Memoranda Le systeme phagocytaire mononucleaire: nouvelle classification des macrophages, des monocytes et de leurs cellules souches R. VAN FURTH,1 Z. A. COHN,2 J. G. HIRSCH,' J. H. HUMPHREY,3 W. G. SPECTOR4 & H. L. LANGEVOORT 5 De nombreuses tentatives ont ete' faites dans le passe pour classer les mononucleaires phagocytants et definir le systeme cellulaire qu'ils sont senses former; parmi elles, se rangent le # systeme macrophagique * de Metchnikoff, le # systeme re'ticulo-endothelial * d'Aschoff, et le # systeme re'ticulo-histiocytaire * propose' par Volterra et retintroduit par Thomas. Aucun d'eux n'est entierement satisfaisant a la lumiere de nos connaissances actuelles. C'est pourquoi, en 1969, un groupe d'auteurs a propose une nouvelle classification de tous les mononucleaires doue's d'une activite phagocytaire intense et de leurs cellules souches dans le cadre de ce qu'ils ont appele le #systeme phagocytaire mononucleaire *. Ce systeme comprend les promonocytes et leurs pre'curseurs dans la moelle osseuse, les monocytes dans le sang peripherique et les macrophages dans les tissus. Des consultations ulte¶rieures avec de nombreux autres specialistes du monde entier ont conduit a effectuer un certain nombre de changements dans cette classification, dont nous soumettons ici la forme revisee. Pour inclure certains types cellulaires dans le # systeime phagocytaire mononucleaire *, on s'est fonde sur des analogies dans la morphologie, les fonctions, l'origine et la mobilite des phagocytes. Ces criteres eliminent les cellules reticulaires, dendritiques, endotheliales, et les fibroblastes (fibrocytes). Les auteurs soulignent qu'au fur et a' mesure des progres de la science, il deviendra peut-etre necessaire de modifier ce travail, par l'admission ou la suppression de certaines cellules dans la classification remanie'e. Les phagocytes, qui jouent un r6le important dans les m&canismes de defense de l'hote, se rangent en deux categories: les phagocytes polynucleaires (granulocytes) et les phagocytes mononucleaires. Ceux-ci comprennent les macrophages tissulaires, les monocytes du sang circulant, les promonocytes et leurs cellules souches dans la moelle osseuse. Les macrophages tissulaires sont largement disse- mines dans le corps et se trouvent dans des organes I Departement des maladies microbiennes, H6pital uni- versitaire de Leyde, Pays-Bas. ' Rockefeller University, New York, N.Y., Etats-Unis d'Amerique. 'National Institute for Medical Research, Mill Hill, Londres, Angleterre. ' Histopathology Department, St Bartholomew's Hospi- tal, Londres, Angleterre. ' D6partement d'histologie, Universite libre d'Amster- dam, Pays-Bas. (par exemple, foie, rate, ganglions lymphatiques, poumons, moelle osseuse, tissu osseux et systeme ner- veux), dans le tissu conjonctif et dans les cavites sereuses. Leur fonction est de debarrasser le sang, la lymphe et les tissus de particules, par exemple microorganismes ou cellules usees, qu'ils ingerent par phagocytose. Ce processus n'est pas specifique, et 1'absorption de particules microscopiques est influencee a la fois par des facteurs intrinseques et des facteurs extrinseques (Rabinovitch, 1968, 1970). Les particules une fois ingerees, des enzymes sont dirigees vers la vacuole oii elles vont degrader la substance qui y a ete phagocytee. Certains produits sont digeres completement, alors que d'autres peuvent, au moins partiellement, echapper a la degradation et etre retenus dans la cellule sous une forme qui augmente son pouvoir de stimuler les lymphocytes immunocompetents (Fishman & Adler, 2945 - 651- MEMORANDA 1967, 1970; Askonas & Jaroskova, 1970; Globerson & Feldman, 1970; Unanue & Cerottini, 1970). Les cellules qui partagent une origine, une morpho- logie et des fonctions communes peuvent etre con- siderees comme appartenant a une seule entite et constituant un < systeme * (Aschoff, 1924). Les cel- lules qui font partie d'un meme systeme se trouvent generalement situees dans plusieurs groupements morphologiques distincts. Selon