesures récapitulatives peuvent apporter des éclaircissements supplémentaires

qui ne peuvent découler de l’utilisation exclusive de certains indicateurs traditionnels.

Les enseignements et les considérations concernant la politique à mener découlent des

activités du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, d’examens internes et d’estimations par

consensus. Les données sous-tendant les effets démontrés des interventions ont été recherchées

systématiquement, mais leur qualité n’a pas nécessairement été évaluée. Ces recherches se sont

délibérément limitées aux domaines prioritaires, définis en fonction de l’importance de la

charge de morbidité et du risque attribuable.

Regroupement des pays Il est utile de répartir les pays en groupes pour faciliter l’analyse, et déceler et comparer des

tendances et des priorités. Ce regroupement peut être effectué sur la base de critères différents.

7

Figure 1. Sous-régions épidémiologiques de la Région européenne de l’OMS : Eur-A, Eur-B et Eur-C

Eur-A

Eur-B

Eur-C

Dans le Rapport sur la santé en Europe 2002 (4), les pays ont été regroupés selon le critère

traditionnel de l’appartenance à des entités telles que l’Union européenne (UE), les pays

d’Europe centrale et orientale, et les nouveaux États indépendants issus de l’ex-URSS. Cette

dernière entité regroupait les 15 pays qui ont accédé à l’indépendance à la suite de la dissolution

de l’Union Soviétique, et incluait donc l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Les pays d’Europe

centrale et orientale étaient les 12 anciens pays à économie planifiée qui ne faisaient pas

partie de l’URSS. Enfin, lorsque l’on mentionnait l’Europe occidentale, on faisait allusion aux

15 membres de l’UE et aux autres pays développés à économie de marché du continent. Cette

classification qui, à l’époque, semblait déjà désuète, est encore moins pertinente aujourd’hui

après l’adhésion à l’UE, en mai 2004, de 10 nouveaux pays (Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie,

Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie).

Si le Rapport sur la santé en Europe 2005 procède parfois à des regroupements sur la base de

critères géographiques d’ordre général, il répartit aussi les pays en trois groupes (Eur-A, Eur-B

et Eur-C) en fonction des niveaux de mortalité (figure 1), afin de fournir une représentation

C A D R E C O N C E P T U E L D U R A P P O R T

8 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

plus utile de la situation sanitaire de la Région (voir la note technique et le Rapport sur la santé

dans le monde 2004 (2)). Ce regroupement, utilisé pour la première fois au Siège de l’OMS, repose

sur des données en provenance des pays et des estimations réalisées par l’OMS à partir d’une

modélisation statistique.

L’utilisation de ces critères devrait compléter la méthode traditionnelle de regroupement

des pays de la Région européenne sur la base de leur localisation géographique ou de leur

appartenance à une structure internationale particulière. Bien que le regroupement des pays sur

la base de critères géopolitiques puisse parfois s’avérer utile, il convient de l’équilibrer en recourant

à un concept neutre, ce qui devrait faciliter l’évaluation de la situation sanitaire réelle.

Références 1. Rapport sur la santé dans le monde 2002 – réduire les risques et promouvoir une vie saine.

Genève, Organisation mondiale de la santé, 2002 (http://www.who.int/whr/2002/fr/index.

html, consulté le 23 mai 2005).

2. Rapport sur la santé dans le monde 2004 – changer le cours de l’histoire. Genève, Organisation

mondiale de la santé, 2004 (http://www.who.int/whr/2004/fr/, consulté le 23 mai 2005).

3. Mathers C et al. Global burden of disease in 2002: data sources, methods and results. Genève,

Organisation mondiale de la santé, 2004 (http://www3.who.int/whosis/menu.cfm?path=evide

nce,burden,burden_gbd2000docs,burden_gbd2000docs_DP54, consulté le 27 avril 2005).

4. Rapport sur la santé en Europe 2002. Copenhague, Bureau régional de l’OMS pour l’Europe,

2002 (http://www.euro.who.int/europeanhealthreport?language=French, consulté le 23 mai

2005).

Afin de faciliter l’analyse de la mortalité et de la charge de

morbidité, l’OMS (1) a réparti ses États membres en cinq

strates sur la base des taux de mortalité des enfants de

moins de 5 ans et des personnes de sexe masculin âgées

de 15 à 59 ans. Les quintiles de la répartition de la mortalité

des enfants (les deux sexes confondus) ont été utilisés pour

regrouper les pays en fonction du niveau de mortalité, à

savoir très faible (1er quintile), faible (2e et 3e quintiles)

et élevé (4e et 5e quintiles). Les groupes caractérisés par

une mortalité des enfants faible et élevée ont ensuite fait

l’objet d’une nouvelle répartition sur la base du niveau

de mortalité chez l’adulte (en fonction de la courbe de

régression de la mortalité chez l’adulte sur la mortalité des

enfants). Il a ainsi été possible de définir les cinq strates de

mortalité à l’échelle mondiale représentées dans la figure.

• A : mortalité très faible chez les enfants et les adultes

• B : mortalité faible chez les enfants et les adultes

• C : mortalité faible chez les enfants et

élevée chez les adultes

• D : mortalité élevée chez les enfants et les adultes

• E : mortalité élevée chez les enfants et

très élevée chez les adultes

Les États membres des six régions de l’OMS à

travers le monde ont été répartis en 14 sous-régions

épidémiologiques. La Région européenne de l’OMS a été

divisée en trois sous-régions appelées Eur-A, Eur-B et Eur-C.

1. Eur-A (27 pays caractérisés par des taux de mortalité

très faibles chez les enfants comme chez les adultes) :

Allemagne, Andorre, Autriche, Belgique, Chypre, Croatie,

Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande,

Islande, Israël, Italie, Luxembourg, Malte, Monaco,

Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Saint-Marin,

République tchèque, Slovénie, Suède et Suisse ;

2. Eur-B (16 pays caractérisés par des taux de mortalité

faibles chez les enfants comme chez les adultes) :

Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine,

Bulgarie, ex-République yougoslave de Macédoine,

Géorgie, Kirghizistan, Ouzbékistan, Pologne,

Roumanie, Serbie-et-Monténégro, Slovaquie,

Tadjikistan, Turkménistan et Turquie ; et

3. Eur-C (9 pays caractérisés par des taux de mortalité faibles

chez les enfants et élevés chez les adultes) : Bélarus,

Estonie, Fédération de Russie, Hongrie, Kazakhstan,

Lettonie, Lituanie, République de Moldova et Ukraine.

Ces strates de mortalité ont été définies sur la base

d’informations empiriques et d’estimations des taux

de mortalité réalisées à partir d’une modélisation

statistique. L’OMS a utilisé cette classification dans ses

Rapports sur la santé dans le monde jusqu’en 2004 (2).

N O

T E

T E

C H

N I

Q U

E

Sous-régions épidémiologiques de la Région européenne de l’OMS

LA SITUATION SOUS L’ANGLE

DE LA SANTÉ PUBLIQUE

1 0 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Synthèse

Alors que la tendance à de faibles

taux de fécondité et de mortalité

prématurée se maintient dans

la Région européenne de l’OMS,

les différences s’intensifient tant

à l’intérieur des pays qu’entre

pays. Il y a non seulement l’écart

d’espérance de vie entre l’est et

l’ouest, mais aussi les disparités face

à la mortalité en fonction de

la situation socioéconomique, qui

se sont accentuées dans de

nombreux pays.

