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Prévention et lutte anticancéreuses : rapport du secrétariat

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ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE CINQUANTE-HUITIEME ASSEMBLEE MONDIALE DE LA SANTE Point 13.12 de l’ordre du jour provisoire A58/16 7 avril 2005

Prévention et lutte anticancéreuses Rapport du Secrétariat

1. Le cancer est aujourd’hui l’une des causes les plus fréquentes de morbidité et de mortalité : on recense plus de 10 millions de nouveaux cas et plus de 6 millions de décès chaque année dans le monde. Il est diagnostiqué chez plus de 20 millions de personnes et plus de la moitié des cas surviennent dans les pays en développement. Il est à l’origine d’environ 20 % des décès dans les pays industrialisés et 10 % dans les pays en développement. On prévoit 15 millions de nouveaux cas et 10 millions de décès chaque année d’ici 2020. Cette augmentation en chiffres absolus tient en grande partie au vieillissement de la population dans l’ensemble du monde. 2. Malgré l’étendue des connaissances actuelles sur la prévention du cancer, son traitement et les soins palliatifs, il reste encore des choses à découvrir dans de nombreux domaines, notamment l’étiologie et la prévention. On connaît aujourd’hui suffisamment bien les causes des cancers pour prévenir au moins un tiers d’entre eux à l’échelle mondiale. On dispose également d’informations qui permettraient de dépister à temps et de soigner efficacement un autre tiers des cancers. Il existe par ailleurs des stratégies efficaces pour soulager la douleur et dispenser des soins palliatifs à tous les cancéreux qui en ont besoin et pour apporter un soutien à leur famille, même lorsque les ressources sont rares. 3. Ce savoir n’est pourtant pas toujours utilisé dans la pratique. Le fait que, bien souvent, le cancer ne figure pas parmi les priorités des gouvernements et des ministères de la santé, la trop grande importance accordée au traitement, la part excessive des dépenses qui lui sont consacrées et l’énorme déséquilibre entre les ressources dévolues à la recherche fondamentale sur le cancer et celles utilisées pour combattre cette maladie sont autant de freins aux efforts de prévention et de lutte. C’est ainsi que la prévention primaire, le dépistage précoce et les soins palliatifs sont souvent négligés au profit d’approches axées sur le traitement, même lorsqu’elles ne sont pas rentables et causent des souffrances inutiles. De plus, la prévention et la lutte ne tiennent pas compte des inégalités sociales. L’incidence du cancer et la survie sont clairement liées à des facteurs socio-économiques. En effet, les groupes défavorisés et à faible revenu sont généralement plus exposés aux facteurs de risque évitables tels que les cancérogènes environnementaux, l’alcool, les agents infectieux et le tabagisme. Ils ont moins facilement accès aux services de santé et à l’éducation sanitaire qui leur permettraient de faire des choix qui aient un effet protecteur ou bénéfique sur leur santé. En outre, l’évolution des modes de vie expose les populations à des facteurs de risque qui autrefois concernaient essentiellement les pays développés (sédentarité, alimentation riche en graisses animales et tabagisme). 4. D’une manière générale, la prévention et la lutte anticancéreuses visent d’une part à réduire l’incidence et la mortalité cancéreuses et, d’autre part, à améliorer la qualité de vie des malades et de leur famille. Bien conçu, un programme national de lutte contre le cancer est le meilleur moyen de