leur stade de diff& renciation et leur localisation dans l'organisme 'a un moment donne, les elements d'un systeme cellu- laire peuvent differer qualitativement et quantita- tivement par leurs caracteres morphologiques et fonctionnels. On a maintes fois dans le passe essaye de definir le systeme forme par les phagocytes. Metchnikoff (1892) a ete le premier a classer ces cellules en # macrophages# (((mangeurs de grande taille *) et microphages * (qui correspondent 'a un type plus petit de phagocyte, le leucocyte polynucleaire). Cet auteur a demontre que ces deux types de phagocytes, que l'on pensait etre de simples agents de voirie, jouaient aussi un r6le important dans la resistance de 1'hote aux infections, car ils ne se contentent pas d'engloutir la plupart des microorganismes envahisseurs, mais ils les tuent et les digerent rapide- ment. Metchnikoff concluait que les infections sur- viennent lorsque les microorganismes resistent a l'absorption, ou lorsqu'ils sont capables de survivre dans le cytoplasme des phagocytes. I1 a meme decouvert les rapports etroits qui existent entre les phagocytes mononucles de la rate, des ganglions lymphatiques et de la moelle osseuse, et les macro- phages situes en dehors de ces organes, par exemple dans le tissu conjonctif. C'est ce qui l'a amene a introduire l'expression de <( systeme macrophagique )). Aschoff (1924) a encore developpe cette idee, et a reuni diverses sortes de cellules dans ce qu'il a appele le systeme reticulo-endothelial. C'est le terme le plus generalement employ' aujourd'hui. Le tableau 1 indique les cellules distinguees par Aschoff, rangees par ordre croissant d'activit6 phagocytaire. A cause de leur tres faible activite phagocytaire, Aschoff a deliberement 6limine les cellules endothe- liales et les fibrocytes du systeme qu'il a decrit. Les cellules reticulaires de la rate et des ganglions lymphatiques, et les cellules retieulo-endotheliales des sinus lymphatiques et sanguins constituaient le systeme reticulo-endothelial au sens strict, et, avec les histiocytes, les splenocytes et les monocytes, qu'il considerait provenir des histiocytes et des cellules reticulo-endotheliales, elles formaient le systeme reticulo-endothelial au sens large. Dans son etude, il precise que le fait de proposer un tel systeme n'implique pas que toutes les cellules soient iden- tiques. Certes, elles different par leur morphologie, leur agencement et leur pouvoir d'absorber des materiaux etrangers. Aschoff a indique l'importance d'une certaine ressemblance fondamentale en ce qui concerne les possibilites de phagocytose et d'em- magasinage (Speicherung). Ces analogies ne vont pas jusqu'a l'identite, mais exiger la similitude absolue serait rejeter le concept de systeme cellulaire. Aschoff esperait que des recherches futures rendraient pos- sible une distinction plus poussee entre ces cellules. On a largement critique l'idee du systeme reticulo- endothelial. Maximow (1927) considerait le terme de ((r6ticulo-endothelium* comme impropre, car la veritable cellule endotheliale des vaisseaux est morphologiquement et fonctionnellement tres diffe- rente de l'histiocyte et l'est encore bien davantage des cellules reticulaires. Ces cellules ne constituent pas une seule lignee histologique et, de plus, elles sont physiologiquement differentes. Par exemple, ce que l'on nomme le nettoyage du courant sanguin est essentiellement effectue par les macrophages du foie Tableau 1. Le systbme rkticulo-endoth6lial (SRE) d'Aschoff Cellules endoth6liales Fibrocytes Augmentation Cellules r6ticulaires de la rate et des ganglions de lymphatiques SRE r'activit6 Cellules r6ticulo-endoth6liales des sinus lympha- au sens phagocytaire tiques et sanguins, notamment cellules de strict au sensphagocytaire ~Kupfferausn Histiocytes ; Spl6nocytes et monocytes 652 SYSTtME PHAGOCYTAIRE MONONUCLAIRE 653 (cellules de Kupffer) et de la pulpe rouge splenique (Stiffel et al., 1970), mais non par des cellules endo- theliales ou reticulaires. II est donc impropre d'utiliser