Heureusement, certaines mesures

de santé publique, bien connues et

réalisables, permettent de réduire le

nombre d’années perdues à la suite

de maladies et de décès prématurés.

Grâce à des interventions visant

les sept principaux facteurs de

risque, il est possible de prévenir

dans une large mesure les sept

grands problèmes de santé. C’est

là un argument de taille en faveur

d’actions visant à réduire ces risques

autant que possible.

Cette partie du rapport dresse la cartographie des

écarts mesurés dans la Région en matière de santé,

exprimés en AVCI. Celles-ci sont des estimations

statistiques de la moyenne actuelle d’années de vie

non réalisées en bonne santé pour la population

d’un pays par rapport à une norme raisonnablement

réalisable (voir la note technique plus loin).

Les AVCI peuvent servir à deux fins : on peut

les employer pour estimer la charge de morbidité

actuelle résultant de causes d’un mauvais état de

santé telles que les maladies et les traumatismes, et

les imputer à des facteurs de risque évitables ou à des

causes au sens étiologique du terme, afin d’estimer

la part de cette morbidité qui peut être évitée dans

l’avenir. Grâce à ces indicateurs synthétiques des

écarts existants, tous les états de santé susceptibles

d’ être diagnostiqués (y compris les décès) peuvent

être classés dans une catégorie définie et inclus dans

un bilan de la charge de morbidité globale d’une

population. Ensuite, les éléments constitutifs de cette

charge peuvent être classés par ordre d’importance ;

ils peuvent faire l’objet d’une évaluation plus

poussée pour déterminer dans quelle mesure on

peut les éviter en limitant les dangers dus à certains

comportements ou à l’environnement.

À partir de là, il est possible de déterminer les causes et facteurs de risque majeurs, et de les

utiliser comme toile de fond des bases factuelles pertinentes sur la situation sanitaire : succès

remportés, problèmes, considérations sur la politique menée et mesures prises. Cette toile de

fond obtenue d’après les AVCI donne au rapport une logique simple mais solide. En effet, elle ne

laisse aucun doute quant aux proportions réelles de l’écart de santé, étant donné que les listes de

catégories employées sont exhaustives et ne se recouvrent pas. Cela aide le lecteur à conserver

une vue d’ensemble et évite la subjectivité dans l’analyse épidémiologique.

En plus des AVCI, qui constituent une mesure récapitulative de la santé, le rapport se fonde

essentiellement sur deux autres mesures de ce type : l’espérance de vie et ses corrélations avec la

mortalité, et l’EVCS, qui est un indicateur de la qualité de durée d’existence moyenne actuelle.

Combinées, ces mesures récapitulatives du niveau de santé et des écarts de santé constituent

la solide charpente nécessaire à l’évaluation de l’état général de la santé publique dans la

Région aujourd’hui.

La population de la Région européenne de l’OMS La population totale des 52 pays de la Région européenne de l’OMS a été estimée à

879,6 millions de personnes en 2003 (voir également le tableau 1 de l’annexe). Les données

1 1S Y N T H È S E

démographiques de cette section proviennent principalement de l’OMS (1), du Programme

des Nations Unies pour le développement (2) et du Conseil de l’Europe. En général, les pays

maintiennent le cap sur de faibles niveaux de fécondité et de mortalité prématurée. Le taux

d’accroissement naturel de la population (l’excédent résultant de naissances plus nombreuses

que les décès) diminue ; il est négatif ou à peine positif dans de nombreux pays, en particulier

dans ceux de la moitié orientale de la Région, où ce déclin s’est souvent amorcé en 1990, voire

plus tôt.

Les structures familiales accusent des changements radicaux. La tendance est à une baisse du

nombre de mariages et à une augmentation des séparations et des cohabitations, parallèlement

à une augmentation du nombre de naissances en dehors des liens du mariage. La baisse du taux

de nuptialité s’accompagne d’une augmentation de l’âge au moment du premier mariage. Des

changements dans la structure familiale peuvent avoir des répercussions sur la relation entre

parents et enfants et, partant, affecter le bien-être et le développement de ces derniers. Pour

assurer aux enfants un bon départ dans la vie, il est essentiel de continuer à étudier les effets de

ces changements et de les comprendre, éventuellement en examinant, à un niveau plus général,

les politiques et les législations ayant une incidence sur les familles (dispositions en matière de

mariage, de divorce, de droit de garde, etc.).

Le taux de fécondité de la Région (nombre moyen d’enfants attendu d’une femme en âge de

procréer) est en général inférieur au taux de renouvellement (2,1), sauf dans les républiques

d’Asie centrale, en Israël et en Turquie. En outre, les femmes ont de plus en plus tendance à

retarder leur première grossesse. Ceci augmente le risque d’anomalies congénitales et entraîne

une diminution du nombre de familles comptant trois enfants ou plus. Les premières et

deuxièmes naissances représentent une plus grande proportion du total.

Ces dernières décennies, la mortalité a fortement décru dans la plupart des pays de la Région.

Dans les pays de l’Eur-A, la population vit désormais plus longtemps, car la mortalité est

nettement plus faible que dans la plupart des pays de l’Eur-B et de l’Eur-C.

Le recul de la fécondité et de la mortalité a fait augmenter la proportion de personnes

âgées (65 ans et plus) : pratiquement tous les États membres enregistrent un vieillissement de

leur population. Cette transition démographique devrait se poursuivre, et la proportion de

personnes âgées par rapport à la population globale ira croissante. Étant donné qu’il naît moins

d’enfants et que l’on vit plus longtemps, il y a lieu, plus que jamais, de veiller à aider les enfants

non seulement à éviter la maladie, mais aussi à résister le mieux possible aux stress de la vie et à

être capables de rester en bonne santé jusqu’à un âge très avancé.

Longévité et mortalité Depuis 1990, l’ espérance de vie a augmenté dans toute la Région. Les femmes vivent

généralement plus longtemps que les hommes. Mais il y a lieu de se pencher sur les différences

de plus en plus marquées entre les pays et l’accroissement inquiétant des décès prématurés

chez les hommes dans les pays de la partie orientale, notamment les hommes d’âge mûr

dans l’Eur-C.

Espérance de vie

L’ espérance de vie moyenne est la mesure récapitulative standard de la durée de la vie. La

moyenne de la Région est désormais de 74 ans, soit une augmentation d’un an depuis 1990. Les

estimations de l’espérance de vie figurant dans cette section sont basées exclusivement sur les

statistiques officielles des États membres. Elles peuvent présenter des différences par rapport

1 2 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Pays

Espérance de vie (années)

1990 1995 Derniers chiffres

disponibles (année)

à celles du tableau 2 de l’annexe qui

ont été calculées par l’OMS de façon à

assurer leur comparabilité.

L’ espérance de vie a regagné du

terrain après les pertes du milieu des

années 90, quoique plusieurs pays de la

Communauté des États indépendants

(CEI) éprouvent toujours des

difficultés à se rétablir au niveau qui

était le leur en 1990. Cependant, l’écart

entre les pays et entre les sous-régions

de l’Eur-A, de l’Eur-B et de l’Eur-C s’est

creusé (tableau 1).

