Notes Evolution des anticorps fluorescents au cours du paludisme humain par malariatherapie a Plasmodium vivax * par J. P. GAiN,1 P. AMBROISE-THOMAS,2 T. KIEN TRUONG 3 & P. SALIOU 4 Le paludisme est l'une des rares maladies para- sitaires que l'on inocule volontairement 4 l'homme dans un but therapeutique. Ce paludisme par malaria- therapie nous a fourni la possibilite d'etudier l'evo- lution serologique d'infections humaines experi- mentales. Tous nos malades ont e't impaludes par injection intramusculaire de 10 ml de sang heparine preleve, chez un malade precedemment infecte, entre le 7e et le ioe acces. L'inoculat contenait, suivant les cas, de 300 A 600 millions de Plasmodium vivax.5 En moyenne, la duree de la pdriode prepatente a ete de 11 jours, les limites extremes etant de 3 et 21 jours. Nous avons laisse evoluer l'affection expdrimentale pendant 8 ou 10 acces, puis nous avons administre pendant 5 jours de suite, soit de la quinine, par voie intramusculaire, i raison de 1 g/jour, soit de la chloroquine, per os, a la dose de 0,60 g (base)/jour. Sur un total de 32 paludismes experimentaux humains, suivis serologiquement, nous avons retenu 19 observations pour lesquelles nous disposions de documents suffisamment complets. Nous envi- sagerons d'abord les impaludations rdussies et l'evolution serologique du paludisme humain expe- rimental a P. vivax, puis le cas des sujets refractaires aux tentatives d'impaludation. Par ailleurs, pour * Travail effectu6 avec l'aide financiere de l'Organisation mondiale de la Sante. ' Professeur a la Faculte de M6decine, Universite de Lyon, France. ' Professeur agr6g6 a la Faculte de Medecine, Universit6 de Grenoble, 38 La Tronche, France. 3Assistant, Laboratoire de Parasitologie, Faculte de Medecine de Lyon, France. 'Assistant des Hopitaux militaires. 6Nous avons utilis6 une souche de P. vivax isol6e a Lyon, en 1963, par le Professeur Dechaume. Depuis lors, cette souche est entretenue par passage sur diff6rents malades. Les malades impalud6s pr6sentaient soit differentes affections mentales, soit une art6rite de Buerger. Dans le premier cas, les impaludations ont ete r6alis6es dans le Service du Dr Requet, a l'H6pital psychiatrique du Vinatier, a Lyon. Les art6ritiques ont ete impalud6s et suivis a la Clinique des Maladies infectieuses de Lyon (Professeur A. Bertoye). l'une des impaludations reussies, nous considererons l'evolution des anticorps anti-plasmodiums corres- pondant a chacune des principales classes d'immuno- globulines. Impaludations rJussies Chez 17 malades, l'injection de sang parasite par P. vivax a declench6 un paludisme experimental que nous avons etudie du point de vue s6rologique. Dans 8 cas, nous n'avons pu effectuer qu'un ou deux examens serologiques. Les 9 autres obser- vations sont plus completes. Elles concernent 7 Euro- pdens et 2 Nord-Africains. RJsultats. Nous avons r6sum6 les 9 observations retenues dans les graphiques des figures 1 a 6, oiu sont portes: - l'origine ethnique des malades: Europ&en (E), Nord-Africain (N.A.F.); - l'evolution serologique; - les acces thermiques; - la parasitemie P; - le traitement. Pour apprecier l'evolution serologique moyenne au cours du paludisme experimental humain 'a P. vivax, nous sommes partis de ces 9 observations et de celles des 8 autres malades, pour lesquels nous ne disposions que de resultats peu nombreux. Dans le tableau 1, nous avons indique les resultats correspondant a des intervalles de 5 et de 10 jours, ainsi que les moyennes g6om6triques des titres observes. La courbe de l'evolution sdrologique qui s'en deduit est rapportee dans