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mettre le savoir en pratique et d’atteindre ce double objectif. Intégré aux systèmes de santé et aux services connexes existants, un programme de ce type garantit la mise en oeuvre systématique et équitable des stratégies de lutte sans solution de continuité entre la prévention, le dépistage précoce, le traitement et les soins palliatifs, ainsi que le préconise l’OMS pour les programmes nationaux de lutte contre le cancer.1 Un programme national de lutte contre le cancer peut aider les décideurs et les administrateurs de programme à utiliser au mieux les ressources disponibles en respectant un juste équilibre entre les interventions fondées sur des bases factuelles afin qu’elles profitent à l’ensemble de la population. 5. La prévention est souvent la stratégie la plus rentable à longue échéance pour lutter contre le cancer. Les mesures préventives sont doublement efficaces puisqu’elles contribuent à prévenir d’autres maladies chroniques associées aux mêmes facteurs de risque. On estime que 43 % environ des décès par cancer sont dus au tabagisme, à une alimentation déséquilibrée, à la consommation d’alcool, au manque d’exercice physique et à des infections. Parmi ces causes de cancer, le tabagisme est, à l’échelle mondiale, la plus facilement évitable. Outre le cancer des poumons, la consommation de tabac entraîne des cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx, de l’oesophage, de l’estomac, du pancréas, du foie, du rein, de l’uretère, de la vessie, du col de l’utérus et de la moelle osseuse (leucémie miéloïde). L’exposition à la fumée du tabac ambiante (tabagisme passif) accroît le risque de cancer du poumon. Le tabagisme associé à la consommation d’alcool agit en synergie pour provoquer des cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx et de l’oesophage. De plus, des stratégies intégrées, efficaces et multisectorielles de prévention dirigées contre plusieurs facteurs de risque de cancer réduisent à long terme l’incidence d’autres tumeurs ayant pour siège l’estomac, le foie, le sein, le col de l’utérus, le colon et le rectum. Près de 25 % des décès par cancer dans les pays en développement et 6 % dans les pays 6. industrialisés ont pour origine des agents infectieux. Dans les zones déshéritées où les cancers dus à des agents biologiques sont fréquents, des mesures spéciales s’imposent pour combattre les infections incriminées. Par exemple, dans les zones où le cancer du foie est endémique, la vaccination contre le virus de l’hépatite B, intégrée à d’autres programmes de vaccination, est la principale mesure de prévention. On est en train de mettre au point et d’expérimenter chez l’homme des vaccins qui, dans un proche avenir, pourraient se révéler efficaces contre le cancer du col. La prévention de l’infection à VIH fera également baisser l’incidence des cancers liés au VIH/SIDA tels que le sarcome de Kaposi et le lymphome. Des mesures spécifiques de prévention et de protection permettant de limiter ou d’éviter les cancérogènes ou les risques dans l’environnement (y compris une surexposition au soleil) et sur le lieu de travail réduiront nettement l’incidence des cancers du poumon, de la vessie et de la peau. Le dépistage précoce, qui passe par le contrôle des populations asymptomatiques et la 7. connaissance des premiers signes et symptômes, accroît les chances de guérison. Il suppose toutefois l’existence de structures pour confirmer le diagnostic et administrer le traitement, et des ressources nécessaires pour desservir la population concernée. La prévalence du cancer doit par ailleurs être suffisamment importante pour justifier les mesures et les dépenses. La connaissance des premiers signes et symptômes est particulièrement importante pour les cancers du sein, du col de l’utérus, de la bouche, du larynx, de l’endomètre, du colon et du rectum, de l’estomac et de la peau. Les données actuellement disponibles n’autorisent à recommander le dépistage en population que pour les cancers du sein, du col de l’utérus, du colon et du rectum dans les pays qui ont suffisamment de ressources pour couvrir largement la population, qui dispensent un traitement approprié et qui se conforment aux normes de contrôle de la qualité. Des études sont néanmoins en cours pour évaluer des méthodes de Programmes nationaux de lutte contre le cancer : politiques et principes gestionnaires : résumé d’orientation. 2 éd. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2002. e 1