les termes de (( systeme reticulo-endothelial * et de cellules reticulo-endotheliales *. Aschoff utilisait pour definir le systeme reticulo- endothelial un colorant vital dont il pensait que l'absorption etait le resultat de la phagocytose. Mais, les cellules a faible pouvoir phagocytaire (par exemple les cellules endotheliales, les fibrocytes, les cellules reticulaires - tableau 1) peuvent -egalement etre marqu6es par pinocytose, surtout lorsque l'on emploie de grandes quantites de colorant. Ce marquage est donc sans valeur comme critere d'iden- tification des phagocytes mononuclees (Aschoff, 1924). Pour etudier les relations entre les phagocytes de differentes localisations anatomiques, on ne peut pas non plus se fier, en guise de marqueurs, a des particules qui seraient englobees dans la cellule et non digerees (par exemple, charbon colloidal, parti- cules de polystyrene, oxyde de fer et or colloidal). Liberes des cellules qu'ils auraient primitivement marquees, par exemple a la suite de la mort cellu- laire, ces corps pourraient etre repris par d'autres cellules possedant a un degre plus ou moins eleve le pouvoir de s'incorporer toutes sortes d'inclusions. Thomas (1949) a remarque que le terme souvent critique de <systeme reticulo-endothelial i>, employe # specialement par les anatomopathologistes et les immunologistes *, etait devenu plus discutable. Il a reintroduit l'expression de ( systeme reticulo-histio- cytaire ), propose par Volterra des 1927. Selon Thomas, 1'e'tat histocytaire ne se limite pas aux histiocytes du tissu conjonctif, mais peut egalement etre adopte par d'autres cellules comme les cellules musculaires striees et lisses, les cellules osseuses, les cellules de Schwann, les cellules epitheliales, toutes capables d'acquerir ( l'etat histiocytaire * dans des circonstances particulieres. Parmi les proprie- tes physiologiques de ces cellules, Thomas comprenait non seulement la phagocytose et la motilite, mais aussi une activite metabolique plus intense, par exemple un pouvoir eleve de synthetiser les proteines, qui etaient considerees comme essentielles pour la proliferation et la croissance cellulaires. Une fois 6tabli, disait-il, 1'etat histiocytaire resterait stable; les histiocytes actifs pourraient se mettre au repos ou se transformer en cellules reticulaires. Ni le concept de systeme reticulo-endothelial ni celui de systeme reticulo-histiocytaire ne fournit de cadre totalement satisfaisant auquel s'adapteraient nos connaissances actuelles sur les phagocytes mono- nucleaires. Pour cette raison, au cours d'une conf& rence sur ces cellules tenues a Leyde, Pays-Bas, en 1969, une commission a presente pour discussion une nouvelle classification de ces cellules.1 Apres consultations avec d'autres specialistes, certaines modifications ont ete ulterieurement apportees, et incorporees dans le present travail. Nos connaissances actuelles sur la morphologie, la physiologie et la cinetique de tous les mono- nucleaires 'a pouvoir phagocytaire e'leve permettent de les reunir dans un meme systeme avec leurs cellules souches. Selon les recommandations qui ont ete faites, il est souhaitable que ce systeme soit appele # systeme phagocytaire mononucleaire > (SPM). La morphologie des phagocytes mononucleaires depend dans une certaine mesure de l'organe ou du tissu dans lequel ils se trouvent. Le tableau 2 resume, pour des animaux normaux, les caracteres morpholo- giques les plus particuliers de ces cellules, localisees dans la moelle osseuse, le sang circulant ou les tissus (Sutton & Weiss, 1966; Hirsch & Fedorko, 1970; Robineaux et al., 1971; Nichols et al., 1971). Les phagocytes mononucleaires sont parfois diffi- ciles a distinger des lymphocytes d'apres les seuls criteres de structure. Cependant, les lymphocytes appartiennent a une lignee cellulaire differente, en raison de leur origine distincte (thymus et moelle osseuse), de leur longevite (breve ou longue) et de leur physiologie (p. ex. absence de pouvoir phagocytaire) (Craddock et al., 