moranda are state- Les Mimorandums ments concerning the exposent les conclu-Memoranda conclusions or recom- sions et recomman- mendations of certain dations de certaines WHO scientific meet- /reunions scientifiques ings; they are signed de l'OMS; ils sontMemorandums by the participants in signes par les partici- the meeting. pants a' ces re'unions. Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante', 56 (5): 753-765(1978) Interferon et autres agents antiviraux, particulierement en ce qui concerne la grippe: Memorandum* Gradce a desprogres recents dans laproduction des interferons et dans les connaissances sur leur mode d'action, de nouvelles possibilite's s'offrent a leur utilisation prophylactique et the'rapeutique, par exemple pour le traitement de la grippe. Neianmoins, il reste necessaire de faire une e'valuation plus approfondie de cette application, tout comme de celle des medicaments chimiques antiviraux actuellement disponibles. L'activite des interferons contre d'autres infections virales semble e'galement prometteuse, et des essais preliminaires de ces substances contre certaines tumeurs ont eti entrepris dans quelques centres. Le besoin d'un controle de la qualite' despreparations d'interfe'ron se fait sentir et l'on trouvera dans le pre'sent Memorandum des recommandations relatives a laproduction et a l'utilisation des interfe'ons, de me^me qu'a' de futures recherches. Quand Isaacs & Lindenmann ont decouvert l'inter- feron en 1957, on a pu esperer disposer, pour com- battre les infections virales, d'une substance naturelle- ment produite par les cellules en r6ponse a I'agression par les virus. Malheureusement, les premieres appli- cations ont revele qu'il 6tait difficile d'obtenir des r6sultats concordants et reguliers, du fait de nom- breux facteurs inconnus relatifs A la nature chimique des interferons, i leur mode de production par les cellules et i leur m6canisme d'action sur la maturation des virus. Neanmoins, des progr6s ont e't recemment accomplis et, A nouveau, la possibilit6 d'utiliser l'interferon semble se pr6ciser. Le present Memo- * Le pr6sent Memorandum a ete pr6par6 par les signa- taires dont la liste figure as la page 765, a l'occasion d'une consultation qui s'est tenue as l'Organisation mondiale de la Sante, a Gen6ve, en octobre 1977. La version anglaise originale a Wt6 publi6e dans le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Sante6, 56 (2): 229-240 (1978). Les demandes de tir6s is part doivent etre adress6es au service des Maladies i Virus, Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sant6, 1211 Geneve 27, Suisse. randum se propose de faire le point de l'etat actuel des recherches sur les interferons et de determiner les faits qui sont admis par la majorite. Un des premiers espoirs souleves par l'interferon etait de pouvoir l'utiliser pour prevenir la grippe; c'est pourquoi ce domaine fait l'objet d'une attention particuliere, et l'on cherche egalement 'a identifier les medicaments chimiques qui pourraient etre employes actuellement pour prevenir ou traiter cette maladie dans la perspective d'une situation epi- demique ou pandemique. Comme l'efficacite de l'interferon dans les infec- tions des voies respiratoires demande une evaluation plus poussee, d'autres applications prometteuses ont egalement ete examinees. Pendant un certain temps les etudes sur l'interferon ont ete difficiles, notamment faute de preparations de reference et d'un guide pour le controle de la qualite. Pour faciliter de nouveaux progres dans ces domaines, le present Memorandum recapitule la position actuelle en ce qui concerne les proprietes et le mode d'action 3740 -753- MEMORANDUM de l'interferon, ses sources et sa preparation, les inducteurs d'interferon, l'utilisation possible de ce dernier dans des situations epidemiques, notamment dans le cas de la grippe, et le controle de la qualite des preparations d'interferon et d'autres agents anti- viraux utilises pour le traitement de la grippe. Ce Memorandum comprend aussi des recommandations relatives aux recherches futures. PROPRIETES ET MODE D'ACTION DE L'INTERF1ARON Les interferons sont de petites proteines capables d'inhiber la multiplication des virus animaux; ils sont liberes, apres induction appropriee, dans les cellules d'especes animales allant des poissons aux mammiferes. L'information g6netique qui gouverne la production des interferons de meme que celle des proteines indispensables a leur action est situee dans le genome cellulaire. PROPRItTIS CHIMIQUES ET PHYSIQUES Tous les interferons etudies a ce jour sont des glycoproteines dont les masses moleculaires semblent aller de 12 000 a 160 000, selon l'hote et le type cellulaire utilises pour leur synthese. Les interferons ne sont pas antigeniques dans l'esp6ce animale homologue mais il est possible d'obtenir des anti- corps specifiques par immunisation chez un hote heterologue. Les difficult6s rencontrees, au debut, dans la production de ces immunserums etaient probablement dues a la faible quantit6 de proteine d'interferon presente dans ces preparations. Les molecules sont resistantes a un intervalle considerable de pH, mais a faible pH leur stabilite est accrue. Toutes les preparations d'interferon peuvent etre conservees congelees a - 20°C pendant de longues periodes sans qu'il y ait de perte notable de leurs propri6tes antivirales, mais la plupart des interf6rons perdent rapidement leur activit6 sous l'action du chauffage a 56°C. Bien que leur structure chimique soit inconnue, tous les interferons contiennent des restes de poly- osides. Dans le cas de l'interferon leucocytaire, il a ete montre que les polyosides peuvent constituer 15-20%4 de la molecule, mais il a e impossible de deceler leur rBle dans l'action antivirale. On a decrit deux interferons differents provenant de cellules humaines: l'un produit dans les leuco- cytes et l'autre dans les fibroblastes. Ces interferons se distinguent par leurs proprietes physico-chimiques et leur structure antigenique, de meme que par leur stabilite et leur specificite d'hote. Dans le cas de l'interferon de fibroblastes, on a montre que les genes responsables de sa production sont situ6s sur le chromosome 2 et le chromosome 5. L'activite specifique des interf6rons purs est tres elevee, allant d'environ 109 a 1010 unites/mg de proteine. EFFETS BIOLOGIQUES L'effet antiviral des interferons s'exerce d'ordi- naire uniquement sur des cellules de l'espece animale qui les a produits. Dans certains cas cependant, une activite heterologue a ete observee. Les interferons inhibent la replication d'un grand nombre de virus animaux a ADN comme A ARN, bien que la sensibilit6 des divers virus it leur action soit variable. Outre leur effet antiviral, les preparations d'inter- feron peuvent: a) diminuer la multiplication cellu- laire et inhiber la croissance tumorale, ainsi qu'on peut le voir in vitro par la formation de colonies et in vivo par des etudes de tumeurs transplantees ou induites par des virus; b) inhiber la multiplication de certains microorganismes intracellulaires tels que rickettsies et protozoaires; c) modifier la sensibilite des cellules aux toxines et aux hormones; et d) inhiber la formation d'anticorps circulants de meme que l'immunite a mediation cellulaire et