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dépistage peu coûteuses qui pourraient être utilisées durablement dans les pays peu nantis. L’observation à l’oeil nu après application d’acide acétique pourrait ainsi s’avérer dans peu de temps une méthode efficace de dépistage du cancer du col. Les travaux doivent se poursuivre sur les méthodes peu coûteuses en remplacement de la mammographie, telles que l’examen clinique des seins. 8. Le traitement sert à guérir la maladie, prolonger la vie et améliorer la qualité de vie. Les traitements les plus efficaces sont associés à des programmes de dépistage précoce et sont conformes aux normes de soins qui reposent sur des données probantes. Les directives thérapeutiques et les guides pratiques améliorent les résultats du traitement, car ils fixent des normes pour la prise en charge des malades. Des lignes directrices adaptées aux ressources disponibles aident à garantir la qualité, notamment un accès équitable et durable aux moyens de traitement. L’application de ces lignes directrices évite de gaspiller des ressources, car le traitement n’est administré qu’aux malades à qui, compte tenu du stade de leur cancer, le traitement est profitable. Lorsqu’il s’agit de cancers très sensibles au traitement, celui-ci a pour effet de guérir les malades ou de leur permettre de vivre plus longtemps. La plupart des cancéreux ont besoin de soins palliatifs. Par soins palliatifs, il faut entendre non 9. seulement le soulagement de la douleur, mais aussi le soutien moral et psychosocial aux malades et à leur famille dès le diagnostic, tout au long de la maladie jusqu’au décès et pendant le deuil. Ils offrent une meilleure qualité de vie aux malades et à leur famille indépendamment des possibilités de guérison. Ces services peuvent être assurés de manière simple et peu coûteuse. Il est possible, par exemple, d’administrer de la morphine par voie orale pour un prix relativement modique pour soulager les douleurs modérées à fortes. Malheureusement, le soulagement de la douleur et les soins palliatifs sont souvent difficiles à obtenir, même dans les pays qui ne manquent pas de ressources, à cause de l’absence de volonté politique, du manque d’information et d’éducation du grand public, des prestateurs de soins de santé et des malades, et d’une réglementation trop sévère des opioïdes. 10. La surveillance et la recherche sont indispensables pour concevoir des programmes efficaces et rentables de lutte anticancéreuse, contrôler leur mise en oeuvre et évaluer leurs résultats. Un système complet de surveillance renseigne sur la morbidité et la mortalité cancéreuses, sur les tendances des facteurs de risque et sur les effets de la prévention, du dépistage précoce, du traitement et des soins palliatifs. Les registres du cancer font partie du système de surveillance. Les registres qui concernent la population donnent une indication de l’incidence et de ses tendances, tandis que les registres d’hôpitaux renseignent sur le diagnostic, le stade des cancers, les méthodes thérapeutiques et la survie. La recherche aide à déterminer les causes de cancer, à mettre au point et expérimenter des stratégies de prévention, de traitement et de lutte. La planification de la recherche et la fixation des priorités sont donc des éléments importants de tout programme de lutte contre le cancer. 11. De bons partenariats aux niveaux national, régional et mondial sont indispensables à une action durable de prévention et de lutte menée contre le cancer. Depuis la disparition de l’Alliance mondiale contre le cancer citée dans le préambule de la résolution EB114.R2, l’OMS a resserré sa collaboration avec d’autres institutions actives dans ce domaine en créant un réseau de partenaires qui a pour but de recenser et de multiplier les possibilités de collaboration internationale, de faire campagne pour la lutte anticancéreuse, de favoriser la communication et l’échange d’informations et de faciliter la mise en oeuvre de programmes de lutte anticancéreuse dans les pays. Le réseau regroupe des organisations internationales, des institutions du système des Nations Unies, des organismes gouvernementaux, des organisations non gouvernementales et des entités privées ayant notamment pour domaine de compétence la médecine, les soins infirmiers, la recherche, la santé publique et la communication.

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12. Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) mène des travaux ciblés sur l’étiologie et la prévention et réunit des données probantes sur la prévalence et l’incidence du cancer dans le monde, sur les causes du cancer et la carcinogenèse, et sur l’efficacité des stratégies de prévention et de dépistage précoce. L’OMS encourage l’élaboration de politiques et la mise en oeuvre de programmes. Le rapport récemment publié par l’OMS/CIRC contient les dernières données épidémiologiques et projections, indique ce que l’on sait aujourd’hui sur les causes du cancer et fait des recommandations d’ordre général concernant les programmes de lutte anticancéreuse.1 Ce rapport ainsi que d’autres monographies, rapports techniques et publications scientifiques du CIRC et de l’OMS constituent une base solide sur laquelle fonder des stratégies de lutte efficaces. 13. L’Assemblée de la Santé n’a encore adopté aucune résolution portant précisément sur la lutte globale contre le cancer, mais celles de ses résolutions relatives à la lutte contre les maladies chroniques définissent le cadre général de la lutte anticancéreuse. Dans sa résolution WHA51.18, elle a noté que les maladies non transmissibles, dont le cancer, constituaient déjà un lourd fardeau pour les services de santé publique et que la situation s’aggravait ; dans sa résolution WHA53.17, elle demandait que soient établis des programmes complets de lutte contre les principales maladies non transmissibles ; dans sa résolution WHA55.23, elle demandait que soit élaborée une stratégie mondiale sur l’alimentation, l’exercice physique et la santé ; enfin, par sa résolution WHA56.1, elle a adopté la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. 14. A sa cent quatorzième session, en mai 2004, le Conseil exécutif a examiné la question de la lutte contre le cancer et a adopté la résolution EB114.R2 sur la prévention et la lutte anticancéreuses.2

MESURES A PRENDRE PAR L’ASSEMBLEE DE LA SANTE 15. L’Assemblée de la Santé est invitée à examiner le projet de résolution contenu dans la résolution EB114.R2.

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Stewart BW, Kleihues P. World cancer report. Lyon, IARC Press for IARC/WHO, 2003. Voir document EB114/2004/REC/1.

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Key facts
Adoption date
Source World Health Organization