Des pays tels que la Hongrie, la

Pologne et la République tchèque

ont fait un grand pas en avant, mais

d’autres ont connu des troubles au

début des années 90 avec un net recul

de l’espérance de vie. L’ écart entre

les pays où, selon les estimations,

l’espérance de vie moyenne est la plus

longue et ceux où elle est la plus courte

s’est creusé, passant de quelque 12 ans

en 1990 (Islande et Suède d’une part,

Turquie et Turkménistan d’autre part)

à 15 ans environ en 2003 (Islande

et Suisse d’une part, Kazakhstan et

Fédération de Russie d’autre part).

Dans de nombreux pays, l’espérance

de vie moyenne des femmes dépasse

maintenant 80 ans, notamment dans

l’Eur-A (figure 2). Les chiffres les

plus bas concernent les hommes de

l’Eur-C. L’ écart moyen entre l’espérance

de vie des femmes et des hommes de

la Région est de quelque 8 ans : 4 ans

environ au Tadjikistan et en Islande,

mais 13 ans dans la Fédération de

Russie. En général, les différences entre

hommes et femmes se sont réduites

d’un pays à l’autre dans les années 90.

L’ écart est le moindre dans l’Eur-A,

où il a fortement diminué, tandis que

dans l’Eur-B, l’espérance de vie a plus

augmenté pour les hommes que pour

les femmes. Cependant, l’écart s’est

Albanie

Allemagne

Andorre

Arménie

Autriche

Azerbaïdjan

Bélarus

Belgique

Bosnie-Herzégovine

Bulgarie

Chypre

Croatie

Danemark

Espagne

Estonie

ERY de Macédoineb

Fédération de Russie

Finlande

France

Géorgie

Grèce

Hongrie

Irlande

Islande

Israël

Italie

Kazakhstan

Kirghizistan

Lettonie

Lituanie

Luxembourg

Malte

Monaco

Norvège

Ouzbékistan

Pays-Bas

Pologne

Portugal

République de Moldova

République tchèque

Roumanie

Royaume-Uni

Saint-Marin

Serbie-et-Monténégro

Slovaquie

Slovénie

Suède

Suisse

Tadjikistan

Turkménistan

Turquie

Ukraine

Région européenne

Eur-A

Eur-B

Eur-C

Tableau 1. Espérance de vie

à la naissance dans la Région

européenne de l’OMS

72,6

75,5

n.d.a

72,1

76,0

71,4

71,3

76,3

72,9

71,5

n.d.

72,6

75,1

77,0

69,9

n.d.

69,3

75,1

77,6

73,0

77,2

69,5

74,8

78,2

76,8

77,2

68,8

68,8

69,5

71,6

75,5

76,2

n.d.

76,7

69,7

77,2

71,0

74,1

68,6

71,5

69,8

75,9

n.d.

n.d.

71,1

74,1

77,8

77,6

70,0

66,6

66,2

70,5

73,1

76,3

69,5

69,6

74,9

76,8

n.d.

73,0

77,1

69,5

68,6

77,1

n.d.

71,0

n.d.

73,3

75,5

78,1

67,8

72,2

64,7

76,8

78,7

70,4

77,8

70,1

75,5

78,0

77,5

78,4

64,7

65,5

66,3

69,2

77,4

77,3

n.d.

77,9

67,88

77,7

72,0

75,3

65,9

73,3

69,4

76,78

79,9

72,7

72,5

74,9

79,1

78,8

68,0

65,24

68,0

66,86

72,5

77,4

69,7

65,6

75,8 (2003)

78,8 (2001)

n.d.

73,1 (2003)

78,9 (2003)

72,4 (2002)

68,5 (2003)

77,6 (1997)

72,7 (1991)

72,4 (2003)

79,4 (2003)

74,7 (2003)

77,2 (2000)

79,8 (2001)

71,2 (2002)

73,5 (2003)

64,9 (2003)

78,7 (2003)

79,4 (2000)

76,1 (2001)

79,0 (2001)

72,6 (2003)

77,2 (2001)

80,9 (2001)

79,7 (2003)

80,3 (2001)

65,9 (2003)

67,9 (2003)

71,0 (2003)

72,2 (2003)

78,9 (2003)

78,6 (2003)

n.d.

79,1 (2002)

70,0 (2002)

78,8 (2003)

74,7 (2002)

77,3 (2002)

68,1 (2003)

75,4 (2003)

71,0 (2002)

78,5 (2002)

82,3 (2000)

72,7 (2002)

73,9 (2002)

76,5 (2003)

80,0 (2001)

80,5 (2001)

72,0 (2001)

66,1 (1998)

70,0 (2003)

67,8 (2003)

74,0

79,0 (2003)

71,6 (2002)

66,3 (2003)

a n.d. = non disponible b Ex-République yougoslave de Macédoine Source : Base de données européenne de la Santé pour tous (3).

1 3

Figure 2. Espérance de vie à la naissance selon le sexe et le groupe de pays, 1980–2003

85

80

75

70

65

60

55 1980 1985 1990 1995 2000 2005

Années

E sp

é ra

n ce

d e

v ie

( a

n n

é e

s)

Eur-A, femmes

Eur-A, hommes

Eur-B, femmes

Eur-C, femmes

Eur-B, hommes

Eur-C, hommes

S Y N T H È S E

Source : Base de données européenne de la Santé pour tous (3).

encore marqué davantage dans l’Eur-C, où la mortalité masculine a augmenté dans plusieurs

pays de la CEI.

Mortalité et facteurs socioéconomiques

Les crises de mortalité survenues dans plusieurs pays de la CEI se sont doublées d’une inégalité

croissante dans les indicateurs socioéconomiques, du moins pour un temps (tableau 3 en

annexe). Au début des années 90, la Fédération de Russie et l’Ukraine comptaient parmi les

pays où l’inégalité des revenus (4) et la mortalité avaient le plus fortement augmenté chez les

hommes d’âge mûr, quoique les études les plus récentes indiquent des améliorations. Pour ce qui

est des pays de la partie orientale de la Région, il a été constaté que l’inégalité des revenus s’était

relativement peu accentuée en Hongrie, en Pologne et en République tchèque où l’espérance de

vie masculine à la naissance s’est accrue.

Les gradients socioéconomiques relatifs à la mortalité se sont également accentués dans beau-

coup de pays d’Europe occidentale, comme la France, les pays nordiques et le Royaume-Uni (5).

Dans tous les pays et tous les groupes socioéconomiques de la Région, les bouleversements

sociétaux ont laissé leur empreinte sur la santé des populations. Il est probable que dans de

nombreux cas, les inégalités croissantes accusées par les pays en matière de santé résultent

d’une évolution défavorable de la mortalité dans certains groupes socioéconomiques. En

1 4 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

général, les groupes défavorisés profitent plus tard de l’amélioration des déterminants de

la santé. Ces groupes sont également les plus vulnérables face aux changements sociétaux

inattendus. Cependant, de plus en plus de bases factuelles attestent que cette vulnérabilité est

liée à l’évolution défavorable de la position de certains individus dans la société, qui instaure

de longues périodes de stress psychosocial malsain. En l’absence d’une capacité personnelle à

faire face et d’un soutien de la part de l’entourage social, il peut en résulter des comportements

défavorables à la santé (6–9).

Mortalité évitable

L’ analyse de la mortalité évitable – les décès qui pourraient être évités par l’exploitation optimale

du savoir médical, des services et des ressources du système de santé et de la société – permet

de déterminer la contribution spécifique des systèmes de santé au bilan sanitaire des individus.

Les résultats pourraient indiquer dans quelle mesure le savoir disponible est mis en pratique. La

question est double : quel rôle les systèmes de santé et les programmes de santé publique jouent-

ils dans l’état de santé de la population ?