accroitre en revanche la phagocytose et la cytotoxicite des lymphocytes. En outre, l'interferon semble jouer un role dans la regulation du systeme immunitaire. Neanmoins, certains de ces effets pourraient etre dus a des impuretes biologiquement actives. I1 semble que le site primordial d'action de l'inter- fWron soit sur la membrane cellulaire, la molecule d'interferon reagissant avec la cellule par l'inter- mediaire d'un syst6me de recepteurs specifiques. Ce systeme est compose d'un site de liaison constitue de gangliosides et d'un site activateur, probablement constitu6 de glycoproteines. Pour que soit induit un effet antiviral, l'integrite de la membrane cellu- laire est necessaire. L'activite antivirale exige, comme premi6re etape, une modification specifique par l'interferon des composants de la membrane cellulaire et celle-ci expliquerait probablement les autres effets biologiques. Les cellules produisent 754 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX egalement de nouvelles substances telles qu'une proteine/kinase et une nuclease ainsi que d'autres proteines moins precisement d6finies. L'inhibition de la synthese des proteines speci- fiques du virus est probablement due a l'alteration de l'extremite methylee d'une molecule d'ARN et a l'inhibition de la synthese du polypeptide au niveau ribosomique. Une modification de l'ARN et de 1'ARN de transfert peut survenir dans des cellules traitees par l'interferon et, en presence de grandes quantites de ce dernier, 1'ensemble de la synth6se d'ARN et de proteines cellulaires peut etre inhibe. SOURCES ET PREPARATION DE L'INTERF1ARON En general, les cellules produisent peu d'inter- feron et seulement pendant une breve periode. Il faut donc faire intervenir de tres grands nombres de cellules pour une production a grande echelle. L'antigenicite et la specificite d'esp6ce des interferons exigent qu'une preparation destinee a l'utilisation chez l'homme soit produite dans des cellules humaines. A l'heure actuelle, les trois principales sources d'interferon humain sont: les leucocytes, les fibroblastes diploides et les lignees de cellules lymphoblastoides. D'autres sources possibles d'inter- feron humain sont representees par des lignees cellulaires humaines transformees, epitheliales ou fibroblastoides. Certaines de ces lignees cellulaires sont de relativement bons producteurs d'interferon et il est en outre possible d'accroitre cette production par une manipulation genetique. INTERFERON DE LEUCOCYTES HUMAINS A ce jour, les leucocytes sont la principale source d'interferon humain et la plus grande partie des connaissances actuelles sur la pharmacocinetique, la toxicite et l'utilite' clinique de l'interferon sont fondees sur des etudes de ce materiel. Comme, en matiere de transfusion, on tend a pratiquer une therapeutique par les composants du sang plut6t que par le sang total, on dispose de leucocytes en grand nombre pour la production d'interferon. On a estime qu'a cette fin un centre moderne de trans- fusion sanguine, desservant une population d'un million d'habitants, pourrait fournir par an 1014 leucocytes, ce qui permettrait, avec les techniques actuelles, d'obtenir plus de 1011 unites d'interferon. On purifie les leucocytes en lysant les rares erythrocytes restants a l'aide de chlorure d'ammo- nium ou par centrifugation a faible vitesse. Bien que les lymphocytes soient les principaux producteurs d'interferon, ils ne sont pas systematiquement separes des polynucleaires. Les leucocytes sont cultives en suspension et ((amorces * avec une petite dose d'interferon. Ensuite la production d'inter- fWron est induite par dose elevee de virus Sendai ou de virus de la maladie de Newcastle. Les differentes souches de virus Sendai ont des aptitudes trEs variables a induire la production d'interf6ron, et des complexes de polymeres, par exemple d'acide inosinique et d'acide cytidylique ou poly(I)-poly(C), sont a peu pres inactifs dans ce systeme. L'interferon brut que l'on recolte apres avoir incube jusqu'au lendemain contient environ 40 000 unites/ml. Bien que l'on utilise d'ordinaire du sang frais, le stockage du sang pendant 1 a 2 jours a 4°C ne diminue pas le rendement en interferon. On a mis au point une methode qui permet d'obtenir a partir de leucocytes humains un inter. fWon stable susceptible d'etre concentre 5000 fois et purifie 100 fois sur une grande echelle, avec un taux de recuperation de plus de 50%4. L'interferon est dissous dans de 1'ethanol acide et les impuretes sont precipitees selectivement par accroissement du pH. Le produit final contient jusqu'a 108 unites d'inter- feron/ml et l'activite specifique depasse 106 unites/ mg de proteines. Les preparations d'interferon de leucocytes humains, partiellement purifiees, sont tres stables et peuvent etre conservees pendant au moins un an a 4°C sans perte notable d'activite. Aucun additif stabilisant n'est necessaire. INTERFERON DE FIBROBLASTES DIPLOIDES HUMAINS Les souches de fibroblastes diploides humains ont plusieurs avantages par rapport aux autres substrats cellulaires. Ce sont des cellules normales selon 1'analyse caryotypique et leur oncogenicite est peu probable. Ces cellules peuvent etre cultivees par passages en serie, ce qui permet d'obtenir une grande quantite de cellules uniformes qu'on peut soumettre a un examen complet et approfondi afin de s'assurer de l'absence d'agents contaminants et de cancerogenicite, avant l'utilisation au moyen d'un 755 MEMORANDUM systeme de ((semence cellulaire *. Les inconvenients sont notamment le fait que la dur6e de vie des fibroblastes diploldes normaux est limitee et que ces cellules ne poussent qu'une fois ancrees a un substrat. Des systemes de culture a grande echelle pour de telles cellules ont deja et6 mis au point et des souches de fibroblastes diploides humains sont deja utilisees pour la production de plusieurs virus vaccins reconnus. L'induction, a l'aide de virus ou de polynucleotides synthetiques tels que les poly(I)-poly(C), ne donne que de mauvais rendements en interferon a partir de fibroblastes. Cependant, si l'on associe l'induction par le poly(I)-poly(C) et une inhibition sequentielle de la synthese des prot6ines et de l'ARN (ce qui est dit ( superinduction *), on obtient avec certaines souches cellulaires des rendements satisfaisants en interferon, 'a savoir de l'ordre de 10 'a 106 unites pour 107 cellules. Le cycloheximide et l'actinomycine D servent habituellement comme inhibiteurs meta- boliques dans le processus de superinduction. Un inconvenient de cette m6thode r6side dans le fait que, l'actinomycine D 6tant un inhibiteur irr&e versible, chaque culture ceilulaire ne peut etre superinduite qu'une seule fois. Neanmoins, d'apres des travaux recents, l'utilisation d'un inhibiteur reversible a ce stade peut permettre l'induction des memes cellules jusqu'a trois fois. L'induction possible de virus 'a ARN de type C par les inhibiteurs de la synthese proteinique utilises dans les protocoles de superinduction doit etre prise en consideration lors de la selection de la souche cellulaire utilisee pour la production d'interferon. Apres elimination des inhibiteurs du m6tabolisme et au cours de la synthese de l'interferon, il faut ajouter au milieu de culture du serum ou une fraction