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Les polluants atmosphériques et la santé : symposium interrégional sur les critères et les methodes de mesure de la pureté de l'air, Genève, 6-12 août 1963

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WORLD HEALTH ORGANIZATION SYMPOSIUM INTERREGIONAL SUR LES CRITERES ET LES METHODES DE MESURE DE LA PURETE DE L'AIR Genève, 6-12 aoüt 1963 ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ WHO/AP/7 ll juillet 1963 ORIGINAL : ANGLAIS LES POLLUANTS ATMOSPHERIQUES ET LA SANTE par h~ Dr Paul Bonnevie, Professeur de Santé publique à l'Université de Copenhague Ce document préliminaire préparé pour le Symposium sur les méthodes de mesure de la pureté de l'air n'est qu'une simple contribution à un échange de vues sur la question. Il formule quelques idées générales concernant certains des prin- cipes de base dont doivent s'inspirer nos discussions. Il y a lieu tout d'abord de faire quelques observations sur le titre anglais du Symposium dans lequel figure l'expression "air quality". Normalement, le terme "qualité" est défini comme étant "la manière d'gtre, bonne ou mauvaise, d'une chose". Par "qualité de l'air" on entend donc la compo- sition d'ensemble de 1' air, c' est-à.-dire un mélange très complexe d'éléments di- vers, certains de ces éléments étant constamment présents, d'autres, seulement de façon temporaire. La combinaison des propriétés de ces divers éléments détermine- ra le caractère essentiel de l'air- c'est-à-dire sa qualité - au- pour reprendre le terme français - son degré de pureté, qui varie selon sa composition. Toutefois, les termes "qualité"· ou "pureté" comportent souvent une cer- taine notion de valeur. Ils supposent que tout échantillon individuel doit @tre classé par rapport à d'autres. La qualité ou la pureté n'implique pas seulement une description, mais aussi un jugement de valeur. AP/7 Page 2 Parlant de la qualité (ou de la pureté) de l'air du point de vue de la lutte contre la pollu·Ùon atmosphérique, nous exprimons donc un jugement qui porte sur un échantillon d 1 air particulier : l 1 air en question est-il bon ou mauvais. ?. Dans notre Symposium, nous devons limiter la définition du mot "air" à l'air extérieur, à l'atmosphère libre, et ne pas oublier qu'il ne s'agit en l'occurrence que de l'atmosphère d'un lieu géographique donné, à un moment donné ou pendant une période donnée. Pour évaluer la qualité (ou pureté) d 1 une·certaine atmosphère, il faut établir une corrélation entre sa composition et les influences - résultant de cette composition m@me -que cette atmosphère peut avoir sur l'homme et sur ses activités. Nous devons examiner, par exemple, l'interact~on entre l'air inhalé et l'organisme humain et recher- cher comment l'état de.santé des @tres humains peut s'en ,trouver affecté par l'appari- tion de troubles n om•œ.ux ou l' apparition de troubles déJà existants qui risquent m@me de dégénérer en maladies manifestes, voire mortelles. Mais il faut, en outre, étudier les influences paral~èlement exercées sur la nature environnante et sur les objets que. l'homme a créés à partir de cette nature et qui lui sont utiles. Les effets de la pol- lution de l'air sur ~a vie des animaux et des plantes ou sur·les objets peuvent donner des· indications qui permettront d'étudier les influensës sur l 1 homme lui-m@me. En analysant la composition de l'air, nous devons tvant tout considérer les· éléments qui n 1 exis~ent pas à 1 1 état naturel dans l'atmosphère tEllle qu'elle se présente lorsqu'elle n'est pas troublée par les actj_vités de l 1 homrtle. Il faut étudier ces élé- ments du point de ne des effets nocifs qu 1 ils peuvent avoir sur sa vie et ses biens •. En fait, évaluer 1.1 pureté de li air revient à ·év.aluer le·s différents effets des éléments ajoutés par 1 1 homme à la composition de l'air et à dist:.nguer panul coc élArr1ents ceux qui sont nuisibles. On peut alors parler de ttpolluaQts nocifs". Mh Page 3 En distinguant ainsi la pollution due à l'homme de la pollution naturelle, il ne s'agit pas d'exclure l'interaction entre les éléments entrant normalement dans la composition de l'air çt les éléments ajoutés par l'homme. La pureté de l'air doit @tre évaluée en fonction des éléments qui composent réellement l'air que nous respirons et non pas seulement en fonction des éléments de pollution. De nombreuses réactions physico-chimiques contribuent en effet à modifier les polluants : les produits intermé- diaires ou finals de ces réactions peuvent @tre nocifs. Dans le présent document, on se bornera à examiner comment les polluants peu- vent @tre directement nocifs pour la santé de