1971). L'expression cellules mononucleaires #, souvent utilisee pour de- signer les lymphocytes, les monocytes et les macro- phages, est impropre; elle definit mal ces elements par rapport a leurs fonctions, leur evolution et leur morphologie. Les criteres fonctionnels justifiant l'insertion dans un systeme unique des macrophages, des monocytes et des promonocytes sont: leur grande avidite phagocytaire et pinocytaire, surtout la premiere, et aussi leur capacite de se fixer solidement sur une surface de verre (tableau 2) (Rabinovitch, 1968, 1970; Cohn, 1968, 1970). Ces proprietes fournissent un moyen de reconnaltre et d'isoler ces cellules. Le processus par lequel les phagocytes mononucleaires incorporent des particules peut se scinder en deux phases discontinues: dans un premier temps, la particule se fixe a la surface cellulaire, puis elle est ingeree. Monocytes et macrophages possedent a leur 1 La version initiale de cette proposition est rapport&e dans le proces-verbal de la conference (Langevoort et al., 1970). MEMORANDA Tableau 2. Caractbres des phagocytes mononucl4aires normaux Promonocytes Monocytes Tissus Caractbre a de la moelle du sang osseuse p6riph6rique Macrophages Macfophages Diambtre cellulaire 14-20 m 10-14 ,m 10-25 ;m Rapport nucl6ocyto- plasmique >1 c%a1 <1 <1 Forme du noyau plicatur6 r6niforme r6niforme r6niforme ou dentel6 ou ovale ou ovale nucl6oles + + + + synthbse d'ADN 50-70 % 0-1 % 0,5-3 % 1,5-2,5 % Cytoplasme polyribosomes +++ + ± ± r6seau endoplasmique + + ++ ++ corps de Golgi grand plus petit taille variable taille variable mitochondries ++ ++ ++3+++ ++ +++ lysosomes + + ++ ++++ ++ ++++ v6sicules intra- cellulaires + + ++ ++++ ++ ++++ Membrane aspect festonn6 + + +++ ++++ microvillosit6s + ++ +++ +++ Propri6t6s physiologiques adh6rence au verre +++ +++ +++ 3 ++++ pinocytose + ++ +++ +++ immunophagocytose ++ +++ ++++ ++++ a La fr6quence de chaque caractbre est d'autant plus 6lev6e que le nombre de croix port6es en regard est plus grand. surface des sites recepteurs pour les immunoglobu- lines et le complement (Berken & Benacerraf, 1966; Lay & Nussenzweig, 1968, 1969; Nelson, 1969; Huber & Fudenberg, 1970). La fixation des particules se fait par l'intermediaire d'anticorps (antiparticules) ou par des anticorps et le complement. La fixation peut aussi etre facilitee par d'autres facteurs pre- sents dans le serum normal, qui ont parfois ete identifies comme des immunoglobulines mais qui, dans d'autres cas, restent de nature inconnue. Certains types de particules pourraient se fixer sans avoir apparemment besoin de facteurs seriques. La phagocytose realisee par l'intermediaire d'immuno- globulines avec ou sans complement a recu le nom de < immunophagocytose *. Les monocytes et macro- phages porteurs d'immunoglobulines et recepteurs du complement a la surface cellulaire peuvent etre consideres comme des phagocytes <(professionnels)) (Rabinovitch, 1967), pour les distinguer des phago- cytes < facultatifs * (< non professionnels *). Ces der- nieres cellules (par exemple fibroblastes, cellules reticulaires et endotheliales), capables d'ingerer des particules en petites quantites et sans le secours d'immunoglobulines ou de complement, ne possedent problablement pas de recepteurs pour ces elements. La phagocytose par certains des phagocytes facul- tatifs est meme inhibee par le serum, probablement sous l'effet d'un mecanisme qui masque les sites 654 SYSTEME PHAGOCYTAIRE MONONUCLtAIRE d'interaction entre les particules et la surface cellulaire (Rabinovitch, 1970). Outre les caracteres morphologiques et fonction- nels, les resultats d'etudes cytocinetiques (van Furth, 1970a, 1970b; Volkman, 1970; Spector & Ryan, 1970; Roser, 1970) fournissent egalement des argu- ments puissants pour proposer cette conception d'un < systeme phagocytaire mononucleaire *. Ces travaux ont ete effectues chez l'animal normal, chez des animaux porteurs d'une inflammation aigue ou chronique, chez d'autres ayant subi une irradiation mortelle avec ou sans protection de la moelle