proteinique du plasma. Toutefois un serum heterologue ne peut etre accepte pour la preparation d'interf6ron de fibro- blastes destines 'a l'utilisation chez l'homme. On est parvenu i obtenir des cellules produisant de grandes quantites d'interferon 'a partir de prepuce neonatal (FS4), de peau embryonnaire (VG2S), et de tissu pulmonaire de foetus (Searle 17/1), et l'on continue de rechercher d'autres souches de fibroblastes diploides humains qui se preteraient 'a cet usage. Les souches cellulaires WI-38 et MRC-5, qui sont tres usit&es pour la production de vaccins, fournissent de mediocres rendements en interferon. D'apres 1'experience acquise avec l'interferon de leucocytes, on peut conclure qu'une dose humaine d'interferon de fibroblastes doit contenir environ 106 'a 107 unites et que, pour l'application clinique, l'interferon brut de fibroblastes doit donc etre concentre environ 100 fois. En vue d'obtenir de telles quantites d'inter- feron brut de fibroblastes dans des conditions convenables, des techniques de culture en grandes quantites, telles que l'utilisation d'appareils 'a surfaces multiples et des techniques de microsupports, sont actuellement etudiees. Diverses methodes de concentration et de puri- fication partielle de l'interferon brut de fibroblastes ont et decrites, notamment ultrafiltration, frac- tionnement par le sulfate d'ammonium, et chromato- graphie d'affinite. Il faut tenir compte, au cours de ces operations, du fait que l'interferon de fibroblastes est moins stable que l'interferon de leucocytes. On n'a pas encore determine la valeur clinique de 1'interferon de fibroblastes, et notamment la dose optimale a utiliser. INTERFERON DE CELLULES LYMPHOBLASTOIDES HUMAINES Les cellules lymphoblastoides humaines trans- formees sont produites soit 'a partir de lymphomes, soit it partir de leucocytes normaux transformes par le virus d'Epstein-Barr. De telles cellules presentent souvent des anomalies caryotypiques et on peut demontrer qu'elles contiennent des copies du genome du virus EB. En outre, de nombreuses lign6es cellulaires lymphoblastoides se comportent comme des tumeurs transplantables lorsqu'elles sont ino- culees chez des hotes immunodeprimes. A l'heure actuelle, l'utilisation d'interferon de cellules lympho- blastoldes doit donc etre envisagee avec beaucoup de circonspection. Pour la production d'interferon, les lignees de cellules lymphoblastoides ont le grand avantage de constituer des cultures continues. Elles peuvent etre cultivees a tres grande echelle en suspension agitee, par des techniques en fermenteurs bien etablies. 11 est probable que la possibilite de disposer de cellules en grandes quantites permettra de diminuer le coOt de l'interferon. A l'heure actuelle, seule une lignee cellulaire, designee sous le nom de Namalva, a e bien carac- terisee et produit regulierement des quantites elevees d'interferon. Par ses proprietes chimiques et immuno- logiques, l'interferon de Namalva ressemble etroite- ment 'a l'interf6ron de leucocytes. On a induit des cellules Namalva, par des myxovirus, a une echelle pilote dans des fermenteurs; les rendements obtenus sont comparables i ceux qui sont fournis par des leucocytes frais. 756 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX INDUCTEURS D'INTERFERON En matiee d'interferon, l'une des difficultes principales, et qui jusqu'a present a empeche l'utilisation de cette substance sur une grande echelle, tient au fait qu'on ne dispose que d'une quantit6 limit6e d'interferon et que ce peu co1Lte extremement cher. Il a ete montre que des composes chimiques sont capables d'induire l'interferon, mais certains qui se sont reveles efficaces chez des ron- geurs, particulierement lorsqu'ils etaient administres par voie buccale, se sont montres inactifs chez les primates. Des composes, tels qu'un copolymere d'ether vinylique et d'anhydride de l'acide maleique, ou l'acide polyacrylique, sont des inducteurs mode- rement actifs mais ils ne peuvent pas etre degrades et sont peut-etre cancerog6nes. Le poly(I)-poly(C) est un puissant inducteur d'interferon chez les souris et il est efficace A la fois preventivement et curativement contre diverses infections virales. De plus, il a un effet inhibiteur sur certaines tumeurs. Malheureusement, c'est un tres mediocre inducteur d'interferon chez l'homme, et chez les singes, notam- ment les chimpanzes, il n'induit aucun interferon decelable. Cette inefficacite chez les primates est peut-etre liee a la presence, dans le serum de ces derniers, d'un complexe enzymatique qui hydrolyse et inactive le poly(I)-poly(C). Un complexe de poly(I)-poly(C) et de poly-l-lysine et de carboxymethylcellulose (poly-ICLC) est partiel- lement resistant a cette hydrolyse et, quant il est ad- ministre a l'homme ou aux primates, on observe des quantites satisfaisantes d'interferon dans le serum, notamment jusqu'a 15 000 unites d'interferon par ml de serum chez certains macaques (cynomolgus) et 6000 unites/ml chez les rhesus. L'action de ce compose contre des maladies virales graves a ete eprouvee chez des primates. Il a un effet prophylactique contre la fievre hemorragique simienne. Quand il est administre aux singes 6 heures apres inoculation d'une forte dose de virus amaril, environ 750o des animaux traites survivent alors que la mortalite est de 100% parmi les singes non traites; en outre, les survivants ont produit des anticorps de titres satisfaisants. De meme, l'administration d'une dose de ce medicament et d'une dose de vaccin antirabique est hautement efficace, en matiere de prophylaxie apres exposition, dans des cas d'infection rabique severe chez les singes. Chez des chimpanzes porteurs du virus de l'hepatite B, ce dernier a disparu pendant la production d'interferon dans le serum, mais des signes d'une reprise de la multiplication de ce virus ont reapparu apres arret momentan6 du m6dicament. Le poly-ICLC se comporte aussi comme un puissant adjuvant de l'immunite quand il est utilise conjointement avec plusieurs vaccins. Une etude preliminaire a ete effectuee chez l'homme pour determiner jusqu'a quelle dose le medicament pouvait etre tolere et quels taux d'interferon seraient produits. On a pu doser ainsi jusqu'a 15 000 unites d'interferon par ml de serum mais a ces concen- trations etaient associees des reactions toxiques qu'on peut attribuer soit directement au medicament, soit A la grande quantite d'interferon. Des doses plus faibles du medicament sont capables d'induire des concentrations importantes d'interferon, jusqu'A quelques milliers d'unites par ml de serum. Parmi les effets secondaires, le principal etait la fievre avec une leucopenie occasionnelle. Aux doses les plus fortes du compose, une thrombocytopenie a et observee. Le traitement par cet inducteur de l'interferon differe du traitement par l'interferon a plusieurs points de vue: il est nettement moins cofiteux, a l'heure actuelle, et il permet d'obtenir des concen- trations seriques d'interferon plus elevees qu'avec de l'interferon exog6ne; dans l'ensemble, le poly- ICLC active le systeme immunitaire alors que l'interferon peut avoir une action inhibitrice. D'un autre cote, la toxicite de l'inducteur est peut-etre superieure A celle de l'interferon, mais cette question demande une etude plus approfondie. L'action antitumorale de l'interferon a e mise en evidence dans des modeles murins avec un petit nombre de cellules tumorales, mais une immunite antitumorale peut etre necessaire a cette action. C'est pourquoi des sujets qui ont e traites ante- rieurement par d'autres moyens et qui ont conserve leur immunite, totalement ou en partie, sont tres souhaitables pour ce type d'etude. Des epreuves contr0lees a grande echelle doivent etre organisees pour aller au-dela des resultats encourageants fournis par des observations isolees. 