Le présent rapport traite du deuxième élément, car la mortalité évitable peut montrer

l’influence de la prévention primaire et secondaire. La prévention primaire – les interventions

visant à réduire l’exposition des individus aux facteurs de risque de maladies et de traumatismes

qui sont liés au mode de vie et au travail – est censée limiter l’incidence et le caractère mortel des

affections et traumatismes évitables. La prévention secondaire englobe le dépistage, la détection

précoce des cas, le diagnostic et un traitement adéquat.

Le tableau 2 présente l’évolution de ces maladies et traumatismes (10) et des taux de mortalité

au fil du temps dans les pays de la Région. Dans certains cas (mélanome de la peau, cancer du

sein), les différences entre les pays sont minimes, mais pour d’autres (accidents vasculaires

cérébraux, maladies du foie, cancer de l’utérus et traumatismes dus aux accidents de la route),

elles sont considérables, ce qui signifie que des améliorations sont possibles.

La mortalité évitable est l’un des facteurs qui, à la longue, sous-tendent les écarts existant

entre les pays en matière de mortalité. Une étude récente a démontré qu’entre 1980 et 1997, la

mortalité évitable a reculé dans tous les pays qui constituaient l’Union européenne (UE) avant

mai 2004 (11). Toutefois, les plus grandes variations entre pays portaient sur les problèmes de

santé se prêtant le mieux à des stratégies de prévention. Par certains aspects, plusieurs pays

s’écartaient nettement de la moyenne, et certaines grandes causes évitables présentaient des

tendances relativement négatives.

De même, la mortalité évitable peut largement expliquer le fossé entre l’est et l’ouest en

matière d’espérance de vie. Andreev et al. (12) ont comparé les courbes d’espérance de vie dans

la Fédération de Russie et au Royaume-Uni, ainsi que leurs composantes liées à la mortalité

évitable. Entre 1965 et 1999, la mortalité due à de telles causes est restée pratiquement inchangée

dans la Fédération de Russie (sauf fluctuations), tandis que les taux ne cessaient de diminuer au

Royaume-Uni. En 1999, les causes évitables étaient à l’origine d’écarts d’espérance de vie entre les

deux pays : trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes.

Les différences entre les pays et les groupes de population révèlent l’effet que pourraient

avoir les politiques visant à prévenir et à combattre les principaux facteurs de risque, tels

que l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, le tabagisme, etc. Elles montrent aussi

qu’aucun pays n’obtient systématiquement les meilleurs résultats pour tous les indicateurs. Mais

chaque pays peut tirer parti de la comparaison avec les autres et profiter de leur savoir, pour

autant que ce dernier soit correctement transmis et adapté aux besoins et ressources locaux.

1 5

Mortalité évitable par la prévention primaire Mortalité évitable par la prévention secondaire

Traumatismes résultant d’accidents

de la route impliquant des

véhicules à moteura

Maladie cérébro-

vasculaire

Affection hépatique chronique et cirrhose

Cancer :

du foie des voies respiratoires

supérieures et tractus digestif

du poumon

Mélanome de la peau

Cancer :

du sein du col de l’utérus

d’autres parties de

l’utérus

Pays

S Y N T H È S E

Tableau 2. Mortalité évitable par la prévention primaire ou secondaire : nombre moyen de décès pour 100 000 habitants âgés de 0 à 64 ans, 1998–2002 ou dernière année pour laquelle des données sont disponibles

a Moyenne des décès pour 100 000, tous âges confondus b n.d. = non disponible c Ex-République yougoslave de Macédoine Source : Base de données européenne de la Santé pour tous (3).

6,0 20,9 0,0 4,7 1,3 13,3 0,4 7,4 1,0 3,3

8,8 8,3 13,6 1,7 6,3 17,8 1,1 17,3 2,5 1,3

n.d.b n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d.

5,7 26,0 7,7 n.d. 2,1 19,3 0,7 20,4 4,5 4,3

10,2 9,2 13,8 2,5 5,6 17,8 1,5 15,3 2,0 2,2

5,7 33,9 22,3 n.d. 4,5 12,6 0,4 11,2 2,0 3,9

16,2 58,3 11,0 n.d. 7,1 25,5 1,5 15,2 4,4 3,4

15,2 9,1 8,2 1,6 6,2 25,6 n.d. 22,6 2,2 1,8

n.d. 30,5 12,1 n.d. 3,4 27,4 n.d. 11,3 2,8 3,8

10,0 45,7 12,0 4,3 4,1 22,8 0,7 14,2 6,1 4,3

n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d.

13,9 27,0 21,2 3,0 8,1 28,4 2,0 16,5 2,5 2,7

9,1 10,9 12,7 1,6 5,4 23,7 n.d. 23,5 3,5 1,8

13,9 8,0 7,5 2,8 5,9 20,0 0,9 13,8 1,8 1,6

16,8 35,3 16,9 2,4 6,9 22,6 1,7 19,5 5,8 2,6

6,8 38,7 5,4 3,6 2,4 22,8 1,7 17,8 3,8 5,2

20,6 68,6 n.d. n.d. 7,1 25,9 n.d. 17,5 5,0 3,6

7,5 11,6 10,3 1,6 2,5 10,7 1,2 14,4 1,1 1,2

12,6 7,1 11,1 3,5 9,6 22,0 1,1 17,4 1,5 2,1

4,8 49,5 14,4 n.d. 2,2 12,7 0,5 16,4 4,0 5,1

19,1 12,6 2,5 3,1 1,6 19,7 0,6 13,0 1,2 1,6

13,1 33,7 53,6 3,3 18,4 44,9 1,6 19,5 6,0 2,6

10,4 9,7 3,6 1,2 5,0 14,8 1,1 22,2 3,3 1,0

8,4 6,2 1,4 1,1 2,1 18,1 0,7 12,3 2,4 1,7

9,6 8,2 2,7 1,2 1,4 11,2 1,5 20,0 1,6 1,7

12,0 7,7 7,4 4,2 3,6 17,1 1,2 15,8 0,7 2,4

11,4 68,4 21,8 n.d. 9,7 24,7 1,3 15,8 5,9 4,0

11,5 88,6 34,7 n.d. 4,9 11,2 0,7 9,9 6,4 2,6

25,3 43,3 11,5 2,1 6,1 23,6 1,4 17,5 5,1 3,8

21,7 24,7 15,7 1,8 8,6 22,3 1,5 17,7 9,1 2,9

14,8 11,4 12,6 1,7 7,7 18,7 1,5 15,4 2,2 1,9

4,0 7,3 3,3 1,1 2,9 13,5 0,8 20,5 1,5 2,0

n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. n.d.