la figure 7. Commentaires et discussion. Apres avoir commente et discute nos resultats, nous les comparerons Li ceux qui ont e obtenus par d'autres auteurs. Des 9 observations de paludismes experimentaux hu- mains i P. vivax, differents points doivent etre soulignes: 2683A - 689- 690 NOTES 1/6~40fr P=Y 0Y1% 1/320 - 1/160 @1/80 P= 0 1/40-Qune 1/20 t= ) Accis 0 10 20 30 40 50 60 70 80 Jours hMO 10454 Fig. 1. Paludisme humain exp6rimental 3 P. vivax: observation du malade M 1 M 2 (E) 1/640 12M 3 (E) 1/320 P=IX s ~~~~~~~~~~1/320-o'pP1/320 P=1% U- U-~~~~~~P= 10 20 130 40 5 -1/160 1/80 z1/10 I 1 -1/160 / p=0 -~~~~~~1/460 - /\ unn 1/40- ip lQuiinie1/0 / Qin°e =° 1/40 Acc6s1/20 1/20 -11' P=0 444110 10 20 30 40 50 0 10 20 30 40 50 JWlO2 30 o sJ o u r s 10455 Fig. 2. Paludisme humain experimental A P. vivax: Fig. 3. Paludisme humain exp6rimental A P. vivax: observation du malade M 2 observation du malade M 3 M 4(E) P=0,5%' P0 132 P=0,5% M 5 (E)1/320-132 1/160 1/160- (4, ~~~~~P=0O Zt1/80 1/80 1/40 ~~~~Quinine 1/0 uiin/40 ~P=1% 111011 Qinine 1/20 cces111 1/20 AccesIII 0 10 20 30 0 10 20 30 Jours J ou rs WHiO 10457 Fig. 4. Paludisme humain exp6rimental b P.'vivax: observations des malades M 4 et M 5 tVOLUTION DES ANTICORPS IF DANS L'IMPALUDATION PAR P. VIVAX 691 1/320 - P=0,1% 1/320 1/l60 MP 6(N.A.F.) U- P=1% M7(N.A.F.)P=10110 T1/160 P= 0,01% Z1/80 1/80-P=0,1% P= 0 1/40 1/40 P=0 1/20 Pasde 1/20 Pasde 4J+ + s traitement s traitement 0 10 20 30 0 10 20 30 J o u r s J o u r s WHO 10458 Fig. 5. Paludisme humain exp6rimental a P. vivax: observations des malades M 6 et M 7 M8(E) P=2% M9(E) 1/2560 1/2 560 1/1280 1/1 280 =2% \ 1/640 / 1/640 ,,,1/320 1/320 1/160 / 1/160 1/80 P=0,1% 1/80 - P=0,01% Chloroquine Chloroquine 1/40 -iii1/40 lii Acc&stl Acces Hi1/20 - Aiiiijj 1/20 1 1 llillittttt, ~ ~~~444 t 4 1 fI u 0 10 20 30 0 10 20 30 J o u r s J o u r s WHO 1059 Fig. 6. Paludisme humain exp6rimental a P. vivax: observations des malades M 8 et M 9 Tableau 1. Paludisme experimental humain a P. vivax: titres d'anticorps fluorescents chez 17 malades impaludes Nombre Titres d'anticorps fluorescents de jours N 1g.1/20 1/40 1/80 1/160 1/320 1/640 1/1280 1/2560 Total MGITa 0 9 0 0 0 0 0 0 0 0 9 0 5 4 1 0 0 0 0 0 0 0 5 1,8 10 4 1 5 2 2 0 0 1 1 16 31,8 20 0 0 3 3 1 4 0 0 2 13 187,5 30 0 0 0 0 1 3 6 0 0 10 451,8 40 0 0 0 0 0 1 3 0 0 4 426,6 50 0 0 1 0 0 3 1 0 0 5 242,1 60 0 0 0 1 2 0 0 0 0 3 126,8 80 etplus 0 0 0 1 1 0 0 0 0 2 113,0 a Moyenne g6om6trique de l'inverse des titres. 692 NOTES 1/2560 1/1280 1/640 1/320 LL 1/160 - I- 1/80 1/40- 1/20- 0 5 10 20 30 40 50 60 70 80 WHO 10460 J o ur s Fig. 7. Evolution s6rologique du paludisme humain exp&rimental b P. vivax -------0,Valeurs extremes des titres d'anticorps fluorescents **_. Moyennes g6om6triques de l'inverse des titres (MGIT) 1. Tous ces sujets, chez lesquels l'impaludation ont pu intervenir. Chez les deux sujets nord-afri- a reussi, presntaient une serologie n6gative avant cains (M 6 et M 7), qui ont spontanement gueri l'inoculation. de leur paludisme expdrimental, ces titres maximaux n. 'ont pas ete supdrieurs 'a ceux des impaludes2. L'apparition des anticorps fluorescents (IF) europens. anti-plasmodiums est, comme dans le cas du palu- disme des singes, liee a l'apparition de la parasitemie 5. Les anticorps fluorescents persistent longtemps qu'elle peut parfois legerement preceder. apres la disparition de la parasitemie. Chez le malade M 1, ils sont retrouves 55 jours apres la guerison 3. Dans la suite de la maladie experimentale, parasitologique. Chez un autre malade, dont nous la s6rologie suit egalement avec assez