757 MEMORANDUM UTILISATION POSSIBLE DE L'INTERFIRON DANS DES SITUATIONS IPIDl-MIQUES Comme il devient relativement plus facile de se procurer de l'interferon, en particulier a partir des leucocytes du caillot blanc, il est important d'evaluer son role possible dans la prophylaxie ou la modification de la grippe. Des rapports en provenance de l'URSS ont signale son effica- cite dans la prevention comme dans le traite- ment de cette affection. Cependant, au cours d'essais prophylactiques sur des volontaires dans le Royaume-Uni, il s'est revele que des doses de plus d'un million d'unites par malade etaient necessaires, de meme que de frequentes pulverisations intra- nasales, avant que des effets notables soient observes. I1 convient donc de faire d'autres essais pratiques contr6les pour definir la dose optimale ainsi qu'un meilleur systeme d'application. Comme on est inca- pable de determiner a quel moment un sujet est expose au cours de la saison de la grippe, une telle prophylaxie est difficile. Compte tenu du grand nombre de personnes exposees au cours d'une grippe epidemique, des quantites considerables d'interferon seraient necessaires meme pour des utilisations pratiques limitees, et de telles quantites ne sont pas disponibles. Avant que l'emploi de l'interferon puisse etre considere comme susceptible de remplacer l'immunisation ou la chimiotherapie antivirale, il convient donc d'explorer plus a fond les possibilites qu'il offre. Par exemple, on sait tres peu de chose sur la toxicite locale ou les effets a long terme de l'interferon dans les voies respiratoires. Des etudes sont en cours en vue de determiner la resistance in vitro a l'infection virale de cellules obtenues a partir de l'epithelium nasal de sujets traites avec de l'interferon par voie intranasale, selon differentes posologies. En outre, on a decouvert dans les secretions nasales des inhibiteurs ou inactivateurs de cette substance, ce qui, associe au mecanisme de clairance nasale, explique la necessite d'utiliser des doses importantes d'interferon pour la prevention de la grippe. En applications locales, l'interferon semble aussi actif dans la keratite herpetique que les composes antiviraux actuellement en usage. De plus, d'apres certains resultats preliminaires encourageants, il diminuerait la frequence de la keratite herpetique recidivante. Du fait de leur presence prolongee dans les tissus au cours de l'infection, les herpesvirus ont longtemps represente des cibles particulierement interessantes pour la chimiotherapie antivirale generale, et l'uti- lisation des interferons chez les sujets immunodepri- mes meritent d'etre etudiee. Des recherches en cours sont axees sur des infections a virus du zona, de l'her- pes et a cytomegalovirus chez des cancereux ou chez des sujets qui ont requ des greffes d'organes. Une re- cente etude randomisee, a double insu, avec utilisation de placebo, a demontre que les cancereux traites par des doses elevees d'interferon (35 x 106 unites/jour) presentent moins de complications viscerales du zona et moins de sequelles nevralgiques que les temoins non traites. De plus, la periode de formation de nouvelles vesicules dans le dermatome primaire se trouve raccourcie, de meme que la dissemination cutanee distale. Comme cette formation demande I a 2 jours pour se manifester chez le malade, le traitement doit etre institue precocement. D'autres etudes sont necessaires pour determiner la dose et la duree minimales du traitement pour l'obtention d'effets antiviraux maximaux. Des essais contr6les sont en cours pour determiner si une prophylaxie tardive ou un traitement precoce de la varicelle chez les enfants leucemiques sont possibles. On tente actuellement une prophylaxie de l'infec- tion herpetique chez des receveurs de greffes par application d'interferon provenant de fibroblastes et de leucocytes. L'interferon est egalement admi- nistre a des malades qui doivent subir une inter- vention chirurgicale interessant le ganglion de Gasser. L'excretion de cytomegalovirus chez les nourrissons a pu etre reduite par des doses impor- tantes d'interferon mais elle est revenue a son intensite initiale quand le traitement a ete interrompu. Malgre la nature transitoire de cet effet, la prophy- laxie par de l'interferon de fibroblates ou de leuco- cytes est actuellement tentee dans deux centres chez des malades ayant requ des greffes et qui sont exposes a un risque eleve en ce qui concerne l'infection par le cytomegalovirus. D'apres les resultats preliminaires d'un des centres, l'infection a cytomegalovirus n'est pas modifiee. Le traitement de l'hepatite B chronique souleve beaucoup d'interet. Dans plusieurs centres, on utilise des interferons provenant de leucocytes comme de fibroblastes, et ce sont les particules virales infec- tieuses de l'hepatite B qui sont les plus affectees par le traitement. Neanmoins, si cet effet est prolonge chez certains malades, d'autres paraissent etre resis- tants. Des etudes a plus grande echelle sont neces- 758 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX saires pour evaluer l'application de l'interferon dans l'hepatite B persistante. Les principaux objectifs a long terme d'un tel traitement seraient: a) d'eliminer l'infectivite, et b) d'ameliorer la fonction hepatique. Les maladies provoquees par les virus Marburg, Ebola et Lassa posent des problemes serieux en raison de leur gravite et de leur capacite de propa- gation en milieu hospitalier. Un malade atteint d'infection a virus Ebola, et qui a gueri, avait ete traite par de l'interferon peu apres le debut des symptomes, mais comme il avait egalement requ du plasma de convalescent contenant des anticorps, il est impossible, dans ce cas, de tirer des conclusions nettes sur l'efficacite de l'interferon. Plusieurs malades atteints de rage symptomatique ont ete traites par de l'interferon de leucocytes, par voie generale et intrathecale, mais ils sont morts et l'on ne sait pas si leur vie a ete prolongee par ce traite- ment. Des etudes sont en cours sur l'utilisation de l'inter- feron contre un certain nombre d'infections virales chroniques telles que la leucoencephalopathie multifocale progressive et la panencephalite scIero- sante subaigue. On envisage egalement d'utiliser l'interferon pour le traitement de certaines infections aigues a arbovirus. En Suede, des recherches portent sur l'emploi de l'interferon pour prevenir les rechutes dans l'osteosarcome; en outre, dans un certain nombre de centres, on procede a des essais preli- minaires sur d'autres tumeurs. On a observe de la fievre, de la fatigue, une lethar- gie, une hypoplasie de la moelle osseuse et une reduction transitoire du nombre des lymphocytes chez des malades traites par de