7,2 7,1 3,9 0,6 2,7 15,2 2,5 15,2 3,0 1,3

8,7 47,0 30,7 – 6,7 7,4 0,4 8,5 3,9 2,3

6,6 8,4 3,4 1,0 4,7 20,6 1,8 21,7 1,7 1,3

18,4 23,1 9,3 2,9 5,7 34,3 15,4 7,5 2,8

16,1 18,4 12,3 2,0 6,3 13,9 0,7 14,9 2,9 2,3

13,4 67,0 62,8 5,0 7,7 20,9 1,0 18,0 7,4 3,7

11,2 16,3 13,5 3,4 6,4 27,1 1,6 14,9 4,6 3,0

12,5 51,1 35,1 4,3 7,0 26,7 0,9 15,7 12,2 3,1

5,7 10,7 6,7 0,8 5,0 17,2 1,4 20,6 2,7 1,2

14,8 4,0 3,5 0,0 1,7 14,5 0,0 6,0 1,7 0,0

8,4 39,3 6,6 3,5 4,4 26,6 1,3 19,2 6,3 3,2

13,5 16,8 22,4 3,2 13,5 25,1 1,8 15,5 5,4 3,0

14,1 15,1 24,0 2,3 7,5 22,7 2,0 17,2 3,3 2,1

5,5 7,7 3,4 1,5 2,3 11,0 1,7 14,4 1,7 1,4

6,7 4,7 5,8 2,1 5,0 15,1 1,5 15,8 1,2 1,1

7,3 32,1 19,4 n.d. 5,9 5,3 0,5 4,8 2,7 2,4

9,5 39,9 28,2 n.d. 13,8 10,3 0,8 7,9 3,4 1,8

n.d. n.d. n.d. n.d. 0,0 n.d. n.d. n.d. n.d. n.d.

12,5 52,7 21,9 n.d. 7,7 24,0 1,8 19,1 6,0 4,0

Albanie

Allemagne

Andorre

Arménie

Autriche

Azerbaïdjan

Bélarus

Belgique

Bosnie-Herzégovine

Bulgarie

Chypre

Croatie

Danemark

Espagne

Estonie

ERY de Macédoinec

Fédération de Russie

Finlande

France

Géorgie

Grèce

Hongrie

Irlande

Islande

Israël

Italie

Kazakhstan

Kirghizistan

Lettonie

Lituanie

Luxembourg

Malte

Monaco

Norvège

Ouzbékistan

Pays-Bas

Pologne

Portugal

République de Moldova

République tchèque

Roumanie

Royaume-Uni

Saint-Marin

Serbie-et-Monténégro

Slovaquie

Slovénie

Suède

Suisse

Tadjikistan

Turkménistan

Turquie

Ukraine

1 6 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Gagner ou perdre des années de vie en bonne santé Vu l’allongement de l’espérance de vie, il est de plus en plus important que les professionnels

de santé publique disposent d’informations sur les problèmes sanitaires à issue non fatale et

les taux de bonne santé. L’EVCS (espérance de vie en bonne santé) et les AVCI (années de vie

corrigées du facteur invalidité) permettent cette analyse et révèlent qu’une amélioration du

développement sanitaire se traduit par davantage d’années de vie en bonne santé et que les

maladies non transmissibles constituent le plus grand défi auquel la Région est confrontée.

Les mesures récapitulatives de la santé d’une population réunissent des informations sur la

mortalité et sur les issues non fatales d’états morbides, afin de représenter l’état de santé d’une

population par un seul chiffre (voir note technique).

EVCS

La méthode employée pour estimer l’EVCS a été nettement affinée ces dernières années,

imprimant ainsi un élan dans les pays : l’EVCS est de plus en plus souvent calculée aux niveaux

national et sous-national. De plus – et cet aspect n’est pas moins important – les experts et

autorités de santé publique ont commencé à demander des estimations de l’EVCS pour les

aider dans l’élaboration de leurs politiques. Ils ont conscience que l’EVCS peut constituer un

complément utile aux indicateurs de santé traditionnels. Par exemple, une analyse de l’EVCS

dans la Fédération de Russie (13) a permis de dégager certaines tendances en ce qui concerne

l’état de santé de différents groupes d’âge et par sexe. Celles-ci diffèrent de celles de la mortalité.

Les experts de la santé publique du Royaume-Uni (14) se rendent compte que l’EVCS fournit

de précieuses informations sur la morbidité et la consommation de soins de santé. Elle peut

donc servir de complément aux analyses des besoins de la population en matière de santé

et des manques d’équité dans ce domaine sur lesquelles repose l’allocation des ressources au

niveau sous-national (15). L’EVCS est une mesure récapitulative commode de la santé d’une

population, parce qu’il s’agit d’un indicateur facile à communiquer et que des informations

exploitables peuvent être obtenues dans de nombreux pays de la Région par le biais de registres

et d’études en population.

L’EVCS peut être utilisée pour répondre à deux questions stratégiquement importantes.

L’ accroissement de la longévité s’est-il accompagné d’une amélioration de l’état de santé ?

Quelle est la durée de vie moyenne pendant laquelle les individus sont en bonne santé et quel

est le pourcentage de temps passé en moins bonne santé ?

On peut répondre que l’accroissement général de l’espérance de vie s’est aussi traduit par une

augmentation du nombre d’années de vie en bonne santé et que la proportion de l’existence

durant laquelle la santé est moins bonne s’est réduite. Il s’agit là d’une amélioration capitale de

la situation sanitaire. Néanmoins, les écarts de santé entre les populations sont plus importants

au regard de l’EVCS qu’en ce qui concerne la seule estimation de l’espérance de vie. Étant donné

que nombre de ces écarts trouvent leur origine dans des facteurs sociaux, il convient d’observer

en permanence les effets des déterminants sociaux de la santé, en tenant compte à la fois de la

mortalité et des issues non fatales d’états morbides. Cela est indispensable pour pouvoir évaluer

et réformer en temps utile les systèmes et politiques de santé, ce qui devrait aider les individus à

conserver la santé à un âge plus avancé.

En 2002, l’EVCS à la naissance dans la Région s’établissait entre 73,4 ans à Saint-Marin et

54,4 ans au Turkménistan (tableau 3). Pour les hommes, les valeurs maximale et minimale

étaient de 72,1 en Islande et de 51,6 au Turkménistan ; pour les femmes, de 75,9 à Saint-Marin

et de 56,4 au Tadjikistan.

1 7

Les mesures récapitulatives visent à combiner les

informations sur la mortalité et les divers états de

santé imparfaite pour produire une unité commune

de santé. En principe, ces états sont innombrables et

peuvent englober toute déviation par rapport à un

état de santé parfait, des handicaps fonctionnels, etc.

Ces états sont notamment appréciés par comparaison

avec certains idéaux, normes ou objectifs, de sorte

que ces mesures sont relatives. Des jugements de

valeur et des choix entre plusieurs possibilités entrent

également dans le cadre de l’évaluation. Les mesures

récapitulatives peuvent, par exemple, servir à :

• comparer l’état de santé de deux populations ;

• suivre l’évolution de l’état de santé

d’une population donnée ;

• déterminer les actions prioritaires de

la politique de santé publique ;

• analyser les retombées positives des

interventions en matière de santé publique.

L’une des qualités essentielles des mesures

récapitulatives est qu’elles ont une dimension

temporelle. Les mesures de l’espérance de santé font la

synthèse des périodes correspondant à un niveau de

santé différent. (L’ espérance de vie classique résume

seulement, en une mesure récapitulative de la durée de

vie moyenne, la période vécue entre la naissance et la

mort.) Naturellement, ces périodes s’additionnent pour

constituer l’espérance de vie globale, mais il n’existe pas

encore de ventilation de l’EVCS en périodes imputables à

des pathologies ou à des facteurs de risque spécifiques.

N O

T E

T E

C H

N I

Q U

E

Ces mesures récapitulatives sont de deux

types, selon qu’elles portent sur l’espérance

ou les écarts de santé (16). Le premier

type de mesure comprend, par exemple,

l’EVCS, que l’on peut considérer comme

le « volet crédit » de la santé ou le nombre

d’années qu’un individu peut espérer vivre

en bonne santé dans la situation actuelle.