l'homme par les modifications qu'ils apportent aux conditions naturelles dans iesquelles l'organisme humain est habitué à vivre. C'est un point de vue généralement admis en biologie - qui ne découle pas né- cessairement d'idées téléologiques ou évolutionnistes mais qui les confirme -que le milieu, l'habitat naturel, le cadre de vie dans la nature déterminent ou co~qitionnent les possibilités structurelles ou fonctionnelles de l'organisme, ou tout au moins qu'il y a équilibre entre les uns et les autres. Sous cet aspect écologique de la vie, le corps humain - y compris ses fonctions normales - est adapté aux variations habituelles qui peuvent se produire dans son milieu naturel. Or, les modifications que l'homme peut apporter à l'atmosphère -partie importante de son milleu naturel, qui intervient m@me dans son système respiratoire - risquent d'aller au-delà de son degré normal d'adap- tation. Tant que l'homme est capable de s'adapter à ses conditions de vie réelles, il s'établit une certaine harmonie entre ses processus vitaux normaux et les facteurs de milieu. Nous disons alors que l'homme est en bonne santé- la santé étant considérée comme la faculté d'adaptation aux variations du milieu ambiant. Lorsque la limite nor- male d'adaptation est dépassée, il se produit des troubles et ces perturbations de l'harmonie entre l'homme et son milieu entratnent une altération de son état de santé. L'~tre humain ne jouit plus d'une 11bonne santé", m@me s'il ne présente aucun des sympt$- mes généralement constatés au cours d'une maladie, ni aucun signe évident d'affection particulière pendant assez longtemps. P:P/7 Page 4 On peut donc dire que les effets des polluants atmosphériques dus à l'homme doivent ê'tre jugés nocifs ou dangereux pour la santé, non seulement lorsqu'ils provo- quens ou accentuent une altération de.la santé ou des désordres fonctionnels suivis de . signes ou de symptômes de maladie, mais aussi lorsque la saine harwonie exJ.s"'vrmt -~nt:::o~- 1-~s>r~E:!:.~sme et l'atmosphère qui 1 1 entoure se trouve rompue. Les forces d'adaptai:. ion peuvent alors se trouver dépassées ou trop sollicitées et le résultat est qu'elles ne réagissent plus suffisamment ou qu'elles réagissent au contrair·3 trop viol0.: .. 11ent. Donc, du point de vue médical, nous devons porter notre attention sur J.es processus d'adaptation qui permettent normalement aux organes respiratoires d 1 ent:é'er impunément en contact avec les polluants atmosphériques et sur les modifica·tions que 1 'u·1 ou 1 1 autre de ces polluants peut entraîner dans lesdits proc-2ssus. Ce sont les forces d'adaptation et les conditions qu'elles exigent pour assu:::oer un comportcmen~ nor- mal qu'il convient d'analyser plus profondément, plutôt que d'observer sur de longues pé-r>iodes les altérations nuisibles qui constituent un état morbide. L'adaptation est étroi tG.ment lir~~ " ce que J) on désigne communément sou'> J 3 11otn de _réactions de protection, par exemple la sécrétion des mucosités qui couv:c·ent les muqueuses de l'appareil respiratoire et les contractions musculaires des petites ramifi- ca~ion~ hroncbiques. Ces réactions peuvent @tre trop vives ou - pour @tre plus préci.> - la quantité de mucosité peut ê'tre plus grande qu'il n'est vraiment nécessaire si bien que le mouvement des cils vibratiles ne suffit plus à évacuer ces mucosités. Le passa- ge 3. travers les bronchioles peut alors se trouver obstrué ;;:;i fortement et pendan·~ si longtemps que les échanges d 1 oxygène et de gaz carbonique au niveau des alvéoles pulmo- naires s 1 en trouvent perturbés. Lorsque ces réactions 11 hyperergiq{ws 11 se produü:entJ now·: pouvons dire que les limites normales (saines) d. adaptation sont dépassée:~:.; ct c:..ue certains troubles ont été provoqués. Le mécanisme de aprotection 11 lui-mê'me a, clam> ce cas, un effet nuisible. · Naturellement, l'effet de ces réactions varie selon qu'il s'agit d!une per~on­ ne dont les poumons et les muqueuses bronchiques sont normaux, ou d'une personne dont les poumons. et les muqueuses ont déJà subi des altérations antérieures. AP/7 Page 5 Nul n'ignore l'importance des fonctions normales de 11nettoyage 11 des cils vibratiles, mais il faut étudier de plus près ce processus dans des conditions et sous des influences diverses. On sait très peu de choses du rôle plus passif de 11 barrage 11 que joue la muqueuse elle-m@me. Nous admettons comme indiscutable l'absorption ou plutôt la diffusion des matières solubles à travers cette muqueuse, et les différences qui se produisent dans le passage dans la muqueuse elle-m@me (et dans le sang) des substances provenant des particules déposées