l'interferon de leucocytes ou de fibroblastes. Une elevation des transaminases seriques a aussi ete regulierement notee au debut du traitement. Une reaction du type hyper- sensibilit6 immediate a et observee dans la peau aux points d'injection. Pour certaines de ces reactions on a constate une relation dose-r6ponse approxi- mative, mais avec les preparations plus purifiees devenues disponibles certains effets secondaires semblent moins graves. II faut se rappeler que si les reactions severes sont rares, il peut neanmoins s'en produire. CONTROLE DE LA QUALITE DES PRItPARATIONS D'INTERFI-RON Les notes ci-apres sont destinees a servir de guide aux autorites nationales de contr6le qui desirent formuler des normes relatives a la production et au contr6le des interferons. On ne trouvera ici aucun detail des 6preuves parce qu'on considere qu'il incombe 'a l'autorite nationale de contr6le de specifier ces derniers. CONTROLE DES MATIERES PREMIERES Controle des substrats cellulaires Le substrat cellulaire utilise doit etre approuve par l'autorite nationale de contr6le. Absence de virus contaminants. Les methodes utilisees doivent etre approuvees par l'autorite nationale de contr6le. Controle des virus ou autres agents inducteurs Les virus ou inducteurs utilises doivent etre approuves par I'autorite nationale de contr6le. Les tests appropries sont notamment: 1. Virus a) identite b) purete 2. Inducteurs a) purete chimique CONTROLE DES METHODES DE PRODUCTION La methode utilisee pour la production doit etre approuvee par l'autorite nationale de controle. Toutes les operations seront effectuees dans des conditions d'asepsie. L'autorite nationale de controle stipulera le moment oiu il convient de prelever des echantillons, de meme que le volume de chacun d'eux. PURIFICATION ET CONCENTRATION DES INTERFERONS Les methodes utilisees pour la separation des interferons comme pour leur purification et leur concentration a partir de liquides surnageants doivent etre approuvees par l'autorite nationale de contr6le. 11 aura ete prouve qu'elles eliminent ou inactivent l'inducteur viral utilise et eliminent les substances susceptibles de provoquer des reactions allergiques chez l'homme. REPARTITION ET LYOPHILISATION Le melange et la repartition de l'interferon con- centre et purifie seront effectu6s dans des conditions 759 MEMORANDUM d'asepsie. Tout stabilisant ajoute au produit doit etre approuve par l'autorite nationale de contr6le. Lorsque le contenu des ampoules est lyophilise, les limites de l'humidite residuelle de la preparation dessech6e dans les ampoules d6finitives doivent etre approuvees par l'autorite nationale de controle. EPREUVES SUR LE PRODUIT CONTENU DANS LES RECIPIENTS DEFINITIFS Le produit contenu dans les recipients definitifs sera soumis aux tests suivants: 1. Steriite - absence de virus, de bacteries, de mycoplasmes et de champignons. Les epreuves desti- nees a verifier l'absence de virus presentent des difficult6s. II convient d'envisager des tests dans des systemes het6rologues et ceux-ci doivent etre specifies par I'autorite nationale de controle. 2. Absence de toxicitj anormale. 3. Absence d'endotoxines. Les limites de 1'epreuve doivent etre stipulees par l'autorite nationale de controle. 4. Activite. Il existe de nombreuses methodes pour la mesure de I'activite biologique et la methode utilisee doit etre approuvee par I'autorite nationale de contrOle. Cette activite sera exprim&e en unites de reference. 5. Purete. Le nombre d'unites de reference par mg de proteine totale sera mesure. Les normes de purete doivent etre approuvees par l'autorite nationale de contr6le. Les epreuves comprendront egalement des dosages des substances utilisees au cours de la production et les limites superieures admissibles pour chacune d'elles doivent etre stipulees par I'autorite nationale de contr6le. 6. Teneur en eau. La limite superieure de 1'humi- dite du produit doit etre approuvee par l'autorite nationale de controle. ETIQUETAGE L'etiquette du recipient indiquera: a) le nom international; b) la source de l'interferon; c) l'activite en unites de reference; d) le nom du fabricant; e) le numero du lot; et ) le numero de visa du fabricant. En outre, l'etiquette de l'emballage indiquera: a) lorsqu'un agent stabilisant a ete ajoute, la nature de cet agent et sa concentration; b) la dose pour l'homme; et c) le nombre total d'unites contenues dans l'am- poule. En outre, la notice jointe a l'emballage indiquera: a) la methode de preparation du produit (br6ve description); b) toutes les contre-indications eventuelles a a l'utilisation du produit; et c) les affections pour lesquelles le produit est indique et la dose recommandee pour l'usage chez l'homme. ETALONS D 'INTERFtRONS La comparaison des resultats provenant de divers laboratoires travaillant sur I'interferon est difficile. Cela est dA principalement au fait qu'il faut avoir recours a des titrages biologiques pour la mesure quantitative de l'interferon et que les systemes de titrage utilises sont tres varies et disparates. I1 est donc souhaitable de disposer d'6talons internationaux qui permettraient de comparer les resultats obtenus dans un meme laboratoire et dans des laboratoires differents. Cette question est particulierement importante pour les etudes cliniques en vue de permettre la comparaison des posologies. II existe actuellement quatre reactifs de reference pour la recherche, qui sont largement distribues. Ils ont ete etablis en 1969 et il est possible de se les procurer aupres du National Institute for Biological Standards and Control (Royaume-Uni) et aupres du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (Etats- Unis d'Amerique); il s'agit d'interferon de souris, d'interferon de lapin, d'interferon de poulet et d'interferon de leucocytes humains. En outre, il existe une preparation de reference pour l'interferon de leucocytes a l'Institut Tarasevic en URSS. Depuis 1969, ces reactifs ont ete largement utilises et on a recueilli une masse considerable de renseignements sur la stabilite et l'application de ces interferons. Neanmoins, meme s'ils ont facilite notablement la comparaison des resultats obtenus dans differents laboratoires, il existe plusieurs difficult6s qu'il convient d'examiner. On a observe une variation considerable dans les resultats de titrages repetes d'un meme echantillon d'interferon dans le meme laboratoire, et des variations encore plus importantes quand le meme 760 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX interferon a ete titr6 dans des laboratoires differents. Lorsqu'on utilise une preparation de reference, la correction doit se faire en deux etapes: 1. On determine l'activite relative d'une prepa- ration de reference du laboratoire par rapport a l'etalon de reference. 