Quant aux écarts de santé, ils sont une

estimation du temps de vie en bonne santé

perdu en raison d’un décès prématuré

ou d’une mauvaise santé, exprimés par

exemple en AVCI : l’équivalent d’années

de vie en bonne santé qui n’ont pas été

vécues, ou « volet débit » de la santé.

Les mesures d’écart font la synthèse des périodes

de vie en bonne santé perdues par rapport à une

norme préférentielle, avec une appréciation des états

de santé et le recours à d’autres valeurs telle qu’une

pondération en fonction de l’âge et de l’équité.

Les pertes peuvent être imputées à des maladies

ou à des déterminants spécifiques de la santé.

L’OMS recourt à des mesures récapitulatives de la

santé des populations pour offrir à ses États membres :

• des informations sur les niveaux de santé et

les inégalités existantes à cet égard ;

• des informations sur les causes des problèmes

sanitaires telles que les maladies, les

traumatismes et les facteurs de risque ;

• des conseils sur les interventions d’un bon rapport

coût-efficacité pouvant améliorer l’état de santé ;

• des analyses du degré d’efficience des systèmes

de santé.

Les mesures récapitulatives de la santé des

populations sont de plus en plus utiles, car les États

membres consentissent des investissements toujours

plus importants dans la lutte contre les problèmes de

santé publique. Ces mesures constituent une avancée

majeure pour l’étude de la santé des populations,

mais des progrès restent possibles. L’OMS a produit

pour les experts de toutes les disciplines de la santé

publique des instruments de référence essentiels

concernant l’élaboration et l’emploi de mesures

récapitulatives de la santé des populations (17,18).

Dans la figure : Zone A = période de parfaite santé Zone B = période de santé défaillante, avec pondération selon la gravité Zone C = durée de vie perdue pour cause de mortalité prématurée

Espérance de vie = A + B Espérance de santé (EVCS, par exemple) = A + f (B) Écarts de santé (AVCI, par exemple) = C + g (B)

Mesures récapitulatives de la santé d’une population

100

80

60

40

20

0

1 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 Âge (années)

S u

rv iv

a n

ts (

% )

S Y N T H È S E

CBA

où f est une fonction attribuant à des états de santé une pondération exprimée en années, 1 étant équivalent à une année de parfaite santé et g est la fonction inverse correspondante, sur une échelle où 1 est équivalent à une année de parfaite santé perdue pour cause de maladie, de traumatisme ou de décès.

1 8 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Pays Femmes (années) Hommes (années)

Estimation Intervalle d’incertitude

Estimation pour l’ensemble de la population

(années)

Estimation Intervalle d’incertitude

Tableau 3. EVCS à la naissance

dans la Région européenne de

l’OMS, 2002

a Ex-République yougoslave de Macédoine Source : Rapport sur la santé dans le monde 2004 – changer le cours de l’histoire (19).

La part de l’existence vécue en moins bonne santé variait de 9,3 % (Allemagne) à 15,3 %

(Kirghizistan) pour les femmes et de 7,8 % (Norvège) à 13,5 % (Kirghizistan) pour les hommes. Les

pays bien classés pour l’espérance de vie, le niveau d’instruction et les dépenses de santé publique

(en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) et des dépenses publiques totales) (tableau 2 de

Albanie

Allemagne

Andorre

Arménie

Autriche

Azerbaïdjan

Bélarus

Belgique

Bosnie-Herzégovine

Bulgarie

Chypre

Croatie

Danemark

Espagne

Estonie

ERY de Macédoinea

Fédération de Russie

Finlande

France

Géorgie

Grèce

Hongrie

Irlande

Islande

Israël

Italie

Kazakhstan

Kirghizistan

Lettonie

Lituanie

Luxembourg

Malte

Monaco

Norvège

Ouzbékistan

Pays-Bas

Pologne

Portugal

République de Moldova

République tchèque

Roumanie

Royaume-Uni

Saint-Marin

Serbie-et-Monténégro

Slovaquie

Slovénie

Suède

Suisse

Tadjikistan

Turkménistan

Turquie

Ukraine

63,3 61,7 63,9 59,5 58,0 60,8 61,4

74,0 73,4 74,8 69,6 68,9 70,4 71,8

74,6 73,7 75,5 69,8 68,5 70,7 72,2

62,6 61,1 63,1 59,4 58,3 60,5 61,0

73,5 72,9 74,3 69,3 68,6 70,0 71,4

58,7 57,0 59,4 55,8 54,5 57,2 57,2

64,9 63,6 65,5 56,6 55,7 57,5 60,7

73,3 72,8 74,1 68,9 68,3 69,5 71,1

66,4 64,7 67,2 62,3 60,8 63,9 64,3

66,8 66,0 67,7 62,5 61,6 63,3 64,6

68,5 67,1 70,0 66,7 65,9 67,5 67,6

69,3 68,4 70,0 63,8 63,2 64,6 66,6

71,1 70,6 71,8 68,6 68,0 69,1 69,8

75,3 74,6 76,1 69,9 69,1 70,7 72,6

69,0 67,5 70,5 59,2 58,6 59,8 64,1

65,0 63,7 65,6 61,9 61,0 62,8 63,4

64,3 63,6 65,4 52,8 51,9 54,0 58,6

73,5 72,7 74,1 68,7 68,0 69,3 71,1

74,7 74,0 75,4 69,3 68,6 70,0 72,0

66,6 64,8 67,7 62,2 61,1 63,3 64,4

72,9 72,3 73,8 69,1 68,4 69,7 71,0

68,2 67,6 69,0 61,5 60,9 62,2 64,9

71,5 70,8 72,3 68,1 67,3 68,9 69,8

73,6 72,7 74,2 72,1 71,2 72,9 72,8

72,3 71,6 73,1 70,5 69,4 71,2 71,4

74,7 74,0 75,5 70,7 70,0 71,5 72,7

59,3 58,0 60,0 52,6 51,6 53,7 55,9

58,4 56,9 59,1 52,2 51,2 53,3 55,3

67,5 66,7 68,5 58,0 57,2 59,2 62,8

67,7 67,0 68,6 58,9 58,1 60,1 63,3

73,7 73,1 74,7 69,3 68,6 69,9 71,5

72,3 71,4 73,4 69,7 68,9 70,5 71,0

75,2 74,4 76,0 70,7 70,0 71,4 72,9

73,6 72,8 74,4 70,4 69,5 71,3 72,0

60,9 59,4 61,4 57,9 56,9 58,9 59,4

72,6 72,0 73,4 69,7 69,1 70,4 71,2

68,5 67,9 69,2 63,1 62,4 63,8 65,8

71,7 71,1 72,5 66,7 66,0 67,4 69,2

62,4 61,2 62,9 57,2 56,2 58,2 59,8

70,9 70,2 71,7 65,9 65,2 66,5 68,4

65,2 64,3 66,3 61,0 59,9 62,1 63,1

72,1 71,3 73,0 69,1 68,5 69,9 70,6

75,9 75,0 78,0 70,9 69,4 72,3 73,4

64,9 63,7 65,3 62,7 62,0 63,5 63,8

69,4 68,7 70,2 63,0 62,3 63,8 66,2

72,3 71,6 73,1 66,6 65,8 67,4 69,5

74,8 74,0 75,5 71,9 71,2 72,5 73,3

75,3 74,5 76,0 71,1 70,3 71,8 73,2

56,4 54,5 57,6 53,1 51,7 55,0 54,7

57,2 55,9 57,8 51,6 50,8 52,5 54,4

62,8 61,7 64,0 61,2 60,3 62,2 62,0

63,6 62,8 64,7 54,9 54,1 55,9 59,2

1 9S Y N T H È S E

l’annexe) perdaient moins d’années de vie en bonne santé, tant en chiffres absolus qu’en chiffres

relatifs.