d'exactitude n'avons pas rapport6 l'observation qui ne comportait l'evolution de la parasitemie, en particulier: a) que 2 examens d'IF, la serologie etait encore posi- une rechute parasitemique est immediatement tive apres 385 jours. Cette longue persistance des suivie d'une reascension des anticorps (malade anticorps fluorescents parait tout a fait comparable M 6), b) le traitement, qui negative la parasitemie, A ce que nous avons observe au cours du paludisme entraine une diminution sensible des titres. experimental des singes. Elle suggere les memes 4. Pour chacun des malades, les titres d'anticorps hypotheses en ce qui concerne ses causes. les plus eleves ont ete atteints apres plusieurs acces, 6. Chez la plupart des impaludes, sauf les malades c'est-a-dire quand des stimuli antigeniques repetes M 2 et M 3 dont les titres d'anticorps ont augmente EVOLUTION DES ANTICORPS IF DANS L'IMPALUDATION PAR P. VIVAX 693 progressivement, l'evolution s6rologique passe par En effet, la periode prepatente est plus longue si differents stades: latence, elevation rapide, trace en l'infection est faite par piq(re d'anophele et, par plateau, diminution progressive. la suite, la parasitemie est plus elevee. C'est ce qu'objective la courbe moyenne de la Impaludations ayant ekchoui figure 7, qui correspond d'ailleurs a un type d'6vo- Chez 15 malades, l'injection de sang parasite n'a lution tout a fait classique en immunologie. Par pas declenche de paludisme experimental. Sur ces ailleurs, cette courbe montre les tres importantes 15 cas, nous avons retenu 10 observations suffisam- variations individuelles qui peuvent etre observees, ment completes. Elles concement 7 Nord-Africains surtout dans les 20 premiers jours de la maladie et 3 Europeens. Deux de ces malades (M 11 et experimentale. M 14) avaient d6ji subi une impaludation, respec- Comparaison avec les resultats d'autres auteurs. tivement 3 ans et 1 an auparavant. Les 8 autres sujets Plusieurs etudes ont deja porte sur l'evolution des presentaient tous, dans leurs ant6cedents, un palu- anticorps fluorescents anti-plasmodiums au cours disme spontane, anciennement contracte outre-mer. des paludismes humains experimentaux par in- Au total, 14 tentatives d'impaludation ont ete jection de sang parasite. Dans l'ensemble, les resultats realisees chez ces 10 malades. Certains sujets de ces travaux rejoignent nos propres conclusions: (M 12 et M 16) ont ete soumis k une corticotherapie a) la serologie est negative, avant l'inoculation, avec de I'hydrocortisone, 15 mg/jour, pendant 4jours, pour les sujets chez lesquels l'impaludation reussit; puis de la cortisone a doses d6gressives (200 mg/ . . . ' ~~~~~~jourx 4 jours; 150 mg/jour x 4 jours; 100 mg/b) l'apparition des anticorps accompagne celle de jour x 2 jours et 25 mg/jour pendant 1 jour). la parasitemnie; elle la precede parfois le'gerementjorx2ouse25mjurpnat1or)lamepanst2mdes casdpaudpism pag..ement Re'sultats. Le d6tail des 10 observations est indi-come dangprsit2 tdies s deparlubisepar1injec que dans les schemas des figures 8 a 12. Commede sang paasitetudisparTobie(1964);precedemment, l'ensemble des titres d'anticorps c) les rechutes palustres s'accompagnent d'une re- fluorescents et de leurs moyennes g6ometriques a montee des titres d'anticorps fluorescents (Tobie, ete regroup6 par periodes de 5 et de 10 jours (ta- 1964); bleau 2). Nous en avons d6duit la courbe moyenne d) l'evolution serologique moyenne est du type de qui est indiquee dans la figure 13. Pour ne pas celle que nous avons decrite; fausser ces resultats d'ensemble par l'effet des e) enfin, les