Conférence des Parties à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac Sixième session Moscou (Fédération de Russie), 13-18 octobre 2014
FCTC/COP/6/DIV/4 13 octobre 2014
Allocution du Dr Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé 13 octobre 2014
Je remercie le Professeur Chang-jin Moon, Président de la Conférence des Parties. Je remercie également ma bien chère sœur Veronika Skvortsova, Ministre de la santé. Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les délégués, chers collègues et amis de la santé publique et des Nations Unies, je reconnais parmi vous de nombreux vieux amis que je suis très heureuse de retrouver. Mesdames et Messieurs, bonjour. Tout d’abord, permettez-moi d’exprimer mes remerciements au Gouvernement de la Fédération de Russie qui accueille la sixième session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Je dois dire que j’ai été personnellement témoin de l’engagement de ce Gouvernement sous l’impulsion du Président Poutine lui-même, et bien sûr de la vôtre, chère Veronika, qui avez dû surmonter de grandes difficultés pour faire adopter une loi antitabac très complète. Cette loi est entrée pleinement en vigueur le 1er juin de cette année et je tiens à rendre hommage au rôle déterminant que vous avez joué à cet égard. Beaucoup me disaient, il y a plusieurs années, qu’elle ne verrait jamais le jour en Fédération de Russie. Merci de ne pas leur avoir donné raison. Nombreux sont ceux qui adorent s’adonner au petit jeu des spéculations. On prévoyait volontiers que je n’assisterais pas à cette réunion en raison des nombreuses épidémies de maladies transmissibles qui doivent retenir toute mon attention. Mais non, non et non. Il n’était pas question pour moi de faire faux bond : cette réunion est tout simplement trop importante.
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Cela dit, pour ce qui est du front des maladies transmissibles, quelques observations liminaires s’imposent néanmoins. Ces tout derniers jours, le monde microbien nous a envoyé un certain nombre de rappels à l’ordre. L’Égypte a confirmé un cas de grippe aviaire à H5N1 chez un nourrisson. L’Autriche a notifié son premier cas importé d’infection par le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV). Les États-Unis d’Amérique ont confirmé leurs deux premiers cas de maladie à virus Ebola et l’Espagne son premier cas de transmission de ce virus sur le territoire national. Mesdames et Messieurs, Dans un monde confronté à tant de menaces nouvelles et anciennes, nous choisissons de lutter contre le tabagisme. La lutte antitabac offre en effet incontestablement la meilleure occasion et le moyen le plus sûr de sauver des millions de vies. Je me félicite donc de me trouver ici aujourd’hui pour donner le coup d’envoi à vos travaux. Comme vous le savez tous, je n’ai jamais hésité à faire mienne la position de l’OMS, ennemi numéro un de l’industrie du tabac. C’est pour moi un motif de fierté. C’est dans cet esprit que l’OMS fait entendre la voix de la santé publique et apporte des éléments de poids admis par la communauté scientifique aux pays confrontés à l’opposition opiniâtre et prévisible de l’industrie du tabac. Alors que la mise en œuvre de la Convention-cadre n’a jamais été aussi avancée, l’industrie du tabac contre-attaque avec force par tous les moyens possibles, sans s’embarrasser de scrupules. Les actions intentées contre les gouvernements auprès des tribunaux nationaux se sont multipliées, dirigées en particulier contre les mises en garde illustrées très visibles sur les paquets de cigarettes et autres produits du tabac. Tendance particulièrement inquiétante, l’industrie du tabac utilise les traités bilatéraux d’investissement pour tenter d’amener les gouvernements à renoncer à protéger la santé de la population par des mesures de lutte antitabac énergiques qui ont fait leurs preuves. C’est ce qu’illustrent très bien les recours déposés contre les mesures prises par l’Uruguay concernant les mises en garde et l’identification des produits par des marques, et contre les mesures fortes et courageuses prises par l’Australie en matière de conditionnement neutre. Les emballages neutres adoptés par l’Australie font également l’objet d’un différend devant l’Organisation mondiale du commerce, qui retient l’attention du monde entier. Le nombre de tierces parties à ce différend est d’ailleurs le plus important de toute l’histoire de l’OMC. Plus récemment, sans la moindre gêne, l’industrie du tabac a voulu défendre ses objectifs et se faire entendre ici même au cœur des instances de la lutte antitabac. Pas plus tard qu’hier, l’International Tax and Investment Centre, au conseil d’administration duquel siègent plusieurs cigarettiers, a invité les Parties et les observateurs à débattre des politiques fiscales et financières concernant le tabac sans être entièrement transparent quant aux intérêts qu’il défend. Je vous en conjure, ne vous laissez pas abuser. Leur but n’est pas difficile à comprendre : il s’agit de saper votre pouvoir et vos efforts pour adopter le projet de directives sur les politiques fiscales et financières solides proposées par des experts. Ces directives, utilisées pour mettre en œuvre l’article 6 du traité, protégeront les enfants et les jeunes en particulier du tabagisme en évitant qu’ils ne commencent à fumer. 2
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Dans la masse de documents internes de l’industrie du tabac appartenant désormais au domaine public, on trouve un échange de vues à l’occasion d’une discussion interne sur la question de savoir si l’industrie devait envisager d’inclure les enfants parmi les consommateurs cibles. Je me souviens très bien de l’une des réponses que j’aimerais vous citer ici : « Ils ont des lèvres ? Alors il nous les faut. ». Voici Mesdames et Messieurs le type de tactique utilisée par l’industrie du tabac. Elle ne cherche qu’à augmenter toujours plus sa part de marché. Et peu importe si elle en vient à tuer des enfants. Encore une fois, ne vous laissez pas tromper. Quelle est la prochaine difficulté ? La prochaine difficulté qui nous attend, c’est que l’industrie du tabac est en train d’accroître sa domination sur le marché de la cigarette électronique et ce n’est pas là une surprise. Une société a pris prétexte de la Journée mondiale sans tabac de cette année pour demander à l’OMS et à tous les gouvernements de promouvoir la cigarette électronique comme un moyen de préserver certaines des vies qu’elle est en train d’anéantir par les autres produits de sa panoplie. Nous avons également entendu un refrain bien connu, la même société insistant qu’elle « peut et doit participer au débat et à la recherche de solutions ». Il n’en est pas question ! Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire : admettre une société de l’industrie du tabac quelle qu’elle soit à la table des négociations équivaut à faire entrer le loup dans la bergerie. Mesdames et Messieurs, Nous disposons de nombreuses preuves, en provenance de sources multiples, montrant que la mise en œuvre de la Convention-cadre apporte des améliorations tant immédiates qu’à long terme pour la santé. Comme je l’ai déclaré en 2011 lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies – la voix de vos gouvernements – a adopté sa résolution historique sur les maladies non transmissibles : « La pleine mise en œuvre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac porterait à elle seule le coup le plus fort pour prévenir toutes ces maladies. ». L’importance de la Convention-cadre s’est affirmée au fil du temps pour une deuxième raison, car elle démontre comment les différents secteurs gouvernementaux et les différents organismes des Nations Unies peuvent coopérer et collaborer de façon harmonieuse, unis pour atteindre un but commun essentiel. Ce modèle devient toujours plus utile alors que les plus graves menaces pour la santé ont des causes multiples et que les pays font tout ce qu’ils peuvent pour pleinement mettre en œuvre le traité et les articles de la Convention. Mesdames et Messieurs, Vous abordez un ordre du jour chargé mais capital, permettez-moi de vous souhaiter la plus productive des sessions à Moscou.
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