AVCI

En 2002, la population de la Région européenne de l’OMS a perdu un nombre total d’AVCI

estimé à 150,3 millions, principalement pour trois groupes de causes :

• les maladies non transmissibles (77 % du total) ;

• les traumatismes et les intoxications (causes externes) (14 %) ;

• les maladies transmissibles (9 %).

L’ essentiel de la charge de morbidité est donc dû à des maladies chroniques dégénératives.

Il s’agit d’un groupe très vaste de maladies particulièrement diverses qui ont cependant en

commun certaines caractéristiques. Les parts de la charge de morbidité attribuables aux

traumatismes et aux maladies transmissibles sont beaucoup plus réduites.

Les dix principaux problèmes de santé sont généralement sélectionnés dans ces groupes.

En effet, ils représentent un nombre de priorités gérable et une fraction importante et

raisonnablement représentative de la charge de morbidité totale. Les dix principaux problèmes

de santé pour l’ensemble de la Région sont responsables de 40,7 % du total des AVCI : il s’agit de

neuf maladies non transmissibles et des traumatismes dus aux accidents de la route.

Heureusement, sept des principales causes d’AVCI sont évitables dans une large mesure,

puisque leurs principaux facteurs de risque sont d’ordre comportemental. Il est en outre

possible de les influencer en mettant en œuvre des interventions de santé publique bien

connues et réalisables. Ces sept problèmes (tableau 4) sont à l’origine de 33,8 % du nombre total

d’AVCI dans la Région. Les trois autres sont le déficit auditif (à l’âge adulte), les automutilations

et l’arthrose. Leurs facteurs de risque sont multiples et moins bien compris, de sorte qu’il est

actuellement plus difficile de les prévenir. Les sept principaux problèmes de santé résultent

d’une exposition à des facteurs de risque multiples, connus et inconnus.

Les sept principaux facteurs de risque (tableau 5) sont à l’origine de la moitié des AVCI

attribuables dans la Région. En outre, chaque facteur de risque est lié à deux ou plusieurs

des sept principaux problèmes de santé ; inversement, il existe des liens entre chacun de ces

problèmes de santé et deux ou plusieurs facteurs de risque (voir tableau 6), bien que ces liens

n’aient pas été pleinement élucidés.

En raison de l’existence de ces liens, il existe d’importantes possibilités d’améliorer la santé

des populations. Les politiques et interventions qui s’attaquent aux facteurs de risque favorisent

plusieurs effets positifs sur la santé en raison de la multicausalité de nombreux problèmes

sanitaires, des effets synergiques probables et des changements sociétaux généraux (voir ci-

dessous).

Néanmoins, comme cela a été précisé, la structure basée sur les AVCI guide l’analyse réalisée

dans ce rapport dans la mesure où elle permet de formuler un message fort sur les priorités

à l’échelle de toute la Région. La section consacrée aux principales causes de la charge de

morbidité porte sur les trois grands groupes de problèmes de santé répertoriés ci-dessus, y

compris les sept principaux problèmes de santé. La section suivante présente des bases factuelles

sur les sept principaux facteurs de risque, classés en fonction de la part des AVCI qui peut leur

être imputée.

2 0 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

rapport. Ces estimations désagrégées sont classées d’après la proportion de décès et d’AVCI

imputable à chaque cause et facteur de risque. Les dix causes et facteurs de risque principaux

pour chaque pays de la Région sont présentés dans les tableaux 4 et 5 de l’annexe. Ceux-ci

devraient contribuer à une meilleure compréhension de la situation sanitaire de chaque

pays et groupe de pays, ainsi qu’à l’élaboration d’autres analyses, stratégies et programmes

d’intervention.

Les estimations des facteurs de risque par pays se fondent sur les évaluations comparatives

des risques effectuées pour le Rapport sur la santé dans le monde 2002 (20), mais avec des

données actualisées par pays pour environ quatre des facteurs de risque en ce qui concerne

la charge de morbidité et l’exposition à ces risques. Pour la plupart des facteurs de risque,

ce sont soit les statistiques d’exposition moyenne par groupe de pays, soit l’ensemble des

fractions attribuables en population par maladie et groupe de pays qui ont été exploitées

pour chaque pays. L’ exposition à l’alcool dans chaque pays, en particulier, est basée sur un

ajustement préliminaire de la répartition sous-régionale de la consommation d’alcool, réalisée

en s’appuyant sur des estimations par pays du nombre d’abstinents et de la consommation

Tableau 5. Part de sept des principaux facteurs de

risque dans la charge

de morbidité en AVCI dans

la Région européenne

de l’OMS, 2000

Tableau 4. Part de sept des principaux problèmes

de santé dans la charge de

morbidité en AVCI dans

la Région européenne

de l’OMS

Tableau 6. Contribution moyenne des

sept principaux facteurs de

risque à la charge de morbidité pour les sept

principaux problèmes de

santé des pays développés du

monde entier

Facteurs de risque Nombre total d’AVCI en 2000 (%)

A. Hypertension artérielle

B. Tabagisme

C. Consommation d’alcool

D. Hypercholestérolémie

E. Surcharge pondérale

F. Consommation insuffisante de fruits et de légumes

G. Manque d’activité physique (sédentarité)

Total

12,8

12,3

10,1

8,7

7,8

4,4

3,5

59,6

Problèmes de santé Nombre total d’AVCI (%)

10,5

6,2

7,2

3,1

2,3

2,4

2,2

33,8

Source : Rapport sur la santé dans le monde 2004 – changer le cours de l’histoire (19).

Source : Rapport sur la santé dans le monde 2002 – réduire les risques et promouvoir une vie saine (20).

1. Cardiopathie ischémique

2. Troubles dépressifs unipolaires

3. Maladies cérébrovasculaires

4. Troubles liés à la consommation d’alcool

5. Maladie pulmonaire chronique

6. Traumatismes résultant d’un accident de la route

7. Cancer du poumon

Total

1. Cardiopathie ischémique

2. Troubles dépressifs unipolaires

3. Maladies cérébrovasculaires

4. Troubles liés à la consommation d’alcool

5. Maladie pulmonaire chronique

6. Traumatismes dus aux accidents de la route

7. Cancer du poumon

Problèmes de santé Fractions attribuables en population pour chaque facteur (%)

58

72

22

22

69

85

0,2

3

0

100

38

63

27

33

23

28

12

11

22

9

4

3

2

8

A . H

y p

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B . T

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G . S

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H . A

u tr

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fa c-

te u

rs c

o n

n u

s

Source : d’après Ezzati et al. (21).

Deux problématiques : les degrés de

certitude et les interactions entre les

facteurs de risque

Avant de pouvoir suivre ce schéma,

cependant, il convient d’aborder deux

autres questions.

Quoique les informations

mentionnées plus haut soient fiables

au niveau de la Région et des groupes

de pays (Eur-A, Eur-B et Eur-C), les

estimations sont moins sûres à l’échelle

de chaque État, vu les déficiences des

données actuellement disponibles à

ce niveau et les hypothèses formulées

pour la modélisation épidémiologique.