osseuse, sur des chimeres obtenues par irradiation et chez des animaux parabiotiques, en employant des iso- topes radioactifs, des chromosomes ou des antigenes tissulaires comme marqueurs stables pour suivre les cellules. Ces etudes ont montre d'une maniere concluante que les phagocytes mononucleaires des- cendent de cellules souches de la moelle osseuse, sont transportes A 1'etat de monocytes par le sang peripherique pour devenir finalement des macro- phages tissulaires. Des preuves supplementaires de ce fait ont ete fournies par des travaux ontogene- tiques, puisque les phagocytes mononucleaires n'apparaissent dans les tissus qu'une fois la vasculari- sation de ceux-ci etablie (Andersen & Matthiesen, 1966). Normalement, les macrophages tissulaires semblent subir un renouvellement lent mais continu et se diviser peu frequemment (tableau 2) (van Furth, 1970b). Dans des conditions pathologiques, les macrophages du foyer inflammatoire proviennent encore des monocytes sanguins, mais il peut egale- ment se produire une multiplication locale des macrophages (Spector & Ryan, 1970; North, 1969). Les etudes cytocinetiques n'ont fourni aucune preuve que les phagocytes mononucleaires proviennent des lymphocytes. L'idee d'un systeme phagocytaire mononucleaire qui a ete avancee est plus coherente que le concept de systeme reticulo-endothelial ou que celui de systeme reticulo-histiocytaire, car elle englobe un groupe de cellules que relient des similitudes de morphologie, de fonction ou d'origine. Le terme de # phagocyte mononucleairex), dej& utilise par Metchnikoff des 1892, est considere comme le plus approprie pour designer l'ensemble de la lignee cellulaire. Quoique les phagocytes < polynucleaires * ne soient en realite dotes que d'un noyau unique, ils appartiennent a une autre lignee que les mono- nucleaires A cause de leur origine distincte et de leur comportement cinetique et fonctionnel different. En se fondant sur les criteres exposes ci-dessus, le systeme phagocytaire mononucl6aire peut se carac- t6riser comme il est indiqu6 dans le tableau 3. Le promonocyte est, dans ce systeme, la cellule la plus immature qui puisse etre reconnue dans la moelle osseuse. II s'agit d'un 6l6ment capable de se multiplier (tableau 2) et qui, par division, donne naissance a deux monocytes. Quoique le promono- cyte soit la premiere cellule identifiable dans ce systeme, il doit exister une cellule souche plus immature encore, qui vient alimenter le stock de promonocytes (van Furth & Diesselhoff-Den Dulk, 1970). Les monocytes du sang circulant constituent un groupe mobile de cellules relativement immatures qui se rendent de leur lieu d'origine aux tissus (van Furth, 1970a, 1970b; Volkman, 1970). LA oju les conditions sont favorables a la phagocytose, ces cellules deviennent des macrophages et acqui6rent l'equipement necessaire pour digerer le mat6riel phagocyte. C'est A ce stade, generalement dans l'espace extra-vasculaire, que les mononucleaires font preuve d'une grande avidite phagocytaire. Depuis les etudes anciennes de Florey et autres (pour une revue generale de ces travaux, voir Florey, 1970), il a ete etabli que, dans des conditions pathologiques aussi bien que dans des conditions normales, les macrophages des tissus conjonctifs (histiocytes) et des cavites sereuses (p. ex. macro- phages du peritoine et de la plevre) proviennent des monocytes du sang peripherique. L'origine monocytaire des macrophages a egale- ment et d6montr6e dans de nombreux et divers Tableau 3. Le systeme phagocytaire mononucl6aire Cellules CELLULES SOUCHES PROMONOCYTES MONOCYTES MACROPHAG ES Localisation moelle osseuse moelle osseuse moelle osseuse, sang circulant tissu conjonctif (histiocytes) foie (cellules de Kupffer) poumon (macrophages alveolaires) rate (macrophages libres et fixes) ganglions lymphatiques (macrophages libres et fixes) moelle osseuse (macrophages) cavit6s s6reuses (macrophages pleuraux et p6riton6aux) tissu osseux (ost6oclastes ?) systeme nerveux (cellules de la microglie ?) 