sont la plu- part du temps décrites comme des différences d'élution des substances aâsorbées sur les particules sous l'effet d'autres substances inhalées simultanément (substances acides, par exemple). Du point de vue de la médecine préventive, examiner les différents polluants de l'atmosphère et évaluer les risques que présente chacun d'eux repré- sente un gros travail. Nous ne pouvons guère, semble-t-il, isoler que quelques éléments particulièrement dangereux des fumées et gaz d'échappement, car tous ne se pr@tent pas également à un isolement simultané. Il faut donc tenir compte des leçons que nous enseigne l'histoire de la santé publique :nos efforts essentiels doivent tendre à obtenir que notre eau et nos denrées alimentaires soient propres, à empêcher qu'elles ne soient contaminées et à éliminer certaines matières particulièrement dangereuses. Il importe surtout que l'air soit propre. Nous voulons parler en parti- culier ici de sa teneur en certaines substances qui s'y trouvent sous forme de particules. L'une des caractéristiques de la pureté de l'air- déterminée par les infimes particules en suspensi9n- est son influence sur l'ionisation. Les poussières microscopiques, celles qui ne sont pas visibles au microscope, les fumées, les gouttelettes, les sels, etc., agglomèrent des molécules d'eau et peuvent provoquer une condensation de vapeur : c'est pourquoi on les désigne souvent du nom de "noyaux de condensation". Lorsque ces éléments entrent en collision avec des ions gazeux qu'ils capturent - ces ions étant provoqués par les rayonnements ionisants (cosmiques et terrestres) - ils se chargent d'électri- cité positive ou négative. Quelquefois ils sont appelés 11gros ions", ce qui AP/7 Page 6 pr@te à confusion, car leur mobilité, due à leurs potentiels électriques, est très faible par rapport à celle des molécules chargées d'électricité, qui sont les véritables ions produits par l'air et les premiers créés. En fait, du point de vue biologique, les noyaux de condensation doivent_@tre appelés des "agents de désionisation", puisque les charges él~ctriques biologiquement actives sont les petits ions gazeux, essentiellement ceux d'oxygène chargés négativement et ceux de gaz carbonique chargés positivement. Comme une agglomération de molécules neutres se forme sur les ions positifs et négatifs, ceux-ci perdent leur activité biologique. Tous les organismes terrestres, y compris l'homme, se sont développés dans de l'air ionisé et se sont habitués ou adaptés à l'ionisation normale de l'atmosphère. D'après les rapports de recherches concernant l'ionisation de l'air du point de vue biologique, il semble bien que l'adaptation de l'organisme humain, et en particulier de son appareil respiratoire, comp9rte une adaptation aux quantités d'ions gazeux qui se produisent naturellement. Quelle différence y a-t-il entre l'air frais et st~mulant d'un centre de villégiature et l'air étouffant, suffocant ou déprimant des villes ? De nombreuses réactions respiratoires engendrées par les aérosols peu- vent également @tre provoquées par de l'air pur contenant des quantités différentes d'ions gazeux. Nous ne pouvons donc @tre assurés que les réactions observées sont dues à l'activité chimique des ~léments de l'aérosol et non à l'influence de l'aérosol sur les ions gazeux. Les recherches sur la pollution de l'air devraient également s'attacher aux effets de l'ionisation de l'air sur l'homme, son bien-@tre et sa prédisposition à la maladie, parallèlement à l'étude d'autres réactions physiologiques élémentaires que suscitent différentes compositions de l'air. L'évaluation de la pureté de l~air doit donc se fonder autant, ou même plus, sur les réactions dites physiologiques de l'homme à l'air inhalé que sur les changements constatés dans sa santé. Ln santé ne se limite pas à l'absence de maladies et d'anomali~s. AP/7 Page 7 En outre, m@me si ces réactions "physiologiques" sont tolérées par certaines personnes dans des conditions normales, elles peuvent @tre dangereuses pour certains groupes de population tels que les nourrissons, les vieillards et les personnes atteintes de maladies chroniques. Ceci nous amène à nous demander - qucf.>c:i..m tant de fois posée en matière de santé publique - jusqu'à quel point nous devons @tre pr@ts à accepter des risques, lorsqu'il apparaît impossible ou impraticable pour la collectivité d'atteindre le but ultime, à savoi~dans le cas présent,assurer la pureté absolue de l'air.

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Тип документа Technical Documents
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Источник Всемирная организация здравоохранения