anticorps fluorescents persistent pen- impaludations r6p6t6es, nous n'avons tenu compte dant tres longtemps. Ils ont ete retrouves apres plu- que des resultats de la premiere impaludation pour sieurs annees par Lupascu et al. (1969), Ciuca et al. les malades qui avaient e impaludEs a plusieurs (1964), Collins et al. (1968), Dranga et al. (1969). repnses. I1 est surtout interessant de comparer, sur le plan Commentaires et discussion. I1 est assez inhabituel sdrologique, les paludismes experimentaux par injec- de commenter longuement des experiences ayant tion de sang parasite aux infections par piq1ire 6chou6. Pourtant, ces observations nous semblent d'anophele. Pour des raisons a la fois materielles presenter un interet egal, sinon superieur, a celui des et medicales (risque de dissemination), nous n'avons impaludations ayant reussi. Ce probleme des sujets pu realiser ce dernier type d'impaludation a Lyon. refractaires a l'infection par injection de sang para- I1 est neanmoins possible de baser cette comparai- site ne parait pas, en effet, avoir ete encore etudie son sur les resultats qu'ont obtenus d'autres auteurs: sur le plan serologique, au moins par l'immuno- Tobie et al. (1962), Kuvin et al. (1963), Tobie (1964), fluorescence. Apres avoir comment6 nos resultats, Lunn et al. (1966), Tobie et al. (1966 a). nous envisagerons leurs prolongements en matiere Globalement, l'evolution serologique est compa- d'immunite antipalustre. rable dans les deux types de paludismes exp6rimen- 1. Avant l'inoculation, tous les sujets r6fractaires, taux, mais, pour les paludismes transmis par l'ano- sauf un, avaient une serologie nettement positive phele, les anticorps apparaissent plus tardivement, (de 1/20 a 1/160). Tous ces malades avaient d'ail- et en moyenne, ils atteignent des valeurs maximales leurs des antecedents palustres certains (paludismes plus elevees que dans les paludismes par injection spontanes ou experimentaux) et 7 d'entre eux etaient de sang parasite. des Nord-Africains. Tout ceci correspond aux differences parasito- Dans cette serie de 10 observations, la seule logiques qui separent les deux types d'infection. exception est constituee par le cas du malade 8 694 NOTES M 10 (N.A.F.) M 11 (N.A.F.) 1/320 1/320 " 1/160 - "-1/160 t1/80 _ 1/80 -1/40 _1/40 1/20 1/20 . I ~~~~I I 0 10 20 30 0 10 20 30 Jours J o u r s wno 1io6 Fig. 8. Evolution des titres d'anticorps fluorescents chez deux malades (M10 et M 1 1) refractaires a l'impaludation M 12 ( N.A.F.) M 13 (N.A.F.) -1/320 ,~ >1/320 1/160 ~~~~~~~~~~~~~1/160- 1/80 1/80 ._ - 2e inoculation 3e inoculation1/40 Corticotherapie 1/40 1/20 IIIIIIIl 1120 0 10 20 30 40 50 0 10 20 30 J o u r s J o u r s A-0 -,t2 Fig. 9. Evolution des titres d'anticorps fluorescents chez deux malades (M 12 et M 13) refractaires 3 l'impaludation M 14 ( E ) M15(E) 1/320 1/320 - u' 1/160 _ u. 1/160 - ...1/80 1/80 1/40 2einoculation I1/40 1/209 1/20 0 10 20 30 40 0 10 20 30 Jours Jours wo1"olo63 Fig. 10. Evolution des titres d'anticorps fluorescents chez deux malades (M 14 et M 15) refractaires a l'impaludation AVOLUTION DES ANTICORPS IF DANS L'IMPALUDATION PAR P. VIVAX 695 M 16 (E) AM17(N.A. F.) 1/320 1/320 - u- 1/160 -/u-1I/160 X1/80 1/80 \ 2e inoculation 3e inoculationI/140 Corticothdrapie 1/40 1/20 ,li , 1/20 0 10 20 30 40 0 10 20 30 40 J o u rs J o u r s wH146 Fig. 1 1. Evolution des titres d'anticorps fluorescents chez deux malades (M 16 et M 17) r6fractaires a l'impaludation M 18 (N.A.F.) M 19 (N.A.F.) 1/640 1/640 1/320 11/320LL -1/160T1/0(1) (~~~~~~~~~~~/1 6 -1/80 z 1/80 1/40 1/40 2e inoculation 1/20 -1/20 0 10 20 30 0 10 