2. On attribue une activite relative a un echan- tillon inconnu a expertiser, d'apres un unique titrage biologique, effectue simultanement avec la preparation de reference du laboratoire. On exprime alors les resultats obtenus avec les echantillons inconnus a expertiser en fonction du calcul en deux temps, en supposant que les deux comparaisons varient dans la meme direction. En general cela peut etre vrai, mais il est possible aussi que ce soit dans des directions opposees. D'autres facteurs viennent compliquer la standardisation, notamment des differences dans les systines de titrage, dans les pentes des courbes dose-reponse et dans les cellules utilis6es. Quand on utilise des preparations de reffrence de laboratoire, il convient de les comparer simul- tanement, autant de fois que possible, avec les reactifs de reference pour la recherche. De preference, on recommandera un systeme de titrage uniforme. Les resultats de ces titrages comparatifs doivent etre fournis avec l'indication de l'eart type et (ou) de l'intervalle de variation ainsi que du nombre de titrages effectues. Il serait utile que soient rapport6s les titres non corriges, de meme que le titre de la preparation de reference par rapport a l'etalon. Il est evident qu'on a besoin d'une preparation de reference pour l'interferon de fibroblastes humains, de meme que d'immunserums specifiques contre les interferons humains provenant de leucocytes, de fibroblastes et de cellules lymphoblastoides, a des fins d'identification. AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX CONTRE LA GRIPPE La plupart des substances douees d'activite anti- virale ont ete identifiees grace a des epreuves empiriques portant sur un grand nombre de composes chimiques et visant a inhiber selectivement la synthese des composants des virus a une concentration qui ne detruirait pas les activites metaboliques normales de la cellule h6te. Il existe plusieurs processus biolo- giques et biochimiques essentiels pour la multipli- cation virale, mais non pour la survie de la cellule. Ces processus, qui constituent probablement des cibles appropriees pour une attaque selective par les medicaments antiviraux, sont: 1. La fixation du virion aux recepteurs cellulaires sp6cifiques. 2. La transcription de I'ARN messager viral precoce par la transcriptase du virion. 3. La traduction en prot6ines pre'coces de l'ARN messager viral. 4. La r6plication de I'acide nucl6ique viral par des polymerases codees par le virus. 5. Le clivage des proteines apros traduction, puis I'assemblage des virions. 6. La re'gulation de 1'expression des g'enes viraux. On trouvera ci-apres une breve recapitulation des renseignements touchant aux perspectives de la chimiotherapie antivirale de la grippe. L'examen de la litterature revele une remarquable diversite dans l'interpretation des resultats des etudes experi- mentales et pratiques, ce qui souligne combien de nouvelles recherches sont necessaires. AMANTADINE L'amantadine est une amine de synthese tres stable. Elle est rapidement absorbee apres adminis- tration par voie buccale et, chez l'homme, la plus grande partie en est excretee, inchangee, dans l'urine. Il a ete montre que l'amantadine a une activite antivirale, tant in vitro qu'in vivo, contre les souches du virus grippal A. Il a egalement ete demontre qu'elle a une activite in vitro contre les virus para- influenza et rubeoleux, mais n'a pas d'activite contre les virus grippal B, rougeoleux, et d'autres virus a ARN ou ADN. Selon certains rapports, l'amantadine agirait comme un inhibiteur qui empecherait ou retarderait la penetration du virus dans la cellule. II semble aussi qu'elle ait une certaine action sur le processus de decapsidation et de liberation de l'ARN viral et, d'apres le modele du virus de la choriomeningite lymphocytaire (CML), l'amantadine agit peut-etre a 761 MEMORANDUM une phase ulterieure du cycle de croissance. En effet, le rendement en virus CML est diminue meme lorsque l'addition d'amantadine est tres tardive, jusqu'a 20 heures apres infection. Selon des commu- nications en provenance de l'URSS, l'effet antiviral s'exerce sur l'ARN-polymerase dependante de l'ARN du virus grippal. Dans des epreuves effectuees avec des composes radiomarques et du virus de la peste aviaire, il a ete montre que 1'effet de 1'aman- tadine ou de la rimantadine etait nul sur la fixation et minime seulement sur la decapsidation. On pouvait detecter du virus radiomarque dans le noyau des cellules hotes mais aucune transcription ne s'est produite. I1 en a donc e conclu que le principal mecanisme d'action est l'effet sur la polymerase. L'amantadine a un effet dopaminergique sur le systeme nerveux central. Elle ne deprime pas la reponse immunitaire. Metabolisme. L'amantadine est rapidement absor- bWe apres administration par voie buccale et les concentrations sanguines maximales chez l'homme sont observees au bout de 2 a 4 heures environ, la demi-vie etant de 10 'a 24 heures. Une proportion d'a peu pres 90% du medicament est excretee, inchan- gee, dans l'urine apres ce mode d'administration. Chez les animaux, alors que les concentrations san- guines du medicament sont faibles, on a observe des concentrations tissulaires relativement elevees, en particulier dans les poumons. Dose normale pour l'homme. Elle est de 200 mg par jour en une fois ou fractionnee en deux doses. Toxiciti. Il faut employer des doses tres elevees chez I'animal avant d'observer des effets toxiques, et lorsque ceux-ci apparaissent ils interessent prin- cipalement le systeme nerveux central. Chez les rats, ce medicament est embryotoxique et teratogene, a une dose 12 fois superieure a la dose pour 1'homme (50 mg/kg/jour), mais cet effet ne s'observe pas chez les lapins a des doses 25 fois superieures a la dose recommandee. Effets secondaires chez l'homme. Environ 10% des volontaires en bonne sante ont presente des reactions benignes a une dose initiale unique de 100 mg et 10 a 1500 a une dose unique de 200 mg. Chez ces volontaires, 1'incidence des reactions a diminue lorsqu'on a poursuivi l'administration a la meme dose, mais des effets secondaires se sont manifestes en moyenne chez 3 a 7% des adultes en bonne sante. On dispose egalement de donnees relatives a un grand nombre de parkinsoniens d'un certain age qui pre- naient le medicament de maniere continue mais depuis un temps non specifie. Des effets secondaires se sont manifestes chez 2 a 5%o0 d'entre eux; il s'agissait notamment de livedo reticulaire et d'oedeme malleolaire, de nervosite, de difficulte a se concentrer, de vertige ou d'etourdissement, d'hypotension orthostatique, de retention d'urine, de bredouille- ment, d'ataxie et de depression. Une insomnie et de la lethargie peuvent egalement etre presentes. On a signale parfois des nausees, de 1'anorexie, des vomissements, une secheresse de la bouche, des tremblements et une eruption cutanee. Les effets secondaires plus graves comprennent: insuffisance cardiaque, psychose et leucopenie. On a signale des hallucinations et un sentiment de detachement. Ces effets semblent en correlation avec la dose et disparaissent lorsqu'on arrete le medicament. Des doses quatre fois superieures a celles qui sont recom- mandees ont provoque des convulsions. Prophylaxie de la grippe A. Au cours d'etudes a double insu, I'amantadine s'est revelee capable de prevenir l'infection experimentale aussi bien que naturelle par le virus grippal A. Dans la plupart des essais, la frequence de la maladie ou des symp- tomes etait reduite de 5000 au moins, les isolements de virus etaient plus rares et la frequence des signes serologiques d'infection etait abaissee de 50 a 70%. De vastes etudes sur le terrain indiquent que l'aman- tadine procure une protection d'environ 50% contre