Néanmoins, des estimations de la

charge de morbidité et des estimations

comparatives des risques attribuables

ont été établies par pays pour le présent

2 1

apparente par personne. Ainsi, les estimations de la mortalité et de la charge de morbidité

attribuables, quoiqu’elles reposent sur les meilleures informations actuellement disponibles,

présentent souvent un moins haut degré de fiabilité au niveau national qu’au niveau de la

Région, et pourraient être affinées grâce à de meilleures estimations de l’exposition pour

chaque pays. Ezzati M et al. (18) ont publié les méthodes et données détaillées pour ces facteurs

de risque.

De plus, il ne faut pas perdre de vue que les facteurs de risque et les problèmes de santé sont

interdépendants. Les facteurs de risque sont à l’origine de différentes parts de la charge totale

en AVCI. Selon un calcul purement arithmétique, la somme des AVCI imputables à chacun des

facteurs de risque pris individuellement représente trois cinquièmes de l’ensemble des AVCI

de la Région. Cela ne signifie pas que l’effet combiné de ces facteurs de risque sur la santé de la

population représente trois cinquièmes de l’ensemble des AVCI. La proportion est moindre, car

plusieurs maladies sont provoquées par plus d’un facteur de risque et chaque facteur de risque

contribue à plusieurs problèmes de santé.

Techniquement, l’effet de chaque facteur de risque sur la santé de la population est mesuré

en « fractions attribuables en population », exprimées en AVCI ou en décès. Il s’agit de la part

de la charge de morbidité de la population qui serait éliminée si l’exposition actuelle au facteur

de risque considéré était réduite au minimum réalisable. Le tableau 6 présente une estimation

des fractions attribuables en population pour les sept principaux facteurs de risque. Celles-ci

sont mises en corrélation avec la charge de morbidité en AVCI pour chacun des sept principaux

problèmes de santé (sous forme de moyennes) pour les pays développés dans le monde. Les

fractions attribuables en population pour deux ou plusieurs facteurs de risque peuvent être

additionnées, constituant ainsi une fraction unique inférieure à la somme des composants.

Ces fractions combinées doivent essentiellement être calculées pour estimer l’effet simultané

de plusieurs facteurs de risque. L’OMS estime que la fraction combinée correspondant aux

multiples facteurs de risque connus qui favorisent les maladies non transmissibles dans la

Région européenne de l’OMS représente quelque 41–42 % des AVCI et 54–57 % des décès

0 2 4 6 8 10 12 14

12,8

12,3

10,1

8,7

7,8

4,4

3,5

1,5

0,8

0,7

0,7

0,7

0,6

0,5

0,4

Pourcentage

Figure 3. Pourcentage de l’ensemble des AVCI pouvant être attribué aux 15 principaux facteurs de risque connus dans la Région européenne de l’OMS, 2000

Source : données provenant du Rapport sur la santé dans le monde 2002 (20).

Hypertension artérielle

Tabagisme

Abus d’alcool

Hypercholestérolémie

Surcharge pondérale

Consommation insuffisante de fruits et légumes

Sédentarité

Drogues illicites

Plomb

Risques de traumatismes professionnels

Carence en fer

Pratiques sexuelles dangereuses

Pollution de l’air extérieur en ville

Approvisionnement en eau et assainissement déficients

Exposition à la fumée de tabac au foyer

S Y N T H È S E

2 2 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

causés par ces maladies (18). La figure 3 reprend les 15 facteurs de risque connus aux

conséquences les plus lourdes.

Comme les interventions ciblées sur les sept principaux facteurs de risque permettent de

prévenir efficacement les sept principaux problèmes de santé, il est amplement justifié de

mettre tout en œuvre afin d’exploiter les connaissances et stratégies disponibles en vue de

réduire ces risques autant que possible. Les analyses récentes de l’OMS (21), plus précises,

concluent qu’une lutte contre ces risques pourrait avoir des retombées positives plus

importantes qu’on ne le supposait antérieurement.

2 3

Figure 4. Répartition de la charge de morbidité dans la Région européenne de l’OMS, 2002

Principales causes de la charge de morbidité

Les maladies non transmissibles sont responsables

de 77 % de la charge de morbidité de la Région.

Vu la longueur de l’intervalle entre l’exposition

au risque et la manifestation de la maladie, elles

requièrent une planification et un traitement à

long terme. Quant aux traumatismes, quoiqu’ils

représentent une proportion nettement moins

importante de la morbidité, ils constituent un

problème particulier chez les jeunes.

Les maladies transmissibles sont celles qui

touchent le moins de personnes, mais il faut

s’attacher à enrayer leur propagation dans

l’ensemble de la population de la Région. Pour

ce qui est de la pauvreté et du sous-financement

des services, ils font peser sur certains pays une

double charge de maladies transmissibles et

non transmissibles.

AVP (39 %)

AVI (38 %)

AVP (10 %)

AVI (4 %)

AVP (6 %)

AVI (3 %)

Maladies non transmissibles

Traumatismes

Maladies transmissibles

P R I N C I P A L E S C A U S E S D E L A C H A R G E D E M O R B I D I T É

Après avoir passé en revue les interactions entre les

principales causes et facteurs de risque impliqués

dans la charge de morbidité, on examine ci-après les

trois principaux types de problèmes de santé dans la

Région. Le regroupement des problèmes de santé et

l’ordre dans lequel ils seront abordés reposent sur les

considérations suivantes.

1. Les maladies non transmissibles sont

responsables de 77 % de la charge de morbidité

exprimée en AVCI. En 2002, les années de vie

perdues pour cause de mortalité prématurée

(AVP) représentaient 39 % de la charge totale

et les années vécues avec une invalidité (AVI),

38 %. Dès lors, les maladies non transmissibles

constituent une priorité pour tous les pays. Elles

se caractérisent par un long intervalle entre

l’exposition au risque et leur manifestation, et

requièrent généralement un contrôle médical et

un traitement à vie. Toutefois, tant leur incidence que leur gravité peuvent être limitées en

un laps de temps relativement court : des améliorations surviennent quelque 2 à 7 ans après

l’élimination de l’exposition à un facteur de risque.

2. Les traumatismes concourent à 14 % des AVCI (10 % des AVP et 4 % des AVI), mais elles

imposent aux jeunes une charge de morbidité

élevée et ont des conséquences sociales graves.

Elles pourraient en grande partie être évitées par

des changements dans l’environnement physique

et dans les normes dominantes de comportement

et de coopération sociale (non-tolérance de la

violence, solidarité, etc.).

3. Les maladies transmissibles sont responsables

de 9 % des AVCI (6 % des AVP et 3 % des AVI).

Cependant, le laps de temps s’écoulant entre

l’exposition au risque et l’apparition de la maladie

est court, et les épidémies peuvent se propager

très rapidement, mettant en danger la santé de

populations importantes.

La figure 4 illustre la répartition de la charge de

morbidité globale dans la Région européenne de

l’OMS.

2 4 R A P P O R T S U R L A S A N T É E N E U R O P E 2 0 0 5

Maladies non transmissibles En 2002, les maladies non transmissibles ont provoqué 8,1 millions de décès (85,8 % du total

des décès) et 115,3 millions d’AVCI (76,7 % de la charge de morbidité totale) dans la Région

européenne de l’OMS.

Groupe de c

Key facts
Document type Publications
Adoption date
Source World Health Organization