20 30 40 50 60 Jours J o u r s Wmo 1o465 Fig. 12. Evolution des titres d'anticorps fluorescents chez deux malades (M 18 et M 19) r6fractaires A l'impaludation Tableau 2. Paludisme exp6rimental humain 3 P. vivax: titres d'anticorps fluorescents chez 15 malades r6fractaires a l'impaludation Nombre Titres d'anticorps fluorescents de jours N -| 1/20 1/40 1/80 1/160 1/320 1/640 0 1 1 7 2 1 0 0 12 F 4W9 5 I 1 8 0 0 1 2 13 50,5 10 0 1 2 3 3 6 0 15 180,8 20 0 0 1 2 1 1 0 5 105,2 30 0 0 1 1 1 0 0 3 80,0 a Moyenne geometrique de l'inverse des titres. 696 NOTES Comme l'indique Orfila (1955), ces resultats dis- 1'1640 cordants s'expliquent vraisemblablement par laposologie inegale qui a ete adoptee pour ces diverses 1//320 / 9dtudes. Quoi qu'il en soit, nos resultats qui rejoignent U- { _ceux de Schneider, chez l'homme, indiquent qu'aux - 1/160-/////s/ v doses habituelles la cortisone et l'hydrocortisone t 1 '80 %////t///// - S ne modifient ni la receptivite a l'impaludation de 1/40 malades premunis, ni les titres d'anticorps fluorescentsanti-plasmodiums que ces malades presentent avant 1,'20 l'inoculation. 4. Enfin, chez les sujets refractaires a l'impalu- 0 5 10 20 30 40 dation, la courbe moyenne del'dvolution serologique J o u r s est tres differente de celle des cas d'impaludation Fig. 13. Evolution s6rologique chez 15 malades reussie. r6fractaires A 'impaludation par P. vivax Ces differences apparaissent nettement dans le Valeurs extremes des titres d'anticorps fluorescents tableau 3, oiu nous avons porte les moyennes -. Moyennes g6om6triques del'inverse des titres (MG IT) g 'ometriques des titres d'anticorps observes, dans chaque cas, au cours de chacun des intervalles de temps consideres. M 19, Nord-Africain, dont la serologie etait nega- tive avant une inoculation qui n'a pas reussi. Toute- Tableau 3. Moyenne g6omrtrique (MGIT) des titres fois, 3 jours apres l'inoculation, c'est-i-dire tr's observ6s, b diff6rents intervalles de temps, chez des pr6cocement, ce malade avait une serologie tres sujets r6fractaires ou chez des sujets r6ceptifs A fortement positive (1/Mo) alors qu'il n'a jamais 'impaludation par injection de sang parasit6 parfortem p ltlv 64 l J lsP. vivax presente ni acces thermique, ni parasitemie. Comme dans les autres observations, l'evolution serologique MGIT suggere donc, malgre tout, 1'existence d'une certaine Sujetsdrfractaires Sujetsreceptifs immunite. La tres rapide augmentation des titres d'anticorps observee ici correspond sans doute a un ph6nomene anamnestique declenche par l'injection 0 34,9 0 de sang parasite. 5 50,5 1,8 2. Toutes les tentatives de reinoculation se sont 10 180,8 31,8 soldees par des echecs et ont entraine de nouvelles 20 105,2 187,5 augmentations des titres d'anticorps fluorescents. 30 80,0 451,8 3. La corticotherapie ne parait avoir aucune influence sur la non-receptivite des malades ni sur leurs titres d'anticorps fluorescents (malades M 12 Chez les sujets re-fractaires i; l'impaludation, la et M 16). L'action de la cortisone ou de ses derives serologie est: sur le paludisme experimental a d'ailleurs ete etudiee par plusieurs auteurs dont les conclusions sont a) plus precocement positive, puisque existent, assez contradictoires. Pour Gaillard et al. (1953) avant l'inoculation, des titres sequellaires et que Singer (1954), Findlay & Howard (1952), la cortisone des pmenomenes anamnestiques interviennent tres a un effet aggravant sur le paludisme des souris ' rapidement; P. berghei; Schmidt & Squires (1951) formulent b) moins elevee a partir du 20e jour, oiu s'amorce la meme conclusion pour le paludisme