l'infection et de plus de 60% contre la maladie clinique. La protection disparait quand la chimiotherapie est arretee; il apparait donc que ce traitement devrait etre poursuivi pendant toute la periode d'ex- position ou au moins pendant une priode assez longue pour permettre la production d'anticorps si une immunisation est appliquee pendant l'epidemie. II est important de noter qu'on a signale l'appa- rition de souches resistantes dans des cultures de tissus traitees de meme que chez des animaux, mais de telles souches n'ont pas ete detectees chez l'homme. Dans des etudes qui consistaient a reino- culer des souches resistantes a des souris en meme temps qu'une souche sauvage, la souche resistante a disparu, ce qui donne a penser que sa capacit6 de se multiplier est reduite. En raison des inquietudes suscitees par les effets secondaires, l'amantadine doit etre utilisee avec pru- dence a titre prophylactique. Elle ne doit pas etre administree pendant la totalite de la saison de la grippe et son utilisation optimale pourrait consister en une administration prophylactique au moment olIa grippe eclate dans une collectivite donnee, 762 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX l'administration etant poursuivie pendant deux se- maines environ. Traitement de la grippe A. L'amantadine a mani- feste un effet therapeutique net (bien que moins spectaculaire que l'effet prophylactique) au debut de la phase aigue de la grippe, reduisant notablement la duree de la fievre. Dans des etudes qui compor- taient des mesures de la fonction pulmonaire, on a observe que, dans l'infection grippale A spontanee, I'amantadine abregeait la duree de l'augmentation de la resistance des voies aeriennes peripheriques apres la phase aigue de la maladie. Cet effet peut etre important car il permet aux malades de reprendre plus rapidement une pleine activite. Le traitement n'a qu'un effet minime ou insensible sur l'excretion de virus et il ne diminue pas notablement la forma- tion d'anticorps. Pr&autions. L'amantadine ne doit pas etre admi- nistree a des malades presentant des antecedents d'epilepsie ou d'ulcere gastrique ou duodenal. I1 convient de surveiller attentivement les malades ge's atteints d'atherosclerose cerebrale et ceux qui re- goivent des stimulants du systeme nerveux central. En outre ce medicament doit etre utilise avec pru- dence chez les malades atteints de troubles cardio- vasculaires, hepatiques ou renaux, ainsi que chez les sujets presentant des eczemas 'a repetition ou des psychoses. L'amantadine peut accroitre les effets du chlorhydrate de trihexyphenidyle, de la benzatropine et de l'orphenadrine, et les doses de ces medica- ments doivent etre reduites s'ils sont administres en meme temps que l'amantadine. ANALOGUES DE L'AMANTADINE Rimantadine La rimantadine est un analogue de synthese tres proche de l'amantadine. Elle semble l6g6rement plus active dans la grippe A aussi bien in vitro qu'in vivo et elle est mieux toleree. Son mode d'ac- tion et son metabolisme sont similaires a ceux de I'amantadine. Dose chez l'homme. Cette dose est de 150 a 200 mg deux fois par jour. D'apres certaines com- munications, elle pourrait etre reduite a 100 mg par jour. Les effets toxiques sont notamment: vomisse- ments, cauchemars et anxiete, mais ils sont moins frequents avec la dose reduite. Autres derives On a eprouve de nombreux analogues de l'aman- adine et de la rimantadine, et deux composes ont e recemment etudies en URSS. Un derive mono- alcoyle de la rimantadine semble etre aussi efficace contre la grippe B que contre la grippe A. Le deuxieme compose est un polymere de la rimanta- dine avec un succedane du plasma qui retarde l'ex- cretion, probablement en retardant l'absorption; la dose peut ainsi etre reduite et le traitement journa- lier remplace par une administration tous les trois jours. RIBAVIRINE La ribavirine est un nucleoside de synthese ana- logue de la guanosine. Ce medicament s'est revele actif in vitro contre de tres nombreux virus tant 'a ADN qu'a ARN. I1 est particulierement actif contre les virus grippaux A et B ainsi que le virus para- influenza. Ce compose semble superieur a l'amanta- dine aussi bien in vivo qu'in vitro contre les infec- tions experimentales a virus grippal et parainfluenza chez les animaux. Mode d'action. Ce medicament est phosphoryle dans le foie et d'autres tissus pour donner un monophosphate-5' de ribavirine, inhibiteur de l'ino- sine-monophosphate-deshydrogenase, ce qui bloque une etape critique de la synth6se des nucl6otides de la guanosine. La ribavirine n'est pas viruricide, n'a pas d'effets sur l'adsorption du virus, sa penetration ou sa decapsidation; elle n'induit pas l'interferon. Son action intracellulaire consiste a inhiber la syn- these de l'acide nucleique viral, probablement par la voie de synthese faisant intervenir la guanine. Ses metabolites apparaissent rapidement dans l'urine. Toxicite aigue. La DL50 chez les singes rhesus est inferieure a 10 g/kg. Toxicite subaigue et chronique. Une dose de 90 a 200 mg/kg/jour pendant 30 jours chez des rats blancs a diminue l'augmentation de poids. Des doses quo- tidiennes de 200 mg/kg par voie buccale pendant 30 jours chez des singes rhesus ont reduit la prise de poids et provoque certaines modifications hema- tologiques, y compris un abaissement de la concen- tration d'hemoglobine, une diminution de l'hemato- crite et du nombre des erythrocytes. L'anemie etait progressive mais reversible apres suppression du medicament. Dans les etudes de toxicite chronique, des singes rhesus immatures ont requ des doses quo- tidiennes de 30, 60 et 120 mg/kg par voie buccale pendant 6 mois; on a observe une baisse marquee du nombre de leucocytes avec la dose de 120 mg/ kg/jour. 763 MEMORANDUM Un effet teratogene a ete constate chez des rattes traitees par voie buccale avec 10 mg/kg/jour du sixi6me au quinzieme jour de la gestation. Une dose de 10 mg/jour etait embryotoxique chez la lapine. II n'y avait pas d'inhibition de la reponse immuni- taire humorale chez les animaux recevant jusqu'a 100 mg/kg. Un faible abaissement de l'immunite cellulaire a ete note au voisinage des doses toxiques du medicament, c'est-a-dire 100 'a 200 mg/kg/jour. Chez des volontaires en bonne sante, les effets secondaires comprenaient des cephalees frontales benignes, des crampes abdominales et de la fatigue pour des doses de 600 mg/jour pendant 28 jours. Une dose de 1200 mg/jour pendant 13 jours a entraine une anemie, mais la situation s'est norma- lisee lorsque l'on a arrete I'administration du medi- cament. Essais therapeutiques. Les resultats des essais cli- niques concernant la grippe A (et l'hepatite virale des types A et B) sont contradictoires, et l'efficacit6 therapeutique du medicament reste a e'tablir. ISOPRINOSINE Au cours d'experiences sur des animaux, ce medi- cament a manifeste une activite antivirale contre le virus grippal A et certains autres. Cependant, une dose de 2,5 g deux fois par jour par voie buccale, pendant 10 jours, ne s'est pas montree plus efficace qu'un placebo dans un essai a double insu portant sur 30 volontaires, infectes par inoculation intra- nasale du virus grippal A/Hong Kong/1/68 48 heures apres le debut du traitement. RECOMMANDATIONS 1. Au cours d'etudes cliniques recentes, l'utilisa- tion d'interferons exogenes provenant de cellules humaines a fourni des resultats prometteurs dans le traitement de certaines infections virales aigues et chroniques de meme que dans certains cancers. Ces resultats doivent encourager A poursuivre les re- cherches sur la mise au point, la production et l'application d'interferon humain. 