655 MEMORANDA organes (voir une etude d'ensemble des donn6es cin6tiques dans van Furth, 1970a, 1970b). Les 6tudes cin6tiques r6centes ont montr6 que l'origine de ces macrophages se trouvait dans le foie (cellules de Kupffer) et dans le poumon (macrophages alveolaires). Des etudes de chimeres ont montr6 que l'origine des macrophages hepatiques, pulmonaires, spleniques et peritoneaux se trouve dans la moelle osseuse (Balner, 1963; Goodman, 1964; Pinket et al., 1966; Virolainen, 1968; Howard, 1970, Godleski & Brain, 1972; Shand & Bell, 1972). L'exception signal6e n'a pas ete trouv6e dans des chimeres h6t6rogenes (Bell & Shand, 1971); il s'agit de cette situation inhabituelle de la phase proliferative de la r6action d'un greffon allogene contre l'hote, dans laquelle les macrophages hepatiques, pulmonaires, et p6ritoneaux proviennent des lymphocytes du canal thoracique (Howard, 1970). Dans la rate, les ganglions lymphatiques et la moelle osseuse, les macrophages libres d6rivent des monocytes. Les macrophages fixes sont, dans ces organes, probablement aussi d'origine monocytaire, mais aucune preuve absolue n'a encore ete obtenue A ce sujet. Cependant, la morphologie et le comporte- ment physiologique des macrophages fixes justifient leur inclusion dans le systeme phagocytaire mono- nucleaire. Dans les ganglions lymphatiques comme dans la rate, les macrophages, qu'ils soient libres ou fixes, se voient en association 6troite avec les cellules reticulaires: libres, ils sont allonges dans les inter- stices du cadre compos6 de cellules reticulaires; fixes, ils se trouvent attaches a des expansions cyto- plasmiques des cellules r6ticulaires. Contrairement a celles-ci, les macrophages fixes n'ont jamais ete observ6s formant des fibres de reticuline (Ross, 1968). Puisqu'il existe de bonnes raisons de croire que la cellule phagocytaire osseuse, c'est-a-dire l'osteo- claste multinucle, peut naitre de la coalescence de monocytes, ces cellules sont admises dans le systeme propose (Hancox, 1956; Jee & Nolan, 1962; Fisch- man & Hay, 1962; Andersen & Matthiessen, 1966; Gieseking, 1966; voir egalement Ham, 1969). Avec plus d'hesitation, on a egalement accepte la cellule phagocytaire du systeme nerveux (cellule de la micro- glie) (Dunning & Furth, 1935; Russel, 1962; voir 6galement Ham, 1969). Deux faits militent en faveur de l'origine probable de cette cellule dans les mono- cytes sanguins: d'une part, au cours du developpe- ment du systeme nerveux central, on ne trouve de cellules microgliales qu'apres l'apparition de vais- seaux sanguins (Andersen & Matthiessen, 1966); d'autre part, dans les processus pathologiques, les phagocytes mononucleaires qui s'accumulent pro- viennent des monocytes circulants (Kosunen et al., 1963; Koningsmark & Sidman, 1963; Waksman, 1965; Huntington & Terry, 1966). Au cours des reactions inflammatoires, on peut trouver des cellules g6antes; ces 6l6ments multi- nucles appartiennent egalement a ce syst6me, car ils sont formes par la fusion de phagocytes mono- nucleaires. Les cellules 6pith6loldes que l'on observe dans ces lesions proviennent aussi de monocytes ou de macrophages (Sutton & Weiss, 1966; Papadimi- triou & Spector, 1971; voir egalement Florey, 1970). Les cellules reticulaires elles-memes ne sont pas considerres comme des phagocytes mononucleaires, car, malgre leur pouvoir d'ingerer des particules, elles n'ont pas un potentiel phagocytaire eleve (Weiss, 1964), et, ne manifestant pas de propri6tes immunophagocytaires (Stuart & Davidson, 1970), elles peuvent manquer de recepteurs pour des immunoglobulines. En outre, ces cellules n'ont pas les memes ancetres que les macrophages. Pour des raisons analogues, on considere que ne font pas partie du systeme phagocytaire mononucleaire (White, 1963; Nossal et al., 1968) les cellules dendritiques des follicules de la rate et des ganglions lymphatiques, bien qu'elles soient capables de rete- nir des macromolecules d'antigenes a la surface de leurs prolongements cytoplasmiques dendritiques. Les cellules endotheliales (Payling Wright, 1970; voir egalement Carr, 1970, et Florey, 1970) et les fibroblastes (syn. fibrocytes) (Grillo, 1963, 1964; Gieseking, 1963; Ross et al., 1970) sont cate- goriquement exclus du systeme phagocytaire mo- nonucleaire. Ces deux types cellulaires n'ont pas les caracteres morphologiques des phagocytes mo- nonucleaires; d'autre part, ils ne tirent pas leurs origines des monocytes du sang peripherique; et enfin aucun d'eux ne possede un fort pouvoir phagocytaire. Certaines des cellules classees comme macro- phages et comprises dans le systeme n'ont pas encore fait l'objet d'6tudes suffisantes pour satisfaire a tous les crit6res fix6s. En consequence, l'acquisition de nouvelles donnees pourra conduire a 6liminer cer- taines cellules ou a en ajouter d'autres. Neanmoins, la presente classification des phagocytes mononu- cleaires en un systeme unique a l'avantage de la sim- plicit6 et peut contribuer a faire comprendre le comportement de ces cellules dans des conditions aussi bien physiologiques que pathologiques. 656 SYSTiME PHAGOCYTAIRE MONONUCLfAIRE 657 REMERCIEMENTS Ce travail se fonde sur une proposition faite par les auteurs a la conference sur les phagocytes mononu- cleaires (Leyde, 2-5 septembre 1969). La version pr6sent6e ici a ete admise A la suite de modifications apportees au document initial par les auteurs et par les sp6cialistes suivants: A. C. Allison, Royaume-Uni; G. L. Asherson, Royaume-Uni; Brigitte Askonas, Royaume-Uni; Doro- thy F. Bainton, Etats-Unis d'Am6rique; B. Benacerraf, Etats-Unis d'Am6rique; E. Benditt, Etats-Unis d'Am& rique; D. H. Bowden, Canada; S. Bozsoky, Hongrie; G. Brondz, URSS; I. Carr, Royaume-Uni; H. Cottier, Suisse; A. M. Dannenberg, Etats-Unis d'Amerique; J. R. David, Etats-Unis d'Amerique; N. B. Everett, Etats- Unis d'Am6rique; Astrid Fagraeus, Suede; R. M. Fauve, France; D. W. Fawcett, Etats-Unis d'Amdrique; J. Feld- man, Etats-Unis d'Amerique; M. Feldman, Israel; H. Fischer, Republique f6d6rale d'Allemagne; M. Fish- man, Etats-Unis d'Amerique; T. M. Fliedner, Republique federale d'Allemagne; H. H. Fudenberg, Etats-Unis d'Amerique; E. R. Gabrieli, Etats-Unis d'Amerique; P. R. Glade, Etats-Unis d'Amerique; Amiela Globerson, Israel; L. E. Glynn, Royaume-Uni; R. A. Good, Etats- Unis d'Amerique; J. G. Hall, Royaume-Uni; B. Halpem, France; M. Hanaoka, Japon; M. Holub, Tchecoslovaquie; J. G. Howard, Royaume-Uni; B. D. Jankovie, Yougo- slavie; K. Kageyama, Japon; M. L. Kamowski, Etats- Unisd'Am6rique; F.J. Keuning,Pays-Bas; S. J. Klebanoff, Etats-Unis d'Amerique; D. Korn, Etats-Unis d'Ame- rique; G. B. Mackaness, Etats-Unis d'Am6rique; G. Majno, Suisse; 0. Miikela, Finlande; G. Math6, France; D. Metcalf, Australie; J. F. A. P. Miller, Australie; P. G. Munder, Republique f6d6rale d'Allemagne; Q. N. Myrvik, Etats-Unis d'Am6rique; D. S. Nelson, Autriche; R. J. North, Etats-Unis d'Am6rique; G. V. J. Nossal, Australie; A. B. Novikoff, Etats-Unis d'Amerique; V. Nussenzweig, Etats-Unis d'Am6rique; G. O'Conor, Etats- Unis d'Amerique; R. D. Perez Tamayo, Mexique; B. Pernis, Italie; M. Rabinovitch, Etats-Unis d'Am6rique; B. Roser, Australie; R. Ross, Etats-Unis d'Amerique; M. Seligmann, France; M. Simonsen, Danemark; E. Sorkin, Suisse; J. Sterzl, Tchecoslovaquie; Jeannette Thorbecke, Etats-Unis d'Amerique; E. R. Unanue, Etats-Unis d'Amerique; M. Virolainen, Finlande; A. Volkman, Etats-Unis d'Amerique; P. Ward, Etats-Unis d'Amerique; D. M. Weir, Royaume-Uni; R. S. Weiser, Etats-Unis d'Am6rique; B. Waksman, Etats-Unis d'Ame- rique; R. G. White, Royaume-Uni; M. M. Wintrobe, Etats-Unis d'Amerique; D. Zucker-Franklin, Etats-Unis d'Amerique. R1-FIRENCES BIBLICGRAPHIQUES Andersen, H. & Matthiessen, M. E. (1966) Z. Zellforsch., 72, 193 Aschoff, L. 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Organisation mondiale de la santé (OMS) · Journal articles
Le système phagocytaire mononucléaire : nouvelle classification des macrophages, des monocytes et de leurs cellules souches
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