des singes a une diminution des titres d'anticorps. Cette brievete P. cynomolgi. Au contraire, Fulchiron (1952) et de la reponse serologique tient 'a 'absence de Orfila (1955) obtiennent des resultats tres variables multiplication des parasites. Les resultats de 1'IF en ce qui concerne le paludisme des rongeurs a ne sont donc augmentes que pendant le temps P. berghei. Enfin, d'apres Schneider (1953), la necessaire, pour l'organisme des malades, a l'dli- cortisone n'a aucun effet sur le paludisme experi- mination des antigenes plasmodiaux apportes par mental i P. berghei, P. gallinaceum ou P. vivax. l'inoculat. tVOLUTION DES ANTICORPS IF DANS L'IMPALUDATION PAR P. VIVAX 697 Rapports entre * anticorps fluorescents* et # anti- Commentaires et discussion. De tres nombreux corpsprotecteurs*. On distingue souvent les <anti- travaux ont ete consacres a 1'etude des diverses corps tdmoins *, d&celables par des mdthodes sero- immunoglobulines, au cours du paludisme (Holmes logiques, des ( anticorps protecteurs * responsables et al., 1951; McGregor et al., 1956; Edozien, 1957; de l'immunite. En ce qui concerne le paludisme Gilles & McGregor, 1959; Charmot & Vargues, ,de greffe)), les 10 observations que nous venons 1963; Curtain et al., 1964; McFarlane & Voller, d'envisager montrent que l'IF renseigne assez 1966; Turner & Voller, 1966). exactement sur la non-receptivit6 de certains malades. Pour les paludismes experimentaux, nous retien- S'il est possible qu'anticorps fluorescents et anticorps drons surtout les etudes de Tobie et al. (1966b, c) protecteurs ne soient pas identiques, ils evoluent et de Lunn et al. (1966). Tous ces travaux montrent en tout cas de facon parallele. que l'infection palustre entraine uneelevation des IgM Evolution des anticorps anti-P. vivax correspondant puis des IgG, les IgA et les IgD ne paraissant pas aux immunoglobulines IgA, IgG et IgM modifiees. Chez l'un des malades impaludes experimentale- 11 reste cependant a preciser la part que les anti- ment avec P. vivax (malade M 9), nous avons corps specifiques anti-plasmodiums representent dans effectud des dosages d'immunoglobulines specifiques. ces immunoglobulines neoformees. Ce type d'etude Avec chaque echantillon du serum de ce malade, a ete d'abord realise par Abele et al. (1965), en nous avons effectue quatre series paralleles de separant les fractions 19S et 7S des serums de volon- reactions d'IF en utilisant des conjugues fluorescents taires impaludes avec P. falciparum, puis en etudiant anti-globulines humaines 4, totales * (Institut Pas- chacune de ces fractions en immunofluorescence. teur), anti-IgA, anti-IgG ou anti-IgM humaines Les resultats ont montrd que les IgM ont une (Hyland Laboratories). activite anticorps specifique au debut de l'infection, Les differents prelevements seriques ont ete portes puis que les IgG apparaissent et constituent rapide- aux dilutions 1/1, 1/2,5, 1/5, etc., puis etudies face ment l'essentiel des anticorps anti-plasmodiums. a l'antigene P. cynomolgi bastianellii. La technique que nous avons utilisee (titrage des Resultats. Les resultats sont reportes dans le diffdrentes immunoglobulines specifiques par des graphique de la figure 14. conjugues correspondants, sans extraction prealable des fractions seriques) est plus simple et nous a permis d'aboutir aux memes conclusions. Collins & Skinner (1968) ont utilise cette methode sensiblement 1/2560 - Globulines totales" en meme temps que nous et avec des resultats 1/1280 comparables. La seule difference porte sur l'activite 1/640 anticorps des IgA qui, d'apres Collins (communi- cation