2. Des maladies virales exotiques comportant une mortalite elevee offrent l'occasion d'effectuer des etudes cliniques de l'interferon. 3. Un centre devrait etre cree pour reunir et confronter les donnees sur les preparations d'inter- feron et les resultats obtenus dans les essais cli- niques. 4. Il convient d'etablir des etalons pour les inter- f6rons et particulierement des techniques de titrage standardisees. Les substrats necessaires doivent ere mis 'a la disposition des laboratoires. 5. Il convient d'examiner a nouveau les donnees relatives aux reactifs de reference pour la recherche actuellement disponibles (provenant de leucocytes humains, de lapins, de souris) afin de determiner si ces reactifs sont satisfaisants et peuvent etre constitues en etalons internationaux, et la maniere dont ils doivent etre utilises. 6. En ce qui concerne l'interferon de fibroblastes humains, un r6actif de reference pour la recherche a et pr6par6 et doit pouvoir etre largement distribue. Des immuns6rums specifiques contre des interf6rons humains provenant de leucocytes, de fibroblastes et de cellules lymphoblastoides doivent etre prepares et mis 'a la disposition des laboratoires. 7. Il convient d'encourager les recherches sur les methodes de production et d'epreuve des inter- ferons, par exemple, recherche et obtention de recom- binants d'ADN permettant la production d'inter- ferons dans des cellules procaryotes. 8. Il faut egalement s'attacher a une evaluation comparative d'autres methodes de lutte contre la grippe epidemique, notamment des vaccins de meme que des medicaments antiviraux. L'association de vaccins et d'agents antiviraux doit aussi etre exami- nee au cours d'essais pratiques dans des conditions bien controlees. 9. Des medicaments antiviraux tels que l'aman- tadine et la rimantadine semblent posseder une effi- cacite prophylactique et therapeutique 'a 1'egard de la grippe, mais ces medicaments doivent faire l'objet de recherches plus poussees. I1 convient d'effectuer des etudes comparatives pour definir avec plus de precision leur efficacite, leur toxicite et leurs effets sur le systeme nerveux central et le comportement. 764 INTERFERON ET AUTRES AGENTS ANTIVIRAUX RECHERCHES FUTURES En depit des progres qui ont ete faits en mati6re de preparation et d'utilisation experimentale de l'in- terferon chez l'homme, on sait peu de chose de sa composition chimique exacte ou de son mode d'ac- tion. I1 faut donc poursuivre les recherches dans ces domaines et tenter de d6couvrir et d'utiliser dans la pratique les veritables facteurs de contr6le cellu- laires qui sont induits dans la cellule lors de l'expo- sition a l'interferon. I1 est capital de produire des lots de tres grande purete pour les titrages de la r6actog6nicit6 et de l'efficacite chez l'homme car une partie des effets toxiques et des actions attribuees a l'interferon peut en fait etre due a des impuretes biologiquement actives, telles que des lymphokines, presentes dans les preparations d'interferon actuelle- ment en usage. I1 faut se preoccuper serieusement d'ameliorer la production d'interferons humains de puret6 accep- table et d'en reduire le coAtt au minimum. Bien qu'actuellement on mette l'accent sur la production a partir de leucocytes humains et de fibroblastes diploides humains, il convient d'envisager d'autres methodes comportant la culture en fermenteur de cellules sur des microsupports, de meme que l'uti- lisation eventuelle de cellules lymphoblastoides hu- maines ou meme de cellules d'origine cancereuse. I1 faut mettre au point des methodes de production de l'interferon ne necessitant pas de serum dans le milieu de culture. On s'efforcera de parvenir a la synthese chimique d'interferon lorsque les connais- sances se seront enrichies au sujet de la purification et de la structure de cette substance. Des investiga- tions devraient porter sur la synthese d'interferon par des cellules procaryotes dans lesquelles du mate- riel genetique humain aura ete introduit par recom- binaison. I1 est necessaire de caracteriser les differents inter- ferons et d'encourager la production et l'etude de ceux qui sont particuli6rement utiles. On devra mettre au point des methodes d'evaluation de l'innocuite afin de s'assurer que les produits sont exempts de contaminants viraux (tels que le virus de l'hepatite) ou autres. I1 faut effectuer des etudes cliniques pour etablir les schemas therapeutiques optimaux, du point de vue de la securite comme de l'efficacite, en vue de traiter les infections virales aigues et chroniques ainsi que les maladies cancereuses, en tenant compte du fait que meme l'interferon le plus str peut comporter des effets adverses inherents. L'utilisation possible des interferons pour prevenir ou abreger la maladie dans des epidemies limitees merite d'etre etudiee. II faudrait proceder a des recherches en vue de decouvrir des inducteurs d'interferons, efficaces et sans danger, d'une valeur egale ou superieure A ceux qui existent actuellement pour la prevention et le traitement des maladies chez l'homme. T * * F. Assaad, Division des Maladies transmissibles, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse. P. Bres, Division des Maladies transmissibles, Orga- nisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse. K. Cantell, Institut national des Serums, Helsinki, Finlande. T. Cartwright, G. D. Searle & Co., Angleterre. C. Chany, Hopital Saint-Vincent-de-Paul, Paris, France. S. G. Dzagurov, Institut Tarasevi6 de Standardisa- tion et de Contr6le des Preparations biomedi- cales, Moscou, URSS. G. J. Galasso, National Institute of Allergy and Infectious Diseases, National Institutes of Health, Bethesda, MD, Etats-Unis d'Amerique. L. J. Higy-Mandic, Division des Substances prophy- lactiques, diagnostiques et therapeutiques, Orga- nisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse. M. R. Hilleman, Merck Institute for Therapeutic Research, West Point, PA, Etats-Unis d'Ame- rique. G. N. Hlabic, Departement des Vaccins et autres Produits biologiques, Ministere de la Sante, Mos- cou, URSS. H. B. Levy, National Institute of Allergy and Infectious Diseases, National Institutes of Health, Bethesda, MD, Etats-Unis d'Amerique. M. Majer, Behringwerke AG, Marburg (Lahn), Republique federale d'Allemagne. T. C. Merigan, Stanford University Medical Center, Division of Infectious Diseases, Stanford, CA, Etats-Unis d'Amerique. F. Perkins, Division des Substances prophylactiques, diagnostiques et therapeutiques, Organisation mondiale de la Sante, Geneve, Suisse. P. de Somer, Institut Rega de Recherche medicale, Universite de Louvain, Louvain, Belgique. A. J. Zuckerman, London School of Hygiene and Tropical Medicine, Londres, Angleterre. 765
World Health Organization (WHO) · Journal articles
Interféron et autres agents antiviraux, particulièrement en ce qui concerne la grippe : mémorandum
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