personnelle), ne serait pas negligeable. Au contraire, les tres faibles titres d'anticorps IgA I/ 160 - !; \que nous avons deceles paraissent sans valeur et ne relevent sans doute que de reactions croisees entre les IgG et le conjugue anti-IgA (chaines legeres). \gM Apparemment, ces resultats serologiques sont1120 - #/t b . o differents de ceux des epreuves de s6roprotection, 1/10 puisque Cohen & McGregor (1963) ne relevent 1/5 ----°--- IgA d'activite protectrice que dans la fraction IgG I S 10 15 20 25 d'immunserums. En realit6, les serums utilises parl JIo u r s t ces auteurs provenaient d'Africains adultes, vivant 0 0,01 2 2 0 en zones d'end6mie palustre et ayant par consequent une immunisation deja ancienne. Dans ces condi- Pae 10"tt tions, il est tout 'a fait normal que seules leursParasit6mie (%) IgG-globulines aient eu une action protectrice, Fig. 14. Evolution de la parasit6mie et des anticorps puisque ce n'est qu'au tout debut d'une primo- anti-plasmodiums correspondant a chaque classe d'immunoglobulines chez un malade (M9) impalud6 ifectionpalustrequelesanticorpsanti-plasmodiums avec P. vivax sont constitues d'IgM-globulines. 698 NOTES Le dosage differentiel des anticorps anti-plas- modiums appartenant aux divers types d'immuno- globulines nous parait presenter deux sources d'int6ret: a) sur le plan theorique, il montre que les processus d'immunogenese sont, au cours du palu- disme experimental, tout a fait comparables a ceux que l'on connait pour la plupart des affections bacteriennes ou virales, b) sur le plan pratique, il laisse entrevoir la possibilite, par dosage compare des anticorps IgG et IgM, de preciser l'anciennete d'une infection spontanee et peut-etre d'annoncer une rechute palustre qui risque de s'accompagner d'une nouvelle ascension d'anticorps IgM. Conclusions L'etude du paludisme experimental humain a P. vivax rejoint, en les completant, les r6sultats que nous avions obtenus 'a partir du paludisme experimental des singes a P. cynomolgi bastianellii: 1. Les sujets refractaires a l'impaludation ont tous presente anterieurement une infection palustre naturelle ou experimentale. Avant l'inoculation, tous ces sujets avaient des titres nettement significatifs d'anticorps fluorescents anti-plasmodiums. 2. La corticotherapie ne modifie ni la serologie ni la receptivite de ces sujets refractaires et les ten- tatives d'impaludation repetees ne font que renforcer leur immunite. 3. Dans les cas d'impaludations reussies, l'appa- rition des anticorps fluorescents est contemporaine de celle des plasmodiums dans le sang circulant. Une reprise 'a distance de la parasitemie (rechute) entraine egalement une brusque remontee des anti- corps fluorescents. 4. L'evolution serologique comprend generale- ment: une pNriode de latence, une elevation rapide, une phase de stagnation en plateau, puis une dimi- nution progressive. Ce schema evolutif est exactement calque sur celui de la parasitemie. 5. Meme dans les cas de paludismes par injection de sang parasite, les anticorps fluorescents peuvent persister pendant longtemps (jusqu'a 385 jours). 6. Enfin, les anticorps anti-plasmodiums sont constituds d'IgM-globulines dans les premiers jours qui suivent une primo-infection. Ces anticorps IgM disparaissent rapidement, et, pour le reste de l'evolution serologique, les anticorps anti- plasmodiums appartiennent a la classe des IgG- globulines. R1FiRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Abele, D. C., Tobie, J. E., Hill, G. J., Contacos, P. G. & Evans, C. B. (1965) Amer. J. trop. Med. Hyg., 14, 191 Charmot, G. (1962) Mid. trop., 22, 667 Charmot, G. & Vargues, R. (1963) Sem. Hop. Paris, 39, 1421 Ciuca, M., Bona, C., Ciplea, G., Ianco, L., Ballif, F. 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Cet examen parasitologique est simple et rapide s'il porte sur des 6chantillons sanguins suffisamment parasites. Au contraire, il demande une observation soigneuse et d'assez longue duree dans les cas oiu la parasitemie est tres faible. Par cette methode, il est donc relativement diffi- cile de depister rapidement, dans une population saine, l'existence de quelques sujets faiblement parasites. En pratique, cette etude de masse peut etre n6cessaire pour: a) prevenir le risque de palu- disme post-transfusionnel, b) controler les effets de campagnes d'eradication. C'est a ce double point de vue que nous avons tente d'apprecier la valeur de la reaction d'immuno- fluorescence (IF). Application de l'immunofluorescence au depistage des porteurs asymptomatiques et a la prevention des paludismes post-transfusionnels Chez des paludeens anciennement contamines, l'existence d'une certaine immunite limite la pro- liferation des plasmodiums. Au cours de rechutes ou de reviviscences palustres, ces sujets prdsentent donc une parasitemie souvent tres faible et quelque- fois asymptomatique. Ils peuvent etre la cause * Travail effectue avec l'aide financiere de l'Organisation mondiale de la Sante. 1 Professeur agr6ge a la Facult6 de Medecine, Universit6 de Grenoble, 38 La Tronche, France. 2Professeur a la Facult6 de Medecine, Universite de Lyon, France. Assistant, Laboratoire de Parasitologie, Faculte de Medecine de Lyon, France. involontaire de paludismes post-transfusionnels d'autant plus graves que le sang est transfus6 a des receveurs qui, eux, n'ont jamais et6 en contact avec le paludisme. Ce risque de paludismes post-transfusionnels va evidemment en augmentant avec l'intensification des voyages intercontinentaux. C'est ce dont te- moignent les nombreuses publications consacrees, ces dernieres annees, a ce type d'accident (Carrescia, 1960; Andr6 & Gandrill&Oursel, 1962; Tiburskaja & Vrublevskaja, 1965; Duhanina & Zukova, 1965; Lepes, 1965; Lupascu et al., 1967; Vartan, 1967). Comme mesure prophylactique, l'addition aux sangs d'un medicament antipaludique est l6galement interdite en France et dans la plupart des pays. Le stockage a +4°C n'est pas realisable car, pour etre efficace, il demanderait des d6lais sup6rieurs i la duree de conservation des sangs. De meme, le contrOle parasitologique de tous les donneurs ayant sejourne en pays d'endemicite palustre ne peut etre envisag6 en pratique, pas plus que l'ad- ministration systematique d'antipaludiques de syn- these a ces donneurs ou aux receveurs. Dans ces conditions, les centres de transfusion sanguine fran9ais ont adopte l'attitude suivante: si le donneur a quitte les pays d'end6micite palustre depuis moins de cinq ans, on utilise son sang pour l'extraction de plasma ou de derives plasmatiques; si le retour en France date de plus de cinq ans, le sang est transfuse. Cette solution est destinee a pallier les risques les plus graves qui sont dus a Plasmodium falciparum, mais elle peut faire eliminer du circuit transfusionnel des sangs qui seraient sans danger. Inversement, elle n'offre pas une garantie absolue, puisque P. malariae peut persister tres longtemps dans l'orga- nisme humain: 36 ans pour Spitler (1948) et meme 2683B
Всемирная организация здравоохранения (ВОЗ / WHO) · Journal articles
Évolution des anticorps fluorescents au cours du paludisme humain par malariathérapie à Plasmodium vivax
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